nous prevoyons d'emprunter la route M219 en provenance de Kashi vers
Katmandou et nous avons echo que cette route etait actuellement fermee. Quelqu'un aurait-il des informations recentes sur le sujet?
Dave
Pas vraiment récentes mais de l'automne 2010, probable que rien n'ait vraiment changé. La route a toujours été officiellement interdite sans permis mais une certaine tolérance permettait à des cyclistes de réaliser la traversée jusqu'en 2007. Depuis il semble que policiers et militaires chinois fassent appliquer strictement cette interdiction. Il est sûrement encore possible de se faufiler à travers les mailles du filet avec quelques précautions, un peu de débrouillardise et aussi probablement de chance... C'est pas gagné mais vaut le coup d'être essayé...
Voici un petit récit que j'avais écrit à l'issue de notre tentative de l'automne 2010 mais jamais pris la peine de poster, si ça peut aider...
Quelques images sur ma page photo (album définitif à venir) et quelques infos aussi sur les blogs de mes partenaires :
transhimalaya.blogspot.fr/
freewheelinghimalaya.blogspot.fr/
Ainsi qu'un grand merci à
edtortue
dont le topo nous a servi de fil conducteur.
Kashgar : ambiance morose à la guesthouse, d’après les rumeurs le premier checkpoint de Kudi est quasi infranchissable et des patrouilles interpellent les rares cyclistes qui arrivent à passer. Tous ceux qui avaient ce projet en tête laissent tomber. Nous sommes sur un voyage de longue durée et sommes prêts à perdre quelques jours pour tenter notre chance, nous partons !
Kashgar – Yingjisha – Shache - Yecheng/Kargilik : 3 jours faciles dans un paysage semi-désertique. Hôtels confortables même s’il faut parfois en essayer plusieurs pour trouver celui qui accepte les étrangers.
Yecheng/Kargilik – Pussa : encore une étape tranquille. Pussa est un gros village avec quelques restaurants et boutiques où l’on nous propose un petit dortoir pour la nuit.
Pussa – Kudi : 2 jours, premier col du parcours sur une bonne piste et seul jour de pluie. Nous nous arrêtons à 5 km de Kudi et dissimulons notre camp à quelques mètres de la route avec le projet de passer le checkpoint de nuit.
Kudi – Mazar : 2 jours. Traversée nocturne du checkpoint avant 4h du matin. Quelqu’un crie mais nous sommes déjà remontés sur les vélos et disparaissons dans la nuit. Un moment d’angoisse : vont-ils partir à notre poursuite ? Rien ne bouge, nous estimons que nous sommes tranquilles jusqu’à l’aube. Nous roulons à la lumière de la lune, jusqu’au lever du jour où nous nous dissimulons à l’écart de la route pour éviter les éventuelles patrouilles. Nous repartons vers 18h, peu avant la nuit, et profitons de la lune et d’une bonne route pour rouler jusqu’à minuit avant de monter les tentes à l’abri des regards. Une journée d’attente avant de repartir pour la dernière étape nocturne qui devrait nous amener jusqu’à Mazar. La lune reste cachée derrière la montagne, la progression à la frontale est pénible sur la mauvaise piste caillouteuse qui a remplacé la route. Nous finissons par arrêter un camion pour terminer l’ascension du col et descendre jusqu’à Mazar où nous passons la nuit dans une des baraques qui fait office de relais routier (restaurant, boutique, dortoir).
Mazar - Xaidulla : 2 jours. Nous roulons maintenant au grand jour avec un peu d’angoisse chaque fois qu’une voiture s’approche de nous. Tranquille montée au Xaidulla La (4940 m) puis descente sur Xaidulla en ralentissant le rythme pour arriver à la nuit tombée et refaire discrètement nos provisions. C’est une ville de garnison mais les nombreux militaires présents semblent plus préoccupés par leurs courses du soir (d’alcool en particulier) que par notre présence. Nous faisons cependant profil bas, renouvelons notre stock de nouilles instantanées que nous agrémentons de quelques rations militaires, puis passons la nuit dans le dortoir du restaurant où nous dinons.
