Bonjour,
Je ne crois pas que dans l’ensemble ce débat se soit transformé en une diatribe contre l’islam. Soyons clairs, tu parles de préjugés : « préjugé », ça veut dire qu’on juge avant d’avoir vu. Il est un peu trop facile de parler de préjugés quand certains intervenants ont accumulé des années d’expérience et de vécu en
Thaïlande et en
Malaisie. De même en ce qui concerne l’intolérance. Il est trop facile de se réfugier derrière ces termes, de jeter «ces « pierres » à autrui quand on ne supporte pas la critique.
Quant à la haine, pourquoi y en aurait-il ? Ne sommes-nous pas tous des êtres humains et de la même famille, en fin de compte ?
Comme tu le dis, il y a de la tristesse dans d’autres pays que la
Malaisie et on pourrait aussi se demander quelles en sont les causes, et trouver tout un tas de défauts dans les sociétés concernées, etc. Mais puisque tu parlais de ton voyage en
Malaisie et en
Thaïlande, ce n’est pas de la tristesse dans les cités post-industrielles de l’Europe que nous allons nous occuper ici.
Donc, venons-en aux faits : cette tristesse en
Malaisie. Il ne s’agit bien sûr pas d’une tristesse généralisée, mais d’une impression fréquente que les gens sont fermés aux contacts extérieurs. J’ai déjà donné mon impression là-dessus, basée non sur 1 ou 2 semaines de tourisme mais sur des années de vécu, en tant que résident actif dans ces deux pays.
Pour ne pas donner l’impression de dresser un tableau en noir et blanc, tout beau ici, tout moche là-bas : sans aucun doute, il y a des gens bien et de la gentillesse partout. Tiens, un exemple, j’étais tombé en panne sèche sur mon scooter à KL, et je le poussais péniblement vers la station-service la plus proche. Malgré le trafic intense, une voiture s’arrête. Un jeune couple de Malais (donc musulmans, et femme portant le hijab) me demande si j’ai un problème, et l’homme sort de la voiture, ouvre son coffre pour en tirer une bouteille d’essence et pour me la donner. Ils repartent en me gratifiant d’un grand sourire.
Mais.... Je ne peux pas te dire combien de fois je me suis trouvé à observer les gens dans les transports publics à KL et à me dire « pourquoi donc ces femmes (surtout les femmes) tirent-elles de telles tronches ? ». Pendant 1 ½ an, je suis allé à l’espace-cuisine d’un grand bureau de KL pour me faire un café, et la femme (Malaise) en charge des lieux ne m’a jamais dit un mot, ne m’a jamais fait le moindre sourire, mais a gardé cette tronche au « sourire inversé » que j’ai vu chez tant de Malaises. Quel contraste avec ce que je connais au bureau où je travaille à
Bangkok ! Contraste sidérant, à se demander si les deux villes sont sur la même planète.
Il est inévitable de considérer que l’islam y est pour quelque chose. Mais de dire que c’est l’islam qui est la cause de cette attitude est évidemment bien trop simpliste. Il y a sans aucun doute d’autres facteurs qui jouent. Mon impression est que c’est une forme d’islam qui joue, pas l’islam en tant que tel mais la forme dans laquelle les Malais se sont malheureusement retranchés pour se démarquer en tant que peuple - c’est inscrit dans la constitution. On ne voit pas ça en
Iran, par exemple, ni en
Indonésie, pays où les gens sont tellement plus intéressants et capables de sourires. Cette équation « religion = groupe ethnique/culturel » est des plus néfastes... et des plus ridicules : comment pourrait-on dire, par exemple, qu’un Chinois Han, le jour où il déciderait de se convertir à l’islam (ou à toute autre religion), ne serait plus un Chinois Han, du jour au lendemain ?
