Bonjour !
Voici le récit de mon ascension du Kilimandjaro.
Je retrace précisément l'étape finale jusqu'au sommet. Cette nuit là, la météo était particulièrement difficile...
Il est 18 H 30. Nous sommes à Barafut Hut, à 4600 mètres d'altitude, dernier campement avant l'ascension finale du
Kilimanjaro.
Nous avons terminé le repas...
Pour manger, nous nous réunissions chaque soir du trek dans une tente mess bien trop petite. Nous étions 15. Seules 12 personnes entraient correctement. Alors, il fallait se tasser, trouver différentes positions, s'asseoir en quinconce. La nourriture a toujours été bonne. Ce soir là, à 4600 mètres, c'était plutôt quelconque. Beaucoup de pâtes...trop cuites ! Mais, pour attaquer le Kili, pour un effort trés soutenu, pourquoi pas ?!?
Nous sommes déjà tous emmitouflés, engoncés ! Rama, notre guide, " légèrement " francophone, nous annonce les consignes pour l'ascension finale. Le réveil sera à 22h30. Nous sommes tous surpris. Nous nous attendions plutôt à 1h00 du matin. Mais, bon !
Rama nous explique qu'il faudra au moins 7 heures de marche pour atteindre le sommet ! De 4600 à 5895 mètres d'altitude, il faut sûrement cela car le souffle est court. Il insiste sur le fait que nous formerons qu'un seul groupe. lui derrière, et Anthony le deuxième guide officiel anglophone, à la tête. Rama souligne qu'il faudra mettre absolument toutes nos fringues, se couvrir le maximum possible...
Chacun retourne donc à sa tente. La nuit va être très courte. Installé dans ma tente, j'ai peur qu'elle s'arrache ou qu'elle s'envole. Ca bouge énormément, le vent souffle très fort ! La tente est pourtant bien lestée par de grosses pierres. Je ne m'endors pas ! Le vent fait un vacarme si assourdissant ! Je vois toutes les heures passer...
Et, c'est déjà le réveil à 22h30 !!!
Après avoir enfilé toutes les couches possibles de vêtements contre le froid, je m'extirpe de ma tente. Ca souffle terriblement, c'est glacial !
Je rejoins la tente mess en contrebas, en slalomant à travers les gros blocs de roches. Le groupe se compose...
Jacques, l'enseignant de Bagnères de Bigorre est déjà tout paniqué...
Il me dit : " tu te rends compte, c'est impossible, l'ascension est annulée avec un vent pareil, on ne peut pas monter ! J'ai déjà eu une mauvaise expérience il y a 20 ans, avec ma femme en pleine montagne. Accidentée, emportée par le vent, on ne l'a jamais revue !!! "
Bref, on se réunit dans la tente mess pour se restaurer, avant d'affronter la montée au Kili, qui aura bien lieu.
Rama et Anthony confirment l'ascension. Ils sont zen. Il n'y a pas de problème. Tout le monde est prêt, on sort de la tente.
Mais, où sont donc passés Jean Louis et Hervé ? Ils ont raté le réveil de 22h30 !
Rama les réveille.
Frigorifiés, nous attendons dans le vent !
Il est 23h30. Ca y est ! C'est parti ! La marche commence...
Nous progressons lentement, très lentement, il faut s'économiser. Anthony impose le rythme. Rama reste à la queue.
La respiration est très importante : " One step, one breath " (un pas, un souffle). Au camp précédent un groupe d'allemands (médecins), étudiant les effets de l'altitude sur le corps humain, nous l'avait bien expliqué. Ce jour là, au camp de Barranco, à 3950 mètres, Gérard avait dû nous quitter, il faisait partie du groupe. Ce marathonien d'une cinquantaine d'année avait souffert du mal des montagnes.
C'était un jour d'acclimatation de Shira Hut à Barranco Hut, avec un passage à 4500 mètres à Lava Tower. Ce jour a failli lui être fatal. Vomissant à 4500 mètres, il redescendit à Barranco dans un état déplorable, comme un zombie... Epuisé, il se reposa sous la tente, à l'arrivée. Les allemands, voisins de notre campement, l'auscultèrent. Ils avaient tout le matériel de mesure...
