12 à 14 heures pour le voyage en une seule étape suivant les pauses que l'on s'accorde sur un si long trajet.trajet riche en variétés de paysages
Grise est la roche, rouge est la terre, ocre le flot de la rivière et la rizière qui verdoie sous un ciel d'émeraude.
Le paysage se creuse en vallées, s'étale dans les plaines. Une cordillère de bosses et de falaises ferme au loin l'horizon.Autant de paysages, autant de couleurs chers à mon cœur.
Tout au long de la route nationale, les hameaux, les villages défilent.Les maisons traditionnelles aux murs de briques rouges, à haute vérandah, aux toits de tole cotoyent des masures faites de torchis et aux toits de chaume et qui croupissent avec le temps.Ce sont le plus souvent des 'mpivaro" qui attirent le chaland devant un étalage de friperies, de marmites, de fers pour l'angady ou de colifichets désuets.D'autres marchands, des femmes, dans la position du chieur accroupi, offrent sur une natte poisseuse déroulée à meme le sol des brèdes, des légumes ou des fruits disposés en petits tas.Parfois des batisses neuves, faites de ciment et de parpaings, à étages, jurent avec la trame historique des habitations villageoises.Elles sont comme une insolence, un caprice de parvenus.L'architecte rural ignore sans doute la 'règle d'or ' établie par les anciens grecs.Les façades sont boursoufflées, agrémentées de balcons, de fer forgé, d'ornements inutiles.Chaque village a son église, sa chapelle, son temple.C'est un lieu de rassemblement pour honorer avec une égale piété aussi bien Jésosy que Kristy, Andriamanitra ou Zanahary, les puissances tutélaires.Des familles endimanchées descendent par les sentiers pour aller chanter au culte.Ici et là, sur des éminences, le tombeau des ancêtres aux pierres de granit soigneusement équarries rappelle aux vivants leurs devoirs.
Au sortir de quelques villages, des artisans locaux exposent leur savoir faire dans l'espoir d'un arret du voyageur : des miniatures peinturlurées d'autos ou de camions, des balais brosse, des tambours pour Hira Gasy, des kabossy, (la guitare malgache,)des marmites, des plateaux de bois pour la découpe des viandes ou des légumes, des soubiques, des corbeilles, et meme des piéta de la Vierge Marie !. Le moindre ariary est espéré, guetté, attendu.Le village a besoin d'argent. Mais les voitures passent, indifférentes, sans s'arreter..
...Et, soudain, s'ouvre l'immense plaine volcanique d'
Antsirabe. La terre est riche ; La terre est grasse.Elle a été piochée, retournée à l'angady Elle porte les moissons, les fruits, les légumes..Elle est nourricière.....En bordure de route les paysannes offrent sur leur étal de belles tomates rouges, des bottes roses de carottes, des concombres au vert tendre, des bananes à la pelure jaune d'or et le violet des prunes.En contrebas les carrés de rizières frémissent au vent léger.
Les voitures de passagers sont hélées à grands gestes d'invitation. A l'arret, les passagers sont assiégés, assaillis par les porteuses de corbeilles.On se bouscule aux portières. Les vendeuses de canards, d'oies, de poules ajoutent à la charge.Dans ce concert de cris, d'offres, d'appels on reconnait le timbre clair de Madame Anna :"Ohatrina ty ? Lafo be ! (Combien ça coute, ? C'est trop cher !). C'est son cri de guerre.L'ancienne commerçante sait arracher le meilleur prix.Oies, canards, provisions de fruits et de légumes vont voyager sur le toit surchargé du taxi brousse jusqu'à la cuisine et le fourneau de
Manakara - pour les fétes
Apres
Antsirabe, la route s'enlace jusqu'aux hauteurs d'
Ambositra et d'Ambohimahasoa.le paysage devient sévère.La roche nue enserre la route.les habitations sont plus rares. Ce sont des habitations d'infortunés aux murs de boue séchée, patinés par le temps, délavés par les pluies.Les ouvertures sont étroites et la fumée de cuisine s'échappe par une fenetre.On accède à l'étage non par un escalier mais par une échelle branlante.C'est la rencontre avec la grande misère paysanne.
Ces pauvres gens ont le corps chétif et, pourtant, ils doivent affronter chaque jour la dureté des travaux des champs.Les visages sont creux et les membres grèles.Ils sont vétus de loques, de guenilles, de linge rapiécé, décoloré.Ils se tiennent parfois immobiles au bord de la route, le regard perdu.Les plus anciens s'enroulent encore dans le satrouka ancestral.Ils n'ont que du charbon de bois à vendre.Ils sont le monde des 'sans dents ' comme dirait notre bon président françois Hollande mais ils sont aussi le monde qui va pieds nus sur les chemins caillouteux. Ils sont usés, vieillis avant l'age. Ils sont enfermés dans leur misère.
Puis commence la descente vers la cote : la terre des chaleurs tropicales et des pluies diluviennes.La foret reprend ses droits.Elle fuse vers le ciel avec ses troncs puissants, son feuillage touffu.Elle devient épaisse, étouffante. Elle devient réserve nationale de
Ranomafana ;Elle est l'abri naturel des lémuriens aux gros yeux inquisiteurs et à la queue en panache.Les eaux de la Namourouno grondent dans l'étroite vallée. Elle cascade sur les seuils rocheux. La buée monte et fait arc en ciel.C'est un grand spectacle pour les touristes - mais - c'est la crise.Le touriste n'est pas là.Les nouveaux hôtels batis sur les flancs de la roche se morfondent en attendant la clientèle.
Les Tanala de la foret sont restés au stade le plus élémentaire de la construction.Ils ne vivent pas dans des maisons mais plutôt dans des paillotes ou des abris sommaires faits de feuillage et de roseaux.Et pourtant ces constructions légères résistent à toutes les tempetes, à tous les vents. Ils sont nombreux à se serrer dedans. La pauvreté ambiante est générale.Ici, on vit du bois, de la banane, de l'ananas et des letchis.
A partir d'Irondro, c'est la nuit noire.Il reste 100 kilomètres.Les rares maisons ont disparu dans l'obscurité la plus profonde.Pas un fanal, pas une lampe à pétrole, pas une bougie allumée.Les phares dessinent la route à suivre. C'est du goudron.Enfin au terme du voyage, c'est
Manakara. Il y a de la lumière dans les habitations. Des clients attablés boivent à la terrasse d'une gargotte leur THB, la bière nationale