Dans mes archives dorment quelques carnets de voyage. J'en propose ici un, écrit pendant l'été 2017 au jour le jour, ou presque. Juste retour des choses, le long trajet en voiture de Chicago à la Louisiane doit beaucoup aux bonnes idées trouvées çà et là au fil des discussions - que les contributeurs en soient remerciés.
Voici donc quelques souvenirs pris sur le vif. Je suis redevable à ma femme et à ma fille, 11 ans à l'époque, pour les fréquents arrêts dans les Walmart et autres lieux de shopping. J'ai pu ainsi me poser sur un banc pour m'efforcer de rédiger au jour le jour ce journal de bord - hormis l'introduction ci-dessous écrite avant le départ. J'espère que l'intérêt pour ce carnet ne sera pas trop amoindri par ces circonstances indépendantes de ma volonté, en plus d'être éprouvantes pour le budget familial.
Place aux souvenirs.
Chicago
Prélude
Encore l’Amérique ? Ben oui. Tu n’en as pas assez ? Ben non.
Les billets pour l’été 2017 sont achetés, le trajet fixé, les nuits réservées et un beau véhicule de location nous attend bien au chaud. Cette fois-ci nous ferons un trajet entièrement nouveau, du nord au sud : départ Chicago, arrivée la Nouvelle Orléans, grosso modo en descendant le Mississippi, avec quelques écarts conséquents toutefois.
Pendant ces presque quatre semaines entre juin et juillet, nous ne ferons que des découvertes. Je me rends compte que c’est assez difficile à faire entendre de ce côté-ci de l’Atlantique : les Etats-unis sont grands comme toute l’Europe et réservent assez bien de variété pour satisfaire le voyageur à l’affût de nouvelles expériences. Ne dirions-nous pas d’un touriste qui au fil de ses étés visite la péninsule ibérique, la Scandinavie, les Balkans, l’Europe centrale qu’il est un grand voyageur ? Cette diversité, nous la trouvons aussi sur le territoire américain et sa multitude de « frontières intérieures » qui définissent autant de facettes diverses et dignes d’intérêt. Et encore, en Europe l’on souffre trop souvent d’une foule envahissante qui rend pénible le moindre séjour dans un lieu touristique. Selon notre expérience, l’affluence aux USA est le fait des grandes villes, tant la vastitude des grands espaces permet à chacun de suivre tranquillement son chemin.
Hormis trois petits jours à New York, nos précédents séjours nous avaient menés dans les grands parcs autour de Las Vegas, sur la côte Pacifique de Los Angeles à San Francisco, au Texas entre Houston et Dallas et dans l’extraordinaire et trop décriée Floride. Le programme cette fois-ci est le suivant :
Chicago, la ville ouverte aux quatre vents
Spillville, dans l’Iowa, sur les traces du compositeur Antonín Dvořák
Hannibal, la cité de Mark Twain
Springfield, pour rendre visite au mémorial d’Abraham Lincoln
Site historique de Cahokia Mounds, près de Saint Louis, l’une des plus vastes cités amérindiennes
Grottes de Mammoth Cave, dans le Kentucky
Visite (si on en a le temps) de l’Aviation Heritage Park à proximité
La musicale Nashville, où nous fêterons le 4 juillet avec ce qui promet d’être le plus beau feu d’artifice des USA
Un détour dans l’Alabama pour rendre visite à l’US Space and Rocket Center, à Huntsville
Memphis et son héritage elvisien
La vallée du Mississippi : Greenville, Vicksburg, Natchez, Lafayette
Et pour terminer, la Nouvelle Orléans et son lot d’excursions dans les plantations.
Sacré programme ! Quand je pense que certains s’étonnent : quoi, tu vas encore en Amérique ? Ben oui.
Ce n’est jamais bon signe quand une cascade de notifications signées Air France font vibrer simultanément vos appareils connectés, surtout quelques dizaines de minutes seulement avant le départ pour l’aéroport.
Le message, décliné par une série de textos et de mails et multiplié sur les appareils en autant d’exemplaires qu’il y a de passagers, disait simplement que le vol aller Paris-Detroit aura deux heures de retard, que tout le monde s’excuse et voilà.
Comment ça et voilà ? Que devient alors la correspondance pour Chicago au départ de Detroit ? Un coup de fil au service clientèle d’Air France (j’aurais voulu écrire « un coup de fil rapide », mais ce récit ne relève pas du genre de la science-fiction) me confirme qu’en effet, la correspondance envisagée n’est plus qu’un aimable souvenir. Il n’y a donc aucune solution. Detroit connection is dead.
Sauf, me glisse-t-on, à changer de vol pour faire escale à Atlanta.
N’ayant pas construit mon voyage autour de l’escale du vol aller dans la bonne ville de Detroit, j’accepte l’offre avec soulagement. Nous partirons quasiment à l’heure prévue, pour rejoindre Chicago peu avant minuit.
Seul hic, nous embarquerons sur Delta Airlines, au lieu d’Air France. Ce changement me prive de ma joie annuelle d’actualiser ma connaissance des derniers succès hexagonaux. L’offre Delta étale un impressionnant catalogue d'effets spéciaux made in USA en VO non sous-titrée.
L’impression de désordre organisé – qui marque immanquablement l’arrivée aux Etats-unis – nous étreint dès l’aéroport d’Atlanta. C’est toujours le premier contact avec les USA qui est difficile. On est pressés, mais rien ne bouge. On a peur de se faire recaler à cause d’un papier mal rempli ou d’une tracasserie administrative quelconque, et à cette impatience vient s’ajouter celle de devoir attraper le vol de correspondance.
On parle à des gens qui ont l’air de s’en moquer. Cette désinvolture – ou du moins ce que nous prenons comme telle – semble toutefois révéler autre chose : la confiance en un système éprouvé. L’employé qui vous demande d’attendre ne se moque pas de vos soucis, mais sait que l’organisation des choses apportera bientôt une solution à ces mêmes soucis. Une correspondance hasardeuse ? Le type qui gère la file d’attente en convient peut-être (un hochement de tête nous fait comprendre qu’il a compris que nous avions un problème sans lui-même se prononcer sur la réalité de ce problème), mais nous demande de rester dans la file comme tout le monde.
Et finalement tout se déroule comme prévu. Nous aurons notre avion pour Chicago. La situation s’est parfaitement arrangée, comme à chaque fois en arrivant aux USA.
La première nuit à Chicago est réservée dans un Hilton. Pas parce que c’est un Hilton, mais parce que le jeu des dispos et des promos en faisait l’hôtel le moins cher sur notre trajet. Endroit sans accroc particulier, chic, impersonnel et lisse comme la population de standing qui y loge. Le lendemain nous rejoignons d’un coup d’Uber notre lieu de villégiature pour 4 jours : des amis nous laissent leur maison au cœur du quartier résidentiel de Wilmette, au nord de Chicago.
Wilmette
Nous découvrons un endroit où sont impeccablement alignées de vastes maisons, toutes différentes, sur un terrain de gazon parfait où porte l’ombrage d’arbres vénérables. Notre demeure est grande, chic, connectée, accueillante et même intimidante dans son faste. Une très lointaine réminiscence me titille. Ce quartier résidentiel, ces villas confortables et luxueuses, je suis sûr de les avoir déjà vus. C’était ce film, avec le gamin insupportable… comment s’appelait-il déjà ? La tête à claques se mesurait à des bandits bêtes et méchants dans Maman, j’ai raté l’avion. Vérification faite, bingo : notre quartier est bien celui où a été tourné Home alone, avec Macaulay Culkin dans le rôle (peut-être pas de composition) du gosse exaspérant. La maison originale n’est qu’à quelques centaines de mètres de la nôtre.
Stop bizarre à Wilmette
Mais Chicago n’est certainement pas la pire ville pour les tartes à la crème cinématographiques boursouflées. C’est certes la cité de la prohibition, d’Eliot Ness et des premières minutes de Certains l’aiment chaud. Mais son image ne s’impose pas à l’esprit aussi clairement que celle de New York. La Big Apple est sans doute plus chère au cœur des Français – peut-être parce qu’une habitude tenace nous fait penser cette dernière comme une cité européenne accidentellement située aux Amériques.
Détail de Chicago vu de haut
Art au ras des pâquerettes
Pluie diluvienne
Le premier contact avec Chicago dévoile autre chose. Les buildings sont partout sans posséder cette allure oppressante qui écrase le visiteur de Manhattan. Peut-être parce que Chicago est resté une ville d’histoire, où la simple balade reste agréable ? New York, comme Paris, est une ville dure. On s’y bouscule, on s’y insulte. Se frayer un chemin est une lutte, qui offre la palme aux plus aguerris et aux plus mufles. Rien de tel à Chicago. La foule reste vivable, comme dans une bonne grosse ville de province qui vous dévoilerait ses charmes sans vouloir vous enfoncer dans le crâne que vous êtes au centre de l’univers (comme certains le vocifèrent à Time Square).