Gérard, le malheureux, commençait à avoir de l'eau dans les poumons ! Peut-être un début d'embolie pulmonaire...
Il fallait redescendre absolument. C'était le seul remède. Gérard redescendit le lendemain matin avec un porteur qui s'appelle " Iao Bou ". Facile à retenir...Gérard
ira au bout.Donc, le rythme de la marche restera le même. Trois pas très lents, puis un arrêt. C'est saccadé et régulier à la fois. La pente est raide, le terrain instable, et le vent glacial nous balaye de plus en plus... Fatigant !
Je lutte et je regarde ma montre... Le temps ne passe pas... Le temps ne passe plus... Se serait-il arrêté ?
Le froid transperce les vêtements.
Je marche... Nous marchons comme des automates. Je regarde machinalement les pas de la personne devant moi. Il n'y a rien d'autre à faire. Avancer pour le mieux. Parfois, nous mettons les mains pour se hisser entre des rochers... Nous montons en silence ! Il faut pleinement respirer ! Jean-louis, le psychologue, ne pousse plus son cri de guerre : " Alleeeeeeeez !!!!!! "
Son cri si particulier, pour "booster" le rythme africain !
Chacun se concentre... le froid s'intensifie, je resserre ma cagoule pour me protéger le visage au maximum, mais ça ne suffit pas !
J'enlève les gants et j'enfile des moufles à la place. Il est minuit trente, et se sera le premier arrêt. Peut-être cinq minutes, pas plus !
Et il faut repartir !
La montée est interminable, je m'endors pratiquement debout. Mon souffle va, par contre, plutôt bien, malgré l'altitude d'environ 5000 mètres... je vacille, mes pas sont imprécis...
Il est deux heures du matin et ma frontale s"éteint soudainement. Les piles neuves à 23h00, n'ont pas supporté le froid. Je fouille dans mon sac pour retrouver des piles de rechange... Mais impossible ! Je ne les retrouve pas ! Jean-Louis, le psychologue, m'indique qu'il faut faire vite et ne pas perdre de temps... Bref, Rama me prête sa vieille lampe torche finalement. Elle éclaire mal, mais c'est toujours ça.
C'est reparti ! Il est seulement 2h30 du matin et j'attends avec impatience le soleil. le temps s'est comme figé... La nuit est si longue qu'elle nous endort... Le vent glacial nous épuise tous ! Aucune zone abritée ! Nous sommes dans des éboulis, sur un vallon très raide, et rien n'arrête le vent...
Derrière, une partie du groupe a déjà abandonné. Le mal de l'altitude a fait des ravages sur les organismes.
Vers 3h00, je vois redescendre à toute allure le guide Anthony avec Renaud et Cécile (2 jeunes avocats de
Paris). Renaud ne tient plus debout, il est porté par Anthony...
Les images de ce moment sont furtives. je me souviens juste que Renaud a le regard ailleurs, il semble inconscient !
La marche continue cependant... Sur un vague sentier toujours raide.
Vers 4h00, je suis K.O. Je demande une pause... Mes souvenirs restent flous, mais Anthony est à nouveau en tête du groupe. Nous sommes apparement plus que six avec le guide. Anthony est donc à nouveau là.
A t-il redescendu Renaud rapidement puis récupéré notre groupe ?
Je n'ai rien vu, mais c'est ce qu'il s'est visiblement passé. Pour la pause, Anthony recherche un endroit à l'abri du vent violent. C'est difficile, il y a très peu de recoins, de gros rochers. Mais, c'est trouvé ! Je m'asseois. Je n'ai plus de force. Je demande 5 minutes d'arrêt. je mange un peu, mes jambes tremblent fortement... La position assise reste encore plus fatigante que debout.
Très rapidement, Anthony et le petit groupe décident de repartir. Je reste sur place, je n'arrive plus à avancer. Je me retrouve donc sans guide !
