Nostalgie indochinoise- Vietnam et Cambodge - 1
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Paris-Saïgon (Ho Chi Minh-Ville)

Sous l'immense verrière de l'aéroport Charles de Gaulle, à Roissy, une énorme explosion retentit, faisant trembler sols et vitres... Un bagage abandonné vient d'être proprement pulvérisé par les services de sécurité. Incident ordinaire en ces lieux sensibles où le moindre sac oublié par son propriétaire n'a qu'une très courte durée de vie.

Nous meublons l'attente du vol Air-France pour Saïgon en allant déjeuner à la Brasserie Flo du terminal F. Agréable manière de passer les quelques heures en savourant une choucroute bien française, avant l'aventure indochinoise que nous avons choisie en cet automne de l'an 2000.

Déception lorsqu'on nous délivre nos cartes d'embarquement : rangée de sièges n° 43 ! Tout à l'arrière du gros Boeing 777-200... Les passagers sont comprimés dans l'énorme zinc comme sardines en boîte. Une jeune femme très enceinte est assise près de nous, sans égard particulier pour son état : c'est la zone de l'avion la plus exposée aux turbulences. Et turbulences il y a, tout au long de l'interminable vol sans escale jusqu'à Singapour. Nous traversons des tempêtes qui brassent le Jumbo-jet comme un fétu de paille. Le personnel de bord ne brille pas par sa courtoisie. Le steward daigne nous servir, du haut de sa grandeur, quelques plateaux-repas sans le moindre sourire. Il faut insister longuement pour obtenir un verre d'eau. "Vous devriez louer un avion privé" nous dit ce malappris à qui nous marquons notre mécontentement d'être si mal accueillis.

Courte escale à Singapour, dans l'aéroport éclaboussant de luxe, le plus beau d'Asie, où nous dégustons un succulent café dans la zone-transit. Au lever du soleil, voici la terre indochinoise noyée sous les flots du Mékong qui ont envahi la plaine qui miroite comme un lac immense. Comprimés pendant des heures dans l'espace étriqué de la classe Canigou, les passagers posent enfin le pied sur la terre ferme. Derrière le guichet d'accueil, les préposés à la vérification des passeports et visas ont tous une mine sévère et peu engageante... Ils scrutent attentivement chaque étranger et tamponnent comme à regret les documents dont il ne faudra se séparer à aucun prix : cette demande de visa qu'il a fallu remplir pour l'obtenir, et qu'il faudra présenter à nouveau au moment du retour en France...

Un taxi nous dépose à l'hôtel Saïgon-Prince, établissement touristique de belle allure sur le boulevard Nguyen-Hue, quartier des affaires de cette ville cosmopolite que tous les français continuent de nommer Saïgon, malgré le vilain nom "Ho-Chi-Minh-Ville" de la réunification... L'arrivée sur le sol vietnamien n'est pas dépaysant : il règne dans ce pays une atmosphère de France d'autrefois qui a laissé une profonde empreinte sur ses habitants. Dans le hall imposant du palace, on remarque surtout des clients japonais.

Confortable et silencieuse, la vaste chambre donne sur une cour intérieure, à l'écart des bruits de la circulation très dense sur le boulevard.

L'Agence Vietnam-Tourist nous a été fermement recommandée pour organiser notre séjour. C'est un organisme d'état (le pays est sous le régime "communiste-libéral") et son directeur francophone établit un plan de visites selon nos désirs, qui suivent de près ses conseils appuyés. Cette ville active, grouillante et surpeuplée est consacrée en premier lieu aux affaires et au commerce tout azimut. Malgré trente années de guerre meurtrière, le Vietnam se relève du cauchemar à une vitesse vertigineuse, grâce au courage et au dynamisme exceptionnel de la population. A maintes reprises, nous allons voir des preuves tangibles de la grande force de vie qui s'exprime à travers le pays.

Parfum de cuisine française, au "Bistro Augustin", le patron est vietnamien, mais il a séjourné en Bretagne de longues années. A nous le filet de porc à la moutarde, le bar grillé et la crème brûlée ! Tout est délicieux, servi par une mignonne jeune fille au fin minois de porcelaine. C'est sûr : on va revenir souvent chez Augustin pour d'autres agapes.

On marche avec plaisir sur les larges trottoirs des avenues dont certaines portent l'ancien nom colonial avec la nouvelle dénomination. L'ex-rue Catinat a été rebaptisée Dong Khol. Seules trois rues gardent encore leur nom d'origine: rue Pasteur, rue Calmette et rue Yersin. A noter que ce sont trois scientifiques-bienfaiteurs de l'humanité ayant inventé des vaccins contre des maladies redoutables.

Les monuments officiels de Saïgon sont des vestiges intacts construits par les français entre 1900 et 1908. L'Hôtel de Ville, pâtisserie de stuc rose et blanc, colonnettes et frises rococo, ferme la perspective de l'avenue Nguyen-Hue. Il faut braver le joyeux désordre des innombrables engins à deux roues qui sillonnent en rangs serrés les grandes artères. Le directeur de l'agence nous a donné ce conseil : "Vous traversez, sans courir ni vous arrêter, les conducteurs vous évitent et vous ne risquez rien !"... Facile à dire, mais il faut garder tout son sang-froid pour se lancer dans ce magma en mouvement perpétuel environné de vapeurs d'essence.

Nous pouvons témoigner de l'efficacité de la méthode, puisque nous reviendrons sains et saufs d'un audacieux périple de 30 jours. Autre recommandation : se méfier des nombreux pickpockets qui sévissent autour de l'hôtel. Et pas plus tard que ce premier soir, quand nous allons à pied au restaurant, de l'autre côté de l'avenue, mon compagnon est abordé et serré de près par deux gus, dans l'intention manifeste de lui piquer sa sacoche. Mais l'homme a déjà été piégé, à Istanbul, par de semblables individus, et il repousse l'assaut en gueulant si fort que les gars s'enfuient sans insister ! Que dit-on ? "Seul le fou tombe deux fois dans le même piège..."

Demain, destination : le delta du Mékong, le fleuve jaune dont nous avons aperçu de l'avion les méandres débordant sur la campagne inondée...
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
SI Simba Globetrotter ·
Une découverte très agréable de Saïgon (l'inconnue pour moi), au travers de tes lignes ... J'attends, avec plaisir, la suite qui prendra les teintes du Mékong.🙂
LI Lisou69 ·
Quel plaisir de retrouver tes écrits, une seule hâte la suite.......

déjà que j'hésite que la prochaine destination, tu ne vas pas m'aider en me faisant rêver.

merci beaucoup en tout cas

lisou
FA Fabricia Globetrotter ·
Delta du Mekong -

Une voiture de l'agence Vietnam-Tourist nous attend devant l'hôtel ainsi qu'une jeune fille au visage sévère dans le rôle de guide officiel. La demoiselle répond au doux nom de Kiou. Elle se distingue par son appartenance à une grande famille du Vietnam du nord, à Hanoï, où elle poursuit des études supérieures. Elle nous fait l'honneur de sa présence, s'exprime exclusivement en anglais, qu'elle prononce avec un accent asiatique un peu gênant pour nos oreilles, mais nous faisons l'effort d'écouter attentivement ses commentaires tout au long de la journée.

A bord de notre voiture, nous roulons à travers le quartier chinois de Cholon, après avoir circulé dans des rues étroites, surchargées de véhicules hétéroclites, bordées d'échoppes dégoulinant de marchandises diverses : pyramides de paniers d'osier, chapelets d'offrandes, fagots de bâtonnets d'encens, bouteilles dans lesquelles flottent des serpents ou des scorpions imbibés d'alcool de riz, linges brodés, objets de bois précieux incrustés de nacre...

Sur l'un des bras du Mekong, la ville de My-Tho s'étale dans les mares d'eau boueuse. Miss Kiou nous confie aux bons offices d'une guide locale, Mrs Hoa, jeune femme francophone au joli sourire. Nous montons sur un vieux bateau amarré le long du débarcadère, dont nous sommes les seuls passagers avec notre nouvelle hôtesse. La croisière sur le fleuve jaune se déroule dans les pétarades du vieux moteur à gazoil, qui empeste et gâche un peu le plaisir d'évoluer le long des rives pittoresques de la lagune. Le Mékong mérite plus que jamais son adjectif : gonflées d'alluvions, les eaux sont d'une couleur ocre et palpitent en vagues qui déferlent sur les rives. Les pêcheurs s'affairent à remonter les casiers pleins de poissons frétillants et nous saluent d'un grand sourire.

Le circuit touristique tracé selon les directives de l'agence comporte, hélas, une halte commerciale sur une île consacrée à la vente des produits artisanaux du delta : fruits cueillis dans les vergers et servis aux visiteurs canalisés sous les tonnelles, thés aux parfums insolites, bonbons caramels et noix de coco... Et l'inévitable traversée des boutiques de nappes brodées, kimonos, robes chinoises de satin broché, maroquinerie, jades, multiples gri-gri dont les orientaux sont si friands... On achète quelques gadgets pour ne point sortir les mains vides de ce piège à touristes.

La surprise du jour, réservée à tous les visiteurs étrangers, c'est un retour à bord d'une barque fuselée à travers les canaux d'irrigation, les "aroyos", ruisseaux sinueux sous une voûte de bambous arborescents. Une rameuse à l'avant du frêle esquif, un barreur à l'arrière, et nous avec Mrs Hoa, coiffés du classique "nan", ce fameux chapeau chinois conique. Cette coiffure n'est pas superflue : elle protège nos crânes des petits serpents qui se laissent parfois choir des hauts feuillages sur la tête des passants... Pierre Loti a parlé de la spécialité de ces bestioles dans son récit "Un pèlerin à Angkor". Un siècle et demi plus tard, les habitants de la région s'en méfient toujours autant !

Amarrée au quai de l'arrivée, la grande barcasse à moteur nous ramène à My-Tho, où Miss Kiou nous récupère. Nous remercions vivement Mrs Hoa de sa délicate présence, en la félicitant pour l'excellence de ses commentaires, et son parfait français. Elle avait bien voulu répondre à toutes nos questions, notamment à propos de la condition des femmes vietnamiennes dans la société actuelle. Soumises au bon vouloir de leur époux, qui détient, en apparence, le pouvoir à l'extérieur de la famille. La censure s'applique avec rigueur sur les programmes et les films diffusés sur les deux chaînes de la télévision d'état. Même si les réseaux de télé par satellites sont théoriquement accessibles au Vietnam, les postes sont trafiqués pour bloquer leur réception. On est encore très loin d'une véritable démocratie à l'occidentale.

Un déjeuner typique nous est servi dans une charmante auberge, entièrement consacrée aux étrangers. Un "poisson-éléphant" est présenté dressé sur un plat entouré de pétales de légumes ciselés comme des bijoux. Suivi de crevettes géantes, puis un pot-au-feu à la Viet avec boule de riz, complété de desserts multiples...

Miss Kiou et le chauffeur ont refusé de se joindre à cet énorme festin, préférant les coulisses du restaurant et des nourritures plus discrètes.

La route du retour vers Saïgon mène inévitablement (encore...) à un atelier de Laques, dont la visite est programmée dans le but de nous soutirer quelques milliers de dongs, ou mieux, des dollars, le roi vert dominant toutes les autres devises comme partout ailleurs dans le monde. Tous les objets exposés sont parfaitement réalisés, selon une technique ancestrale dont les étapes de fabrication présentent, à nos yeux, tout l'intérêt de cette halte à but lucratif. Nous n'achetons rien, malgré la déception d'une vendeuse qui a pourtant déployé tous ses talents de sirène en pure perte !