Picasso à Chicago
L’on se rend bien vite compte à quel point Chicago est différente de New York. Ses gratte-ciel la rapprochent de sa voisine de l’Est, mais sa riverwalk « naturellement ceinte de buildings » évoque aussi bien Miami que San Antonio. Les souffles qui parcourent la « cité du vent » n’ont rien de ces bises glaçantes qui transpercent, même au cœur de l’été, San Francisco. Bien au contraire, en ce doux mois de juin ils caressent la peau comme le plus bienfaisant des zéphyrs. Une douceur de vivre que l’on ne s’attendait pas à trouver dans la ville du crime organisé marquée, pour nous lecteurs francophones, par les affrontements de Tintin avec Al Capone.
Sous le métro de Chicago
Le loop
La bouffe à Chicago : à en croire les guides, il existe ici deux spécialités à côté desquelles notre bon vieux cassoulet passerait comme une recommandation de Weight Watchers.
La première est la pizza à pâte épaisse. Pas vraiment une pizza en réalité, cette chose ronde et molle est une sorte de tarte massive que l’on a badigeonné de sauce tomate. Généreusement, avec conviction. C’est bon ? Plutôt ; pas fin, mais vu qu’on sent surtout le goût de la tomate, ça passe. Et finalement sans grand-chose à voir avec les « pizzas épaisses » que l’on trouve chez nous dans certaines chaînes de surgelés – qui, pour le coup, sont de véritables bombes caloriques.
On se bouscule chez Portillo's
La deuxième est un hot dog Chicago style. Autant le dire, ce n’est pas terrible, et, par-dessus le marché, pas si gras que ça (après tout, c’est une toute petite saucisse dans du pain caoutchouteux, pas de quoi rassasier Bérurier). Mais c’est l’endroit qui mérite la visite. Le Portillo’s est voulu comme une sorte de foire joyeuse où l’on viendra vous prendre la commande directement dans la file d’attente, pour la noter sur la poche en papier ; ce graffiti permettra à la caisse de vous facturer, en échange d’un numéro. Il vous reste à attendre que votre numéro soit hurlé pour récupérer votre commande que l’on glissera avec forces exclamations dans le sachet.
L'effervescence du Portillo's
Ça bouge, c’est gai et bon enfant. L’on vient ici en famille, en célibataire ou en sortant du boulot. Parmi nos voisins se trouvaient deux flics en grand uniforme, colt et walkie-talkie à la ceinture, venus chercher ici réconfort et calories après quelque course-poursuite dans Little Italy. On mange avec les doigts à même la table, que l’on prendra grand soin de nettoyer avant de prendre congé. Le Portillo’s (ou devrait-on écrire Bordello’s) déconcerte, exaspère et comble le visiteur ingénu, avec ses hurlements, sa musique, sa déco invraisemblable et son organisation somme toute réglée au millimètre. Et qu’importe si les hot dogs n’en valent pas la peine : ils ne sont qu’un prétexte à goûter un peu cet étonnant tourbillon de cris, de rires et de plaisanteries qui cache une entreprise d’une redoutable efficacité.
Super ce récit qui change des classiques Ouest USA. J’aime beaucoup tes photos et attend de pied ferme la suite.
Bluequark
Carnets :
Namibie, Laos-Perhentias-BKK, Ouest US, Lanzarote, New-York, Berlin, Cuba, Bardenas Reales, AFS -Lesotho-Swaziland, Japon et le dernier né Colombie: https://voyageforum.com/discussion/ete-2017-trois-semaines-en-colmobie-en-famille-d10108246/
Bonjour
Je connais tres bien Chicago, trop bien peut etre.
Et je suis tres content de trouver un commentaire qui resume toute cette ville.
J'embarque pour ce CR
C'est très aimable de me le dire. D'autres messages sur Chicago sont à venir : je serai intéressé par tes commentaires, car pour nous cette ville était une découverte.
Je vais à CHICAGO car mon fils y vit depuis 2010.
J'y vais donc souvent.
C'est une ville meconnue car eloignée des sites touristiques de l'est US, et bien sur de l'ouest. Il faut vraiment vouloir y aller, par exemple comme tu l'as fait avec la descente du nord au sud, ou comme d'autres avec la 66.
C'est une tres grande ville, moins grande et moins speedée que NYC, mais avec une vie intense.
quand même.
Moi j'adore. Par contre, les alentours ont moins d'interet.
Entrée de la Billy Goats Tavern : une institution locale et son humour incompréhensible pour les étrangers
Mais le plus connu sans doute des restos de Chicago est une taverne miteuse, que l’on rejoint en empruntant un escalier de béton qui descend vers une voie de passage. La Billy Goats Tavern a construit sa réputation autour d’une série de légendes et anecdotes complètement inconnues en Europe, et si certains de ces bons mots placardés sur la vitrine font apparemment s’esclaffer les locaux, ils nous laissent complètement coi. Mais s’attendrait-on d’un Américain qu’il goûte sur le fait et sans réserve l’humour hexagonal et franchouillard de Coluche ou des Guignols de l’info ?
Un bar comme dans les films !
La chèvre de Billy, symbole du lieu et malédiction célèbre de l’équipe de baseball locale
Il reste un endroit évocateur que l’on a eu le sentiment de croiser maintes fois dans des films, au service alerte et familier.
La flânerie dans Chicago a ses incontournables. Ici, l’art moderne est mis à disposition de tout un chacun. Les immenses écrans ruisselants – comme des tombeaux de Houdini n’en finissant pas de verser des pleurs – s’ornent de visages étroitement cadrés.
Glou !
Le personnage (rendu à la façon des horripilantes animations de tetesaclaques.tv) minaude, sourit, se renfrogne et finit par joindre les lèvres, signal qu’un jet dru va jaillir de l’emplacement de la bouche. Et platch, la puissante fontaine éclabousse un sol déjà détrempé.
Télé-crachat
Il fallait y penser, mais fallait-il le réaliser ? Je n’en sais rien, mais dans mon for intérieur je me félicite que seuls des visages aient été filmés.
A deux pas de là, un haricot géant reflète l’univers sur sa paroi tout entière.
Ciel, mon reflet
Cette chose dénommée Cloud Gate est tripotée par des touristes ébahis de retrouver leur image hilare dans une multiplication qui aurait pu peupler un cauchemar de Jorge Luis Borges.
Haricot magique ou Cloud Gate
C’est réussi, sans doute, intrigant, à la fois simple et ludique, peut-être pas inoubliable toutefois.
Dans l’oeil du Cloud Gate
La fontaine de Buckingham, à dix minutes de marche plus au sud, joue dans un autre registre. Les photos sont trompeuses, en offrant l’image banale d’une fontaine pseudo-versaillaise, avec ses monstres marins crachant des jets et la gerbe centrale s’élevant vers le ciel.
La gigantesque Buckingham Fountain
En réalité, c’est une autre paire de manches : le monument est d’un gigantisme qui sidère, si bien que les embruns exhalés avec force aspergent copieusement les visiteurs imprudents. L’endroit est propice aux photos de mariage en grande pompe – c’est le cas de le dire – avec tout le kitsch fastueux prisé dans ce pays, et nous avons croisé des défilés de demoiselles d’honneur impeccablement accoutrées croisant des bandes de jeunes latinas célébrant une fiesta dorada.
Cinq filles dans le vent
Noces de baudruche
A deux pas de là, une compagnie de ballet s’entraînait sous l’oeil d’un photographe. Cette fontaine est un lieu de vie et de rendez-vous des habitants, quand les touristes se pressent ailleurs.
Le Navy Pier, autre lieu obligé de Chicago, est une longue, très longue jetée s’avançant dans le lac Michigan. L’endroit plaît aux enfants : lors de notre visite, une énorme machine à bulles dispensait aux quatre vents de généreuses écumes.
Rien de tel qu’une petite mousse !
L’on trouve au Pier boutiques, musées, restaurants, mais ce qui est frappant dans cet endroit si loin des océans est la ferme impression d’être en bord de mer. Les grands voiliers, les drapeaux claquant au vent, l’azur insondable et l’étendue liquide à perte de vue, tout nourrit cette ambiance d’urgence aventureuse qui s’empare du visiteur de ports.
Il est vrai que de longues traversées – terrestres – avaient Chicago pour origine. La fameuse Route 66 débutait ici, pour s’achever, près de 4000 kilomètres plus loin, à Santa Monica en Californie. Un panneau historique célèbre la mémoire de la Mother Road, à deux pas de la salle – tout aussi historique, dans un autre domaine – du célèbre orchestre symphonique de la ville.
Le premier pas de la longue Route 66
Le hasard a voulu que nous soyons sur place pour le défilé annuel de la Chicago Pride, manifestation homosexuelle qui s’est répandue dans le reste du monde démocratique depuis quelques décennies. Le défilé en soi n’offre pas grand intérêt, à moins que vous ne soyez amateur de malabars en slip ou de drag queens chaussant de grosses lunettes roses.
Char à malabars
Mais elle permet de mieux comprendre une certaine jeunesse et une culture underground qui demeure une facette vivace de l’Amérique. Le rassemblement, de fait, dépasse la simple vocation « fierté gay » : c’est un plébiscite anti-Trump, pro-minorités, revendiquant sa liberté (mais le simple fait que cet événement puisse avoir lieu est déjà en soi une preuve de cette liberté tant convoitée).
