Bonjour,
-pourquoi cette pratique ancestrale perdure?-pourquoi dérange-t-elle aujourd'hui (quoique les autorités se soient emparées du problème depuis des lustres)? Ou pour le dire autrement: est-ce que ce sont les paysans qui dérangent l'inexorable développement urbain de certaines régions, ou l'inverse?
Ancestral, le mot est juste. L'essartage est la façon la plus ancienne et la plus courante pour cultiver dans les montagnes.
En ASE, cette pratique agricole etait autrefois la plus utilisée par les montagnards et les paysans en plaine, dans des regions où les peuples, des ethnies surtout (Hmongs, Mnongs, Lua, Karens, Hananoos, Akhas, Miens etc...) étaient nomades.
Le sol, ainsi brulé puis recouvert de cendres permet une conservation de l'humidité, apportant des éléments fertilisants et stérilise les terres.
On cultivait ces terres pendant 2 ou 3 ans puis on cherchait un nouvel emplacement pour faire un nouveau brûlis, laissant la terre en jachère pour qu'elle puisse se renouveler. Au bout de 7 ans, la forêt reprenait ses droits.
Ca, c'était autrefois.
Depuis, suite aux guerres et insécurité des pays voisins, les populations ethniques se sont considérablement accrues et le monde s'est tourné vers une économie de marché. La culture sur brulis, qui était une pratique agricole durable et écologique pour la fertilité des sols, tant que la densité des populations restait faible, ne l'est plus dans une démographie et un développement urbain en croissance exponentielle. Je ne rentrerai pas dans les rendements des terres lorsque qu'il s'agit de nourrir 10 personnes au km2 qui se transforment en villages de plus de 200 habitants. Les calculs se trouvent sur le web, si ça vous intéresse quelque peu.
Plutôt que de parler des conséquences désastreuses écologiques que l'on connait aujourd'hui (La
Malaisie et l'
Indonesie ont interdit les cultures sur brûlis en 1997, suite à des incendies qui ont detruit plus de 8 millions d'hectares de forêts. La culture intensive de l'huile de palme produite sur des forêts de tourbières riches en carbone, excellent combustible et l'étendue des cultures sur brûlis furent difficiles à maitriser), il faut aussi noter que les autorités se sont retrouvées face à une pénurie de ressources forestières à exploiter et à attribuer aux investisseurs étrangers (je pense notamment au
Laos et
Cambodge). Les gouvernements ont ensuite cherché à sédentariser les minorites ethniques et les relocaliser proches des axes routiers, en supprimant cette technique agraire, vitale à leurs survies.
C'est aussi un moyen de les contrôler, de surveiller les plus suspectes et ne pas à avoir à subir quelques mouvements de protestations sociales et culturelles.
Je viens de passer sur le
plateau des Bolovens et j'avais visité, il y a quelques années, un village Akha. Aujourd'hui totalement rasé, les habitants ont tous été "relocalisés". Pour le folklore, il existe à présent des "villages modèles" où un puits financé par un investisseur étranger ne fonctionne pas mais bon...les villageois sont civilisés, même s'ils sont farouchement animistes et pratiquent toujours la culture sur brûlis.
Les traditions ont la vie dure en ASE. Est ce que grand papa ne faisait que des conneries ? Je ne suis pas sûre qu'il soit à blâmer en priorité. Les agriculteurs au nord des
Philippines, continuent à pratiquer la riziculture manuellement, un système d'entraide existe toujours et la jeune génération continue à vénérer Bulul, le dieu du riz. Ils n'ont qu'une seule récolte par an, à peine de quoi nourrir une famille dans l'année, sont ils donc tous des imbéciles ?
Les cultures sur brûlis perdurent parce que ce système agraire est le plus utilisé par les populations les plus pauvres (elles permettent de cultiver un sol fertile sans labourer) et les paysans dans le sud est asiatique ne son pas les mieux lotis. Pour le riz, par exemple, il faut compter entre 25 et 40 kg d'engrais / rai. Un sac de 50 kg de fertilisants coute entre 2300-2500 bahts, les moins chers, 750 bahts.
Les locaux les plus pauvres sont les premiers à souffrir de pathologies respiratoires et des inondations récurrentes tuent des gens ou provoquent des dommages de grande ampleur dans l'Aude et autres départements, est ce que les habitants fuient la région pour autant ?
Pour revenir au sujet initial, le ciel à
Bangkok est plus bleu que celui que j'ai eu en traversant la frontière de Ubon à
Pakse. Et comme le note un intervenant, ce problème de pollution ne concerne pas que la
Thailande. Fin Fevrier, les pics de pollution à
Paris interdisaient aux véhicules de classe 4 et 5 de circuler...Pourtant ce ne sont pas les brûlis qui voilent le ciel parisien.