Xaidulla – Dahonglutian : 3 jours + 1 jour de pause. Passage du Kosbel Pass (4286 m). Nous échapperons aux nuits sous tente grâce à un abri désaffecté puis à l’hospitalité des cantonniers. Nous nous offrons une journée de repos à Dahonglutian ; quelques baraques, restaurants et boutiques : de quoi refaire les provisions ainsi qu’un peu de toilette et lessive avant d’affronter le désert de l’Aksai Chin.
Dahonglutian – Kielong : 5 jours + 1 jour de pause, traversée de l’Aksai Chin. La première étape se termine dans une maison de cantonniers abandonnée dont les murs sont couverts des graffitis des cyclistes nous ayant précédé (Marthaler, Corax, Quaife, Sur la Route des Nuages...) ; mais aucune inscription occidentale depuis 2007. Le Khitai Pass (5180 m) nous donne accès au vaste plateau de l’Aksai Chin. Pendant 4 jours nous roulons aux alentours de 5000 m et avons droit à de la tôle ondulée, du vent et de la poussière mais les paysages sont magnifiques. La nuit, la température tombe à – 25 °C et chaque matin nous attendons que le soleil nous atteigne avant de lever le camp. Nous ne croisons que quelques convois militaires et de rares voitures, en général des touristes chinois qui nous prennent en photo et nous laissent quelques bricoles à grignoter. Grosse frayeur quand un convoi ouvert par une voiture de police tous feux clignotants s’arrête à notre hauteur... simplement pour nous offrir un sac de provisions. Nous finissons par croire que cette route « interdite » ne l’est pas tant que ça. Nous ferons une journée de pause à Kielong à refaire le plein de chaleur à côté du poêle de notre restaurant – dortoir. Que ce village de 5 baraques (3 seulement en dur et les seules habitées en ce début octobre) figure sur une carte au 1/1M6 en dit long sur la densité de peuplement de la région.
Kielong – Domar : 4 jours, la fin de l’Aksai Chin et l’entrée au
Tibet. Le premier jour avec le franchissement du Satsum La (5360 m) puis le bivouac au bord du Lungmo Tso sera un des points forts de la traversée. Encore une aube glaciale mais un magnifique lever de soleil puis le Jiesham Darban (5210 m) nous amène à Sumxi, plus une petite caserne qu’un village. Il y a quand même un restaurant où nous savourons le meilleur repas de la traversée. Le lendemain, après le Qieshan La (5400 m), plus haut col de la traversée, nous avons droit à une longue descente, malheureusement trop peu roulante sur une mauvaise piste en tôle ondulée jusqu’à une cabane qui nous sert d’abri. Une journée supplémentaire de piste pénible nous rapproche de Domar. Nous bivouaquons quelques kilomètres avant le village en prévision d’une traversée nocturne du checkpoint.
Domar – Rutok : 3 jours dont une toute petite étape. Nous franchissons le checkpoint avant 4h du matin et traversons Domar. L’ascension du Domar La est glaciale (-15 °C) et rythmée par quelques inquiétants aboiements de chiens que nous n’arrivons pas à distinguer dans le noir. Étape dans une maison vide avant d’arriver au Pangong Tso. L’hôtel sur lequel nous comptions pour un peu de repos est fermé, voire abandonné. Aucune trace du village de pêcheurs annoncé sur certains topos non plus ; nous montons la tente au bord du lac. Très courte étape le lendemain avec longue pause à midi pour arriver discrètement à Rutok de nuit, bouffe au restaurant et nuit à l’hôtel.