Un motto de la pride
L’on y affirme sa tolérance, ou plutôt une certaine idée de la tolérance. La fête ne réussit pas à certains, accablés par l’alcool ou l’abus de fumette. Son odeur aigre est omniprésente, sans que les flics ne tentent quoi que ce soit à l’encontre des consommateurs s’exhibant sans complexe.
Pas mal pour calibrer son écran
J’ai pu observer des près des policiers pendant le défilé. Sympathiquement pris à partie par les manifestants, ils conservaient pour autant une attention aiguë. Leur regard se portait souvent, et avec acuité, sur le toit des bâtiments. Je supposais qu’ils redoutaient l’attentat d’un sniper qui, de là-haut, aurait pu faire un massacre. Rien de tel ne devait se produire, heureusement, et seule un échauffourée entre deux spectateurs accaparés par leurs paradis artificiels a pu porter une ombre sur cet après-midi plutôt bon enfant.
La police avec nous !
Hello ! Road Trip fait en 2016, mais partie basse.
Pour ce qui est de la Gay Pride et de l'analyse anti-Trump, je ne conteste pas le droit à manifester, je viens de rentrer d’Israël et j'étais sur la Gay Pride de Jérusalem.
Voici ce que j'ai vu sur le Consulat US de Jérusalem (Ce qui m'a valu une petite remontrance de la sécurité).
Si les administrateurs de ce site ne l’enlève pas comme la première fois où je l'ai postée. Il est clair que cette image pose un certain nombre de questions.
PS: Bien beau trip ! Bravo. Au moins pour le début.
Si les administrateurs de ce site ne l’enlève pas comme la première fois où je l'ai postée. Il est clair que cette image pose un certain nombre de questions.
J'avoue ne pas bien comprendre : c'est cette photo qui a été enlevée ? si oui, connaît-on la raison de ce retrait ?
Le départ de Chicago se fera en voiture. Nous prenons un Uber pour rejoindre l'agence de location, à l'aéroport Midway International de Chicago. Mes recherches depuis la France m'avaient démontré qu'une location depuis cet endroit - et seulement celui-ci - était beaucoup moins chère que depuis n'importe quel autre lieu de Chicago. Mystère des tarifs ! Nous ne paierons que l'équivalent d'une petite berline en Europe pour un confortable van capable d'emporter jusqu'à 8 passagers. C'est, incompréhensiblement, beaucoup moins onéreux qu'un 4x4 - et cela tombe bien, car en décortiquant les petits caractères de l'assurance de la carte de crédit, je m'étais aperçu que les 4x4 en étaient explicitement exclus... Bonjour les tracas en cas d'accident.
Pour l'heure, le type taciturne qui sera notre chauffeur Uber réalise l'exploit de se tromper dans l'adresse de prise en charge à Wilmette. En Amérique, les villes sont souvent découpées en carrés, si bien qu'il suffit d'énoncer le nom de deux rues pour identifier tout de suite l'emplacement. C'est du moins ce que je pensais avant que le ténébreux conducteur ne s'égare je ne sais où, avant de nous trouver et nous mener à travers Chicago à force d'accélérations intempestives tout en s'enfilant subrepticement des rasades d'un liquide non identifié.
C'est avec un réel soulagement que nous prenons à la fois congé de cet inquiétant rustaud et possession du magnifique van Nissan Quest - jamais je n'ai conduit de véhicule plus grand, mais sa prise en mains est immédiate et sans accroc. Heureusement que les usagers de la route, à l'inverse de notre Fangio de l'Uber, observent en général une prudence bienvenue, même sur les bretelles encombrées - je mesure la différence avec la conduite primate qui a envahi notre cher vieux périphérique.
Vers l'Ouest : enfin seuls !
Direction l'Iowa : d'abord plein nord vers Milwaukee, puis cap à l'ouest. La route devient plus tranquille à mesure que nous laissons la métropole derrière nous. Mais le retard pris à Chicago nous fait arriver un peu tard à Prairie du Chien, dans le Wisconsin, pour visiter les tumulus indiens à Effigy Mounds. Notons que Prairie du Chien ne se prononce pas du tout à la française, et quand je devais apprendre à un habitant de l'Iowa que pwèwdouchinn pouvait se traduire par "dog's meadow", il me jeta un regard médusé.
Une villa de Prairie du Chien
Vu à Marquette
Nous traversons le Mississippi pour rejoindre quelques kilomètres au sud de Marquette un belvédère ouvert sur le grand fleuve. Nous n'avions jamais vu ce cours d'eau, et son immensité nous surprend. Nous ne nous attendions pas à trouver une sorte d'Amazone dans cette région si éloignée de la Louisiane ! La nature est partout, y compris dans les essaims de moustiques pour qui c'est open bar.
Le Mississippi depuis Pikes Peak
C'est vrai qu'il se fait tard. Motivés par les attaques en piqué des moustiques et la perspective du chemin restant pour Decorah, nous reprenons la route.
Mais pourquoi diable aller en Iowa ? Cet État est soigneusement passé sous silence des guides touristiques. Il est vrai que l'on ne trouvera ici point de canyon, grand ou petit, de vallée de la mort ou de cactus hérissant leurs bras vers le ciel, pas davantage de villes illuminées par des néons gigantesques. Ce pays n'est pas celui des westerns ou des villas de stars. On y chercherait en vain villes fantômes, forêts pétrifiées, mangroves et mesas.
"Il n'y a rien à voir en Iowa", avions-nous pu lire. Il a suffit de quelques minutes de flânerie à Decorah pour comprendre à quel point cette réputation était injuste. Contre toute attente, cette petite ville possède un charme remarquable et sait combler le rare visiteur.
Hôtel Winneshiek, Decorah, Iowa
Nous entrons dans le splendide hôtel Winneshiek pour déjeuner. L'hôtesse nous apprend que le palace a été rénové à l'initiative d'un "généreux donateur". Qui est-il ? nous ne le saurons pas. Le bâtiment magnifiquement mis en valeur vaut bien tous les bâtiments art-déco de Miami.
Les serveurs nous pressent de questions, tant le touriste ici est une denrée rare. L'un d'entre eux nous annonce fièrement avoir servi ici-même le président Obama, ainsi que (sa mine se renfrogna un brin, ce que l'on peut comprendre en imaginant la scène) ses "chiens joueurs". Un autre s'illumine quand nous lui disons venir de Paris. Il s’enorgueillit d'avoir vu la bière locale gagner un prix d'excellence en Belgique ("je crois qu'en Belgique ils aiment la bière", ajoute-t-il en scrutant nos visages pour se rassurer).
Art déco à Decorah
Café society
Laughing Cow dans l'Iowa
Nous déjeunons une excellente cuisine variée et équilibrée, pour une note sans aucun rapport avec le faste ambiant. Les passants croisés dans le rue nous saluent, tandis qu'une biche déambule sereinement au centre ville sans que cela n'ait rien d'incongru.
Biche au soir
Decorah, à ce que nous comprenons, comporte une importante communauté norvégienne, et l'esprit de corps des exilés a sans doute fait beaucoup pour préserver le bien-être souverain de l'endroit.
Fresque norvégienne
A une vingtaine de kilomètres de Decorah se trouve Spillville. C'est la raison principale de mon intérêt pour l'Iowa. Ce gros village fondé par une communauté tchèque - principalement - a accueilli en 1893 le compositeur Antonín Dvořák (Dvorak), qui me passionne depuis longtemps.
Vestige de la grande célébration de 1993
A Spillville j'ai rendez-vous avec deux éminents connaisseurs du musicien et de la région. Je les connais depuis longtemps pour avoir lu leurs noms dans des publications musicologiques, sans les avoir jamais rencontrés. C'est pour moi un événement qui m'intimide. Mais nous sympathisons immédiatement et mes guides dévoilent des trésors de découvertes. Ils m’amènent à Calmar (nom étrange pour un lieu si éloigné des côtes), où se trouvait la gare d'où Dvořák est descendu du train qui l'emmenait avec sa famille depuis New York. Une saison à Manhattan l'avait épuisé, et c'est loin de la foule et des journalistes à scandale qu'il devait se ressourcer, parmi des habitants parlant sa langue et partageant ses coutumes.
Gare de Calmar
Nous refaisons ensemble le chemin entre bois et vallons très européens vers la maison où il demeura un été à Spillville. L'endroit, aujourd'hui musée Bily Clocks, héberge aussi une extraordinaire collection de miniatures animées en bois. Le premier étage est consacré au séjour en Iowa du compositeur, qui lui inspira deux de ses œuvres les plus connues, le Quatuor et le Quintette tous deux dits "Américains". Nous visitons l'église St. Wenceslaus et admirons le petit orgue utilisé chaque matin par Dvořák à l'occasion des messes. Cette église, m'apprend mon hôte, est construite à même la terre. Chacune des céramiques délicates qui recouvre le sol a été ajustée à la main. "Les Tchèques qui venaient en Amérique étaient des artisans hors pairs, m'explique-t-il. Ce n'est pas pour rien que nous sommes un peuple de bâtisseurs de châteaux-forts. Avez-vous visité Karlštejn ?" Je songe que Dvořák était lui aussi un artisan d'exception, s'efforçant de soigner le plus subtil détail de ses partitions tout en se refusant à l'application de recettes toutes faites. Sa musique possède un élévation d'esprit et une sincérité que l'on chercherait parfois en vain, hélas, chez nombre de ses contemporains.
Musée Dvořák à Spillville
Je contemple, enfin, ces lieux depuis longtemps imaginés au fil de maintes lectures (pas toujours fiables). En descendant la petite colline de l'église, voici la vieille école où furent créées par des amateurs (et l'auteur lui-même) les deux œuvres écrites ici. "N'est-il pas extraordinaire que deux des œuvres les plus connues de la musique de chambre aient été pour la première fois entendues chez nous, à Spillville ?" s'émerveille mon guide. Au bord de la Turkey River se faufilant dans les bois je m'efforce d'apercevoir, dans les frondaisons touffues, le tangara écarlate. Ce petit oiseau rouge aux ailes noires sema le désordre, dit-on, dans les partitions du maître, qui en retour en recopia le chant pour l'insérer dans son quatuor.
Le mémorial du compositeur sur les berges de la Turkey River
Je quitte Spillville grisé par une douce euphorie.
Plein sud pour quitter la chantante Iowa doucement vallonnée. La route perd de son intérêt. Nous faisons un détour par Hiawatha, bourg au nom évocateur du légendaire héros peau-rouge. Mais je suis déçu de ne pas trouver d'évocation du poème de Longfellow. Nous allons dans une ville au doux nom de Hannibal.
Une chose frappe le regard dès notre entrée dans l'Etat du Missouri : d'énormes boutiques de feux d'artifice bordent les deux côtés de la route. Sans doute le résultat d'une législation spécifique ? Je m'arrête pour visiter l'un de ces magasins. "Hello, me dit la vendeuse. De ce côté-là, vous trouverez des articles pour enfants, ici pour les familles, et là-bas pour adultes". Je contemple ébahi des enfilades de coffrets rutilants promettant des fontaines d'étincelles ou des "tirs de barrage de missiles" - évidemment pour défendre la patrie. Certains articles dépassent allègrement les 100 dollars ! Cette passion trouve peut-être l'une de ses origines dans les paroles de l'hymne national, avec cet assaut de fusées anglaises qui ne réussissent qu'à mettre en valeur l'étendard des braves.
Mark Twain et ses personnages
Hannibal n'a pas grand chose à voir avec le héros carthaginois. C'est la ville emblématique de Mark Twain, celle qu'il nomme (vraisemblablement) St Petersburg dans ses nouvelles. Mark Twain est une figure majeure de l'Amérique. L'un de ses premiers grands écrivains, certainement, et un observateur lucide de ses contemporains. J'ai relu avant de voyager plusieurs de ses livres, souvent marqués par un sens irrésistible de la narration et un humour féroce - quoi qu’après tout assez désespéré.
Au Musée Mark Twain
Mais Twain (de son vrai nom Samuel Clemens) était aussi un homme étrange empreint d'une philosophie bizarrement rationnelle et fataliste. La visite de son musée, réparti entre plusieurs maisons, insiste sur ses bons mots, les aventures de Tom Sawyer et Huckleberry Finn, et met intelligemment en perspective les destins de quatre enfants qui décrivent en réalité autant de facettes contrastées de l'Amérique. La jeune et jolie Becky est une aristocrate à l'avenir assuré. Tom Sawyer est un garnement espiègle et tire-au flanc qui use à regret ses culottes sur les bancs de l'école. Il devra travailler dur pour se faire une place dans la société. L'horizon des deux autres paraît complètement bouché : Huck Finn est un vagabond qui ne survit que par des rapines et dort dans un tonneau, quand le jeune esclave Jim rêve de liberté en servant ses maîtres blancs. Mark Twain a été accusé de racisme pour avoir décrit une réalité amère sous une forme humoristique : espérons que le politiquement correct n'aura pas la peau de cet héritage remarquable.
Au(x) fil(s) du Mississippi
Nous embarquons pour une courte croisière sur un bateau à aube. Malgré la puissance de ses courants, le Mississippi paraît très navigable. Peu de vagues, l'embarcation est très stable, personne n'aura le mal de mer. Cette ballade d'une heure au vent tiède du Missouri est un moment privilégié, même si en vérité il y a peu de choses à voir. Sur le bateau, un jeune gamin entame une conversation avec moi : il a aperçu quelques pièces de monnaie sur le beaupré mais renonce à aller les chercher (je pense qu'un Tom Sawyer aurait tenté le coup), puis s'émerveille d'un envol de faucons. Visiblement éduqué dans les règles, il se tourne vers moi et se présente :
"Mon nom est J. R."
"Quoi, comme dans la série ?"
"Oh, je ne sais pas pourquoi on m'a nommé ainsi", se défend-il. Quand il apprend que je suis Français, il se met à compter de un à dix dans ma langue. "Comment ça, tu apprends le français à l'école ?"
"Mais non, c'est tout ce qu'on m'a dit de retenir".
Bon, c'est déjà un début. Quand je le salue en débarquant du navire, tous ses amis l'entourent d'un air admiratif. "Comment ça se fait que ces étrangers te connaissent ?" Chacun peut bien avoir son quart d'heure de gloire...
Snag ?
Au large
Amishes
En famille
D'autres étranges passagers attirent mon attention : des Amishes venus à Hannibal vivre la Mark Twain expérience. Comme dans le film Witness, les hommes portent chapeau large et bretelles tandis que les dames sont coiffées de strict. L'un d'entre eux vient me parler : il demande si je comprends l'allemand, car c'est sa langue maternelle. Enfin, précise-t-il aussitôt, pas vraiment de l'allemand, mais ça y ressemble. Il s'émerveille que nous venions de Paris et demande ce que nous avons visité. Sa face s'éclaire quand je lui parle de l'Iowa mais il regrette que nous ne soyons pas allés à Des Moines où, à l'en croire, il possède de la famille. Pas sûr que ce soient de charmants compagnons de vacances.
Pendant que nous discutons, sa femme nous tourne le dos, puis garde obstinément les yeux fixés vers le sol quand nous prenons congé. Serait-ce une marque de faiblesse ou d'impureté que de parler à des étrangers ? Mystère. Une autre énigme se pose : les Amishes sont censés vivre à l'ancienne, sans électricité ou machines modernes. Or nous les avons vus arriver en voiture et même parler dans une sorte de gros téléphone relié à une batterie. Où va le monde si les plus vénérables traditions se perdent ?
Pendant que nous discutons, sa femme nous tourne le dos, puis garde obstinément les yeux fixés vers le sol quand nous prenons congé. Serait-ce une marque de faiblesse ou d'impureté que de parler à des étrangers ? Mystère. Une autre énigme se pose : les Amishes sont censés vivre à l'ancienne, sans électricité ou machines modernes. Or nous les avons vus arriver en voiture et même parler dans une sorte de gros téléphone relié à une batterie. Où va le monde si les plus vénérables traditions se perdent ?
Hello !! Toujours sympa que de prendre les routes secondaires et voir des paysages avec peu de touristes.
L'Amérique profonde est sympa aussi. Elle vaut le déplacement.
Pour tes observations sur les Amishs et le fait que la femme ne regarde pas les "étrangers", on trouve ce comportement chez les Juifs Ultra-Orthodoxes qui vivent dans le quartier de Mea-Shearim en Israël. Et même les hommes (les pingouins) ne regardent pas les autres. Et en plus, ils ne bossent pas. Au contraire des Amishs. L'interprétation de l'Ancien Testament ou des textes sacrés est assez surprenante selon les pays ou même les régions...
Et je suis étonné de la conduite de l'automobile et de l'utilisation du téléphone par contre...
Bizarre en effet. Peut-être as-tu croisé des tenants du Schisme Amish. Les plus "exigeants" sont sur le Comté de Lancaster.... En Pennsylvanie.
Pour tes observations sur les Amishs et le fait que la femme ne regarde pas les "étrangers", on trouve ce comportement chez les Juifs Ultra-Orthodoxes qui vivent dans le quartier de Mea-Shearim en Israël. Et même les hommes (les pingouins) ne regardent pas les autres. Et en plus, ils ne bossent pas. Au contraire des Amishs. L'interprétation de l'Ancien Testament ou des textes sacrés est assez surprenante selon les pays ou même les régions...
Hello. On écrit "Amishs" au pluriel ? je le note. Oui, j'imagine aussi qu'il s'agit d'une interprétation particulière des textes sacrés. Mais je reste un peu surpris du contact pris à l'initiative de l'homme, moi qui pensais que cette communauté voulait absolument rester à l'écart des "étrangers". Un cliché ?
Et je suis étonné de la conduite de l'automobile et de l'utilisation du téléphone par contre...
Bizarre en effet. Peut-être as-tu croisé des tenants du Schisme Amish. Les plus "exigeants" sont sur le Comté de Lancaster.... En Pennsylvanie.
Peut-être, oui. C'est bien un Amish barbu qui tenait le volant, je l'ai bien remarqué. Quant au téléphone, on aurait dit un appareil utilisé par les militaires, un téléphone de campagne avec une énorme batterie qui tenait dans une mallette. Pourquoi pas un portable ? Autre question non résolue.
Hello. On écrit "Amishs" au pluriel ? je le note. Oui, j'imagine aussi qu'il s'agit d'une interprétation particulière des textes sacrés. Mais je reste un peu surpris du contact pris à l'initiative de l'homme, moi qui pensais que cette communauté voulait absolument rester à l'écart des "étrangers". Un cliché ?
Merci pour me lire.
J'écris anglais avec un "s", c'est une déformation..
Merci pour ce beau carnet, si agréable à lire. On suit avec un vrai plaisir votre périple.
C'est un encouragement que j'apprécie. Avec le temps et l'accumulation des voyages, aux USA comme ailleurs, je me rends compte que mes notes (prises au jour le jour) décrivent davantage mes réflexions (en relation avec mes diverses marottes) que les menus détails pratiques. Je crains parfois que cette "prise de hauteur" ait des aspects frustrants pour ceux qui cherchent des bons tuyaux. Mais il y a déjà tant à piocher dans les divers carnets publiés par ici... Cela dit, au besoin, je peux apporter les détails pratiques, ce n'est pas un souci.
Peut-être, oui. C'est bien un Amish barbu qui tenait le volant, je l'ai bien remarqué. Quant au téléphone, on aurait dit un appareil utilisé par les militaires, un téléphone de campagne avec une énorme batterie qui tenait dans une mallette. Pourquoi pas un portable ? Autre question non résolue.
Bonjour,
Nous avons été très étonnés l'été dernier, de croiser dans un centre commercial de Pennsylvanie (à proximité de Lancaster), 3 jeunes femmes amish, sortant de chez Victoria Secret (marque pas vraiment réputée pour l'austérité de ses sous vêtements !!) un petit sac à la main.
Mais peut être que "...., dessous son gros habit de bure.Elle porte coquettement des bas de soie.Festons, frivolités, fanfreluches, guipures" (Brassens)
Peut-être, oui. C'est bien un Amish barbu qui tenait le volant, je l'ai bien remarqué. Quant au téléphone, on aurait dit un appareil utilisé par les militaires, un téléphone de campagne avec une énorme batterie qui tenait dans une mallette. Pourquoi pas un portable ? Autre question non résolue.
Bonjour,
Nous avons été très étonnés l'été dernier, de croiser dans un centre commercial de Pennsylvanie (à proximité de Lancaster), 3 jeunes femmes amish, sortant de chez Victoria Secret (marque pas vraiment réputée pour l'austérité de ses sous vêtements !!) un petit sac à la main.
Mais peut être que "...., dessous son gros habit de bure.Elle porte coquettement des bas de soie.Festons, frivolités, fanfreluches, guipures" (Brassens)
Merci pour ce carnet
Françoise
Et je peux vous garantir qu'il n'y a pas que les jeunes filles Amish (sans S) qui se servent chez Victoria Secret !
Bonjour,
Nous avons été très étonnés l'été dernier, de croiser dans un centre commercial de Pennsylvanie (à proximité de Lancaster), 3 jeunes femmes amish, sortant de chez Victoria Secret (marque pas vraiment réputée pour l'austérité de ses sous vêtements !!) un petit sac à la main.
Bonjour,
en effet ! je tombe de surprise en surprise. C'est vrai qu'à Decorah il y avait bien une paire de jeunes Amishs (femmes) qui dévoraient un gros gâteau à l'entrée du Walmart, ce qui était déjà fort. Mais là, l'histoire des dessous coquins, c'est vraiment quelque chose.
Mais peut être que "...., dessous son gros habit de bure.Elle porte coquettement des bas de soie.Festons, frivolités, fanfreluches, guipures" (Brassens)
Bonsoir,
En fait, ce n'est si simple : les Amish ont maintenant le droit de profiter du confort moderne, à condition que ce ne soit pas relié au réseau électrique, d'où sans doute le téléphone avec l'énorme batterie...
Nous avons eu l'occasion de passer une matinée dans un famille Amish de Pennsylvanie, ils avaient de la lumière grâce à des panneaux solaires, un frigo fonctionnant au gaz et un téléphone dans une cabane de jardin (pas de fils à la maison, donc). Ils allaient régulièrement relever les messages laissés par leurs correspondants...
blog : https://www.blog-trotting.fr/voyage/1437-quatre-mamies-en-amerique-du-sud
http://perou-patagonie.e-monsite.com/
Blogs : http://www.travelark.org/traveller/marie-claude.g
Dès l'arrivée à Springfield, capitale de l'Illinois, deux choses frappent le visiteur. Ce sont tout d'abord ces larges avenues bordées de bâtiments intimidants : administrations, palais aux colonnes néo-grecques, monuments imposants en pierre rouge ou blanche. Ensuite - et ici se trouve l'explication de la solennité architecturale de la ville - le portrait d'Abraham Lincoln, omniprésent.
Le tombeau de Lincoln
Car Springfield est la cité de Lincoln, s'en enorgueillit et le fait savoir. Sur la devanture des restaurants, Lincoln déguste un burger. A l'entrée des parkings, il vient garer sa voiture. Devant les toilettes publiques... bref.
Mais que représente Abraham Lincoln ? Devant l'imposant tombeau du président, au cimetière d'Oak Ridge, un visiteur vient me parler (je dois avoir une tête qui attire les locaux).
"Un grand homme, ce Lincoln, me dit-il. Il a sauvé l'Union - on peut penser ce que l'on veut, mais enfin, il l'a sauvée."
La discussion dérive sur les attentats quand il apprend que nous venons de Paris. "Chez nous les terroristes attaquent les régions côtières : New York, Floride, Californie. Je suis tranquille en Illinois, on les aura détruits avant qu'ils arrivent jusqu'à nous. Et ma maison est protégée par les champs de maïs et cachée par la poussière", ajoute-t-il dans un clin d’œil.
Je note qu'il admire Lincoln pour avoir assuré l'unité du pays et non pour sa lutte contre l'esclavage. En bon Européen, je suis surpris : je pense tout d'abord Lincoln comme un abolitionniste et non comme un défenseur de l'union nationale. La visite du Abraham Lincoln Presidential Library and Museum confirmera ces deux facettes que l'histoire a liées entre elles : en l'occurrence, pour éviter la sécession il fallait en finir avec l'esclavage. Mais le premier objectif primait sur le second, même si l'idée froisse les idéalistes.
Détermination
Cette ville au tracé austère semble dépourvue de charme. Mais tout change en poussant les portes. Tel restaurant aux abords tristounets se révèle un lieu jovial où éclatent des rires, et qui offre un service amical. Le Musée Lincoln à la façade sévère déploie des trésors d'imagination pour illustrer la vie de l'homme d'état. Sa collection d'expositions est admirable : toutes sont sonorisées et animées avec talent, parfois à l'aide d'hologrammes saisissants, très loin des galeries poussiéreuses qui ont rendu la culture détestable à force d'être sclérosée. Une étonnante reconstitution de l’élection présidentielle de 1860 nous fait vivre la campagne comme si elle avait lieu de nos jours.
Dans les couloirs de la tombe
L'un des candidats veut donner la parole au peuple : que ceux qui veulent conserver l'esclavage s'expriment, et leur choix sera respecté. N'est-ce pas le fondement de la démocratie ? Cette opinion rappelle celle professée par nos propres souverainistes : le dernier mot doit appartenir à la voix populaire.
Un autre privilégie la négociation pour préserver l'unité du pays. Assez de débats stériles, parlons, trouvons des terrains d'accord. Comment ne pas songer aux exhortations au "dialogue" et à la "concertation" qui ont envahi notre espace public depuis quelques années ?
La position de Lincoln - seul représentant du parti républicain - est à l'opposée de ces beaux principes. L'union seule compte. Or, réaliser l'union, c'est abolir l'esclavage - fût-ce au prix d'une guerre civile. Une telle rectitude ferait passer n'importe quel homme d'état actuel pour un autiste rigide doublé d'un dangereux va-t-en-guerre. Toujours est-il que l'histoire a consacré Lincoln comme l'un des plus grands héros. Ne faut-il pas chercher ici l'une des origines du slogan Freedom is not free ?
Ce musée à lui seul mériterait le voyage jusqu'à la méconnue Springfield.
L'assassinat
Car qui donc connaît Springfield ? Il ne s'agit certes pas de la petite ville des Simpsons. La démesure du capitole édifié à la fin du XIXe siècle défie l'imagination. Sa coupole culmine à plus de 100 mètres ! Nous le visitons en croisant employés et hommes politiques locaux interrogés par la Fox.
En arrivant au capitole
Sous la coupole
Nous visitons la maison d'enfance du président, pas très animée mais rendue vivante par les talents de conteur du guide. A la sortie, un acteur grimé en Lincoln plus vrai que jamais stupéfie les visiteurs, et terrorise quelques enfants.
