Jojoone1 · 27 août 2016 à 17:40 · 388 photos 101 messages · 19 participants · 18 809 affichages | | | | 27 août 2016 à 17:40 Un petit tour en Birmanie et un petit saut en Thaïlande Message 1 de 101 · Page 1 de 6 · 11 414 affichages · Partager Voici donc notre récit de voyage avec photos, correspondant à notre 5ème séjour en Asie du sud-est. Nous avions décidé de faire nos précédents récits grâce aux renseignements que nous avions glanés lors de la préparation du premier voyage : notre manière de donner après avoir reçu. Nous comptons apporter cette fois un certain nombre d'éléments à ceux qui ont l'intention de visiter notamment Mandalay et Bagan. C'est aussi l'occasion, pour nous, d'inciter ceux qui partiront à ramener à leur tour quelques informations ou quelques images, afin de faire vivre le partage. Ajoutons tout de même que c'est avec un certain plaisir que nous présentons ce récit, sachant qu'il sera vu par un bon nombre de personnes ayant déjà réagi aux précédents, lesquelles se reconnaitront et que nous saluons au passage.
Nous avons eu l'opportunité, au début de l'année, de profiter d'une exceptionnelle promotion de Qatar Airways. En effet, depuis 2011 sont appliqués des accords contractés entre des compagnies aériennes et des transporteurs ferroviaires. Cela nous a permis d'obtenir sur le même billet l'acheminement de Montpellier à Paris en train, puis l'avion jusqu'à Bangkok. L'aller-retour pour 2 personnes nous est revenu à 1050 euros. Il sera difficile de réaliser une meilleure affaire pour un départ et un retour lors des vacances scolaires d'été. Bien entendu, dans l'avion nous avons scrupuleusement respecté les consignes s'affichant à l'écran, y compris celle qui exige de ne pas quitter son siège au moment de faire sa prière. Nous avons également respecté les consignes données par les membres du forum en changeant quelques billets à la toute petite cabine du Superrich, à l'étage le plus bas de l'aéroport Suvarnabhumi.
Rappelons qu'à l'aéroport il y a une sortie " taxi meter " où vous trouvez des chauffeurs de taxi a priori corrects. Une machine remplace désormais la personne qui distribuait les tickets. Il suffit donc de prendre un ticket et de se présenter devant le véhicule dont le numéro de place correspond à celui de votre ticket. Pensez à conserver le ticket, celui-ci vous sera utile en cas de problème ou d'oubli d'un objet.
Nous sommes toujours un peu fiers, quand on nous demande notre destination, d'être capables d'annoncer : " Bang Rak, Charoenkrung si sip ". Notre chauffeur, ne parlant quasiment pas un mot d'anglais, est resté assez austère jusqu'au moment de recevoir son pourboire, ce qui le fait carrément sauter de joie. Le personnel du Swan Hotel, parfois taciturne, se trouve être de bonne humeur. Voilà une bonne chose.
Ayant voyagé depuis plus de 24 heures et ayant patienté depuis onze mois, nous nous hâtons de faire notre traditionnel passage au restaurant Harmonique, situé non loin. Nous optons pour un assortiment de plats incluant leur fameux curry de crabe, un plat de légumes gourmands-craquants avec sa bonne sauce, du sticky rice et des ailes de poulet frites, en plus de l'habituel milkshake amandes-coco. Avouons que notre régal a atteint le sublime. Nous avons échangé quelques mots avec l'une des propriétaires, qui nous précise qu'elle se rend elle-même tous les matins au marché du quartier Bang Rak pour y choisir les plus beaux crabes.
Peut-être est-ce en raison du décalage horaire, toujours est-il que nous nous réveillons tous deux à une heure et demie du matin. Nous tuons le temps à rêvasser les pieds dans la piscine, puis en remontant nous tombons sur TV5 Monde qui diffuse la seconde mi-temps du match France- Allemagne lors du championnat d'Europe de football. C'est toujours ça de gagné. | | | À: Jojoone1 · 27 août 2016 à 17:47 · Modifié le 27 août 2016 à 18:09 Re: Un petit tour en Birmanie et un petit saut en Thaïlande Message 2 de 101 · Page 1 de 6 · 9 893 affichages · Partager Le lendemain est un jour de transit. Nous avions réservé en début d'année, lors d'une promotion, un vol Air Asia pour Mandalay, ce qui revient, bagages et frais inclus, à environ 250 euros pour deux personnes pour l'aller-retour. On nous a réclamé à l'aéroport Don Mueang le versement de 500 bahts supplémentaires en raison de l'augmentation des taxes d'aéroport sur Mandalay. Nous avions demandé l'e-visa sur internet via le paiement de 50 dollars par personne. Cette procédure ne pose pas de réel problème et se révèle très pratique à l'usage. Il y a plusieurs bureaux de change à l'aéroport dont les taux, parait-il, seraient plus intéressants qu'ailleurs. Nous avons donc acheté des kyats pour l'essentiel de notre séjour. Les deux premiers guichets que l'on rencontre après avoir récupéré ses bagages ne sont pas ceux dont le taux est le plus favorable. Nous avons trouvé un taux plus intéressant à un troisième guichet, avec l'avantage d'y être servis de suite puisque bien sûr tout le monde vient s'agglutiner aux deux premiers guichets rencontrés.
Ensuite, pendant que tout le monde s'installe dans de petits bus pour se faire amener en ville, de notre côté nous cherchons vainement la navette gratuite Air Asia. Renseignements pris auprès de plusieurs personnes dont celles chargées de l'accueil à l'aéroport, cette navette n'existerait plus. Nous n'y perdons finalement pas grand chose puisqu'un gars nous propose un minivan à 4000 kyats par personne, avec l'avantage d'être amenés directement à notre hôtel. D'ailleurs, les trois personnes présentes avec nous sont des locaux qui se font débarquer rapidement en cours de route. Le véhicule est donc à notre disposition pour les 20 kilomètres restants et nous avons tout loisir d'observer le paysage, déjà truffé de pagodes, où qu'on regarde. Au vu des villages qu'on traverse, on comprend de suite que le pays n'est pas riche et on a très vite sous ses yeux des scènes d'un autre temps. Il faut bien une heure de trajet pour le parcours depuis l'aéroport jusqu'à Mandalay. Quel que soit le type de route, impossible dans tous les cas d'espérer une moyenne dépassant les 40 km/heure. Les revêtements, quand il y en a, sont bosselés, les arrêts sont fréquents, les gens et les animaux prennent possession anarchiquement du terrain.
Nous avons comme à l'habitude fait nos réservations sur Agoda. Une probable erreur de manipulation par un gestionnaire du site nous a fait obtenir l'ensemble des trois premières nuitées à un total de 22 euros alors que la chambre supérieure était normalement d'un prix journalier proche de 40 euros. L'hôtelier se sera arrangé avec le site... L'hôtel Hazel est tout récent, à l'est du centre-ville. Nous constatons que les avis des clients d'hôtel pour le Myanmar n'étaient pas exagérés : ici comme presque partout, le personnel manifeste un grand respect et une politesse infinie. Si par manque d'expérience les tentatives ne sont pas toujours couronnées de succès, en tout cas le coeur y est... L'hôtel en lui-même fournit d'excellentes prestations. La piscine, pas excessivement large, est extrêmement longue. Le buffet du petit-déjeuner est ultra fourni mais de moindre qualité par rapport aux bons repas proposés par le restaurant à un prix convenable. Le jeune junior manager qui nous a accueillis n'est arrivé qu'un mois avant mais il se révèle clair, enthousiaste et efficace. Quand nous lui demandons s'il peut nous trouver un chauffeur pour le lendemain matin, il passe un petit coup de fil et nous confirme que c'est bon. Seulement, voilà, nous voudrions connaitre le prix. Second coup de fil : 50 dollars la journée. Ouh là là ! Ca ne correspond pas aux tarifs que nous avions relevés sur Voyage Forum. Non, non, à ce prix-là, nous n'acceptons pas. Autre coup de fil : " Le chauffeur dit que si vous le prenez pour deux jours, il accepte de prendre 40 dollars la journée ". Nous avons accepté, cette somme correspondant à l'équivalent de 32 à 36 euros en fonction du change. Il ne faut pas oublier que l'hôtel s'arroge dix pour cent du prix. Par conséquent, que ce soit à Mandalay ou à Bagan, il y a moyen de trouver en cette saison des chauffeurs pour 35 dollars la journée. Après, il faut également considérer la prestation fournie, car le prix n'est pas tout. Et de ce côté, nous ne le savions pas encore, nous sommes particulièrement bien tombés.
En fin d'après-midi, un regard par la fenêtre de l'hôtel met en lumière les promesses des jours à venir.
| | | Le lendemain matin, Ko Phyo (prononcer Gopyo) arrive en retard de quelques minutes. Nous saurons plus tard qu'il amène son fils à l'école. Ce grand gaillard qui préfère le bermuda au longyi traditionnel et ne mâche pas la noix de bétel se révélera être le chauffeur parfait. De plus, il est courtois, aimable et même franchement gentil. Chose rare, il devance même certains de nos souhaits et ne met pas de limite horaire à sa journée de travail. Avec le recul, nous considérons que nous n'avons pas seulement fait la connaissance d'un birman hors du commun, mais bien de la personne la plus exceptionnelle rencontrée ces dernières années. Pour une fois, nous communiquons donc son numéro de téléphone et l'adresse internet où il peut être joint, car il s'agit là de quelqu'un que nous pouvons nous permettre de recommander les yeux fermés : tel 09 - 43199243, email linnlinnthantmdy@gmail.com
Sur tout le séjour au centre de la Birmanie, nous aurons eu un temps exactement à l'inverse de ce que nous connaissions d'habitude : un ciel blanchâtre le matin, parfois quelques gouttes puis des éclaircies de plus en plus conséquentes lors de l'après-midi, dévoilant par moments de larges pans de ciel bleu.