La circulation est intense sur la route inondée, défoncée par les pluies récentes de la mousson, si violente cette année. C'est un slalom-stock cars auquel se livrent les milliers de véhicules roulant en tous sens sur des pistes à peine praticables. Les conducteurs n'en perdent jamais leur sang-froid, évitant à tout moment des collisions prévisibles sans échanger la moindre injure. Contrôle de soi et flegme oriental oblige.

Un dîner à la française, à "La Fourchette", un fameux troquet à l'enseigne hexagonale qui nous régale de ... rillettes et d'un hâchis Parmentier ...

La pagode Giac-Lam est enfouie sous de hauts arbres, dans un quartier excentré : oasis de paix et de verdure, où se rassemblent de nombreux étudiants, assis sur les pelouses, révisant leurs cours à haute voix. Tout près, le temple bouddhique ouvre ses portes aux visiteurs, et je suis autorisée à photographier tout ce que je désire.. Dans la première salle, tables et chaises invitent à la dégustation d'un thé parfumé, breuvage délicat servi par une dame attentive.

Dans le coeur du sanctuaire, un très vieux bonze au visage parcheminé est assis dans un coin sombre. Il ponctue chaque minute du jour en actionnant un puissant levier de bois qui frappe sur le gong rituel, pour marquer la marche inexorable du temps.

Dans le parc, des stèles hautes en couleurs, vrais chefs d'oeuvre kitsch, s'élèvent à la mémoire d'on ne sait quels dieux rigolards, dont les effigies ressemblent à des dessins de Cabu : frappant contraste avec le dépouillement du bouddhisme environnant.

La visite du marché Bin Tranh est une vraie plongée dans la vie saïgonnaise, avec ses étalages de légumes, fruits, épices exotiques exhalant des senteurs de nioc-mam, ce condiment sans qui nulle préparation culinaire digne du pays ne saurait être servie. Odeur à la limite du supportable pour mes narines : mélange de poisson pourri et bouillon aigre qui me soulève le coeur !

Ce soir, je me contenterai d'un banal bouillon de légumes à l'occidentale, sous l'oeil déçu du maître-cuisinier de l'hôtel en grande tenue... Mon compagnon, qui n'a peur de rien, va se servir abondamment dans les multiples chaudrons qui mijotent sur l'immense table du "buffet"... Cet homme vit dangereusement ! 😉
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
SI Simba Globetrotter ·
Fabricia, 🙂

Tu me transportes au travers de ces flux ocres du Mekong ...je vais au devant de l'inconnu ...je m'ennivre de tes lignes (quelle poésie! si si dans le verbe exprimé!😊) ...je respire les bâtonnets d'encens ainsi que les épices du marché Bin Tranh, je frisonne à l'idée que le "serpiente" ne me tombe sur la tête (en tombant d'un de ces feuillages), je déguste ces mets asiatiques ... je voyage en te lisant

Merci
DO Dolma Globetrotter ·
Fabricia, s'il te plaît, tu veux bien continuer à m'enchanter ? Avec toi, le rêve devient réalité, alors j'attend de poursuivre ton voyage qui, par la magie de tes mots, devient aussi un peu le mien...

A bientôt

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
FA Fabricia Globetrotter ·
ANGKOR - Cambodge (Octobre 2000)

Dans l'avion Vietnam-Airlines, destination Siem Reap (Cambodge), nous ne sommes que des étrangers ou presque, la destination est célébrissime : Angkor et ses temples mythiques, dont la seule évocation fait rêver à des splendeurs.

Le pilote a dû faire ses premières armes dans les commandos... Il pose son avion dans un rugissement de réacteurs emballés et il nous semble que la piste de Siem Reap ne sera jamais assez longue pour s'arrêter avant les grillages... Il me revient, à cet instant, une réflexion entendue avant notre départ de France. Un de nos amis, commandant de bord et instructeur à Air-France, a évoqué les risques à craindre sur les vols Vietnam-Airlines : "Ils cassent assez souvent le matériel... un peu comme des kamikases !" A Dieu vat...

On vient d'atterrir en pleine campagne. Un taxi nous embarque vers le centre de l'agglomération où nous n'avons que l'embarras du choix... Guest-houses, hôtels de toutes catégories, attendent de rares clients. "Freedom hôtel" : un joli nom plein de promesses...

La directrice de l'établissement est une rescapée des atrocités khmers rouges qui ont martyrisé et massacré des milliers de cambodgiens entre 1975 et 1978. Elle n'a dû sa survie qu'en masquant son érudition : ces monstres éliminaient systématiquement tous ceux qui étaient instruits... Faisant semblant de ne savoir ni lire ni écrire, elle a pu se fondre dans la masse des prisonniers. Au prix de privations inouies, un travail harassant dans les rizières, maigre nourriture (elle attrapait grenouilles, lézards, insectes divers qu'elle dissimulait dans son sarong, et qu'elle mangeait en cachette, le soir, couchée sur sa paillasse). Terreur, supplices, jamais elle n'oubliera ces "trois ans-huit mois-vingt quatre jours" d'horreurs. D'où le beau nom de "Freedom" de son hôtel tout neuf...

Dans les rues, de très nombreux mutilés, bras ou jambe manquants, résultat de milliers de mines anti-personnel qui pullulent encore partout au Cambodge. Nous avons la gorge serrée devant ces misérables clopinant, appuyés sur des béquilles de fortune, mendiant quelques riels pour survivre. Un organisme caritatif, "Handicap international", se dévoue dans toute l'Asie du sud-est pour secourir et équiper les malheureux estropiés. Mais il reste encore des territoires immenses truffés de ces saloperies, larguées sur le pays durant plus de trente ans.

Il règne une chaleur et une pesante humidité sous un ciel souvent brumeux. D'énormes ravines ont déformé les routes, creusé d'énormes trous remplis d'eau stagnante, qu'il faut contourner sans cesse pour ne pas s'embourber. Des équipes de cantonniers s'affairent à combler les ornières avec des tonnes de graviers, au milieu d'une circulation infernale. Il est exclus, ici aussi, de s'aventurer au volant d'une voiture : seul un chauffeur local navigue avec aisance dans ces tourbillons incessants.

Voici notre guide (inévitable) qui va nous accompagner jusqu'à Angkor : un personnage d'une minceur extrême, âge indéterminé, francophone, visage peu amène, regard perçant et indéchiffrable... Il me fait une impression un peu désagréable, comme un frisson à l'idée qu'il a peut-être été un de ces khmers rouges reconvertis dans la vie civile, comme tant d'autres sinistres personnages, qui ont réussi à se fondre dans le nouveau Cambodge...

L'entrée sur les sites des temples d'Angkor implique un passage obligé par le sas des contrôleurs : il faut se plier à la séance-photo d'identité qui va être apposée sur un badge autorisant trois jours de visites, moyennant une coquette somme à payer en dollars, exclusivement. Sous la houlette impérieuse de notre mentor, nous pénétrons enfin dans les mystérieux sanctuaires.

Une clairière a été dégagée dans la jungle foisonnante, où divers véhicules peuvent stationner. Certains d'entre eux, les plus insolites, sont de pacifiques pachydermes abrités sous les arbres en compagnie de leur cornac, attendant de possibles amateurs de balades en forêt. Cette Atlantide orientale me fait irrésistiblement penser, une fois encore, au cher Pierre Loti, qui a décrit "cette basilique fantôme, immense et imprécise, ensevelie sous la forêt tropicale"... Autant dire immédiatement que j'ai ressenti la plus belle émotion de mes voyages en Asie en pénétrant sous ces voûtes de végétation légendaires...

Une allée majestueuse bordée, de part et d'autre, d'une procession de dieux sculptés dans une roche gris sombre, soutenant un interminable serpent, mène au fronton du Bayon, nom qui signifie "montagne magique", monumentale architecture aux 200 visages de pierre. Regard perdu sur l'infini, sourire énigmatique. Depuis dix siècles, ces divinités président aux destins humains.

Mon appareil photo en main, lourdement chargée d'une sacoche contenant pellicules et objectifs à zoom variable, je suis fascinée par les beautés qui m'entourent. Je largue mon compagnon, aux prises avec le guide intarissable qui le noie sous un flot de commentaires rasants et superflus, mais qu'il n'ose interrompre pour ne pas l'offenser. Fou-rire difficile à dissimuler lorsque je reviens vers les deux hommes, et que le guide veut répéter à mon intention le discours indigeste que B. vient de subir... "Non, non, continuez, je vous prie, je lui raconterai tout cela plus tard" s'exclame mon mari, épuisé par l'infatigable bavard. Tant pis pour ma fierté, je préfère passer pour une ignare à ses yeux plutôt que d'écouter ses explications insipides. Je retourne à ma passion, photographiant toutes ces merveilles exhumées de leur gangue végétale.

Dans un inextricable fouillis de lianes et de blocs sculptés, les vestiges sont enlacés par les énormes racines des fromagers, ces arbres immenses hauts de plusieurs dizaines de mètres, dont on ne sait plus qui soutient l'autre. Les explorateurs ont renoncé à séparer l'ensemble, ce qui aurait pour résultat l'irrémédiable destruction de ces gigantesques accumulations, unies "à la vie-à la mort" !

Des heures durant, nous suivons notre berger qui nous guide à travers les sentiers boueux, dont il ne faut s'écarter sous aucun prétexte : gare aux mines tueuses, aux serpents venimeux et aux scorpions sournois... Toutes ces sortes de choses plaisantes qui guettent les imprudents hors des sentiers battus. Dans cet incroyable décor de contes psychédéliques, le monde s'est arrêté, figé comme sous l'effet d'un mystérieux sortilège. Nulle part ailleurs, je n'ai ressenti une telle magie.

Devant la célèbre perspective du temple d'Angkor-Vat, dont les reflets miroitent dans les eaux du lac, des enfants jouent et barbotent. Un gamin propose une promenade sur son superbe cheval caparaçonné comme une enluminure. Des bonzes en robe safran et violette se poursuivent en chahutant. Images d'une gaieté surprenante.

Epuisés par tant de beautés, nous retrouvons notre chambre-sauna et la douce Mrs. Freedom qui nous sert une simple "soupe de nouilles" aux parfums délicats.

Dès le lever du soleil, "Petit circuit" annonce notre guide, la mine toujours aussi renfrognée d'avoir à piloter des clients aussi rebelles. La chaleur est intense, démultipliée par l'humidité à son maximum, qui nous transforme rapidement en éponges dégoulinantes. Il faut que le spectacle soit vraiment grandiose pour oublier l'inconfort physique.

Une halte devant une mare d'eau, quelques enfants pêchent de minuscules poissons piégés dans les mailles d'un large filet qu'ils déploient sur la vase. Comme tous les enfants du monde, ils s'amusent et font les clowns, tout en continuant leur besogne. Des petites baraques vendent les traditionnels "krama", ces carrés de tissus dont se coiffent les travailleurs de la région.

Près du marché de Siem Reap, un français a ouvert un restaurant fameux, depuis quelques années : c'était à l'origine le premier et le seul restaurant de la ville, qu'il a nommé "The Only One"... Une petite salle meublée de rotin, des photos sépia décorent les murs, jolies lanternes de fer forgé, des ventilateurs brassent vigoureusement la moiteur ambiante : une délicieuse atmosphère rétro vraiment agréable après les déambulations dans la nature échevelée...

