à propos du tourisme en arabie saoudite, je suis tombée sur cet article d'un journaliste saoudien. il date de 2003, mais c'est toujours d'actualité.
L’Arabie Saoudite en tant que destination touristique
Le 10 décembre 2003, Qusti a publié dans
Arab News un article intitulé " Sommes-nous prêts à recevoir des touristes étrangers ? " dont voici quelques extraits :
" Voilà des dizaines d’années que notre pays dépend du pétrole et des produits pétrochimiques comme seule source de revenu. Maintenant que le boom pétrolier est révolu, que nous avons un gros déficit budgétaire, une croissance démographique en plein essor et un revenu par tête d’habitant en déclin, le pétrole ne peut plus constituer l’unique source de revenu d’une nation en plein développement.
Nous avons pensé que le tourisme pourrait représenter une ouverture économique supplémentaire. Quoi ? L’Arabie Saoudite comme destination touristique ?! Un visiteur intéressé par la région envisagera de se rendre à
Dubaï,
Oman ou Bahrayn, mais certainement pas en Arabie Saoudite. Pour commencer, nous n’émettons pas de visas de touristes. Les seuls visas que nous avons sont des visas d’affaires ou de travail. Les journalistes eux-mêmes doivent parfois patienter des mois avant de finalement recevoir un visa par l’une de nos ambassades à l’étranger.
Et même s’il existait des visas de touristes, un visiteur aurait du mal à s’adapter à nos manières strictes. Les premiers signes d’une société conservatrice, pour ne pas dire rigide, accueilleraient les visiteurs à leur arrivée. Une tête coupée de Ronald Macdonald à Al-Faisaliah (à Riad) montre bien que l’occidentalisation - même sous la forme d’une chaîne alimentaire - n’est pas désirée ici.
Puis vient l’atmosphère tranquille et ennuyeuse - la musique n’étant pas autorisée - des cafés de la ville. Dans les coins réservés aux familles, des rideaux obligatoires entourent toutes les tables, donnant aux personnes ainsi cachées le sentiment de se trouver dans une cellule. Le fait de dîner dehors et de voir d’autres personnes passer une bonne soirée à table dans un lieu public n’existe pas dans cette partie du monde. En effet, les autres ne veulent pas que vous les regardiez, pas plus qu’ils ne souhaitent vous voir. Et quand approche l’heure de la prière, que vous soyez ou non musulman, vous et votre famille êtes mis à la porte - poliment bien sûr - dix minutes avant l’heure de la prière, même si vous vous trouvez au beau milieu de votre repas.
D’autres signes dérangeants reflétant notre intolérance et notre rigidité apparaissent dans nos rues et nos centres commerciaux, comme ces êtres sans visage sur les pancartes. Les visages des hommes sur les publicités sont recouverts de peinture, de scotch ou de plâtre. Les pancartes qui affichent des femmes ont droit au même traitement. Même les visages d’enfants sont effacés, et n’oublions pas les produits féminins vendus en pharmacie. A cela s’ajoutent la ségrégation sexuelle et le sentiment quasi-phobique qui prévaut quand hommes et femmes se retrouvent ensemble. Combien de fois un vol aérien saoudien a-t-il été repoussé parce que les hôtesses et les stewards étaient occupés à réarranger les sièges, vu qu’un homme et une femme - pour des raisons culturelles - estiment ne pas pouvoir s’assoire côte à côte ?
Je me demande comment le ministre des Transports et la Haute commission pour le développement de Riad envisagent la construction de notre premier métro. Certains trains seront-ils mixtes ou seront-ils tous séparés (...), avec les femmes l’arrière, derrière une barrière ?
Quant à faire de nouvelles rencontres - d’hommes et de femmes n’appartenant pas à sa propre famille - et à les inviter dehors à dîner, vous pouvez le faire à vos risques et périls. Les familles prévoyant une sortie seront choquées de constater qu’il y a des jours pour hommes et des jours pour femmes. En d’autres termes, les familles se retrouveront divisées, les fils sortant avec leurs pères un jour, et les filles avec leurs mères le jour suivant. La vérité est que quoi que nous fassions, nous ne sommes pas prêts à recevoir des touristes étrangers. " (2)
(1)
Arab News (Arabie Saoudite), le 19 novembre 2003
(2)
Arab News (Arabie Saoudite), le 10 décembre 2003