Nous avons décidé de consacrer la première journée à la ville de Mandalay et notre choix s'est porté sur certains lieux connus et d'autres qui le sont bien moins.
Notre première visite a été pour le Skinny Buddha à l'angle des 30ème et 60/62ème rues. Le bouddha s'était effectivement mis à la diète. Si l'ensemble est kitchissime, les personnages et les couleurs ne vous font pas sombrer dans la mélancolie.
C'est là que pour la première fois nous nous sommes promenés pieds nus. La première d'une longue, bien longue série. Si dans bien d'autres pays ils ont la sagesse de considérer que le bouddha ne s'offusquera pas de ce qu'on enlève ses chausses à l'entrée du temple et qu'on y pénètre en chaussettes, tel n'est malheureusement pas le cas au Myanmar, où vous êtes dans un temple dès que vous en avez franchi l'enceinte extérieure. Gare aux pieds tendres ! Vous êtes à la merci des gravats de béton, des fientes de pigeons et des crachats violets. En plus, à partir de 10h ou 11h du matin, l'effet du soleil sur certaines dalles vous fera parfois courir ou voler au lieu de marcher. Pour peu qu'il pluviote, cette fois vous en serez plutôt à glisser. Vos pieds délicats d'occidentaux aisés, sait-on jamais, vous seront peut-être reconnaissants de faire succéder le bain de boue bénéfique à la cuisson soudaine. Les birmans sont très observateurs et il se trouvera toujours quelqu'un pour vous faire remarquer à temps qu'il faut entrer pieds nus dans tout lieu sacré. C'est comme si leur vie en dépendait. Nous avons bien été obligés de nous en accommoder mais on aurait pu nous surprendre plus d'une fois à grommeler et pester dans notre barbe, si ce n'étaient parfois quelques " aille ! " ou " ouille ! ". D'ailleurs, comme nous l'a dit un jour Ko Phyo quand nous l'avons lancé sur le sujet : " Bouddha n'a jamais demandé ça "...
Nous avons fait une petite visite à la pagode Lat Yae Sat Lat, suffisamment à l'écart des chemins touristiques pour que notre chauffeur nous demande pourquoi nous avons voulu passer par là. Cette pagode contient une montagne artificielle miniature, richement décorée, une sorte de gigantesque crèche à bouddha. Avouons que la signification d'ensemble nous échappe. Toujours est-il que cette montagne est cloturée des quatre côtés par de solides grilles en fer forgé. A côté, le long du mur, des niches ont été aménagées, qui contiennent des personnages historiques grandeur nature, richement habillés, eux aussi derrière des grilles de fer avec leurs gros cadenas. Le quartier où ce situe cette pagode donne envie de se promener à pied : il est très verdoyant et absolument tout nous ramène 40, parfois 80 ans en arrière. A la sortie, derrière nous, Ko Phyo s'est arrêté près d'une famille installée au bord de la rue, assise sur un plancher en bois supporté par de courts pilotis. Nous le voyons glisser une billet à la jeune femme. Curieux, nous lui demandons de quoi il s'agit. Il nous explique que ce sont de pauvres gens, ils n'ont même pas de maison, ils vivent à cet endroit. C'est comme cela que vous vous retrouvez brutalement confrontés à la réalité. Le couple n'a absolument rien, et déjà cinq enfants. Et presque toute leur vie se joue comme dans un théâtre à scène ouverte. Compte tenu du programme que nous nous sommes faits et des endroits où nous résidons, nous ne serons pas très fréquemment confrontés à ce genre de scène. Encore un pays corrompu, richement doté en ressources énergétiques, en minerais et en pierres précieuses dont 80 pour cent de la population dépend de l'agriculture, avec un nombre incalculable de personnes vivant de trois fois rien... Nous avons prudemment demandé si ces gens ne verraient pas d'un mauvais oeil le fait que nous leur donnions quelque chose. Ko Phyo nous a dit qu'il n'y avait absolument aucun problème. Son regard sur nous a semblé changer à ce moment, il a vu que nous n'étions pas indifférents. En nous délestant de quelques billets en faveur de cette mère que le plus jeune tétait encore, nous avions à la fois le sentiment de leur faciliter quelques jours et celui de la goutte d'eau dans l'océan. La jeune mère de famille accepte qu'on les photographie mais prend bien soin de se cacher au moment où le cliché est pris.
A petite distance de la pagode, notre chauffeur s'arrête au monastère Thi Ri Pyanghi. Nous y sommes d'abord accueillis par un bien drôle de vieux petit moine. Nous avons accès partout avec notre accompagnateur et nous voilà devant une salle où des moines plus ou moins novices s'entrainent à psalmodier inlassablement sous la surveillance d'un ancien, qui s'évente régulièrement. Ko Phyo est alors alpagué par le responsable du monastère, le grand moine en chef très conscient de son importance, lequel lui explique sereinement que le monastère a été créé par un négociant ayant fait fortune dans le riz et dont la volonté a été d'en faire un asile en vue de l'instruction de jeunes nécessiteux.
Nous faisons un saut au monastère Wai Yan Bontha, lequel a surtout l'intérêt d'offrir une belle image vu de l'extérieur, une photo qu'on pourrait presque penser avoir été prise en Inde. Au sein de l'enceinte, nos regards seront surtout attirés par un grand panneau exposant de nombreuses photos très explicites sur les atrocités commises par les combattants islamistes envers les chrétiens et les bouddhistes. Il s'agit là d'images on ne peut plus cruelles et insoutenables que les médias français prennent le plus grand soin à ne pas diffuser. Ces images d'horreur, d'apocalypse sont une réelle surprise dans ce grand complexe qui donne une impression de village pour les moines dans la ville.
Le changement d'ambiance est alors radical quand nous entrons dans l'enceinte du fameux monastère Shwe in Bin, magnifique ouvrage en teck datant de 1895. Aussitôt les premières marches franchies, vous faites face à un portail richement sculpté. L'intérieur est très opulent. Nous avons beaucoup apprécié les frises au bas des colonnes, les deux monstres portant une cloche et les meubles anciens finement ouvragés. Les décorations autour des fenêtres sont de pures merveilles avec leurs personnages finement ciselés. Cette pagode a l'avantage d'être au calme, dans un vaste espace arboré. Nous y voyons une dame offrir des gamelles de nourriture et d'eau aux corbeaux vivant sur place, qui vivraient comme des coqs en pâte sans le voisinage de quelques chats intéressés.
Nous avions spécifié à Ko Phyo que nous voulions manger local. Il nous a laissés quelque temps au restaurant Mingala Bar. C'est effectivement un restaurant spécialisé dans le buffet birman, un curry accompagné d'un bouillon, de riz et d'une bonne quantité de petits plats, principalement des légumes. Nous avons gouté un peu de tout et pas aimé grand chose. Des goûts pas assez agréables, une viande pas cuisinée avec art, trop d'huile. Nous qui apprécions les bonnes spécialités d'à peu près tous les pays du monde, culinairement parlant nous n'avons pas été satisfaits au Myanmar. Un des pays idéaux pour y entamer un régime. Il semble que la facture du buffet birman dépend de la quantité d'assiettes acceptées. Nous avons à la sortie une facture de 15 dollars, ce qui nous fait un rapport satisfaction-prix absolument catastrophique. Sachez qu'à la fin du repas on vous propose parfois des boulettes faites en sucre de palme. Après la sensation d'étrangeté vient alors la sensation de pas bon. Voilà, c'est dit. Nous expliquons alors à notre chauffeur qu'il faudra tester quelque chose de différent le lendemain.
Nous reprenons nos visites par le temple Ein Daw Yar, lui aussi bien fourni en moyennes et grandes pagodes ainsi qu'en sculptures kitsch.
Le saut au grand marché central Zegyo, qui ouvre le matin vers neuf heures, nous a déçus. Il y avait vraiment beaucoup de monde, nous nous attendions à quelque chose de plus intéressant, de plus différent de ce que nous avions déjà vu ailleurs.