Rutok – Ali – Namru – Ali : 4 jours. Départ de Rutok en plein jour, difficile de faire autrement avec l’ouverture tardive de l’hôtel. La police nous interpelle à la sortie de la ville mais nous laisse finalement partir avec la consigne d’aller nous enregistrer à la PSB d’Ali. Nous approchons de la civilisation : la route est asphaltée et le téléphone mobile passe. Les 3 jours qui nous séparent d’Ali sont propices à la réflexion. Que faire à Ali : nous laisser arrêter par la police comme cela se faisait avant 2007 dans l’espoir d’obtenir un permis nous permettant de continuer ou traverser clandestinement ? La prudence l’emporte, nous renonçons à la perspective d’un bon repas et d’une douche et nous bivouaquons à l’abri des regards quelques km avant la ville. Le lendemain, nous traversons Ali à 4 h du matin. Drôle d’impression que cette ville endormie où les seuls signes de vie sont les attroupements à la sortie des boites de nuit ainsi que les rares voitures des noctambules. Nous franchissons sans encombre le checkpoint à la sortie de la ville et atteignons peu après l’aube le col nous donnant accès à la vallée de la Gar Tsangpo, affluent de l’Indus ; le
Ladakh est si proche... Nous roulons bon train le long de cette route presque plate et sommes proches de Namru lorsqu’une voiture venant de face s’arrête à notre hauteur. Un homme en descend que nous prenons d’abord pour un touriste curieux mais il exhibe une plaque de police « Ali PSB, show your permits ! ». Nous jouons les naïfs et l’entretien est plutôt cordial. Il propose que l’un d’entre nous reste avec les vélos pendant qu’il accompagnera les 2 autres à Ali régulariser notre situation. Nous gardons espoir mais quand nous comprenons qu’il a appelé un véhicule pour rapatrier tout le monde sur Ali notre inquiétude grandit. Il nous conduit dans un hôtel à Ali avec une convocation à la police le lendemain. Nous sommes pessimistes quant à la poursuite de notre périple, mais en attendant nous profitons d’une douche (froide) et d’un vrai repas.
Ali – Kailash – Kashgar : Retour à la case départ
Journée à ce qui doit être le bureau des étrangers de la police d’Ali, les plaques d’identité sur les bureaux indiquent « Visa Officer ». Deux jeunes policiers plutôt sympas (un gars, une fille) qui parlent bien anglais nous interrogent. Il s’agit plus d’un entretien cordial (on nous sert du thé) que d’un interrogatoire, ils ont un petit guide des questions à poser (saviez vous qu’il fallait une permis ? où dormiez vous ?....) et ne cherchent pas à nous coincer ni à nous contredire. C’est juste long car ils rédigent un procès-verbal manuscrit et doivent parfois chercher l’écriture d’un idéogramme dans leur téléphone. Après une pause dans un restaurant où nous conduit la jeune policière l’après-midi est consacrée au paiement de l’amende (500 RMB soit un peu plus de 50 €) et à un débat sur notre sort. Apparemment ce sont les policiers qui en décident, ils discutent en tibétain et nous ne comprenons pas grand-chose ; «
Kashgar » revenant quand même pas mal dans la conversation. Il semblerait que les 2 jeunes soient prêts à une certaine mansuétude mais celui qui nous a arrêtés s’acharne sur nous et veut nous renvoyer à
Kashgar. Il est le chef, notre sort est scellé mais ils nous font une proposition qui nous semble surréaliste : « Vous vouliez aller au
Mont Kailash et au
lac Manasarovar (c’est ce que nous annoncions comme destination), vous avez parcouru une route difficile pour arriver jusqu’à Ali, nous vous offrons une journée d’excursion jusqu’au pied du
Kailash et au
lac Manasarovar ». Nous y croyons à peine, c’est quand même à 250 Km de là ! Ils nous donnent rendez-vous à notre hôtel le lendemain à 6h.
Le lendemain, nous restons sceptiques mais nous sommes prêts. A l’heure prévue arrive un 4x4 de police avec un chauffeur, le jeune policier qui nous a interrogés et sa femme. Nous aurons droit à une journée un peu pénible à avaler les 500 km entassés dans la voiture avec un chauffeur roulant pied au plancher et grillant cigarette sur cigarette. Nous verrons bien le
Kailash et le
lac Manasarovar mais le cœur n’y était pas vraiment, cette excursion sous escorte policière n’ayant pas la saveur d’un périple individuel à vélo. Le soir retour à l’hôtel avec visite de la police pour estimer la taille de nos vélos et bagages et nous donner rendez-vous le lendemain en prévision du retour sur
Kashgar.