Il y a aussi cette fraction en trois groupes principaux en
Malaisie, les Malais, les Chinois, les Indiens. On parle d’intégration harmonieuse, mais c’est un cache-misère. À part quelques exceptions, car il y en a toujours, ces trois groupes sont comme du vinaigre, de l’huile et de l’eau qu’on voudrait mélanger en secouant la bouteille bien fort. Dès qu’on pose la bouteille, tout se sépare de nouveau. Comment ne pas s’attendre à ce qu’il y ait comme un froid dans une telle société ?
Par contre, comme on parle aussi des musulmans en
Thaïlande, il ne faudrait pas croire qu’ils sont tous malheureux d’être Thaïlandais et sont en révolte ouverte contre le reste du pays. Je ne peux bien sûr parler que d’une expérience limitée, mais je connais ce patron musulman d’un bar (un bar de « rockers » et de motards, à fréquentation mixte Thaïs/étrangers) à
Bangkok qui me disait fièrement « Je suis Thaï, j’aime mon pays, j’aime le roi, et si on les attaque, je serai le premier à les défendre ! ». Dans le village de ma femme, en Isàán, au milieu des gens qui paradaient pour la fête de Songkran, il y avait un musulman fêtant avec les autres en toute camaraderie (il avait refusé la bière que je lui offrais, et m’avait alors expliqué...). Je n’avais jamais vu de musulman au village, c’était peut-être un travailleur de passage, mais il n’y avait pas la moindre barrière entre lui et les autres. Dans mon condo à
Bangkok, nous nous sommes rendu compte un jour qu’une des gardiennes est musulmane. Tout le monde le savait parmi les employés de la maison. Tu crois que ça aurait changé quoi que ce soit dans les rapports entre elle et les autres ? Pas le moins du monde. Même respect, même grande gentillesse, dans un sens comme dans l’autre.
Il y a une impression d’ « intégration » qui se dégage (j’ai d’autres exemples), d’appartenance au même peuple. Sur cette ligne, je dirai qu’il est extrêmement rafraîchissant que les bouddhistes en
Thaïlande ne demandent jamais sa religion à un étranger. Contraste avec cette obsession maladive qu’on observe parmi certains musulmans : « il faut classer l’étranger : est-il musulman, chrétien, juif, mécréant ? », on ne va pas se comporter avec lui de la même manière...
Crois-moi, il y a du vécu derrière ces quelques lignes. Voici deux récits personnels que j’ai déjà donnés sur VF, où les contrastes entre la gaîté et la joie de vivre des uns et l’attitude fermée des autres sont évidents. Je m’excuse auprès de ceux qui auraient déjà lu ces deux récits, je n’ai pas l’intention de les ennuyer lourdement avec des répétitions, mais il me semble que ce sont des illustrations pertinentes dans cette discussion :
voyageforum.com/...ing=mariage%20malais
voyageforum.com/...earch_string=concert
Quelque un parlait de l’effacement des cultures étrangères voulu par « l’Occident ». Parlons donc de l’effacement des cultures d’autrui causé – voulu – par certains mouvements expansionnistes islamistes ! C’est à mon avis exactement ce qui se passe chez les Malais. Sans doute avaient-ils une très belle culture, à l’origine. Que leur en reste-t-il ? Ils ont réussi à renier ce qu’ils étaient pour se donner corps et âme à l’islam. C’est très bien d’une certaine façon, et une belle réussite de conversion, certes, mais sont-ils conscients au juste de ce qu’ils ont perdu dans l’échange ?
J’ai vu assez de manifestations culturelles, de la musique etc, dans les deux pays pour être frappé par l’aspect « plat » et peu convaincant du côté Malais. Même la musique populaire en
Malaisie (rock etc) est pauvre à en pleurer.
Je ne dis pas ça parce que je voudrais changer qui que ce soit. Les Malais sont libres d’être ce qu’ils veulent et – je le dis en toute sincérité – grand bien leur fasse ! Mais cela fait d’eux un peuple que je trouve relativement peu attrayant et peu intéressant.