Le patron, Yves, architecte, s'est reconverti dans la restauration par amour d'une jolie vietnamienne qu'il a épousée et dont il a une mignonne petite fille. Il est très loquace. On le sent passionné par l'Asie, qu'il connaît parfaitement puisqu'il a participé à une mission de reconstruction au Cambodge, en 1993. L'histoire politique et économique de ce pays, ainsi que les rebondissements multiples de Norodom Sihanouk n'ont aucun secret pour lui. Nous l'écoutons raconter ses expériences avec beaucoup d'intérêt, car il sait faire partager son enthousiasme et sa tendresse pour son nouveau pays avec énormément d'authenticité.

Même passion pour la cuisine qu'il affiche au menu : peu de plats, mais cuisinés traditionnellement avec d'excellents produits par un chef cambodgien. Un mémorable souvenir de cet "Only One" dont je ne sais s'il existe encore, quatre ans après notre visite...

Dans les rues, toujours le même magma de véhicules enchevêtrés où se faufile notre voiture, qui slalome entre les énormes trous remplis d'eau et les obstacles des deux roues et des charrettes encombrant tout l'espace. Absence totale d'un semblant de code de conduite, et pourtant, comme par miracle, nous n'assistons à aucune collision. Sur le fronton d'une immense bâtisse, à l'angle du carrefour central, une fresque voyante attire l'oeil : peints de couleurs agressives, ce sont les portraits de Sihanouk et de son épouse, qui sourient de toutes leurs dents à leurs humbles sujets, dans l'indifférence générale...

Nous avions l'intention de visiter un atelier de tissage de "batiks" (tissus de soie incrustés de motifs moirés), mais c'est fermé le dimanche... Autre spécialité du cru, les crocodiles dont on fait l'élevage dans une ferme ouverte aux visiteurs. Dans leurs marigots puants, toute la gamme des sauriens patauge, la gueule ouverte et l'oeil mi-clos, en observant leurs admirateurs, prudemment juchés sur des passerelles dominant les bassins. Hallucinant spectacle que ces centaines de monstres, élevés non seulement pour leur peau d'une valeur considérable, mais dont les locaux consomment la chair, délicieuse, paraît-il.

Un tour dans le marché couvert, épreuve pour les étrangers, proies désirables harcelées par tous les vendeurs. Quelques bricoles attirent notre porte-monnaie, petits achats-souvenirs. Une visite à la "Maison de la Paix" : sous des paillottes, quelques artisans initient les jeunes aux multiples techniques du travail du cuir, pour confectionner des objets utiles ou décoratifs. Le profit des ventes est destiné à l'entraide des défavorisés, sponsorisés par des catholiques dévoués.

Sur la grand'route qui mène vers Angkor, pompeusement baptisée avenue du Général de Gaulle, des échoppes de potiers, dont les façades garnies de céramiques multicolores se reflètent dans les flaques d'eau. Un grand complexe hôtelier tout blanc nous invite à pénétrer dans ce temple du bon goût et du savoir-faire bien de chez nous... A peine inaugurée, cette luxueuse résidence est un chef d'oeuvre de confort et de beauté. Nous ne résistons pas à l'invite du salon et un véritable café expresso au parfum exquis, vautrés dans de profonds fauteuils, revigorés par la fraîcheur climatisée de ce paradis. Le manager français vient nous saluer amicalement et nous propose une visite guidée de son bel hôtel tout neuf.

Deux jeunes garçons, dont l'un parle bien notre langue, sa mère est française, nous pilotent à travers salons, vastes salles de réception, chambres et suites et, clou du lieu, un spa disposant des plus récentes innovations. Cet espace est destiné aux activités sportives, sous la houlette de moniteurs et masseurs spécialisés. Réservé, comme il se doit, à une clientèle richissime. Le vaste parc est aménagé de massifs débordant de fleurs tropicales, arrosés par une armée d'employés. Une piscine hollywoodienne de dimensions olympiques est incrustée sous une voûte de palmiers frissonnants. Il ne manque plus que l'arrivée espérée de la manne : des clients fortunés à la recherche du luxe et de solitude dans cet ilôt privilégié...

Ce soir, de retour au Freedom, un frugal dîner équilibre le budget repas fortement ébranlé par la folie du déjeuner dans le palace... De l'espace informatique, de plus en plus fréquent dans tous les hôtels cambodgiens, nous envoyons un mail à notre petite famille restée en France.

Demain, nous retournerons à Saïgon, pour continuer notre périple à travers le Vietnam...
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
DO Dolma Globetrotter ·
Merci Fabricia !

c'est un tout petit post mais parfois les mots manquent, alors...

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
FA Fabricia Globetrotter ·
Saïgon -

Lundi 23 octobre 2000. Retour de Siem Reap à Ho Chi Minh-ville... Nous avons choisi un nouvel hôtel, "Le Mondial", rue Dong Khoï (ex-Catinat) pour deux nuits. C'est un quartier hautement touristique, par conséquent une foule de mendiants nous prend d'assaut dès qu'on sort du hall. Spectacle pénible de ces exclus, jeunes enfants mutilés, victimes de la poliomyélite, aveugles, maigres femmes portant des bébés squelettiques qu'elles brandissent en réclamant l'aumône, rabatteurs qui tendent des cartes de magasins où "tout est pas cher..." Impossible de rester indifférent devant tant de misères..

Quelques démarches utiles à la Vietcom-Bank, pour échanger des chèques de voyage, puis nous plongeons dans la grande librairie riche en littérature anglaise et francophone. Le manège bizarre d'une femme vietnamienne entre deux âges m'intrigue : elle tend un bout de papier à mon mari, sur lequel elle a griffonné son adresse... A mon humble avis, c'est une prostituée... Je suppose qu'il en est arrivé à la même conclusion...

Un vieux monsieur très digne nous entend parler et s'approche de nous. Il se présente : c'est un médecin qui a dû renoncer à son métier, chassé par les autorités viets lors de la réunification en 1975. A l'époque, le nouveau régime politique a refusé toute activité aux intellectuels et aux professions libérales, qui incarnaient, à leurs yeux, l'ancienne société coloniale. Tous ces exclus se sont résignés à occuper de modestes emplois. Celui-ci survit en donnant des leçons particulières de langue française et anglaise à quelques étudiants. Il évoque le passé avec mélancolie.

Une incursion à "La Caravelle", palace 5 étoiles, fief des riches hommes d'affaires étrangers qui viennent signer de juteux contrats avec leurs homologues locaux. Le communisme n'interdit plus les échanges internationaux : le Vietnam ayant compris tout l'intérêt du capitalisme mondial. Implantations des usines Mercédès, General Motors, Renault, etc... Les boutiques de l'hôtel vendent de très beaux objets artisanaux dont les prix sont à la mesure des portefeuilles bien garnis.

Place Lam Son, le Théâtre "Belle époque" inauguré en 1900, a retrouvé sa vocation après avoir été pendant quelques années le siège de l'Assemblée nationale. Pimpante architecture rococo blanche et rose. Juste en face du Caravelle, la façade fraîchement repeinte du Grand Hôtel Continental évoque les heures de gloire de cet établissement mythique. Au temps de l'empire indochinois, c'était le lieu de rendez-vous des célébrités : André Malraux, Lucien Bodard, Graham Greene, y ont pris pension. C'était le quartier général des journalistes et correspondants de guerre qui venaient boire leur apéritif favori à l'ombre des palmiers. La restauration du palace a respecté l'atmosphère et le style d'autrefois, ambiance feutrée et musique nostalgique... Les fantômes du passé errent encore dans le grand salon. Concession à la mode actuelle, une pizzéria propose ses spécialités italiennes dans la jolie cour intérieure.

A proximité, un autre établissement célèbre, l'Hôtel Rex, refuge des militaires américains durant les années de guerre, est une des gloires du quartier. On peut y déguster des plats traditionnels dans le restaurant raffiné situé au 5ème étage, d'où l'on domine la ville de Saïgon... Assis sur la jolie terrasse, un violent orage et des trombes d'eau nous chassent vers la salle du restaurant, où nous attendrons le retour du soleil...

Dans une des boutiques de la galerie marchande, une jeune française essaye des sandales en vrai python sous le regard indulgent de son compagnon... Leur prix est très modique. Elle me prend à témoin : "elles sont ravissantes"... "Oui", répond-elle, "j'en ai très envie... mais j'ai déjà acheté cinq paires de chaussures depuis le début de mon voyage..." Je ne saurai pas la fin de l'histoire mais je l'ai trouvée si attendrissante...

Il faut de nouveau s'infiltrer à travers la circulation intense qui règne sur ces avenues centrales, dans les vrombissements des motos, scooters et mobylettes innombrables... Du matin au soir, c'est la même cohue qui traverse l'immense fourmilière.

Les marchands à la sauvette installent leurs étalages sur les trottoirs en un temps record, prêts à tout replier dès qu'ils voient les voitures des patrouilles freiner dans un hurlement de pneus à leur hauteur : ces commerces sont strictement interdits et durement sanctionnés par des policiers impitoyables...

Au crépuscule, B. ("qui n'a peur de rien") va faire une balade sur le bord de la rivière Saïgon, non loin de l'hôtel... Malgré toute son audace, il doit renoncer à poursuivre son exploration suicidaire tant la circulation devient démentielle...

Nous sommes dorénavant les seuls maîtres de la poursuite de notre voyage à travers le Vietnam, malgré les fortes incitations des organismes officiels qui aimeraient bien surveiller de près tous ces étrangers, parfois trop curieux...
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
FA Fabricia Globetrotter ·
Saïgon - Dalat

Autour de l'hôtel Mondial, la circulation est incessante, jour et nuit. Des boutiques de soies, laques, jades, bois précieux, estampes, meubles de rotin, attirent continuellement les acheteurs. Dans la rue, un ballet de scooters et motos vrombissent dans des vapeurs bleutées, souvent conduits par des jeunes femmes casquées, nez et bouche voilés par un foulard, longs gants qui protègent leurs bras nacrés des brûlures du soleil.

Sur les trottoirs des avenues, à l'ombre des grands arbres, tamariniers, manguiers et badamiers, des cuisines à roulettes proposent des brochettes grillées et des soupes locales aux promeneurs.

Place Commune de Paris, la cathédrale Notre-Dame, construite en 1880 par les français, style néo-roman, en brique rouge, et ses deux clochers carrés surmontés de flèches, célèbre toujours des messes pour quelques fidèles. Contemporaine, sa voisine la Poste centrale est une oeuvre de Gustave Eiffel, avec une charpente métallique inspirée de notre Tour parisienne. Une majestueuse verrière coiffe la structure qui enveloppe la salle principale, avec ses guichets numérotés. Murs peints de tons vert-bleuté, un immense portrait du grand homme, Ho Chi Minh, fait face à un plan de Saïgon datant de 1892.

Clin d'oeil futuriste à proximité de ces anciens monuments, le "Diamond Plaza" est un building ultra-moderne qui abrite des bureaux, des logements luxueux et un espace commercial de grand standing.

