Pir971 · 23 janvier 2025 à 17:15 · 120 photos 48 messages · 13 participants · 2 647 affichages | | | | À: Pir971 · 27 janvier 2025 à 9:28 Re: Tanzanie 2019 - Polé Polé Message 21 de 48 · Page 2 de 3 · 679 affichages · Partager Ça me rappel de bon souvenirs tout çà. Merci pour ce récit | | | Annonce · Sponsorisé | | | À: 4ecofuel · 27 janvier 2025 à 16:33 Re: Tanzanie 2019 - Polé Polé Message 22 de 48 · Page 2 de 3 · 664 affichages · Partager Avec plaisir Fred ! Courage à ceux qui suivent le rythme | | | À: Pir971 · 27 janvier 2025 à 17:00 · Modifié le 28 jan. 2025 à 2:26 Re: Tanzanie 2019 - Polé Polé Message 23 de 48 · Page 2 de 3 · 660 affichages · Partager Day 5 (05/09/19) :
La nuit fut entrecoupée d'un premier réveil à minuit pour une sortie discrète et glacée, suivi d'un sommeil difficile à retrouver puis une nouvelle miction à 4h30...  Ca va finir en bilan prostatique cette histoire ! Le réveil de 6h30 ne m’a même pas réveillé, et c’est finalement Brysson, notre porteur/serveur, qui nous tire du sommeil à 6h40. Alison, elle, a eu un peu froid cette nuit.
Dehors, tout est blanchi par le gel, l'herbes et les bassines d’eau recouvertes d’une fine pellicule de glace. À 7h, fidèle au rituel, on nous apporte de l’eau chaude, une bénédiction dans cette atmosphère glaciale. À 7h30, le petit-déjeuner est servi, on va pouvoir se réchauffer. Le camp de Barranco est niché dans une cuvette entre le mur de Barranco, le sommet du Kibo et une falaise imposante. Il est encore encore plongé dans l’ombre à cette heure ci donc il fait encore très froid. Nous nous préparons pour une étape mythique : le franchissement du Barranco Wall.
C'est la seule véritable partie technique de la voie Machame, réputée très accessible. Celle qui revient dans les guides, les carnets et les vidéos. Une falaise de plusieurs centaines de mètre de roche friable avec peu de sécurité, exposés au vent, à la file indienne dans un froid glacial. Départ à 8h15, toujours à l’ombre. L’air glacé pique les narines à chaque inspiration. La montée exige concentration et prudence. À certains endroits, il faut carrément embrasser la paroi rocheuse pour ne pas glisser ou chuter. Nous sommes quasiment tous parti en même temps du camp et certains passages donnent lieux à des embouteillages sur la paroi nous offrant des pauses salvatrices, bienvenues pour profiter de la vue mais qui nous soumettent aussi rapidement au froid.
Un groupe de jeunes américaines devant nous chantent pour se réchauffer. Il règne une bonne ambiance pour ce "dernier jour".
Enfin, nous atteignons le sommet du mur, à 4250 mètres d’altitude, baigné de soleil. Nous y restons un moment, échangeant quelques mots avec un couple de Français croisé plus tôt. En contrebas, les nuages montent progressivement et enveloppent doucement le Kibo dans un voile blanc.
La descente vers le camp de Karanga est un nouveau défi ; gravillons instables et poussière rendent chaque pas délicat. Malgré les bâtons de marche nous glissons plusieurs fois, manquant de chuter. Heureusement les chevilles tiennent bon. Les porteurs, pourtant aguérris et rapides, trébuchent parfois aussi.. Après une grosse descente casse-gueule, nous atteignons enfin Karanga, à 3900 mètres, à 11h50.
Le camp est plongé dans les nuages, balayé par un vent froid. Notre "mess tent" est déjà installée, nous y trouvons refuge pour savourer un bouillon de ratatouille.
Ceux qui font l'ascension en 6 jours resterons ici pour la nuit mais pas nous: à 13h, nous repartons avec Elias pour la dernière étape du jour vers le camp de Barafu.
La montée se fait lentement"polé polé", dans un épais brouillard. Pas trop de photos donc. Le froid et la faible visibilité rendent l’ascension exigeante, mais Faustin nous rejoint en chemin, apportant un peu de chaleur humaine. Peu à peu, les nuages se dissipent, offrant une vue imprenable sur le mont Mawenzi. L’ambiance est presque martienne : un décor aride et rougeoyant qui semble appartenir à une autre planète. Le Kibo, lui, est toujours dans les nuages.
Nous atteignons enfin Barafu Camp, à 4650 mètres, à 15h30. Le camp est logiquemen tplus rudimentaire que les précédents, un peu plus sale aussi, mais nous avons la chance d’avoir un emplacement idéal : plat, abrité du vent, et avec une vue dégagée sur le Mawenzi.