A quelques mètres de moi, en contrebas, un mec est assis au bord du sentier. Il se repose... Il sort sa couverture de survie...
Je pense que c'est Henri, le fils de Jacques (les 2 de Bagnères de Bigorre de notre groupe).
Je lui demande : " Il n'est pas là ton père ? "
Il faut dire qu'ils marchaient toujours ensemble... Il me répond : " Mon père ?!? je ne suis pas venu avec mon père, je suis avec un ami. "
C'était un autre français que je confondais avec Henri.
Je suis seul à présent. Je me refroidis. Je me dis qu'il faut bouger.
Mais, descendre ou monter ?
la descente me semble trop risquée... La montée serait la solution pour me réchauffer... Mais, seul ? C'est dangereux aussi.
Je réfléchis.........
Plusieurs cordées passent devant moi et j'interpelle finalement un groupe d'américains. Très sympas, ils me proposent de les suivre. Leur guide tanzanien me dit qu'il reste environ 1h30 jusqu'au cratère sommital. Ca me semble possible même si je me sens faible. Je persiste et je les suis. La marche est lente, je tiens leur rythme... Une américaine me dit quelques mots en français. Je me réchauffe. Nous cheminons en zig-zag. Le ciel s'éclaircit. On commence à distinguer la lueur du jour... La nuit était si longue ! Le vent se calme !
Ca y est ! Voici le lever du soleil avec le Mawenzi en toile de fond. Grandiose !!!
La silhouette déchiquetée du Mawenzi tranche sur un fond rouge orangé. A l'horizon, on peut remarquer l'arc de la terre. C'est immense ! La ligne de crête apparaît. Il ne reste que quelques pas, que quelques mètres...
Sur le côté gauche, on découvre de magnifiques séracs en étages... Leur couleur change, varie du rouge à l'orange...
Nous marchons sur un terrain lunaire, nos ombres sont encore grandes. Le sol est couleur ocre. Les tous derniers mètres avant le rebord du cratère et nous admirons, juste à nos pieds, des pénitents de glace, mini stalagmites de glace. Superbes !!!
Nous y sommes.
Les américains se serrent la main. Le sommet immense impressionne. Vers la gauche, la ligne de crête enneigée se prolonge jusque Uhuru Peak, point culminant à 5895 mètres, le toit de l'Afrique. En face, on peut distinguer un glacier ou plutôt des séracs en forme de cubes, posés à plat.
Soudain ! Mon guide Anthony apparaît. Un peu comme un fantôme !
Je quitte les américains, et je monte vers Uhuru Peak, avec Anthony. On se parle en anglais... Un peu...
Je ne lui demande même pas pourquoi m'a t-il laissé dans la pente, seul, en pleine nuit ?!?!?
Il faut 45 minutes pour rejoindre Uhuru Peak. La neige est plus ou moins gelée, les bâtons servent bien...
Le chemin est facile, quelques bosses, mais il n'y a plus de pente raide.
Je me sens léger, j'ai comme une sensation de flottement. Le soleil chauffe, il fait presque bon ! la marche devient facile, je souffle sans problème aussi. Je fais quelques photos de l'immense barre de séracs sur ma gauche :
Du grand spectacle !
Nous arrivons au sommet.
Il est 8h00 du matin. Anthony me félicite, je reste dans un état second, un peu insensible...
Je réalise difficilement que je suis arrivé. Je suis bien. Je respire facilement. Tout me semble léger !
Je suis pourtant à presque 6000 mètres d'altitude !
Comme dirait l'éminent docteur Furst (pourtant si alarmiste): " Le
Kilimandjaro !!! C'est les Vosges en plus haut !"
Voilà ! Cette montagne n'est pas difficile techniquement (uniquement de la marche). Même si c'est le coeur de l'Afrique, les conditions climatiques et l'altitude combinées peuvent réellement faire tout changer !
J'avais écrit mon texte juste à la fin de mon voyage, à chaud ! Mes impressions étaient tellement fortes.