Bonjour Danielle, bonjour à tous
Merci aussi pour toutes les informations que tu me donnes : tes connaissances m'éblouissent!
En 2000 j'ai acheté le livre de
Maurice Glaize "Les monuments du groupe d'
Angkor", il s'agit d'un livre très détaillé que je qualifierai d'insipide... C'est suite à mon premier séjour en 2002 que je suis devenu rapidement un passionné...
Par la suite j'ai scanné ce livre avec un logiciel OCR (reconnaissance des caractères) ce qui permet d'obtenir un texte que l'on peut éventuellement modifier : on peut alors enlever des passages qui sont de moindre importance, modifier le texte pour qu'il soit plus compréhensible... J'en ai fait plusieurs fascicules qui m'ont été très utiles pour mes séjours suivants.
Je précise que je respecte les droits d'auteur car il est autorisé de copier des passages (voire un livre complet) à condition d'en faire un usage privé et non pas public dans un but commercial.
Après mon premier séjour j'ai commencé à me documenter sérieusement sur les temples angkoriens.
Ma première difficulté a été de rechercher des sources fiables. C'est en consultant le site de l'EFEO que j'ai vu qu'il y avait dans "Chercheurs d'Asie", une biographie de ses membres avec une partie de leurs publications : livres, assez souvent des BEFEO...
J'ai également lu beaucoup de livres dont les auteurs sont des spécialistes de la période angkorienne...
Sur internet il n'est pas facile de trouver des sources sérieuses. Il y a bien sûr le site Wikipédia mais il n'est pas fiable mais on peut quand même y trouver des références de livres.
Mes recherches ont été très longues et c'est comme cela que j'ai acquis de nombreuses connaissances sur les temples d'
Angkor...
Il peut y avoir parfois des désaccords entre chercheurs. Voici quelques exemples :
-
Une personne a écrit un document en fonction des connaissances du moment. Par la suite de nouvelles inscriptions ont été découvertes et qui contredisent ce que l'auteur a écrit initialement.
En 1912, Jean Comaille a écrit ceci dans son livre : "Guide aux ruines d'
Angkor": "L'on attribue, par supposition, à Indravarman (877) la construction du Bayon et qui n'aurait été terminée que sous Yaçovarman (889).
Par l'épigraphie on a appris par la suite que c'était Jayavarman VII (1181 - 1215) qui avait construire ce temple.
- Mauvaise traduction d'une épigraphe : la traduction d'un texte ancien est parfois difficile car un mot employé à une époque perdra peut-être de son sens initial avec le temps.
Le culte du drevaraja ou
culte du dieu-roi : Jayavarman II (802 – 850) – premier roi angkorien – n'a laissé aucune inscription, fait à peu près unique dans l'histoire du
Cambodge ; du moins on n'en a pas encore trouvé. Les principaux épisodes de son règne sont relatés dans une stèle de 1053. C'est la stèle de Sdok Kak Thom, temple qui se trouve en
Thaïlande à la frontière cambodgienne près de Sisophon. Jayavarman II (selon cette stèle) aurait introduit le culte du devaraja.
Michel Petrotchenko dans "Le guide des temples d'
Angkor", écrit que des experts pensent maintenant que cette stèle a été mal interprétée, et que le culte du Devaraja fut introduit au début du 10ème siècle à
Koh Ker par Jayavarman IV (source "Un siècle d'histoire de l'EFEO et le
Cambodge, 2011")
Dans le livre "Un siècle d'histoire de l'EFEO et le
Cambodge", un chapitre est consacré à
Koh Ker, on parle du Devaraja. George Cœdès est cité.
Je me trouvais à
Siem Reap et comme je faisais de temps en temps après la visite des temples, je me rendais à la bibliothèque de l'EFEO. J'ai rencontré le directeur de ce centre et je lui ai demandé son avis sur le culte du devaraja. Il m'a dit que George Cœdès s'était trompé et que c'était bien Jayavarman II
qui avait introduit le culte du devaraja et que Jayavarman IV
avait apporté ce culte à
Koh Ker... Qui dit la vérité ?