De nombreux restaurants locaux proposent à leur menu des plats étranges : "Ragoût de singe", "Serpent en matelotte", et... "Oeuf de cane couvé"... Ce dernier mets ne se déguste que dans les grandes occasions. Interrogé, notre ami vietnamien répond : "on le mange sans trop le détailler"... A cette évocation, je prends mes jambes à mon cou pour me réfugier au salon de thé "Brodard", célèbre institution où des plats plus familiers sont servis aux gourmands européens. La pâtisserie "Givral" attire, elle aussi, les voyageurs en manque de douceurs, salivant à la vue des pyramides de gâteaux somptueux présentés dans la vitrine.

Adieu à Saïgon dans sa marche inexorable vers le futur, qui efface progressivement les charmes surannés de cette ville dynamique.

Destination : Dalat, ville d'altitude située à 308 km. On traverse une campagne d'un vert éblouissant, arrosée par les récentes pluies de mousson. Notre pilote s'est arrêté devant les plantations de caféiers et théiers, qui font la richesse de la région. C'est en connaisseur qu'il nous montre les variétés de grains et feuilles sélectionnées pour d'abondantes récoltes.

La route quitte la plaine et grimpe à travers les hautes collines couvertes de forêts. Au détour d'un virage, nous nous arrêtons dans une vallée creusée par un torrent, un troquet rustique et ses bancs de bois nous accueille pour thé et boissons fraîches dans ce décor de carte postale. Et nous arrivons à Dalat, altitude 1500 m, ancienne villégiature de l'ex-empereur Bao-Daï. Nous renonçons au "Sofitel", cher et tristounet, pour le "Golf", grand building sans charme particulier.. propre et fonctionnel, situé en centre-ville, près du lac. Mais ce qu'on ignore encore, c'est l'existence d'une boîte de nuit au sous-sol...Le réceptionniste applique strictement les consignes des autorités locales : nos passeports sont confisqués jusqu'au lendemain, contrôle des voyageurs qui sont suivis tout au long de leurs déambulations dans le Vietnam.

Promenade au bord du lac, bordé d'allées fleuries, attraction locale. Des familles s'amusent et barbotent dans l'eau cristalline, des jeunes juchés sur des pédalos font la course à coups de mollets vigoureux. Une atmosphère de détente qui contraste avec la furia citadine de Saïgon.

A l'heure du thé, nous allons au "Larry's Bar" qui reproduit à l'identique les clubs britanniques, avec ses profonds fauteuils, tapis moelleux, boissons d'origine anglo-saxonne, et gravures sépia sur les murs. Juste en face de l'hôtel, des dizaines de restaurants locaux affichent leurs spécialités de soupes et riz composés pour 100 000 dongs (2500 dongs valaient 1 fr français en 1999). Avant 1975, la monnaie indochinoise était la piastre.

Ah, quelle nuit ! Comme partout sur la planète Terre, à cette extrêmité orientale de la péninsule comme sur la rive ouest américaine, du pôle nord au cap Horn, une frénésie s'empare des jeunes humains dès que sonnent les dix coups post-meridiem. De notre chambre, nous sommes matraqués par un incessant martelage musical qui fait vibrer les cloisons du grand édifice. C'est la foire-disco de la boîte de nuit, qui résonne du sous-sol, six étages plus bas, de toute la puissance de ses énormes amplis. La tête sous l'oreiller, boules Quiès, il faut absolument ignorer le vacarme et rester zen : moins on y pense, plus vite on sombre dans le sommeil.

Fraîcheur du petit matin calme, silence divin : les fêtards sont enfin couchés, le monde est à nous ! L'agence Dalat-Tourist-Travel et son directeur, francophone, à qui nous indiquons nos projets pour la suite du voyage, établit un devis convenable.

Il fait un temps radieux, au bord du lac, assis à l'ombre d'un arbre à fleurs en grappes rouges. Dans un bassin d'eau trouble, des poissons-chats aux yeux globuleux évoluent dans l'ignorance de leur destin. Les occupants de ce vivier vont griller sur les braises du restaurant voisin. "Ne craignez rien, vilains poissons, je ne vous mangerai pas"... Quelques jours avant notre départ, j'ai vu un documentaire de Thalassa sur ces élevages dans le delta du Mekong. Au milieu du fleuve jaune, des baraques sur pilotis surmontent des nasses grouillant de ces immondes bestioles, que les pêcheurs nourrissent d'une bouillie répugnante en ouvrant une trappe dans le plancher de leur habitation. Sur l'écran, le spectacle est repoussant, et j'imagine sans peine l'horrible odeur qui s'en dégage. De quoi me dégoûter des poissons d'élevage pour le restant de mes jours.

Dalat est une ville qui n'a pas de cachet asiatique, et qui fait plutôt penser à une station thermale de province française d'autrefois. Sur une colline plantée de pins, des villas laissées à l'abandon ont abrité des coloniaux qui fuyaient la fournaise du littoral pour la fraîcheur des montagnes environnantes. On peut visiter l'ancienne résidence de Bao-Daï, une grande bâtisse assise dans un parc, de style 1930. Converti en musée, ce palais d'été est demeuré tel qu'il a été conçu, mobilier ringard, bibelots kitsch, trophées dérisoires, photos jaunies, témoins muets d'une gloire éteinte.

Curiosité, la gare ferroviaire de Dalat, -Ga Dalat-, fait irrésistiblement penser à celle de Deauville avec ses façades crépies de blanc aux chevrons de bois sombre, vrai style normand. Il y a belle lurette que le train ne roule plus, la locomotive à vapeur et ses trois wagons sont figés pour l'éternité sur les rails envahis d'herbes folles.

Devant la cathédrale dont le clocher s'orne d'une girouette-coq, le chauffeur du taxi s'exclame : "Look at the chicken". A côté, la Pagode Lam Ty Ni et son unique occupant, un bonze aux multiples talents de peintre-sculpteur-poète que nous saluons avec déférence.

Un bistro au nom insolite, "Café de la Poste", rendez-vous des rares promeneurs français venus boire quelque apéritif en rêvant à leur lointaine patrie.

Grande balade en véhicule tout-terrain sur les collines autour de Dalat. Un immense barrage hydro-électrique a été construit sur le site d'un village, noyé il y a quelques années. Les habitants ont été transférés, parqués en réalité, dans une réserve non loin de là. Chutes d'eau tourbillonnantes, buissons de fleurs sauvages : le lac artificiel a englouti à jamais la vie précédente. Entouré de clôtures, on pénètre dans le village Lat dont les solides grilles ont été ouvertes à notre arrivée, et prestement refermées derrière notre voiture. Impression pénible d'entrer dans une semi-prison... Dès qu'on ouvre la portière, des filles et des garçons se précipitent pour nous vendre des bracelets de coton tressés qu'ils fixent à nos poignets : cordonnets porte-bonheur.

Venu à notre rencontre, le notable du village, en la personne du curé, nous emmène dans son tipi pour partager le calumet de la paix : sous forme d'un long tube de bambou plongé dans une jarre de vin-maison. Il aspire quelques lampées du breuvage, puis me tend le "cân" : "à vous, Madame.." Comment pourrais-je décliner un tel honneur ? Je m'exécute bravement et à ma grande surprise, c'est une liqueur à base de mandarines d'un goût agréable, bien que fort alcoolisée. L'homme tète, lui aussi, à plusieurs reprises, tenant compagnie au curé réjoui qui ne rate pas une occasion de pécher par gourmandise, sous le regard indulgent de son Seigneur.

L'autre personnage important du village, c'est un infirmier-guérisseur dont le rôle est primordial en cas de maladie ou d'accident. Il faut encore sacrifier aux traditions, sous forme de bière locale de piètre qualité. Il s'empare d'une flûte en bois dont il tire des mélopées grinçantes qui écorchent les oreilles.. Il montre un cahier d'écolier où les visiteurs ont laissé quelques mots... Un certain grassois dont il dit que c'est son grand ami : de retour, nous promettons de porter le message griffonné pour se rappeler à son bon souvenir. Et par la même occasion, le bonhomme avisé réclame quelques dongs à B. pour refaire sa provision de bière.

Les grilles du village-prison se referment... Nous retrouvons Dalat et une curieuse pension, "Hang-Nga", surnommée "Crazy House". Construction complètement dingue, oeuvre d'une architecte déjantée, qui a bâti un édifice de béton en forme de tentacules gigantesques imitant une forêt de cauchemar. Dans ces boyaux tordus, des alvéoles abritent des chambres que l'on peut louer si on aime le fantastique... ça ressemble à des décors de Dali, pittoresques et extravagants... ça vaut le déplacement !.

Un tour au grand marché couvert, aux allées si étroites qu'on croit marcher sur les pieds des vendeurs vautrés sur le seuil des étalages. Derrière le bâtiment, c'est l'envers du décor, avec ses monticules de déblais et d'ordures dégoulinant des vieux immeubles.

Prochaine étape : Nha Trang, à 208 km, sur la côte de la mer de Chine.
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
FA Fabricia Globetrotter ·
Quelques photos...
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
FA Fabricia Globetrotter ·
Nha-Trang

Voici notre nouvel ange-gardien au volant d'une belle voiture blanche : Anh Tuan, qui nous emmène ce matin 28 octobre, à Nha-Trang, station balnéaire sur la mer de Chine. Nous apprécions immédiatement ses qualités de conducteur, calme et prudent. Après nous avoir demandé notre accord, il allume un lecteur de cassettes qui diffuse de superbes mélodies orientales ainsi que des chansons de quelques célèbrités, telles que Beatles, Cat Stevens, Jean Ferrat et Paolo Conte... Très éclectiques, les goûts du chauffeur sont aussi les miens. Il raconte que ses parents ont des liens familiaux avec la France, et son prénom n'est autre que la version vietnamienne d'Antoine.

Le trajet est superbe et les paysages grandioses : on s'arrête au Col des Nuages, entouré de brumes qui noient les sommets couverts de sapins. Au loin, Anh Tuan désigne une saignée dans la colline escarpée : c'est l'ancien tracé d'une voie de chemin de fer, dont les rails ont été enlevés et transportés sur des vélos, pendant l'interminable guerre contre les américains. Prodigieux, le courage de ces populations en lutte pour recouvrer leur liberté.

Une halte au milieu du parcours, dans un café tenu par une jeune femme souriante, amie d'Anh Tuan. Un drame est survenu dans la vie de notre conducteur : sa femme est morte il y a quelques mois d'une grave maladie, le laissant avec deux adolescentes... La dame des lieux semble toute prête à le consoler et, ma foi, Anh Tuan est assez sensible à ces subtiles douceurs, puisqu'il promet de s'arrêter un peu plus longuement au retour.

Peu à peu, la route redescend vers la plaine verdoyante, traversée d'un ruisseau où s'ébat une file de canards. Une maisonnette s'abrite sous une voûte de palmiers. Des buffles se vautrent dans la mare avec des grognements de plaisir. Voici Nha-Trang, son petit port de pêche et sa flottille de barques multicolores, de grands filets carrés se balancent au ras de l'eau. A l'écart des typhons, grâce à sa situation protégée dans une anse, bordée de sable fin, cette longue plage a été le refuge d'Alexandre John Emile Yersin, médecin qui découvrit le microbe responsable de la peste en 1894. Vénéré, encore maintenant, par les vietnamiens qui l'ont honoré en donnant son nom à plusieurs rues dans les principales villes du pays.