Notre dernière visite est pour la pagode Tingaza Kyaung, pas très loin de la Shwe in Bin, à 300 mètres du carrefour entre la 90ème et la 35ème rue. Notre chauffeur est surpris que nous l'amenions là, il n'avait même pas connaissance de cet endroit. Il existe apparemment plusieurs merveilles à Mandalay dont le précédent régime ne s'est pas soucié et qui sont tombées en décrépitude ou font l'objet d'une occupation anarchique. En l'occurrence, il s'agit d'une magnifique pagode centenaire en teck. Compte tenu des huit paires de sandales à l'extérieur, quelques personnes sont venues rejoindre le gardien (officiel ou officieux) des lieux. Comme nous l'a dit Ko Phyo d'un air soucieux, si quelqu'un y vit il fait du feu pour cuisiner. Dans des bâtisses dont le bois a parfois été goudronné, les risques sont énormes. Il se trouve que quelques jours plus tard, alors que nous faisions la visite d'un musée, Ko Phyo nous a annoncé qu'il venait de croiser et avait reconnu le ministre chargé du patrimoine. Il en a profité pour lui en faire le signalement, en précisant que l'ensemble a vraiment besoin d'une restauration urgente. Par prudence, il réitérera l'information le lendemain à une agent du gouvernement rencontrée sur un autre site. Le vieux moine sur place, beau et élégant à la fois, a gentiment accepté de nous faire une petite visite guidée et a voulu poser pour nous. L'intérieur, quoique sombre, regorge d'antiquités, dont des meubles de plus de 150 ans et plusieurs beaux bouddhas dorés.
| | | Je lis vos carnets chaque année. J'attendais celui-là. Je suis ravi, comme toujours. Merci beaucoup. | | | Moi aussi ! Un récit toujours très précis et documenté et de belles photos! J'adooore | | | (Ce message a été supprimé par le membre Jojoone1 le 20 octobre 2016 à 19:50.)
| | | On est plus de 2, je suis là aussi. | | | Une grosse nuit de sommeil a réparé définitivement les dommages à la fois du décalage horaire et de la grosse journée de la veille ; c'est dimanche et nous commençons nos visites un peu plus tard. Du coup, Ko Phyo vient nous prendre avec sa petite dame, Linh Linh, et son remarquable petit garçon de quatre ans, Harry. Non seulement le gamin est à croquer mais surtout il a un regard plein d'intelligence. Les parents l'ont mis à l'école, où il a déjà appris à parler un peu l'anglais. Le petit adore se caler sur le range-documents, à l'avant entre papa et maman. Il remarque vite que nous sommes de bons clients pour la déconne et en profite. Après nous avoir vus deux jours de suite, un soir il a demandé à son père : "Dis, papa, quand c'est qu'on les revoit, mes étrangers ? "
Auparavant, nous avions assisté, stupéfaits, à la conséquente razzia faite à l'hôtel, lors du petit-déjeuner, par un groupe de touristes chinoises. Elles ont fait disparaitre une belle quantité de toasts et d'omelettes en se préparant un impressionnant panier pique-nique pour leur midi. Sans scrupules ni gêne aucune, et à fond.
Comme nous devons passer par Amarapura, Ko Phyo nous pousse dans un atelier spécialisé dans la sculpture sur bois, petits et gros formats. La seule entrée de la boutique est déjà un chef-d'oeuvre d'artisanat. Des ouvriers travaillent à l'extérieur, certains sur de gros troncs, on voit que ne n'est pas du chiqué. Qatar Airways devrait penser à porter le poids limite des bagages de 30 à 300 kilos.
Un peu plus loin, nous faisons un rapide passage au monastère de Mahagandhayon, une visite qu'on peut considérer comme facultative. La maison ayant servi de résidence au défunt fondateur il y a quelques dizaines d'années est religieusement conservée en l'état. Sa chambre peut d'ailleurs s'observer plus qu'elle ne se visite. Même les draps semblent être restés tels qu'ils étaient après leur ultime utilisation. Beaucoup de touristes y vont pour l'impressionnant défilé des moines qui se rendent au réfectoire à la queue leu leu après dix heures du matin, pour leur dernier repas du jour. Dans l'ensemble, les touristes sur place ont été plutôt respectueux et l'accès à la cour du réfectoire leur est interdit. Ce monastère n'ayant pas d'intérêt historique, on peut considérer qu'il ne devrait pas même être ouvert aux touristes. Ce matin-là, nous avons quand même remarqué la présence du caméraman d'une chaîne birmane, lequel ne se gênait pas de bien se planter entre les files de moines et de leur promener la caméra sous le nez. Décidément, tout est si relatif...
Nous avons fait un petit tour dans les coulisses pour constater qu'avec tant de clients à la même heure, l'intendance se doit de se donner les moyens pour être à la hauteur.
Le but du jour était l'île d'Inwa, l'une des anciennes capitales du royaume, à 25 km au sud-ouest de Mandalay. Quelques minutes suffisent pour le passage sur un bac, les étrangers payent 1200 kyats par personne pour l'aller-retour. La visite de l'île est devenue si populaire en calèche tirée par un cheval que cela s'est mué en une organisation hautement touristique. Il y a peu, on pouvait marchander cette longue promenade à 5000 ou 6000 kyats. Désormais il y a un vrai panneau fixant un parcours bien défini et un tarif non négociable de 10000 kyats. Pour peu que l'on veuille ajouter quelques visites à celles qui sont prévues (par exemple une extension pour le village et pour le fort de Hsin Gyone), hors de question de fixer la prestation aux 15000 qui seraient logiques, c'est bien 20000 que l'on exige. Ces petits abus usuels ne se rencontrent toutefois qu'en un nombre d'endroits très limité. Pour l'instant.
L'extension par le village nous permet de contempler les restes d'un bel édifice, qui malgré les ravages du temps et des tremblements de terre a conservé de son allure et une partie des personnages fantasmagoriques sculptés qui le décoraient.
Toujours aux abords du village, le petit complexe de pagodes de Daw Gyan intéressera les passionnés. Les courageux, s'ils dénichent un plan détaillé, pourront tenter la promenade à pied sur la journée.
Le fort de Hsin Gyone n'offre aucun intérêt réel, à moins que vous adoriez rêvasser sur les rives de l' Irrawaddy.
Dans la série des monastères en bois, celui de Bagaya est moins ouvragé que d'autres mais il est situé dans un joli cadre champêtre, avec des tours de pierre qui s'élèvent à quelques centaines de mètres de distance.
Un peu plus loin, le joli complexe de pagodes de Yadana Hsemee, avec son bouddha façon Ayutthaya en profonde méditation au pied d'un gros arbre dont les racines se sont confondues avec les restes du mur d'enceinte. Avec un temple dont le toit et un pan de mur ont disparu, laissant les colonnes, le bouddha et ses disciples comme en suspension dans le ciel, au-dessus des champs.
Au retour, on passe devant la tour de l'ancien palais, ayant survécu de justesse à un tremblement de terre. La montée y est désormais interdite.
Nous terminons le tour par l'original monastère jaune de Maha Aung Mye Bon Zan, bâtiment intact car construit à l'origine en pierre. Un gardien en uniforme ne tardera pas à déloger avec autorité des gamins du coin qui ont eu l'impudence de jouer au foot dans la cour, au pied du bâtiment.
Pour ceux qui sont douillets, sachez que l'essentiel du parcours se réalise sur une route goudronnée. Heureusement, parce que les premières et les dernières centaines de mètres parcourues sur des chemins pierreux ou des chemins de campagne avec des ornières sont un peu sport. | | | (Ce message a été supprimé par le membre Jojoone1 le 20 octobre 2016 à 19:51.)
| | | Le soleil se lève lorsque nous arrivons au célèbre pont U Bein à Amarapura, le plus long pont en teck du monde avec ses 1200 mètres.
Tout le long du chemin, tous les birmans qui ont un téléphone veulent être pris en photo avec nous. Quand ils sont cinq, il faut poser cinq fois. Des fois on veut juste madame, des fois seulement monsieur, des fois les deux. C'est le retour de baton pour madame la photographe et monsieur le filmeur mais bien sûr nous nous y prêtons de bonne grâce (ce serait un comble) et avec notre plus beau sourire s'il vous plait.
Le village de l'autre côté du pont est tout ce qu'il y a de plus authentique et il ne faut pas se priver d'y faire un passage. Au matin, c'est l'effervescence : des amis prennent leur petit-déjeuner au bistrot, les enfants arrivent à l'école, les petits commerces entament leur activité.
Nous arrivons alors seuls à la pagode Kyauktawgyi, que des gens du coin commencent à fleurir. Il y a de jolies et complexes fresques assez bien conservées au niveau de l'entrée principale, dont un calendrier astronomique au plafond.
On à peine à constater que le grand bouddha à l'intérieur est réalisé à partir d'un bloc unique de marbre tant les guirlandes électriques, qui lui font un soleil autour de la tête, clignotent. Au Myanmar, on use et abuse de cet artifice.
Quelques beaux objets sont disposés tout autour, dont deux shivas danseurs dorés, debout sur un boeuf et un buffle, avec un fin bouddha enchassé sur leur coiffe. Dans un coin, un peu dans l'ombre, un fabuleux reliquaire à étage.
Nous avons craqué à l'extérieur. Plusieurs gamines voulaient nous vendre de petits colliers de fleurs. Nous en avons pris un à chacune, pour toutes les contenter. Bien sûr, à la sortie, monsieur n'a pas pu s'empêcher de se décorer quelques instants avec les colliers autour des oreilles. Le regard consterné de Ko Phyo nous fait l'interroger; il nous dit : " Now, everybody thinks you're gay ". Ah, ça, on ne lui a pas expliqué que ce n'est pas grave et que chez nous c'est même très tendance. En Asie, évitons le compliqué.
De l'autre côté du pont, nous avons admiré la pagode Patodawgy, laquelle impressionne par la hauteur de son chedi et son blanc immaculé.
Les amateurs de kitsch feront un saut au temple en face, de l'autre côté de la voie de chemin de fer. Dans la chapelle principale, tous les bouddhas ont l'air en porcelaine, certains ont leurs ombrelles. Tout autour, on ne sait plus trop si c'est le temple ou le casino, entre le petit bouddha reposant sur son lit de billets, les spots et les guirlandes clignotantes. Il y a là comme un décalage...Finalement, quand on s'aventure derrière ce temple, on y découvre un bâtiment beaucoup plus ancien, un peu style khmer et un monastère juste à côté.