Je vais enfin explorer en solo le petit musée sur la guerre de Corée, ce conflit terrifiant et méconnu. Loin des innovations du Musée Lincoln, c'est une galerie à l'ancienne, avec placards défraîchis qui racontent les affrontements entre l'ONU (les Américains formaient l'essentiel de la force armée, mais des Français y étaient également engagés) et l'URSS et ses alliés qui, selon une technique éprouvée, envoyaient à la mort des déferlantes humaines. On sort de l'endroit un peu hébété en se demandant quel Lincoln, aujourd'hui, serait capable d'en finir avec l'esclavage de tout un pays.
Bonsoir,
En fait, ce n'est si simple : les Amish ont maintenant le droit de profiter du confort moderne, à condition que ce ne soit pas relié au réseau électrique, d'où sans doute le téléphone avec l'énorme batterie...
Bonjour,
ah oui, dans cette logique on comprend mieux. Cela dit, la batterie doit bien être rechargée de temps à autre, j'imagine alors au prix d'une autre astuce compatible avec les droits et contraintes qu'ils s'imposent.
Nous avons eu l'occasion de passer une matinée dans un famille Amish de Pennsylvanie, ils avaient de la lumière grâce à des panneaux solaires, un frigo fonctionnant au gaz et un téléphone dans une cabane de jardin (pas de fils à la maison, donc). Ils allaient régulièrement relever les messages laissés par leurs correspondants...
Je vois. On veut bénéficier du confort moderne en se mettant des entraves pour rester dans la ligne. Merci pour le témoignage.
Saint Louis, dans le Missouri, offre un contraste flagrant avec la chic Springfield. Pour la première fois depuis le début du séjour, j'entends klaxonner. Mauvais présage : si l'avertisseur sonore fait partie de la routine dans certains pays, en Amérique il dénote une nervosité de mauvais aloi. Les rues n'offrent guère de pimpant, et un fatras de travaux publics finissent de gâcher le tableau. A force de détours, notre GPS nous égare dans un quartier peuplé d'une foule interlope - du moins est-ce notre impression.
Une colline qui cache un peuple
Heureusement, Saint Louis n'est qu'une étape. Elle possède néanmoins, sur le papier, quelques mérites. A quelques kilomètres au nord-est se trouvent les vestiges d'une immense cité amérindienne, Cahokia Mounds, fondée par une civilisation quasi inconnue. Faute de mieux, on a nommé ses habitants les Misissippiens. Cette société a pourtant habité ici plusieurs siècles, bâtissant même une gigantesque pyramide qu'un millénaire a recouvert de nature. Ce que le visiteur moyen prendrait pour une colline cache un édifice cyclopéen haut de 30 mètres à la base plus large que celle de la grande pyramide de Khéops. Il fallait de l'art et de la technique pour édifier pareil monument - pourtant le peuple des Mississippiens devait être enfoui par les sables du temps.
L'arche de Saint-Louis
Infiniment plus contemporaine, la grande arche de Saint Louis veut symboliser le passage vers l'Ouest. Sa courbe hyperbolique surplombe le fleuve Mississippi d'environ 200 mètres. Impressionnant, réussi, épuré, je veux bien, mais froid. Ce genre d'exploit architectural peine à toucher l'âme.
A Saint Louis
Nous aurions voulu monter au sommet en empruntant une "cabine sur rail", mais cela fut impossible. Tous les billets ont été vendus pour les deux jours à venir. Un guichetier abruti de sommeil nous explique entre deux bâillements que les réservations ont afflué en masse pour la préparation du 4 juillet. Dommage pour le panorama sur la région qui, dit-on, est exceptionnel.
Au musée Scott Joplin
Borne pâtissière
Une dernière chose m'attire à Saint Louis : le musée Scott Joplin, dédié à la mémoire de ce pianiste afro-américain pionnier du ragtime dès la fin du XIXe siècle. Tout le monde connaît la musique du film l'Arnaque : elle est de lui. Nous visitons la maison où il habita quelques années. Mais le clou de la visite est l'écoute, sur un piano mécanique, de bandes perforées reproduisant le jeu de Scott Joplin en personne. Le guide (un véritable mordu depuis l'âge de 7 ans) donne l'énergie au piano en appuyant sur des pédales, la bande se déroule et les touches se mettent à jouer toutes seules, comme si le fantôme du compositeur s'était assis sur le tabouret pour un récital venu de l'au-delà.
Maple Leaf Rag, commente le guide, fut un grand succès, quoiqu'il s'agisse d'une sorte de pot-pourri de séquences charmantes mais sans lien entre elles (un reproche que formulera aussi Leonard Bernstein à l'encontre de la Rhapsody in Blue). Avec The Entertainer c'est tout-à-fait autre chose ; chaque séquence fait entendre quelque chose de la suivante, si bien que cette pièce s'avère mieux construite et véritablement digne d’intérêt.
Même si je devine la réponse, je demande si Scott Joplin connaissait Antonín Dvorak. "Tous deux étaient à l'exposition de Chicago en 1893, me dit-il. Mais à cette époque Joplin était, selon ce que nous savons, un chanteur se produisant au sein d'un groupe (Dvorak n'aurait donc pas entendu Joplin jouer du piano). Il paraît cependant très vraisemblable que l'opinion du Tchèque sur la valeur des musiques afro-américaines influença Joplin. Au fil du temps, ses compositions font davantage appel à cet héritage". Sa réponse confirme ce que j'avais déjà lu par ailleurs, seule l'évolution de l'inspiration de Joplin me surprend un peu.
Piano mécanique et bande perforée
Les cols du maître
Nous prenons la voiture pour rejoindre notre location Airbnb. C'est une superbe villa dans un quartier résidentiel. Superbe, mais vide : je sonne en vain, quand soudain une voix retentit à l'interphone. Le propriétaire, connecté via son smartphone, me donne le code et nous entrons dans la maison. Un petit bouledogue me saute au visage en essayant de me lécher. Un chien plus gros, dans le séjour, est emprisonné dans une cage et fait un raffut de tous les diables pour que je vienne le délivrer. Au milieu des aboiements, je me rends à l'étage où se trouve notre chambre, même si je n'ai pas compris exactement où. J'ouvre au jugé l'une des portes : un autre chien encagé se met à hurler comme un démon quand il m'aperçoit. Bon, ce n'est pas notre chambre. Je finis par la trouver : c'est la seule qui soit ordonnée, et dans laquelle aucun cerbère ne monte la garde.
Nous avions choisi AirBnb pour habiter chez l'habitant et nouer des contacts avec des citoyens américains. Pour cette unique nuit près de Saint-Louis, c'est raté. Les propriétaires sont selon toute vraisemblance partis en week-end. En guise de dialogue, nous n'avons parlé qu'aux chiens.
La longue étape de la journée doit nous permettre de rejoindre Cave City, dans le Kentucky. Route sans aucun souci, sitôt quittée la région de Saint-Louis décidément peuplée de conducteurs mal embouchés. Un arrêt carburant nous instruit sur l'esprit qui souffle dans cette région. Des livres créationnistes sont à la vente, qui veulent démontrer comment les dinosaures sont le fruit de la Création. Des autocollants soutenant le 2e amendement (autorisant le port d'armes) côtoient des appels à la défiance des élites. Nous sommes bel et bien dans la Bible Belt, fief des électeurs de Trump.
Sur notre route se trouve le musée Corvette, voué à la gloire de la mythique automobile américaine. L'Europe n'est jamais très loin : le logo comporte une fleur de lys, Chevrolet, propriétaire de Corvette, était le nom d'un champion suisse, et l'on s'amuse de trouver la silhouette débonnaire du bibendum Michelin à chaque coin de l'exposition. L'on ne connaît pas assez l'affection du Kentucky pour le héros clermontois !
Buveur d'obstacles
Les Corvettes ne sont pas rares sur les routes américaines. On les voit souvent fuser comme des squales jaunes, faufilant leur rostre effilé parmi les trucks Peterbilt. Il faut dire qu'elles sont bon marché - toute chose égale par ailleurs, s'entend. Disons qu'on peut s'en procurer à l'aise quatre ou cinq avec le budget d'une seule Ferrari, pour des performances comparables voire supérieures, à en croire les fans américains.
Une vraie gueule
La visite du musée donne à voir toutes les générations de Corvette depuis la création de la famille, en 1953. Il faut bien dire que les premières années offraient des modèles qui avaient de la gueule. Du chrome, de l'allure, une dégaine de bad boy prêt à en découdre. Le genre de bagnole qui incite à réviser son contrat Matmut avant de tenter la queue de poisson.
Ces témoignages d'une époque dorée portent un peu d'ombre aux productions récentes, gros joujoux colorés à l'allure passe-partout qui se démarquent à peine, pour l'observateur non averti, des bolides européens.