Situé sur la promenade du bord de mer, le "Que Huong" a belle allure, tout blanc avec des volets bleus. Un jardin intérieur entouré de buissons fleuris cache une piscine au bord de laquelle sont disposés tables et fauteuils. Un patio et un kiosque jouxtent la grande salle à manger. Nous invitons Anh Tuan à partager notre déjeuner. Il nous parle de ses deux filles, étudiantes, et pour lesquelles il fera tout pour qu'elles aient un métier... Etre des femmes modernes, libres et autonomes... Une de ses belles soeurs tient un restaurant à Cagnes-sur-mer, "Le Petit Jade", en face de l'hippodrome que nous connaissons bien. Peut-être irons-nous y dîner à notre retour.

Dans les années 1970, Nha Trang était la station balnéaire réservée aux militaires américains qu'on envoyait ici pour oublier provisoirement les horreurs de la guerre. Elle est maintenant très fréqentée par les vietnamiens aisés, pour les farnientes au bord d'une mer tranquille, parsemée d'ilôts.

Ce soir, très tard, sous les fenêtres de notre chambre qui domine la piscine, des clients bruyants s'attardent devant leurs bières. Il suffit de quelques mots pour qu'ils mettent fin à leurs libations.

Sur une colline boisée qui domine la mer, le souverain déchu Bao Daï (encore lui...) possédait plusieurs villas blotties dans un grand parc, dont certaines sont visitables. D'autres ont été aménagées en bar-restaurants. Ce bonhomme s'est largement servi dans les caisses de son royaume, où il a puisé sans scrupule pour satisfaire sa folie des grandeurs. Comble du scandale, on sait qu'il n'a jamais vécu dans ces immenses maisons, construites uniquement pour la parade.

Dans le port de plaisance, un paquebot de croisière, "Royal Princess P & O", attend ses riches passagers descendus à terre et éparpillés dans la ville, à la recherche de boutiques hors taxes. J'imagine qu'ils sont d'origine yankee, attirés par les prix dérisoires pour leurs poches pleines de mirifiques dollars.

Dans les aquariums du musée océanographique, nous découvrons des crabes étranges appelés limures : ce sont des "fossiles vivants" de 200 millions d'années, ainsi que des tortues, hippocampes, holoturies, crevettes géantes et rémoras. Au milieu de la salle, un gigantesque squelette de baleine découvert, il y a quelques années, en pleine campagne, enfoui dans les profondeurs d'une rizière.

Le ciel se répand en fortes ondées qui fouettent les vitres de notre chambre avec violence... Juste assez pour une sieste bienvenue au milieu de nos promenades.

Des vestiges des tours Chams, édifiées du 7ème au 12ème siècles, il ne reste que quelques pans de murs ocres, en partie écroulés dans la végétation qui a envahi les sanctuaires dédiés à d'anciennes divinités hindoues.

Hom Chang : le littoral se découpe en falaises rocheuses couvertes de buissons qui ressemblent aux côtes bretonnes. Quelques baigneurs fouillent dans les entailles des rochers de granit battus par les vagues écumantes.

Une porte de la ville ancienne, la Citadelle, domine une avenue où se bousculent des écolières à vélo, qui s'envolent du collège comme un nuage d'oiseaux. La petite pagode Haï Duc abrite un orphelinat bouddhiste pour adolescents. Petite obole en guise de participation aux frais...

Dernier dîner en ville au "Coco vert", une bonne adresse pour savourer thon sur barbecue et crêpes au sucre et citron (on se croirait toujours en Bretagne !). Un vendeur de livres passe par là : on achète une édition locale bricolée dont le titre accroche immédiatement notre regard. "Les Tunnels de CuChi", fantastique réseau de galeries profondément creusées dans le sol, à 75 km au nord de Saïgon, où se terraient les guerriers vietcongs durant la guerre contre les armées des U.S.
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
FA Fabricia Globetrotter ·
Photos de Dalat à Nha-Trang
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
GN Gnome Veteran ·
Ce récit illustré est un délice ! Bravo Fabricia !
"Old travellers never die, they just smell that way"
DO Dolma Globetrotter ·
Comme avec chaque récit je suis sous le charme des mots et des photos, et en plus ça me permet de chasser le gris de ce lundi matin parisien, alors...

Merci Fabricia.

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
FA Fabricia Globetrotter ·
Hoï Anh -

Notre ami Anh Tuan est reparti vers sa belle amie... On a pris un avion pour Danang, une grande ville sans charme que nous quittons dès l'arrivée pour la petite Hoï Anh, posée sur les bords de la rivière Thu Bon. Autrefois nommée Faï-Foo, c'était au 15ème siècle un très important port de commerce, transitant épices, thés, porcelaines chinoises de l'Asie vers l'Europe. La mer s'est retirée au long des siècles et Hoï-Anh se trouve maintenant à l'intérieur des terres. A mi-chemin entre Saïgon et Hanoï, la jolie petite ville ressemble à un livre d'images : temples chinois, pont japonais, marché vietnamien, habitations traditionnelles avec autels dédiés aux ancêtres. Toutes ces merveilles se découvrent en flânant dans des petites rues calmes, sous un chaud soleil d'automne.

Nous sommes logés à l'hôtel Vinh-Hung, propriété d'une riche famille d'origine chinoise dont c'était la résidence au début du 20ème siècle. Belle construction à l'ancienne reconvertie en hôtel confortable. Les chambres sont disposées autour d'une cour intérieure, creusée d'une minuscule piscine. La petite fille de la maison joue "La lettre à Elise" sur le beau piano du salon, sous le regard attendri de ses parents...

Une maison de thé où il fait bon se délasser, au premier étage d'une maison ancienne, avec quelques tables installées sur le balcon surplombant la rue principale. De là, le spectacle de la vie quotidienne se déroule au ralenti, tout un petit monde actif se propulse au milieu des charrettes de légumes et de fruits, porteurs ployant sous des montagnes de ballots qui se dirigent vers le marché permanent installé sur le bord de la rivière. Des échoppes d'artisans et des boutiques d'antiquités s'alignent des deux côtés de la rue, pour le plaisir des promeneurs en quête de souvenirs.

Quel bonheur de marcher les mains dans les poches, le nez au vent, admirant les pêcheurs à la ligne qui somnolent en attendant l'improbable poisson qui voudra bien mordre à l'appât... On traverse la rivière sur une passerelle réservée aux piétons, pour gagner l'autre rive bordée de palmiers. Un amusant bateau-panier ondule sur l'eau à coups de godille.

Dans les magasins de porcelaine, tenus par de vieux bonshommes couleur de cire, voici des assiettes anciennes bleu de Chine, du 19ème siècle, avec leurs fins décors de paysages traditionnels.

Un étroit sentier mène de notre hôtel jusqu'au coeur de la ville, où l'on a tout juste la place de marcher tant il y circule de vélos encombrés de marchandises, obligeant à se plaquer contre le mur pour ne pas se faire écharper. Le sable qui recouvre cette allée s'envole sous les pas, et dès la nuit tombée, on est plongé dans l'obscurité complète. Seules les petites lueurs de nos loupiotes nous aident à éviter les nombreux obstacles.

Le marché est déjà très animé à cette heure matinale. Haut en couleurs et en odeurs, dégorgeant de marchandises infinies, des légumes et des fruits de toutes sortes, des poissons frétillants, des épices fortes, jusqu'à l'éventaire des boulangers. Ici, comme partout au Vietnam, ces artisans ont perpétué la tradition française. Baguettes, pains de campagne, michettes, ficelles, d'une belle couleur dorée, mie fine et blanche, dont tous se régalent comme d'une pâtisserie. Habitants et voyageurs grignotent à longueur de journée ces pains exquis sortant du four.

Sur la rivière qui clapote sur les trottoirs à fleur d'eau, les étranges bateaux-paniers flottent en tourbillonnant. Tout juste assez grand pour deux minces passagers, il faut toute l'habileté du rameur-barreur pour manoeuvrer ce minuscule esquif, qui a tendance à tourner comme une toupie, sans perdre le cap.

Une charmante maison chinoise à la façade enluminée de vives couleurs attire tous les amateurs de photos. Pagodes et cages d'oiseaux exotiques, silhouettes gracieuses des jeunes demoiselles en "ao-daï" sur leur grand vélo, pont japonais et filet de pêche chinois suspendu au-dessus de l'eau, restaurant flottant sur la rivière : images précieuses à fixer pour toujours dans les albums-souvenirs.

Le "ao-daï", ravissant costume traditionnel des vietnamiennes, tunique trois-quarts à col "mao" et longues manches en soie blanche sur pantalon large de couleur noire reste l'uniforme des étudiantes à vélo. Ces belles cyclistes, minces comme des lianes, sillonnent les ruelles de la cité au son du grelot accroché au guidon.

Amarré le long du quai, un beau bateau de bois sombre évoque les voyages anciens des marchands venus de tous les horizons. Une boutique a suspendu des tee-shirts brodés à l'effigie du célèbre Tintin et son étonnante inscription, "Tintin au Vietnam" : tous les lecteurs de ses aventures savent que le héros n'y est jamais allé...

Une maison particulière, la "Tran's family chapel" a été transformée en musée. Appartenant à de riches commerçants, la nombreuse descendance accueille les visiteurs et les guide dans les salons. L'autel des ancêtres, élevé au coeur de la demeure à la mémoire des aïeux, est orné de photos jaunies décorées de fleurs séchées, ex-votos, bouquets de bâtonnets d'encens fumants piqués dans des vasques de sable.

Des visites incontournables : les cinq sites -musées, pagodes-, avec achat du pass à 50 000 dongs, font la gloire de Hoï-Anh. Jardins raffinés, sculptures, fresques symboliques, dragons de pierre crachant des jets d'eau au milieu des parterres de plantes vertes foisonnantes...

C'est un des plus jolis sites sur notre parcours indochinois, qui se poursuit vers la ville historique de Hué...
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
FA Fabricia Globetrotter ·
Pour illustrer le chapitre Hoï-Anh...
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
FA Fabricia Globetrotter ·
Hoï-Anh - suite...
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
NA Nawal Veteran ·
Bonjour chère Fabricia,

Ta belle " Nostalgie Indochinoise " est contagieuse... En plus les photos sont très belles, beaucoup si ce n'est la majorité ont leur place dans le topic " Scènes de vie d'ailleurs " ... Vivement que l'on aille à Hué !

Au plaisir renouvelé de te lire. Nawal.
" En Afrique, quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle..." Amadou Hampaté Bâ.
LO Lotusbleue Regular ·
Mon retour sur VF et voilà je suis transportée, émerveillée je délecte chaque phrase chaque mot... je ferme les yeux... merci Fabricia pour cette nostalgie indochinoise... je frémis... j'y suis... merci encore je vais revenir te relire je ne m'en lasse pas !
Se donner les moyens de réussir son rêve... " Où que tu ailles, vas-y avec tout ton coeur". CONFUCIUS
FA Fabricia Globetrotter ·
Hué -

Merveilleuse ville impériale, classée patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco. Les souverains impériaux y avaient leur résidence dans la "Cité interdite" édifiée selon les rigoureux principes obéissant à des critères sacrés. L'hôtel Tanh Noï est situé dans l'enceinte de la citadelle, à une centaine de mètres du palais. D'époque coloniale, restauré et entouré de pavillons tranquilles, nous devrions y goûter une paix ... royale.

