Bonjour,
J'ai pris une fois le train Bonabéri-
Nkongsamba : voie étroite unique, train de nuit à wagons en bois pourvus d'une plate-forme ouverte à chaque extrémité, locomotive à vapeur dont la chaudière fonctionnait au bois. J'ai voyagé en wagon-couchette de 1ère classe, où les compartiments à deux couchettes étaient séparés par une cloison de bois de 1,50 m, et l'éclairage était fourni par des lampes-tempête suspendues au plafond. Le convoi circulait entre deux murailles de végétation, qui parfois touchaient les flans des wagons. Comme les trains transportant des bananes avaient la priorité, le train de voyageurs s'arrêtait dans certaines gares où une voie double autorisait le croisement, et il faisait également un arrêt dans des gares ayant un dépôt de bois pour réapprovisionner le stock, ou remettre de l'eau dans la chaudière. Départ de Bonabéri à 18 h, arrivée à
Nkongsamba à 8 h le lendemain matin pour environ 300 km. J'ai eu pour seule compagnie une jeune dame européenne et ses deux petits enfants, épouse d'un médecin militaire affecté en brousse et qui venait d'arriver de
France. La pauvre était plutôt inquiète, un médecin militaire, qui avait dû la récupérer à sa descente du paquebot à
Douala, se fiant à ma bonne mine, m'en avait confié la charge sur le quai de la gare de Bonabéri, et je l'ai remise le lendemain matin en parfait état au médecin qui l'attendait en gare de
Nkongsamba. Tout cela s'est passé, vous vous en doutez, il y a fort longtemps : très exactement 64 ans, et j'en avais 22 à l'époque, mais j'ai pensé utile de vous dire ce qu'était les circonstances en des temps où l'on voyageait en plein imprévu, avec pour seule ressource sa propre expérience et son aptitude à faire face à toutes les situations ou presque, le quotidien était une aventure fort loin des voyages organisés, planifiés dont on parle dans ce forum et je trouve amusantes les préoccupations qui s'y étalent ! Mais bon, il faut vivre avec son temps et je vous souhaite bon voyage !