Corvettes modernes
Un novice comme moi reste sceptique sur l'innovation dont Corvette aurait fait preuve : à en croire le musée, ses concepteurs auraient inventé le crash test, les carrosseries en fibre de verre et seraient en pointe dans le domaine très select des voitures de course grand public. Pourquoi pas, mais je veux bien être pendu (ou fusillé, si cela fait plaisir à la National Rifle Association) si j'ai jamais entendu proférer pareille chose en Europe.
Sorti du gouffre
Le musée insiste lourdement sur l'effondrement de terrain qui s'est produit en 2014 au beau milieu de l'édifice même, engloutissant plusieurs modèles de valeur, difficilement remontés depuis et exposés dans leur état abîmé. L'événement aurait fait la Une de toute la presse. J'avoue n'en avoir aucun souvenir.
Les lignes légendaires du Lockheed Shooting Star
A dix minutes du musée Corvette, l'Aviation Heritage Park expose en plein air cinq authentiques avions de chasse. Ce n'est pas un musée comme le Planes of Fame de Californie : les jets sont ici déposés sur le gazon et une simple pancarte permet de prendre connaissance de leur histoire. Mais il est possible de parfaire son instruction en se branchant sur une radio FM qui remplace avantageusement un guide (belle idée !). Le T-38 Talon (drôle de nom, mais il sonne mieux que F-38 Lefuneste) vient, étrangement, des surplus de la NASA. Un beau Shooting Star rappelle les engagements de Buck Danny en Corée, avant que les Sabre ne viennent se mesurer aux MiG-15. Une grande tente cache un Phantom en rénovation. Le très laid F-111 tire pour sa part une tronche accablée digne de Droppy dans ses mauvais jours.
La tronche de chien battu du F-111 Aardvark
Ce même appareil est baptisé du nom "Statue de la Liberté". Encore une évocation française dans l'Amérique profonde. Cocorico !
Pourquoi les Américains doivent-ils être les premiers en tout ? Mammoth Cave ou Caverne du Mammouth, près de Cave City dans le Kentucky, est présentée comme la plus grande grotte au monde. Vrai ou faux, on reste pantois devant ce réseau souterrain de presque 600 kilomètres de long, en attendant de nouvelles découvertes.
L'endroit est couru. Trop : en ce week-end de fête, presque toutes les excursions affichent complet, et nous sommes bien assez heureux de décrocher des tickets pour une visite. En attendant l'heure du départ, nous explorons le musée, très bien fait comme souvent dans les parcs nationaux. L'on apprend que jamais un mammouth n'a glissé sa trompe par ici : le nom provient de la vastitude des galeries. Et on se demande bien comment les explorateurs purent en dresser les premiers plans à une époque où la lampe de poche n'existait pas.
L'évolution des animaux rupestres, pour la plupart aveugles, est passionnante. L'aspect très scientifique des exposés avec leur référence à Darwin tranche heureusement avec la propagande créationniste découverte hier.
L'entrée
L'entrée de la caverne est un trou béant en pleine nature. Nous sentons le vent glacé surgir de la terre, tel un souffle exhalé par le plus profond des cercles de l'enfer. Par un phénomène complexe de convection, le réseau souterrain recrache ainsi un air capté en surface plusieurs kilomètres plus loin. En hiver, le phénomène est inversé, et l'entrée que nous contemplons aspire alors l'air froid.
Dans les profondeurs de Mammouth Cave
La descente dans la grotte est, comme toujours pour les spéléologues occasionnels, un moment émouvant. La partie que nous visitons est cependant d'une grande facilité d'accès, impeccablement balisée. Et quand un touriste japonais juste derrière moi s'avise de quitter le chemin, un ranger se met à vociférer et dégainant une puissante lampe-torche qu'il braque sur le coupable. L'espace d'une seconde, j'ai cru qu'il brandissait un Colt, et je me voyais déjà cité dans Google actualité sous l'entrée "Nouvelle fusillade aux USA, un Français témoigne", tandis qu'une photo montrerait la dépouille de la victime encastrée dans la roche.
Des hommes préhistoriques vécurent dans la grande salle que nous atteignons. Certains, plus récemment, eurent l'idée d'y installer un sanatorium, sans obtenir de résultat flagrant, et - peut-être sous l'inspiration de Voyage au centre de la Terre - une champignonnière. Nouvel échec. Le lieu devait occasionnellement être utilisé pour fêter Noël ou accueillir des concerts.
La sortie traverse un rideau de gouttelettes produites par la convection intense.
Le rideau de gouttes en sortie de Mammoth Cave
D'autres hordes de visiteurs attendent leur tour, tandis qu'une ranger semble célébrer Mère Nature.
Exaltée par la nature
Nous reprenons la route vers Nashville, dans le Tennessee.
Nashville, dans le Tennessee, se proclame sans façon capitale de la musique. Je dois être vieux jeu, car quand on me parle de ville musicale, j'ai tendance à penser à Vienne, Milan ou Prague, mais certainement pas à Nashville.
Music City
Bien entendu, il ne s'agit pas de "la" musique, mais de "leur" musique. Nashville mise tout sur la Country. Des guitares géantes sont au coin de chaque rue. Des sortes de juke-box se mettent à hurler quand vous passez à proximité. Un flux musical continu sort des bistrots. L'entrée du bar-restaurant Acme héberge une radio qu'une simple façade vitrée sépare de la rue.
A l'aise sur son pick-up
Au premier abord, la ville ne suscite aucun enthousiasme particulier. Comme à Saint-Louis, elle est jonchée de nombreux travaux publics qui découragent son exploration. Le rues présentent un curieux mélange d'historique et de moderne. L'on passe sans transition de quartiers branchés à des friches ingrates peuplées de homeless.
Musicien au repos dans Broadway Street
Notre première visite nous mène cependant dans un endroit très huppé. L'hôtel The Hermitage à 300 dollars la nuit - pour le premier prix - prodigue une opulence digne des meilleures maisons européennes. On n'est pas étonné d'apprendre que plusieurs présidents sont passés par cet endroit à l'exubérance un peu étouffante.
The Hermitage Hotel à Nashville
Mais le haut lieu de la cité est le Musée de la musique Country. Un incontournable, selon nos guides et les avis piochés sur l'internet. Peut-être qu'il nous aidera à mieux comprendre l'arbre généalogique compliqué de ce genre pourtant vieux de moins d'un siècle. A vrai dire, on le visite en haussant les épaules devant ces costumes à franges et ces grands chapeaux à paillettes soigneusement rangés derrière des vitrines. A moins d'être un spécialiste aguerri du genre country, l'enfilade de dizaines (ou de centaines) de noms d'artistes ne parle absolument pas au non-initié, et comme ce musée ne permet nullement de prendre connaissance de ce qui fait la valeur de chacun, on reste sur sa faim tout en regrettant l'argent du ticket d'entrée.
Il est fort regrettable de ne pas être guidé dans la découverte d'un domaine qui prétend présenter une telle richesse - il est dès lors difficile de faire le tri, dans ce fouillis, entre les modes passagères et les créations plus marquantes. Et nous sommes décidément trop loin des goûts locaux pour apprécier ces chansons stéréotypées (selon notre perception).
L'Amérique a bon dos
Nashville entend fêter en grande pompe le 4 juillet. Bizarrement, tous les efforts déployés (ils sont nombreux, et visiblement pris en sérieux) donnent l'impression que cette cité s'ingénie à récuser son image provinciale. Ce sont les tentatives d'un paysan voulant s'affirmer dans la société, et dont l'assiduité un peu outrée peut faire sourire. Le speaker glorifie à chaque prise de parole Nashville la grande. Quand nous demandons si les festivités locales l'emportent sur celles de New York, nous n'obtenons qu'une réponse narquoise : "New York ? We don't need them !"
Une pub géante à Nashville. Deux militaires sur le toit, Independance Day oblige.
La foule devant Cumberland River
Le "plus grand feu d'artifice des Etats-Unis" nous est promis. Il y a foule, mais pas ce genre de foule oppressante si pénible en Europe. Ici, chacun peut respirer et conserver sa petite bulle bien à lui. L'ambiance est bon enfant, amicale même, gâchée pourtant à mon avis (mais je dois être le seul) par une sonorisation abrutissante. La vente d'alcool est interdite, sauf en quelques coins dûment autorisés : nous ne verrons aucun poivrot américain.
And the rockets' red glare, the bombs bursting in air, Gave proof through the night that our flag was still there.
Les feux d'artifice sont réussis. Suivant la loi du genre, ils vont croissant en matière de pétarade et de bouquets de figures, et les organisateurs ont eu la bonne idée de faire accompagner la pyrotechnie par l'orchestre symphonique de Nashville. Bizarrement le programme est assez chiche en musiques spectaculaires américaines (dommage au vu du répertoire !) et propose des tranches de Rossini ou Tchaïkovski. On ne voit pas très bien ce que vient faire l'Ouverture 1812 avec sa citation de l'hymne tsariste en plein Independance Day...
En rentrant à la maison, nous suivons un sentier d'où s'envolent des nuées de lucioles. Nous admirons le patriotisme de ces coléoptères, honorant en ce jour historique le très officiel statut d'insecte d'état conféré par le Tennessee.
