L' Asie, continent le plus connecté du monde après l'Amérique du
Nord, se remettait difficilement, jeudi 28 décembre, des importants
problèmes informatiques survenus après la rupture de câbles optiques
sous-marins provoquée par un séisme au large de
Taïwan, mardi 26, à
20 h 26 heure locale.
Ce tremblement de terre qui a fait deux morts à
Taïwan a fait
apparaître une faille dans le système informatique mondial. Cette
première grande panne dans l'histoire d'Internet a montré la
vulnérabilité de l'économie numérique mais aussi sa force,
puisqu il n'y a pas eu d'"effet domino" aux
Etats-Unis et en Europe.
Les quatre – ou six, selon les sources – câbles sous-marins
endommagés à 15 kilomètres au sud de
Taïwan assuraient une grande
partie du trafic téléphonique et Internet en provenance d'Asie du
Sud-Est, de
Corée du Sud et de
Chine, via
Hongkong, vers le
Japon, les
Etats-Unis et l'Europe.
Selon un responsable d'un câblo-opérateur, Asia Netcom, cité par le
South China Morning Post à
Hongkong, de 60% à 70% de la capacité
Internet en Asie s'en serait trouvée affectée.
L incident montre aussi combien la région dépend de ces câbles
sous-marins pour ses communications vers l'extérieur. Ceux-ci permettent
des tarifs bon marché. Les liaisons par satellites, plus onéreuses,
n'ont pas été touchées.
Les opérateurs ont dû recourir à des solutions alternatives de
transmission sur des voies de diversion, notamment à
Singapour, impropres
au transport des volumes habituels de données. Résultat : une
véritable pagaille informatique et l'impossibilité de se connecter à
des serveurs autres que locaux.
Un sondage réalisé, mercredi, par le portail chinois Sina.com estimait
que 97% des internautes de
Chine populaire (ils sont 123 millions) ont eu
des difficultés à accéder à des sites étrangers. 57% se sont
déclarés affectés dans leur travail ou leur vie quotidienne.
A
Hongkong, les sites en ".com" (donc plutôt américains) étaient
inaccessibles, mercredi et jeudi, ainsi que la plupart des sites japonais.
En revanche, les pages chinois étaient accessibles. MSN, le service de
messagerie instantané de Microsoft, très utilisé, était bloqué,
tout comme de nombreux sites français (à l'exception du Monde.fr).
En revanche, Skype, qui permet de téléphoner via Internet et
d'échanger des fichiers, ou Gmail, la messagerie de Google, étaient
parmi les rares à fonctionner parmi les sites étrangers.
Le séisme a aussi affecté les télécommunications internationales.
Il était difficile de téléphoner autrement que par portable, ce qui a
conduit à une saturation des réseaux. Plusieurs banques internationales
– HSBC, Bank of America, et locales – ont dû interrompre leurs
transactions en ligne, et même leurs services de guichets robotiques.
Certes, les grandes entreprises ont réussi à basculer leurs réseaux
vers des directions autres que leurs voies habituelles – vers l'Europe,
en particulier. Mais le sinistre – encore non chiffré – est sans
doute considérable pour des dizaines de millions d'intervenants
économiques, entreprises de petite taille et familiales, dont
l'activité est entièrement organisée autour des communications "en
ligne" : marchands, acheteurs, voyagistes, secouristes ou épiciers. Pour
eux, la durée que prendra la réparation sera déterminante.
On se félicitait, mercredi, au département du commerce de
Hongkong, que
L incident ne soit pas arrivé pendant les jours qui ont précédé
Noël.
Selon les journaux locaux, l incident a pénalisé les services de
courtage et de banque en ligne dans l ex-colonie britannique, alors que la
Bourse s'apprête à y clore une année record.
Si les salles de marché n'ont pas cédé à la panique, les
perturbations les ont affectées. Hier ça passait pas, il n'y avait ni
Bloomberg ni Reuters. Les traders devaient utiliser leur portable ou Skype
pour appeler à l'étranger. Ce n'était pas catastrophique, mais des
ordres n'ont pu être passés. Il y a donc eu moins de volume. C'est
revenu aujourd'hui, on a juste un peu de problèmes avec Reuters, mais le
service IT a trouvé une solution pour le reste, racontait, jeudi, à
Hongkong, un assistant trader dans une grande banque française.
Au
Japon, où l'activité semblait être revenue à la normale jeudi 28
décembre, le principal problème a concerné les sociétés de
cotations en ligne recevant des informations de Reuters. La branche
japonaise de l'agence, dont la liaison avec son centre de transmission de
données de
Singapour a été coupée, n'a pu fournir d'informations
sur les marchés actions ou sur ceux des devises mercredi. Les
transactions sur les valeurs chinoises ont aussi été perturbées chez
certains courtiers en ligne, notamment chez United World Securities
Japan.
Au niveau des transmissions, NTT Communications a dû suspendre 1400lignes
d'appels gratuits reliant le
Japon à plusieurs régions et pays, l'Asie
du Sud-Est et l'
Australie notamment. L'opérateur a stoppé les services
fournis par l'intermédiaire de 200 lignes de transmissions de données
à des entreprises clientes. Mercredi, il s'efforçait de sécuriser des
lignes alternatives passant par l'Europe ou les
Etats-Unis. Les deux autres
opérateurs nippons, KDDI et Softbank Telecom, ont aussi subi des