Le Don Quichotte de Bénarès (Inde)
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Les Indiens l'appèlent " Doctor Sab ". Depuis 1973, Bernard-Yves Sabot, un médecin français, soigne bénévolement les oubliés de la croissance indienne. De la migraine à l'amputation, la plupart de ses actions sont menées dans la rue. Pour recueillir les fonds et recruter les bénévoles indispensables à sa croisade, ce Don Quichotte de l’humanitaire a créé une association : "Action Bénarès".

" À l'origine je suis psychiatre, explique Bernard le docteur Sab, aujourd'hui âgé d'une soixantaine d'années. Mais mon doctorat en poche, je suis aussitôt parti en Inde pour fuir mon quotidien. En fait, je ne savais pas ce que j'allais y faire. Comme j'étais jeune médecin, je me suis dit que je pouvais être utile dans ce pays déshérité. Surtout qu'après avoir joué les routards quelques mois, je me suis rendu compte de la situation sanitaire déplorable du pays où une frange importante de la population n'a pas accès aux soins ".

Quatre ans chez mère Teresa

Il décide alors d'aller à Calcutta. Il frappe à la porte d'un centre et se retrouve face à un " p’tit bout de femme " d'origine albanaise. " J'étais devant mère Teresa ". À l'époque, celle à qui l'Inde entière a offert des funérailles nationales, n'était connue que des quelques centaines de lépreux dont elle s'occupait. " Médecin ? C'est bien ! dit-elle, lorsque Bernard se présente. Mais ici on a surtout besoin de bras pour ramasser les cadavres. Alors, si vous vous en sentez la force, vous êtes le bienvenu ! " Bernard, athée convaincu, pensait offrir quelques mois de son temps. Il restera 4 ans dans ce mouroir. À la suite de cette expérience il atterrit, un peu par hasard à Varanasi ; nom indien de la ville sainte de Bénarès, située sur les bords du Gange. " Devant les milliers de lépreux et indigents livrés à eux-mêmes, je me suis dit que c'est là que je pouvais être utile ". Il venait de croiser son destin. Depuis, il n'a plus quitté cette ville où il réside et où il a créé une petite association humanitaire " Action Bénarès ". Association qu'il anime avec Anna sa jeune épouse d’origine espagnole, elle aussi médecin ; et plus récemment avec Véronique, spécialiste des maladies tropicales. Véronique est la dernière professionnelle occidentale recrutée, car désormais Bernard et Anna forment des Indiens aux soins d'urgence. "À terme, les plus investis deviendront de brillants médecins. C'est le moins que je puisse faire pour ce pays qui m'a tant donné. Car au fil du temps, j'ai développé une véritable philosophie du partage ".

Des bénévoles formés sur le tas

Cependant, " Action Bénarès " fonctionne aussi avec de nombreux bénévoles occidentaux, qui offrent plusieurs semaines de leurs vacances pour venir travailler sur le terrain de la misère. Chose étonnante, pour rejoindre l’association, pas besoin d'avoir suivi des études médicales. Certes, des étudiants infirmiers ou en médecine font partie des volontaires. Mais " Action Bénarès " accepte aussi des novices motivés : voyageurs de passage, éducateurs, fonctionnaires, femmes au foyer, retraités… Pour peu que les volontaires financent leur voyage et leur hébergement. Sur place, après une semaine de mise en condition par l'observation des actions sur le terrain, ils sont formés à changer des pansements, à laver les malades et à sourire aux lépreux. " C'est déjà énorme pour ces malades abandonnés de tous. Et pour offrir un sourire ou apposer une caresse sur une joue mutilée, il n'est pas nécessaire d'avoir un doctorat", explique le médecin avec un large sourire. Car malgré leur environnement quotidien, Bernard et Anna ne développent pas la sinistrose. Bien au contraire. Tous ceux qui ont eu le bonheur de les rencontrer vous le diront, ils débordent d’humour. " Une arme indispensable quand on veut continuer à se battre pour les autres, même si les moments de découragement existent, reconnaît Bernard. Quand un patient décède ou que l’argent vient à manquer. Mais nous devons surmonter ces épreuves pour nous consacrer pleinement aux autres. À ceux qui n’ont que nous pour leur porter un peu d’attention ".

