S'il est un voyage dont je rêvais depuis très longtemps, et que je n'avais eu de cesse de toujours remettre à plus tard, c'était bien celui-là. Ce rêve était encore plus ancien que mon attrait pour ma Chine, et ce dernier ne lui était d'ailleurs pas tellement étranger. Ca doit en fait remonter au superbe documentaire télévisé d'Haroun Tazieff "retour à Samarcande" qui doit dater du début des années 90. En m'intéressant à Samarcade, j'ai finalement été obligé de me documenter sur l'histoire de l'Asie Centrale, et, inévitablement, d'aborder celle des Mongols. C'est plus tard en visitant la biographie de Gengis Khan et l'histoire de son empire que j'ai été forcé de m'intéresser à la Chine et d'enfin de m'imprégner de ce milieu qui est aujourd'hui le mien. Il n'était donc que justice que je fasse physiquement le trajet inverse, et que de Chine, je rejoigne les villes mythiques de la jeune République d'Ouzbékistan.
La première étape fut de demander un visa ouzbèke. J'ai tout d'abord été étonné lorsque l'Ambassade de Pékin m'a donné un numéro de téléphone portable lorsque j'ai demandé comment joindre le consulat de Shanghai. J'ai appelé ledit numéro, et suis tombé sur un homme très accueillant qui m'a clairement expliqué les pièces à produire et la marche à suivre. Il m'a également suggéré de lui passer un coup de fil avant d'aller à son bureau, car il y est seul et est parfois en déplacement. Ce fut notamment un peu plus tard lorsque je l'ai appelé quannd il était en déplacement à Pékin. Lorsqu'il eut fini de me réexpliquer la marche à suivre à distance, il se laissa aller à un "merci de venir visiter notre pays", avec une voix émue qui traduisait autre chose qu'une simple formule de politesse. Charmante entrée en matière!
Je me suis rendu la semaine suivante à son bureau, situé dans une tour de bureau voisine du Bund et toute proche du consulat russe, et qui n'est en fait pas un consulat mais l'agence d'Ouzbekistan Airways qui a cessé d'opérer à Shanghai. La décoration n'a cependant pas changé, et le grand bureau vide et joliment décoré était toujours aux couleurs de la compagnie nationale. Tandis que j'entendais le consul s'entretenir en ouzbèke au téléphone, la secrétaire m'a invité à m'asseoir dans un confortable fauteuil d'où j'ai fauché quelques brochures touristiques et une carte du pays qui trainaient sur les étagères. Une fois sa conversation terminée, un grand gaillard au faciès centre-asiatique est venu m'accueillir et m'a fait rentrer dans la salle de réunion en me proposant du thé ou du café.
Il allait m'assister lors du remplissage du formulaire en commentant chaque case malgré la simplicité des questions posées. En fait il en profitait pour faire la conversation car, manifestment, il n'était pas débordé par son activité. Nous avons discuté un bon moment. Ca faisait un an qu'il était à Shanghai et c'est lui qui a ouvert ce bureau. La conversation était donc plutôt celle entre deux expatriés qu'entre un employé consulaire et un demandeur de visa. Puis nous avons discuté un petit moment des possibilités touristiques du pays, cartes et photos à l'appui, et c'est avec plaisir que j'ai répondu à ses questions sur la France.
En début de semaine suivante, sa secrétaire m'a téléphoné pour me dire que le visa était prêt et que je pouvais passer le prendre. Je suis donc retourné à son bureau le lendemain, et cette fois c'est en langue française que Monsieur le Consul est venu m'accueillir, en s'excusant du fait que je doive attendre une dizaine de minutes supplémentaires le temps qu'il prépare le visa et qu'il le colle sur mon passeport. Des excuses??? On croit rêver! Pendant ce temps-là, des ouzbeks déambulaient dans la salle d'accueil, en me saluant d'un geste de la main portée sur le coeur, à la manière des iraniens.
Le consul m'a finalement tendu mon passeport agrémenté d'un visa bleu et vert aux couleurs du pays, et en me demandant de lui téléphoner à mon retour d'Ouzbékistan pour que je lui raconte mon voyage!
Cette entrée en matière spectaculaire - tous les demandeurs de visa de par le monde savent à quel point l'arrogance et l'impolitesse du personnel consulaire de tous les postes diplomatiques de tous les pays peut atteindre des sommets - était un prélude au formidable accueil que ses compatriotes allaient me réserver un peu plus tard.
Quelques temps plus tard, j'ai reçu mes billets d'avion, et ai ressenti une émotion certaine en voyant le dernier arriver: Samarcande et mon nom figuraient dessus.
Comme j'avais envie de faire un voyage inoubliable, j'ai décidé d'épuiser mon quota de galères au moment du départ, pour me réserver de bons moments par la suite. Je n'ai pas chômé, et me suis donc offert quelques moments de stress inoubliables les derniers jours avant le départ. Je passe sur la plus belle d'entre elles qui concernait le renouvellement de mon visa chinois qui aurait en principe dû m'empêcher de quitter le territoire chinois pendant la période des vacances. J'ai finalement réussi à la surmonter, et ai finalement arrêté mon itinéraire définitif, qui n'était certes pas le plus simple: Shanghai - Hong Kong - Pékin - Tachkent - Samarcande, le tout en envion 48 heures.
C'est à Hong Kong que les problèmes directement liés au voyage ont commencé à surgir, quand l'avion d'Air China (décidemment, cette compagnie ne m'apporte jamais rien de bon) que je devais prendre à destination de Pékin a décidé de rester immobile à son point de départ, bien que tous les passagers aient embarqué. Toutes les lumières de l'avion ont fini par s'éteindre, laissant présager un ennui technique qui, je l'espérais, ne nous retarderait pas tôt. Il était hors de question de décoller le lendemain, car tout le parcours et donc le voyage s'effondrerait comme les défenses d'une ville-oasis face aux assauts d'une cavalerie tartare. Les lumières ont quand même fini par se rallumer, mais nous n'avons pas décollé pour autant. L'hôtesse a fini par nous dire qu'une tempête à Pékin rendait incertain notre décollage et que l'équipage était en attente d'instructions. Je n'arrivais pas à avaler son histoire et je bouillais intérieurement.
A côté de moi, des dongbeiren (des chinois du Nord-est) commençaient à s'impatienter aussi. Les dongbeiren ont le sang chaud et une mauvaise réputation mais je m'entends en général bien avec eux. J'allais donc essayer de les mettre de mon côté afin d'organiser une petite cellule de crise dans l'avion et tenter d'avoir des informations plus claires. Je n'ai eu aucun mal à acculer l'hôtesse... dans ses derniers retranchements en mettant le doigt sur les contradictions flagrantes de son discours (la tempête n'était finalement pas à Pékin mais sur le parcours, et il était interdit de la contourner, si si! Qu'est-ce que ça peut être stupide une hôtesse de l'air chinoise quand même!) Les dongbeiren ont fini par acquiescer à mes propos et hausser le ton. Je n'avais plus qu'à les laisser faire et à regarder le spectacle avec une mine réjouie. Hélas, tout ce qui intéressait les dongbeiren était de savoir quand on allait manger et ils ne m'ont guère aidé à obtenir des informations pertinentes. J'ai donc fini par demander à l'hôtesse ce que faisaient tous ces techniciens autour de l'avion, et pourquoi on avait amené un énorme tuyau (j'ai supposé que c'était pour le ravitaillement). L'hôtesse a refusé de répondre, mais finalement le tuyau a été évacué et l'avion a décollé. Je suppose que c'était un tuyau anti-orages.
Le lendemain matin, à Pékin, j'ai pu constater la terrible inefficacité du système d'enregistrement des passagers d'Uzbekistan Airways, et, après avoir fait une heure de queue au milieu de passagers turkmènes (la première fois que je voyais en chair et en os des ressortissants du mystérieux et totalitaire Turkménistan), et m'être finalement présenté quasiment en dernier devant le comptoir, un chinois m'a benoîtement dit que je ne pouvais pas monter à bord car mon billet avait été annulé et qu'il n'y avait pas de place pour moi à bord. L'agent avait manifestement fait une erreur, ce que la compagnie a reconnu, mais la seule solution qui m'a été proposée a été d'attendre 24 heures aux frais de la compagnie. J'ai refusé, et ai dû montrer les crocs pour leur faire comprendre que c'était inacceptable, et finalement, le responsable ouzbek de la compagnie est venu et m'a fait surclasser en Première. Merci Monsieur!
Après avoir bousculé quelques nord-coréens qui me faisaient perdre du temps dans l'aéroport, j'ai couru jusqu'à l'avion, en ayant tout juste le temps de remarquer que le vol pour Pyongyang partait juste après à la même porte d'embarquement, mais je n'ai pas fait tellement attention à ce détail. Une fois à bord, je me suis effectivement retrouvé en première, à côté d'un ouzbek qui avait aussi été surclassé et qui profitait de l'aubaine pour vider gratuitement les réserves de vodka de l'appareil (voire de la compagnie). Malgré ses demandes répétées et insistantes, j'ai refusé de me joindre à son entreprise et l'ai laissé tranquillement savourer son breuvage. A ma droite, une dame apparemment de grande importance monopolisait tous les soins de l'équipage, puis du personnel de l'aéroport à l'arrivée. Sans doute une épouse de ministre ou quelque chose comme ça.
Bon an mal an, j'ai finalement atterri à Tachkent avec juste une heure de retard. Le plus gros était fait, j'étais maintenant en Ouzbékistan.
L'aéroport de Tachkent m'a rapidement rappelé celui d'Irkutsk, qui était le seul que je connaisse en ex-union soviétique. Pas très grand, un hall à bagages plutôt chaotique, et un passage de la douane assez pointilleux... pour certains. A l'aller comme au retour, c'est le passage de la douane qui s'avérait le plus long et le plus problématique, non pas en raison de la fouille des bagages qui était inexistante, mais en raison de la montagne de papiers que certains devaient remplir, et faire viser et tamponner. Même la déclaration en douane la plus simple prenait une tournure bureaucratique des plus exaspérantes, mais cela faisant partie du jeu, j'ai fait contre mauvaise fortune bon coeur.
La première chose à faire ensuite fut de changer de l'argent au petit bureau de change de l'aérogare. La bonne nouvelle, c'est que le taux de l'euro était très intéressant, en raison de son appréciation toute récente. La mauvaise nouvelle, c'est que la monnaie ouzbèke, le sum, ne se décline qu'en petites coupures de 1000 et moins. 1000 sums, ça fait 0.6 euro, ce qui veut dire qu'on est en permanence obligé d'avoir une liasse de billets sur soi, si on veut prévoir une quelconque dépense même légère. Quand on aime voyager léger comme moi, ça oblige à avoir une poche un peu gonflée de billets, ce qui n'est jamais agréable. Apparemment, ma réaction en voyant les liasses qu'on m'a mis dans un sac a fait rigoler les deux employées du bureau.
J'avais plusieurs heures à tuer avant de prendre mon avion pour Samarcande, et ai donc décidé de les employer à laisser ma valise quelque part, et à partir en centre-ville avant de retourner à l'aéroport en début de soirée. Il fallait pour cela me rendre à l'aérogare des vols nationaux, ce qui m'a semblé être une tâche plus complexe que prévu lorsque j'ai mis le nez hors de l'aérogare. Aucune indication nulle part, ni en anglais, ni apparemment en russe ni en ouzbek. Je suis retourné dans le minuscule aérogare des vols internationaux et ai trouvé, ô miracle, un bureau d'information. La dame ne parlait hélas pas anglais, ou quasiment pas, et je n'ai pas réussi à lui faire comprendre que je cherchais juste le terminal domestique, une question somme toute pas trop difficile à condition de la comprendre. Une fois que j'ai réussi à me faire comprendre, la dame a décroché son combiné pour tenter de trouver la réponse à ma demande. Je ne tiens pas à jeter la pierre à cette brave dame. Après tout, il n'est pas aberrant de ne pas connaître la localisation du terminal domestique lorsque l'on travaille au bureau d'information de l'aérogare international, même quand les deux aérogares sont en fait séparés d'une centaine de mètres. Après avoir raccroché, elle m'a finalement indiqué de sortir et de prendre sur la droite, ce que j'ai fait.
En chemin, un petit vieux m'a abordé et a fait mine de demander ce que je cherchais. J'ai baragouiné "airport" "samarkand" et il m'a indiqué la direction à prendre, à cinquante mètres de là. Je l'ai remercié, mais en échange il m'a demandé de lui payer 5 dollars pour l'aide qu'il venait de m'apporter. Je lui ai expliqué dans un anglais aussi oxfordien que possible qu'une telle demande n'était pas tout à fait conforme à l'idéal de l'hospitalité ouzbèke que je m'étais fait, mais il ne comprenait apparemment pas et se contentait de répéter le mot "dollar". Finalement j'ai réussi à le semer et ai pénétré dans l'aérogare domestique.
Là, la mission se compliquait car il s'agissait d'expliquer que je voulais déposer ma valise quelque part en attendant mon vol, une demande beaucoup plus complexe que la précédente. Après quelques vaines tentatives, j'ai fini par tomber sur une dame qui parlait quelques mots d'anglais, et qui, entendant ma demande, a apostrophé un autre employé de l'aéroport: "hey, Borat, blablabla, blabla, blablabla". Ciel, un Borat, un vrai! Comme dans le film, mais sans la moustache! Comme avant de partir en Ouzbékistan, certains amis peu au fait de la géographie centrasiatique m'avaient chargé de passer le bonjour à Borat, je me suis exécuté et lui ai fait un petit signe de la main en rigolant intérieurement. Finalement, j'ai pu laisser ma valise derrière le comptoir d'enregistrement moyennant une petite somme.
En ressortant, le petit vieux m'a rejoint pour cette fois me proposer les services d'un taxi. Le prix demandé était exorbitant, mais j'ai fini par le ramener presqu'au niveau du prix que la dame de l'aérogare m'avait suggéré comme étant le vrai prix, et je suis monté dedans. Il était temps, la chaleur de ce milieu d'après-midi commençait à devenir pesante.
N'ayant aucune idée de ce que je voulais et pouvais faire à Tachkent en quelques heures, j'ai décidé de me rendre sur la Place Amir Temur, et de là, me promener un peu au hasard. Je n'ai en revanche pas pu visiter le musée d'Amir Temur à deux cents mètres de là, qui était fermé en ce jour de Fête du Travail.
La statue d'Amir Temur était bien telle que je l'imaginais, majestueuse, le tyran chevauchant une fière monture, son arme à la main. Amir Temur, c'est en fait le nom local du conquérant plus connu en Occident sous le nom de Tamerlan, ou Timur Leng, ou encore Timur le boîteux. Ce turco-mongol de la fin du 14ème siècle était sans doute un des plus redoutables et des plus emblématiques conquérants qu'ait connu l'Asie Centrale, dont l'histoire fut et reste encore pourtant riche en tyrans tous plus cruels les uns que les autres. Mais Amir Temur est chez nous le plus connu d'entre eux, notamment grâce au fait qu'il soit à l'origine d'un des âges d'or de Samarcande, et au fait qu'il ait été un allié de circonstance de certaines puissances occidentales combattant d'autres tribus turques (et notamment Byzance qui n'avait pas encore succombé aux assauts des turcs ottomans).
Amir Temur est devenu un symbole national dès après l'indépendance de la nouvelle République d'Ouzbékistan. Ce pays sans histoire, sans véritable unité géographique ni ethnique avait besoin d'un socle rassembleur, et les dirigeants de l'époque ont alors trouvé en Tamerlan le candidat idéal pour jouer ce rôle. Et pourtant... quelle absurdité! Amir Temur n'était certainement pas ouzbek, ce peuple n'existant d'ailleurs sans doute même pas encore à l'époque timouride. Son origine ethnique reste d'ailleurs plutôt floue, même s'il se plaisait à dire qu'il était un des descendants de Temudjin, le Gengis Khan. Ce n'est pas impossible. Mais admettons quand même qu'il devait bien puiser quelques origines communes proto-turques avec le peuple ouzbek qui allait occuper plus tard sa terre natale. Cette falsification historique est d'autant plus comique que c'est justement un descendant de Timur, Babur le fondateur de l'empire moghol en Inde, qui fut délogé de Samarcande par les ouzbeks quelques générations plus tard. J'ai d'ailleurs posé la question à plusieurs ouzbeks éduqués au cours de mon voyage, qui étaient tous d'accord avec le fait que la récupération du mythe de Tamerlan par le président Karimov et sa clique était une sacrée supercherie, peut-être même une des plus remarquables de l'histoire récente.
Mais là n'est pas le plus préoccupant. Au-delà de ces considérations ethniques qui n'intéressent pas grand monde, se pose un problème ethique bien plus grave. Si Tamerlan fut bel et bien l'initiateur de la splendeur d'une nouvelle Samarcande et probablement un chef politique et militaire de génie, il n'en reste pas moins un incomparable massacreur, un fléau de Dieu, que l'embrassement de la religion musulmane et donc d'un fond civilisateur ne suffit pas à distinguer de ses prédécesseurs gengiskhanides et autres tartares avides de sang. Tamerlan, ce n'est pas que les coupoles et les minarets étincelants de Samarcande, c'est aussi des pyramides de plusieurs dizaines de milliers de têtes érigées à l'entrée des villes prises par le conquérant qui faisait alors régulièrement exterminer la population vaincue. Certes, le procédé n'est pas nouveau, et une telle pratique était déjà courante dans la Chine si civilisée à l'époque des Royaumes Combattants, mais Tamerlan avait la particularité de préserver systématiquement la vie des artistes, pour les emmener à Samarcande où ils pourraient bâtir une cité à sa gloire, ce qu'ils ont fait. L'éclat de sa nouvelle capitale n'a donc été possible que grâce à la ruine de villes entières et à des pertes humaines colossales. C'est un "détail" qu'il ne faut pas perdre de vue lorsque l'on s'extasie à juste titre devant les merveilles de Samarcande, dont en fait bien peu datent vraiment du règne du tyran.
Toujours est-il que l'Ouzbékistan du XXIème siècle ne s'encombre pas de telles considérations morales et semble n'avoir aucun problème à inonder ses villes principales de statues et de portraits d'Amir Temur. La seule légitimité à un tel culte est d'ordre strictement géographique, le territoire d'origine et le centre de l'empire timouride étant effectivement situé dans les frontières actuelles de l'Ouzbékistan. Mais la mobilité des frontières des empires et des royaumes, et surtout des peuples, de l'époque était telle qu'une telle coïncidence géographique n'est que bien peu probante.
S'il s'est bien trouvé quelques ouzbeks sur mon chemin pour avoir une telle vision critique du personnage, nombreux sont ceux à qui j'ai posé la question et qui trouvaient qu'Amir Temur était somme toute un gars plutôt bien. Qui sait, peut-être que d'ici 600 ans, les gens trouveront-ils normal d'aduler Hitler... Le temps efface toutes les plaies, dit-on.
L'Asie Centrale, terre de tous les tyrans et terre de tous les excès devint naturellement un extraordinaire vivier à dictateurs lors de la chute de l'Union Soviétique, et l'Ouzbékistan n'a pas échappé à la règle, même si son président, Monsieur Islam Karimov, n'est pas le pire de la région ni de l'ex-URSS.
Impossible d'ignorer qui est Karimov, son portrait apparaît souvent en ville, sur des affiches de propagande, dans des musées, des journaux, voire même de petites échoppes. C'est le grand leader du pays, qui a instauré un mini-culte de la personnalité, certes incomparable avec celui du Turkménistan voisin, mais qui prête quand même parfois à sourire. Il n'est pas impossible que le personnage se soit trouvé quelques affinités avec Amir Temur mais il est heureusement beaucoup moins violent, impératifs modernes obligent. De Karimov, on sait peut de choses en occident, sinon qu'il dirige le pays avec une main de fer, qu'il a peur des islamistes, qu'il joue un double jeu entre les américians et les russes, et qu'il a donné l'ordre d'une répression dure à Andijan il y a un an ou deux. Mais le bilan de Karimov est probablement plus complexe et subtil que cela, et j'ai tenté pendant ce voyage, à ma modeste échelle, d'en peser le pour et le contre.
J'ai été particulièrement bien servi, car les personnes interrogées m'ont fait part de tous les sons de cloche possibles et imaginables, et il ne m'est guère facile d'en faire une synthèse. Pour les uns, son bilan est positif et se mesure à l'aune de l'absence de pauvreté dans le pays, au fait qu'il ait réussi à en maintenir l'unité, et au fait qu'il ait fait des efforts pour en restaurer le patrimoine culturel. Pour les autres, son bilan est négatif en ce qu'il est coupable de nombreuses violations des droits de l'homme, ne supporte aucune opposition, et a une politique économique désastreuse qu'il dissimule au peuple. D'autres, enfin, ont simplement éludé la question ou fait semblant de ne pas la comprendre, sans doute de peur de s'attirer des problèmes. Bien que ces quelques briques d'information soient plutôt simplistes, elles permettent néanmoins d'y voir un peu plus clair dans l'oeuvre de Karimov dont le bilan semble assez contrasté: je suppose qu'il mène une politique suffisamment équilibrée pour garantir la stabilité du pays et de son pouvoir, mais qu'il ne fait rien dans le sens d'une réelle amélioration des conditions de vie de son peuple. En gros, il assure juste le minimum syndical pour se maintenir au pouvoir, en faisant le pari que les gens n'oseront pas se révolter. Reconnaissons-lui quand même le mérite d'avoir su préserver un pays réellement multiculturel où, apparemment, il y a très peu de frictions entre les différentes ethnies.
Beaucoup de gens semblent en revanche regretter sa rupture avec les Etats-Unis (officiellement en raison des événements d'Andijan, mais bien plus probablement parce que les américains n'ont pas supporté le refus de Karimov de maintenir des bases américaines dans le pays). Cette rupture prive de nombreux ouzbeks de chances d'émigrer ou d'aller se former en Amérique, un rêve que de nombreux jeunes caressent.
Non loin de la Place Amir Temur, Karimov a fait construire un vaste ensemble moderne de places, de jardins et de palais gouvernementaux flambant neufs censés constituer la vitrine d'un Ouzbékistan prospère. L'ensemble n'est pas particulièrement beau, mais il est intéressant de s'y promener, surtout s'agissant d'une première prise de pouls du pays. S'agirait-il d'une pâle copie des monuments mégalomanes construits par les voisins turkmènes et kazakhs? Un globe terrestre perché au sommet d'une colonne, et sur lequel apparaît une carte de l'Ouzbékistan démesurément grande se dresse ainsi en plein Tachkent, mais également dans d'autres villes jusque dans la lointaine république autonome de Karakalpakie. C'est apparemment un des symboles du pays.
6. Les ouzbeks, les russes, les tadjiks, les karakalpaks, les coréens, et les autres
Un des grands plaisirs de voyager en Ouzbékistan et d'en côtoyer la population, est que sa société est multi-raciale, multi-ethnique et pluri-linguistique. A côté de la majorité ouzbèke, existent une large minorité russe et une tout aussi large minorité tadjike, ainsi que d'autres ethnies plus minoritaires. A Tachkent, il y a même une minorité coréenne visible au travers d'enseignes écrites en coréen dans la rue. Le bilinguisme ou le trilinguisme sont de rigueur dans cette ancienne république soviétique où la langue russe est largement pratiquée.
Ce melting pot apparemment réussi est visible à Tachkent plus que dans le reste du pays, et c'est la première chose qui saute aux yeux lorsque l'on regarde au travers de la vitre de la lada qui fonce de l'aéroport au centre-ville. La population de la capitale, et à une moindre échelle du reste du pays, est ainsi constituée de visages allant du plus pur type slave à un type sino-mongol qui passerait inaperçu dans une métropole chinoise, en passant par des faciès presque indiens et des moyen-orientaux typiques. A côté de tout cela, toutes les nuances de métissage coexistent, et c'est un réel plaisir que d'en observer les traits et parfois de déceler des caractéristiques communes entre des visages pourtant très différents.
Ce métissage est le résultat de plus de deux millénaires de brassages forcés de population. Les foyers de civilisation de la route de la soie étaient au carrefour du monde chinois, du monde indien et du monde iranien, puis plus récemment du monde russe, mais également à la lisière entre le monde sédentaire et le monde nomade. Les mouvements de population et invasions furent incessants et toutes les grandes familles ethniques du continent eurasiatique sont déjà passées par là. Plus récemment, la colonisation russe puis la soviétisation de l'Ouzbékistan ont sans doute encore accéléré ce métissage en introduisant davantage de gênes slaves.
Pour qui aime regarder les filles, ce paysage multiethnique est un régal permanent, d'autant plus que les tenues vestimentaires sont en général très jolies, pour ne pas dire provocantes dans la capitale. Que l'on soit amateur de beautés blondes, extrême-orientales, iraniennes, moyen-orientales ou métisses, il y en a pour tous les goûts, et la proportion de jolies filles dans la population semble être largement plus élevée que dans de nombreux autres régions du monde. Tous les autres touristes mâles avec qui j'ai eu l'occasion d'en discuter étaient unanimes sur ce point: l'Ouzbékistan est un des pays au Monde où les filles sont les plus belles, et ce fut une des très nombreuses bonnes surprises du voyage.
Du point de vue linguistique, il est en revanche plus difficile de patauger lorsqu'on ne parle aucune des langues locales. Si le russe et l'ouzbek semblent être plus ou moins universellement répandus, ne pas les parler induit de lourds efforts pour se faire comprendre. Le persan fut autrefois lingua franca dans la région, mais a aujourd'hui quasiment dipsaru, si ce n'est dans une forme largement influencée par les apports turcs, le tadjik. A Samarcande et à Boukhara, où les tadjiks sont je crois majoritaires, j'ai parfois essayé de bredouiller quelques phrases ou mots en persan avec un succès très limité, mais c'était toujours mieux que de ne pouvoir rien dire du tout.
L'anglais progresse assez rapidement, mais reste encore une langue marginale dont la majorité de la population n'a aucune ou quasiment aucune notion. Malgré tout, le nombre de locuteurs de l'anglais, à un plus ou moins bon niveau, est suffisamment important pour ne pas être complètement perdu et pouvoir faire de belles rencontres. Le français et l'allemand progressent aussi, probablement poussés par la pression touristique venant essentiellement d'Europe continentale.