Alors que nous sommes plutot satisfait et rassurés de notre performances jusque là, nous croisons une jeune femme asiatique escortée en urgence vers les altitudes inférieures. Elle vacille, titube comme un zombie... L'hélicoptère l'attend plus bas. C'est fini pour elle. Elle n'ira pas plus loin et sera probablement hospitalisée, en espérant qu'elle se rétablisse rapidement. La scène est glaçante et nous rappelle le danger qui nous guette. Le reste de l'après-midi se termine tranquillement. Eau chaude pour se rincer, suivie de notre habituelle tasse de chocolat chaud.
Malgré la marche, nous nous sentons étonnamment en forme, ce qui nous laisse perplexes, mais optimistes.
Après un dîner à 17h30 et un briefing avec Elias et Faustin, nous nous glissons dans nos duvets à 18h30 pour une très courte nuit. Le réveil est à 23h. L'ascension finale est pour cette nuit. Les guides sont confiants sur la météo. Les nouvelles des téléphones satellites sont positives. Une pointe d’excitation, un soupçon d’appréhension... l’aventure continue. | | | À: Pir971 · 27 janvier 2025 à 17:32 Re: Tanzanie 2019 - Polé Polé Message 24 de 48 · Page 2 de 3 · 653 affichages · Partager Le mal des montagnes devient un sujet récurrent sur ce forum, on le croise partout...  Bon, vu de mon canapé, notre progression semble bien se passer  Mais si j'en juge les photos et le nombre de tentes, ça parait l'autoroute ton ascension ? Même si moi je serais déjà sur la bande d'arrêt d'urgence depuis longtemps... | | | Comment ça un sujet récurrent ? J'ai du raté quelque chose.
Alors non nous n'avons pas du tout eu le sentiment d'autoroute sauf un peu le matin de l'ascension de la tour de Lave et celui du franchissement du mur de Barranco mais l'après-midi nous nous sommes toujours retrouvés seuls c'était top. Nous étions entre 130 et 140 touristes au camp de Machame la 1ère nuit. A cela il faut rajouter les nombreux porteurs... Rien que nous deux nous avions accepté une dizaines de porteurs (guide, assistant guide, cuisinier, serveur, porteur des toilettes portables).
Pour l'instant les pas s'enchainent toujours aussi bien. La suite à venir | | | À: Pir971 · 28 janvier 2025 à 3:38 · Modifié le 9 fév. 2025 à 15:47 Re: Tanzanie 2019 - Polé Polé Message 26 de 48 · Page 2 de 3 · 636 affichages · Partager Day 6 (06/09/19) :
C'est le grand jour ! Enfin théoriquement nous sommes encore le 05 septembre. En effet le réveil sonne à 23h, mais j’étais déjà éveillé depuis 22h15, incapable de dormir à l’approche de ce moment tant attendu. Le départ initialement prévu à 23h30 est décalé de quelques minutes pour éviter le petit peloton qui est déjà parti et éviter les embouteillages sur le sentier. Cette nuit nous devons atteindre le sommet du Kibo, Uhuru Peak qui culmine à 5895m soit quasi plus de 1200m de D+ sur 5km. L'idée est d'y arriver suffisamment tôt pour ne pas faire la montée avec la chaleur du soleil et avoir le temps de redescendre à Mweka Camp avant demain soir.
"Petit-déjeuner" frugal : café, biscottes sucrées appelées « Glucose » (sérieusement, ils n’ont jamais entendu parler du diabète ici ?). Je décide de prendre mes deux comprimés de Diamox (125 mg) en une seule prise, sachant que nous sommes censés redescendre à 3100 m dès ce soir. Finalement, après quelques retards dus à Alison et les guides, nous quittons le camp à 23h45. J’ai enfilé toutes mes couches, changé les piles de ma frontale et je me sens en pleine forme. Depuis le temps que j’attends ce moment, je suis prêt à en découdre ! 
Elias nous apprend que d’autres voyageurs ont dû redescendre hier soir, vaincus par l’altitude. Mais il est confiant pour nous. Il semblerait que ce soient les filles du groupe d’Américaines, celles-là mêmes qui chantaient avec entrain ce matin dans le mur de Barranco. 
Le spectacle nocturne est magique : le flanc du Kibo brille de milles feux, ou plutôt de dizaines de tentes multicolores, éclairées de l'intérieur, illuminant la montagne et formant un tableau féerique. Derrière nous, l’ombre majestueuse du mont Mawenzi se dessine dans un océan d’étoiles. Les conditions sont parfaites, un véritable cadeau pour cette ascension tant rêvée !