Cependant, le temps passe et nous avons demandé à notre chauffeur de nous conduire avant 11 heures du matin à la Snake Pagoda à Paleik, village un peu au sud d' Amarapura. La légende de ce temple ressemble au scénario d'autres légendes, dans d'autres pays : un jour, des moines ont décidé de construire un temple, deux grands serpents sont sortis de la forêt et se sont sentis si bien dans ce temple élevé à la gloire de Bouddha qu'ils y sont restés. Depuis, les habitants de la région vénèrent et nourrissent ces serpents.
Vous arrivez donc tranquillou dans le temple, pas un touriste, que des locaux. Dans une salle, un petit bouddha légèrement enflé à la feuille d'or dans un petit réduit qui semble être un évier réaménagé. Mais au fait, qu'est-ce donc, ces grosses choses de chaque côté du bouddha ? Eh ben, évidemment, rien de plus normal, sous votre nez sont tranquillement lovés deux pythons d'une longueur de 2 mètres. Donc chaque jour à 11 heures tapantes, on les porte dans le patio couvert contigu à cette pièce, où on leur a aménagé leur baignoire et ils prennent un bain dans une eau propre agrémentée de quelques fleurs.
Vient ensuite la séance photo. Des birmans se présentent à tour de rôle, on leur met un python dans les bras puis ils reçoivent un ticket leur permettant de retirer la bonne photo. Il y a d'ailleurs dans le patio de mignonnes photos de bambins avec leur copain le gros serpent...
L'étape suivante consiste à sortir le python du bain, on le pose dans le patio et on le sèche avec des serviettes de toilette. Les deux hommes qui se chargent de cette tâche nourrissent ensuite les serpents : l'un les tient, l'autre leur ouvre la gueule et y glisse quelques poissons. Ils les tapotent un peu pour aider à la digestion puis le même manège reprend pour leur faire boire du lait.
Enfin, ils les posent par terre et les guident un peu pour qu'ils reprennent tout seuls le chemin de la niche.
En dehors du fait que nous avons assisté à une opération vraiment extraordinaire dans un cadre tout à fait ordinaire, nous nous demandons quel bazar ce sera lorsqu'un bon nombre de touristes aura eu vent de cette...attraction. Reconnaissons que nous avons été totalement scotchés pendant trois quarts d'heure.
Nous laissons le dernier mot de l'histoire à Ko Phyo : lorsque nous lui demandons ce qu'il en pense, il nous répond laconiquement " Ils seraient mieux dans la forêt ".
Il nous amène ensuite à un petit restaurant familial sur une aire de " l'autoroute ". Nous allons voir en cuisine ce qu'il y a de disponible, notre chauffeur passe la commande mais même lui a du mal à se faire comprendre. Nous avons donc en soupe ce que nous avions souhaité en plats frits. Les affres d'une désillusion culinaire sur notre séjour au Myanmar semblent se confirmer. Un homme passe nous voir, qui est le propriétaire de tous les restaurants et boutiques sur cette aire. Il possède aussi des plantations et nous explique avec conviction que ses ananas sont les meilleurs du pays. Il nous en offre d'ailleurs un beau spécimen, que nous ferons découper le soir à l'hôtel. Néanmoins le cuisinier aurait pu avoir la présence d'esprit de rincer son couteau avant de nous trancher l'ananas. Vous avez déjà goûté de l'ananas subtilement parfumé à l'ail ? On vous le dit, quand ça ne veut pas, ça ne veut pas...
En revenant vers Mandalay depuis Amarapura, on passe par la fameuse pagode Mahamuni. Ce lieu fait partie des incontournables, où l'on sait en y allant ce qu'on va voir et qui pourtant vous épatent quand même lorsque vous les contemplez. Même le bermuda n'étant pas admis pour les hommes (pour une fois ce ne sont pas les seules femmes qui sont ennuyées), monsieur se fait revêtir d'un longyi, ce pan de tissu qu'on enroule autour de la taille de manière à ce qu'on ait l'air de porter une robe. L'une des deux préposées est bien obligée de me le mettre vu le peu de talent que je montre à le fixer correctement. Du coup, gênée, elle n'ose pas trop serrer et l'une ou l'autre fois quelqu'un viendra me remettre tout ça en place. J'ai eu un succès fou auprès des birmans et des birmanes. Pour une raison m'échappant tout à fait, ils y ont trouvé un grand effet comique. C'était certainement encore plus drôle en marchant, ma liberté de mouvement étant restreinte je me sentais comme une geisha à petits pas dans sa robe trop serrée.
Nous aurons longuement contemplé cet ineffable, somptueux et serein bouddha engraissé au fil des ans d'une couche de 20 centimètres de feuilles d'or. Durant notre visite, trois hommes y ont collé, pour d'autres fidèles, sans arrêt, de petites feuilles d'or. Des moines sont aussi venus le faire. La ferveur du peuple y est sensiblement encore plus importante qu'ailleurs. Il m'a été permis de le filmer de près et même de faire le parcours qui consiste à monter sur une petite échelle, de son côté droit, pour accéder derrière lui puis de redescendre par l'autre échelle, de son côté gauche. En revanche, quelqu'un m'a interdit de le filmer de derrière.
Même à quelque distance, on est impressionné par la quantité de bijoux en or, de rubis et d'émeraudes dont sa coiffe est parsemée. Deux ouvertures latérales permettent de voir le haut de la statue par les côtés. Même cela en vaut la peine.
Dans la cour, près de l'énorme gong datant du 18ème siècle, est exposé un trésor : il s'agit des six seules sculptures khmères initialement installées à Angkor qui aient survécu aux péripéties des siècles passés. Les visiteurs s'en approchent tous avec frénésie, les touchent, les caressent puis se passent plusieurs fois les mains dans les cheveux.
Un grand bâtiment abrite le musée du bouddha avec une étonnante et vaste maquette de l'Asie du bouddhisme sous un plafond astrologique très coloré. Dans un autre bâtiment, nous avons pour notre part plutôt apprécié la longue série de tableaux relatant le transport de ce bouddha depuis le royaume d'Arakhan jusqu'à sa mise en place définitive au moment de la construction de la pagode.
Dans ces lieux, tout comme sur la colline de Sagaing, on vous taxera de 300 kyats si vous portez un appareil photo et de 500 kyats si vous avez une caméra. Malgré la pastille qu'on vous colle sur les vêtements, il ne semble pas y avoir de contrôle a posteriori et ceux qui laisseront leurs appareils dans les sacs s'exonéreront de la redevance. De plus, les préposés ne sont pas toujours présents ou attentifs. | | | Sur cette nouvelle journée, nous faisons d'abord un crochet par Amarapura, où nous avons failli rater le temple en bois rouge de Bagaya, avec ses frises et ses portes sculptées.
Cette étape est à ne pas manquer pour les amateurs d'esthétique et d'antiquités. Y sont exposés, dans des conditions de visibilité pas totalement optimales, 400 bouddhas datant du 14ème siècle pour les plus anciens, du 19ème siècle pour les plus récents. S'ils sont presque tous très beaux, certains sont magnifiques, d'autres sont sublimes. La quinzaine de représentations dorées dans le trio de vitrines centrales est pétrie de majesté.
De l'autre côté du fleuve, nous allons vers la colline de Sagaing. Celle-ci fait impression bien avant qu'on y arrive, surtout quand le soleil se met de la partie et fait scintiller dômes et stupas. A vrai dire, il n'y a pas des temples sur la colline de Sagaing : en réalité, nous constatons que la totalité de cette colline EST un temple. Tout visiter prendrait plusieurs jours. Bien courageux sont ceux qui gravissent les multiples marches jusqu'au sommet, faisant étape aux nombreux édifices de culte sur le chemin.
Nous ne visiterons que la pagode U Ponya, au sommet. Les dalles colorées sur la terrasse, les multiples carreaux en verre coloré à l'intérieur et les tableaux naifs dans la galerie ne sont pas forcément grandioses.
Bien évidemment, de quelque côté que l'on se tourne, le panorama vaut le détour.
Dans la descente, nous sommes frappés par la quantité de femmes, parfois avec un enfant, qui quémandent au bord de la route. Lorsque nous demandons son opinion à Ko Phyo, lui qui avait pris en pitié cette famille pauvre l'autre jour, il nous répond sans ambages et avec une moue expressive : " Elles ne sont pas pauvres, elles sont paresseuses ". Madame avait effectivement remarqué que leurs vêtements ne témoignaient pas d'une condition extrêmement modeste. Nous qui avions presque la main au porte-monnaie, nous ressentons l'avantage d'être accompagné par une personne ayant une bonne connaissance des choses et qui ait la capacité de formuler clairement son avis.
Il retient aussi très bien ce qu'on lui dit. Il s'arrête à un endroit où nous pouvons consommer du jus de canne et s'assure que les glaçons sont faits avec de l'eau conditionnée. Ce jour-là, nous avons bu notre meilleur jus de canne à sucre. Un délice, surtout lors d'une journée aussi chaude.
A environ huit kilomètres à l'ouest de Sagaing, nous avons vu la pagode Kaung Hmu Daw, très ancienne, très dorée, haute de près de cinquante mètres, avec sa forme sphérique de sein parfait (si l'on peut dire). Aux alentours, un grand bassin où les visiteurs viennent nourrir les poissons (sacrés ou consacrés ?). Visite à vrai dire facultative.