Avant toute chose, qu'il me soit permis de déclarer que je n'ai absolument rien contre les avions russes en général ni les Antonov 24 en particulier, et que j'ai d'ailleurs le plus grand respect pour l'ingénieur soviétique Antonov et son travail, et puis que j'aime bien aussi la vodka, la musique russe et les blagues sur les ladas. Mais ce petit voyage en Antonov 24 de Tachkent à Samarcande, je m'en souviens encore comme si c'était hier, ce qui n'est en fait pas si étonnant puisque ça ne fait guère qu'une quinzaine de jours.
Et puis d'abord, le retour à l'aéroport de Tachkent, en début de soirée, dans une ambiance surréaliste d'aérogare entièrement vide. Serais-je donc le seul à bord de cet avion? Finalement, quelques minutes avant l'embarquement, une poignée d'autres passagers m'ont rejoint dans la salle d'embarquement, et nous avons été conduits au pied de l'Antonov 24, une bestiole assez robuste flanquée de deux moteurs à hélices et pouvant transporter environ 60 passagers. Les mauvaises langues traitent parfois ce genre d'aéronef de lada volante mais ce n'est pas très gentil car l'Antonov 24 a une solide histoire derrière lui. Bon, certes, c'est une histoire plutôt longue, et certes, elle n'a pas toujours été rose, mais statistiquement, j'avais plus de chances d'arriver vivant à Samarcande que mort au Paradis des athées. Nous n'étions en fait que 10 passagers, ce qui assurait une ambiance assez étonnante à bord, d'autant plus que la nuit était en train de tomber. En fait j'étais plutôt content de voler là-dessus, ça me changerait des Tupolev et autres Iliushin que j'avais pris pour aller en Corée du Nord et en Sibérie, et bien sûr des Boeing qu'Uzbekistan Airways réserve aux vols internationaux.
Enfin bref, l'avion a commencé à rouler sur la piste à l'heure, et j'avoue avoir jusqu'alors sous-estimé les vibrations dans la cabine induites par le vrombissement de plus en plus intense des moteurs. Ca bougeait bien! Et puis ça fasait un sacré bruit ces machines! Mais c'est un bruit finalement assez doux, dont on finit par s'accommoder. L'hôtesse nous a rapidement servi un verre d'eau gazeuse avant d'aller se rasseoir. L'avion n'a pas eu besoin de beaucoup d'élan pour décoller, la vitesse d'envol étant atteinte assez vite. Voilà une bonne chose de faite, une bonne heure plus tard, je serais enfin à Samarcande au terme d'un périple que je commençais à trouver très long.
Ce que je n'avais pas prévu, c'était les éclairs que je commençais à voir quelques minutes après le décollage de Tachkent. Depuis quand y a-t-il des orages dans cette région? Et pourquoi ça arrive quand je suis à bord d'une lada volante? Bon, pas grave, c'était plutôt joli à voir, et je me disais que le pilote ne serait pas assez con pour affronter l'orage. En fait il n'a effectivement pas été assez con pour ça, mais il s'en est quand même bien approché. Là, je rigolais de moins en moins, d'autant plus que l'avion bougeait de plus en plus, et qu'un trou d'air est différemment ressenti à bord d'un produit de Monsieur Boeing ou de Monsieur Airbus qu'à bord du joujou de Monsieur Antonov. Finalement je me suis aggripé aux accoudoirs qui n'étaient guère plus stables que l'ensemble de l'appareil, tout en sentant poindre les premières perles de sueur sur mon front. Le diagnostic était sans appel: j'affrontais ma première peur en avion, ainsi q'un mini mal de l'air qui commençait lui aussi à se faire sentir.
Une gamine à l'avant de l'appareil a poussé des cris au début des secousses, histoire de mettre un peu plus d'ambiance à bord, tandis que le reste des passagers était étonnamment stoïque. Je m'étais toujours dit que Samarcande serait un bel endroit pour mourir, mais je préférais quand même commencer par arpenter cette ville en tant qu'être vivant.
Au plus fort des secousses, j'ai regardé autour de moi à la recherche d'un plan B. Même pas une fille potable à bord pour lui faire subir les derniers outrages avant de mourir dans un crash aérien, c'était bien ma veine! Il y avait bien l'hôtesse mais elle était à l'autre bout de l'avion et je n'avais pas trop envie de me lever pour lui faire une proposition indécente avant de mourir en beauté. Malédiction!
Finalement l'avion s'est éloigné de l'orage, s'est stabilisé, et on a atterri sans encombres à Samarcande. Ce qui est marrant avec cet appareil, c'est qu'on va chercher soi-même sa valise dans la soute à l'arrière une fois que l'avion est posé, et qu'on n'a donc pas à attendre devant un improbable tapis à bagages à l'aéroport. J'étais enfin à Samarcande, à la fois ému et soulagé, et donc dans des conditions optimales à cette heure avancée pour me faire arnaquer par un chauffeur de taxi.
"Je suis le Registan, le coeur de Samarcande" proclame en français une voix grave déclamant pendant une bonne demi-heure un poème épique à la tombée de la nuit, pour le plus grand plaisir des groupes de français venus admirer le sons et lumières donné en leur honneur devant le Registan. Au-delà du ridicule assez flagrant du spectacle, il faut bien l'admettre: le Registan a bel et bien une âme, et il est donc tout à fait légitime de lui consacrer un portrait.
Le Registan, c'est cet ensemble composé d'une place fermée par trois superbes medersas (écoles coraniques) et ouverte sur une des principales avenues de Samarcande. C'est le monument le plus célèbre d'Asie Centrale, et incontestablement une des grandes merveilles du Monde. C'est lui qui est à l'origine de ma fascination pour l'Asie Centrale, les noms d'Ulug Beg et de Shir Dar me faisant rêver des heures durant devant les photos et les récits que je me plaisais à consulter. Il était donc inconcevable que je fasse la grasse matinée le lendemain de mon arrivée tardive. Non, je me suis levé tôt, ai pris mon petit-déjeuner dans la cour de l'hôtel judicieusement situé à quelques minutes à pieds du Registan, et ai filé dehors pour l'admirer.
Comment l'aborder? Je l'ai malheureusement d'abord vu de côté, le chemin de l'hôtel longeant la façade latérale de la Merdesa Shir Dar. Puis, une centaine de mètres plus loin, j'ai enfin débouché sur son entrée principale. J'ai fait le choix de ne pas d'abord y entrer, et suis parti m'asseoir sur les bancs et sur le point de vue légèrement en retrait, afin de profiter longuement de la vue d'ensemble, me contentant de deviner dans un premier temps les sublimes détails de l'extérieur des trois medersas. J'aurais bien aimé y rester plus longuement, mais la pression des mendiants commençait à se faire trop forte, et j'ai été contraint de partir me réfugier à l'intérieur du Registan. Là encore, j'ai choisi de ne pas pénétrer tout de suite dans les medersas, et ai passé un long moment à promener mon regard le long des splendides mosaïques et formes abstraites décorant presque juqu'à l'excès leurs façades monumentales. Il m'a fallu un petit moment d'acclimatation avant d'apprivoiser les formes d'ensemble des medersas du Registan, avant de finalement remarquer que cette étonnante harmonie était agrémentée de quelques troublantes irrégularités: minarets et façades semblaient penchés, et j'ai fini par me convaincre que je n'avais pas la berlue: rien de tout cela n'était régulier, et les architectes du Registan ont semblé manifester un certain plaisir à rendre imparfait leur travail minutieux. Je n'ai alors pu m'empêcher de penser aux asymétries volontaires que l'on fait remarquer à tous les touristes à l'entrée de la Mosquée de l'Imam d'Ispahan, sans doute un des seuls monuments de style islamique qui puisse sérieusement rivaliser en beauté et en démesure avec le Registan de Samarcande.
Tandis que des groupes de touristes commençaient à investir les lieux, je me suis finalement décidé à explorer l'intérieur des medersas jusqu'à la fin de la matinée et le début de l'après-midi. Je dois admettre que je brûlais d'impatience de pouvoir comparer le joyau de Samarcande au joyau d'Ispahan afin de les départager, et que jusqu'au bout, je persistais à attribuer la première place à la grande ville iranienne que j'avais visitée un an plus tôt. Et puis, soudain, alors que je croyais avoir fait le tour des merveilles du Registan, j'ai fini par pénétrer dans le coeur de la troisième medersa, celle du fond, que l'on nomme Tilla Kari, en plein sous la coupole dont l'extérieur turquoise était en rénovation. Et là, j'ai eu le souffle coupé devant le spectacle de cette immense coupole dorée richement décorée, et j'ai été forcé de destituer Ispahan, ou plutôt de refuser de la départager, pour finalement placer le Registan ex aequo avec la Mosquée d'Ispahan. A la réflexion, je crois que je remettrais finalement le grandiose monument d'Ispahan en tête, en raison notamment des proportions plus imposantes de la construction, et de l'éblouissement permanent que constituent ses lignes et ses courbes monumentales. Et puis surtout, dans la Mosquée d'Ispahan j'étais quasiment seul, et il n'y avait aucune pollution touristique. Les medersas du Registan sont à l'inverse remplies de marchands de souvenirs, pas vraiment méchants, mais dont les constantes sollicitations dès que l'on s'intéresse aux mosaïques surplombant leurs échoppes sont pour le moins dérangeantes.
Je ne pourrais évidemment pas dire que j'ai été déçu par l'intérieur des medersas du Registan (honnêtement, qui pourrait l'être?), mais je les ai quand même trouvées un peu plus fades que ce à quoi je m'attendais, les plus belles perspectives étant incontestablement celles qui s'offrent au regard à partir de l'extérieur. Je dois cependant confesser un coup de foudre poignant pour les deux splendides bulbes turquoises émergeant derrière la façade de la merdersa Chir Dar, et qui m'ont hypnotisé pendant un long moment.
L'émotion en visitant ces medersas était telle que j'ai un moment eu l'impression que le ciel - ou tout du moins les édifices - me tombaient sur la tête, alors que ce n'était en fait que la fiente d'un pigeon qui s'était oublié à la verticale de mon crâne, pile sous la coupole de la medersa d'Ulug Beg. Quel honneur de m'être ainsi fait asperger dans le repaire du célébrissime prince astronome qui passait son temps à scruter les cieux! Je suis vite parti laver ça aux toilettes, avant de méditer sur ma petite mésaventure: c'était la première fois que j'étais victime d'un tel bombardement depuis mon séjour à Rome quand j'avais douze ans. Rome et Samarcande, on peut dire qu'au moins j'ai du goût dès lors qu'il s'agit de me faire chier sur la gueule!
Après ces heures à visiter le Registan, j'ai finalement choisi d'aller voir ailleurs, mais les jours suivants je suis passé devant à de très nombreuses reprises, prenant même parfois un malin plaisir à accélerer le pas et à ne jeter qu'un regard dédaigneux à cette merveille, histoire de la forcer à intégrer un quotidien qui n'était pas le mien puisque je n'étais que de passage.
C'est lors de l'ascension d'un des minarets de la medersa Ulug Beg du Registan que je l'ai rencontré, ou plus exactement, tandis que je m'étais arrêté à l'étage de la medersa pour contempler la cour intérieure de pas trop haut avant de commencer la véritable ascension.
Je l'ai tout d'abord pris pour un vendeur de souvenirs comme les autres, mais, voyant que je voyageais seul - un fait relativement rare parmi les touristes visitant l'Ouzbékistan - il a supposé que je recherchais des souvenirs de voyage eux aussi atypiques. Après les présentations d'usage, il m'a demandé si j'étais marié, et, lui ayant répondu que non, cela l'a étonné. Mon âge, 31 ans, n'est pas en Ouzbékistan un âge où il est décent d'être célibataire, et ma réponse a souvent provoqué un gentil étonnement de la part de mes interlocuteurs. Les gens se marient en fait jeunes dans ce pays, souvent entre 20 et 25 ans, et ma situation avait l'air de l'intéresser, surtout quand en rigolant, j'ai ajouté que ne pas être marié ça rend libre. Ca l'a fait rigoler aussi et, quand je lui ai retourné la question, il a rétorqué qu'il était marié, mais qu'il avait aussi 3 petites amies. Le bougre, il faisait monter les enchères!
Je me suis marré de plus belle en faisant semblant de compter sur mes doigts avant de dire que j'avais 5 ou 6 petites amies, que je n'étais pas trop sûr (c'était évidemment un gros mensonge, mais j'avais envie de rentrer dans son jeu). Puis je suis finalement monté en haut du minaret, et ai admiré quelques instants la vue imprenable sur Samarcande et ses monuments. En redescendant, le type m'attendait et m'a finalement proposé ses "souvenirs".
ça t'intéresserait de rencontrer des filles ouzbèkes? eh bien, a priori ça ne me déplairait pas, effectivement. je connais des discos où tu pourras trouver des filles. hum, c'est-à-dire que je ne l'entendais pas exactement comme ça. tu pourrais "rencontrer" une fille ouzbèke si tu veux (dit-il en commençant à mimer des gestes obscènes) non non, c'est bon, je ne suis pas venu en Ouzbékistan pour ça. ah, mais si tu veux, j'ai aussi des filles russes et tadjikes, tu préfères? euh, non, pas vraiment. tu es sûr? oui oui. bon, si tu changes d'avis, tu sais où me trouver.
J'avoue que je n'avais jamais imaginé que le Registan de Samarcande pouvait être un repaire où les touristes sexuels viendraient faire leurs premières démarches, mais le bonhomme semblait plutôt entreprenant et sûr de lui, et j'en ai rapidement pris congé.
Tard dans l'après-midi, je suis revenu m'asseoir devant le Registan pour profiter du spectacle du jour qui déclinait et de la luminosité changeante qui donnait un nouveau visage au Registan. Sur le banc derrière moi, deux ouzbeks m'ont abordé dans un anglais laborieux, et l'un d'entre eux m'a longuement tenu la jambe avec ses connaissances encyclopédiques sur les militaires de l'histoire de France, et surtout ceux du début XXème et du XIXème siècles. L'histoire militaire du monde avait l'air de le passionner et il était naturellement un grand admirateur d'Amir Temur.
C'est-à-ce moment-là de la conversation que j'ai aperçu le proxénète sortir du Registan et se diriger dans ma direction.
alors? Tu as réfléchi à mon offre? quelle offre? tu sais bien, les discos, les filles. désolé, toujours pas interessé. bon ok, au revoir.
En poursuivant la conversation avec les deux jeunes de derrière, ils se plaignaient justement du fait que Samarcande manque d'endroits où sortir pour les jeunes, et que les discos étaient souvent clandestines car mal vues par le régime. Difficile à imaginer quand on connaît le bouillonnement de la vie nocturne de la capitale Tachkent.
Après la visite du Registan, du Gur Emir (le mausolée de Tamerlan), des parcs de la ville nouvelle, et de la mosquée Bibi Khanoum, je suis allé faire un tour au marché de Samarcande, juste au nord de Bibi Khanoum. Il était agréable de flaner parmi les étals de fruits, d'épices et autres étoffes. Mais c'est au coin des sucreries et patisseries que je me suis le plus longuement arrêté. En raison d'un déjeuner peu copieux et franchement pas bon, j'avais un petit creux de plus en plus persistant, et étais bien décidé à lui faire un sort. Après avoir fait le tour des étals, j'ai finalement acheté quelques délicieuses patisseries auprès d'un jeune homme ravi d'avoir une occasion d'échanger quelques mots en anglais. Finalement nous avons sympathisé et notre conversation a duré une bonne heure et demie, et une partie de sa famille s'y est jointe, bien que Fazli (le jeune homme) soit le seul à posséder quelques notions d'anglais et donc à pouvoir communiquer avec moi. Mais il aimait bien son rôle d'interprète improvisé. La famille de Fazli était tadjike, mais je n'ai malheureusement pas vraiment réussi à communiquer en farsi avec eux, même si nous arrivions à échanger quelques mots simples compréhensibles par tous.
Il m'expliqua avec fierté que c'est sa mère qui avait préparé les pâtisseries, et c'est vrai qu'il y avait de quoi en être fier, elles étaient très bonnes. Il aurait bien aimé que je lui laisse un livre an langue anglaise car c'est apparemment difficile de s'en procurer hors de Tachkent, mais tout ce que j'avais à lui laisser, c'était un exemplaire du China Daily que j'avais piqué la veille dans l'avion. Qu'à cela ne tienne, je lui ai promis de le lui amener le lendemain. Lui de son côté voulait absolument m'inviter chez lui, et nous nous sommes donc donnés rendez-vous le lendemain après-midi au même endroit.
Comme convenu, je lui ai amené mon journal, et lui et sa famille se sont précipités dessus avec un sourire radieux, en me demandant de quoi ça parlait. Fazli ne comprenait malheureusement pas suffisamment bien l'anglais pour lire les articles, et je devais donc lui réexpliquer les grandes lignes avec des mots simples. Ils ne voulaient pas en perdre une miette et me posaient des questions sur la moindre photo et même sur ce que la mère a identifié comme l'horoscope. Apparemment ça les amusait beaucoup de voir des photos de chinois, car c'est vrai qu'ils sont très rares en Ouzbékistan (je n'en ai presque pas croisé lors de mon voyage). J'ai aussi donné à Fazli un petit billet chinois à l'effigie du Président Mao, et il ne savait pas qui c'était et n'en avait jamais entendu parler, de même que sa mère qui était à côté. C'est amusant, beaucoup d'ouzbeks étaient plongés dans la même ignorance quand je leur montrais des billets chinois, alors que Mao est quand même un des personnages les plus importants du XXème siècle et que je pensais naïvement qu'il était universellement connu.
Finalement, Fazli m'a emmené chez lui, dans un quartier résidentiel à l'écart de la vieille ville. Son père et un ou deux de ses oncles seulement étaient là, et ils m'ont accueilli avec un grand sourire avant de me faire entrer dans la pièce principale (l'équivalent d'un salon) de leur résidence. L'endroit était spacieux, tout en longueur, et richement décorés de tapis aux couleurs vives recouvrant le sol et une bonne partie des murs. Au fond, quelques armoires et un poste de télévision laissaient supposer que cette pièce était celle où la famille se réunissait et installait ses invités. Fazli ne voulait pas plaisanter avec les traditions hospitalières de son peuple et m'a fait asseoir. Malgré mes protestations, il s'est empressé de faire défiler un nombre ahurissant de boissons, de petits plats et d'amuse gueules. J'avais déjà déjeuné et ne pouvais pas faire honneur au quart de ce qu'il m'offrait, mais malgré cela, Fazli continuait à apporter des assiettes à n'en plus finir. On a discuté un bon moment et il m'a fait écouter quelques tubes ouzbeks qui m'ont laissé assez sceptique. De toute façon, il préférait largement la musique anglo-saxonne, comme beaucoup de jeunes d'ailleurs.
Finalement nous sommes ressortis dans l'entrée de sa maison, où son père s'empressa de me tendre un bol d'un délicieux breuvage à base de yahourt et d'herbes, comme je n'ai malheureusement pas eu l'occasion d'en déguster ailleurs. Je me suis confondu en remerciements devant leur accueil, ne réalisant alors pas encore à quel point une telle hospitalité est banale dans ce pays. Ca allait m'arriver plus tard à d'autres reprises.
C'est par Fazli que je les ai connus, car après m'avoir invité chez lui, il proposait que je l'accompagne à son cours d'anglais. Ayant eu mon lot de visites touristiques pendant un jour et demi, et ayant soif de communication, ce dont j'avais plutôt été frustré jusque là, j'ai naturellement accepté sa proposition.
Du marché, nous avons donc contourné le Registan par le nord (passer juste derrière le Registan pour aller en cours, quelle sensation!) avant de rejoindre la ville nouvelle que j'avais commencé à explorer la veille. A la fois très soviétique et très verte, l'endroit était plutôt agréable, et relativement animé, bien que la largeur des avenues et la faible densité de la population garantissent à ce type de ville un calme minimum. Après avoir dépassé des bâtiments administratifs, nous nous sommes approchés d'un bloc de béton qui était l'Institut des Langues Etrangères et y sommes entrés. Le bâtiment n'était pas climatisé, mais il faisait néanmoins une température agréable à l'intérieur, ce qui n'était pas du luxe. Nous avons grimpé quelques étages, mais comme Fazli était en retard pour son cours, nous avons dû attendre le suivant dans le couloir. D'autres étudiants sont arrivés et m'ont bombardé de questions. La plupart étaient plutôt débutants en anglais, mais leur niveau était néanmoins étonnant pour des gens qui n'avaient commencé à apprendre la langue que deux ou trois mois plus tôt. Ce qui devait arriver arriva, et plusieurs professeurs ouvrirent leur porte pour nous enjoindre de faire silence et de les laisser les autres travailler. Que de souvenirs cela me rappelait!
Finalement, trois quarts d'heure plus tard, je suis entré avec mes nouveaux amis dans la salle de cours, en ayant bien entendu demandé l'autorisation à la professeur, qui était ravie de pouvoir ainsi offrir des travaux pratiques à ses étudiants en anglais. Les étudiants qui venaient à ce cours n'étaient pas stricto sensu des étudiants inscrits dans un cursus officiel, mais profitaient plutôt d'un programme national d'enseignement proposé à tous ceux qui voulaient connaître la langue de Shakespeare... et de Shell et Exxon. C'était une très bonne professeur, sérieuse et rigoureuse, tout en étant pédagogue et pleine d'humour. Il n'était pas étonnant que ces étudiants aient pu progresser si vite. J'ai un peu discuté avec elle au début du cours, et elle me disait que l'anglais était maintenant très répandu dans l'enseignement secondaire, mais souvent mal enseigné, ce qui explique que peu de jeunes arrivent vraiment à se débrouiller en anglais. Comme en France en fait. Je n'ai pas osé lui dire que le bouquin sur lequel elle faisait travailler ses élèves comportait quelques erreurs de grammaire, mais j'ai quand même été surpris de voir que ce manuel édité en Russie faisait apparaître des phrases en mauvais anglais dès les premières pages.
Après une bonne heure de cours, nous sommes ressortis pour nous diriger vers le grand parc de la ville nouvelle, et nous livrer à des activités plus intéressantes, comme boire de la bière et faire des commentaires sur les filles qui passaient. Et c'est vrai qu'il y avait de quoi commenter, mais bon, passons... Une fois encore, malgré mes protestations, on ne m'a pas autorisé à payer ma bière. "We are gays, we are gays" me dirent-ils tous en choeur. Voyant mon visage thétanisé, ils se sont repris en riant "sorry, we are guests, we are guests". Je crois qu'ils n'ont pas compris le fond de leur erreur de prononciation...
Certains m'ont longuement interrogé sur les possibilités d'obtenir un visa français ou chinois, conformément au désir de beaucoup de jeunes de quitter le pays. Mais c'est difficile pour eux, quelle que soit la destination choisie. L'un d'entre eux voulait même que je lui envoie des téléphones portables de Chine, qu'il me paierait bien sûr en dollars, histoire de gagner un peu d'argent de poche. J'ai bien entendu refusé un tel plan sulfureux en essayant de lui faire comprendre qu'il n'y gagnerait sans doute rien et que ça allait causer des complications extravagantes.
Finalement, il faisait déjà nuit quand j'ai pris congé de mes amis pour aller me mettre en quête d'un cybercafé et rentrer à l'hôtel.
C'est en prenant le thé dans la cour de mon hôtel de Samarcande que je les ai rencontrés. Un petit groupe de touristes russes de Moscou partageait en effet les lieux avec moi, et c'est tout naturellement que nous nous sommes adressés la parole. Aux antipodes de la caricature que l'on se fait parfois du touriste russe, nouveau riche, sans-gêne et inculte, ceux-ci étaient à la fois sociables, discrets, cultivés et passionnants à connaître. Ils voyageaient en groupe de 8 ou 9 mais étaient indépendants. La plupart étaient architectes, même si certains avaient des métiers périphériques. Nous n'avons pas vraiment fait un bout de chemin ensemble, mais leurs dates à Samarcande et Boukhara étant les mêmes, nous nous sommes souvent croisés, à tel point qu'à Boukhara, c'est de ne pas les voir sur un site qui m'étonnait.
Comme ils aimaient les promenades nocturnes, nous sommes un soir partis explorer ensemble la Mosquée de Bibi Khanoum à Samarcande après la tombée de la nuit. Je n'avais vu que de jour cet imposant édifice qui m'avait beaucoup plu, et c'est donc naturellement que je les ai accompagnés dans cette balade de nuit. C'est la femme chinoise de Tamerlan qui a fait bâtir cette Mosquée pour faire une jolie surprise à son tyran de mari. Ce monument n'est pas le plus populaire de Samarcande, mais il m'a réellement impressionné, notamment car je l'ai trouvé plus sobre que tous les autres, et aussi qu'il s'intégrait mieux dans la vieille ville, à deux pas du marché. Il m'a impressionné... jusqu'à justement cette balade avec les russes. L'un d'entre eux était venu à Samarcande au début des années 80 pour son stage de fin d'études, alors que la région était encore une République Soviétique. Un quart de siècle plus tard, son avis sur la restauration des monuments était extrêmement critique. D'après les non-architectes du groupe, il était même démoralisant de voyager avec lui car il avait constamment l'oeil rivé sur le moindre détail et passait son temps à pester contre le travail de sabotage des architectes en charge de la restauration qui ont dénaturé les monuments en croyant bien faire. Voyageant seul et sans explications de ce genre, tout cela m'avait évidemment échappé, et il était interessant de les écouter.