Bien entendu aujourd'hui nous ne montons qu'à 4. Les porteurs attendront notre retour puis redescendront vers le prochain camp demain après-midi. Faustin ouvre la marche, suivi d’Alison, moi, et Elias en queue de groupe. Alison, qui n'est pas du matin, est un peu bougon. Elias, très prévenant, prend rapidement son sac à dos qu’elle a chargé comme une mule.  Nous traversons le camp dans un silence solennel et entamons l’ascension. Polé polé.
Très rapidement, une douleur abdominale me saisit, comme une colique fulgurante. Je mets ça sur le compte du café, je n'en bois presque jamais et, à chaque fois, cela me retourne l’estomac et fait mal à la tête. Quel poison ce truc ! Sauf que les mètres défilent et la douleur ne passe pas. Je commence à me sentir vraiment mal et j’ai du mal à me concentrer sur la marche. Malgré tout, Alison marche toujours aussi vite donc je suis. Nous dépassons plusieurs groupes. Faustin impose un rythme soutenu, sa condition physique est impressionnante. La marche dans la cendre et les roches est harassante. Nous glissons souvent. 2 pas en avant, 1 pas en arrière. De temps en temps une roche dévale la pente sur quelques dizaine de mètre brisant le silence solennel de cette ascension presque sacrée.
A 5200 mètres d'altitude, je ne peux plus supporter la douleur. Je demande une première pause pour avaler un Doliprane et un Spasfon, tout ce que nous avons avec nous. Alors que nous reprenons notre avancée, le vent se lève, glaçant nos visages et nos mains. La douleur s’atténue brièvement avant de revenir encore plus forte... Je ne sais pas si je vais mourir de froid ou d'une explosion colique. Mon esprit commence à divaguer, mes narines et mes bronches sont brulées par le froid et mon souffle devient de plus en plus court.
En contre bas nous distinguons encore le camp et une progression de lumière frontale serpentant lentement le long de la montagne comme une rivière de lucioles défiant la nuit.
De temps en temps je sors la main de ma poche et défi la morsure du vent glaciale pour regarder l'altitude sur mon smartphone.
À 5300 mètres, je suis contraint de demander une nouvelle pause. Je m’allonge carrément à l’abri d’un rocher pour tenter de récupérer un peu, mais il faut bien choisir son coin, il y a du PQ un peu partout. Dans un souffle d’autodérision, je lance : « Laissez-moi là, je vais crever. Partez sans moi ! »
Petit brin d'humoir noire qui trahit ma panique grandissante. Nous ne sommes pas à la moitié du dénivelé et je ne sais pas du tout comment je vais faire. Il fait nuit noire et je n'ai plus aucune force. Même redescendre au camp me parait impossible...
Alison continue avec Faustin, tandis qu’Elias reste à mes côtés. Nous nous étions entendu sur le fait que si un de nous ne pouvez plus l'autre continuerait seul. A peine je me relève et fait 1 pas que je suis à nouveau épuisé. Je m’arrête tous les 10m c'est la catastrophe.
À 5400 mètres, nous rejoignons brièvement Alison et Faustin, leur frontales m'éblouissent un instant tandis que je devine leurs regards inquiets qui se posent sur moi, me demander je vais bien serait presque cruel. Puis ils reprennent de l’avance en silence.
À 5500 mètres, c'est fini. Je suis à bout. Les nausées s’ajoutent à la douleur. Chaque goutte d’eau que je me force à boire menace de ressortir. Je n’ai plus la moindre force. Je fais une longue pause et je préviens Elias qu'il va m'en falloir beaucoup d’autres. J'essaye de me surpasser. J'avance 10m par 10m... " Polé Polé !"
Elias, m’encourage sans relâche dans la nuit noire. Je sens sa présence derrière moi mais je ne le vois pas, parfois je devine le faisceau de sa frontale qui fend l'obscurité devant moi, je crois entendre ses pas, mes yeux, à moitié clos, sont concentrés sur les miens comme hypnotisés, occultant tout le reste.
Mes souvenirs de cette nuit là sont vagues mais la voix d'Elias raisonne encore dans ma mémoire. Polé Polé...Faustin finit par prendre mon sac, pourtant pas si lourd, me soulageant un peu. Chaque pause pipi est une épreuve herculéenne et une tentation supplémentaire d'abandonner. Se défaire de toutes ses couches de vêtements et se rhabiller demande une énergie insurmontable... La fatigue, la douleur, le froid... Quelle triade macabre !
Je vous épargne les détails poétiques sur les pauses diarrhées. Entre l’euphorie de l’objectif et la lutte intérieure contre mon propre corps, chaque demi-pas devient une victoire sur moi-même. L’ombre du sommet se rapproche, mais le chemin est encore long.