En fait, nous avons préféré nous arrêter un peu plus haut, pour nous dégourdir les jambes au bord de cette grande route très passante, dans des ruines laissées à l'abandon mais bien plus anciennes quoique dans un état acceptable. La végétation se mêle et s'entremêle aux bâtiments comme dans un mini Angkor, le calme étant juste troublé par des enfants qui s'y amusent. Chacune des anciennes capitales du royaume contient ainsi des vestiges qui font partie du décor en attendant d'être réhabilités.
Nous faisons un bref passage chez un artisan que notre chauffeur connait, ce qui nous permet d'admirer de nombreuses pièces en argent finement travaillées. Pour se faire une idée, vous pouvez obtenir une très belle coupelle d'environ 300 grammes pour l'équivalent de 325 euros. Rappelez-vous que l'argent s'oxyde et noircit, vous serez bons pour frotter votre achat deux fois par an avec le produit adéquat...
Pour tenter de nous satisfaire, Ko Phyo nous fait partager un repas dans une gargote que les locaux appellent " tea shop ". Les produits qu'on y consomme ne sont généralement prévus que pour des repas du matin ou du midi. Il y a donc sur la table un assortiment de petites assiettes contenant respectivement des pois chiches, des samossas, de petits roulés frits aux légumes, des boulettes de pomme de terre et des desserts qui correspondent globalement à ce que nous nommons de la crème brûlée. La star du repas est un pain maison tout boursouflé du diamètre d'une assiette. Dans la composition de ce pain parfumé, d'une saveur exquise, entrent notamment des haricots blancs et du sucre de palme. C'est l'une des rares fois où nous avons été enthousiasmés par notre repas. Ko Phyo nous fait le suivre dans la cuisine en plein air où un jeune homme nous montre comment il étale la pâte sur un tissu lui-même enroulé autour d'un grosse pierre. D'un geste sec, il frappe l'ensemble contre la paroi chaude du four à bois où la pâte reste scotchée. Quelques instants après, il suffit de décoller le pain que voilà cuit. Gustatif et instructif. Précisons que l'addition pour 3 personnes, boissons incluses, s'est élevée à 5200 kyats soit 4 euros...
Nous pensions rentrer à l'hôtel mais notre chauffeur nous a prévu un bonus. Venant de Sagaing, il sort de la route de Mandalay par une bretelle, tout près du pont au-dessus de l' Irrawaddy. Avant d'arriver à destination un kilomètre plus loin, nous passons par une espèce de rue-bidonville. La vision de toutes ces familles vivant l'une sur l'autre dans le dénuement est saisissante. On a l'impression de jeter un coup d'oeil dans le moyen-âge. Ko Phyo nous montre un grand bâtiment en forme de cube, d'où partent un certain nombre de grandes rigoles en pierre menant à des puits artificiels et à des sections compartimentées également en pierre.
Il nous explique que le dernier roi ayant régné, sachant que ça allait mal se passer avec les Anglais et que les arcs et les sabres ne suffiraient pas, avait décidé de faire installer une fonderie près du fleuve afin d'avoir des canons et des boulets. Ceci pour empêcher les Anglais de débarquer, eux qui allaient probablement attaquer par le fleuve. La fonderie n'a toutefois jamais eu le temps de servir. La Birmanie intégrera bien l'immense empire de la perfide Albion. | | | Jour après jour, nous nous demandons comment font tous ces gens qui prétendent que deux ou trois jours suffisent pour Mandalay. En tout cas, nous partons gaillardement pour notre cinquième jour de visite.
Les quatre sites que nous allons voir successivement sont installés dans un périmètre restreint, au nord-est du palais royal.
Les pagodes Kuthodaw et Sandamuni sont assez vite parcourues avec leur foisonnement de stèles détaillant les règles du bouddhisme. La première est assez austère, les stèles ne sont ni bien visibles ni accessibles. La forêt de petits stupas blancs est impressionnante, tout de même.
La seconde est plus aérée; la très épaisse porte d'entrée en bois sculpté a du chien. Une vendeuse de souvenirs qui avait décidé d'embêter quelqu'un nous a suivis un bon moment, une fois n'est pas coutume.
A un jet de pierre, l'un des bâtiments les plus emblématiques de Mandalay : la pagode Shwe Nandaw. A la mort du roi Mindon son fils a décidé, pour des raisons sentimentales, de déplacer cet édifice hors de la zone du palais royal. Ce même palais ayant été totalement détruit lors d'un bombardement japonais de la seconde guerre mondiale, c'est un rescapé que vous pouvez admirer. Un spécialiste américain de la restauration d'édifices anciens y est à l'oeuvre et forme des birmans pour qu'ils puissent par la suite restaurer de façon autonome des monastères analogues. Voilà ce qu'on peut qualifier de chef-d'oeuvre : c'est beau, c'est fin, ciselé de partout. Et l'intérieur ne dépareille pas. Le teck est doré à l'or fin, y compris le plafond. Il y a plusieurs frises en trois dimensions avec de nombreux personnages, les sculptures sur les portes sont extraordinaires. Un très bon moment.
Redescendons sur terre pour rappeler que dans ces maisons en bois, aux portes et fenêtres ouvertes et où il fait assez sombre, les moustiques se plaisent bien.
Juste en face, le monastère Atumashi Kyaung n'est qu'une copie du prestigieux édifice détruit par le feu à la fin du 19ème siècle. Le beau bouddha assis dans l'immense salle a un creux sur le front : le gros diamant de 28,8 carats qui y était incrusté a disparu pendant l'occupation anglaise et n'a jamais été retrouvé...
Un peu plus loin s'étale la colline de Mandalay. A son pied, l'escalier est gardé par deux immenses chintes blancs, ces créatures mi-chien mi-lion.
La pagode au sommet, malgré ses grandes statues, fait tout aussi kitsch que celle de Sagaing, avec par endroits un petit côté palais oriental. Plus d'une fois, on s'est dit qu'on n'est pas loin de l' Inde. N'empêche que la vue sur la ville, la campagne, le fleuve et ses ramifications, est très belle.
Signalons que la pagode est montée sur des pilotis de béton. On y accède donc par des escalators et on redescend par un ascenseur. Ces gens ont quand même été assez stupides pour considérer que l'entrée de la pagode se situe au pied de l'escalator. Faire monter des personnes sur trois escalators successifs les pieds nus, il faut quand même en tenir une belle couche. Quand nous avons voulu redescendre, l'ascenseur était fermé parce que c'était la pause de midi. Il a donc fallu descendre à pied, rejoindre l'entrée où nous avions laissé nos chaussures en marchant toujours pieds nus sur un parking dégueulasse et bourré de petits cailloux pointus. La porte étant elle aussi fermée à clé en raison de la pause, heureusement que notre chauffeur a appelé dans sa langue jusqu'à ce qu'une jeune femme daigne ouvrir. D'un air pas enchanté. Constamment, on se retient, on reste bien gentils mais régulièrement cette obligation de pieds nus nous fait monter la moutarde au nez...
Ko Phyo nous console en nous amenant dans une autre cantine très populaire et très couleur locale, où nous dégustons en gros le même déjeuner que la veille, avec la même satisfaction. Quand Ko Phyo nous dit qu'il connait la patronne et qu'elle nous offre le repas pour nous faire plaisir, nous n'en croyons pas nos oreilles. Nous la remercions chaudement mais à la sortie, notre chauffeur rigole moins : il a pris un PV pour stationnement abusif. Dans une ville paraissant aussi anarchique que Mandalay, nous ne pensions même pas que cela existait.
Par la suite, nous demandons à Ko Phyo de nous trouver une pagode qui a été excavée en 2006, suite à la découverte d'un moine, avec un beau bouddha allongé de 7 mètres. La pagode Kusinara (se prononce Kudinayo) serait située sur la colline de Mandalay. Nous en avions trouvé mention sur un seul blog, photos à l'appui mais sans guère d'indications précises. Mais voilà : après des tours et des détours, après avoir questionné plusieurs personnes, nul ne semble connaitre cet endroit. Jusqu'à ce que quelqu'un nous indique la direction, mais pas du tout à l'endroit prévu. Nous en sommes confus mais maintenant encore nous ne savons pas si l'endroit que nous avons vu est le bon. Le nom du temple colle, un moine y a bien découvert un objet de culte ancien mais le reste ne colle pas avec les indications...il y a bien longtemps que nous avons donné notre langue au chat. Quoi qu'il en soit, nous avons vu un temple original, dont une salle contient plein de personnages loufoques et colorés fixés aux colonnes et au plafond. Il y a aussi quatre groupes de statues figurant le bouddha avec des disciples. En belle place, une antique table dorée sertie de pierres semi-précieuses découverte il y a quelques années par un moine qui creusait dans la cour. L'extérieur sort aussi de l'ordinaire avec toute une quantité de personnages dans des styles plutôt variés. Si vous aimez l'originalité, jetez-y un oeil.
