Dans le nord et en particulier à
Dakar, on vous déconseille d’aller en
Casamance, car parait-il, il y a la guerre (sic). Moi je vous déconseille d’aller à
Dakar ! Pourquoi ? Lisez donc la suite.
Lundi 15 novembre 2010, nous sommes l’avant-veille de la grande fête de Tabaski, la plus grande fête au
Sénégal, on sent une tension. Tout le monde a peur car les voyous le soir cherchent des victimes pour les dépouiller de leurs biens.
17 h, je suis à
Dakar, plus précisément dans le quartier de HLM Grand Yoff, devant l’hôpital militaire et je suis au téléphone avec un ami qui essaie de me trouver le numéro de téléphone d’une personnalité que je veux rencontrer. AU terme de ma conversation, un jeune s’approche de moi et dit qu’il a entendu ce que je disais et que lui a le téléphone de cette personne chez lui et que si je l’accompagne, il me le donnera. J’ai bien entendu refusé. Insistant mais avec des bons arguments, j’ai fait quelques pas en direction de chez lui mais arrivé deux rues plus loin devant lui, j’ai refusé de rentrer et j’ai dit que je l’attendais devant la porte. IL a insisté, j’ai insisté et soudain, trois jeunes sont arrivés derrière moi et m’ont propulsé dans le couloir de la maison. Les quatre voyous m’ont entrainé dans le fond du couloir et m’ont demandé de leur donner tout mon argent. J’ai dit que je n’avais pas d’argent, et ils m’ont fouillé toutes les poches sous la menace. Ils m’ont pris mon téléphone, mon appareil photo, ma carte bleue, mon passeport et mon porte monnaie avec seulement 30 000 Frs CFA sur moi, un peu moins de 50€. Mécontents, ils m’ont demandé de leur donner 100 000 Frs à chacun, soit 400 000 Frs. Je ne les ai pas. Ils me menacent. J’ai de plus en plus peur. Ils parlent de ma carte bleue et veulent le code pour aller retirer l’argent dans un distributeur. JE leur dis que je n’ai pas d’argent sur ce compte sénégalais mais je leur propose d’aller vérifier. J’espere que cette manœuvre me permettra de sortir de ce couloir sombre ou je suis à leur merci et d’obtenir une aide de passants.
Une fois dehors, j’interpelle des passants, qui voyant la scène détournent la tête et continuent leur chemin. Les menaces fusent de la part des voyous en pleine rue. Ils me disent qu’il y a un mois, ils ont tué un blanc au même endroit. Même si je n’y crois pas trop, ma peur grandit. Comment tout cela va-t-il pouvoir se finir ?
Une idée me vient, je leur dis que j’ai de l’argent à l’hôtel et que s’ils me laissent y aller, je peux leur en donner. Ils hèlent un taxi et trois des quatre voyous m’accompagnent. Coincé à l’arrière entre deux des mecs, je suis menacé, insulté, etc... J’interpelle souvent le chauffeur de taxi qui ne dit rien et je comprends que personne ne m’aidera, sauf peut-être à l’hôtel.... Le temps me parait long, je pense que cela doit faire une heure que je suis entre leurs mains. Malgré la peur, je reste maitre de mes pensées. L’auberge du Poulagou, ou je loge, se trouve dans le quartier des pêcheurs lébous de Yoff-Tonghor plage. Je connais très bien Luc, un
suisse, le patron et Khalil, l’homme de confiance du patron. Seront-ils présents ? Comment les alerter ? Est-ce que je vais obtenir du secours ou bien est ce que j’attire ces eux des voyous qui vont leur poser des problèmes... je ne sais pas.... J’ai peur. Ce n’est pas facile d’avouer que l’on a peur, mais je l’avoue j’ai très peur lorsque le taxi se gare devant l’Auberge du Poulagou.
Je continue ?
Dans le taxi, un des jeunes a utilisé à plusieurs reprises mon téléphone puis a jeté la puce par la fenêtre, je suppose qu’il craignait que je retrouve les numéros.
Arrivé devant l’hôtel, les négociations ont repris. Ils voulaient que j’aille chercher l’argent et que je revienne leur porter au taxi et ils disaient me rendre mon matériel (appareil photo, téléphone sans puce, carte bleue et passeport) contre l’argent mais j’ai dit que je n’n’avais pas confiance et deux d’entre eux m’ont accompagné dans l’hôtel. Un est resté dans la cour pendant que l’autre me suivait vers ma chambre mais au lieu d’aller dans ma chambre, je suis monté au bar ou j’ai étais heureux de voir Luc, le patron et Khalil le barman-homme de confiance ainsi qu’un de leurs amis. Une fois entré, avec un des voyous accroché à mes basques, j’ai vite demandé a ce que l’on appelle la police et leur ai expliqué en deux mots que j’étais agressé. Le voyou s’est vu entouré, le deuxième est apparu et s’est vu aussi entouré et les voyous ont expliqué que je les avais volé et que je leur devais 400 000 Frs CFA. Khalil a dit que j’étais surement le premier toubab (blanc) de 55 ans, à agresser 4 jeunes mecs en pleine forme et leur a demandé de me rendre le matériel. Une bousculade a commencé et Khalil leur a demandé de sortir dans la rue et a récupéré de force mon matériel. Dans la rue, celui qui était resté dans la voiture est sorti et a été menaçant, des coups ont fusé rapidement et Luc a menacé d’appeler les pécheurs lébous. On sait que les lébous n’appellent pas la police en cas de vol, ils tabassent le voleur jusqu’à la mort et le mettent dans un sac avec quelques pierres au fond de l’océan. « Mes » voyous ont vite compris cela et se sont jetés dans le taxi pour s’échapper.
Tout est bien qui finit bien mais j’avoue avoir eu une grande peur pendant plus d’une heure et demi, même si tout le monde dit que j’ai eu beaucoup de courage pour négocier avec eux et me félicitent de mes initiatives pour arriver à l’hôtel. Mais oui, je sais ce que c’est que la peur.... Chose que je n’avais jamais connue en
Casamance, pays dangereux selon les gens de
Dakar.
Mon expérience n’est pas unique. Je connais bon nombre d’européens qui ont connu situation similaire. Beaucoup ont payé très cher. Un voileux français, président du Cercle de Voile de
Dakar a trouvé la mort l’année dernier en baie de Hann à
Dakar pour quelques milliers de francs CFA. Les vols à l’arraché sont courants aussi en plein centre de
Dakar. Mon exemple s’ajoute à une longue liste qui montre que
Dakar est une ville ou la prudence et la méfiance s’impose.
Quand à la
Casamance, j’attends des témoignages de personnes qui y ont vécu des situations similaires, je n’en connais pas.... Ou peu....
Je pense que mon expérience de commercial qui devait faire face à des situations de crises face à des clients difficiles a affuté mon esprit de négociations.
Ce lundi 15 novembre, après mes émotions, Luc, le patron
suisse de l’Auberge du Poulagou m’a offert un whisky. Nous avons longuement commenté cet incident, regrettant parfois de ne pas leur avoir cassé la figure ou de ne pas leur avoir pris leurs téléphones ou autres bien en compensation de leur vol des 30 000. Moi je m’estimais heureux de n’avoir perdu que 30 000 Frs CFA et une puce de téléphone.