Bonjour à toutes et à tous,
Galériens devant l’éternel, je vous présente ici mon expérience de « séjour clandestin au
Maroc » ou comment j’ai dépassé la limite de résidence autorisée et que s’est-il passé ?
Mon permis de résidence était dépassé d’un mois quand je suis partie et j’ai écumé l’internet à la recherche de conseils et de récits d’expérience pour savoir à quelle sauce j’allais être mangée. Je n’ai pas trouvé grand-chose ou alors les articles étaient trop vieux pour être fiables à 100 %.
Maintenant, je ne dis pas que mon expérience sera valable pour toutes les situations un peu similaires. Je ne connais pas le droit marocain sur le bout des doigts et je n’ai qu’un sens limité du fonctionnement de la bureaucratie internationale. De plus, pour les potentiels futurs commentaires négatifs (j’en ai lu), je sais et approuve le principe de Nul ne doit ignorer la loi. Je sais également et approuve le fait que les pays ont des lois et qu’il faut les respecter et ne pas se croire tout permis. Cependant, se retrouver dans une telle situation est à la portée de n’importe qui pour tout un tas de raisons différentes qui ne justifient en rien l’infraction à la loi mais éclairent et appellent au respect de la personne. Lorsqu’une telle chose nous arrive, que nous savons que nous avons fait quelque chose de mal. Et nous en avons honte. Dans un état émotionnel pareil, nous attendons plus du soutien que du jugement et pour nous passer un savon, il y a la famille.
[ Version courte ] A l’aéroport, on m’a fait sortir de la file de contrôle des passeports. Reconduite au hall d’enregistrement et demandé à la compagnie de faire descendre mes bagages de l’avion. J’ai du récupérer mes affaires, aller au service des étrangers du commissariat central de la ville pour qu’on me rédige un procès verbal après quoi je suis allée au tribunal pour payer une amende de 600DH. Ensuite j’ai pu reprendre un vol, aller au commissariat avec ma réservation pour leur notifier ma sortie du territoire avant de rentrer chez moi, enfin. Les démarches ont pris 2 jours et demi au total (apparemment j'ai eu de la chance, ça aurait pu être plus long) et je suis partie le troisième jour.
[ Version longue ]Je suis partie en stage à
Agadir au
Maroc durant 5 mois en 2016. J’ai fait un bref aller-retour en
France au bout d’un mois. Il me restait donc 4 mois sur le territoire. En tant qu’étudiante stagiaire, je n’avais pas vraiment le temps ou l’argent pour faire un autre aller-retour qui m’aurait évité la procédure de prolongation de résidence mais j’étais aussi logée sans contrat par un ami-d’ami-de-relations- habitant-
Casablanca, dans un appartement que j’allais quitter un mois avant mon départ. Après plusieurs tentatives pour trouver un certificat de domicile valable, la seule pièce qu’il me manquait, je me suis retrouvée au-delà de la limite de mon séjour légal. Donc je n’avais pas fini de récupérer tous les papiers du dossier et j’étais déjà clandestine.
J’avais lu qu’il était possible de se tirer de cette situation en payant une amende directement à l’aéroport, en 2004. Des amis avaient aussi demandé autour d’eux et un policier de la ville d’
Agadir notamment, leur a confirmé que c’était possible. A vrai dire, la veille de mon départ, une personne travaillant au tribunal a dit à un de mes amis que le plus simple pour moi était de faire comme si de rien n’était et que les policiers ne contrôleraient pas la date à l’aéroport (parce qu’on regarde à peine les passeports rouges m’a-t-on dit).
Naturellement, ca ne s’est pas passé comme ça. J’ai appliqué la technique prescrite la veille et on m’a bien vite fait remarquer que j’étais dans l’illégalité. Ecartée de la file du contrôle des passeports, on m’a renvoyée à
Agadir avec mes bagages pour aller régulariser la situation. J’ai demandé plusieurs fois si ne pouvais pas régler l’affaire sur place, on m’a dit que non.
Au commissariat : On m’a demandé de venir avec un ou une marocaine pour la traduction car le procès verbal est rédigé en arabe. Cette personne est signataire du PV et donne son numéro d’identité à la police. J’ai demandé à une collègue du stage de venir avec moi.
J’ai d’abord rempli une fiche d’information personnelles (puis une deuxième car j’avais mis le nom de la mère avant celui du père) et fourni une photocopie de mon passeport (page d’identité et page tamponnée de la dernière entrée au
Maroc) et de la carte d’identité de mon accompagnatrice. Le policier nous a demandé pourquoi je n’avais pas fait de demande de prolongation et nous avons expliqué l’absence de bail et la possibilité de régulariser ça à l’aéroport. Il a noté : Méconnaissance de la procédure.
Il a fallu revenir quelques heures plus tard pour signer le PV rédigé et on m’a convoquée le lendemain matin au tribunal, avec mon accompagnatrice.
ATTENTION : Là, petite précision, le directeur de la structure qui m’employait est relativement connu et apprécié à
Agadir tout comme ses productions. Le fait de mentionner son nom a potentiellement accéléré la convocation au tribunal. Quand nous sommes arrivés au commissariat la première fois, on nous avait dit que ça pouvait prendre jusqu’après l’Aïd, 10-15 jours plus tard. Après, je ne peux pas déterminer la part de blague et la part de piston.
Au tribunal : Nous sommes arrivées le lendemain matin à 9h au commissariat avec 4 autres personnes convoquées pour des questions de visa. Au bout d’une heure, nous sommes partis pour le tribunal. Après encore une heure et demie d’attente, on nous a appelés un par un dans un bureau pour nous convoquer l’après-midi même à l’audience de 14h. L’audience a duré toute l’après-midi, à 16h30 le juge s’est retiré pour la délibération et les sentences ont été annoncées une heure plus tard. Les personnes en situation irrégulière ont toutes été condamnées à 600DH d’amende, à payer le lendemain car à 18h, le personnel du tribunal est parti, normal.
Le lendemain matin, dès 10h, je suis retournée au tribunal payer mon amende et récupérer mon passeport. Pour moi, ça a été l’affaire d’une demie-heure. Ensuite j’ai pu réserver mon vol et retourner au commissariat avec la confirmation de réservation. Ils ont pris tout ça en note, m’ont laissé le récépissé de paiement du tribunal pour le présenter si besoin et ont notifié l’aéroport de mon départ.
Pour finir, à part à l’aéroport, toutes les personnes que j’ai croisé durant la procédure (au commissariat ou au tribunal) ont été très à l’écoute et toujours prête à m’expliquer ce qui allait m’arriver. En ce qui concerne la sécurité de l’aéroport, je pense que l’agressivité et le manque de patience que j’ai ressenti à mon égard sont justifiés par le fait qu’ils se laisseraient vite déborder par les gens à la ramasse, comme moi, s’ils étaient trop conciliants et qu’être des brutes leur permet de renvoyer les gens vers le commissariat plus rapidement au lieu de parlementer durant des heures et de se retrouver eux-mêmes à faire de la paperasse, ils ont autre chose à faire.
En espérant que ça pourra en aider certains :)