Ko Phyo nous a encore préparé une visite-surprise. Il nous dit qu'il connait un monastère qui n'est pas en activité et qui aurait été construit il y a 150 ans par un architecte français. Effectivement, la première chose qui nous frappe en arrivant ce sont ces grands aigles sculptés dans le bois aux quatre coins du bâtiment. 150 ans, cela correspondrait justement à la fin du Second Empire... Quand Ko Phyo discute avec un moine qui passait par là, celui-ci en rameute un autre, qui détient les clés. Il nous fait carrément la visite guidée, d'en bas à en haut. Au centre du grenier, une petite construction circulaire tenait lieu autrefois de salle de discussion pour les moines. L'ensemble est juste encore en état, il nous recommande bien de ne marcher que sur les grosses poutres sinon on passe à travers le plafond. Quelque temps auparavant, un envoyé du ministère est déjà venu examiner le bâtiment pour en prévoir la restauration.
| | | C'est notre dernier jour sur Mandalay. Il nous avait donc fallu acheter le pass de 10000 kyats, qui vaut aussi pour Inwa, Amarapura et Paleik. Cette carte est valable une semaine et chaque endroit peut être visité une seule fois. Un autre pass est nécessaire pour Mingun et Sagaing : son prix vient de passer de 3000 à 5000 kyats. Pour la colline de Mandalay, vous devez acheter un ticket pour 1000 kyats.
Dans les échoppes, la petite bouteille d'eau fait 300 K, la canette de coca et la grande bouteille d'eau font 700 K. Le paquet de cigarettes est autour de 700-800 K. Le très grand verre de jus de canne à 500 K. Si vous achetez un ananas que la marchande vous découpe, vous en aurez pour 1000 K. A ce prix, vous avez l'ananas entier plus une portion, l'équivalent de dix tranches. Bref, largement assez pour deux personnes.
Après 3 nuits dans un premier hôtel, nous avons passé les quatre jours suivants dans le meilleur hôtel que nous ayons fréquenté en Asie : le Triumph Hotel. En cette saison, la villa de luxe vous reviendra à 60 euros. Absolument tout le personnel est à louer pour son affabilité et sa disponibilité. On vous accueille avec un petit verre de lemongrass. Ca nous a tellement plu qu'il nous en ont préparé une bouteille par la suite, à notre demande. Les chambres sont très grandes et très confortables, la piscine de belle dimension et très propre. En fin d'après-midi, il y a une heure de happy hour, où des cocktails avec ou sans alcool sont servis gratuitement. Quelques minutes avant la fin du happy hour, ils viennent vous prévenir qu'il est encore temps de commander, c'est dire. C'est vraiment le genre d'endroit où on s'occupe de vous au maximum, sans toutefois vous envahir. Comme nous avions sous la main quelques échantillons de parfum, nous les avons offert à un employé et aux réceptionnistes. C'est le genre de chose qui les rend littéralement fous de joie.
Sur ce dernier jour à Mandalay, nous avons privatisé un bateau (c'est fou cette obsession que nous avons de vouloir prendre le bateau à nous seuls) et l'aller-retour nous est revenu à 25000 K. Depuis la berge, nous avons entamé un long et périlleux trajet sur une suite de planches en bois aussi longues qu'étroites pour accéder à l'embarcation. C'est encore moins évident quand on a sur le dos le sac avec ses papiers, la bouteille d'eau et l'appareil photo bien lourd. Les gars le savent, ils vous prennent par la main comme des enfants pour faire le trajet. Si ce n'avait été le cas, on l'aurait certainement fait en rampant. Le ciel est un peu moins clair que les autres jours mais le soleil est là malgré tout. Nous vous signalons que si vous portez le bermuda ou le short, au retour vous aurez un coup de soleil de la mi-cuisse au genou. Ca fait bizarre par la suite, l'après-midi à la piscine. La navigation est sympa avec les îles, les villages de pêcheurs, les habitations semi immergées et les embarcations que l'on croise. Attention en cours de parcours : le fleuve est extrêmement large à cette hauteur, parfois le vent est assez fort et nous sommes persuadés que plus d'un y a perdu sa casquette...
Plus on approche de l'autre rive, plus l'immense pagode inachevée s'impose dans le paysage.
Autant le préciser de suite : Mingun est l'endroit de notre séjour où l'afflux touristique nous a semblé avoir produit ses effets les plus négatifs. Les conducteurs de char à boeuf tiennent vraiment à vous trimbaler, les vendeurs veulent obstinément vous faire acheter. A un moment, nous avons bu des boissons dans une gargote et c'est la seule fois où on a tenté de nous faire payer le prix (trop) fort.
Sur place, il est bien plus logique de faire le chemin à pied, la distance à parcourir étant faible. On remarque en premier les vestiges bien abîmés des gigantesques lions qui gardaient l'entrée. Juste après, la pagode inachevée en impose. Les séquelles du tremblement de terre de 1838 sont nombreuses et particulièrement évidentes. Vous y monterez à vos risques et périls par l'escalier côté droit.
Quelques centaines de mètres plus loin, on s'arrête quelques instants à la seconde plus grande cloche de monde, la plus grande en état de fonctionner.
Enfin, après un petit bout de chemin, on peut monter sur la pagode blanche Hsynbiume. Même si celle-ci est esthétiquement réussie, son principal atout est d'offrir un beau point de vue sur les environs, et notamment une perspective intéressante sur la pagode inachevée.
Au retour, Ko Phyo nous remet nos billets de bus qu'il nous a pris pour Monywa. Il est difficile de renseigner les voyageurs sur les prix. Il semble y avoir un certain nombre de compagnies, lesquelles disposent de moyens de transport différents. Les prix, les conditions de voyage et les horaires ne seront alors pas les mêmes. Plus vous achèterez vos billets à l'avance, plus vous aurez de choix pour les places que vous occuperez, sachant que c'est plus confortable à l'avant. Nous avons donc pris un petit bus (ni minivan ni grand bus). Pour la distance de 140 kilomètres, nous avons payé 5000 K pour 2 passagers et 2000 K pour les deux valises.
Ko Phyo a éclairé cette semaine par ses nombreuses qualités. Il a apprécié notre comportement et a très bien su répondre à notre humour par le sien. De tous nos séjours, c'est LA personne que nous n'oublierons pas et il aura bientôt de nos nouvelles. Il était d'ailleurs hors de question que nous n'acceptions pas son invitation à dîner pour ce dernier soir. Il est donc venu nous prendre à l'hôtel, accompagné de son épouse et de son fils. Il avait fait le choix d'un restaurant de qualité où nous avons dégusté une fondue birmane avec des ingrédients nombreux et très divers, dont certains que nous n'avons pas été en mesure d'identifier. Si un jour vous recourez à ses services, passez-lui bien le bonjour de la part de Joel et Françoise.
| | | Bonjour Joel, superbe carnet étayé de belles photos, un vrai plaisir de retrouver le Myanmar ! ça me replonge dans mon séjour de l'an dernier, je joins 2 photos du marché au jade à Mandalay, lieu atypique s'il en est... Images attachées: | | | (Ce message a été supprimé par le membre Jojoone1 le 20 octobre 2016 à 19:52.)
| | | Il y a de l'effervescence à la gare routière de Mandalay. Ca blague, ça crache après avoir roulé sa salive en bouche de façon bien sonore. Un gros bus qui arrive klaxonne à nous en crever les tympans. Il y en a qui ont branché un amplificateur sur leur klaxon.
Nous mettons 3 heures et 15 minutes pour les 140 km, avec un arrêt commodités. Il faut savoir que de Mandalay à la sortie de Sagaing il faut déjà une heure, le bus tenant lieu d'omnibus à ce moment-là.
A l'arrivée, tous les passagers partent sur des motos-taxi et seul un petit songthaew est en mesure de nous prendre en charge. Les deux gars ont l'air fruste mais pour un tarif correct de 2000 K nous amènent à l'hôtel. Nous leur fixons donc rendez-vous pour le lendemain matin en leur expliquant où nous voulons aller et acceptons le tarif de 15000 K.
Nous avions choisi le Win Unity Resort, un hôtel assez étendu qui soit le seul en ville disposant d'une piscine. Le tarif tourne autour de 40 € pour les chambres normales mais à cette époque de l'année ils vous surclassent sans problème dans un bungalow plus confortable, dans lequel les chambres ne sont pourtant pas si grandes. Comme pour les deux hôtels précédents, nous avons des matelas qui se prêtent très bien au sommeil pour un dos d'occidental. C'est en passant à côté de la piscine que nous tombons en arrêt. Elle est vide et ça, ce n'est pas bien. Il faisait déjà très chaud à Mandalay, il fait encore plus chaud à Monywa. Nous râlons un peu à la réception et on nous fait venir la matrone. Le principe est souvent le même dans les hôtels en Asie : il y a bon nombre d'employés, dont la plupart sont jeunes et maigres. En cas de problème un peu plus difficile à résoudre, on appelle la matrone au secours : elle est moins jeune, bien enrobée, le visage ferme de celle qui ordonne et souvent elle parle mieux l'anglais. Zinmar, c'est elle, nous propose gentiment de nous faire amener et reprendre en voiture le lendemain, pour que nous puissions profiter dans l'après-midi de la piscine d'un autre hôtel, situé à la périphérie de Monywa.