Je me rappelle alors les statistiques étonnantes du nombre de randonneurs ne réussissant pas à atteindre le sommet... A peu près 30%. Un peu moins par la voie Machame. 10 à 20 décès par an. | | | À: Pir971 · 28 janvier 2025 à 6:35 Re: Tanzanie 2019 - Polé Polé Message 27 de 48 · Page 2 de 3 · 619 affichages · Partager Oh! Mince ! Tu fais durer le suspense...😏 Cela doit être vraiment rageant de ne pas y arriver après en avoir tant rêvé 🤔 Courage, nous sommes tous avec toi 👍 | | | Vu la photo de son profil je pense qu'il n'y a pas de suspens 😜 | | | À: Pir971 · 28 janvier 2025 à 8:25 Re: Tanzanie 2019 - Polé Polé Message 29 de 48 · Page 2 de 3 · 613 affichages · Partager Quel courage Pierre faire l'ascension dans ces conditions est un super exploit 😀 Déjà quand tu es en forme c'est compliqué. La montée de nuit aide bien comme ça tu ne vois pas le sommet qui n'arrive pas 😂 | | | À: Pir971 · 9 février 2025 à 3:59 · Modifié le 9 fév. 2025 à 15:33 Re: Tanzanie 2019 - Polé Polé Message 30 de 48 · Page 2 de 3 · 551 affichages · Partager Suite Day 6 (06/09/19) :
"La suite, repose sur quelques bribes de mémoire, épargnées par l’hypoxie et la fatigue de cette nuit-là. Je me suis aperçu que je n’avais pris aucune note pour toute la semaine de voyage à venir – il faut dire que l’ascension a été très éprouvante, et les événements se sont ensuite enchaînés à une vitesse vertigineuse."
Nous suivons donc dans la nuit les étoiles scintillantes, ou peut-être sommes-nous déjà au cœur de la Voie lactée, et continuons notre interminable ascension. Chaque pas est une épreuve, notre progression est d’une lenteur accablante et pourtant si épuisante. je puise le peu d’énergie que je n’ai plus pour lancer vers l’avant mes bâtons et placer mes pieds l’un devant l’autre, traçant mon chemin centimètre par centimètre. Derrière moi, Elias semble à l’arrêt, m'encourageant inlassablement et me poussant vers l'avant de temps en temps. Le vent se renforce, mordant, implacable.
Nous nous rejoignons enfin à Stella Point, 5 756 mètres. Je me sens à l’extrême limite de mes forces. Alison tient le coup, elle souffre surtout du froid. Moi, je n’ai jamais été dans un état pareil. Il y a quelque chose d'excitant, presque guerrier, à repousser ses limites ainsi... mais aussi d’effrayant. C'est quoi la suite ? Est-ce que ça va passer ? Et si ça s’aggrave ? Que se passe-t-il si je ne peux plus marcher ?
Il doit être environ 5 heures. Nous nous réfugions derrière un bloc rocheux, à l’abri du vent, moi complétement avachi au sol, face au panneau de Stella Point. La pause semble durer une éternité. Suis-je en sueur ? Gelé ? Difficile à dire. L’aube pointe son nez à l’horizon. Autour de nous, quelques groupes émergent de l’obscurité et nous dépassent lentement, concentrés sur l’objectif final. Personne ne parle. Chacun gardera une expérience et un souvenir uniques et personnels de cette nuit d’ascension. Certains ont laissé un partenaire derrière eux, trop épuisé pour continuer, d’autres n’atteindront le sommet que dans plusieurs heures.
Nos guides restent calmes et ne me pressent pas. Ça me rassure.Je récupère un peu et retrouve la parole. Comme dans un ultime effort, je me relève, vacille légèrement, agrippe mes bâtons. Un pied devant l’autre. Mes coliques s’atténuent. La pente me semble plus douce. Nous longeons la crête. Là-bas, dans le lointain, Uhuru Peak. Le sommet. Le point le plus haut de tout le continent africain.
Le ciel s’illumine alors de teintes sublimes : bleu, violet, orange et rose éclatant. Nous sommes au milieu de l'arc en ciel.
Nous y sommes. Sous nos yeux, nous dominons un panorama infini, le cratère, les glaciers condamnés, le mont Meru et même le soleil. Les nuages flottent bien en dessous. Il est 6 heures. Le célèbre panneau est juste devant nous, comme un accomplissement. Je ne sais pas exactement ce que je ressens, je me laisse envahir gaiement par toutes les émotions à la fois et surtout par une immense gratitude. J’ai l’impression d’avoir été béni, d'avoir eu une vie riche, remplie de bonheur, d’amour, de succès et d’aventures tout autour du monde et jusqu’ici, au sommet du Kilimandjaro. Tout ça à la vue d'un simple panneau !  Ce trek et cette ascension ne m’ont pas changé, je ne suis pas devenu un nouvel homme ni même une nouvelle version de moi-même, mais il demeure un fort sentiment d’accomplissement à ce moment-là.