Nous sommes longuement restés sous le porche de la Mosquée Bibi Khanoum avant de rentrer. Le plus âgé des architectes russes avait du mal à contenir son énervement. "Ca n'avait rien à voir il y a vingt-cinq ans, c'était beaucoup plus beau, beaucoup plus vrai, beaucoup plus fort à l'époque." "Regardez toutes ces mosaïques, elles n'y étaient pas avant, on voit bien que c'est du toc, c'est vraiment fait n'importe comment." Et moi qui n'avais rien vu de tout cela, je faisais semblant d'acquiescer avec une mine de réprobation factice. Nous avons fini par rentrer: "ces coupoles bleues sont toutes récentes. Quand je suis venu en 80, le lieu était sauvage. En ruines, mais tellement plus émouvant". Diantre, et dire que c'est celui que j'avais trouvé le plus authentique jusque là...
Je me suis donc hasardé à l'interroger sur les autres monuments. C'est envers le Gur Emir qu'il a été le plus sévère: reconstruit de toutes pièces, tout simplement! Le Registan en revanche ne l'a pas déçu, il n'a presque pas été refait et les travaux qui ont été engagés ne l'ont pas défiguré. Le plus beau monument de Samarcande, la nécropole de Shah-e-Zinda un peu à l'écart de la ville lui a heureusement beaucoup plu, enfin un qu'il n'a pas critiqué. Ouf! Il est vrai que Shah-e-Zinda n'est peut-être pas aussi monumental ni chargé que le Registan, mais cet ensemble de mausolées donnant dans toutes les nuances de bleu, et resserrés les uns contre les autres, presque empilés, était époustouflant.
C'était la pleine lune ce soir-là, ou en tout cas ça n'en était pas loin. Des projecteurs étaient hélas allumés sur toutes les coupoles et plusieurs façades de Bibi Khanoum, ce qui nous empêchait de profiter du clair de lune. Ses reflets sur un tel monument auraient probablement été spectaculaires, et je soupçonne que même le doyen des architectes aurait été séduit. Malgré cela, nous pouvions quand même profiter d'une jolie voûte étoilée, et nous sommes assis quelques moments sur les bancs au milieu de la cour intérieure, non loin du lutrin géant. Nous étions seuls, c'était féérique, et j'ai rangé dans un coin les critiques que je venais d'entendre pour profiter innocemment du spectacle. Avec un architecte plus jeune, nous avons un peu discuté de l'histoire de la région, pour naturellement aborder le mythe de Tamerlan. Je lui ai parlé sur un ton léger des pyramides de têtes que le conquérant faisait édifier lors de ses campagnes, ce qui a provoqué une réaction somme toute très professionnelle chez lui: pendant environ un quart d'heure, nous avons essayé de calculer le nombre de têtes qu'il fallait couper pour édifier une pyramide de dix mètres de haut. Finalement, nous avons conclu que les pyramides devaient être un petit peu moins hautes que cela, étant donné qu'il est peu probable que le tyran ait fait couper plus de 100.000 têtes par ville.
Les russes m'ont aussi appris qu'à l'époque soviétique, la Mosquée Bibi Khanoum avait servi d'entrepôt, ce à quoi j'ai répondu que les communistes chinois avaient fait beaucoup plus fort puisqu'ils avaient pendant la Révolution Culturelle converti un certain nombre de mosquées d'Asie Centrales en porcheries. Ca les a bien fait rigoler, surtout quand un des russes a lâché "les chinois et les cochons seront toujours de grands amis". En fait moi aussi ça m'a bien fait rigoler, je l'avoue.
Je n'avais pas remarqué leur existence au tout début de mon voyage, mais l'Ouzbékistan est bel et bien un pays musulman, même si les tenues décontractées de la population féminine et la forte influence russo-soviétique sur le pays ont tendance à le faire oublier.
C'est dans la Mosquée Khazrat Khizr que j'ai croisé les premiers musulmans pratiquants de mon voyage, puisque ce n'est évidemment pas dans un monument comme la Mosquée Bibi Khanoum que l'on peut en rencontrer. Pour être tout à fait précis, j'avais vu la veille un groupe de vieilles dames se livrer à des rites apparemment assez pieux dans la medersa Tillia Kari du Registan, mais mon regard était tellement absorbé par les dorures de la coupole que je n'y ai pas vraiment fait attention. La Mosquée Khazrat Khizr de Samarcande est un site assez récent bien peu intéressant comparé aux merveilles que la ville recèle. Mais elle se situe sur le chemin d'Afrosiab, l'antique Samarcande, et puisque je devais de toute façon passer devant, j'en ai profité pour rentrer à l'intérieur.
Pas de touristes ici, sinon un japonais qui avait l'air aussi égaré que moi. Comme j'étais fatigué par la visite matinale de Shah-e-Zinda, et que j'ai trouvé le prix du billet d'entrée disproportionné par rapport à l'intérêt des lieux, je me suis longuement assis dans la salle principale de la Mosquée, en observant du coin de l'oeil deux fidèles abimés en prière dans les alcoves adjacentes. Puis d'autres sont entrés dans la salle et ont occupé les bancs autour de moi, l'un d'entre eux prononçant un discours que j'ai supposé être une prière, tant les autres avaient l'air de l'écouter... religieusement. A la fin de ce court rituel, les fidèles ont effectué un mouvent synchronisé de leurs mains avant de se lever et de me laisser à nouveau seul. Une fois ayant repris mes forces, je suis sorti à mon tour et suis reparti faire des visites à vrai dire peu intéressantes. Afrosiab et son musée ne m'ont pas vraiment emballé, sinon une fresque antique montrant des ambassadeurs chinois et des coréens, la présence de ces derniers en Asie Centrale il y a deux mille ans me laissant d'ailleurs longuement perplexe. L'astrolabe d'Ulug Beg ne m'a pas intéressé non plus, et je suis donc retourné sur mes pas, en direction de Samarcande, pour visiter le mausolée de Daniel, le prophète biblique.
Que faisait-il ici celui-là, si loin de la Terre Sainte? A vrai dire, il n'est pas très probable que le sarcophage géant contienne vraiment ses restes, même si la légende dit qu'il grandit de quelques centimètres de temps en temps, ce qui explique que sa dernière demeure présumée mesure aujourd'hui 18 mètres de long. Un bien curieux cercueil! Toujours est-il que quand j'ai voulu rentrer dans le modeste bâtiment l'abritant, il était plein de fidèles apparemment en train de prier en écoutant un dignitaire religieux leur exposer je ne sais quels préceptes. Ce petit manège dura un moment avant que le religieux ne les autorise à se disperser, non sans recevoir quelques dons en monnaie sonnante et trébuchante au passage. C'est à ce moment-là que j'ai entrepris de faire le tour du cercueil. Mal m'en a pris car j'ai senti une main m'aggriper par derrière: le religieux désapprouvait la direction que j'avais prise (dans le sens de aiguilles d'une montre, une habitude prise à force de visiter des lieux bouddhistes) et m'enjoignait gentiment de faire comme tout le monde, et de suivre la foule avançant dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Etant d'une nature plutôt conformiste, et mon voyage un an plus tôt en Iran m'ayant appris à ne pas mécontenter les religieux musulmans, je me suis exécuté.
J'avançais donc au même rythme de ces hommes et femmes, mélangés pour l'occasion, et qui avaient l'air de considérer la relique avec le plus grand sérieux, tandis que je ne pouvais pas m'empêcher de rigoler intérieurement à l'idée de ce "plus grand cercueil du monde" et des problèmes techniques que cela devait poser pour suivre le rythme de ce cadavre biblique qui s'allongeait indéfiniment. C'est dans ce genre de circonstances qu'on se félicite qu'il n'existe encore aucun procédé technologique permettant de lire les pensées...
Je les ai vus. Ils sont partout dans la population, insidieusement tapis aux endroits stratégiques des villes et des routes ouzbèkes. Ces envahisseurs venus d'une lointaine administration se distinguent du reste de la population en ce qu'ils sont habillés tout en vert. Uniforme propret et sobre, et képi de la même couleur flanqué d'un drapeau ouzbek allongé sur le côté gauche, ils veillent au bien être de la population et à la sécurité publique. Ils y veillent de très près et ne sont pas avares de tracasseries dès lors qu'il s'agit de remplir leurs fonctions.
Policier en Ouzbékistan, c'est certainement un bon métier. On se fait respecter par la population, en façade du moins. Et puis je ne sais pas si le salaire est bon, mais il y a des avantages en nature incontestablement attractifs. En est témoin cette intéressante anecdote qui m'est arrivée lorsque j'ai pris un taxi collectif de Samarcande à Shahrizabz, une ville située à une heure et demie plus au sud, et qui a pour particularité historique d'avoir vu naître Amir Temur. Quel qu'en soit l'intérêt historique somme toute limité, il fallait que je la vois de mes propres yeux, pour avoir lu son nom si souvent au cours de mes lectures de jeunesse. Bref, un beau matin, je me suis fait amener au point de départ des taxis vers le sud, ai négocié un prix que j'ai supposé être correct, et suis parti. A la sortie de la ville, le chauffeur a acheté à un carrefour quatre gros pains ouzbeks, ces espèces d'énormes étouffe-chrétiens que l'on consomme à et entre tous les repas. Mais bigre, quatre d'un coup! Voudrait-il les partager avec ses passagers qu'il y en aurait encore beaucoup trop pour un trajet aussi court. J'avais donc supposé qu'ils devaient être d'une particulièrement bonne qualité à cet endroit-là et qu'il voulait en distribuer à je ne sais quelles connaissances à Shahrizabz.
Sur la route, nous avons rencontré un premier barrage policier, où les petits hommes verts étaient affairés à contrôler un ou deux véhicules arrêtés. Leur supérieur nous a fait signe de continuer et nous avons donc passé ce premier obstacle avec brio. Le suivant, quelques kilomètres plus loin fut plus acrobatique. Non que cela ait duré longtemps, je crois que le chauffeur n'a même pas eu le temps de couper le contact, mais lorsque d'un signe de tête ou par un simple mot, le petit homme vert nous a indiqué que nous et notre véhicule l'intéressions et qu'il ne serait pas contre une inspection approfondie de tous les papiers qu'il pourrait trouver à bord, le chauffeur, bien au fait des moeurs terrestres, se contenta de lui tendre deux galettes de pain par la vitre. Le petit signe de tête complice du policier fut suivi d'un discret merci du chauffeur, qui repassa une vitesse et laissa loin derrière le fonctionnaire dont la famille aurait à manger ce midi.
Je n'ai pas vu d'autoroutes en Ouzbékistan, mais ils ont inventé un péage d'un genre bien particulier!
Il y a en fait d'innombrables barrages du même genre sur les routes ouzbèkes, à intervalles réguliers entre les villes et au sein même de celles-ci. Je n'ai jamais réussi à savoir ce qu'ils étaient sensés contrôlés, mais tous les chauffeurs qui avaient la chance de tirer le bon numéro, c'est-à-dire de passer sans s'arrêter avaient l'air soulagés. D'après les dires d'autres touristes moins chanceux, ces petits hommes verts se livrent parfois à des abductions de chauffeurs, ou bien à des expériences scientifiques très avancées sur le contenu de leurs portefeuilles. J'ai en ce qui me concerne eu de la chance, puisque je n'ai jamais rien vu d'autre que des petits billets passer d'une main à l'autre. Il y a bien eu des contrôles de passeports de tous les passagers du véhicule sur certains trajets, mais pour une raison qui m'échappe encore je n'ai jamais été concerné, et aucun policier ne m'a jamais demandé mes papiers tandis que tout le monde était contrôlé. Les petits hommes verts doivent avoir peur de ces êtres étranges venus d'ailleurs que sont les touristes étrangers.
J'ai malgré tout un jour voulu prendre l'initiative d'en aborder un pour essayer de lui poser une question (il faut dire qu'il n'y avait personne dans la rue en cette heure très matinale dans la ville moderne de Boukhara, et que je n'avais donc guère le choix). M'entendant parler une langue bizarre, la seule réaction du policier fut de me serrer la main, ce que je n'ai pas su interpréter comme un bonjour ET un au revoir simultanés. Mes questions incompréhensibles avaient l'air de le déranger, et ses réponses en ouzbek ne m'étaient pas d'une très grande utilité, d'autant plus qu'elles renvoyaient sans doute à des questions que je n'avais pas posées.
Il y a deux choses que l'on retrouve systématiquement dans toutes les villes d'Ouzbékistan: un bazar central et une statue d'Amir Temur (ou de son petit fils Ulug Beg). Shahrizabz ne fait bien entendu pas exception à la règle. De sa splendeur passée du temps d'Amir Temur, il ne reste plus grand chose, sinon les ruines de la porte monumentale d'un palais qui devait avoir à l'époque des dimensions extravagantes, et au sommet duquel j'ai consenti à une des nombreuses séances photos auxquelles j'ai été convié durant mon voyage.
Plus au sud, quelques coupoles turquoises (j'avais oublié de préciser que c'est la troisième chose que l'on retrouve systématiquement dans toutes les villes d'Ouzbékistan) attiraient les touristes venus visiter la ville. Mais ce n'est pas là que j'ai choisi de m'attarder le plus longuement.
Entre les deux, se trouve à mon sens un des plus vivants et intéressants bazars du pays. Non que ce que l'on y vende diffère vraiment des autres bazars (encore que, les étoffes chatoyantes y tenaient enfin une place digne de leur rang), mais sa structure débordant dans des petites ruelles latérales, et son bouillonnement encore plus intense qu'ailleurs m'ont particulièrement marqué.
J'y ai bien entendu été interpelé à maintes reprises, notamment pour prendre des photos, une demande que j'exécutais toujours avec une joie non feinte. J'ai toujours été très réticent à l'idée de prendre les gens en photo, et ne le demande que très rarement, plus par obsession du droit à l'image que par véritable timidité. Mais en Ouzbékistan, les gens sont demandeurs, quel que soit leur âge, quel que soit leur sexe, et quelle que soit leur activité. Pour une fois, lors de ce voyage, j'allais donc avoir autre chose que des photos de monuments.
Et puis ce qui est bien dans les bazars ouzbeks, c'est qu'on peut y acheter des fruits. Cela n'a rien d'exceptionnel me direz-vous? Certes non, mais je vous assure qu'avoir l'occasion de manger autre chose que du plov, du kebab ou d'ignobles bouillons, cela donne du baume au coeur. A Shahrizabz, j'ai donc complété mon plov par une livre de cerises que j'ai dévorées devant les vendeuses mortes de rire. Je n'ai pas bien compris si c'est mon soudain appétit ou l'incompréhension linguistique qui leur procurait cette hilarité, ou bien encore le fait qu'elles aient apparemment voulu caser une de leurs jeunes collègues auprès d'un bon parti, mais cela m'a en tout cas fourni un spectacle de dents en or absolument mémorable. Car s'il y a bien une profession à succès en Ouzbékistan, plus encore que les carrières dans la police, ça doit bien être la profession de dentiste. Rares sont les gens à partir d'un certain âge, et même parfois les plus jeunes, qui n'exhibent pas une rangée de dents en or au moindre sourire, à tel point que je me demande s'il ne s'agit pas là plus d'un style plutôt que d'une réelle nécessité médicale. Toujours est-il que ces vendeuses de cerises avaient sans doute fait des heureux parmi les dentistes de la ville, même la jeune fille avec qui on voulait me marier présentant ce signe intérieur de richesse, qui n'était pas tout à fait à mon goût, comme je n'ai pas osé l'avouer. Peut-être s'agit-il chez certaines jeunes filles ouzbèkes d'un critère de beauté, mais je persiste à ressentir une certaine gêne à la vue de ces jeunes filles qui seraient sans doute mignonnes au naturel, mais chez qui ces implants métalliques sont bien peu ragoutants.
Un peu plus loin, un homme d'une quarantaine d'années m'a interpelé: il voulait absolument parler business avec moi. Comme il ne parlait pas trop anglais, je ne sais pas quel "business" il voulait me proposer, mais je lui ai malgré tout souhaité bonne chance dans son entreprise. Pour me remercier, il a souhaité bonne chance au candidat Sarkozy, car ayant apparemment décelé chez moi une ressemblance physique avec le candidat (je vous rassure, c'est bien le seul au monde à avoir vu une telle ressemblance), il en a déduit que je le soutenais.
Je l'avais tout d'abord pris pour un ouzbek, car il est vrai qu'à mes yeux, il en avait un visage plutôt typique, avec ses yeux légèrement bridés et sa mine jouflue. Mais lorsque nous avons engagé la conversation et qu'il s'est laissé aller à un "dans mon pays, ce n'est pas comme ça", mon air surpris lui a permis de se présenter: "Je viens d'Afghanistan, je suis juste de passage à Samarcande". Il est vrai qu'avec son camescope et sa chemise à fleurs, et l'ayant connu dans mon hôtel à touristes, j'aurais dû me douter que ce n'était pas un local mais bien un visiteur. Toutefois, n'étant guère habitué à croiser des touristes afghans sur ma route, j'étais à mille lieues de deviner de quel pays il venait. C'était en fait la première fois que j'en voyais un, et seulement la deuxième fois de ma vie que je côtoyais un afghan.
Il venait de Mazar-e-Sharif, dans le nord de l'Afghanistan, mais n'était pas d'ethnie ouzbèke comme son origine géographique aurait pu le laisser supposer. C'était un membre de la minorité hazara, c'est-à-dire l'ethnie afghane la plus proche des iraniens, et dont la langue maternelle est le farsi. Lui ayant sorti quelques phrases en farsi, j'ai pu vérifier qu'il me disait bien la vérité. Quelle aubaine de tomber sur quelqu'un comme lui, qui était de sucroît polyglote, très cultivé et avec un vécu passionnant! C'est qu'il en avait vécu des choses du haut de ses 29 ans! Assez bon connaisseur de l'Ouzbékistan où il se rend régulièrement pour ses affaires, il profitait de quelques jours de congés pour faire du tourisme à Samarcande.
Nous nous sommes rapidement trouvés pas mal d'atomes crochus avec Ahmed (ce n'est pas son vrai nom) et avons vite sympathisé, nous racontant nos vies respectives. Il est vrai que la sienne n'était pas banale. Afghan quasi illéttré au départ, les hasards de la vie lui ont permis de se cultiver en autodidacte, et d'apprendre des langues étrangères. Puis est venu le temps des bouleversements lorsqu'en raison du double jeu du seigneur de la guerre Rachid Dostam, les talibans se sont emparés une première fois de Mazar-e-Sharif. La population entière a pris les armes et a réussi à les chasser le lendemain, Ahmed ayant lui aussi dû tenir une position à contrecoeur. Mais, m'expliquait-il, il n'avait pas le choix, les talibans vouant une haine féroce aux hazaras, c'est sa vie et celle de sa communauté qui étaient en jeu, comme le prouvaient les massacres que les fous de Dieu avaient commencé à commettre en entrant dans la ville. Il était toutefois soulagé de n'avoir eu à tuer personne. Lorsque les talibans sont revenus à la charge quelques temps plus tard, pour s'emparer durablement de la ville, il a fui à Dubai où une relation lui avait trouvé un travail. Et une nouvelle vie a alors commencé pour lui, une vie de découvertes, de richesse relative, et de ce que les afghans appelleraient de la dépravation. "Mais je n'ai jamais touché une goutte d'alcool de ma vie" me dit-il. "Je me fous complètement des interdits religieux, mais j'avais fait la promesse à ma mère, et ne pouvais pas la violer".
Lorsque les talibans se sont retirés à la faveur de l'intervention étrangère, Ahmed est rentré chez lui, où il s'est naturellement trouvé en décalage avec la société ultra-traditionnelle et austère d'Afghanistan. Impossible notamment de se marier avec la fille qu'il aimait car la belle-famille n'avait pas confiance en la vertu d'un homme qui voyageait autant à l'Etranger.
"Les prostituées afghanes sont vraiment trop chères. 100 dollars la passe, tu te rends compte? Et en plus elles baisent mal" me confia-t-il. Tachkent et sa vie nocturne qu'il avait l'air de connaître par coeur faisaient donc figure de paradis à chaque fois qu'il s'y rendait. "Au début je ne voulais pas, mais quand des filles divines s'offrent à toi pour 5000 sums (3 euros), comment veux-tu résister?" Je n'ai pas cherché à porter le moindre jugement sur lui, bien qu'étant par nature hostile à la prostitution. Il avait son vécu, ses problèmes, son histoire et ses valeurs, qui n'étaient pas les miens. Je l'écoutais parler, ponctuant ses anecdotes les plus drôles de sincères éclats de rire, sans porter le moindre jugement de valeur. De toute façon, me dit-il, il s'était trouvé une copine russe à Tachkent, et menait maintenant une vie rangée, tout du moins selon nos critères à nous. Car évidemment, hors de question que qui que ce soit en Afghanistan apprenne sa liaison, sa famille le renierait.
Quand tu iras à Tachkent, tu dois absolument aller au Giuliano, c'est le meilleur night club du Monde. Je ne suis pas sûr d'y passer une soirée, mais bon, je note, merci du tuyau. Et puis ne va surtout pas à l'hôtel. Je te laisserai mon appartement (enfin je suppose, celui de sa copine). Oh non, je ne veux pas abuser, et puis ce sera sans doute plus simple d'aller à l'hôtel de toute façon. Oui mais tu ne pourras pas ramener de filles dans ta chambre. Les hôteliers sont pénibles avec ça ici. Pas grave, c'est pas mon intention de toute façon. Bon ok, je respecte ton choix, tu as raison.
On a discuté un long moment comme ça, de tout et de rien, de politique, de religion, de voyages. Il avait trainé sa bosse dans pas mal de pays, mais c'est son témoignage sur l'Iran qui m'a le plus marqué. Tout le monde jusque là m'avait dressé le portrait le plus idyllique de l'accueil et de la gentillesse des iraniens, il ne s'était jamais trouvé personne pour me contredire sur ce point. Mais en tant qu'afghan, Ahmed avait été confronté à une facette beaucoup moins glorieuse de ce peuple, qui sait se montrer xénophobe en certaines circonstances, surtout dès qu'il s'agit d'Afghanistan. Scènes d'un racisme ordinaire, aurait pu s'intituler son triste récit, les iraniens ne comprenant pas qu'un afghan ose être bien éduqué et faire autre chose que travailler sur un chantier.
Mais les iraniennes sont vraiment jolies, ajouta-t-il pour redorer le blason de ce pays. Oui mais bon, c'est pas comme en Ouzbékistan. Pas touche là-bas. Tu plaisantes? Il suffit de connaître. Un jour, je suis allé dans le sous-sol d'un immeuble de bureaux, on a filé de l'argent aux gardes pour acheter leur silence, et quelques minutes plus tard, une nuée de jolies filles est arrivée. Ah la la, si tu les avais vues, je te raconte pas!
Et il ne m'a effectivement pas raconté la suite que je n'avais guère de mal à deviner. Deux préjugés sur l'Iran qui se sont envolés d'un coup, en juste quelques minutes. Quel choc! Ahmed m'a en revanche fait un portrait plus qu'élogieux des indiens et des ouzbeks, les peuples les plus gentils et admirables qu'il ait côtoyés. Sur ce point, nous étions sur la même longueur d'onde. Puis il m'a fait part de son dégoût des extrémistes religieux, talibans et autres, qui d'après lui n'ont absolument rien compris à l'Islam et qui ont déshonoré le message du Prophète et d'Ali. Dégoût et consternation aussi à l'évocation des deux humanitaires français qui avaient été capturés par les talibans, et dont on ne savait pas encore qu'il seraient libérés.
Finalement, nous avons décidé d'un commun accord d'aller découvrir la vie nocturne de Samarcande, et de nous encanailler un peu. En tout bien tout honneur bien sûr. Le problème, c'est que ni lui ni moi ne savions où aller, et que l'hôtelier refusait de nous donner des informations, car il avait peur qu'on ramène des filles. L'afghan l'a rassuré et le patron a accepté de nous laisser sortir en faisant en sorte qu'on nous laisse la porte ouverte quand nous rentrerions.
On a pris le chemin du Registan puis avons rejoint la ville moderne, où la seule option qui s'est présentée à nous était le sous-sol d'un des hôtels de luxe de la ville. Ahmed ne parlait ni russe ni ouzbek (mais il apprenait), mais il pouvait communiquer sans trop de difficultés avec les tadjiks, dont la langue était assez proche du farsi. J'étais jaloux, pourquoi ça ne marchait pas avec moi? Malgré cela, personne n'a su lui recommander d'endroit où sortir, et on a fini par se rendre à l'évidence: les jeunes que j'avais rencontrés l'avant-veille m'avaient peut-être dit la vérité: la vie nocturne a l'air plus ou moins clandestine dans cette ville. Ahmed n'en revenait pas, quel contraste avec Tachkent!
Nous sommes finalement entrés dans le night club qui était quasiment désert et n'avait aucun intérêt. Il devait être écrit quelque part que les charmes sauvages de Samarcande ne nous seraient pas accessibles. Mais qu'importe, on a bien rigolé quand même, et sommes finalement sagement rentrés nous coucher.
Rendez-vous le lendemain pour petit-déjeuner et visiter la ville de jour. Hélas, Ahmed avait reçu un coup de fil du boulot, et devait abréger son séjour. Il ne pourrait pas aller à Boukhara avec moi, mais nous avions quand même encore une demi-journée à passer ensemble. Nous avons eu le temps d'aller voir le joli Musée à côté du Registan, puis de nous aventurer dans la vieille ville pour aller voir une mosquée secondaire. Puis nous sommes allés graver mes photos de Samarcande sur un CD qu'il garderait, car il n'a pas eu le temps d'en prendre autant que moi.
Finalement, il était temps pour moi de partir à la gare attrapper mon train pour Boukhara. Je n'étais pas vraiment triste de quitter Samarcande car je savais que d'autres merveilles m'attendaient plus loin, mais il était vraiment dommage de quitter aussi tôt un homme aussi intéressant. Mais nous nous sommes échangés nos e-mails, nous resterons en contact.
En Ouzbékistan où le rouble n'a plus cours depuis une quinzaine d'années, les roublards forment une minorité non négligeable, concentrée autour des lieux touristiques et des pigeons qu'ils entourent de toutes les attentions. Un peu hors du pays réel, on les trouve dans certains hôtels et restaurants et au volant de certaines voitures, et partout où les porte-portefeuilles ont l'habitude de se présenter.