A 5h, ce sont 2 véhicules et 7 personnes qui se présentent à l’hôtel. Pourquoi une telle escorte policière pour accompagner 3 inoffensifs cyclistes ? Nous nous entassons dans les 2 4x4 et prenons la route. Nous comprenons vite qu’ils ont l’intention de faire le parcours dans la journée : environ 1400 km dont l’essentiel sur piste, ce n’est pas gagné ; ils roulent comme des fêlés et nous n’en menons pas large. Nous comprenons au fil du parcours qu’il n’y a pas que des policiers avec nous : en plus des 2 chauffeurs (1 seul est flic) il y a le policier qui nous a arrêtés, la jeune policière sympa, son frère et 2 types dont un chinois qui nous sont présentés comme "businessmen". Profitent-ils de notre rapatriement pour s’offrir un voyage à
Kashgar ? Il sera assez vite évident que malgré l’allure il est illusoire de boucler l’étape dans la journée et nous ferons étape pour la nuit à Mazar.
Le lendemain matin, changement de rythme, fini le
Paris-
Dakar, on se traine. C’est à midi que nous comprendrons : le « businessman » chinois a promis un gueuleton à toute notre escorte et il s’agit maintenant de ne pas arriver trop tôt au restaurant que nous n’avons pu atteindre la veille au soir. En tout cas le « businessman » chinois soigne ses relations avec la police : les plats défilent, l’alcool coule à flot et notre chinois se prend une bonne cuite. Heureusement que les chauffeurs restent à peu près sobres. Après midi tranquille, nous parcourons les derniers kilomètres qui nous séparent de
Kashgar, nos « amis » policiers en profitant pour acheter quelques souvenirs. Arrivés à destination ils nous déposent à notre guesthouse mais gardent nos passeports. Apparemment nous n’en avons pas fini, c’est avec la police de
Kashgar qu’ils semblent vouloir décider de notre sort et nous sommes convoqués le lendemain à leur hôtel.
Cette rencontre avec la police de
Kashgar nous semblera bien informelle : pas dans les locaux de la police mais dans la chambre de notre escorte avec un policier de
Kashgar qui a l’air super pote avec le flic d’Ali qui nous a arrêté. L’objet du débat : où nous expulser ? Plusieurs destinations sont évoquées : le
Kirghizistan, impossible notre visa est expiré ; le Pakistan via la KKH nous irait mais ils ne veulent pas ; c’est finalement le
Népal qui était notre destination ultime qui remporte les suffrages.
L’après-midi sera consacré à l’achat des billets d’avion. Il n’y a pas de vol direct de
Kashgar vers
Katmandou et il faut passer par
Urumqi et
Chengdu. Assez bizarrement nos policiers se satisfont que nous n’achetions les billets que jusqu’à
Urumqi et nous donnent rendez-vous le lendemain à l’aéroport de
Kashgar pour nous rendre nos passeports lors de notre départ.
A l’aéroport, nouvelle surprise, ils embarquent avec nous et nous font même bénéficier de leur allocation bagage pour que nous n’ayons pas de supplément à payer malgré l’excédent que représentent les vélos. Nous n’en aurons donc jamais fini de cette encombrante escorte ?
A l’arrivée nous nous demandons quel va être notre sort mais notre escorte policière ne semble plus se préoccuper de nous : ils récupèrent leur bagages, nous disent au-revoir comme si nous étions de vieux amis et quittent l’aéroport nous laissant perplexes avec nos cartons à vélos ; c’est vraiment fini ?
Il semblerait que oui, nous discutons un moment entre nous à essayer de comprendre la logique de notre expulsion d’Ali vers
Urumqi : et si les policiers avaient juste profité de l’occasion pour s’offrir un peu de bon temps à la capitale régionale ?
L’expulsion vers le
Népal n’étant plus d’actualité nous continuerons finalement sur
Xining puis en train vers
Lhassa avec l’intention de finir le parcours à vélo sur
Katmandou, avec un permis cette fois ; pas sûr que ça se passerait aussi bien si nous étions arrêtés une 2e fois dans l’illégalité...
Conclusion de l’histoire : même si nous n’avons pas réussi la traversée complète de
Kashgar à
Katmandou, nous avons quand même parcouru la moitié de l’itinéraire jusqu’à Ali, 1 mois de vélo fabuleux, l’aventure valait le coup d’être vécue.