J’ai 27 ans. Il y a quelques mois encore, jamais je n’aurais pensé me retrouver en Tanzanie, gravir cette montagne mythique. J’ai réussi mes études, dans quelques mois je serai interne en médecine, j’ai voyagé au-delà de mes espérances, exploré des endroits plus incroyables que je ne l’aurais cru. J’ai ressenti le bonheur, été plus heureux que je n'aurais osé espérer... Le soleil se lève sur cette nouvelle journée et je suis ici, sur le toit de l'Afrique, avec mon amoureuse. Il faudra redescendre. Mais à cet instant précis je ressens une paix absolue, l’impression d’avoir réussi ma vie et d'embrasser pleinement le sens de mon existence. Le reste ne sera que du bonus. Et je suis sobre !! 
Nous sommes parmi les premiers arrivés, il n'y a quasiment personne, les tout premiers trekkers commencent tout juste à redescendre. Quelques cris de victoires, quelques mots échangés. Par sécurité, nous ne devons pas rester plus de quinze minutes, mais les guides ne nous pressent pas et avec l’excitation je me sens bien mieux. Nous restons un peu plus d’une demi-heure, profitant de chaque instant, immortalisant ce moment en photo. Nous photographions aussi d'autres français dont l’appareil n’a pas résisté au froid (Coucou Alix et Aurélien !  ).
Puis vient le moment de repartir. Dommage, je serai bien resté plus longtemps et je n’ai aucune envie de remarcher. Difficile à dire si c’est l’ivresse des montagnes ou simplement l’épuisement...
Mais il me reste une dernière mission. Je prends la main d’Alison et l’entraîne un peu plus loin, le long de la crête. Je pose un genou sur la roche volcanique, non ce n'est pas un malaise. Dans mes épaisseurs, un solitaire en tanzanite précieusement dissimulé, une question difficilement articulée puis un « Oui » s’envole, emporté par le vent, à jamais murmuré dans le silence de la montagne,
Un dernier baiser. Le deuxième du reste de notre vie. Du bonus !
Puis nous redescendons, main dans la main portés par l'écho de cet instant. | | | À: Pir971 · 9 février 2025 à 6:49 Re: Tanzanie 2019 - Polé Polé Message 31 de 48 · Page 2 de 3 · 535 affichages · Partager C’est magnifique !🥰 Je comprends pourquoi tu n’as pas renoncé alors que tu étais si mal, tu avais une double récompense au bout. Toutes mes félicitations, vous avez du vous marier depuis 😊 Tu es vraiment très méritant 👏 | | | À: Pir971 · 9 février 2025 à 9:26 Re: Tanzanie 2019 - Polé Polé Message 32 de 48 · Page 2 de 3 · 531 affichages · Partager Ce trek et cette ascension ne m’ont pas changé, je ne suis pas devenu un nouvel homme ni même une nouvelle version de moi-même, mais il demeure un fort sentiment d’accomplissement à ce moment-là.
Que tout cela est bien dit, c'est exactement ce que j'ai ressenti en arrivant au sommet.
Et félicitation pour le "oui" qui a du se transformer en mariage depuis | | | Toutes mes félicitations, vous avez du vous marier depuis 😊
Merci beaucoup isabelle et Régis  Et bien non, nous ne sommes toujours pas mariés et ce n'est toujours pas programmé  Beaucoup de carnets à venir... 
Tu es vraiment très méritant 👏
Quand même un peu de folie avec le recul... | | | À: Pir971 · 9 février 2025 à 17:48 · Modifié le 11 fév. 2025 à 16:56 Re: Tanzanie 2019 - Polé Polé Message 34 de 48 · Page 2 de 3 · 496 affichages · Partager Suite Day 6 (06/09/19) :Il faut donc redescendre...
Les guides commencent à nous presser. Voilà près de deux heures que nous avons dépassé Stella Point, à plus de 5 700 mètres d’altitude. L’oxygène se fait rare, la saturation du sang en oxygène est très abaissée, et les risques de complications augmentent. Ils ne veulent pas prendre de risque.
La première partie de la descente jusqu’à Stella Point n’est pas difficile après cette longue pause au sommet. Le soleil s’est levé, réchauffant peu à peu l’air glacé. Le paysage se révèle sous une lumière nouvelle, et nous flottons encore sur notre nuage dans l’euphorie de notre exploit.
Mais le plus difficile reste à venir. La descente jusqu’au camp de Barafu est une épreuve en soi. Abrupte, interminable, elle se fait en glissant dans les cendres volcaniques en essayant de ne pas chuter, un exercice qui demande une énergie que je n’ai plus. La chaleur devient étouffante sous mes multiples couches de vêtements, mais je n’ai même plus la force de m’arrêter pour les retirer.