En fin d'après-midi, nous sortons pour prendre le repas en face de la sortie de l'hôtel. Il y a un lac avec un pont qui mène à une petite île. Les clients du Win Unity étaient plusieurs à recommander le restaurant occupant cette île. En ce qui nous concerne, nous lui décernerons la mention passable. Et encore, c'était des plats thais. Nous tentons une promenade le long du lac et nous sommes stupéfaits en voyant la quantité d'immondices jonchant les bas-côtés. Le Myanmar est l'un de ces pays où la notion d'écologie et la collecte des ordures ménagères sont embryonnaires. Un peu partout, il faut faire un effort sur le cadrage pour que ça ne soit pas trop visible sur les photos. Nos avons failli marcher sur un petit serpent écrasé sur la route. Malgré notre grande attention, en trois semaines nous ne verrons que deux petits serpents et un gros scorpion noir écrasés sur la route.
| | | À: Jojoone1 · 8 septembre 2016 à 18:21 · Modifié le 11 sep. 2016 à 12:22 Re: Un petit tour en Birmanie et un petit saut en Thaïlande Message 17 de 101 · Page 1 de 6 · 9 069 affichages · Partager Le lendemain matin, les deux gaillards nous font signe et semblent contents de nous voir. Mais une fois que nous sommes montés dans la petite camionnette, c'est fini : nous ne sommes plus que leur cargaison, qu'ils souhaitent livrer au plus vite. Ils piaffent d'impatience aux arrêts et se demandent apparemment pourquoi nous ne repartons pas immédiatement après avoir pris deux ou trois photos vite fait. Désormais, nous ne ferons travailler que des personnes avec lesquelles le contact sera clair et la compréhension évidente. Nous on commence à être allergiques aux gars qui comprennent très bien au départ puis ne peuvent ou ne veulent plus comprendre par la suite.Du coup, cela nous aura d'ailleurs escamoté une visite, même si celle-ci n'était pas très importante.
Au moindre doute, nous arrangerons cela avec l'hôtel. Rares sont d'ailleurs les hôtels qui prennent une grosse commission. Ca se limite le plus souvent à 10%. Ce n'est pas rare non plus que l'hôtel ne prenne rien, surtout dans les petites structures. L'avantage, c'est que le conducteur se sera bien fait briefer par la réceptionniste et qu'il ne voudra pas risquer en cas de problème que celle-ci ne recoure plus à ses services.
Il y a donc 3 sites, tous dans la direction du sud-est. Le plus lointain, à 22 kilomètres, sont les bouddhas de Bodhi Tataung. Sur quelques collines, les habitants de la région ont décidé de faire dans le démesuré. Ils ont pour l'instant achevé un bouddha couché et un bouddha debout. C'est au pied de ce dernier qu'on en réalise vraiment le gigantisme. A vue d'oeil, il fait l'équivalent d'un immeuble de 25 étages. De la grande terrasse à son pied on a vue sur tout le panorama mais il est vrai que le centre du pays n'a pas le charme tropical d'autres régions d'Asie.
Le bouddha couché s'étale de tout son long, il fait presque cent mètres. Nous avons remarqué qu'un bouddha assis et un autre bouddha couché sont en construction, et pas des petits. Tant qu'il reste des collines vides et des sous dans la tirelire...
Au retour, deux kilomètres plus loin, il y a le village d'A Mynt, agglomération de Chang U. Il s'y cache 336 stupas dans la végétation. C'est celui que nous n'avons pu visiter en raison de l'oubli du chauffeur. Peut-être avons-nous été en bordure de celui-ci. En effet, dans la descente juste après les bouddhas, il y a une futaie avec des centaines de statues.
Le village (mais lequel ?) se rejoint un peu plus loin. Nous y avons fait un arrêt, intrigués par cette grande quantité de préaux sous lesquels a été érigée une quantité incroyable de statues. Un jour, les habitants de cette localité ont dû tomber sur un Guinness Book des records et ils en ont fait une obsession...
A mi-distance de Monywa, soit à onze kilomètres, nous avons consacré plus de temps à la pagode Thanbodday. Encore un monument dont l'idée a germé dans l'esprit d'un moine hors norme, au milieu du 20ème siècle. Au premier coup d'oeil, on pourrait penser à un parc d'attractions ou à un village pour enfants. Il y a tant de formes, de couleurs, de détails. Les avis pourront être partagés, d'autant plus que les traces de vieillissement se font plus apparentes. Mais dans l'ensemble on a aimé. C'est surtout à l'intérieur que vous pourrez aiguiser votre sens de l'observation. En plus des presque 600000 bouddhas qui peuplent les lieux, l'imaginaire a fait son oeuvre dans toutes les galeries, sur les colonnes, les arches, les frontons. Il y a de l'originalité dans certains personnages et dans certaines représentations mais c'est surtout le cadre de l'ensemble des édifices qui sort de l'ordinaire. Il y a un droit d'entrée de 3000 K.
Il n'y a rien à faire, on ne se plait pas trop à Monywa. Même les gens qu'on y a croisés ne nous font pas bonne impression alors que c'était bien différent à Mandalay. Nous demandons à notre hôtel de nous trouver un billet de bus pour le lendemain. Quand ça commence mal et qu'on ne le sent pas, mieux vaut ne pas insister. La journée annulée était prévue pour visiter les grottes de Hpo Win Daung. Pour ceux que ça intéresse, sachez que c'est à 42 kilomètres vers le sud-ouest, donc une heure de route, et que le tarif est d'environ 25000 K en tuk tuk et 35000 K en minivan. En ville, nous n'aurons pas été voir les pagodes Schwezigon et Kaung Mudow et le chedi Su Taung Pye.
Nous passons donc l'après-midi au Jade Royal Hotel, où il se trouve qu'on mange bien. La piscine est grande et propre, si nous avions su c'aurait été notre choix. Juste qu'à en croire les regards du personnel, ils n'ont jamais vu de gens en maillot de bain.
On se permet une petite sortie en ville le soir, le temps de constater que la restauration de rue n'offre de loin pas les mêmes plats délicieux qu'en Thailande.
| | | À: Jojoone1 · 10 septembre 2016 à 16:04 · Modifié le 10 sep. 2016 à 17:00 Re: Un petit tour en Birmanie et un petit saut en Thaïlande Message 18 de 101 · Page 1 de 6 · 8 997 affichages · Partager Ceux qui nous suivent savent que nous choisissons chaque année une ou deux destinations hors de l'autoroute touristique, dans l'espoir de faire quelques découvertes et de voir des choses différentes. Nous poserons donc nos valises à Pakokku.
Pour une distance plus longue que l'avant-veille, nous payons moins cher (4000 au lieu de 7000) avec le même genre de bus. Comme il n'y a pas de faubourgs à traverser, les 3 à 4 heures prévues ont débouché sur une durée de 2 heures 30 seulement. Tout comme l'autre jour, pas de musique pendant le trajet, ce qui est notre hantise depuis plusieurs années après en avoir drôlement bavé au Vietnam.
Contrairement à certains bus venant de Mandalay dont l'arrêt le plus proche est à 10 km, le nôtre (départ 7h30) a son terminus à Pakokku.
Précisons déjà qu'à 25 km au nord, nord-est de Pakokku nous sommes passés à côté du village de Pakhangyi. Celui-ci abrite un monastère du 19ème siècle ainsi que près de 400 bâtisses anciennes. Après avoir sillonné Mandalay et avant de faire de même à Bagan, il y a des options que nous n'avons pas retenues et celle-ci en fait partie. On n'est quand même ni historiens ni conservateurs (de musée)...
La seule option à l'arrivée c'était les motos-taxi, nous n'avons pas eu le choix. Avec une moto pour les valises, c'est 3 fois 1000 K. Nous évitons généralement ce mode de transport par prudence mais à chaque fois c'est l'éclate. Le gars qui conduit d'une main sur les chemins de terre inégaux et qui tient la grosse valise dans son dos sans accroc jusqu'à l'arrivée, ça nous on ne vous le fera jamais sans tout casser.
L'hôtel Juno est le seul en ville avec piscine. Le prix de 36 dollars pour la chambre nous parait un peu exagéré mais là aussi nous bénéficions d'une literie très satisfaisante et d'une clim efficace. Evidemment, sur les deux jours la piscine sera pour nous seuls. Le moment le plus cocasse c'est quand un employé nous apporte nos serviettes ainsi que des maillots de bain modèle 1948. Euh, non merci, on a les nôtres...
Une fois que la température a baissé, nous sortons pour une très longue promenade, avec plusieurs détours à l'aller comme au retour, en direction du fleuve qui passe à moins de deux kilomètres. Cette escapade nous a directement mis en contact avec le Myanmar pauvre. Dans l'immense quartier traversé, les rues ne sont parfois que de petits chemins ou des ruelles. En guise de murs, ce sont des alignements de bambous. Une habitation en dur fait figure d'exception. Parfois, un cochon s'égaye dans sa bauge, juste à côté de la maison. Les poules se promènent où elles veulent.
Au coin d'une rue, un adolescent accroupi fabrique des semelles de chaussures avec des morceaux de pneus. Un moteur, une lanière, un cylindre abrasif, et voilà.
Le taux de natalité, bien sûr, semble important. Au fur et à mesure de notre passage, le bruit se répand que des étrangers se promènent dans le coin. Soudain, nous nous retournons et une quinzaine d'enfants, qui nous suivaient, s'arrêtent. Un regard de l'autre côté et voilà que sur toute la perspective au-devant de nous, de chaque pas de porte surgissent des têtes. La rumeur nous a précédés. Le fameux sourire birman, contrairement à d'autres pays, ne s'éteint pas rapidement. Dans ce milieu, tous ceux qui nous voient le portent et nous en avons fait et reçu, des bonjour par ci et par là. Nous tenons lieu de spectacle et de curiosité pour des familles entières. A un moment, une femme s'est littéralement précipitée hors de chez elle pour nous offrir un peu de poulet, du riz et de l'eau. Soit dit en passant, bien téméraire celui qui aurait bu de cette eau en s'apercevant de la noirceur du bouchon et du goulot. Quand un semblant de dialogue s'amorce avec certains, les éclats de rire fusent. Nous sommes si étranges ! Le seul point négatif, c'est que parfois des bambins que nous approchons sont terrorisés et fondent en larmes. L'étranger, c'est dangereux et ça fait peur.