On est arrivé dans l'après-midi, l'estomac dans les talons... La salle du restaurant est vide, un serveur nonchalant, qu'on a manifestement réveillé de sa sieste traditionnelle, nous apporte, en traînant les pieds, un infâme brouet liquide et tiède : dans l'assiette, c'est un fagot d'osselets broyés dans de l'eau de vaisselle... Si vous n'aimez pas ça, d'autres plats figurent à la carte des restaurants voisins : ragoût de chien, cervelle de singe, fricassée de méduse, cuisses de chauve-souris, poissons-chats du delta du Mekong ! Je jure que tout ceci est véridique.

A quelques encâblures, le Saïgon-Morin est un hâvre de paix et de fraîcheur, où des nourritures plus réjouissantes viennent combler nos appétits. Le jardin intérieur est planté d'arbres et de buissons odorants où s'abritent des oiseaux de toutes les couleurs. Petite pause pour -a nice cup of tea-.

Hélas, le dîner de notre hôtel n'est pas appétissant : une soupe végétale aux liserons d'eau (de l'eau tiède, où flottent quelques brindilles verdâtres insipides), suivie d'une pauvre omelette... Un boucan d'enfer, provenant de la réception nous matraque les tympans toute la nuit : la télévision reste allumée et diffuse à plein tube la retransmission d'un tournoi de football. Un changement de chambre s'impose : le lendemain matin, nous obtenons de haute lutte une chambre donnant sur le jardin. Ces problèmes d'intendance étant réglés, nous partons à la découverte des hauts lieux voisins.

La Citadelle et sa Cité interdite sont un des points forts de Hué. On se croirait transporté dans le glorieux passé des mandarins qui ont vécu, durant des siècles, derrière ces hautes murailles, préservés du commun des mortels comme des divinités sacrées. Les vestiges ont malheureusement souffert des combats de la guerre américano-vietnamienne, bombardés sans égard pour l'irremplaçable patrimoine. De nombreuses restaurations ont essayé de ressusciter les mytérieux édifices où nul étranger ne pouvait pénétrer à la haute époque impériale.

Des remparts entourent les palais, cernés de fossés remplis d'eau stagnante. Plusieurs femmes pataugeant dans la vase cueillent de larges feuilles vertes flottant comme des algues à la surface : ce sont les fameux liserons d'eau utilisés à toutes les sauces dans la cuisine locale.

Ce matin, nous partons vers les tombeaux impériaux, impressionnants mausolées à la gloire des souverains qui se sont fait bâtir de leur vivant, tels les pharaons égyptiens, des temples tout entiers consacrés à leur mégalomanie. D'abord, celui de Sa majesté Tu Duc, dans un parc boisé entourant un lac, avec pagode baignant dans les eaux couvertes de nénuphars. Au bout d'une longue allée, un pont à trois arches mène vers le saint des saints gravé de formules magiques, célébrant le seigneur pour l'éternité.

Il faut franchir la rivière des Parfums sur une barque où quelques habitants sont déjà assis. Notre bonne figure d'étrangers incite le batelier à nous faire payer le prix fort pour nous embarquer : grâce à notre généreuse contribution, il va empocher en une seule traversée son gagne-pain quotidien...

Sur la rive opposée, le mausolée de Minh Mang culmine au sommet d'une colline, entouré de colonnes de bronze. Les plans en ont été dessinés par le souverain en personne, et fut construit après sa mort. Pour la petite histoire, cet empereur n'a eu "qu'une trentaine d'épouses légitimes, 300 concubines et 142 enfants" !...

La série des tombeaux s'achève par le plus kitsch, celui de Khaï Dinh, entièrement recouvert de mosaïques bariolées qui tranchent étonnamment avec les sombres granits gris de ses prédécesseurs.

Cette longue marche nous a affamés : vite, retour au centre ville de Hué, pour s'attabler au Saïgon-Morin devant des ... spaghettis bolognaise et un fruit-punch Copacabana... qui nous font oublier un moment l'infecte cuisine de l'hôtel...

Je passe l'après-midi dans la chambre dont les fenêtres s'ouvrent sur le jardin : sieste et lecture en compagnie d'un charmant gecko qui se propulse à toute allure sur les murs de la chambre, allant des doubles-rideaux jusque derrière les gravures murales.

Le dimanche est consacré au musée des trésors impériaux, qui expose les trophées de la dynastie dans des vitrines poussiéreuses, sous la garde nonchalante d'un couple qui passe le temps en jouant aux dames.

Quelques kilomètres en taxi et nous arrivons à la pagode Thien-Mu, autrement dite "pagode de la vieille dame céleste", sur le bord de la rivière des Parfums. Haute montée de marches, trois portes symbolisent les étapes bouddhiques, génies du Bien et du Mal, perspective magnifique sur l'immense jardin éclatant de fleurs. Fondée en 1601, puis complétée en 1841, la grande pagode est surmontée de sept étages ornés de stupas finement sculptés.

Lieu de recueillement et de dévotion à la mémoire d'un bonze, Thich Quang Duc qui, en 1963, s'est immolé en s'arrosant d'essence enflammée, au coeur de Saïgon, pour protester contre le pouvoir dictatorial. Plus tard, une répression féroce dès 1975 contre des milliers de moines bouddhistes, envoyés dans des camps de concentration, a généré d'autres nombreux suicides en place publique, dont le monde entier a pu voir l'horrible spectacle sur toutes les télévisions. Visite très émouvante, sous un ciel bleu saphir, dans une atmosphère de sérénité retrouvée.

Nous explorons maintenant le quartier moderne de Hué, avec ses hôtels internationaux, Huong Giang et Century River, qui dominent de leurs hautes structures bétonnées la douce rivière parfumée. Les galeries marchandes de ces palaces exposent les plus beaux objets artisanaux de la région : soieries, nacres, porcelaines délicates, argent ciselé, bronzes, paravents anciens, ombrelles, boules yin-yang... Tentations irrésistibles !

Un avion Fokker à hélices, tout neuf, nous emporte vers Hanoï, capitale du Vietnam...
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
FA Fabricia Globetrotter ·
Hué en images...
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
PA Parvat Globetrotter ·
Waouh... Soupir... Quelles photos... Quels mots... Souvenirs souvenirs... On attend la suite!!!🙂
Fainéanter dans un monde neuf est la plus absorbante des occupations... (N.Bouvier)
FA Fabricia Globetrotter ·
Dernières images de Hué...
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
OD Odonate Veteran ·
Je voulais m'accorder le temps nécessaire pour lire tranquillement ce récit.

Le temps de cette lecture je me suis toatement évadée, transportée que j'étais en Asie. A la lecture on voit les scènes, on sent les odeurs..on a l'impression d'y être.

J'ai bien sûr été sensible aux allusions à Loti (goût commun pour cet écrivain), d'autant que je venais de finir la lecture du "pélein d'Angkor".

Je constate que lorsqu'on se retrouve loin de chez soi avec des cuisines très dépaysantes (çà ne doit pas être gros des cuisses de chauve-souris!!), une petite crêpe fait toujours plaisir!!!!

Vraiment j'ai pris plaisir à lire ce voyage au Cambodge et au Vietnam.

Merci pour ce pittoresque voyage.

Kénavo

Odonate rêveuse d'horizon lointain
ULTREIA
DO Dolma Globetrotter ·
Il est temps de nous faire partager la suite de ton voyage, tu ne crois pas Fabricia ? (il n'y a pas que Paris dans la vie...😉😉 !)

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
FA Fabricia Globetrotter ·
Hanoï -

C'est dans un avion Fokker à hélices, tout neuf, que nous décollons en direction de la capitale du nord, Hanoï, où nous atterrissons à 15h. Un taxi nous promène d'hôtel en résidence, établissements situés dans les artères surpeuplées du centre-ville, où règne une cacophonie intense qui ne dit rien de bon... pour notre repos nocturne. On tourne longtemps dans les rues grouillantes de motos, scooters, vélos, charrettes, piétons, lorsqu'enfin nous arrivons à l'hôtel Huyen-Trang, dont les chambres donnent sur une cour intérieure.

C'est au petit restaurant à l'entresol de l'hôtel, minuscule salle sans fenêtre, que nous dînons d'une soupe végétale, assortie d'un riz cantonnais et de maigres cuisses de poulet. Demain et les jours suivants, nous ferons des découvertes culinaires réjouissantes dans cette jolie ville. Contraste frappant avec Saïgon, surnommée "la dévergondée" à l'inverse d'Hanoï-la prude, selon les résidents français qui ont le sens de la formule-choc.

Nous préparons le point d'orgue de la région : la célébrissime baie d'Ha-Long, que nous explorerons seuls en voiture avec chauffeur et un guide francophone, Luong, étudiant qui rêve de s'inscrire dans une université française. Quelques démarches au bureau d'Air-France pour reconfirmer nos billets de retour. Incursions dans les librairies, nombreuses, puis halte gourmande chez le traiteur Beaulieu, la boutique des gastronomes de l'hôtel Sofitel.

Ce luxueux palace de la chaîne française trône sur la plus belle avenue de Hanoï. Devant la façade blanche à colonnades, une "traction-avant" Citroën noire, au charme rétro, est garée en face de l'entrée du Sofitel, telle une icône personnifiant l'élégance des belles années du colonialisme défunt. La plus chic brasserie de la ville, c'est indéniablement "Le Club" du Sofitel, où se retrouvent les expatriés pour leurs repas d'affaires ou de plaisir. Dans un décor très élégant, un somptueux buffet présente une montagne de délices auxquels on ne résiste pas : foie gras, caviar, saumon, fraîches salades, viandes et poissons et irrésistibles desserts composent un festin royal. Je n'ai vu, nulle part ailleurs, même en France, un buffet aussi raffiné.

Poussant nos estomacs devant nous (se souvenir de Peter Mayle, dans "Un bonheur en Provence"...), il faut se faire une douce violence pour ne pas manquer la visite du musée d'ethnologie fortement recommandé par mon neveu Ky, d'origine vietnamienne. Le trajet semble obscur au chauffeur de taxi, qu'on remet plusieurs fois sur la bonne route à l'aide d'un plan de la ville. Ce n'est pas la première fois que nous remarquons les difficultés des conducteurs, que ce soit en Inde, en Indonésie ou au Vietnam, quand on leur précise une destination où ils ne sont encore jamais allés. Ce musée est loin de tout, très excentré et fort peu visité par les clients des taxis. Consacrées aux traditions millénaires du Vietnam, d'immenses salles présentent les divers aspects historiques du pays. Eblouissant, fascinant. Une foison d'objets rituels artisanaux, évocations des moeurs, richesses des documents, reconstitution de l'habitat des provinces, démonstrations de leurs techniques, cérémonies chamaniques, instruments de musique traditionnelle. Comment on fabrique les chapeaux coniques, le "nan", coiffures si typiques de l'Indochine de nos livres d'images, qui servent à la fois de protection contre le soleil et la pluie.

Tout près de notre hôtel, comble de bonheur pour les fines gueules nostalgiques de la bonne bouffe française : un coquet restaurant, "Le Café des Arts", tenu par un compatriote, un voisin, puisqu'il vient de Nice. Sur le tableau noir devant le portail, des plats qui font saliver, tels que "brochettes de filet de boeuf-frites" et "crème brûlée"... Jolie salle au premier étage, tables placées devant les fenêtres d'où l'on a une vue plongeante sur la rue très animée.