Je repasse en mode pilote automatique, avançant mécaniquement, et multipliant les arrêts. Faustin et Alison repassent devant et continuent d’une traite – je ne les reverrai plus. La descente jusqu’à Barafu devait prendre 2 à 3 heures, j’arriverai au camp 2h après Alison... Je traine ma carcasse jusqu’à notre tente, j’enlève péniblement mes vêtements trempés de sueur et m’effondre aussitôt, sombrant dans la sieste la plus méritée de ma vie.
Quelques heures plus tard, il faut pourtant repartir et quitter le camp de Barafu (4673m). L’étape n’est pas terminée : Encore 9,5km nous attendent pour rejoindre Mweka Camp.
Je me sens mieux. Les muscles restent lourds, les genoux très endoloris par la descente au moins je peux marcher sans trop souffrir. Je peux apprécier le paysage, et me remémorer cette nuit étrange, irréelle, sans savoir si c’était un rêve ou un cauchemar. Un peu sous le choc encore de cette sensation, ce vide de toute énergie vitale, comme à l'article de la mort. Etait ce dû au café ? aux deux comprimés de diamox ? l’altitude ? la fatigue cumulée ? Surement un peu de tout...
La végétation réapparaît. Les températures s’adoucissent. L’air devient plus respirable. Sur ce sentier, le plus rapide pour redescendre, nous croisons plusieurs porteurs transportant des civières. La montagne ne fait pas de cadeaux. Passage par High Camp puis nous arrivons à Mweka Camp (3100m) avant la nuit.
Mais les souvenirs de cette journée resteront flous. Pas de photos, pas de notes, juste la fatigue et l’envie irrépressible de dormir. | | | À: Pir971 · 9 février 2025 à 21:05 Re: Tanzanie 2019 - Polé Polé Message 35 de 48 · Page 2 de 3 · 479 affichages · Partager Day 7 (07/09/19) :
La matinée commence par ladernière descente, entre Mweka Camp (3 100 m) et Mweka Gate (1 640 m). Une dizaine de kilomètres dévalés rapidement.
Après un dernier petit-déjeuner avec l’équipe, vient le moment délicat des tips. Elias nous l’annonce maladroitement, et comme à chaque fois, ce sujet nous met mal à l’aise. Ce système de pourboire imposé reste difficile à comprendre pour nous, Français. D’un côté, on se dit que cela devrait simplement être inclus dans leur salaire et dans le prix de la prestation. De l’autre, on comprend que cet encouragementfinancier pousse chacun à donner le meilleur pour le confort et la réussite des randonneurs – une mentalité qui, avouons-le, manque peut-être ailleurs... 
Nous remercions chaleureusement nos compagnons d’aventure et leur remettons leur dû. Pour mémoire, en 2019, les recommandations standards de tips étaient :
- 20 $/jour pour le guide principal
- 12 $/jour pour le guide assistant
- 12 $/jour pour le cuisinier
- 5 $/jour par porteur
Des montants assez inégaux quand on sait que les porteurs ont le travail le plus physique... Nous immortalisons ce dernier moment ensemble par une dernière photo avant de nous séparer.
À 7h15, nous nous remettons en route à travers la forêt tropicale, sous une légère averse.
L’ambiance est joyeuse, légère. Les guides et les porteurs chantent et dansent avec nous : "Jambo, Jambo bwana Habari gani? Mzuri sana Wageni, wakaribishwa Kilimandjaro hakuna matata !"Un instant suspendu, une parenthèse de bonheur partagé.
Alison, fidèle à elle-même, toujours aussi rapide en descente (et non, je ne parle pas de vodka). Nous savourons nos derniers kilomètres ensemble, et à 9h30, nous atteignons enfin Mweka Gate, le terminus de notre trek.
Nous avons bouclé 64 km, 4 980 m de dénivelé positif et 5 140 m de descente – Mweka Gate étant plus basse que Machame Gate, notre point de départ. Selon le registre, nous étions 167 randonneurs a tenté l'ascension du sommet la veille, majoritairement des Français et des Allemands.
Nous sommes quasiment seul mais devons patienter un bon moment pour récupérer nos diplômes souvenirs. Puis, un van nous ramène à Moshi. De retour en ville, nous retrouvons Faustin et Elias pour un dernier verre devant le bureau des Kessy Brothers.
Nous en profitons pour revoir le programme du safari et faisons la connaissance de Franck, qui sera notre guide à partir de demain. À midi, nous sommes déposés au Sal Salnero Hotel, un établissement charmant où nous espérions trouver une machine à laver. Mauvaise surprise : il n’y en a pas. On nous propose un service de blanchisserie externe, sans pouvoir nous indiquer le prix. Cela dépendra de la quantité de linge. Logique. Nous laissons donc un petit sac de linge à la réception. Encore une fois nous demandons le prix et on nous réponds qu’on ne sait pas. Ok ok Hakuna Matata !
Puis nous partons nous reposer.
