Les prix des vols vers l’Asie sont en chute libre
Bastien Buss
Les compagnies aériennes se livrent une véritable guerre des tarifs. Elles sont confrontées à des problèmes de surcapacité
Un vol
Genève-
Pékin ou Shanghai à 350 francs avec Air China. Ou
Zurich-
Pékin à 359 francs sur un avion d’Hainan. Si une escale à
Moscou ne vous rebute pas, Aeroflot propose un tarif de 600 francs pour la capitale chinoise au départ de
Genève. Du jamais-vu. C’est pourtant les trois offres que propose en ce moment l’agence de voyages Tiantan Horizon, basée à
Genève. Sa responsable s’excuse presque. «C’est un forfait limité dans le temps et en nombre de places. Et pour les deux premières, il faut encore ajouter les taxes et le surcoût du kérosène. Au final, cela double le prix», explique-t-elle.
Il n’empêche. A 800 francs, l’Asie n’a jamais semblé aussi proche. C’est que les compagnies s’adonnent à une guerre sans merci pour capter les passagers à destination de l’Extrême-Orient. Récemment, le magazineTravel Inside mettait en garde: avec de telles pratiques, on détruit tout simplement le marché.
En janvier,
Singapore Airlines proposait un véritable dumping sur les prix, avec
Zurich-
Singapour-
Bangkok pour 599 francs. Une fois les taxes et surcoût pétrole retirés, la compagnie n’encaissait que 120 francs. Soit moins que le billet de train pour se rendre à l’aéroport ou le ticket de parking. Si l’offre n’a duré que cinq jours, les autres transporteurs ont dû quelque peu s’aligner, bien malgré eux. «Jamais les tarifs n’ont été aussi bas», confirme une agence de voyages à Neuchâtel.
«C’est une période très favorable pour les passagers. Les prix sont sous forte pression, mais cela dépend des dates et de la saison. On peut parler de surcapacité sur ces destinations», selon Walter Kunz, directeur de la Fédération
suisse des agences de voyages (FSAV). L’arrivée du gros-porteur A380, la concurrence des très agressives compagnies Etihad, Emirates et
Qatar, aux coûts opérationnels inférieurs, et les nouvelles ambitions de Turkish Airlines ou de Finnair pour phagocyter des passagers européens vers l’Asie via leur hub d’
Istanbul ou d’
Helsinki sont parmi les explications données par les spécialistes.
Avec
Qatar, on peut ainsi se rendre à
Bangkok ou
Pékin pour 770 francs taxes comprises. En date du 29 février, Emirates propose
Singapour et
Kuala Lumpur pour moins de 800 francs et Etihad vole vers
Manille pour 772 francs. «Lorsque vous faites un vol de 12 ou 14 heures, cela a un prix. Et ceux-là sortent de cette logique», selon Walter Kunz. Que les experts fixent plutôt en fonction de la destination entre 1000 et 1500 francs aller-retour.
«Les compagnies ont du mal à afficher un coefficient correct d’occupation de sièges en classe économique. Alors mieux vaut vendre à des tarifs bas plutôt que de véhiculer des sièges vides, tout en comptant sur la première ou la classe affaires pour se refaire. Quelque part on peut dire qu’elles achètent des parts de marché», renchérit Pierre Sparaco, expert en aéronautique. Ce qui ne va pas sans risques. «J’y vois un grand danger: que les clients s’habituent à de tels tarifs et une fois revenus à 1200 francs, les passagers ne sont plus d’accord de les payer. Mais il s’agit surtout de voyageurs qui ne sont pas fixés sur la destination, ils recherchent simplement le meilleur prix quel que soit le vol», détaille Walter Kunz.
Ce dumping tarifaire n’est pas non plus sans répercussions sur les compagnies qui proposent des dessertes directes. Pour
Bangkok par exemple, Swiss et Thaï se situent à quelque 900 francs au départ de
Zurich, contre 770 pour
Qatar. Le transporteur helvétique parle sobrement d’un marché concurrentiel, sous pression. La Fédération
suisse des agences de voyages souligne qu’il est encore meilleur marché de partir de Lugano ou de Bâle, voire de
Genève, ou alors de faire une escale à
Francfort, car les compagnies doivent absolument alimenter leur aéroport principal. Il convient toutefois d’en profiter maintenant. «Février et mars font partie des périodes les plus difficiles pour remplir les avions. Plus tard dans l’année et surtout durant les vacances, les prix vont fortement augmenter», anticipe Pierre Sparaco. Alors un petit vol vers
Sydney à 1214 francs vous tente-il? C’est actuellement possible avec Etihad.