L'une des voies principales est en travaux, des ouvriers y posent du bitume. Mis à part l'engin de chantier, ou plutôt le tracteur qui s'est vu fixer un gros rouleau, une grande partie du travail se fait à l'ancienne. Entre la chaleur et la pénibilité du travail, ceux-là n'ont pas choisi le plus facile.
En soirée, nous avons mangé dans la rue. Nous avons reconnu des pommes de terre frites en grosses chips. Le reste était...indéfinissable, mais comestible et incontestablement graisseux. Il faisait si chaud que nous avons fait un second round nocturne à la piscine et pendant ce temps, ce sentiment de luxe à quelques pas de toute cette pauvreté, on ne peut pas s'empêcher d'y méditer. Un dernier tour à l'épicerie d'à côté nous permet d'acheter deux méga paquets de bonbons que nous voulons distribuer le lendemain aux enfants. Nous y dénichons un produit que nous ne trouverons plus ailleurs : de petites canettes de jus de mangoustan. Pas donné, car il faut une grande quantité de petits fruits mais un délice en ce qui nous concerne. A rapprocher de l'excellent jus d'aloé véra que nous avions trouvé dans un coin du Vietnam.
| | | Ca fait quelques jours déjà que je me disais que je devrais lire un de vos carnets, suite aux avis enthousiastes de certains de mes camarades VFistes. Bien écrit et bien ficelé. Pour avoir marché dans vos pas quelques années auparavant, je partage pas mal de vos impressions: joli travail d'écriture ! | | | Nous étions passés par la matrone de l'hôtel Juno pour nous organiser des visites. Nos recherches nous avaient guidés vers trois lieux, elle nous en a rajouté deux autres au programme. Une très bonne idée de sa part. Cela prendra la matinée avec deux motos-taxi pour 5000 K par personne.
Le premier temple est le Thilo Shin. Nous y remarquons d'abord une grande cage close avec des barreaux en métal. A l'intérieur, un temple miniature est fixé sur un support qui le fait tourner, puisque relié au courant électrique. A chacun des quatre coins du temple, lui-même abondamment pourvu en guirlandes clignotantes et en clochettes, sont fixés deux bols dans lesquels on peut tenter de jeter des pièces ou des billets. L'obole ludique ! A noter que ce temple est réputé pour abriter des reproductions du bouddha offertes il y a plus de 800 ans par le roi de Ceylan. Nous découvrons un bâtiment annexe qui a été transformé en salon d'antiquités. De nombreux objets d'une grande diversité y sont stockés, c'est bien le mot qui convient. Les plus précieux sont sous vitrine. Entre les barreaux, reflets, les traces de doigts, la poussière et les salissures nous parvenons malgré tout à admirer cette accumulation de trésors que l'on n'aurait pas imaginée reposant en ce lieu. Une bonne surprise que ce grand temple.
Un petit tour à moto, la casquette dans le vent, et voici le Shwe Ku, où nous passons d'abord devant une petite série de jolis bouddhas miniature assis, qui ne datent pas d'hier. Mais nous tombons vraiment en arrêt devant un grand ensemble sous verre : un chef-d'oeuvre, d'une hauteur de trois mètres, exécuté il y a plus d'un siècle d'après l'idée de deux frères qui étaient moines ici-même. Au premier plan, un bouddha doré très fin tenant dans ses mains les plis d'une somptueuse robe. Il se tient sur un beau quadruple socle, doré également. Au second plan, un fantastique assemblage de blocs de bois dont le travail de sculpture est à l'extrême de ce qui peut être réalisé à la main. C'est si travaillé qu'on croirait que ça a été sculpté de l'intérieur. De nombreux personnages colorés, intégrés à l'oeuvre, sont enchevêtrés dans le bois. Des groupes de personnages, ici et là, forment des scènes censées représenter les étapes de la vie bouddhique. Sur les côtés de l'oeuvre, des pans de ciselures partent vers le haut, d'autres semblent être attirés par le bas, tel un essaim d'abeilles croulant sous son propre poids.
On nous permet aussi de jeter un coup d'oeil au réduit central, bien qu'il soit en travaux. Le grand bouddha assis qui y repose est vraiment majestueux avec son beau costume et sa dorure déjà refaite à neuf. Dans le jardin, un vieux chedi est gardé par ses lions bien usés.
Dans un autre quartier, la pagode Phaung Taw Oo, derrière sa grande esplanade, a des airs de temple chinois.
Il est étonnant d'y trouver dans une vitrine une collection de grands coquillages ainsi que l'appendice caractéristique d'un poisson-scie, du genre gros modèle. D'un tout autre style, le régulateur de voltage et le double tableau électrique en bois ne passent pas inaperçus. Nous sommes intrigués par une statue dont nous n'avions pas encore vu l'équivalent : le bouddha sans face. Devant un grand bouddha assis s'en trouve un autre, plus petit, dans un joli trône. Il est habillé d'une cape mais son visage est comme à peine esquissé : les yeux, le nez, la bouche et les oreilles en sont au stade du brouillon. Cela lui donne un air mi-robot mi extra-terrestre, mi vieillard mi bébé. Il a sûrement une histoire particulière, d'autant plus qu'il apparait sur plusieurs photos exposées dans la pagode. Faute de pouvoir dialoguer avec quelqu'un dans une langue commune nous n'en saurons pas plus, mais emmenons avec nous l'une de ces images qui va nous rester.
Une dernière pagode, la Shwe Mo Taw, se trouve juste à côté du fleuve. L'ensemble est très coloré et parait plus récent, hormis la partie intérieure centrale, qui parait être plus ancienne. Le chedi doré ainsi que les murs avec des niches ornées de statuettes sont hermétiquement clos par des pans de verre translucides faisant eux-mêmes suite à de grandes portes en fer forgé.
Dernier tour de moto pour aller au grand marché, dont une partie est en plein air. Il nous faut y faire notre plein de bananes et d'ananas, d'abord pour le plaisir, ensuite pour nous éviter les affres d'un repas le soir...C'est un marché très fréquenté, effervescent, très coloré. Finalement plus intéressant que dans beaucoup d'autres villes.
A midi bien passé, nous faisons une seconde tentative pour tenter d'apprécier le buffet birman. Rien à faire, viandes, poisson, riz et sauces, tout ça n'est tout simplement pas bien cuisiné.
Nos motards ont été bien agréables et patients, nous leur donnons un bonus bien mérité et ils s'en vont contents de chez contents.
Notre après-midi est consacrée au retour dans le quartier où nous étions la veille afin de distribuer tous les savons, shampoings et peignes que nous avions pu récolter, ainsi que les kilos de bonbons achetés la veille. Même les peignes ont un grand succès car en fait les femmes l'utilisent pour étaler sur la peau le thanaka, produit issu de l'écorce d'un arbre particulier et utilisé à la fois pour protéger du soleil et comme produit de beauté (?). Cette distribution a par moments, surtout à la fin, failli tourner à l'émeute. Tout le quartier a fini par savoir que des étrangers distribuaient des produits de toilette et des bonbons. De temps à autre, pour calmer le jeu, il a bien fallu refermer les sacs et repartir à quelque distance. N'empêche que de bons moments ont été passés avec des femmes qui roulaient des cigares birmans devant leur case, à saluer et à plaisanter avec des familles entières et à faire pleurer des petits absolument terrorisés par l'étranger derrière la main qui tendait le bonbon.
Nous nous sommes posés un moment sur un banc, ce qui permet toujours de saisir un certain nombre de scènes de vie. Les gamins jouent au foot avec un ballon éternellement dégonflé, une longue file de nonnes tout de rose vêtues passe, une famille se promène avec les boeufs attelés au chariot.
En face, au bout d'une place, une propriété abrite en ses limites la tour préservée d'un temple de style khmer. Un peu plus loin, un couple de canards sort du salon de la maison et observe tranquillement l'animation de la rue.
Hormis quelques gars tout bizarres que personne n'a les moyens de faire intégrer une structure médicale, c'est à peine si nous avons le temps de répondre à tous les salut qu'on nous adresse.
De retour à l'hôtel, nous rappelons à la réception que nous n'avons toujours pas l'eau chaude. Parmi les trois jeunes qui arrivent, nous en reconnaissons deux de l'hôtel. Nous assistons à une scène cocasse, où ils font un certain nombre de manipulations plus ou moins heureuses. Il y en a un qui ouvre le robinet sans regarder dans quelle direction il pointe la douchette et pendant qu'il inonde toute la salle de bains il continue à discuter avec les autres comme si de rien n'était. Nous avons fini par avoir de l'eau chaude. Quand ils s'y mettent, ils sont parfois très drôles. Bien sûr, c'est involontaire. A croire que nous sommes bon public, cela nous amuse beaucoup, même s'il faut leur courir après pour faire nettoyer tout ça un minimum...
Une fois de plus, une destination a priori sans grand intérêt nous a offert deux jours mémorables.
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