Les premiers que j'ai rencontrés étaient dans l'hôtel de Samarcande, dont le guide Lonely Planet recommandait de se méfier dès lors qu'il s'agissait de compter son argent. Le truc est apparemment de prétendre qu'il manque un ou deux billets de 1000 sums dans la liasse qu'on leur tend pour payer. Comptant sans doute sur la naïveté des porte-portefeuilles, ils espèrent que ceux-ci leur accorderont une présomption de bonne foi et tendront le billet prétendûment manquant. Ayant décelé la supercherie en la voyant compter les billets, j'ai suggéré de recompter ensemble avec un grand sourire (car je savais que le recomptage me donnerait raison). La patronne, gênée, me dit qu'elle s'était peut-être trompée, que ça arrivait parfois en raison du nombre de billets, avant de reconnaître son "erreur" une fois ceci fait.
Au début réticents à l'idée de me donner des informations précises sur les billets de train à destination de Boukhara, ils insistaient pour que j'embarque dans la voiture du mari deux jours plus tard car ce serait plus pratique. Et ça ne me coûterait que ***** sums, prix d'ami bien sûr car il ne couvrirait même pas les frais du Monsieur. Le prix était stupéfiant car incroyablement supérieur aux prix du marché, mais cela n'avait pas l'air de les déranger. J'ai dû insister pour leur faire comprendre que je préférais de toute façon prendre le train, ne pas avoir à attendre deux jours, et, par la même occasion, payer beaucoup moins cher mon trajet.
Oubliée aussi la promesse de me garder une chambre au même prix pour ma dernière nuit, car un groupe de personnes âgées avait investi l'hôtel et m'avait obligé à changer de chambre. Ces gens-là aimaient manifestment beaucoup l'argent.
Les chauffeurs de taxi n'étaient pas en reste non plus, comme celui qui m'avait emmené à Shahrizabz. Car si le prix que j'avais négocié aurait sans doute été correct si j'avais été seul dans le véhicule, il ne tenait pas compte du fait qu'après avoir fait 50 mètres, 3 personnes sont montées à bord et n'ont évidemment pas déboursé un centime pour la course. L'Etranger avait payé pour tout le monde, et la barrière de la langue, plus absolue que jamais dans ces circonstances, m'empêchait d'exposer mes arguments pourtant tous simples. Et que dire du roublard qui m'avait emmené de la gare de Boukhara au centre-ville pour un prix donné, et avait commencé à s'énerver à l'arrivée (après s'être perdu pendant une heure car il ne connaissait pas la ville) car il réclamait le triple de ce qui avait été négocié sans la moindre ambiguïté. Chauffeurs de taxi du monde entier, unissez-vous pour ferrer le pigeon!
Le prix à la tête du client est une donnée constante dans le pays, et la tête d'étranger suscite évidemment de nombeuses convoitises. Ahmed l'afghan avait assisté amusé à mon achat d'un jus de fruit dans une échoppe, pour me dire (mais trop tard) que les ouzbeks se disaient entre eux "c'est un étranger, il est riche, tu peux lui faire payer le double" sans se douter qu'Ahmed les comprenait. De toute façon, même lui, malgré son origine et sa connaissance du farsi payait souvent le prix pour étrangers.
Cela frise même parfois la caricature dans les restaurants touristiques de Boukhara et Khiva, où on se fait servir de la nourriture parfois immonde et du pain rassis de plusieurs jours pour des prix astronomiques.
Quel dommage quand même qu'à côté d'une population généralement aussi gentille et accueillante, coexiste une culture omniprésente de l'arnaque et du prix surévalué.
Les architectes russes m'avaient dit le plus grand bien de ce mode de transport, et j'ai donc décidé de suivre leur conseil et de partir à la gare m'acheter un billet de train la veille de mon départ. La gare de Samarcande est intimidante. Immense et vide en temps normal, peu de trains y passent, ce qui n'empêche pas ses bâtisseurs d'avoir fait sortir du sol un ensemble monumental. Comme j'ai été absolument incapable d'expliquer au caissier de service du premier coup, ni du deuxième, ce que je voulais, c'est finalement par petits bouts de papiers interposés que nous avons fait affaire. J'avais le choix entre trois classes pour rejoindre Boukhara, la première classe la moins chère étant a priori la moins luxueuse, et la troisième la plus onéreuse offrant sans doute plus de confort. J'ai trouvé ce classement bien original, mais comme preuve de mon permanent état d'indécision, j'ai donc opté pour la deuxième classe, certain ainsi de ne pas me tromper lors de l'embarquement. J'étais plutôt satisfait de ma réussite, d'autant que pour une fois, j'avais apparemment payé le juste prix pour aller à la gare et en revenir.
Le lendemain vers midi, je suis donc revenu à la gare peu avant le départ, et, une fois sur le quai, ai demandé au personnel ferroviaire où était mon wagon. C'est dans un wagon de première classe qu'on m'a orienté. J'avais bien retenu ma leçon de la veille, et savais donc que c'était dans la catégorie la moins chère qu'on m'avait fait monter. Cela ne me dérangeait pas outre mesure, le wagon ayant d'ailleurs l'air aussi confortable que dans la plupart des trains corrects que j'avais connus de par le monde, mais j'en faisais une question de principe. Se faire arnaquer par un taxi privé passe encore, mais payer plus cher un billet de train, non, ça ce n'était pas acceptable. Hélas, il ne se trouvait personne dans ce train ni cette gare pour parler le moindre mot d'anglais, et j'ai été absolument incapable d'expliquer que je ne comprenais pas pourquoi j'embarquais dans un wagon de première classe avec un billet de deuxième classe. Je suppose que quelques employés plus intelligents que les autres ont malgré tout compris ma récrimination, mais ils ont dû faire semblant de ne pas entendre. De toute façon, apparemment tous les wagons de ce train étaient de première classe, et j'avais donc tout simplement payé pour quelque chose qui n'existait même pas. Ou alors la première classe était vraiment une classe supérieure comme on l'entend en France, et j'ai été surclassé, mais ça m'étonnerait quand même. J'ai donc décidé de mal le prendre et de faire la gueule pendant ce voyage, surtout quand je me suis retrouvé à côté d'une maman et de son lardon dans les bras. Ce dernier a heureusement été plutôt calme et sa maman a su faire le nécessaire quand il s'est oublié.
J'ai donc passé une bonne partie de ces trois heures de trajet à regarder le paysage au travers de la vitrine, guettant le moment où la steppe se transformerait en désert, et vice versa. En fait, si la steppe d'Asie Centrale correspondait exactement à l'image que je m'en faisais, j'ai été plutôt étonné de l'absence de désert véritable. J'ai donc sorti ma bible de mon sac à dos pour la consulter avec frénésie. Non pas le guide de voyage que j'avais emporté avec moi, mais l'ouvrage d'histoire géopolotique de Gérard Challiand intitulé "les empires nomades", et qui avait contribué à forger ma fascination pour l'histoire de l'Asie Centrale une dizaine d'années plus tôt.
Tandis que mon lecteur mp3 me faisait écouter le seul air digne d'être écouté en ces circonstances ("Dans les Steppes de l'Asie Centrale" de Borodine), je feuilletais mon livre - qui avait été inondé dans mon sac à dos par un jus de fruit mal refermé, pour son baptème en Asie Centrale - pour retrouver le passage où Gengis Khan avait envahi l'Empire du Kharezm en 1220. Voilà, j'ai bien retrouvé ce passage qui m'avait marqué car, à cette époque où l'histoire des techniques militaires d'Asie Centrale me passionnait, j'avais été subjugué par le modernisme de ses tactiques d'invasion, en fait identiques à celles que les nazis allaient soit disant inventer plusieurs siècles plus tard pour conquérir l'Europe.
Nous avons donc un conquérant inférieur en nombre, mais avec des troupes extrêmement mobiles et concentrées, capables d'enfoncer n'importe quel front. Son arme de pointe, le cavalier archer des steppes, est inégalée. En face, le Shah du Khorezm aligne des troupes peu entrainées, essentiellement massées le long d'une ligne de défense naturelle, le fleuve Syr Daria, délimitant plus ou moins la frontière nord de son empire. Un obstacle naturel réputé infranchissable, le désert du Kyzyl Koum est en revanche dégarni, car aucune vague d'invasion n'est jamais passée par là. Suite à une provocation du gouverneur du Ferghana, Gengis Khan décide d'en finir avec cet Empire aux avants postes du monde civilisé. Pour ce faire, il envoie une partie de ses troupes là où elles sont attendues, provoquant de lourdes pertes parmi l'armée du Kharezm. Mais il ne s'agissait que d'une manoeuvre tactique, la véritable vague d'invasion ayant réussi à traverser le Kyzyl Koum et se retrouvant à portée d'artillerie (de flèches) des capitales impériales qu'étaient Boukhara et Samarcande, soit exactement là où je me trouvais au moment où je lisais ces lignes. Mais où était donc ce désert? La géographie humaine n'a apparemment pas été la seule a être bouleversée pendant tous ces siècles. Le Kharezm complètement pris au dépourvu et dont le gros des troupes a été contourné n'a pu protéger ses villes et l'Empire s'est progressivement effondré, malgré une fuite des autorités plus loin du front. La propagande efficace des mongols a fini le travail en démoralisant également les populations civiles. Ce récit que vous aurez peut-être trouvé fastidieux est pourtant dans les grandes lignes exactement le même que celui des blindés allemands attaquant d'abord la Belgique pour tromper une France aveuglément retirée derrière sa ligne Maginot, sans avoir protégé la frontière des Ardennes, réputée infranchissable. La suite, tout le monde la connait. Je ne peux pas croire que les généraux allemands ayant préparé ce plan d'attaque ne se soient pas documentés sur l'histoire de cette région, tant les ressemblances sont troublantes.
Mais ces considérations historiques ont laissé place à une curiosité plus naturelle tandis que nous approchions de Boukhara où nous sommes arrivés à l'heure prévue.
Encore plus que Samarcande, Boukhara m'a donné l'impression d'une ville envahie par les groupes de touristes, essentiellement des personnes âgées venues de France, d'Italie ou d'Autriche. A ce qu'on m'a dit, les français sont d'ailleurs devenus le premier contingent de touristes étrangers il y a quelques années. Les groupes organisés pour leur part représentent une majorité écrasante de ces touristes. Il y a aussi bien entendu de nombreux touristes ouzbeks qui visitent leur pays, mais ceux-ci font plus facilement partie du paysage, et il est d'ailleurs très agréable d'échanger avec eux et de poser de temps en temps en photo.
Difficile donc d'évoluer dans la vieille ville de Boukhara sans croiser ces groupes, toujours précédés d'un guide en général parlant bien leur langue, et leur racontant tout ce qu'ils ont à savoir sur l'histoire des pierres qu'ils sont en train de visiter. Je suppose que la plupart d'entre eux oublieront 90% de tout cela dès qu'ils auront mis les pieds hors du pays, mais chacun aura rempli sa part du contrat: le guide aura méticuleusement fait son travail, tandis que le touriste aura déployé tous les efforts humainement possibles pour s'informer sur le pays qu'il visite, le guide se chargeant naturellement de veiller à ce qu'aucun contact authentique avec le pays réel ne s'établisse. Comme il était amusant de voir des ouzbeks - touristes ou locaux - tenter d'échanger quelques mots avec eux, à la plus grande joie des intéressés, tandis que le guide les pressait de ne pas perdre de temps pour aller voir le monument suivant et respecter l'emploi du temps très serré concocté par le tour operator. Quelle tristesse de voyager comme cela, et de passer à côté du meilleur de ce que l'Ouzbékistan a à offrir, sans peut-être même le soupçonner. Restaurants réservant leurs plus grandes tables et boutiques de souvenirs attendant le chaland de pied ferme, la ville entière semble les attendre, et il faut bien reconnaître que les touristes individuels ne bénéficient pas des mêmes attentions mais c'est évidemment beaucoup mieux comme ça. C'est une raison de plus d'aller à la rencontre du pays réel.
A chacun sa façon de voyager bien sûr, et j'ai même eu à quelques occasions des discussions plutôt intéressantes avec certains d'entre eux qui préféraient s'asseoir dans un coin tandis que leurs collègues parcouraient des medersas en buvant les paroles de leur guide. Ils avaient l'air surpris que l'on puisse facilement, toutes proportions gardées, voyager de manière autonome dans ce pays, et, qui sait, entretenaient peut-être des regrets de ne pas l'avoir fait.
Boukhara est donc la ville idéale pour eux. Son richissime passé et son patrimoine architectural, peut-être encore plus fabuleux que celui de Samarcande; en font la ville-musée idéale, avec même de vrais habitants dans les rues de la vieille ville. Et pourtant, j'ai préféré Samarcande, dont les vestiges du passé se fondent dans une ville réelle, à la fois moderne et ancienne, et beaucoup plus débordante de vie. C'est un sentiment que j'ai ressenti dans chaque nouvelle ville ouzbèke que j'ai visitée, un sentiment de malaise et de désintérêt tout d'abord, qui laissait place progressivement à une phase d'apprivoisement puis un véritable coup de coeur à chaque fois. Tachkent, Samarcande, Boukhara, Khiva, Nukus, toutes sont passées par ces différentes phases. A Boukhara, c'est ce calme absolu uniquement troublé par les allées et venues des touristes qui m'a d'abord dérangé, avant que je n'arrive à cerner la ville dans son ensemble, et ses prolongements dans la ville moderne qui l'entourait. Toutefois, si je pense avoir apprécié à leur juste valeur les merveilles architecturales de la superbe Boukhara, mon coup de coeur restait pour Samarcande, sans doute moins déconcertante pour un citadin plus habitué à ce genre de ville. Malgré tout, la vue panoramique du sommet de l'emblématique Minaret Kalon reste inoubliable, et est sans doute mon plus beau souvenir de cette ville, d'autant plus que je m'y suis retrouvé seul.
Je ne peux toutefois pas m'empêcher de pester contre la systématique double tarification à l'entrée de chaque monument. Ce qui me gêne n'est d'ailleurs pas dans le principe en lui-même, plutôt bien répandu dans le monde, mais la manière qu'ont les gens de refuser de l'admettre. Pourtant, quand un vendeur de tickets a sous les yeux des liasses entières de tickets à 250 sums, on ne peut que s'étonner de payer 10 fois plus cher. Quasiment personne n'a osé me dire que c'est le tarif étranger que je devais payer, et on me disait la plupart du temps que 250 était le tarif pour les enfants, les enfans ouzbeks m'avouait-on parfois. Note de voyage importante: les ouzbeks semblent vieillir très vite, puisque même quand ils paraissent avoir 30, 40, 50 ans ou plus, ils sont malgré tout mineurs et paient donc le tarif enfants. Les pauvres, qu'est-ce que cela donnera quand ils grandiront...
En fait je n'ai pas encore sélectionné lesquelles des 1700 photos que j'ai prises mériteraient d'être postées. 🙂 Je suppose que conformément à mon habitude, je les mettrai à la fin.
Déjà emballée par ton carnet de voyage en Corée du Nord, je suis aujourd'hui complètement fascinée par ton récit sur l'Ouzbékistan où j'envisage un voyage l'an prochain.
Comme d'habitude, c'est bien écrit, intéressant, avec une approche originale.
Continue !
bonjour,
petite précision à la lecture de ton texte sur le registan, ce qui apparait comme des imperfections architecturale, sont en fait des constructions parfaitement volontaires. Les architectes ont exacerbé les effets de perspectives, notamment quand on se situe au centre de la place, l'aspect monumental des facades et leur équilibre parfait résulte d'une géométrie constructive subtile et parfaitement maitrisé, les façades sont légèrement courbes, les minarets son penché vers le centre de la place, les façades légerement incliné vers l'avant etc.... En dessinant sur place c'est assez flagrant.
de même pour les façades intérieurs des medersa, cet art n'a qu'un but: accentuer l'effet imposant des construction, sublimé les monuments en afirmant la suprématie de la religion sur la socièté.
Yangguizi, je ne sais comment vous le dire ! Je suis sous le charme, moi qui n'avais jamais envisagé d'aller en Ouzbékistan, je me prends à me dire et pourquoi pas.
Vous nous faites tellement ressentir votre propre fascination et votre émerveillement qu'on a envie d'aller vérifier sur place.
Mais pour retenir l'attention des lecteurs et les laisser haletants pour la suite, il faut aussi que la forme y soit. Et c'est là que réside votre force: un style, une rédaction que de nombreux professionnels de la profession (d'écrivain) pourraient vous envier.
Mais vous écrivez, je veux dire dans la vie de tous les jours, n'est-ce pas ?
Merci à tous pour vos commentaires, ça me fait très plaisir. C'est vrai que j'ai été émerveillé par ce pays, et que dès lors, il n'est pas bien difficile de lui rendre hommage. Et si j'écris effectivement dans ma vie de tous les jours, c'est uniquement du blabla professionnel qui barberait vite les non initiés dès les premières lignes. 🙂
En ce qui concerne le Registan, j'avais effectivement compris que les imperfections étaient volontaires, comme pour la mosquée d'Ispahan. Désolé d'avoir été imprécis.
C'est à la densité de vendeurs de souvenirs à l'hectare que l'on mesure la popularité d'une ville touristique, et d'après ce critère, il semblerait que Boukhara soit la préférée des visiteurs étrangers.
Rares sont en effet les monuments et sites historiques de la ville qui n'en hébergent pas et il pourrait être intéressant d'en tenir une liste exhaustive. La grande Mosquée Kalon, contigüe au Minaret Kalon, ainsi que la splendide nécropole de Chor Bakr à l'écart de la ville me viennent à l'esprit, cette dernière m'ayant d'ailleurs particulièrement marqué car il m'a semblé y reconnaître une scène du documentaire "Retour à Samarcande" dont je parlais au début de ce récit. Bref, il doit y en avoir d'autres, mais ils ne sont pas légion. En ce qui concerne le reste de la ville historique, et bien ce n'est ni plus ni moins qu'un gigantesque bazar qui a même gagné les antiques medersas où l'on dipsensait autrefois toutes les lumières de la civilisation islamique à son apogée. Inutile de s'étonner lorsqu'à certains emplacements désignés sur la carte de la ville on ne trouve rien d'autre que des marchands de céramiques ou d'étoffes, car c'est bien la seule chose qu'il y ait désormais à y voir. Les temps ont bien changé... et le fantôme d'Omar Khayyam plus discret que jamais.
Impossible donc de ne pas côtoyer les vendeurs de Boukhara, qui sont probablement les mieux rodés et les plus efficaces du pays, ainsi qu'accessoirement les mieux approvisionnés en souvenirs de toutes sortes. Jusqu'au bout j'ai réussi à parer leurs assauts les plus insistants et leurs salamalèques les plus obséquieuses jusqu'à ce que, finalement, je me décide à acheter une peinture dont je m'étais dit qu'elle irait bien dans mon bureau. Mais avant cette capitulation, que de luttes vaillantes ont été menées de part et d'autre!
Une première vague d'assaut a eu lieu dès la première heure après mon arrivée, orchestrée par des gamines ayant établi leur quartier général près du Minaret Kalon. Anglophones et même francophones pour certaines, elles occupaient un lieu de passage éminemment stratégique car il était très difficile de l'éviter pour rejoindre certains sites et parties de la ville. Les premiers assauts furent habilement esquivés de ma part, en adoptant une technique dite procrastinatrice, c'est-à-dire remettant à plus tard mes futures visites de leurs "boutiques". Efficace sur le court terme, cette technique est cependant catastrophique sur le long terme, car l'ennemi est savamment embusqué et ses attaques redoublent d'intensité à chaque barrage, jusqu'à ce qu'un choc physique finisse par se produire: "si tu ne m'achètes rien aujourd'hui, je vais te casser la gueule"... "ta mère!" argumenta en français l'une d'entre elles en m'écrasant les pieds pour empêcher toute fuite. Cette technique d'usure alternant fuite simulée et harcèlement en embuscade était caractéristique des attaques nomades en Asie Centrale contre un ennemi souvent supérieur en nombre et sûr de lui. Je vois qu'elle a encore des adeptes.
D'autres, plus fins, ont fait le pari d'apprendre le français de manière intensive et de parler couramment notre langue, en sachant qu'un tel investissement peut être facilement rentabilisé vu le nombre de touristes français nomadisant dans la ville. Cela permet au moins d'avoir de longues conversations intéressantes avec eux, comme cela fut mon cas avec Ulug Beg en personne (non pas le célèbre prince astronome, mais son homonyme vendant quelques souvenirs dans la citadelle de l'Ark).
Et puis il y a les traditionnels cheap cheap, look look et good price ponctuant le passage du moindre faciès occidental (accompagné d'un rapide et souple déplacement physique et de techniques d'embuscade encore plus agressives lorsque l'occidental se déplace en troupeau).
Pour ma part, j'avais choisi d'entrer et de prêter attention à l'une des rares boutiques qui ne donne pas dans ce genre de démarchage, d'autant plus que ses nombreux pin's de Lenine et autres décorations soviétiques à l'extérieur laissaient présager d'intéressants développements pour ma collection d'artefacts communistes. Finalement rien ne s'est fait car le bonhomme se montrait inflexible lors des négociations, ne cédant que quelques centimètres de terrain alors qu'une vaste étendue désertique séparait nos vues. Tant pis pour lui et tant mieux pour moi, puisque j'ai retrouvé les mêmes à Tachkent pour cinq fois moins cher et une semaine plus tard, sans même négocier. Je suppose en fait que c'était la même chose pour tout ce qui s'achetait et se vendait dans ce quartier de Boukhara.
C'est par le plus grand des hasards que nous nous sommes adressés la parole, un hasard d'autant plus intéressant que ce sont des specimens quasiment uniques à Boukhara. Une espèce tellement rare que j'avais même entendu parler d'eux avant de les rencontrer: un couple d'expatriés français dirigeant une usine dans la région de Boukhara.
Nous avons passé une bonne partie de l'après-midi à discuter de leur vie en Ouzbékistan, de leurs déceptions, nombreuses, et de leurs coups de coeur, nombreux eux aussi. Bref, leur discours était très instructif, d'autant que le parallèle avec la vie et le travail en Chine que je ne manquais pas de faire révélait parfois de surprenantes ressemblances. Mais s'il fallait en tirer une conclusion, ce serait que si l'Ouzbékistan est bel et bien un pays merveilleux pour les vacances, il peut rapidement se transformer en cauchemar dès lors qu'il s'agit d'y travailler avec un objectif de rentabilité.
Cette fourberie détectée chez de nombreux ouzbeks prend bien entendu des proportions considérablement plus importantes, parfois jusqu'à l'excès comique, dès lors que des investissements plus lourds qu'une simple course en taxi ou l'achat d'une étoffe sont en jeu. A ce petit jeu, les ouzbeks ont développé une culture, à défaut d'une véritable adresse, qui laisserait probablement de nombreux chinois sur le carreau, c'est dire... Et quand à cela il faut aussi ajouter une administration aussi toute puissante que corrompue et imprévisible, ainsi qu'un système juridique pour ainsi dire inexistant, on ne peut qu'être admiratif devant ceux qui ont le courage d'accepter une mission quasi impossible. Et ils sont d'ailleurs de moins en moins nombreux, aux dires de ces français.
Car c'est bien de culture qu'il s'agit, l'homme d'affaires ouzbek qui réussit à arnaquer son pigeon gagnant ainsi l'estime de ses collègues et concurrents qui n'ont pas été aussi brillants. Et quand ça ne marche pas, et bien on essaie sur le suivant, il y en aura bien un qui finira par se faire avoir un jour. Cette passionnante discussion aura au moins eu le mérite de me faire prendre une importante résolution: je ne dirai plus jamais que la Chine est un pays difficile pour les affaires.
Pendant ce temps, nous nous promenions dans les rues touristiques et bien achalandées du vieux Boukhara, récoltant les quelques bons plans achats qu'ils partageaient de temps en temps avec moi, mais dont je n'ai pas vraiment cherché à profiter par la suite. Ils connaissaient apparemment tout le monde car c'est bien dans ce quartier touristique que tout le monde vient se promener, étrangers comme ouzbeks. La ville nouvelle? On peut y vivre oui, mais il n'y a pas grand chose à y faire d'après eux, ce que mes incursions ultérieures tendent à confirmer.
Puis ils m'ont vivement recommandé d'assister au défilé de mode et au spectacle qui se tient tous les soirs dans une des medersas adjacentes à la place Lyabi Hauz, coeur de la vieille ville, et m'ont pistonné auprès de la patronne pour me trouver une place.
Merci et bonne chance les amis, si jamais vous lisez ces lignes.
Ce que l'on ne m'avait pas dit, c'était que l'on ne me laisserait pas payer le diner-spectacle et que j'allais avoir l'honneur de partager la table des deux maîtresses de la soirée, les deux dessinatrices de mode qui avaient élaboré les tenues des jeunes filles qui défilaient sous les yeux émerveillés des touristes. Bien que tout le monde n'ait pas été convaincu par cette alternance de danses traditionnelles en costume et de défilés en tenue mélangeant savamment tradition et modernité, j'ai été sous le charme de ces couleurs et de la grâce de ces jolis visages de Boukhara.
Mais j'ai éprouvé un plaisir bien plus grand encore en discutant avec les deux personnes qui m'avaient invité, dont seule l'une d'entre elles parlait un peu anglais. La dame ouzbèke qui organisait cet événement quotidien était certainement d'une grande gentillesse et devait avoir beaucoup de choses à raconter, mais mon absolue méconnaissance des langues locales m'empêchait d'en profiter. Fort heureusement, elle avait ces jours-ci la compagnie de son amie turkmène qui présentait aussi quelques modèles. Et bien qu'étant peu porté sur les paillettes du monde de la mode, je me réjouissais d'avoir enfin à portée de dialogue une ressortissante du mystérieux Turkménistan voisin, sur lequel j'avais tant lu mais qu'une politique des visas excessivement restrictive m'empêchait pour l'instant de visiter comme je le souhaitais. Outre les commentaires laudatifs - sincères - que je faisais sur son travail, j'avais bien entendu d'autres idées en tête en engageant la discussion. Passionné de régimes totalitaires, et donc intéressé à ce titre par le délirant culte de la personnalité voué à Saparmurat Nyazov, dit Turkmenbashi le Grand, qui fut pendant une quinzaine d'années le maître absolu et demi-dieu du Turkménistan avant de rejoindre le monde des mortels en passant l'arme à gauche il y a quelques mois, il était inconcevable que je dise au revoir à la dame avant de m'être entretenu avec elle de ce personnage si charismatique. La principale difficulté de l'exercice était d'amener la conversation sur ce terrain, car la dame n'avait pas l'air très portée sur la politique. Finalement, elle m'en fournit une occasion inespérée en me montrant des photos d'oeuvres d'art préparées à son attention par des artistes ouzbèkes, et dont deux d'entre elles n'étaient ni plus ni moins que des portraits de Turkmenbashi le Grand, qu'elle sembla prendre plaisir à me dévoiler. Etait-elle une admiratrice et une fidèle de feu le Président comme je commençais à le supposer et l'espérer, ou bien une simple citoyenne que ces excès propagandistes intéressaient peu?