Sur le terrain, avec " Action Bénarès ", pas le temps pas le temps de s'ennuyer. Un jour, l'équipe se transporte dans la gare de la ville sainte et apporte quotidiennement un peu de solidarité à plus de cent personnes. " Parfois, il faut courir derrière un malade qui a peur de se faire soigner, tellement la démarche lui semble incongrue ". Le lendemain, l'équipe se retrouve dans la salle des brûlés de l'hôpital local, pour soigner des femmes " victimes à 90 % d'actes criminels, pour de sordides histoires de dote ", s'énerve l'humaniste qui souligne amer : " les lésions sont tellement graves, que plus de 85 % de mes patientes décèdent ". Mais ce qu’il ne dit pas, c’est que s’il n’était pas là, la mortalité serait proche des 100 %. Ce combat pour les femmes brûlées est la dernière croisade en date de Bernard et Anna. Un combat qu’ils sont les seules à mener dans ce pays, car le gouvernement indien ne fait rien, ou presque, contre les auteurs de ces crimes. Tradition oblige !

Appel à la solidarité

Les médecins français se rémunèrent à peine 200 euros par mois. "Somme suffisante pour vivre dans des conditions correctes sur place", selon Bernard. Malgré des conditions de vie à l’indienne, l’argent manque souvent, car l’association ne subsiste que grâce aux dons des rares occidentaux qui connaissent et soutiennent l’association. "Des donateurs nous envoient des médicaments. Mais actuellement, le gouvernement indien m'en bloque plus de 400 kilos à New Delhi. Les Indiens ne comprennent pas pourquoi on dépense tant d'argent pour envoyer d'Occident des médicaments qui, pour la plupart, sont fabriqués en Inde par les plus grands laboratoires européens et américains. Il est vrai qu'en achetant sur place ce dont on a besoin, on en obtient des quantités dix fois supérieures, tout en faisant travailler le pays ".

Si vous aussi vous voulez apporter votre contribution à Action Bénarès, envoyez de l’argent. Même avec 10 euros, à défaut de faire des miracles, Bernard et son équipe pourront toujours soulager quelques souffrances.

Action Bénarès : Anna et Bernard-Yves Sabot House n°. B 3/22, Post - Shivala, Bhadaini, Vanarasi - 221001 (U.P) India

Téléfax : 009-542-2312193. Mobile 3333069 ou 3333073. E.mail : actionbenares@yahoo.fr
Douz
SC Sch Globetrotter ·
Un témoignage bien poignant une fois de plus ! Merci Douz ! Cela donne à réfléchir ...
CA CatherineGil Globetrotter ·
Superbe texte qui me renvoie à mon manque de courage, celui que je serais bien incapable d'avoir pour aller donner un coup de main la-bas.

Et comme par ailleurs, je ne veux pas m'acheter une bonne conscience en donnant des sous, me voilà face à ma culpabilité..... Et aussi face à mon admiration pour ceux qui sont assez forts pour faire, ne serait-ce que ponctuellement ce qu'il faut faire.
Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

http://www.catherinegil.com
JR Jreverter Regular ·
A la fin Novembre je serais a Varanasi, est-ce-que c'est facile de les trouver???? J'aimerais bien faire quelque chose mais je ne sais pas maintenant. Peut etre dans un prochain voyage (j'y vais assez souvent). L'adresse de Shivala est une boite postale. ????

Jorge
DO Douz Regular ·
Non, cette adresse n'est pas postale, c'est un hôtel où Bernard et Anna louent un appartement à l'année et où la plupart des volontaires decendent, car il est bon marché, propre et dispose d'une cour intérieure pleine de verdure où il est possible de déjeuner à toute heure. Les plus belles chambres sont au rez-de-chaussée (300 roupies). Un Havre de paix indispensable pour décompresser après les chocs quotidiennement occasionnés par l'activité des l'association. Cette adresse assez facile à trouver, se trouve à quelques encâblures du Gange, à peu près à 1/4 d'heure en rickshaw de la gare, quand la circulation n'est pas trop dense. Non loin d'un des deux hôpitaux de la ville. Si tu vas à Vanarasi, tu peux toujours passer les voir et prendre un verre avec eux, ce sont des personnes particulièrement chaleureuses. En discutant, tu verras dans quelle mesure du peux les aider. Tu peux même les contacter par mail avant ton départ (voir ci-dessous).