Incessant ballet des petits commerces, portés dans les lourdes "palanches" sur les épaules de frêles marchands qui sillonnent inlassablement les ruelles encombrées. Ce sont deux paniers accrochés en équilibre sur un balancier, très lourds, qui obligent les porteurs et les porteuses à courir sans à-coups pour ne pas renverser le contenu : sur l'un des paniers d'osier, un réchaud et du charbon de bois, sur l'autre tous les ingrédients -légumes-poisson-poulet- pour cuisiner le "phö", ce pot-au-feu traditionnel qu'on mange à toute heure, accroupi sur le trottoir, au milieu de la cohue habituelle. Il n'est pas rare que des familles entières soient installées en rond devant leur porte, assis sur de minuscules tabourets, pour partager leur repas : on a l'impression, très gênante, de traverser leur salle à manger !

L'agitation de la ville donne le tournis à tous les visiteurs étrangers, quand on se trouve encerclé par des milliers de véhicules pétaradants qui engloutissent les piétons au moment du crépuscule, à l'heure des sorties de bureaux... Gare à ne pas se faire écharper par ces engins lancés à toute allure, à peine freinés par les feux de signalisation parfois "facultatifs" !...
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
FA Fabricia Globetrotter ·
Illustration en photos : Hanoï.
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
FA Fabricia Globetrotter ·
Cette furia dans les rues cesse lorsque la nuit est tombée, et Hanoï retrouve alors sa douceur et le charme particulier qu'elle inspire au voyageur.

Lovée autour du lac Hoan Kiem (lac de l'épée restituée) bordé de flamboyants et de buissons fleuris, une avenue circulaire ponctuée de bancs publics invite les passants à une longue rêverie en contemplant les eaux calmes où se reflètent les lumières de la ville. Haut lieu des rencontres amoureuses des jeunes citadins. On s'arrête pour admirer les évolutions des canards au plumage irisé. Un petit temple consacré aux divinités du fleuve veille au milieu du lac, un joli pont rouge permet de traverser d'une rive à l'autre, pour se perdre dans les ruelles du vieux quartier chinois et ses échoppes proposant mille objets rituels. Délicieux contraste avec sa soeur saïgonnaise, emportée dans un tourbillon diabolique qui lui fera perdre irrémédiablement son âme...

Au matin de ce troisième jour à Hanoï, la voiture et son guide nous emmènent vers la baie d'Ha-Long, pour un trajet d'environ trois heures, sur de bonnes routes. Paysage de plaines cultivées à perte de vue. De chaque côté de l'autoroute, on voit de curieuses maisons étroites, tout en hauteur, à peine deux mètres de façades, une porte unique s'ouvrant sur un long couloir qui mène à des jardinets minuscules. Le prix du m2 de terrain est si élevé et les ressources des habitants tellement faibles qu'ils n'achètent qu'une mince portion pour y bâtir leur humble demeure... Elles semblent si fragiles qu'un coup de vent pourrait les renverser...Subitement, tout devient noir : terre et habitants sont recouverts d'une grasse poussière de charbon, ce sont des mines à ciel ouvert sur des kilomètres, exploitées par une main d'oeuvre nombreuse dont c'est là un moyen de survivre pour des salaires dérisoires. Les ouvriers charrient à longueur de temps des brouettes chargées du combustible crasseux. Tristes fantômes aux yeux brillants dans leurs visages d'ébène.

Alors s'ouvre devant nos yeux l'un des plus célèbres paysages du monde, la fabuleuse baie d'Ha-Long au bord du golfe du Tonkin. Notre hôtel est juché sur la colline résidentielle qui domine la petite ville tout entière vouée au tourisme international. Menu unique pour un rapide déjeuner dans la pinède, sur le bord de mer.

Des centaines de bateaux de croisière amarrés le long des quais attendent leurs passagers. Vers 13h, nous embarquons dans un drôle de rafiot déglingué, primitivement utilisé par les groupes vu sa longueur et ses multiples sièges rouillés sur le roof. Bien obligés d'accepter cette vieille barcasse dont je me demande si elle ne va pas sombrer dans l'heure ! Une jeune femme et un gamin sont montés à bord avec nous : avec le pilote et son second, plus notre guide-étudiant, cela fait sept passagers alors qu'il y tiendrait au moins quarante personnes.

Mais la magie des lieux, uniques de beauté, nous fait oublier l'inconfort du vieux bateau, qui sort vaillamment du port dans une pétarade aux senteurs de gasoil compact. Quelques minutes de navigation et nous accostons au pied d'un rocher truffé de cavités : c'est la visite incontournable d'une grotte marine, à pied, au bout d'une longue montée de marches noires de monde. Ce sont des curiosités bien classiques, ces stalactites et ces stalagmites de calcaire, formant un décor sans surprise. J'éprouve là-dedans la même hâte d'en ressortir, comme à chaque fois que je pénètre dans ces caves humides et surpeuplées...

A peine sommes-nous revenus à l'air libre que notre cornac nous annonce une autre grotte... puis un arrêt de quelques heures sur une plage, pour se baigner dans les eaux du lagon. Il n'est pas question de perdre un temps précieux, que nous désirons consacrer à la croisière dans les eaux de la baie, hérissées de ces fantastiques rochers. Ha-Long signifie "lieu de la descente du dragon", et selon la légende, ce sont les écailles de cet animal fabuleux émergeant des eaux qui se dressent comme des fantômes disséminés dans l'immense baie. A un rythme lent, nous évoluons sur l'émeraude liquide, croisant des barques de pêcheurs dont certains rançonnaient, il y a peu de temps encore, les visiteurs étrangers... Fines apparitions de jonques chinoises de bois sombre et des sampans aux voiles semblables à des ailes de chauves-souris géantes. Le bateau s'infiltre parmi les cônes déchiquetés ornés d'une végétation têtue qui donne un relief différent à chacune de ses concrétions, baptisées "combat de coq", "marionnettes" et autres dénominations d'une vague ressemblance avec certains personnages célèbres... Beaucoup d'imagination pour l'oeil du visiteur. Nous sommes sous le charme de cette longue traversée dans un silence impressionnant.

Intrigués par la présence de la femme et du jeune garçon, nous découvrons très vite la raison qui les a fait monter à bord. Ils ont tous deux des marchandises à vendre : de temps à autre, ils sortent de leurs paniers quelques bricoles fabriquées dans la région, napperons brodés, tuniques, tableautins représentant la baie et ses reliefs de pierre noire, cartes postales... Petit marché auquel nous succombons de bonne grâce.

On suit le soleil dans sa course, la croisière "doit" s'achever après le sunset réclamé par tous les photographes. Le capitaine fait traîner la balade, et c'est par une nuit noire que nous regagnons le port. Un pâle lumignon signale la présence de notre vieux sampan, sur lequel se précipite, tous feux éteints, un autre rafiot, percutant l'arrière de notre coque, sans dégât apparent... On l'a échappé belle : un naufrage dans les eaux troubles du bassin aurait un peu gâché une si belle journée. J'ai pris des dizaines de photos souvenirs d'une promenade inoubliable.

Nuit tranquille, pour rêver encore. Retrouvé au petit déjeuner, notre jeune étudiant n'a plus la grande forme, il se plaint de maux de tête et n'a qu'une hâte, rentrer à Hanoï (peut-être a-t-il un peu trop fêté sa folle nuit à Ha-Long ?). Ce qui nous épargne les arrêts prévus dans ces coopératives multiples à but touristique.

Revenus par le lac Hoan Kiem, nous longeons le joli bassin rafraîchissant, cerné d'édifices culturels qui drainent les amateurs d'opéras, de théâtres et de grandes bibliothèques ouvertes aux nombreux étudiants. Il règne ici une atmosphère au charme un peu décadent, à l'écart de la circulation infernale des avenues périphériques dont on perçoit à peine le brouhaha quotidien. Les book-shops sont hélas très fournies en littérature anglophone exclusivement... Il est loin, maintenant, le temps de la prédominance française, et les jeunes se jettent tous sur la langue british, désormais seul sésame dans le monde entier.

Dîner au Café des Arts : nous sommes accueillis par Mr. Gastel qui vient partager un apéritif convivial, pour évoquer quelques instants ses activités locales. Sur les murs, une exposition de tableaux d'artistes vietnamiens, parrainés par le patron qui est un amateur éclairé, donnant ainsi leurs chances à ces jeunes peintres. Il nous dit aussi qu'il sponsorise des actions caritatives à but humanitaire un peu partout dans la région d'Hanoï. Faisant appel aux bonnes volontés de ses clients sur son site internet, nous prenons note de son adresse électronique pour rester en contact avec lui...
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
FA Fabricia Globetrotter ·
Hanoï (suite) et Baie d'Ha-Long en images.
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
PA Parvat Globetrotter ·
Géniaaaaal!!! Merci très chère Fabricia!!!!!😎
Fainéanter dans un monde neuf est la plus absorbante des occupations... (N.Bouvier)
FA Fabricia Globetrotter ·
Petit matin à Hanoï. Dès le lever du soleil, les rues retrouvent leur animation bourdonnante. Au coeur de la ville, une étrange construction posée sur un socle de béton, trempant dans un bassin fleuri de lotus au milieu d'un jardin public où se pressent quelques visiteurs : la "Pagode à pilier unique" est devenue l'emblème de Hanoï.

A proximité de ce charmant pagodon, un édifice de pierre dorée abrite le musée consacré à Ho Chi Minh et le mausolée du grand homme. Comble de malchance pour nous : tout est fermé au public. Tous les ans, à pareille époque (novembre), la dépouille de l'Oncle Ho est envoyée à Moscou chez les spécialistes de l'entretien des momies célèbres, à l'instar de Lénine qui subit, lui aussi, le "lifting" annuel obligatoire... Il reste à visiter la dernière demeure du héros de la réunification, une petite maison de bois blottie dans un jardin zen. C'est un chalet de style alpin, de modestes dimensions, que ce personnage discret avait choisi comme résidence, dédaignant le palais officiel, bien trop luxueux à ses yeux. Quelques soldats en uniforme viennent relever la garde permanente autour de ces lieux protégés.

Un grand gaillard souriant s'approche de nous, il plaisante mon compagnon sur sa barbichette qui lui rappelle son grand'père : le ci-devant J.M. Roujeau est originaire de Los Angeles et vit maintenant en Virginie, district de Shenandhoa.Je le surprends quand je traduis ce nom amérindien, qui signifie "rêve réalisé". (Un étonnant français a construit dans son jardin, il y a quelques années, une fabuleuse goélette qu'il avait baptisée de ce nom étrange, resté à jamais gravé dans ma mémoire...) Nous partageons une boisson fraîche en sa compagnie, dans le parc voisin. Ses ancêtres sont d'origine vendéenne, émigrés en Amérique il y a quelques siècles. Un de mes lointains cousins...peut-être ?

Nous suivons le conseil de notre Routard, dont les pages gourmandes de la ville signalent "L'Indochine", une ancienne maison coloniale aménagée dans un jardin de bambous et de bananiers. Les élégants serveurs s'empressent : dans une jolie salle aux murs ornés des photos de leurs plus célèbres clients, en particulier celle de notre président Chirac le représente dégustant les spécialités de la maison, manifestement conquis par son repas d'après sa mine épanouie... Des plats fins, recettes de gastronome appliquées à la façon asiatique, composent un déjeuner exquis.