Sieste bien méritée, puis retrouvailles excitantesavec Mélissa et Doriane, fraîchement arrivées de métropole! Nous passons la soirée à dîner ensemble, échangeant anecdotes et fous rires.
Nous retournons à notre chambre. Le linge devait nous être déposé à 20h30 mais à 21h toujours rien et nous tombons de fatigue. A 22h la réceptionniste nous réveille et dépose rapidement nos affaires sur le lit. Elle est pressée et nous demande 85$ en cash pour le linge.
"- Pardon ???" Je lui fais répéter, pensant avoir mal compris. Non, elle confirme : 85 $ pour quelques vêtements, principalement des sous-vêtements. Un prix hallucinant, quasiment le prix d’une nuit d’hôtel... et même plus cher que notre vol entre Arusha et Zanzibar ! La colère monte. Ce n’est plus un simple malentendu, c’est du racket pur et simple. Fini l’immense gratitude et la paix infinie... je sens la frustration m’envahir. Je hais l’injustice, et encore plus ce culot assumé. Nous n’avons pas d’autre choix que de payer, mais je me couche lessivé, certes, mais contrarié et bien décidé à régler ça dès demain matin. Un retour sur le plancher des gnous contrasté donc. Entre retrouvailles et arnaque. | | | À: Pir971 · 11 février 2025 à 9:23 Re: Tanzanie 2019 - Polé Polé Message 36 de 48 · Page 2 de 3 · 451 affichages · Partager Bravo à tous les 2 pour cet exploit. Pierre, je ne sais vraiment pas comment tu as pu faire ça en étant malade, bravo pour ta persévérance!
Les pourboires, c'est souvent compliqué pour nous (en tout cas pour moi  ) et les montants pratiqués usuellement en Tanzanie ou au Kenya sont tout de même très élevés par rapport aux salaires moyens de ces pays, même en tenant compte du fait que c'est un travail saisonnier (à tel point que je me demande si on leur verse un vrai salaire ou si les employeurs comptent sur les pourboires pour ça  ).
Quant aux 85$, c'est carrément du vol  . J'attends le prochain post pour savoir comment ça s'est terminé  . ... et le début de la partie safari  . | | | À: Pir971 · 12 février 2025 à 17:51 Re: Tanzanie 2019 - Polé Polé Message 37 de 48 · Page 2 de 3 · 426 affichages · Partager Mais il me reste une dernière mission. Je prends la main d’Alison et l’entraîne un peu plus loin
Bien sûr, ça ne me regarde pas, mais tu n'y serais pas allé polé polé pour demander la main d'Alison? 
Félicitations pour l'ensemble de ta prestation! | | | À: Pir971 · 25 février 2025 à 1:50 · Modifié le 25 fév. 2025 à 2:20 Re: Tanzanie 2019 - Polé Polé Message 38 de 48 · Page 2 de 3 · 333 affichages · Partager Day 8 (08/09/19)
Le jour se lève sur Moshi, enveloppée d’une douce lumière matinale. Après un petit déjeuner copieux à l’hôtel avec les filles, je retourne à la réception pour régler l'histoire de linge de la veille.Je demande à voir le manager ou le directeur. On me montre la liste du prix de lavage et de séchage de chaque vêtement à l'unité. Indécent ! Si on avait su... 2000 TZS la paire de chaussette, 2000TZS le caleçon, 3000TZS le short... forcément ça chiffre vite à ce compte là ! Pour aurant je considère que lorsqu'un établissement possède la machine à laver la plus chère du monde il doit prévenir les clients AVANT ! Mais on me répond qu'il n'est pas encore là et on m'invite à régler le différent directement avec notre agence. Je ne manquerai pas d'écrire ce que je pense des pratiques commerciales de cet établissement au Kessy brothers. Fin de cette petite parenthèse de lingerie.
Après cette bonne nuit de repos nous sommes excités de commencer une nouvelle aventure avec les copines !
Nous retrouvons Franck, notre jeune guide au sourire.... "mémorable", et January, notre cuisinier expérimenté, véritable chef des pistes qui nous régalera tout au long du voyage. Il est temps d’embarquer à bord de notre Land Cruiser Troopy, un 4x4 robuste conçu pour l’aventure. Officiellement prévu pour cinq passagers, l’espace à l’arrière est exigu, et à quatre, nous sommes déjà bien serrés.
Nous traversons l’effervescence d’Arusha, cette ville animée au pied du Mont Meru (4 566 m), le deuxième plus haut sommet de Tanzanie et seul volcan d'Afrique où l'on peut croiser des buffles, des girafes et même des léopards jusqu'à 3 500 m d’altitude. Bien plus que les villes d’ Afrique australe, Arusha est foisonnante de vie : des marchés colorés débordent sur les trottoirs, des dala-dalas (minibus locaux) filent dans un chaos plus ou moins organisé, et les rues sont bondées de piétons, de cyclistes et de vendeurs ambulants. Aux abords de la ville, les petites exploitations agricoles laissent peu à peu place à un paysage plus sauvage.