Je n'ai guère eu la possibilité d'exploiter cette ouverture car la conversation reprit rapidement ses distances avec le personnage. Mais, fort heureusement, j'allais pouvoir sortir ma carte secrète et parler discrètement de politique, car nous étions le soir du 6 mai, le soir du deuxième tour de l'élection présidentielle française, à quelques heures à peine de l'annonce des résultats. Je n'ai bien entendu pas pu m'empêcher d'évoquer cette échéance, espérant que par effet d'entrainement on en revienne à parler de politique turkmène. J'avais bien joué cette fois, car la styliste me lança une perche en me demandant quel était mon chef d'Etat préféré au monde. J'ai un moment hésité entre Kim Jong Il et Turkmenbashi le Grand, avant de finalement jouer la carte du conformisme en répondant Jacques Chirac. Cette réponse sensée me permit de lui retourner la question. Suspense... allait-elle citer son bien aimé Turkmenbashi?
Je ne sais pas trop, mais certainement pas le Turkmenbashi en tout cas. Ah bon? Pourquoi? (demandais-je un peu déçu) Cet homme était fou, il a fait de notre pays un théâtre. Juste un théâtre.
Au moins c'était clair. Preuve de son évident manque d'intérêt pour la politique, elle n'a pas été capable de me citer le nom du successeur de Turkmenbashi le Grand, qui a, il est vrai, un nom imprononçable. Malgré tout, faisant étalage de mon maigre savoir sur les réalisations architecturales les plus connues, et les livres saints du Président (notamment le Ruhnama, égal de la Bible et du Coran), ainsi que de quelques uns des points fondamentaux de son culte (comme le nom de sa mère), nous avons pu échanger quelques minutes sur le sujet, avant qu'elle ne conclue par un "parlons d'autre chose, la politique ne m'intéresse pas". Il est vrai que sa conversation était très intéressante et qu'il aurait été dommage de ne parler que de cela, mais je suis quand même resté sur ma faim.
Ce n'est que quelques jours plus tard, à Khiva, que j'ai recroisé le chemin du Turkmenbashi lorsque, recherchant des articles de propagande turkmène dans toute la ville (voisine du Turkménistan de seulement une poignée de kilomètres), j'ai fini par tomber sur la responsable de l'office du tourisme de la ville qui, passé le moment de surprise face à une demande aussi saugrenue, fit en sorte de me procurer un magazine de propagande de 2005, non sans bien sûr avoir ponctué la remise du précieux ouvrage d'un "je le déteste". Le précieux magazine montrait, outre des photos du Grand Leader, des jeunes gens et des vieillards en costume lisant son livre saint sur toutes les pages, ainsi qu'un spectacle de mouvements d'ensemble de style très nord-coréen, dans un stade de la capitale Ashgabat. J'étais satisfait de mon acquisition.
Après avoir pris congé des stylistes, je suis sorti de la medersa largement après la tombée de la nuit et ai rejoint la grand' place, où m'attendait une jolie étudiante qui m'avait fait promettre de la retrouver après le spectacle, pour que nous discutions un peu en anglais. Moi, forcément, comme je ne refuse jamais une occasion de discuter en anglais dans ce pays où ce n'est pas si facile que ça, j'avais consenti à ce petit sacrifice à la bonne tenue des relations franco-ouzbèkes.
Accompagnée de sa petite soeur, Fatima (ce n'est pas son vrai nom) me proposait d'aller nous balader dans la ville moderne de Boukhara, ce qui était une très bonne idée puisque je n'avais pas encore eu le temps d'aller l'explorer. La ville était évidemment quasi morte à cette heure déjà avancée, mais de toute façon l'intérêt de pouvoir enfin discuter dans un anglais un peu plus soutenu que d'habitude, sans véritable barrière linguistique était largement supérieur aux hypothétiques merveilles que je ne supposais même pas découvrir en chemin. Cette fille avait l'énorme défaut d'être élève-guide, ce qui expliquait son niveau d'anglais correct et son besoin de montrer la ville à des étrangers, mais nous nous sommes bien mis d'accord sur le fait que notre relation serait d'ordre strictement amical et qu'il était hors de question de déborder sur le plan professionnel. Fatima m'expliquait qu'elle n'était pas pressée de se marier, car dans un pays conservateur comme l'Ouzbékistan, il était probable que son mari, une fois qu'elle l'aurait choisi, ne l'autorise pas à continuer à faire ce métier et à fréquenter des étrangers après leur mariage.
Comme nous avons discuté un bon moment et que le contact est plutôt bien passé, Fatima me proposa de venir manger dans sa famille le lendemain à midi, une proposition que j'ai naturellement acceptée, commençant à bien apprécier la légendaire hospitalité ouzbèke. Mais avant cela, elle suggérait que nous allions d'abord prendre le thé chez elle pour que je vois d'abord sa mère. Je regardais ma montre: le sacre de Sarkozy en direct à la télévision était pour une heure et demie plus tard, et je pouvais donc me permettre cet ultime contretemps.
Sa famille habitait dans le coeur historique de Boukhara, et j'étais plutôt content de découvrir l'intérieur d'une de ces maisons simples comme il en existe encore beaucoup dans ce quartier un peu excentré par rapport aux monuments principaux. Cette petite maison n'était pas sans me rappeler celle de Fazli à Samarcande, la sobriété de l'ameublement étant largement compensée par l'abondance de tapis dans la pièce principale. Ici aussi, une armoire et une télévision avec lecteur de DVD occupaient quelques pourcents de l'espace de cette pièce. Décelant ma curiosité pour la musique ouzbèke, Fatima se proposait de m'aider à acheter quelques CD le lendemain. Une belle aubaine pour moi! Par interprète interposé, sa mère tenait à s'enquérir de mes préférences alimentaires, me faisant répondre que je n'étais pas difficile et que quelque chose de très simple serait idéal pour ma ligne. Bref, encore un bel exemple de cette irréprochable hospitalité dont je me réjouissais à l'avance de profiter le lendemain. Mais l'heure tournait, et je ne voulais pas abuser du temps de mes hôtes, et encore moins rater le début de la soirée spéciale sur TV5. J'ai proposé de prendre congé, et Fatima de me raccompagner vers la rue principale.
A peine dehors, elle passa à la deuxième phase de son plan sans doute bien rodé. Elle éveilla tout de même mes soupçons avant l'heure en me proposant de me vendre pour une somme astronomique le DVD qu'elle m'avait montré chez elle. Je ne pouvais pas croire qu'un tel prix, égal voire supérieur à ce qui peut se pratiquer en France, puisse uniquement couvrir ses frais. Manifestement, sa formation de guide - à supposer qu'elle soit réelle - lui avait appris autre chose qu'à instruire les touristes et à communiquer en langue étrangère avec eux. J'ai donc poliment décliné sa proposition, étonné quand même de cette étrange manoeuvre.
Puis, au moment de se dire au revoir et à demain, elle se lança à l'eau: pourrais-tu me donner quelque chose pour demain? comment ça? oui tu sais, pour le marché, pour faire à manger, il faudrait payer
(cela m'a étonné, mais après tout, dans d'autres pays ça ne choquerait pas vraiment) je comprends oui, pas de problème. Combien te faudrait-il? combien tu veux donner? je n'en ai aucune idée, je ne connais pas les prix locaux. mais dis-moi quand même un prix. et bien quand je vais au restaurant, je paie en général entre **** et **** sums, mais comme c'est un prix pour étrangers, je suppose que ça doit être moins cher en achetant sur les marchés. ah bon? En fait il faudrait que tu me donnes ***** sums (une somme bien plus importante) comment ça? Mais c'est beaucoup plus cher qu'au restaurant. oui mais tu dois inviter toute ma famille, c'est pour ça que c'est plus. ah? mais tu n'auras rien à payer pour la visite de la ville que je peux te faire. mouais as-tu compris? je crois que j'ai parfaitement compris oui (une phrase dont elle n'a pas dû saisir le degré)
Bon, il s'agissait bel et bien d'une arnaque superbement ficelée, tellement bien même qu'il m'était très difficile de faire marche arrière, car cela faisait déjà deux ou trois heures que je croyais avoir discuté en toute amitié. Et c'est ainsi qu'après avoir victorieusement évité une ou deux centaines de fois ce genre d'arnaque en Chine, je me faisais avoir en toute beauté en Ouzbékistan et ai dit ok, tout en gromelant intérieurement.
Nous nous sommes donc retrouvés le lendemain pour déjeuner, et en dégustant le repas, très bon mais plutôt simple, je n'ai pas pu m'empêcher d'admirer la superbe plus value qu'avait ainsi réalisée la jeune fille. Mais comme cela ne lui suffisait toujours pas, elle insistait pour me faire acheter des DVD ou VCD à des prix exorbitants, ce à quoi j'ai dû finir par répondre que je ne vois pas pourquoi je devrais dépenser autant pour de la musique moche, alors que je peux certainement trouver la même en Chine pour quasiment gratuit. Merci à toi, chère Chine, de m'avoir permis une fois encore d'opposer l'argument massue du pays le moins cher au monde, et qui m'a facilement tiré des griffes de nombreux vendeurs collants dans de nombreux pays au monde.
Devant cet échec, elle a voulu se refaire en tentant une nouvelle fois de m'extorquer quelques billets pour me faire entrer dans des medersas soi-disant confidentielles, non sans une fois encore réaliser un petit bénéfice. C'en était trop et j'étais sur le point de mettre ma politesse de côté, quand elle a compris que j'avais parfaitement compris son manège et que je voulais dorénavant me débarrasser d'elle. es-tu fâché contre moi? le devrais-je? bon alors au revoir? oui oui, au revoir
Je l'ai recroisée un ou deux jours plus tard par hasard, nous nous sommes adressés quelques politesses et elle en a bien entendu profité pour me recommander un restaurant où sa soeur venait de commencer à travailler. Pour le coup, j'ai décidé de me passer de dîner ce soir-là, afin d'être sûr de ne pas me tromper de restaurant en voulant aller ailleurs.
Tour à tour entre autre admirateur de jolies femmes, passionné de régimes totalitaires ou bien encore faisant preuve d'une légère radinerie, tour à tour ou tout à la fois, c'est selon... En ajoutant à cela une plume élégante et très drôle, tu nous fais passer de bien délicieux moments de lecture.
Radin non ! Juste ce petit côté je fais gaffe à mes sous qui ne fait qu'ajouter à ton charme 😛...
Tu vois, tu peux parler d'argent tant que tu veux (en plus c'est drôle) !
Sourire..
J'avais le soir du 6 mai la chance de dormir dans une chambre équipée du satellite et ai pu regarder sur TV5 la soirée électorale en direct. Ayant raté celle de 2002, cela faisait donc 12 ans que je n'avais pas vu en direct l'affichage à 20 heures pile (même s'il était 23 heures en Ouzbékistan) de la tête du nouveau président. J'ai donc pu accomplir mon devoir de téléspectateur ce soir-là.
Je n'étais d'ailleurs pas le seul à m'y intéresser, de nombreux ouzbeks m'ayant interrogé sur les candidats au cours du voyage. Anticipant le choix des français, les ouzbeks avaient l'air de préférer Sarkozy sans que j'ai vraiment compris pourquoi. Peut-être une misogynie inavouée à l'égard de la candidate socialiste malheureuse... Toujours est-il qu'à part une dame, dont je n'ai pas non plus compris les motivations, c'est surtout le nom de Sarkozy qui motivait les sourires et les pouces tendus vers le haut.
Avant le 6, on me demandait parfois si je pensais que c'était l'homme ou la femme qui allait gagner, sans même les nommer, et qui je soutenais, montrant là bien qu'à leurs yeux c'était là ce qui les opposait le plus. Malgré l'apparente et sans doute véritable émancipation dont bénéficient les femmes ouzbèkes par rapport à leurs congénères dans nombre d'autres pays musulmans, la société ouzbèke reste assez machiste et l'homme domine encore sa famille. Il m'est d'ailleurs arrivé à plusieurs reprises de croiser des groupes hermétiquement séparés, les hommes d'un côté et les femmes de l'autre, par exemple lors de certains événements comme une veillée mortuaire à Samarcande ou un repas festif à Khiva. Certaines conversations tant avec des hommes qu'avec des femmes m'ont d'ailleurs confirmé une certaine soumission de l'épouse à son mari, en total décalage avec ce que l'on pourrait imaginer au premier coup d'oeil en regardant le paysage humain d'une ville ouzbèke.
Dans un registre plus spécifiquement politique, l'Ouzbékistan est sans doute un des seuls pays au monde où on m'ait complimenté à la fois sur Chirac et sur Mitterrand. Fait très courant, surtout depuis la guerre d'Irak, en ce qui concerne le premier, c'est en revanche plus rare pour le deuxième, dont une grande partie de la population semble connaître le nom. L'explication toute simple est que l'ancien président français a visité l'Ouzbékistan peu de temps après son indépendance, étant sans doute un des premiers chefs d'Etat à avoir fait le voyage. 15 ans plus tard, les gens s'en souviennent encore. Note pour les futurs voyageurs: si vous souhaitez faire un cadeau original à un ouzbek, une copie du débat télévisé entre les deux candidats de 1988 serait sans doute un gag qu'ils apprécieraient!
C'est le jour de mon départ d'Ouzbékistan, le 16 mai, que Sarkozy a officiellement pris ses fonctions. Le matin-même, à l'aéroport de Tachkent, tandis que pestais au milieu de l'interminable et chaotique queue lors du passage de l'immigration, quelle ne fut pas ma surprise de voir plusieurs grands écrans s'allumer pour diffuser le discours d'adieu de Chirac de la veille, juste au-dessus des cages des policiers. Comme c'était surréaliste! Malgré cela, mon passeport français n'a pas suffi à me faire gagner quelques places dans la queue, bien au contraire: à trop vouloir regarder l'écran, je me suis fait griller quelques priorités.
Juste après avoir fait mes adieux à la jolie fourbe décrite plus haut, je me suis fait aborder par un quatuor de jeunes filles hilares en tenue légère et aux formes généreuses, apparemment ravies de pouvoir se raconter des histoires drôles en présence d'un homme sans que celui ne les comprenne. Bien qu'aucune d'entre elles ne parle anglais, elles insistaient apparemment malgré tout pour que je fasse un bout de chemin avec elles en direction de l'université.
Comme on dit que juste après une chute de cheval, la meilleur chose à faire c'est de remonter immédiatement en selle, j'ai accepté leur proposition, d'autant plus que je n'avais rien prévu en ce début d'après-midi. Et puis comme elles ne parlaient pas anglais, il était peu probable qu'elles veuillent m'entraîner dans une nouvelle arnaque, car de toute façon je ne comprendrais rien à rien.
Je suis toujours étonné du nombre de choses que l'on peut se dire sans parler la même langue. Il faut dire qu'une certaine similarité lexicale entre le russe et le français est un atout pour les francophones, car il y a toujours des mots que l'on peut comprendre de part et d'autre. Par exemple "université, touriste, avocat, restaurant, etc..." Et puis il y a aussi "I love you". Comme toutes les quatre à la suite ont ainsi interrompu leurs ricanements en s'adressant à moi, j'ai supposé qu'il s'agissait d'une formule de salutation en langue ouzbèke, phonétiquement étonnamment proche d'une phrase anglaise bien connue, et je les ai remerciées pour leur solicitude.
Et puis il y a le langage des signes aussi. Non pas celui codifié par lequel les sourds-muets arrivent à entretenir des conversations complexes, mais ce langage universel dont nos lointains ancêtres devaient souvent abuser avant d'inventer le langage parlé, et qui permet parfois de faire passer quelques idées. C'est ainsi qu'après la formule de salutation "I love you", deux d'entre elles ont fait signe de se passer un anneau autour d'un doigt, en faisant des allers retours avec leur index entre elles et moi. Mais que diable voulaient-elles donc? Que nous allions voir ensemble le film "Lord of the Rings"? Ah que ce langage des signes peut-être compliqué et incertain quand même! Moi je leur ai donc répondu dans un anglais qu'elles ne devaient pas comprendre que ça ne me dérangeait pas de voir Lord of the Rings avec elles, même si je l'avais déjà vu et j'ai donc fait un signe affirmatif de la tête. Mais ce n'était apparemment pas suffisant car elles me posaient une question que je n'ai pas comprise tout en réitérant le même geste. Apparemment il fallait que je fasse un choix ou un truc comme ça.
Alors moi je leur ai dit que je les trouvais bien sympathiques tous les quatre mais que j'étais d'une nature indécise, et que donc quel que soit ce qu'elles me proposent, ça ne me dérangeait pas de les sélectionner toutes les quatre. Et puis il me semble que quelque part dans le Coran il y a un truc comme ça qui parle d'une limite de quatre, mais je n'arrive pas à me souvenir de quoi il s'agit. Ma réponse, ou plutôt ma non-réponse les a fait hurler de rire et elles ont eu l'air de dire que ce n'était pas possible.
Sur ce, nous avons rejoint la ville nouvelle, et tandis que nous approchions de l'Université, les quatre demoiselles apostrophaient tous les étudiants que nous croisions. Apparemment elles leur demandaient s'ils parlaient français, mais comme tout le monde faisait un signe négatif de la tête, moi j'essayais de dire qu'en angliski c'était possible aussi, mais elles ne m'écoutaient de toute façon plus. En passant devant un hôtel, elles ont à nouveau hurlé de rire en voyant un vieux japonais qui attendait son groupe devant son bus. En fait elles croyaient qu'il était chinois, et comme elles avaient compris que je vivais en Chine, elles se disaient que ce monsieur pourrait peut-être nous aider et elles m'ont sommé de lui adresser la parole. Mais comme un touriste japonais ne s'improvise pas traducteur chinois - ouzbek en une minute, tout ce que j'ai pu demander en japonais au brave homme était s'il pouvait parler anglais mais cela n'avait pas l'air d'être le cas, donc avons passé notre chemin.
Puis finalement nous sommes arrivés devant le bâtiment où elles devaient avoir cours, et elles se sont ruées dedans en me faisant un petit signe de la main. Ca, j'ai bien compris, ça voulait dire au revoir.
Mon supposé dernier jour à Boukhara, j'ai décidé de fuir la ville-musée pour faire un tour dans la ville nouvelle, bien décidé à y trouver une quelconque animation digne d'intérêt. En fait de vie, je n'ai trouvé que de larges avenues désertes bordées d'arbres, et des bâtiments imposants d'un autre âge. Au revoir la route de la soie, bienvenue en ex-Union Soviétique!
Mes pérégrinations m'ont ramené à proximité du stade de la ville, non loin de l'Université déserte et de la vieille ville dont je n'aurais jamais soupçonné l'immédiate proximité si je n'avais vaguement en tête l'orientation générale de Boukhara. Et soudain, une immense clameur s'éleva du stade, des centaines voire des milliers de voix semblant hurler de quelconques slogans en cadence. Puis un calme saisissant reprenait possession de la ville fantôme, pour faire place nette quelques minutes plus tard devant un nouveau tintamarre indescriptible. Tandis que je faisais le tour de l'imposant ouvrage, tentant de trouver une entrée ou, à défaut, un angle de vision propice à épier ce qui pouvait bien se passer à l'intérieur, les phases de silence et de frénésie alternaient à un rythme irrégulier. Les abords du stade étaient désespéremment vides, et tout ce qui ressemblait à un accès grillagé et cadenassé. Personne non plus à qui demander ce qui pouvait bien se passer, ou du moins pour répondre dans une langue qui me soit intelligible. Il devait être écrit que ce fascinant phénomène resterait un mystère pour moi.
J'avais en fait ma petite idée sur la question, puisque nous étions le 8 mai, un jour célébré en France comme anniversaire de l'armistice de la Seconde Guerre Mondiale, et qui en ex-Union Soviétique est célébré un jour plus tard, pour d'obscures raisons historiques. Le lendemain 9 mai devait être un jour férié, et j'imaginais qu'une grande fête était prévue dans le stade à laquelle participerait toute la ville, et que nous en étions aux répétitions finales. Je brûlais de curiosité, me plaisant à imaginer des mouvements d'ensemble dans le stade, comme on ne peut en voir que dans les pays idéologiquement tenus d'une main de fer. Hélas, le peu que j'ai pu voir de l'intérieur du stade ne révélait que des gradins vides et pas la moindre présence humaine à l'intérieur. Le fruit de mon imagination fertile retomba comme un soufflet.
De retour à mon hôtel, j'en profitais pour interroger le sympathique - et anglophone - patron et lui demander ce que tout cela lui évoquait. Ni lui ni son personnel n'étaient hélas au courant de rien, même si on me confirma qu'il y aurait probablement des festivités le lendemain. Il me suggéra de tenter ma chance et de rester un jour de plus à Boukhara, histoire de voir ce qui pourrait bien se passer. De fait, de nombreuses avenues étaient coupées, des drapeaux apparaissaient partout et la ville était trop calme pour que nous soyons dans autre chose que l'oeil d'un cyclone. Il devait se passer quelque chose le lendemain, c'était écrit quelque part, et je n'ai donc pas pu me résoudre à passer toute la journée dans un taxi à destination de Khiva et à rater ce spectacle.
Le lendemain, je me suis donc levé tôt comme prévu, non pas pour aller à la gare routière, mais pour me présenter à l'entrée du stade, certain que des foules se battraient pour obtenir les quelques places encore invendues. Le quartier était en fait encore plus mort que la veille dans l'après-midi, et absolument rien ne laissait présager une quelconque célébration grandiose. Après avoir vainement tenté d'interroger quelques personnes, dont un petit homme vert, en articulant des mots comme "cérémonie" et "parade" et en priant pour qu'ils se prononcent de la même façon en russe, j'ai finalement accepté la réalité des faits: si quelque chose devait se passer quelque part, je n'avais aucun moyen de savoir quoi, où et quand. Tant pis pour ces défilés d'anciens combattants à la poitrine tapissée de médailles soviétiques que je voulais voir au moins une fois dans ma vie, il valait encore mieux que je parte à Khiva où après tout, il se passerait peut être aussi quelque chose en fin d'après-midi.
Et c'est sur le chemin de l'hôtel où j'allais chercher ma valise que je l'ai vu. Ou plutôt que je l'ai d'abord entendu. Environ 80 ans, un costume et une allure très dignes, et surtout quatre ou cinq médailles que j'ai en parties reconnues, à hauteur de sa poitrine. Ces précieuses récompenses tintaient en s'entrechoquant, au rythme du pas décidé de l'ancien combattant qui les portait, et s'engageait résolument vers une direction mystérieuse. Je me suis arrêté pour le regarder passer. Nous étions seuls dans cette petite rue qui semblait déboucher sur un cul-de-sac. Que faisait-il donc seul ici? Etait-il à lui tout seul la cérémonie de commémoration de l'armistice? Il est arrivé à ma hauteur sans faire attention à moi, le regard fixe et déterminé de celui qui sait où il va, et empreint de fierté de celui qui sait qu'on ne l'arrêtera pas. Je n'ai donc pas cherché à importuner ce respectable patriarche, et c'est avec un certain soulagement que je suis arrivé à mon hôtel: j'avais pu en voir un.
Exactement la meme chose nous est arrive en Inde a Udaipur. Sauf que quand ils ont commancer de payer le poulet 200 roupies pour le diner du lendemain, on leur a dit ciao!
Non tu n'es pas radin! C'est une question de principe et de respect!
Le patron de l'hôtel avait eu la gentillesse de m'accompagner au point de départ des taxis collectifs afin de m'aider à négocier le bon prix pour Khiva. Ceci fait, il me laissa entre les mains du chauffeur, satisfait que j'étais de la facilité avec laquelle tout cela s'était passé. Ce que je n'avais en revanche pas prévu, c'était que ce jour-là personne ne semblait vouloir partir à Khiva. Les gens ne se déplacent-ils donc pas les jours fériés? Un minibus plein finit par partir, nous laissant seuls le chauffeur et moi, ainsi que quelques copains du chauffeur qui semblaient rigoler à l'idée que j'allais devoir changer mes plans et prendre le taxi seul, payant ainsi le prix fort. Malgré notre impossibilité de communiquer, ils ont réussi à faire passer le message, mais j'ai moi aussi su leur faire comprendre que je n'étais pas pressé, et que je m'étais encore laissé deux ou trois heures d'attente avant d'en arriver à cette solution de la dernière chance.
Une dame a fini par monter à bord, et une autre par refuser, son budget étant trop limité. Finalement, deux petites heures après mon arrivée sur le parking, un couple de quinquagénaires s'est à son tour installé à l'arrière et nous avons enfin pu démarrer. Passés quelques barrages de police, nous avons rapidement laissé derrière nous la ville-oasis de Boukhara pour rejoindre la périphérie sud du désert de Kyzyl Koum. Peu nombreux étaient toutefois les paysages réellement désertiques, ce qui s'étendait à perte de vue jusqu'à l'horizon ressemblant en fait plutôt à une étendue de buissons émergeant d'un mélange de terre, de roche et de sable. Sacrés envahisseurs mongols, ce n'était pas un vrai désert qu'ils avaient parcouru sur leurs infatigables destriers. Leur exploit me paraissait désormais bien surfait! Ceci dit, il faut bien reconnaître que la route dont la qualité du revêtement était très inégale pour parfois ne devenir plus qu'une large piste de graviers n'était guère fréquentée. Les caravanes que nous croisions sur cette version semi-asphaltée de la route de la soie étaient réduites à quelques voitures isolées et de tout aussi rares camions. Sans doute victime d'un mirage ou d'une hallucination, j'ai même cru croiser deux bolides recouverts de sponsors et fonçant à vive allure. Sans doute les descendants de Marco Polo...