Globetrotterau Nord... c'Était Les Corons. · 8,354 posts
Salut Alain,
récit très prenant ! un peu décalé, et surtout en dehors de l'Ouest très/trop narré...
pour la musique ( à Nashville ou Memphis, voire Nola...) ce n'est pas de la "grande" dont on parle ici, mais celle du Sud et au Music Hall of Fame, plutôt Blues, Country, Rock a Billy. Il faut réviser ses gammes pour apprécier !
Bonne continuation, et j'espère que tu as salué Henry à Jackson/TN ...
à + Jean. (blog 2013 ci-dessous).
4 fois en Camping-car: Parcs US - NewMex - Yellowst - Louisiane.
http://blogs.crespel.me/usa2009/ http://blogs.crespel.me/usa2011/
http://blogs.crespel.me/usa2012/ http://blogs.crespel.me/usa2013/
Andalousie, Bretagne, Corse, Provence, Sicile, Toscane, villes d'Italie.
sur : http://blogs.crespel.me/
A vrai dire, pas tellement. Bien sûr, les gens sont plutôt sympas et le 4 juillet valait bien le déplacement. Mais j'ai trouvé cette ville trop négligée, en dehors du centre "historique" certains quartiers font peur.
Cela dit, et malgré la relative déception, c'est l'occasion de saluer votre propre carnet qui nous a aidé, à l'époque, à construire notre itinéraire.
Pas par raison politique je présume.
Je ne sais pas comment prendre cette remarque. Nashville revêt un caractère politique particulier ? J'avoue mon ignorance.
A vrai dire, pas tellement. Bien sûr, les gens sont plutôt sympas et le 4 juillet valait bien le déplacement. Mais j'ai trouvé cette ville trop négligée, en dehors du centre "historique" certains quartiers font peur.
Cela dit, et malgré la relative déception, c'est l'occasion de saluer votre propre carnet qui nous a aidé, à l'époque, à construire notre itinéraire.
Pas par raison politique je présume.
Je ne sais pas comment prendre cette remarque. Nashville revêt un caractère politique particulier ? J'avoue mon ignorance.
récit très prenant ! un peu décalé, et surtout en dehors de l'Ouest très/trop narré...
Salut Jean,
merci pour ton commentaire. Je me dis parfois que c'est trop "décalé", vu le faible nombre de réponses. Mais bon, maintenant que c'est parti, je l'emmène au bout.
Les carnets sur l'Ouest, je vois ce que tu veux dire, étant moi-même coupable d'avoir apporté ma contribution ici en 2011. Quant au prochain carnet sur les USA, celui de l'été 2018, il sera encore plus hors des sentiers battus avec son itinéraire dans le nord-ouest.
pour la musique ( à Nashville ou Memphis, voire Nola...) ce n'est pas de la "grande" dont on parle ici, mais celle du Sud et au Music Hall of Fame, plutôt Blues, Country, Rock a Billy. Il faut réviser ses gammes pour apprécier !
Oui, tu as raison. Mais quand une ville se proclame "capitale de la musique", elle doit s'attendre à des réflexions comme la mienne.
En fait ce n'est pas trop la glorification de ce genre musical (que je connais si mal) qui m'a déplu, c'est l'absence de repères qui auraient permis à un novice comme moi de m'y retrouver.
Bonne continuation, et j'espère que tu as salué Henry à Jackson/TN ...
Eh non, on n'est pas passé par Jackson. Après Nashville, plein sud vers Franklin, Lynchburg, Huntsville dans l'Alabama. On se disait qu'entre Nashville et Memphis on aurait notre dose de musique locale, peut-être à tort, mais il faut bien faire des choix.
Globetrotterau Nord... c'Était Les Corons. · 8,354 posts
merci pour ton commentaire. Je me dis parfois que c'est trop "décalé", vu le faible nombre de réponses. Mais bon, maintenant que c'est parti, je l'emmène au bout.
Non, non... le nombre de réponses n'est pas un critère de désintérêt... !!! simplement de nombreux membres lisent puis cogitent, mais y reviendront plus tard. Les "aficionados" se manifestent...
L'Ami Zitounet avait fait cette remarque (et d'autres aussi !) et pourtant ses carnets sont des mines d'or.
Bonne continuation. Jean.
4 fois en Camping-car: Parcs US - NewMex - Yellowst - Louisiane.
http://blogs.crespel.me/usa2009/ http://blogs.crespel.me/usa2011/
http://blogs.crespel.me/usa2012/ http://blogs.crespel.me/usa2013/
Andalousie, Bretagne, Corse, Provence, Sicile, Toscane, villes d'Italie.
sur : http://blogs.crespel.me/
c'est vrai mais qu'est_ce que c'est déprimant, quand on voit le nombre de carnets de voyage qui n'apportent rien de nouveau si ce n'est la collection de photos de famille et d'assiettes de frites
Bern
USA 2018 - Arizona, chez les indiens... https://voyageforum.com/v.f?post=9061068;#9061068
USA 2014 – Là où vous n'aviez pas pensé aller https://voyageforum.com/v.f?post=6769327;#6769327
USA 2012 "Au long du Rio Grande" https://voyageforum.com/v.f?post=5290732;#5290732
c'est vrai mais qu'est_ce que c'est déprimant, quand on voit le nombre de carnets de voyage qui n'apportent rien de nouveau si ce n'est la collection de photos de famille et d'assiettes de frites
Bern
Pourquoi les frites ? Avec un bon Chardonnay, un Viognier ou au pire un Vermentino, c'est excellent les frites. Surtout celles des States qui sont de vraies Fries et pas des congelées pré-coupées en usine.
Je savoure , que dis je , je dévore ce récit aussi original que passionnant .
Agrémenté de superbes photos
Je suis bien d'accord avec Jean et Bern après tous ces carnets récurrents sur l'ouest concours de selfies ou assiettes de burgers frites c'est vraiment rafraîchissant.
J'apprécie d'autant plus que je ne fais jamais de carnets , trop faignant , sans doute un peu égoïste mais rentrant toujours avec un blues qui dure trop longtemps pour qu'un récit tardif soit utile.
[;)]
Je ne suis pas un spécialiste de la question mais ça m'avais interpellé aussi et j'avais essayé d'en savoir plus.
Ça serait un genre de branche « dissidente»
Mais avec toutes les réserves d'usage
Je ne veux pas ouvrir une polémique
Salut Alain
Je savoure , que dis je , je dévore ce récit aussi original que passionnant .
Salut Blagajcity,
ça me fait réellement très plaisir !
Agrémenté de superbes photos
Je les trouvais bien quand je les ai prises, un an après je suis déçu : mal exposées, mal post-traitées. Bon, celles des deux carnets à venir seront bien meilleures... en principe.
Je suis bien d'accord avec Jean et Bern après tous ces carnets récurrents sur l'ouest concours de selfies ou assiettes de burgers frites c'est vraiment rafraîchissant.
J'apprécie d'autant plus que je ne fais jamais de carnets , trop faignant , sans doute un peu égoïste mais rentrant toujours avec un blues qui dure trop longtemps pour qu'un récit tardif soit utile.
Je comprends parfaitement. Je suis fainéant aussi. J'en avais commencé un au retour d'un séjour dans l'ouest, je ne l'ai jamais terminé : trop long, et trop difficile de se remettre dans le contexte alors que l'urgence du quotidien vous tombe dessus. Et quand j'ai visité la Floride, je n'ai rien écrit du tout, je m'en mords les doigts tant ces vacances furent passionnantes.
Désormais, je m'astreins à écrire au jour le jour, même quand je suis crevé, même quand l'inspiration crie famine. Heureusement je suis bien aidé par les penchants consuméristes de mes accompagnantes, et l'accueil amical des espaces de repos dans les centres commerciaux.
Oh oui, ce fut une étape marquante. A découvrir bientôt sur cet écran [;)]
Mais quel est le rapport entre Nashville, Memphis et la politique ?
Je pense que tu as remarqué les différences fondamentales entre les deux villes, non ?
L'une est noire, l'autre blanche. Et on le ressent dans la musique. Et à choisir, je prendrai Memphis. Elvis a été influencé par les grands noms de la Country certes.... Mais beaucoup plus par les Gospels le long du Mississippi. Clarksdale n'est pas loin non plus. Enfin, c'est mon sentiment.
Et Memphis est plus intimiste. Je préfère Beale Street à Broadway Ave.
Bonsoir,
Je viens de découvrir votre carnet, et je l'ai lu avec plaisir, en espérant la suite. Nous avons très envie de découvrir Chicago , mais on se disait un peu what else?? après la visite de la ville , les états immédiatement limitrophes ne me semblaient pas receler beaucoup de points d'intérêt. Et votre carnet ouvre bien des perspectives.
"c'est excellent les frites"
oui, mais c'est indigeste en photo dans les carnets , de voyage
Bern
USA 2018 - Arizona, chez les indiens... https://voyageforum.com/v.f?post=9061068;#9061068
USA 2014 – Là où vous n'aviez pas pensé aller https://voyageforum.com/v.f?post=6769327;#6769327
USA 2012 "Au long du Rio Grande" https://voyageforum.com/v.f?post=5290732;#5290732