Bien à toi

Action Bénarès : Anna et Bernard-Yves Sabot House n°. B 3/22, Post - Shivala, Bhadaini, Vanarasi - 221001 (U.P) India

Téléfax : 009-542-2312193. Mobile 3333069 ou 3333073. E.mail : actionbenares@yahoo.fr
Douz
DO Douz Regular ·
Bonjour,

Ne crois pas ça ! Dans ces moments-là, je peux attester que ce ne sont jamais les plus forts en gueule qui sont les plus efficaces. Effectivement, j'ai vu des volontaires d'Action Bénarès, une étudiante espagnole, notamment, en larmes devant tant de misères. Les autres pensaient qu'elle n'allait pas tenir plus de 48 heures. Venue pour une dizaine de jours, cette maquettiste de formation est finalement restée toute la durée de ses vacances, se révélant terriblement efficace. Sans vouloir te pousser dans tes retranchements, tu peux toujours aller faire un tour là-bas et observer. Si c'est trop dur tu partiras tout simplement. Comme beaucoup l'ont fait. Personne ne t'en voudra. Au contraire ils te seront reconnaissants d'avoir essayé. Quant à ta " bonne conscience ", sache qu'en envoyant un don aussi modeste soit-il, tu n'achètes rien. Tu donnes au contraire. Et les Indiens qui en seront les bénéficiaires ne te reprocheront jamais ton geste. Ils te béniront.
Douz
EM Emi641 Regular ·
Merci Douz, nous pensions passer a Benares en fevrier ou mars, nous savons maintenant ce que nous allons essayer d y faire!🙂
CA CatherineGil Globetrotter ·
🙂, merci Douz, de toutes façons je garde ces cordonnées.
Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

http://www.catherinegil.com
DA Daniel26 Regular ·
Moi aussi, Merci Douz pour ce témoignage qui vous prend aux tripes et pour toutes ces infos. Quand je pense à toutes les discutions sur VF à propos du bien fondé du bénévolat à l'étranger...... là, tout le monde peut le faire ! Mais faut le faire !! Je crois que le "docteur Sab" mériterait d'être plus connu, mais le désire t-il? Mis à part l'aspect financier, mais il faut l'aider çà c'est sûr ! Au moins cà on peut le faire de France. Je crois que çà me donne l'idée d'aller à Bénares, mais serai-je capable de soigner un lépreux ???? Mais qu'est ce que je risque à essayer ! Merci Douz et Dr Sab
SA Sandreene ·
Bonjour Douz et merci pour ce temoignage precieux. Je suis actuellement a Orchha et serai dans quelques jours a Benares. Grace a toi, j'irai voir l'equipe du Dr Sab pour apporter mon aide. Merci encore.
Sandrine
DI Didi1st ·
JUSTE POUR VOUS SIGNALER QUE BERNARD YVES EST AUSSI UN MANIPULATEUR PSYCHOLOGIQUE DANGEREUX... FAITES ATTENTION A VOTRE TETE ET NE PRENEZ PAS TOUT POUR ARGENT COMPTANT.. CET HOMME A CAUSE ENORMEMENT DE TRAUMATISMES.. ELLE A BON DOS L HUMANITAIRE.. CE QU IL FAIT POUR LA POPULATION EST EXEPTIONNEL MAIS CET HOMME EST VRAIMENT DANGEREUX... IL AIME LES FEMMES JEUNES PAS TROP BETTE ET AVEC UN PEU D ARGENT... FAITE ATTENTION... JE NE SUIS PAS LA SEULE A POUVOIR TEMOIGNER DE SON COTE MISTER HIDE.. TAKE CARE ET BON VOYAGE..
DU Duppyconquer Veteran ·
Salut,

Bernard Yves nous a quitte. Il est parti rejoindre ceux qu'il a aide. Il est aupres de ceux pour qui il a devoue sa vie. Il est tres facile de critique les gens mais plus dur de se juger soi meme. Quant on voit le travail que cet homme aura pu faire et que poursuit son equipe, on ne peut qu'etre admiratif. N'oubliez pas qu'Action Benares continue d'existe et qu'il ont toujours besoin de vous, que ce soit en faisons un dons de quelques euros ou en se rendant sur place.

Je vous invite a vous donne une idée de l'homme qu'était Bernard Yves en regardant cette video qui ne dure que 10 minutes sur son action à Benares : http://fr.youtube.com/watch?v=C_-yoqJtnm0

Merci encore a tous pour votre soutien,

David.

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