Retour vers le lac Hoan Kiem, coeur palpitant du vieil Hanoï, on franchit le pont rouge pour pénétrer dans la pagode laquée de carmin, exhalant des parfums d'encens. Lieu de recueillement et de sérénité bouddhique. Dans les rues voisines, les boutiques des lingères exposent des nappes brodées à la main. Payées de quelques dongs, ces humbles brodeuses ne sauront jamais le prix de revente de leurs oeuvres, que je trouverai également en France, au retour, encore augmentées des taxes et bénéfices intermédiaires. C'est notre avant-dernier jour ici, vite les derniers achats de souvenirs : coussins brodés, jouets en bois, petits bijoux délicats.

Ce soir, nous allons dîner au "Cyclo", dont le patron est un compatriote. A la table voisine, on parle français avec un accent yankee très reconnaissable : revoici notre ami Joe, rencontré ce matin chez Oncle Ho. Il dîne souvent dans ce restaurant, qu'il connaît depuis tant d'années qu'il sillonne le Vietnam. Son premier contact avec ce pays a eu lieu en 1968, avec l'US Air-Force... Plus tard, il a parcouru l'ex-empire colonial français à titre d'expert militaire auprès de l'armée française. C'est un heureux caractère, moqueur et enjoué, voyageant avec son copain Spencer qu'il pilote à travers le Vietnam depuis quelques semaines. Soirée très gaie, évocation de nos vies et échanges d'adresses, pour le jour où ces deux joyeux lurons viendront en France.

Samedi 11 novembre : dernier jour. Tournée des grands palaces, dont le "Daewoo", récent 5 étoiles ultra-moderne construit à l'intention des voyageurs fortunés. La galerie marchande est à l'image du luxueux building. J'y achète trois poupées revêtues de l'ao daï, pour la collection de mes petites filles.

On ne saurait quitter Hanoï sans faire un dernier tour en ville, admirer encore l'Opéra, et déguster le plat du jour au Café des Arts, accoudés aux fenêtres du premier étage pour contempler le spectacle inlassable de la rue. Les marmites où bouillonne le phö sont posées sur le trottoir, et chacun plonge sa cuiller en porcelaine dans la soupe fumante. Attaché par une corde à un tronc d'arbre, devant la porte, un chien de race indéterminée somnole, sans penser au lendemain. Je soupçonne qu'il figurera au menu comme plat unique d'un prochain jour de ripaille !

Nous réglons notre note d'hôtel avec notre carte bancaire, que l'employée utilise au "fer à repasser", ne réussissant pas à obtenir une liaison téléphonique avec la banque, fermée cet après-midi. Nous remontons dans notre chambre pour boucler nos bagages : deux domestiques ont refait les lits pour les clients suivants... Ciel, que font-ils ? Ils ont vaguement rincé les verres du plateau posé sur table et les essuient avec... les draps qu'ils ont sortis de nos lits... et les enveloppent dans un sachet "sanitized for you" ! Nous sommes estomaqués, et nous réalisons brusquement que nous avons bu dans ces verres, essuyés avec... les draps usagés de nos prédécesseurs...

Un taxi nous dépose à l'aéroport international quatre heures avant notre décollage, selon les consignes habituelles. Quelques minutes plus tard, notre chauffeur revient en courant : la secrétaire de l'hôtel demande qu'on paie à nouveau la note de notre séjour, cette fois en espèces, car la transaction n'a pas été enregistrée. Elle promet que notre compte bancaire ne sera pas débité. Un peu inquiets tout de même, nous raclons nos derniers francs et dollars pour calmer la pauvre fille. Nous serons rassurés, à notre retour : aucun retrait n'a été effectué sur notre compte.

Longues heures d'attente dans la salle d'embarquement grouillante de voyageurs. Décollage just in time. Escale à Bangkok : un jeune homme vient s'asseoir sur le siège libre à côté du mien. Il a sorti de son sac un livre passionnant que j'ai lu il y a quelques semaines : "Le Portail" de François Bizot raconte les atrocités commises par les khmers rouges au Cambodge. Mon voisin est un employé d'Air-France qui revient d'un périple en Asie : excellent sujet d'échanges et d'impressions qui vont me faire oublier les longues heures d'un retour en Occident.
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
FA Fabricia Globetrotter ·
Quelques photos.
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
DO Dolma Globetrotter ·
Ce post nostalgique mais aussi si drôle ! sans doute veux-tu nous faire oublier que c'est le dernier de cet émouvant carnet...?

J'espère que tu prépares déjà le prochain récit que je partagerai avec toujours le même bonheur (tu connais mon impatience je crois).

A très bientôt.

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
ST Stanzarth ·
Fabricia,

Quel joli récit incitant au voyage, rien que des mots qui font rêver : jonque, sampan, gecko ! ....

J'attends la suite avec impatience ...
TI Tican ·
Bonjour Fabricia

Une incursion à "La Caravelle", palace 5 étoiles, fief des riches hommes d'affaires étrangers qui viennent signer de juteux contrats avec leurs homologues locaux. Le communisme n'interdit plus les échanges internationaux : le Vietnam ayant compris tout l'intérêt du capitalisme mondial. Implantations des usines Mercédès, General Motors, Renault, etc... Les boutiques de l'hôtel vendent de très beaux objets artisanaux dont les prix sont à la mesure des portefeuilles bien garnis.

Place Lam Son, le Théâtre "Belle époque" inauguré en 1900, a retrouvé sa vocation après avoir été pendant quelques années le siège de l'Assemblée nationale. Pimpante architecture rococo blanche et rose. Juste en face du Caravelle, la façade fraîchement repeinte du Grand Hôtel Continental évoque les heures de gloire de cet établissement mythique. Au temps de l'empire indochinois, c'était le lieu de rendez-vous des célébrités

Que de souvenirs ... Je suis né et j'ai passé mon enfance dans ce quartier Cong Truong Lam Son ( Place Lam Son ) jusqu'en 1975. J'ai quitté ma famille pour arriver au Canada. Je suis revenu en 1995, après 20 ans de séparation. J'ai encore l'image des soirées chaudes et humides, nous étions au parc, en face du théâtre avec les amis. Que de souvenirs... 😕😕😕

Tican
MO MoniqueM Globetrotter ·
Bonjour Fabricia, Bravo pour ton merveilleux compte rendu sur l'Indochine!!

J’ai glané des infos dans de nombreux guides touristiques pour préparer ce prochain voyage et faire mes choix de visites. Voilà qu’en lisant ton CR, tout s'éclaire comme par magie; je me sens tout à fait rassurée sur mes choix (itinéraire, visites, certains hôtels...). Je trouve ton CR un condensé du meilleur des meilleurs guides touristiques – imagé, pratique, informatif en tout point, humoristique et si agréable à lire. Quel magnifique résumé! MERCI!

Il m'a rappelé de beaux souvenirs du Vietnam: «jeunes demoiselles en ao-daï sur leur grand vélo», les chapeaux coniques, le beau, le moins beau.... J’ai bien ri quand tu parlais des «haltes commerciales inévitables, d'un guide aux paroles insipides» - oui, leurs explications sont souvent beaucoup trop longues surtout quand on a lu sur le sujet.

Merci et félicitations pour ce captivant CR digne d’un écrivain. J’appuie sans réserve, 10 ans plus tard 😉, tous les commentaires élogieux que tu as reçus.

MoniqueM « Emmenez- moi au bout de la terre Emmenez-moi au pays des merveilles...»
MO MoniqueM Globetrotter ·
un livre passionnant que j'ai lu il y a quelques semaines : "Le Portail" de François Bizot raconte les atrocités commises par les khmers rouges au Cambodge.

J'ai lu sur ce sujet: «L’enfant kmère ou l’instinct de survie» de Gail Sheehy – émouvant, bouleversant! Peux-être l'as-tu lu?

Quand tu auras le temps, pourrais-tu me recommander deux ou 3 autres livres captivants (qui se lisent aussi bien que ton CR si possible 😉...), que je pourrais apporter en voyage (donc, pas trop encombrants) pour m’aider à mieux supporter les longues heures d’attente dans les aéroports? Je constate que tu es une lectrice hors pair et que tu as lu d’innombrables romans fondés sur des récits historiques. Je cherche des romans incontournables qui se rapportent soit aux temples d’Angkor ou à Luang Prabang (Laos) ou au Vietnam.

Je pensais aux suivants: «Un pèlerin à Angkor» de Pierre Loti «Un Américain bien tranquille» de Graham Green ? Qu'en penses-tu? Autres suggestions? Monique
MoniqueM « Emmenez- moi au bout de la terre Emmenez-moi au pays des merveilles...»
FA Fabricia Globetrotter ·
🙂 Merci beaucoup, Monique, d'avoir lu et apprécié ma "Nostalgie" ! Ce fut un merveilleux voyage qui m'a laissé d'excellents souvenirs et je t'envie de partir vers ce Sud lointain au passé riche et émouvant.

Une belle saga fut écrite par Erwan BERGOT, au joli titre de "Sud Lointain", consacrée à l'Indochine et que j'ai lue avec plaisir avant d'aller dans ce Vietnam d'aujourd'hui. Trois tomes existent en édition Poche : 1/ Le courrier de Saïgon - 2/ La rivière des parfums - 3/ Le maître de Bao Tan. Tu trouveras certainement ces livres à la superbe librairie "INDIGO", rue Ste Catherine à Montréal : lors de mon séjour dans cette ville, en 2011, j'ai eu le coup de foudre pour ce paradis des lecteurs et ce fut une visite presque quotidienne et à chaque fois, j'ai trouvé de quoi satisfaire ma passion des livres ! Amicalement à toi. P.S. Quel bonheur d'avoir découvert, visité et aimé Montréal-Québec et leurs environs durant 3 belles semaines... Coup de coeur immédiat !
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
FA Fabricia Globetrotter ·
Voici quelques autres titres consacrés au Vietnam : (j'y suis allée en novembre 2000) :

- "La montagne des parfums" de Pedro NGUYEN LONG-Georges WALTER" (1996) - Livre de Poche n° 14514

"Mourir pour le Vietnam" de Charles COLLINGWOOD - (1970) - Presses de la Cité

"Vandenberghe, le seigneur du delta" de Erwan BERGOT (1973) - Livre de Poche

"Souvenir du Vietnam" de Danielle STEEL - (1990) - Presses de la Cité...

Très bons aussi : "Un pèlerin d'Angkor" de Pierre Loti et "Un Américain bien tranquille" de Graham Green

Liste non exhaustive, il y en a des centaines.. Ce pays foisonne de récits d'histoire et de civilisation. Magnifique !
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
MO MoniqueM Globetrotter ·
Merci, Fabricia, pour toutes ces belles suggestions. Oui, la littérature ne manque pas sur les pays d'Indochine - on n'a que l'embarras du choix!

J'aime bien la librairie Indigo moi aussi, mais j'avoue que j'essaie le plus souvent de me procurer mes livres de lecture à la bibliothèque. Je viens de vérifier leur catalogue et aucun des livres que tu m'as suggérés n'y figure 😕 - sauf celui de Graham Greene que j'irai chercher sous peu. Il me faudra donc me résoudre... à aller bouquiner chez Indigo bientôt - remarque qu'une fois sur place, j'adore - c'est le déplacement qui me pèse car on n'a plus d'Indigo près de chez nous - ce que je le manque!

J'aurai la chance de connaître 2 des hôtels dont tu as parlé: le Vinh Hung Resort à Hoi An et le Saigon Morin à Hué. Tes remarques me seront très utiles. Merci vivement!
MoniqueM « Emmenez- moi au bout de la terre Emmenez-moi au pays des merveilles...»

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