-
D'autres désaccords peuvent provenir de l'interprétation de sculptures qui sont des scènes mythologiques.
Voici un exemple qui concerne le Banteay Srei à la "bibliothèque" Nord
(1), fronton Est. Voir la photo jointe
Selon
Maurice Glaize c'est "La pluie d'Indra"
(2) : pluie bienfaisante figurée par des traits parallèles...
Selon Claude Jacques c'est "L'incendie de la forêt Khandava" : Indra, sur son éléphant à trois têtes Airâvata, tente d'envoyer sa pluie sur la forêt Khandava pour éteindre le feu que le dieu Agni avait allumé pour tuer son ennemi le naga Takshaka. Indra échoue parce que Krishna et son frère Bâlarama se sont alliés avec Agni, et lancent des flèches si serrées que la pluie ne peut tomber.
Claude Jacques précise que ces flèches, représentées par des traits parallèles, ont longtemps été interprétées à tort comme une figuration de la pluie.
Michel Petrotchenko ("Le guide des temples d'
Angkor") donne plus de détails sur "L'incendie de la forêt Khandava" en précisant que les ondulations symbolisent les pluies d'Indra.
(1) Les"
bibliothèques" : désignation traditionnelle mais erronée. On trouve deux bibliothèques dans la partie Est de la première enceinte d'un temple, de part et d'autre de l'axe principal, ouvrant seulement à l'Ouest. Lorsqu'il n'existe qu'une de ces bibliothèques, elle se trouve du côté Sud.
Bien qu'une inscription, trouvée semble justifier cette appellation de "bibliothèque", ces bâtiments, dont l'implantation est certainement rituelle, doivent plutôt représenter des sortes de sacristies où se trouvaient enfermés (peut-être) des livres sacrés et divers objets du culte ?
(2) Indra : la religionharappienne (ou dravidienne) est la plus ancienne religion connue de la civilisation de l'Indus (3300 - 900 avant J.C. environ). Elle a été suivie par l'ère védique (2500 à 1500 avant J.C.).La religion brahmanique se situe après le védisme (1500 - 900 avant J. C. environ).
La religion brahmanique a intégré divers dieux védiques dont :
Indra : le dieu des cieux, de la guerre et du climat. Il est aussi le gardien de l'Est et le chef des dikpàlas (gardiens des directions), sa monture est un éléphant blanc à trois têtes.
Agni : dieu du feu, gardien du Sud-Est –
Kubera : dieu des richesses et, gardien du Nord –
Yama (3) : dieu de la mort et roi des enfers. Il est le gardien du Sud. Sa monture est un buffle...
Sur des bas-reliefs d'
Angkor Vat on peut voir une représentation de quelques dieux : sur le panneau "La bataille des dieux et des asuras". Sur ce panneau une dizaine de dieux n'ont pas pu être identifiés. Ainsi qu'au Pavillon d'angle Nord-Ouest : mur immédiatement à droite lorsque l'on vient du panneau "La bataille dieux et des assuras"
(3) Il arrive qu'il y ait une confusion avec et le buffle qui est la monture de Yama et le taureau Nandin qui est la monture de Shiva. Voir la partie "
Koh Ker" dans mon post
voyageforum.com/...ite-angkor-d7299281/
La terrasse du Roi Lépreux : des recherches effectuées permettent de dire que cette statue est la représentation de
Yama ou Dharmarâja (dieu des morts, assesseur de Yama). Il existe une légende d'un roi lépreux dont on peut voir un bas-relief au Bayon : bas-relief intérieur, galerie Est, partie Nord : entre les tours Nord et centrale du Gopura.
Lors de la découverte de cette statue, il y avait dessus des taches de lichen. Des ouvriers cambodgiens qui étaient présents ont immédiatement pensé qu'il s'agissait du roi lépreux, le nom est alors resté.
Jacques
Image attachée: