Chester est malgré tout en altitude. Ce qui veut dire que le matin, il fait carrément frais. Vêtements et gants de circonstance. Départ assez tôt donc vu la journée qui nous attend, notamment dans le Lassen National Park. L'entrée du site est à environ 30 miles au nord de Chester, sur la 89. Vu que c'est un parc national, un droit d'entrée est requis et il faut donc débourser les 10 $ habituels. Très rapidement, nous apercevons nos premières fumeroles sur le bord de la route, avec un petit bassin de boue qui bouillonne, et cette odeur de soufre si caractéristique. Mais ce n'était qu'un avant-goût de ce qui nous attend à Bumpass Hell.
Un grand parking sur la droite de la montée permet aux véhicules de se poser pour partir découvrir cette fantastique curiosité naturelle. Un parking sur lequel il y a aussi des toilettes, sèches. Pas d'entretien particulier, pas d'eau, pas d'odeur non plus, juste un trou profond et le tour est joué. Nous nous équipons pour la balade, sortons nos baskets et rangeons ce que nous pouvons dans les coffres de l'Electra Glide. Nos casques resteront sur la moto, mais nous avons toute confiance pour les retrouver au retour.
A peine 30 minutes de marche sur un chemin bien tracé et facile nous amènent au Bumpass Hell. Un site magnifique, tout en couleur, avec des émanations de soufre et des bassins bouillonnant. Des passerelles sont aménagées pour parcourir l'endroit, sans aller trop près des vasques d'eau. Des panneaux indiquent d'ailleurs qu'il ne faut pas sortir des chemins balisés pour aller toucher l'eau sous peine de graves brûlures. Le ciel est sans nuage et les photos que nous faisons sont pleines de contraste de couleur. Un paysage fantastique pour un effort minime. De retour au parking, nous nous équipons à nouveau pour rouler, rangeons nos baskets que nous troquons contre nos bottes. Le reste du parc est également splendide, avec plusieurs petits lacs et des départs de chemins de randonnée pour divers buts d'excursion. Il est également possible de camper dans le parc, de sorte que les marcheurs peuvent y passer le temps nécessaire. Et il y a de quoi faire pour explorer l'endroit.
A la sortie du parc, nous sommes toujours sur la 89 et toujours aussi à travers les forêts californiennes. Vu d'Europe, cet énorme Etat, plus grand que pas mal de pays du Vieux-Continent, se résume à Los Angeles, San Francisco et peut-être un ou deux parcs comme Yosemite. Mais on oublie souvent que le territoire californien est si vaste, avec des montagnes, des plaines, des forêts, l'Océan, bref, il y en a pour tous les goûts. Ainsi, sur cette 89, nous avons pu rouler des dizaines et des dizaines de miles au milieu des sapins sans voir de ville ou même de village. Des panneaux indiquent qu'il convient de faire attention à la faune qui peut traverser la route. C'est un peu notre hantise, car une biche qui surgirait devant la moto pourrait provoquer un grave accident. Nous en avons d'ailleurs vu deux sur le bord de la route, pas du tout effrayée, à brouter les herbes. Nous avons aussi traversé de nombreux hectares de forêt ayant subi les incendies. Avec parfois des habitations prises au milieu des flammes ou alors à la lisière des feux. Des sueurs froides en perspective, un comble lors d'un incendie.
A McCloud, petite ville de quelques dizaines de maisons, la faim commencent à se faire sentir. Vu le nombre infime de villages traversés, nous décidons de nous arrêter chez Floyd, sur Broadway. Broadway peut-être, mais alors bien loin de la célèbre avenue de New York. McCloud, son camping, ses deux ou trois petites épiceries, sa station-service. Et Floyd. Le Special du jour, c'est le Cheeseburger aux jalapenos, petits piments verts bien piquants. L'établissement est vide et les deux serveuses se font la conversation au fond du troquet. Notre entrée va mettre de l'animation et nous mangerons nos délicieux burgers sur la terrasse. Evidemment, notre accent ne passe pas inaperçu et apparemment, c'est la première fois que des Suisses s'arrêtent chez ce bon vieux Floyd de McCloud.
Depuis quelques miles, le Mount Shasta est en vue, majestueux avec ses neiges éternelles sur les flancs, qui domine toute la région. Nous l'aurons vu sous toutes les coutures, puisque la 89, puis l'Interstate 5 nord, jusqu'à Weed, et finalement la 97 le contournent. La 97 va nous conduire jusqu'en Oregon, �� Klamath Falls, où nous ferons étape au Days Inn local. Petit hôtel basique, sans surprise, ni bonne, ni mauvaise, à un prix très abordable. Comme souvent, ce type d'hôtel est en dehors de la ville, le long d'une artère principale, ici la 97, au milieu des commerces en tout genre, fast-food, station-services et autres. Nous y arrivons en fin d'après-midi et la température est bien plus chaude qu'hier à Chester. Nous nous serions bien baignés dans la piscine, mais l'eau y est froide et pas vraiment propre. Pour le repas du soir, il y a de quoi faire sans reprendre la moto, Deux restos tout près, accessibles à pied. Cela nous ira parfaitement, avant une bonne nuit. Car demain, lever encore une fois tôt pour aller sur Crater Lake et ensuite Bend.
Lever assez tôt encore une fois donc, car aujourd'hui nous avons prévu de ne pas rouler trop vite avec les passages au Crater Lake et dans la région des lacs entre Crater Lake et Bend. Tôt veut une fois de plus dire frais. Ce matin encore, il nous faut nous équiper suffisamment pour ne pas avoir froid sur la moto. Crater Lake est à plus de 50 miles, il va donc falloir rouler avant de jouir des lieux. Après 20 miles sur la 97 Nord, le long du lac de Klamath, où les mouchillons réunis en essaim s'éclatent sur le pare-brise de l'Electra Glide, nous prenons la 62 qui mène au parc. Tout est bien indiqué, il faut juste être attentif à ne pas rater l'embranchement.
Si la partie de la 97 était peu scénique, la 62 devient rapidement bien plus belle, à travers les paturâges, traversant de petits villages de la campagne de l'Oregon. La circulation est nulle, nous pouvons rouler en toute confiance. Crater Lake est en altitude, il s'agit en fait d'une montagne volcanique qui s'est écroulée et qui a formé ce cratère dans lequel un lac a pris place (enfin, si on a tout compris...). Qui dit altitude dit sapins et pins dans ce coin des USA. Jamais de ma vie je n'aurais vu autant d'arbres. Depuis le nord de la Californie, notre itinéraire traverse en permanence une forêt sans fin, avec de temps à autre de vastes clairières, qui forment des plaines, mais la forêt revient inexorablement. Des sapins et des pins droits comme des I, hauts comme des immeubles, une posture solide et parfaite, que seules les routes viennent perturber.
Crater Lake est un parc national et il faut donc s'acquitter du droit d'entrée habituel auprès de la cabane des Rangers qui délimite le territoire. La route monte en lacet sur la crête qui surplombe le lac et là, soudainement, c'est l'émerveillement dans cette matinée claire et ensoleillée. Le point de vue en arrivant par l'entrée sud est sans doute le plus beau du site. Au sommet de falaises de plusieurs centaines de mètres, nous pouvons voir à nos pieds ce lac d'un bleu si profond, dans lequel se reflète les montagnes qui l'entourent, avec une petite île pour parfaire le tableau. Un spectacle saisissant de beauté, la nature au sommet de son art. Les photos sont difficiles à prendre, non pas que les points de vue manquent, bien au contraire, tout est beau. Alors on mitraille et on triera, ou pas. Une route bien large fait le tour du lac. Mais en cette matinée le soleil est encore bien bas et un versant est donc en total contre-jour. Nous nous contentons donc de faire 3/4 du tour prévu, avant de revenir sur nos pas pour emprunter la 138 qui rejoint ensuite la 97. Il est également possible de descendre au lac et de faire un tour en bateau sur les flôts. Difficile de dire si cela vaut la peine de voir le cratère depuis en bas, nous n'y sommes pas allés.
Jouir des lieux disais-je, c'est bien le verbe qu'il fallait tant le plaisir était présent. Une fois redescendu sur la plaine et sur la 97, nous filons vers le nord. En fouinant lors de la préparation de notre voyage, nous avions trouvé la Cascade Lakes Scenic Byway, qui fait une incursion au milieu des forêts, à la découverte des lacs de cette partie de l'Oregon. C'est à Crescent, en tournant à gauche juste après la station Shell qu'il faut commencer ce détour. Mais avant cela, il convient de se restaurer, il commence à faire faim. Pas surs du tout de trouver des petits restaurants sur la Byway, nous optons pour le Mohawk Restaurant, juste après la station Shell. Un petit restaurant comme on les aime, sans touriste, ni chichi. Un bar en bois derrière lequel trône l'habituelle enseigne lumineuse "Budweiser", un écran télé qui diffuse des sports, des habitués au bar, casquette sur la tête, et un service attentionné et aimable. Le patron est un chasseur, d'ailleurs une salle exhibe toute sorte de trophées à l'arrière du restaurant. Il nous dit avoir vu un ours dans la région pas plus tard qu'hier. Il nous avertit aussi de bien faire attention sur la 97, une route très dangereuse, car non protégée par des barrières sur les côtés. Les animaux traversent donc la route à tout moment. Pas plus tard que ce matin, il entendait sur son scanner que 4 biches avaient été percutées par des véhicules dans la région nous dit-il. En levant les yeux au-dessus du bar, nous voyons le nom des clients à qui il ne faut plus faire crédit, vu leur ardoise de quelques centaines de $. J'imagine bien la chose chez nous ...
Après ce repas simple mais efficace, nous empruntons donc la route qui va nous mener aux lacs. Dans un premier temps, il convient de suivre la direction de Davis Lake, le premier dans ce sens, mais sans doute pas le plus beau comme nous le verrons plus tard. Peu après Davis Lake, sur la 46, la route cotoie un incroyable mur de lave, haut de plusieurs dizaines de mètres et sur une distance de plusieurs miles, un amas monstrueux de rochers provenant du chaos volcanique qui a animé la région dans un lointain passé. Nous n'avons pas compris tout de suite qu'il fallait emprunter les voies qui quittaient la 46 pour arriver à ces lacs, pensant qu'ils étaient visibles depuis la route principale. Nous commençons donc nos incursions au Lava Lake, un décor de carte postale, avec son ponton en bois, son lac bleu profond, ses forêts en arrière-plan et le Mount Bachelor avec ses pentes enneigées qui domine le tout. Des gens partent faire du kayak et d'autres pêchent depuis le ponton. Dans toute cette région, le campeur est roi. Il y a plusieurs sites et apparemment ils ont du succès. Par contre, nous voyons régulièrement des panneaux nous indiquant que les risques d'incendie sont extrêmes. Ils sont souvent accompagnés de conseils de précaution pour éviter les départs de feu. Si la partie centrale de l'Oregon est bien verte, elle n'en est pas moins bien sèche.
A partir de Lava Lake, la route 46 entre dans sa partie la plus remarquable. Elk Lake offre même des plages où les Labradors sont rois, se jetant à l'eau pour aller chercher bouts de bois ou balles de tennis. L'humain se baigne aussi, moins gaillardement tout de même, nous sommes ici dans les 6000 pieds. Par contre, le paddle, le kayak et même le bateau sont très populaires sur l'eau. Sur la berge, c'est la glacière et ses bières fraîches qui tiennent la palme. Nous contournons maintenant le Mount Bachelor et voyons encore le vert émeraude du Devil's Lake, avant d'entamer la descente vers Bend. Dans sa version nord, le Mount Bachelor propose des installations de ski qui montent à son sommet. Deux saisons bien distinctes, mais des activités à pratiquer toute l'année. Autant notre traversée des Etats-Unis en 2012 avait été marquée par l'ambiance du sud, les rencontres, les lieux insolites, le côté parfois paumé de cette Amérique hors du bling-bling touristique, autant cette fois-ci nous découvrons une Amérique proche de la nature, celle des paysages simples mais grandioses.
Bend est en vue. Au centre de la ville, des jeunes se laissent flotter sur des bouées géantes sur la rivière qui traverse Downtown. Nous logerons au Sugarloaf Motel, sur la 97 business un peu à l'extérieur de la ville. Un motel classique, où notre chambre est propre et quasi neuve, avec une piscine à l'eau impeccable et bien tempérée, avec un wi-fi efficace et un petit-déjeuner gratuit. Que demander de plus lors d'un périple tel que le notre ? Demain, on gagne Portland avec notre deuxième séjour Airbnb, chez Lisa Warmington.
Chez vous comme en voyage, respectez la nature, elle nous le rend bien.
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