Après une heure de route, nous atteignons l’entrée du Parc National d’Arusha, un écrin de verdure s’étendant sur 137 km². Bien qu’il soit l’un des plus petits parcs du pays, il n’en reste pas moins spectaculaire et unique. Bordé par le majestueux Mont Meru, qui domine l’horizon de son cône volcanique parfait, le parc offre une biodiversité exceptionnelle grâce à sa topographie variée, alternant forêts tropicales, savanes ouvertes, lacs alcalins et anciens cratères volcaniques. Il abrite aussi la petite caldeira de Ngurdoto, un sanctuaire pour les buffles, les phacochères et de nombreux primates.
Nous nous laissons guider, Franck gère le programme et les modalités d'entrée dans le parc. Je me prends au jeu de cette façon de voyager avec un guide.
Dès notre entrée, nous nous enfonçons dans une forêt dense où les fougères géantes et les acacias recouverts de lichens témoignent d’un climat humide et montagnard. L’ambiance est brumeuse et mystérieuse, bien différente de nos précédents safaris dans les vastes plaines arides.Alors que nous progressons sur les pistes sinueuses, la vie sauvage se dévoile peu à peu : Un calao trompette nous accueille
Des colobes guérézas, ces singes au pelage noir et blanc soyeux, bondissent d’arbre en arbre, leur longue queue ondulant dans l’air.
Nos premières girafes, majestueuses et silencieuses, se détachent sur le fond verdoyant.
Des troupeaux de buffles broutent paisiblement dans les clairières humides. Les cobes se chamaillent avec en fond une famille de mangoustes raillées.
Il n'y a pas de lions dans ce parc mais en 2018, des rangers ont découvert une meute de lions errants, qui avaient probablement migré depuis le Serengeti ou le parc voisin du Kilimandjaro. Plusieurs troupeaux de vaches auraient été attaqués, rappelant la légende des lions mangeurs d’hommes du Tsavo. Les autorités ont dû les relocaliser pour éviter tout conflit avec les populations locales.
Nous nous arrêtons près des Momella Lakes , une série de petits lacs alcalins qui scintillent sous la lumière grise du ciel. Ici, des centaines de flamants roses se tiennent en équilibre sur une patte, filtrant l’eau à la recherche de minuscules crustacés.
Malgrè la proximité de la civilisation, le parc est peu fréquenté, ce qui renforce notre sentiment de d’exclusivité. Une entrée en matière très sympathiques pour Mélissa et Doriane, qui découvrent leur premier safari en douceur. | | | À: Pir971 · 25 février 2025 à 1:50 · Modifié le 25 fév. 2025 à 22:17 Re: Tanzanie 2019 - Polé Polé Message 39 de 48 · Page 2 de 3 · 333 affichages · Partager Day 8 (08/09/19) suite :
Nous faisons halte sur une aire de pique-nique aménagée, où nous dégustons notre repas sous le regard curieux de quelques singes espiègles. Puis, accompagnés d’un ranger armé, nous entamons une petite marche jusqu’à une cascade cachée dans la forêt. L’air est frais et chargé d’humidité, les mousses recouvrent les troncs d’arbres, et l’odeur de terre mouillée nous enveloppe.
Soudain, au détour du sentier, une girafe surgit devant nous. Immobile, elle nous observe avec une curiosité réciproque.
Moment suspendu dans le temps. Nous faisons silence, captivés par la grâce de cet animal gigantesque, avant qu’elle ne disparaisse en quelques pas fluides dans la végétation dense.
L’altitude et le ciel couvert nous rappellent que nous sommes loin de la chaleur étouffante des plaines. En cette fin de journée, un vent frais souffle sur le parc, et nous enfilons nos pulls pour le trajet retour. Après cette première immersion sauvage réussie, nous reprenons la route en direction du ParcNational de Tarangire, où nous passerons la nuit au Kanga Camp.
Nous arrivons au camp juste après le coucher du soleil. Nous découvrirons le parc demain. Un nouveau décor nous attend, celui des baobabs géants et des éléphants par centaines. Mais pour l’instant, place au repas et au repos. | | | À: Pir971 · 25 février 2025 à 4:15 Re: Tanzanie 2019 - Polé Polé Message 40 de 48 · Page 2 de 3 · 327 affichages · Partager Ca a commencé comme un sympathique carnet de voyage d'un jeune puis j'ai été pris par le suspense. Votre manière de raconter est prenante et spontanée, c'est vraiment rafraichissant. | Carnets similaires sur la Tanzanie: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 7 207 visiteurs en ligne depuis une heure! |