Au bout de deux heures de route, le chauffeur et les quatre passagers que nous étions avons entrepris d'irriguer une petite parcelle de désert avant de remonter à bord pour grignoter deux ou trois biscuits. Ce fut l'occasion d'une nouvelle tentative de dialogue qui dura bien une heure ou deux. Au risque de me répéter, je suis toujours émerveillé du nombre de choses que l'on peut se dire par gestes et phrases incompréhensibles interposées. C'est en fait surtout avec le chauffeur que j'ai "discuté", car ça lui permettait de continuer à regarder la route et à moi de ne pas attrapper un tortis colis car j'étais assis à l'avant. L'homme était ingénieur, et même si c'est à peu près tout ce que j'ai compris de lui, je me suis dit qu'il a dû en traverser des épreuves pour préférer devenir chauffeur de taxi collectif. Les anciens porte drapeaux de l'industrie soviétique ont en effet souvent dû opérer de telles reconversations, qui seraient perçues comme humiliantes dans nos contrées. Mais il n'avais pas l'air malheureux et semblait bien s'accomoder de son nouveau travail probablement plus rémunérateur.
Tout le monde à bord était ouzbek et ma question de savoir s'ils étaient tadjiks ou autre chose parut incongrue, déclenchant un rire poli chez mes interlocuteurs. Nous avons dépassé un bus de l'intourist rempli de passagers âgés, sans doute français, et dont l'allure semblait proportionnée à la probable vélocité pédestre de ses occupants. Ce fut donc à mon tour de rire en les pointant du doigt tandis que le chauffeur mettait les gaz pour franchir l'obstacle, provoquant ainsi une hilarité générale sur le dos de ces "touristes".
Après avoir roulé à vive allure pendant cinq heures, nous avons atteint Ourgentch où les trois passagers sont descendus l'un après l'autre. Le très bref aperçu que j'ai eu de cette ville sans âme ne me fit pas regretter de ne pas m'y arrêter, bien que ce point sur une carte dont le nom me parlait depuis de nombreuses années ait longtemps provoqué une profonde curiosité chez le voyageur en chambre que j'étais alors.
L'impressionnante traversée du mythique fleuve Amou Daria, l'Oxus d'Alexandre le Grand, sur un pont de fortune peu rassurant fut la dernière péripétie avant une arrivée à Khiva sans encombres.
Alors que je ne croyais pas cela possible, il s'est avéré que Khiva est encore plus une ville-musée que Boukhara. Ses monuments, la plupart récents, en parfait état de conservation ou plutôt de restauration, et la très faible population de sa vieille ville font de la "perle de l'Asie Centrale" un ensemble certes tant magnifique que spectaculaire, mais hélas tellement aseptisé qu'il est bien difficile de s'imprégner d'une quelconque atmosphère. Et pourtant, l'après-midi était déjà bien avancée lorsque je suis arrivé à mon hôtel situé près du rempart ouest et que j'ai entrepris de parcourir la vieille ville. Les rues étaient déjà quasiment désertes, les medersas aussi, et les minarets imperturbablement silencieux. J'avais la ville presque pour moi tout seul. Si je ne pouvais pas l'apprivoiser ce soir-là, cela ne se produirait sans doute jamais. C'est en fait largement après la tombée de la nuit que j'ai enfin pu apprécier la magie des lieux, lorsque j'ai entrepris de dormir à la belle étoile... c'est-à-dire sur la terrasse de ma chambre, sous un superbe ciel étoilé à peine entamé par la silhouette sombre dees crénaux de la muraille qui me faisait face. Un peu plus loin, le sommet de l'emblématique et multicolore minaret Kalta Minor donnait une touche finale à ce typique décor oriental. J'aurais bien pu passer mille et une nuits comme celle-là mais sur les trois que j'allais passer à Khiva, seule la première fut la bonne, les suivantes étant nuageuses voire légèrement pluvieuses.
C'est à Khiva que j'ai rencontré le plus de voyageurs individuels occidentaux, la plupart se déplaçant dans le sens inverse du mien, c'est-à-dire devant finir par Samarcande. De nombreux français bien sûr, mais aussi d'autres européens, arpenteurs de la route de la soie ou simples visiteurs de passage comme moi, et puis même un couple de hongkongais que j'avais déjà croisé à Samarcande et Boukhara. A force de nous reconnaître, nous avons fini par nous adresser la parole à l'entrée d'une medersa, et avons passé quelques temps ensemble. C'était agréable de pouvoir parler chinois, d'autant plus qu'on pouvait être à peu près sûr que personne ne nous comprendrait, ce qui peut être très utile, par exemple lorsque l'on veut discuter entre nous pour élaborer une stratégie de marchandage. Le français et l'anglais ne sont pas les langues les plus adéquates pour cela lorsqu'on évolue dans des lieux aussi touristiques. J'essayais aussi de profiter de toutes ces rencontres pour chercher des compagnons de galère avec qui je pourrais partager un taxi pour visiter les forteresses du désert non loin de là. Mais la seule personne enthousiaste que j'ai rencontrée, un français, avait fait le périple la veille de notre rencontre. Malgré tous les avis négatifs que j'avais lus à droite à gauche, il m'a convaincu que ça valait le coup, un amateur de vieilles pierres comme moi ne pouvant être déçu.
Mais à Khiva, du matin au milieu de l'après-midi, on croise aussi et surtout une quantité de touristes ouzbeks venus des quatre coins du pays (ou plutôt de ses deux extrémités, pour être plus géographiquement correct). Photographes frénétiques, jeunes mariés ou simples visiteurs, c'est paradoxalement eux et leurs tenues colorées qui font l'âme de la ville et lui insuflent la vie qu'elle a dû perdre il y a bien longtemps. Que viennent-ils chercher à Khiva? Des traces de leur passé sans doute, à moins qu'il ne s'agisse d'une simple balade d'agrément ou de la visite d'un parc d'attraction. Ou peut-être encore est-ce à qui prendre la photo la plus drôle, ce qui expliquerait que tant d'ouzbeks aient voulu poser avec moi un peu partout. Peut-être m'ont-ils présenté à leurs amis et familles comme un envahisseur russe...
Ce n'est pas que Khiva est très étendue, mais l'arpenter dans tous les sens, dans et hors des murailles, cela finit par fatiguer au bout de quelques heures. En milieu d'après-midi, mon pas commençait donc à ralentir lorsque j'ai été interpelé par deux jeunes vendeuses de boissons non loin de la muraille, qui me faisaient des gestes amicaux ponctués de petits éclats de rire. Mon niveau en langage des signes ayant rapidement progressé au bout de 10 jours de voyage, j'ai cette fois vite compris qu'elles m'invitaient à m'asseoir parmi elles et ne me suis pas fait prier deux fois. Pour ne pas changer, nous n'avions pas grand chose à nous dire car elles ne parlaient pas un mot d'anglais, mais une fois encore nous avons réussi à converser un peu.
Un quart d'heure après les avoir rejoint, et après avoir vérifié que je n'avais pas d'enfants et que je n'étais pas marié, elles m'invitèrent à leur tour à aller voir "Lord of the Rings" avec elles, mimant le même geste autour du doigt que les étudiantes de Boukhara. Comme je n'étais pas tellement d'humeur à regarder un film et que j'étais incapable de faire un long discours, je me suis donc contenté des seuls mots que je connaissais en russe: spassiba, niet (non merci). Cela eut l'air de les décevoir beaucoup, à tel point qu'elles se mirent à piailler entre elles, apparemment afin de trouver un moyen de me convaincre. Me faisant signe d'attendre, l'une d'entre elles s'empara d'un téléphone portable et passa quelques coups de fil. Je n'avais aucune idée de ce que je faisais là, mais on me faisait toujours comprendre avec le sourire que je devais attendre là. Au bout de cinq minutes de cet étrange manège, la jeune fille me tendit son téléphone, me faisant signe de parler. Ca risquait d'être comique, vu mon formidable niveau d'ouzbek. Mais j'ai quand même accepté, pour rire, et c'est une voix d'homme que j'ai entendue au bout du fil.
allo? allo? yes? vous parlez français? euh, oui, je suis français ah, enchanté, bienvenue à Khiva merci c'est gentil. Dites-moi, vous parlez vraiment très bien français (il n'avait presque pas d'accent et parlait couramment) ah merci, en fait je suis interprète ah, c'est très intéressant ça donc voilà, les deux jeunes filles à côté de vous voudraient que je fasse la traduction quelle bonne idée! Je vous écoute bon alors, elles voudraient savoir si vous voudriez vous marier avec une fille ouzbèke.
Je me suis tourné vers elles, et comme elles avaient compris que j'avais enfin la clé de la discussion - nom de dieu, les jeunes filles du pays n'étaient pas passionnées par Lord of the Rings, contrairement à ce que j'avais cru jusque là - elles me firent à nouveau de grands sourires en se désignant du doigt. ah vraiment? vous savez, moi je suis juste un interprète, je traduis, je n'en sais pas plus je comprends alors? Vous voulez vous marier ou non?
Bon, étant donné que j'avais affaire à quelqu'un parlant parfaitement français, je ne pouvais pas cette fois juste dire spassiba niet, il fallait élaborer. Mais il fallait tout d'abord prendre une décision. Je dois reconnaître que l'une des deux avait à son actif un certain nombre d'arguments assez solides (je pense notamment à un tour de poitrine joliment proportionné et au fait que son sourire ne révélait aucune dent en or), mais d'un autre côté, je ne suis en général pas du genre à accepter la demande en mariage d'une fille que je connais depuis un quart d'heure et avec qui je ne suis pas capable d'échanger un mot. Cette petite gymnastique intellectuelle dura quelques secondes, avant que je ne rende mon verdict:
euh, je ne crois pas non. bien, je vais leur dire.
Le résultat de cette expérience eut l'air de leur déplaire (à 23 ans chacune et encore célibataires, elles devaient subir une certaine pression), mais elles continuaient malgré tout à sourire et à vouloir discuter avec moi, après avoir renvoyé le traducteur à des activités probablement plus normales. J'ai fini par prendre congé après avoir réussi à mémoriser leurs prénoms.
Le lendemain matin, tandis que je me promenais avec les hongkongais dans le bazar, à l'autre bout de la ville, l'une des deux filles me reconnut et m'interpela par mon prénom. Les hongkongais, surpris, me demandèrent: tu la connais? oui, on a failli se marier hier.
Ils sont restés interdits un petit moment avant de rigoler.
Puis l'après-midi, tandis que mon tour de ville m'avait ramené à proximité du lieu de la rencontre de la veille, je remarquais les hongkongais en train d'acheter une bouteille de coca auprès de l'autre jeune fille. Je me suis approché, et Sharnaza (la fille) tourna la tête en me faisant de grands signes et en m'appelant elle aussi par mon prénom. Les hongkongais me demandèrent, blasés: tu la connais? oui, elle aussi elle a voulu m'épouser hier mais tu en as encore beaucoup comme ça dans ce pays? bah pas tant que ça en fait, mais je crois qu'il y en a aussi quelques unes à Boukhara bon ben on va vous laisser alors.
Finalement, après avoir convenu que nous serions amis, nous avons discuté un bon moment avec Sharnaza sur le pas de sa maison. La famille et les voisins nous tournaient autour, ça faisait rire tout le monde. Et c'est là que, miracle, une petite fille m'apporta un livre d'apprentissage de l'anglais qui, ô divine surprise, comprenait à la fin un lexique de quelques centaines de mots en anglais, russe et ouzbek. Cette pierre de Rosette allait nous permettre enfin de communiquer pour de bon! Et cela a duré des heures et des heures. En fait, on peut vraiment se dire beaucoup de choses avec un tel outil, même quand on ne maîtrise aucune base de grammaire. Mais comme le lexique était seulement organisé par ordre alphabétique des entrées en anglais, j'étais le seul à pouvoir diriger la conversation. Il n'empêche qu'à la fin de l'exercice, alors qu'il faisait déjà nuit depuis un moment, j'avais réussi à retenir quelques mots d'ouzbek que j'ai malheureusement pour la plupart oubliés dès le lendemain.
Lorsqu'il commençait à se faire vraiment tard, j'ai pris congé de tout le monde (toute la famille et beaucoup de jeunes s'étaient joints à nous entre temps) après les traditionnelles séances photo et autres échanges d'adresse. Bon, comme Sharnaza a persisté à vouloir écrire la sienne en alphabet cyrillique, moi j'ai donné la mienne en caractères chinois. On va dire que ce n'est que justice.
Oooouuuuuuffff !!!!!! on l'a échappé belle, un peu plus il se mariait, il restait vendre des sodas à Khiva, il ne voyageait plus et ne pouvait plus nous régaler de ses carnets de voyages !!!! quoique, je l' aurais bien imaginé nous envoyer sa chronique de vie quotidienne de là-bas !
C'est toujours un plaisir de lire tes carnets de voyage.
Tiens, je penserai à toi demain après-midi car je vais voir à la Cité de la Musique à Paris un concert de la célebre chanteuse Ouzbek Monajat Yultchieva.
Tous les charmes de Khiva n'ont pas réussi à me détourner de l'ambition première que je nourrissais dans toute ville ouzbèke: trouver une connexion à internet. Lente si possible. Parce qu'en général la connexion est très très lente, à tel point qu'une simple connexion très lente m'aurait souvent satisfait. A Khiva plus qu'ailleurs, cela était un véritable défi que je me plaisais à m'imposer, prenant bien soin d'éviter la connexion pour les touristes en plein coeur de la vieille ville, au tarif absolument prohibitif. Cela me donnait au moins un prétexte pour m'aventurer dans la ville nouvelle, hors des remparts. La nouvelle Khiva n'était pas si moche que ça, plutôt verte même, bien que les bassins vidés de leur eau au delà de la porte nord soient plutôt démoralisants. On m'avait suggéré de tenter ma chance à la poste centrale, et c'est donc dans cette direction que je me dirigeais.
Après être entré dans le très sinistre édifice et m'être rendu compte qu'il était impensable de trouver un ordinateur public en cet endroit, j'ai rejoint le monde extérieur en prenant soin de dissimuler mon air défait. C'est par le plus grand des hasards que j'ai remarqué un cybercafé derrière une entrée latérale. Lorsque j'ai prononcé le mot de passe (internet, da?), le jeune homme affairé derrière son écran me répondit par un simple "niet" d'un air désolé. J'en avais déjà essuyé beaucoup des niet, à Boukhara notamment, et n'étais même pas surpris qu'un des rares cybercafés de la ville soit hors d'état de marche. Voyant mon air malgré tout déconfit, il tenta sans doute de me donner la raison technique de cette défaillance, mais cela ne m'était guère utile. Comme il parlait deux ou trois mots d'anglais, je tentais de lui demander où trouver un autre endroit du même genre. Plein de bonne volonté, il tenta de m'expliquer puis de me dessiner un itinéraire, avant finalement de m'accompagner dehors pour me montrer le chemin. Et comme nous en avons profité pour discuter un peu, il fit en fait tout le chemin avec moi, jusqu'à la porte de l'autre cybercafé, à un quart d'heure de là. Par la même occasion, il en profita pour papoter avec ses amis sur place et pour me présenter. L'idée était fort judicieuse, car les amis en question parlaient un bien meilleur anglais, et nous avons cette fois réellement pu converser.
Ce n'est pas le temps qui manquait, car ici aussi, l'internet était hors service. Mais au moins, plusieurs jeunes avaient l'air occupés à tenter de rétablir la connexion. Les cinq minutes annoncées se dédoublèrent rapidement, avant de finalement se démultiplier à l'infini. Une longue discussion m'attendait donc avec deux garçons et une fille, qui tous rêvaient d'Amérique, et qui tous se cassaient régulièrement le nez à l'ambassade américaine de Tachkent qui a apparemment cessé de délivrer des visas. "As-tu des informations sur la loterie pour la carte verte américaine?" me demanda-t-on. Non, mais si vous voulez des infos sur les visas chinois, je suis votre homme, répondis-je sans vraiment éveiller leur désir. En attendant que les ordinateurs ne soient connectés, l'un d'entre eux potassait devant son écran un cours de littérature anglaise qui devait circuler sur une disquette, tandis qu'un autre passait en boucle des clips video russes et américains.
Pourquoi venaient-ils faire la queue dans ce cybercafé pour un résultat si incertain, alors que certains disaient avoir internet à la maison? Pour la convivialité de la chose, avais-je supposé, avant que la fille du groupe n'avoue, un peu gênée, que la connexion était beaucoup plus rapide ici. Connaissant l'état général des connexions dans les cybercafés de province, je frémissais à l'idée de ce que pouvait représenter une connexion "encore beaucoup plus lente". En fait je n'arrivais même pas à l'imaginer. Toutefois, c'était trois fois plus cher que dans une "grande" ville comme la voisine Ourgentch. Les petites villes c'est comme ça, il n'y a rien et rien ne fonctionne, m'avoua-t-on l'air un peu gêné, tandis qu'un autre avouait qu'il envisageait de pirater le réseau du lointain Kazakhstan pour profiter d'une meilleure connexion. En fait, d'après eux j'avais déjà fait sans m'en douter le tour de tous les cybercafés de la ville! Au bout d'un moment, un soupir de soulagement fit le tour de toute l'équipe: l'un des ordinateurs avait pu être connecté au réseau, mais ce serait le seul ce jour-là. Il fallait donc faire la queue, et en toute galanterie j'ai laissé ma place à la demoiselle. Ce n'est donc que trois quarts d'heure plus tard que j'ai pu arriver au terme de mon voyage et mettre un pied, très laborieux, dans le monde virtuel.
De retour à l'hôtel, je constatais qu'un ordinateur flambant neuf était à la disposition des clients pour un prix à peine plus élevé, et dont la vitesse connexion était fantastique puisqu'elle n'était que, tenez-vous bien, lente.
Alors que j'avais déjà abandonné l'idée, la providence me fit croiser le chemin de deux dames françaises qui venaient de se connaître, et qui discutaient du partage d'un taxi pour aller visiter le lendemain les forteresses dites du désert. Je me suis incrusté au milieu de leur conversation pour leur proposer de diviser le prix par trois plutôt que par deux. Naturellement, elles étaient aussi ravies que moi de l'aubaine.
Rendez-vous fut donc pris le lendemain matin pour embarquer à bord du véhicule affrêté par l'office du tourisme. Je ne suis pas certain que cela ait été la solution la plus avantageuse, mais au moins le chauffeur connaissait le chemin.
Conformément à mon habitude prise dans la plupart des déserts que j'avais déjà visités, j'ai fait éclater un petit orage et fait pleuvoir un bon quart d'heure juste après que nous ayons dépassé Ourgentch pour rejoindre le soi-disant désert, qui était en fait vert et habité. J'ai malgré tout été très agréablement surpris par ces vieilles pierres dont il ne restait effectivement plus grand chose, mais qui permettaient au moins de faire travailler l'imagination pour essayer de reconstituer la forme générale de la construction et les éventuels détails de l'intérieur dont il ne restait presque plus rien. Nous devions voir trois forteresses comme celle-ci, la première étant la plus petite et parait-il la moins intéressante. La Kyzyl Qara, comme nous l'indiqua le chauffeur, montrant la couleur de mon bras brûlé par le soleil pour expliquer que Kyzyl voulait dire Rouge. Il en existe en fait beaucoup plus dans la région d'Ourgentch, mais faute de connaissances même générales sur l'histoire de ces constructions, je ne regrettais pas vraiment de n'en voir qu'une infime partie. On ne sait apparemment pas grand chose des civilisations qui ont bâti et tenu ces forteresses pendant des siècles, de l'irruption d'Alexandre le Grand à l'arrivée de l'islam bien plus tard. Il n'était cependant pas difficile de deviner la puissance des armées et des empires qui devaient être maîtres des lieux à cette époque, l'aspect imposant des restes de murailles forçant le respect. La deuxième forteresse était largement plus étendue et mieux conservée que la première, il restait même des salles à moitié défoncées, dont les parois et le plafond n'étaient parfois pas trop âbimés. Un vrai coup de coeur!
Le taxi nous laissa faire une petite marche pour rejoindre la troisième forteresse, qui devait être aussi la plus grande malgré un piètre état de conservation. Elle était en fait gigantesque, et c'était la seule qui pouvait mériter le titre de forteresse du désert, se trouvant déjà dans une zone semi-aride. Non loin de l'entrée de la forteresse, un groupe d'ouzbeks commençait à s'installer pour pique niquer, et nous proposa un peu de bière pour nous donner du courage. Nous avons fait comprendre que nous visiterions d'abord la forteresse, mais qu'on reviendrait les saluer au retour. Curieux de mieux les connaître, j'ai en fait accéléré la visite des ruines pour les rejoindre, au moment où un autre groupe de six français venant de Khiva les avait déjà rejoint, mais avait l'air un peu gêné. Les français m'expliquèrent qu'il fallait boire de la vodka si jamais on voulait se joindre à ces sympathiques ouzbeks, qui étaient en fait des karakalpaks venus de Nukus pour une simple promenade. Moi, la vodka, c'est comme les Antonov 24, j'aime bien ça, surtout quand ça secoue, et j'ai donc fait cul sec à la stupéfaction de nos hôtes qui ne s'y attendaient apparemment pas.
Un symathique monsieur à la généreuse moustache en forme d'accent circonflexe me remercia profondément pour ce geste d'amitié, me donnant une chaleureuse accolade. Encore? Mais oui bien sûr, mais cette fois on trinque ensemble mon ami! Inutile de parler la même langue pour faire passer ce genre de message. Nous avons donc fait cul sec une nouvelle fois: j'avais passé avec brio l'examen d'entrée et pouvais m'intégrer à leur groupe, tandis que les autres français repartirent. Les deux dames françaises nous rejoinrent un peu plus tard, et nous nous sommes tous assis sur les nappes qu'ils avaient amenés avec eux. J'allais vivre une nouvelle fois un superbe exemple d'hospitalité ouzbèke.
Ce petit groupe de deux ou trois hommes ayant la quarantaine, et de quatre ou cinq enfants, était dirigé par un fier patriarche, en costume impeccable, lunettes teintées, et avec une parfaite barbiche bien taillée. Un chapeau noir recouvrait ses cheveux gris, ce qui n'est guère étonnant car le nom de l'ethnie karakalpak signifie justement "chapeau noir". Comme nous étions au sommet d'un petit relief, cet homme était un véritable "vieux de la montagne", tel ceux décrits dans toutes ces légendes où ils donnent à la fin une belle leçon de sagesse. Ce grand monsieur était fier de ses 77 ans, et encore plus fier de nous offrir l'hospitalité. A défaut de leçon de sagesse que nous n'aurions pas pu comprendre, c'est en tout cas un bel exemple de dignité, de gentillesse et de respect que nous donna ce vénérable. Nous nous sommes longuement parlés par des échanges de regards, de sourires, et de simples gestes ponctués de quelques paroles en français de notre côté, et en ouzbek de l'autre. Le contact passait merveilleusement bien au milieu de ce paysagé désolé et au pied de ces ruines millénaires. Une véritable histoire de carte postale, très émouvante.
Au bout d'un moment, le moustachu tira quelques louchées de l'énorme marmite qu'ils faisaient bouillir depuis déjà un bon moment. En plus du pain délicieux et des oignons qu'ils nous avaient fait déguster, ils nous firent goûter à leur succulent ragoût de mouton et de pommes de terre. C'était un régal, et pas seulement en raison de la magie de notre rencontre. Les trois français que nous étions avons eu la même pensée au même moment: mais pourquoi les ouzbeks sont-ils capables de manger aussi bien avec du pain aussi savoureux, alors que dans les restaurants on n'offre aux touristes que d'infâmes bouillons insipides et du pain rassis immangeable? Heureusement qu'il me restait encore en tête un ou deux mots de mon long dialogue de la veille avec Sharnaza: yaxshi, judda yaxshi (bon, très bon), étais-je maintenant capable de dire pour les remercier.
Nous avons fini par prendre congé de nos sympathiques hôtes, après d'interminables et émouvants adieux. Longues étreintes et poignées de main avec le vieux de la montagne et son fils ou neveu moustachu ont finalement cédé le pas à d'amples mouvement du bras et de la main tandis que nous redescendions pour rejoindre notre taxi. "Non merci, nous ne souhaitons pas déjeuner" lui avons-nous dit en éclatant de rire.
C'est encore ému par cette rencontre que nous avons rejoint un peu plus loin un petit lac où une dizaine de jeunes de la ville voisine faisait trempette. Nouveaux sourires, salam aleykoums et séances de photo ont à nouveau ponctué cette rencontre amusante. La magie de l'Asie Centrale avait opéré ce jour-là. Et dire que tout cela était arrivé car j'étais retourné dans l'office du tourisme de Khiva pour récupérer un magazine à la gloire du Grand Turkmenbashi. Comme quoi, ça a du bon de s'intéresser aux dictateurs... Une heure plus tard, le taxi me fit descendre dans une petite ville où je pouvais prendre un taxi collectif en direction de Nukus. J'étais impatient de rencontrer enfin ces karakalpaks dont Nukus était la capitale.
"My name is Anvar". "What is your name"? me demanda Anvar ayant remarqué mon étrange manège de photographe autour de la statue d'Ulug Beg à Nukus. C'est en fait à peu près la seule chose que j'ai pu savoir de lui, et sans doute réciproquement. Peut-être savait-il dire autre chose, peut-être non, mais il avait une grande envie de converser avec un Etranger, et nous avons réussi à dialoguer pendant un quart d'heure environ sur cette seule base. Mon premier contact avec un karakalpak de Nukus, peu de temps après mon arrivée et mon errance parmi les larges rues bordées d'arbres du centre-ville, était plutôt sympathique au début, avant de prendre un tour de plus en plus étrange et irritant.
Anvar répétait inlassablement la même question, provoquant les sourires discrets de la dame et de l'homme qui l'accompagnaient. Anvar devait avoir environ 40 ans, était habillé d'une veste maculée de nombreuses taches sans doute anciennes, et avait la bouche pleine de pépites et d'écorces de pépites dont quelques fragments étaient projetés au dehors à chaque fois qu'il se présentait et me demandait mon nom. Le problème, c'est qu'Anvar tenait absolument à être très proche de moi lorsqu'il me parlait, ce qui fait que je recevais parfois ses écorces de pépites imprégnées de salive en pleine figure ou sur ma chemise. Mes discrets mouvements de recul et tentatives d'essuyer l'impact de ses sécrétions ne semblèrent guère l'émouvoir ni entamer sa verve. Un simple regard d'une demi-seconde vers un point d'impact ponctué d'un rapide et léger grognement en signe d'excuses fut le seul résultat que je pus obtenir, tandis que je me demandais comment me débarrasser d'Anvar. Après l'avoir pris en photo en compagnie de sa soeur / épouse / mère (je n'arrivais à lui donner un âge ni à identifier un air de famille avec Anvar) devant la statue du héros national, ses compagnons de promenade l'incitèrent à me laisser tranquille et à repartir vers l'avenue, me laissant ainsi seul devant le monument à regarder les jeunes mariés qui se photographiaient un peu plus loin, avec deux ou trois personnes âgées à proximité qui avaient eu l'air de trouver la fable amusante.
Tandis que je cherchais toujours le meilleur angle pour prendre Ulug Beg en photo, Anvar revint à la charge. "What is your name?" me demanda-t-il l'air réjoui, tandis que je commençais à me demander s'il ne s'agissait pas là d'une phrase en karakalpak qui aurait voulu dire je ne sais quoi d'autre que ce que je croyais avoir compris. Ses amis avaient l'air blasés et laissèrent faire. Il fallait que je prenne une nouvelle photo de lui et sa soeur / épouse / mère devant la statue. Ceci fait, Anvar changea de registre lexical puisqu'il sembla m'inviter à aller manger et boire un verre avec eux. C'est vrai qu'une telle perspective, dans l'absolu, m'aurait plutôt intéressé, mais je pensais avoir déjà fait le tour de nos conversations potentielles avec Anvar, et ai donc mimé un faux prétexte pour me soustraire à mes devoirs d'invité. Anvar prononça un nouveau mot que j'ai réussi à comprendre: internet. Il voulait sans doute que je lui envoie par internet les photos inoubliables que je venais de prendre de lui, et sa soeur / épouse / mère. Voyant mon acquiescement matérialisé par le mime d'un stylo glissant sur un bout de papier, Anvar mit ses amis à contribution pour se procurer les précieux outils. Il allait me donner son adresse e-mail, inaugurant sans doute là une des plus profondes correspondances épistolaires de nos vies respectives. En fait d'arobase, tout ce qu'Anvar put me donner fut une succession de chiffres qu'il me tendit fièrement: "My name is Anvar, internet". C'était probablement un numéro de téléphone ou le mélange d'un code postal et d'une adresse, bref, rien qui ne ressemble à une adresse internet. J'ai toutefois promis d'essayer de lui envoyer les photos sur son "adresse e-mail", en sachant parfaitement ce que me répondrait Monsieur Yahoo quand je lui demanderais d'envoyer mes fichiers joints à une adresse inexistante.
Bien plus que la place de l'indépendance, son monument en forme de globe et ses palais administratifs rutilants, c'est le miniscule parc de la statue Ulug Beg qui semblait attirer les rares promeneurs de cette fin d'après-midi. Tandis qu'Anvar et moi devisions sur nos noms respectifs, deux couples de jeunes mariés se faisaient prendre en photo non loin de nous, accompagnés de leurs amis et familles respectifs. Les deux couples n'avaient pas l'air de se connaître, ou du moins d'être proches, car les deux groupes étaient imperméables les uns aux autres. Deux cortèges de voitures couvertes de fleurs et d'incroyables décorations les plus kitchs - comme des animaux en peluche fixés sur les pare-chocs avant de l'une d'entre elle - étaient stationnées non loin de la statue, tandis que leurs occupants semblaient prendre un temps interminable pour les regagner. Fait amusant, d'après ce que j'ai compris de l'appel d'un de ses amis, l'un des mariés s'appelait Azamat (oui oui, comme le collègue obèse de Borat dans le film).
En fait, j'avais vu des jeunes mariés se faisant prendre en photo un peu partout dans le pays: nécropole de Chor Bakr à Boukhara, vieille ville de Khiva, statue d'Amir Temur à Shahrizabz, etc... Soit le nombre de mariages chaque année pour 100.000 habitants était l'un des plus élevés du Monde, soit il était écrit dans les étoiles que j'en croiserais constamment sur ma route. Et à Nukus, je n'ai effectivement pas arrêté de les croiser! Un peu plus tard, tandis qu'il était temps de dîner, je me suis mis à la recherche d'un restaurant que des français rencontrés à Khiva m'avaient chaudement recommandé. Un restaurant russe, pour changer. Grâce à sa position centrale toute proche de mon hôtel, je n'ai effectivement eu aucun mal à le trouver mais la foule agglutinée à l'entrée me découragea de tenter ma chance: l'un des couples de jeunes mariés était là, et leur suite avait considérablement enflé depuis la séance de photos. Tandis que quelques proches de ce couple esquissèrent un léger sourire en me voyant arriver et en percevant mon rictus de déception, je décidais de remettre mon dîner à plus tard. Un nouveau petit tour de ville plus tard, et je retentais ma chance: les environs du restaurant étaient cette fois désert, et j'allais tenter ma chance à l'étage. Le vacarme que j'entendis en montant les escaliers n'annonçait rien de bon: ils étaient là, tous, bien résolus à ne laisser aucune table de libre. De toute manière, le personnel du restaurant me fit rapidement comprendre qu'ils ne pourraient rien pour moi aujourd'hui, et me suggérèrent de tenter ma chance dans leur lugubre annexe du rez-de-chaussée tenant lieu de bar, ce que je fis. Mon dîner avalé, il ne restait plus grand chose à faire en ville ce soir-là, bien qu'il fasse encore jour (Nukus est située bien plus à l'ouest que Samarcande ou Boukhara et il y fait jour plus tard). Je décidais donc de rentrer dans mon sinistre hôtel pour bouquiner un peu, une mission quasiment impossible étant donné le brouhaha qui s'élevait du bâtiment situé juste en face de ma chambre. Mais qu'était-ce donc? Un bar bien animé ou une salle des fêtes? J'ai refermé mon livre et suis allé voir. Il s'agissait effectivement d'une salle des fêtes occupée par, ô surprise, l'autre couple de jeunes mariés du parc et leur suite d'une centaine de personnes. Hommes, femmes, enfants, vieillards, tout le monde hurlait, buvait et dansait au rythme d'une musique moderne et hideuse, tandis qu'une danseuse en tenue traditionnelle se tenait au milieu de la piste, tentant d'effectuer quelques mouvements harmonieux au milieu de ce capharnaüm. Je n'étais apparemment pas à ma place ici non plus, et ai à nouveau rejoint ma chambre pour tenter de prendre une douche. Etant donné qu'il n'existe pas 36.000 hôtels à Nukus, je préfère éviter de décrire l'état de la pièce d'eau de ma chambre afin d'éviter tout risque de procès en diffamation. Finalement, comme me l'avait promis la charmante réceptionniste de l'hôtel, le vacarme s'arrêta net à 23 heures, et j'ai pu regarder une émission russe consacrée aux accidents et catastrophes les plus spectaculaires.
Il est amusant de voir à quel point certains événements peuvent se répéter d'un jour sur l'autre car le lendemain soir, j'ai eu exactement les mêmes expériences aux mêmes endroits (excepté la statue d'Ulug Beg car je redoutais d'y croiser Anvar). Le restaurant russe était toujours plein à craquer et la salle des fêtes toujours animée, les mêmes couples ayant pris possession des lieux (à moins qu'ils n'aient interverti les lieux de leurs festivités, je n'ai pas fait attention). Il est vrai que nous parlons là d'un samedi soir et d'un dimanche soir, mais les karakalpaks m'ont donné une impression bien festive.
Pour bien comprendre l'histoire d'Alik et de sa famille, un petit cours de géographie s'impose, que je vais m'efforcer de rendre le moins fastidieux possible.
Il existait il n'y a pas si longtemps au coeur de l'Asie Centrale une vaste étendue d'eau, le quatrième lac du monde par sa superficie, bien connu dans le Monde entier sous le nom de Mer d'Aral. La Mer d'Aral, on ne peut pas la rater quand on regarde une carte du monde. Improbable étendue d'eau au milieu du désert, sa situation surprenante ne pouvait qu'exciter l'imagination. Pourquoi en parler au passé? Parce que la mer d'Aral est mourante, triplement mourante. Certes, elle n'a perdu en quarante ans "que" la moitié de sa superficie, et il lui reste encore de l'eau, mais le processus d'assèchement semble inexorable et les plus optimistes des experts semblent avoir perdu espoir de la voir reconquérir son lit d'origine. Mourante aussi car presque toutes les espèces de poissons qui l'habitaient, nourrissant une large population dans la région, se sont éteintes, à l'exception de deux particulièrement résistantes. Mourante enfin car la vie humaine et animale qui entourait cette étendue d'eau salée a payé un très lourd tribut à cette catastrophe écologique. La plupart des espèces animales d'origine se sont éteintes ou enfui, tandis qu'une population humaine réduite au minimum survit tant bien que mal dans cette contrée devenue particulièrement inhospitalière.
Que s'est-il donc passé? Dans les années 60, les planificateurs soviétiques ont décidé de faire de la République Soviétique d'Ouzbékistan un des principaux producteurs mondiaux de coton et de multiplier les surfaces cultivées dans le pays. Jusque là, tout va bien. Le problème, c'est que la culture du coton est très gourmande en eau et qu'il a bien fallu irriguer toutes ces terres. Et en Asie Centrale, l'eau se trouve surtout dans les fleuves Amou Daria et Syr Daria, les seuls à alimenter la Mer d'Aral. L'eau utilisée pour le coton n'arrive par conséquent plus jusqu'à la Mer d'Aral, et l'alimentation de cette dernière se fait donc à un rythme inférieur à son évaporation, impliquant un assèchement inexorable. Les planificateurs soviétiques l'avaient prévu, mais avaient considéré que le jeu en valait la chandelle. Il y eut bien sûr des tentatives de sauver la Mer d'Aral, notamment après l'indépendance des républiques d'Asie Centrale, mais les rivalités et le manque d'argent ont empêché tout résultat substantiel. Le Kazakhstan a fait le pari de restaurer une "Petite Mer d'Aral" alimentée par le fleuve Syr Daria - en fait un lac minuscule -, en la coupant de la "Grande Mer d'Aral" essentiellement située en Ouzbékistan, provoquant l'ire de ce dernier. La survie de la Grande Mer d'Aral en tant qu'étendue d'eau même réduite n'a aujourd'hui rien de certain. Les dégâts semblent de toute façon irréversibles puisque la Mer d'Aral a cédé 150 kilomètres au désert sur ses flancs sud et est, notamment dans la région du port de pêche de Moynak, aujourd'hui située en zone semi-aride, non loin de ce qui fut le fertile delta de l'Amou Daria.
Etait-ce par voyeurisme ou par simple curiosité que je voulais voir cela? Toujours est-il que je m'en serais voulu de ne pas aller à Moynak, bien que l'on m'ait dit qu'il était absolument impossible de rejoindre le rivage actuel de la mer: absence de pistes, zones marécageuses, dangereux animaux sauvages étaient autant d'obstacles que l'on a opposé en ricanant à ma demande naïve. Soit, je me contenterais donc de Moynak et de ses cimetières de bateaux. Eloignée de Nukus de plus de 200 kilomètres, Moynak a nécessité que je loue seul un taxi à la journée, n'ayant trouvé personne pour le partager et le trajet en bus étant des plus incertains. Le lendemain de mon arrivée, je suis donc monté à bord et nous avons foncé vers le nord. Le chauffeur aurait bien voulu embarquer d'autres passagers pour se faire plus d'argent, mais il fit semblant de ne pas comprendre mon refus de payer pour tout le monde et mon souhait de diviser les coûts. Nous sommes donc partis seuls. Finalement, tandis que nous sortions des régions encore fertiles pour aborder une zone semi-désertique, j'ai accepté que nous prenions en stop trois personnes âgées se rendant d'un coin de désert à un autre coin de désert. Puis un peu plus loin, c'est un moustachu d'une cinquantaine d'années et ses deux enfants que nous avons pris à bord jusqu'à Moynak.
L'un de ses fils, Alik, la vingtaine et étudiant en sciences politiques, parlait un peu anglais, ce qui allait me permettre de comprendre la raison de leur voyage. Le moustachu était né à côté de Moynak et avait quitté la ville en 1967 tandis que la mer commençait à reculer. C'était le fils du capitaine d'un chalutier que la désertification menaçait de priver de travail. Cette famille était kazakh, comme une bonne partie de la population de la région, et fit le choix de s'installer dans la région de Nukus, chez les karakalpaks, dans l'espoir de jours meilleurs qu'ils ont sans doute trouvés. Le fils du capitaine n'était jamais revenu à Moynak en l'espace de 40 ans, mais il voulait montrer à ses fils d'où ils venaient, et quelle était l'histoire de leur famille. Toute la famille s'était mise sur son 31 pour l'occasion, le vieil homme au béret noir faisant preuve d'un extraordinaire stoïcisme en ces circonstances qui devaient être exceptionnelles pour lui. Mais aucune trace d'émotion ne ressortait de son regard digne et de son sourire bienveillant. Ses deux fils en revanche, Alik et Gengis (comme le Khan mais en moins violent), étaient beaucoup plus excités à l'idée de retrouver leurs racines. C'était décidé, c'est ensemble que nous allions faire ce pélerinage. Après quelques visites de courtoisie, Gengis et son père allèrent s'installer chez des amis de la famille, tandis qu'Alik et moi rêvions de voir les bateaux et sommes partis à leur découverte.
Le chauffeur nous a déposé sur ce qui était autrefois le bord de mer, à partir duquel un paysage désolé de buissons et de sable s'étendait désormais jusqu'à l'horizon. Les bateaux rouillés n'étaient pas loin et nous avons marché dans leur direction. Zigzaguant entre les buissons et les nuées d'insectes qui avaient pris possession des lieux, nous les avons enfin rejoints. L'émotion était très forte tandis qu'Alik se demandait lequel son grand-père avait eu l'honneur de faire naviguer. Barges à fond plat, petits bateaux ou navires de plus grande taille, le choix ne manquait pas. Le désert avait commencé à avaler plusieurs de ces navires, certains d'entre eux n'étant plus visibles que par des bouts de métal informes dépassant péniblement au-dessus du sol. La plupart cependant étaient encore visibles en entier, posés au milieu du désert comme si la mer n'avait jamais été là, ou n'était jamais partie. Tous rouillés et en piteux état, certains avaient été désossés et n'étaient plus que des squelettes de métal dont on se demandait comment ils pouvaient encore tenir debout. Alik voulait monter à bord, ce qui n'était pas toujours aisé car ils pouvaient être assez haut et il n'y avait aucune échelle pour y accéder, mais nous avons quand même réussi.
Un peu plus loin, nous sommes tombés en admiration devant le plus gros et le plus beau de tous, un énorme chalutier dont la coque encore entière révélait une partie de la peinture blanche d'origine, bien que son nom ait été effacé. Pour Alik, c'était clair, cela ne pouvait être que le bateau de son grand père. Il se hissa à bord le premier, me tendant la main pour que je le rejoigne. Après avoir fait le tour du pont principal, devinant les fûts à poissons dans ses entrailles désormais en partie visibles, nous avons escaladé les ponts supérieurs pour en atteindre le sommet et ce qui fut sans doute le poste de pilotage du capitaine. Alik était très ému, tandis qu'il mimait d'amples mouvements sur la barre qui avait disparu depuis longtemps. Et soudain, Alik poussa un cri:
regarde là-bas, de l'eau, de l'eau! mais oui, tu as raison! la Mer d'Aral est revenue, la Mer d'Aral est là-bas!, dit-il les larmes aux yeux je suis désolé, mais je ne crois pas que ce soit ça (cette étendue d'eau était trop petite et trop proche pour être la Mer d'Aral, c'était en fait le lac artificiel qui avait été reconstitué à l'entrée de Moynak) ne dis pas ça, je le sais bien, mais mon coeur me dit que c'est la Mer d'Aral
J'avais fait une belle gaffe, mais je pouvais encore la rattrapper: oui tu as raison, j'ai mal vu, ça ressemble vraiment beaucoup à la Mer d'Aral.
Il était silencieux, ne pouvant apparemment pas retenir quelques larmes, ce en quoi je l'ai rapidement imité. J'ai fini par lui crier:
capitaine, à babord toutes, cap sur le large! ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, regarde les mouettes, elles vont nous accompagner!
Et ce jour-là, la Mer d'Aral ressuscita dans le coeur de deux pèlerins égarés, tandis que pour la première fois depuis fort longtemps, quelques larmes d'eau salée mouillèrent ce majestueux chalutier. Le petit-fils du capitaine se tint un bon moment à la barre tandis que je m'évertuais à faire revivre la salle des machines et que nous avions l'impression de quitter le port.
Puis ce fut le moment de faire nos adieux émus à ce cimetière de bateaux, qui finirait sans doute un jour par disparaître lui aussi, comme la mer qui en était autrefois la raison d'être. Tandis que nous nous promenions sur le fond de la mer, traversant les anciens chenaux que la population avait dû creuser en catastrophe lorsque la mer commençait à se retirer mais sans savoir qu'elle était condamnée, nous avons fait la chasse aux coquillages qui jonchaient le sol. Alik m'offrit les siens et je lui rendis la pareille, pour que nous en fassions don pour témoignage à nos copines respectives. Il devait y en avoir des millions de ces petits coquillages, comme si nous étions à marée basse, une marée basse qui durerait en fait pour l'éternité jusqu'à ce que des millions d'années plus tard ces coquillages se transforment en fossiles.
Travel journals › China / Uzbekistan / Kyrgyzstan · 73 replies
From Beijing to Khiva: China, Kyrgyzstan, Tajikistan, Uzbekistan Chronicle of anecdotes, highlights, and other adventures that marked this eight-week journey…
The Afrosiyob races through a premature twilight, lashed by a blizzard of thick snow. In the endless gray, a monumental industrial complex occasionally…
I’m sharing a little recap of this new 4-week trip to China—nothing fancy, just my experience.
We’re taking advantage of the extended visa exemption to return to China for the 4th time. I loved last summer’s trip so much that I’m a bit worried about being disappointed this year. Plus, I’ve had a few hiccups before this departure: my WeChat account got blocked, and I couldn’t recover it (luckily, Alipay still works fine); I couldn’t verify my 12306 account for weeks; Trip.com failed to book our second train; and I’ve got an injury that’ll slow me down during the trip... Ugh, I hate starting a trip with these kinds of issues. Then, oh surprise! Just before leaving, my 12306 account got verified! Super easy to use from that point on—I could book a few train tickets without fees.
We’re sticking with Free’s e-SIMs, which work great in China.
August 2–3
Anyway, on the morning of August 2nd, we took the RER to CDG. As usual, we couldn’t check in online. It’s always a bit frustrating, especially since we didn’t have any checked luggage. We flew with Air China. We arrived at the check-in counter at 9:50 AM, 2 hours and 40 minutes before the flight. The line for our check-in stretched 300 meters across the airport in both directions. What a joke!! We spent 1 hour and 45 minutes in that line just to reach the counter and get our boarding passes. By then, it was 11:35 AM, and boarding had already started at 11:20 AM. The screens showed a 25-minute walk to our gate—on the other side of the airport, of course—plus we had to go through passport control and security... Long story short, the plane didn’t leave without us 🙂 We boarded among the last passengers, and we took off at 12:30 PM. We’d flown Air China four times before, but this time, it felt *really* low-cost. The check-in chaos, the cramped seats (12 seats per row), no music by artists known outside China, mediocre food, and a boarding area at Beijing Airport with only 10 seats—worthy of Ryanair or EasyJet. And yet, the price was sky-high. Again, D.’s vacation requests were denied outside of July and August, so we’re traveling from August 2nd to 30th. We couldn’t have picked a worse time for inflated prices, and with the situation in Iran, we got hit with a 390 € fuel surcharge. I’ve never paid so much for flights—I felt like I’d bought business class, but nope, far from it!!
We landed in Beijing around 4:15 AM. It was 28°C with thick fog. We drove and drove and drove for 20 minutes, as usual in Beijing. Then we went through a first check, a second check, a third check, and waited for our connecting flight at 6:40 AM. A small Airbus A320, but way more space than in the Boeing 777 from the first flight. We landed in Kunming, Yunnan, around 10:15 AM in the rain.
We headed to the subway. You can’t pay at the machines with Alipay here either, so we set up the transport QR code directly in Alipay to scan at the subway gates. The process is a bit long the first time if you haven’t entered your info before, but once it’s done, it’s *so* much easier! We took Line 6 to the terminus for 6 yuan each.
We’d booked a hotel nearby, on the 16th floor. It’s actually studios on different floors of a huge residential building. The view’s pretty nice from here. We settled in quickly—back to those wooden beds, or rather, mattresses as hard as wood, which we *hadn’t* missed...
Then we went out for our first bowl of noodles of the trip and wandered through the shopping streets of the old town.
It was crowded, and the weather was cool—around 19–20°C. We tried a local specialty: milk skin, thick, dried, then grilled with rose jam. Yeah... we won’t be having that again. The taste and texture of the milk skin... no thanks.
We saw a lot of wild mushroom hotpot too. It’s on our list for later. We also passed through the Jinma and Biji gates, where I played with reflections in puddles. I *love* doing that 🙂
At the end of the day, we headed to a temple advertised as open 24/7 on Amap. Of course, when we got there, it was closed. We’ll go back tomorrow. That was the first of many disappointments with Amap this trip—I hadn’t had that issue on previous visits.
We were exhausted after that sleepless flight. Night was falling, and we decided to grab a quick bite without much appetite. We shared a delicious vegetable fried rice for 12 yuan—we even left half of it. The portions are *huge*.
After a couple of small purchases, we headed back at 9 PM, wiped out, after walking 17 km between the airports and these first steps in Kunming. I expected to see quite a few Western travelers here, but we didn’t spot a single one. Instead, we met lots of curious Chinese people, many of them super friendly and helpful—almost *too* eager, like when they’d run to serve us as fast as possible. It’s a bit much, but it’s great to be back!
For those planning a trip to Kerala, here’s a quick, practical summary.
For the most part: the stunning landscapes, the natural kindness of the locals, their cuisine, and their culture—you’ll get to enjoy all of that once you’re there...
Flight (arrival and departure to/from Cochin)
Avoid Air India and opt for flights via the Middle East: Saudi Arabia, Qatar, United Arab Emirates, Oman, etc.
Price: between 500 € and 600 €
Accommodations
Average price: 20 € per night for a couple (max: 40 €, min: 10 €, often including breakfast), via the usual booking sites.
Homestays (staying in the owner’s house) are of a higher standard.
Only 2 nights were spent in questionable cleanliness. The rest were good, even very good, or even *very* very good.
Car with Driver
All-inclusive daily price: tolls, fuel, driver’s lodging and meals... and of course, we often shared our meals with our driver too.
Toyota sedan (e.g., Corolla) for 4 travelers (1 in front, 3 in the back): 50 € / day,
Toyota SUV (e.g., Innova) for up to 6 travelers: 60 € / day
DM me if you’d like more details.
Overall budget (excluding flights and shopping)
Around 1500 € for 1 couple for the 3 weeks... in "2-couple mode"!
(i.e., sharing the driver’s cost).
Itinerary
Night 1: Arrival in Cochin in the morning, departure for Attirappily
Beautiful waterfalls
Night 2: Thrissur
Via Vallachira, not much tourist interest, a stop to ease into the trip and shorten the journey to Wayanad
Nights 3, 4, 5: Wayanad, staying in Sultan Battery
Coffee and tea plantations, dam lake, URAVU (bamboo craft workshop), ...
Night 6: Ooty
Botanical garden, then a really fun tourist train the next afternoon to Metupalaiyam
Night 7: Toward Coimbatore
Nights 8, 9, 10: Munnar
City visit, stunning tea plantations
Nights 11, 12: Thekkady/Kumilly
Amazing tea plantations, sightseeing, Jeep ride, not-so-interesting boat tour on Periyar Lake, trekking options
Night 13: Marari Beach (near Alleppey)
4-hour backwaters tour, then beach (swimming, dinner)
Nights 14, 15, 16: Munroe Island
Super chill, walks around the island (small coir rope factory), sunrise by boat or canoe, sunset
Night 17: Varkala
Gorgeous beaches, shopping
Night 18: Trivandrum
City center visit, then train back to Cochin the next day in 3 hours.
Night 19: Cochin
Fort Kochi is a lovely way to wrap up the trip
Have a great trip in this incredible region, so unique in India!
Here we go with this second travel journal dedicated to the American West! It’s a must when you love it! 😊
We had left off in the charming town of Bisbee, which once thrived thanks to its copper mines. Today, mining is a thing of the past, and the town seems a bit sleepy.
Unfortunately, I didn’t dig deep enough on-site to answer all the questions my observations raised. Guess I’ll have to *dig* into the subject a bit more... no pun intended! 😊
Let’s hop back in the car and head a little further south to check out the esplanade that offers a view—if you can call it that—of the impressive open-pit mine.
Then, it’s off to the Lowell neighborhood.
Preserved almost exactly as it was, this area must’ve been bustling in its heyday. The vintage cars are still around, storefronts and signs look like they’re straight out of another era, and the whole place has a pretty amazing vibe. You’d almost think you were on Route 66!
