" À l'origine je suis psychiatre, explique Bernard le docteur Sab, aujourd'hui âgé d'une soixantaine d'années. Mais mon doctorat en poche, je suis aussitôt parti en Inde pour fuir mon quotidien. En fait, je ne savais pas ce que j'allais y faire. Comme j'étais jeune médecin, je me suis dit que je pouvais être utile dans ce pays déshérité. Surtout qu'après avoir joué les routards quelques mois, je me suis rendu compte de la situation sanitaire déplorable du pays où une frange importante de la population n'a pas accès aux soins ".
Quatre ans chez mère Teresa
Il décide alors d'aller à Calcutta. Il frappe à la porte d'un centre et se retrouve face à un " p’tit bout de femme " d'origine albanaise. " J'étais devant mère Teresa ". À l'époque, celle à qui l'Inde entière a offert des funérailles nationales, n'était connue que des quelques centaines de lépreux dont elle s'occupait. " Médecin ? C'est bien ! dit-elle, lorsque Bernard se présente. Mais ici on a surtout besoin de bras pour ramasser les cadavres. Alors, si vous vous en sentez la force, vous êtes le bienvenu ! " Bernard, athée convaincu, pensait offrir quelques mois de son temps. Il restera 4 ans dans ce mouroir. À la suite de cette expérience il atterrit, un peu par hasard à Varanasi ; nom indien de la ville sainte de Bénarès, située sur les bords du Gange. " Devant les milliers de lépreux et indigents livrés à eux-mêmes, je me suis dit que c'est là que je pouvais être utile ". Il venait de croiser son destin. Depuis, il n'a plus quitté cette ville où il réside et où il a créé une petite association humanitaire " Action Bénarès ". Association qu'il anime avec Anna sa jeune épouse d’origine espagnole, elle aussi médecin ; et plus récemment avec Véronique, spécialiste des maladies tropicales. Véronique est la dernière professionnelle occidentale recrutée, car désormais Bernard et Anna forment des Indiens aux soins d'urgence. "À terme, les plus investis deviendront de brillants médecins. C'est le moins que je puisse faire pour ce pays qui m'a tant donné. Car au fil du temps, j'ai développé une véritable philosophie du partage ".
Des bénévoles formés sur le tas
Cependant, " Action Bénarès " fonctionne aussi avec de nombreux bénévoles occidentaux, qui offrent plusieurs semaines de leurs vacances pour venir travailler sur le terrain de la misère. Chose étonnante, pour rejoindre l’association, pas besoin d'avoir suivi des études médicales. Certes, des étudiants infirmiers ou en médecine font partie des volontaires. Mais " Action Bénarès " accepte aussi des novices motivés : voyageurs de passage, éducateurs, fonctionnaires, femmes au foyer, retraités… Pour peu que les volontaires financent leur voyage et leur hébergement. Sur place, après une semaine de mise en condition par l'observation des actions sur le terrain, ils sont formés à changer des pansements, à laver les malades et à sourire aux lépreux. " C'est déjà énorme pour ces malades abandonnés de tous. Et pour offrir un sourire ou apposer une caresse sur une joue mutilée, il n'est pas nécessaire d'avoir un doctorat", explique le médecin avec un large sourire. Car malgré leur environnement quotidien, Bernard et Anna ne développent pas la sinistrose. Bien au contraire. Tous ceux qui ont eu le bonheur de les rencontrer vous le diront, ils débordent d’humour. " Une arme indispensable quand on veut continuer à se battre pour les autres, même si les moments de découragement existent, reconnaît Bernard. Quand un patient décède ou que l’argent vient à manquer. Mais nous devons surmonter ces épreuves pour nous consacrer pleinement aux autres. À ceux qui n’ont que nous pour leur porter un peu d’attention ".
Sur le terrain, avec " Action Bénarès ", pas le temps pas le temps de s'ennuyer. Un jour, l'équipe se transporte dans la gare de la ville sainte et apporte quotidiennement un peu de solidarité à plus de cent personnes. " Parfois, il faut courir derrière un malade qui a peur de se faire soigner, tellement la démarche lui semble incongrue ". Le lendemain, l'équipe se retrouve dans la salle des brûlés de l'hôpital local, pour soigner des femmes " victimes à 90 % d'actes criminels, pour de sordides histoires de dote ", s'énerve l'humaniste qui souligne amer : " les lésions sont tellement graves, que plus de 85 % de mes patientes décèdent ". Mais ce qu’il ne dit pas, c’est que s’il n’était pas là, la mortalité serait proche des 100 %. Ce combat pour les femmes brûlées est la dernière croisade en date de Bernard et Anna. Un combat qu’ils sont les seules à mener dans ce pays, car le gouvernement indien ne fait rien, ou presque, contre les auteurs de ces crimes. Tradition oblige !
Appel à la solidarité
Les médecins français se rémunèrent à peine 200 euros par mois. "Somme suffisante pour vivre dans des conditions correctes sur place", selon Bernard. Malgré des conditions de vie à l’indienne, l’argent manque souvent, car l’association ne subsiste que grâce aux dons des rares occidentaux qui connaissent et soutiennent l’association. "Des donateurs nous envoient des médicaments. Mais actuellement, le gouvernement indien m'en bloque plus de 400 kilos à New Delhi. Les Indiens ne comprennent pas pourquoi on dépense tant d'argent pour envoyer d'Occident des médicaments qui, pour la plupart, sont fabriqués en Inde par les plus grands laboratoires européens et américains. Il est vrai qu'en achetant sur place ce dont on a besoin, on en obtient des quantités dix fois supérieures, tout en faisant travailler le pays ".
Si vous aussi vous voulez apporter votre contribution à Action Bénarès, envoyez de l’argent. Même avec 10 euros, à défaut de faire des miracles, Bernard et son équipe pourront toujours soulager quelques souffrances.
Action Bénarès : Anna et Bernard-Yves Sabot House n°. B 3/22, Post - Shivala, Bhadaini, Vanarasi - 221001 (U.P) India
Téléfax : 009-542-2312193. Mobile 3333069 ou 3333073. E.mail : actionbenares@yahoo.fr