Here, we’re not just discovering an old neighborhood—it’s a little slice of American history. And, a detail that’s great for my physical health: the area isn’t too spread out.
Lucky me! 😊
I won’t post too many photos here since I think I can turn them into a future photo exhibit. Between these and some shots from Route 66, I should have more than enough material! So, let’s keep a few under wraps... to preserve the surprise. 😊
"So, my little wanderers, back at the decks? What’s this mystery destination you’ve got in store for us at the start of the year?"
Yes, the schoolyard bell’s ringing again! We’re hitting the road... or rather, the skies! At first glance, our destination might surprise more than a few. First off, simply because I was here exactly twenty years ago, and I don’t usually like retracing my own footsteps. Secondly, because the name of this place screams mass tourism—basically the opposite of what Flo and I look for.
Despite that, in this land of backsheesh, I’d promised myself I’d come back one day to experience it my way. And since Flo told me, during our wanderer chats, that this destination straddling Africa and the Middle East was in her top 2 travel dreams, the stars aligned for this roots-style trip to quickly make it onto our pharaonic festivities program! Unless you’re totally clueless in general knowledge, you’ve probably guessed by now—we’re off to Egypt! Of course, a few classics will be on our itinerary, but above all, we want to soak up a culture that can’t be appreciated in four-star resorts or on a Nile cruise boat. And let’s be clear, these next two weeks won’t be a walk in the park—neither for our two daughters who are joining us, nor for our bodies!
And that’s clear from the get-go: after our first flight, eight hours of trying (and failing) to sleep on Milan airport’s metal seats, our second flight, landing, passport stamps, our Uber ride, and our first Cairo kilometers, we finally drop our exhaustion at the little guesthouse we booked in Giza. Doesn’t all that energy deserve a little reward?
Oh, absolutely! And here it is: a full-on slap in the face for everyone! But just look at this view from our hotel terrace? For 20 € a night for four, even with this incredible view, I figured the room must be pretty shabby, right? Nope... Is the staff rude, then? Nope... Okay, so what’s the catch? You’re gonna tell me breakfast is included too? Well, yes! Honestly, this Egypt trip is off to a great start.
And the rest of the afternoon, spent rubbing shoulders with locals, only confirmed this vibe. After digesting our pyramid view, we dove into the hustle and bustle of our neighborhood with the goal of exchanging money, eating at street stalls, and testing the hospitality of the locals. Ten out of ten!
Eight little sun breads with baba ganoush and falafel? 80 pounds, or 1.5 €. A dozen Middle Eastern pastries? Same! 80 pounds! Two hawawshis, those little pita breads stuffed with meat and spices? 10 pounds each, or about twenty cents! Not to mention all those smiles and free "welcomes" left and right!!!
What a welcome! We end this first day with a sunset over the three sisters of Giza—where we’ll obviously be gawking tomorrow...
I love islands. So it’s no surprise that the Azores have been catching my eye for a few years now. The first time I suggested them to my dear partner back in 2021, he preferred the Lofoten Islands—an excellent choice, as it turned out, since we got to visit them with hardly any crowds. But for various reasons, the opportunity didn’t come up again in the following years. Until last year, that is. But by then, we’d left it too late—too late for the Azores, I mean—and the choice of accommodations on Flores and São Jorge was extremely limited. We decided to skip it without even looking at car rentals. So this year, we booked our flights, lodgings, and cars well in advance (between December of last year and early this year).
The Azores consist of nine islands, so you have to make choices. I quickly ruled out São Miguel, which deserves a week all to itself: from reading various blogs, some travelers seemed disappointed after visiting the other islands, even feeling it lacked the charm unique to the Azores. True or not, that was reason enough to leave it out.
In the end, we wanted to go to Flores for its lush nature (and because it’s reputed to be the most breathtaking), to São Jorge for its rural/nature vibe, and to Terceira for its cultural side and its *impérios* (more on that later). With the time we had, we could add another island without rushing. We like to take our time and wander a bit. Generally, whether it’s a viewpoint or a hike, we always spend more time than everyone else. Pico won out over Faial thanks to its wine culture. And of course, there’s Corvo, which is usually visited as a day trip from Flores. I thought it’d be nice to spend the night there to experience the atmosphere once most tourists had left. I hesitated between one or two nights and ultimately went with two (so we wouldn’t be rushed by the boat schedule). It was an excellent decision.
Here’s how it all panned out:
August 25: departure for Terceira via Lisbon at 7:40 AM;
August 25–29: Terceira;
August 29: flight to Corvo. It was supposed to take half a day, and we were meant to arrive in the early afternoon, but between schedule changes and delays, it ended up taking almost the whole day;
August 29–31: Corvo;
August 31: boat to Flores around 8:30 AM;
August 31–September 5: Flores;
September 5: flight to Faial in the early afternoon (originally scheduled for the morning, but the times changed)—visit to Horta;
September 6: boat to São Jorge around 9:00 AM;
September 6–11: São Jorge;
September 11: boat to Pico at 11:15 AM;
September 11–16: Pico;
September 16: flight to Paris via Lisbon from Pico around 10:30 AM.
We had to juggle a bit to optimize the prices of our flight tickets from Paris and the inter-island travel.
And we still haven’t seen everything!
Before setting off for new horizons at the end of this year, it’s time for me to share my trip to Cape Verde this summer 2025.
I particularly love these spontaneous trips, and our stay in Cape Verde is one of those because it was only at the beginning of April that we decided on this getaway, which had been catching our eye for a while, given our love for the mountains.
As always—well, when it’s open—I turned to VF, and I want to immediately thank Marie, aka ptitortue, who helped me a lot in planning this trip through her travel journals and our exchanges!
Because Cape Verde is both small and vast! We decided not to rush from one airport to another, to enjoy the places and the people, but also to relax, since the work backlog from being stuck in May (see my previous travel journal 😅) had to be caught up on in June.
So, 4 islands will be our winners from 06/28 to 07/19:
Santiago first for logistical reasons, as round-trip flights from the capital Praia were the cheapest (650 €/person from Lyon via Lisbon with TAP, still!)
São Vicente, because it’s the gateway to the next one but ultimately more than that...
Santo Antão, pretty much the main goal of the trip since Marie (and the photos) had really sold it to me.
And finally, Sal Island, for some rest—a non-negotiable condition for my other half—and we’ll see that I should’ve listened to Marie...
That said, what a chatterbox I am—buckle up, flight attendants at the doors, off we go on new beautiful escapes! (Thanks to Sophie for the easy loan)
Last note for my eager fan club 😏: yes, there will be alcohol—how could there not be in the land of grogue!
Hi everyone, I’m Patrick, 67 years old, a seasoned traveler (already 22 trips outside Europe).
In autumn 2025, I took my first 3-week trip to Japan, with stops in Tokyo, Kamakura, Matsumoto, Kamikochi, Takayama, Kanazawa, Kyoto, Nara, Osaka, Koyasan, Tokyo again, and Nikko.
I wanted to go back in May 2026 and explore some lesser-known places to complement my first trip.
Last year, there were four of us traveling together to discover Japan (a fairly classic itinerary). This time, I’ll be traveling solo for part of the trip and with a couple of French friends for the rest.
The weather was gorgeous in May, averaging around 25°C, with two very hot days in Kyoto and only two rainy days.
As usual, I organized everything myself, gathering plenty of information from various sites, including this one.
Transportation:
An ICOCA card is essential.
I got a 5-day Kansai-Hiroshima pass because I took the shinkansen between Hiroshima and Osaka three times, and it paid for itself quickly.
Accommodations:
Mostly through Booking. No issues at all. Average cost was 46 € per night.
Meals:
For breakfast, I alternated between buying food at a konbini to eat in my room or on the train and grabbing something at local cafés.
For lunch and dinner, I tried to vary my meals as much as possible—lots of sashimi, sushi, and ramen.
Okonomiyaki in Osaka and Hiroshima.
Oysters in every form (raw, grilled, fried) in Onomichi and Hiroshima.
A variety of seafood (shrimp, shellfish) in Hiroshima and Matsumoto.
Fish whose names often escaped me, but notably mackerel and eel (unagi).
Tempura and gyoza.
Chicken skewers (yakitori) and one teppanyaki meal.
One omakase meal (9 different dishes).
In the end, not much meat aside from a few yakitori skewers. No splurges on super expensive wagyu or Kobe beef.
Average dinner cost: 4,800 yen, drinks included.
The Itinerary:
Day 1: Departure from Brussels
Day 2: Arrival in Osaka
Day 3: To Himeji, then Kurashiki
Day 4: To Fukuyama, then Tomo no Ura, then Onomichi
Day 5: Cycling the Shimanami Kaido
Day 6: To Takahara, then Hiroshima
Day 7: To Kyoto to attend the Aoi Matsuri parade
Day 8: To Miyajima
Day 9: Hiroshima, then Kyoto
Day 10: Southern Kyoto
Day 11: Northern Kyoto
Day 12: Final day in Kyoto, then to Nagatsugawa
Day 13: Start of the Nakasendo Trail (Magome to Tsumago)
Day 14: Second day of the trail (Kiso Fukushima)
Day 15: Third day of the trail (Narai), then Matsumoto
Day 16: To Mt. Fuji (Kawaguchiko)
Day 17: To Tokyo
Day 18: Excursion to Enoshima and Kamakura
Day 19: Flight home, with a 10-hour layover in Hong Kong
Day 20: Arrival in Brussels
Alright, this year, we're heading back to South America!
The initial plan was to retrace the route we imagined in the summer of 2020: a trip to northern Argentina starting from Córdoba.
Unfortunately, the flight to Córdoba no longer exists, and airfares to Javier Milei’s country are both outrageously priced and involve multiple layovers.
So, I tweaked Google Flights every which way and finally found a flight within my budget—departing from Clermont-Ferrand!
Not to Argentina, though...
Our transatlantic flight will cross the snow-capped Andes, landing in Santiago, Chile, with a return from Lima!
In between, two domestic flights and a big road trip loop starting from the coastal city of Arica to explore the treasures of northern Chile.
Our mode of transport: a pseudo 4x4 that won’t take us through sand dunes or devilish tracks but will let us tackle the entire secondary network, including unpaved main roads, while still being insured.
Is the suitcase packed with all-season clothes?
Are the driver’s license and passport ready?
Bank cards and a few euros too?
Off we go for just over 3 weeks of southern wanderings!
--/--
To keep all my esteemed readers on track, here are a few maps outlining the Arica-Arica loop!
1- From Arica to San Pedro de Atacama via Pica and the Salar de Huasco
2- Around San Pedro
3- From San Pedro to Cariquima
4- From Cariquima to Putre
5 - From Putre to Arica
Gas stations in this part of Chile are located in Arica, Iquique, Pozo Almonte, Pica, Calama, and San Pedro de Atacama.
It was winter, a winter with beautiful weather,
A season that only exists in the southwest of America,
I remember very well what I told you that morning
A month ago... A century ago, an eternity ago...
We’ll go... wherever you want, whenever you want...
Well, yeah, back from our adventure in our enchanting American West just a month ago, we’re already taking a bite out of one of its lesser-known competitors. "Flo, if you had to pick just one reason to justify your love for the U.S., what would it be?" The greasy, dripping burgers? No, I don’t think I’m going out on a limb by saying it’d be the wide-open spaces... And that’s exactly what our new quest is taking us to—a land on the other side of the globe where the horizon also seems endless, where silence tastes like salty wind and sand, where freedom is measured in kilometers of desert tracks, where the GPS is mostly there to confirm you’re lost in the middle of nowhere... Add to that magic formula the fact that you’ll see more zebras, giraffes, wildebeest, and elephants than people per square kilometer, and you can imagine us setting foot in Southern Africa for the first time, more precisely at the small airport in Windhoek, capital of... of...? Brush up on your geography, damn it! We’re landing in Namibia!!!
To be honest, Namibian landscapes have been flirting with me for ages. So how did I resist this island of temptation for so long? First, the budget. Let’s just say that for the same amount of effort (and kidneys), the bank lets you choose two other adventures almost anywhere else on the planet. Then there were my girls. Yeah, back then, they were too little to dose up on Malarone, the only malaria remedy at the time... Long story short, ten years later, all the planets have aligned. First, I won the Euromillions! Well, almost... Let’s just say my girls are now old enough... not to take Malarone, but to stop following me on all my adventures! Jackpot! "Flo, how about a little two-person caprice, just the two of us, tackling the Namibian tracks?"
As we landed on the runway, first wow effect: The horizon is immense. It’s flat as can be, incredibly flat... So much flat space! Did I mention it was flat?... Looking into the distance, it feels like your gaze could circle the Earth without hitting a single obstacle—until you end up staring at your own backside. "Oh, what a nice view!" Well, it’s the first time I’ve seen my butt from this angle! Touching moment... Sorry, I’m rambling—must be the exhaustion from the three-flight marathon we just powered through via Ethiopia and South Africa... And yet, no time to philosophize about my anatomy. As usual, we want to rack up our first kilometers to be front and center at dawn tomorrow. After wrapping up the tedious Namibian immigration formalities and meeting the 4x4 that’ll be our companion day and night for the next fifteen days, we’re off! We’re not exactly fresh, but we’re ready to tackle the next five hundred kilometers in night mode, cruise control set due south! Just outside Windhoek, the local wildlife—a jackal—welcomes us with a smile: "Welcome to Namibia!" That’s what it said! Honest... Okay, first endless straight road, first flaming sunset, first corrugated dirt track, first Milky Way with zero light pollution... You get it—it’s definitely the day of firsts... First night camping, too, in the big trunk of our Toyota Fortuner parked by the side of the track... The real adventure, the kind that smells under the arms, can finally begin...
I’m reposting here a travel journal originally published on the Routard forum in 2022 during VoyageForum’s hiatus. Without altering its content, I’ll try to streamline it. The few comments on the political situation reflect my feelings at the time and don’t account for events since then! I’d rather avoid debates on the topic. The photos are nothing fancy—just illustrative.
The context: we’re coming out of COVID. We’re looking for a not-too-distant destination, and Jordan has been catching our eye for a while. After some thought, we wonder if we shouldn’t take advantage of the geography to hop over to Israel. After all, Jerusalem is less than 100 km from Amman. Plus, Transavia lets you combine both destinations.
To plan our trip (February 19 to March 4, 2022), we contacted three French-speaking agencies in Amman. Their itinerary proposals were pretty similar, but the prices varied significantly. Given the many positive reviews we read on travel forums and a very attractive rate compared to competitors, we quickly settled on Ahmad Ababseh’s agency. Still, deep down, we had a slight worry—so many glowing reviews seemed a bit over the top, but we took the chance.
During the preparation, which happened in a very short timeframe (less than 10 days), Ahmad didn’t provide detailed roadbooks, and we made do with brief email or phone exchanges. Few details were shared either. We discussed hotels, with Ahmad preferring the ones he knew. We picked our hotel for our arrival in Amman, but before agreeing, Ahmad insisted on inspecting the rooms.
For payment, Ahmad only asked for a 500 € deposit and trusted our word for the balance, which we paid upon arrival. He also committed in writing to refund the full deposit if our trip was canceled due to COVID.
Finally, for the Israeli part, Ahmad contacted an agency in Jerusalem to handle the logistics. He didn’t take a commission.
Off to Southern Africa again! This time, the trip wasn’t just about wildlife—it was also about the local cultures and the breathtaking landscapes Mother Nature has to offer. It was an emotional rollercoaster in every way, as you’ll see.
We visited two countries: Zambia, known for its reserves, and Malawi, which is less well-known but absolutely worth a visit. Our flight landed in Lilongwe, Malawi’s capital, where our vehicle was waiting—though with a 3-hour delay. It was a 4x4 without the rooftop tent this time, since we stayed in lodges (prices are very reasonable in Malawi). Just a heads-up: don’t exchange money at the airport or banks—the official rate was 1,750 Malawian kwacha to $1. On the black market, the rate was between 3,000 and 3,500 kwacha, making the cost of living much cheaper.
With that out of the way, our first stop was South Luangwa National Park in Zambia. The first hiccup came at the Malawi-Zambia border: we were missing a document the rental company had forgotten. After some back-and-forth, they sent it via WhatsApp ($20 to get it validated by the police). But things got worse—the car’s chassis number was off by one digit from the registered one. I thought our trip was over before it even started! After what felt like forever, we got through with a "tip" of $200. Total border crossing time: 3 hours, costing nearly $400. We arrived in South Luangwa after dark.
Thankfully, the next day made up for it with an incredible day in the park (check out the photos).
We spent two full days in South Luangwa before heading to Katete for the Kulamba ceremony.
Kulamba is an annual event held at the end of August, celebrating the Chewa people, who live across Zambia, Malawi, and Mozambique. The Chewa king attends, and representatives from neighboring nations bring offerings. Thousands gather for dances, speeches, and a massive market. There are few tourists, making it a truly authentic experience.
After a few days in Zambia, we returned to Malawi (the border crossing this time was smooth—just 45 minutes). Next stop: Lake Malawi.
Lake Malawi covers over 20% of the country and stretches 580 km. It’s home to a family of fish called cichlids, some of which are endemic to the lake. I recommend taking a day trip from Cape Maclear for snorkeling and to watch the fishing eagles swoop down to catch fish.
We hit the road again to visit Liwonde Reserve, where we had a few surprises. The lodge was on the other side of the river that borders the park, and the elephants didn’t seem to care. On the way from reception to our rooms, elephants blocked our path, and one even charged just before the stairs leading to our treehouse-style rooms.
To top it off, monkeys ransacked our rooms, tearing through plastic bags for food. A mixed experience, but no real harm done.
Next up: the mountains, specifically the Mulanje Massif. This is where Malawi’s tea is grown, and it’s also a great spot for day hikes or multi-day treks. The scenery is stunning, though sometimes the mist rolls in and hides it.
After the mountains, we visited another reserve: Majete. The park is growing and now has more wildlife. We saw lions and even caught a fleeting glimpse of a leopard. And of course, the elephants got involved again—this time giving us a real scare.
During the morning game drive with a guide, we stopped to watch a herd of elephants feeding. Everything was fine until, for some reason, a female got spooked—probably for her calf—and positioned herself in front of us on the track. After a few minutes, we thought the elephants would move on, but then a young one started provoking us. The problem? We had females and calves in front of us, but also two large adult males—one behind us and one to the side.
We were trapped, and even our guide looked nervous. After what felt like an eternity (though it was only a few minutes), the herd finally moved on, freeing the track. That afternoon, we did a self-drive safari and—you guessed it—we had zero interest in running into elephants again.
The next day, we headed back to Lilongwe for our flight home. It was a fantastic, varied trip with some intense moments (sometimes *too* intense). Malawi offers amazing opportunities for those who want more than just wildlife reserves.
Preamble:
Africa was calling to me, so a year ago, with our usual travel companions, we decided to return to the continent we love so much.
Where to go?
Uganda quickly caught our attention—wildlife we’re used to seeing, plus gorillas and the shoebill we missed in Zambia.
We got in touch with Paul, who’s been mentioned several times on the forum back in September, booked our flight tickets, secured the gorilla permits, and by early October, the most important things were done.
We still had plenty of time to hold our "prep meetings" for the final itinerary.
Three days before departure, I sprained my ankle (my weak spot, as you’ll recall from our Colombia trip).
I wasn’t in great spirits, but after a year of waiting, nothing was going to stop me.
We’d see how it goes!
Off we went for our new adventures
After as many weeks as I have fingers on my right hand, we're hitting the road again, fully recovered from our pharaonic adventure. Back in France to drop off our daughters (sorry, girls!), this time it's just the two of us, ready to be welcomed by a new destination. They say it offers one of the richest cultural heritages in the world for those willing to put in the effort. It's the land of the ancient Silk Road, where we'll follow a journey steeped in history and discoveries straight out of *One Thousand and One Nights*. A former Soviet bloc region independent only since 1991, we'll be walking in the footsteps of Genghis Khan, Tamerlane, Alexander the Great, Marco Polo...
Another fun fact about this country: it's strictly forbidden to import porn on your phone. True story. The same goes for painkillers! Unless it's about sodomy—though the two don’t seem connected, that’s just how it is. Don’t ask me why! Anyway, I’m getting off track. Here’s the big question: Where do you think we’ve just landed?... To give you a hint, the locals are known for being incredibly welcoming. No sooner said than done—our first taxi driver, proud to transport French travelers, refused to let us pay for the ride. Great vibes for these two weeks ahead. So, any guesses?
Uzbekistan!!!
So, a new year has begun. It’s time to reconnect with the VF buddies and wish you all my best for 2026—a year I hope is obviously full of travel, since, as I just made up:
"If travel’s good, everything’s good" 😄.
To celebrate, I’m inviting you into my new "travel journal," the one from our latest trip in November 2025, a little two-week adventure.
This time, we headed to The Gambia, a tiny country tucked right in the middle of Senegal, before making our way to Casamance.
The Gambia is English-speaking, Senegal is French-speaking, but the locals? They couldn’t care less—because in this part of the world, they mostly speak Wolof, Fula, Jola, or Mandinka.
Hence the title: Senegambia 😉.
As usual, I’m sharing the live updates I sent to friends and family—super casual, of course.
I know this isn’t the kind of destination that draws crowds, but if you love adventure, laughter, and emotion, it might just be your thing 😊.
I hope this travel journal might interest some people, but since we were completely self-sufficient (tent, sleeping bag, pot, cooking over a wood fire…) almost every day, I don’t have many hotel addresses or great restaurant tips to share! Sorry!
We used the Maio map at 1:50,000 scale. It’s part of the Boa Vista/Sal/Maio map. Bought on Amazon, but currently unavailable as of the latest news.
The people of Maio are extremely welcoming and warm, and we were always more than well received in the villages where we pitched our tent!
We’re usually big hikers, but since Maio is a beach island (gorgeous ones, at that!), we alternated a few hours of walking in the morning with some relaxation in the afternoon: beach, reading, fishing, resting…
1 euro = 110 escudos
Day 1 (Friday) Transfers by plane: Fogo-Praia-Maio
We opted for the plane to save some time on transfers, as the boat connections between Fogo and Praia take a while, and those between Praia and Maio are almost nonexistent.
You should budget around 40-50 euros per flight per person.
There are 2 flights per week between Praia and Maio—on Tuesdays and Fridays when we were there (January 2016), but currently on Mondays and Fridays.
A bit of a delay leaving Praia, but we arrived on Maio without any problems around 4 PM.
We took an *aluguer* (shared transport, 200 escudos per person) to the center of Vila do Maio, but it’s totally doable on foot with a backpack.
Since it was already a bit late, for this first night, we dropped our bags at Big Game Maio. A standard European-style hotel run by a very nice Italian family. It’s a bit pricey for us (5500 escudos for 2 people with breakfast), but after our 2 weeks in a tent on Fogo, we were happy to find a little comfort. And the breakfast is ultra-generous, with fresh products (cured ham, fruit, cheese, bread) and top quality. The hotel restaurant offers dishes that are a clever mix of Italian and Cape Verdean cuisine. Excellent!
Little tip: We didn’t try it, but Big Game Maio offers big-game fishing trips, diving, and quad rentals.
The hotel is 2 minutes from Vila’s beautiful beach, and we went for a dip at sunset and took a stroll around town. They’re redeveloping the waterfront with pretty sidewalks and light stone walls.
Vila beach
Sunset behind Santiago
Day 2 (Saturday): rest day + fishing
After 2 weeks of hiking and since Vila is such a peaceful place where it’s nice to take your time, we decided to spend an extra day there. We took the path heading south along the coast to reach Ponta Preta beach in 20 minutes. The path isn’t very pretty because there’s quite a bit of construction going on, which prevents you from really walking along the shore. Lots of real estate agencies, especially Italian ones, have taken over the land. But Ponta Preta beach is a stunning black-sand beach where we had the whole place to ourselves. We decided to go fishing from the rocks.
At 1 PM, the sun was blazing, so we headed back to Vila and dried the fish for the following days.
At 6 PM, we went fishing again, but this time at night from the rocks at the end of Vila beach.
8:30 PM: back to shower and eat at the restaurant.
The rocks and sea at Ponta Preta
Day 3 (Sunday): from Vila do Maio to Calheta de Baixo, via Monte Batalha (path 101) Hiking time: 5h
Since there aren’t many “summits” on Maio, we decided to head to Calheta de Baixo but via Monte Batalha. We left at 8:20 AM and somehow made it to Monte Batalha by 11 AM (2h40 of hiking). But the path is really hard to find in the middle of the dry grass and acacia trees. We kind of cut through randomly, aiming for the summit. Even though it’s not very high (around 300 m), the view is amazing—you can see all of Maio at 360°!
Short 30-minute break. The descent through the “forest” of acacias is even worse for finding your way. We oriented ourselves a bit by the sun to find the road connecting Vila to Calheta. We arrived around 1:30 PM at Calheta de Baixo. A very pretty little seaside village with colorful houses. An idyllic beach, a newly renovated square, and super-friendly people. We pitched our tent facing the sea on the terrace of an abandoned house (after asking the locals for permission).
We cooked some of the dried fish we’d caught the day before, along with fresh beans we’d brought from Fogo (and were still carrying!).
At the summit of Monte Batalha
Calheta
Calheta de Baixo
Day 4 (Monday): From Calheta de Baixo to Morrinho on foot. Hiking time: 3h. Then hitching a bus to Cascabulho, and a car to Pedro Vaz.
We left around 9:30 AM heading north (path 201), following the coastline where the beaches just keep coming—each one wilder and more beautiful than the last: Praia de Soca, Calheta Braca, Ponta de Pau Seco, Calhetina. We reached the dunes of Baia de Santana. There’s no real path, so you have to follow the coast, then go around the dunes, and when you spot the 3 coconut trees, head east toward them to find the track leading to Morrinho. Again, we discovered a village with a Wild West vibe, with colorful houses lined up on either side of a paved road. Just enough time to accept a drink offered by a local before jumping onto the passing school bus that took us to Cascabulho. There, we waited for a ride. A political delegation of 10 cars drove right past us without stopping. Luckily, one of the cars had a flat tire and came by 30 minutes later—and that one, thankfully, gave us a lift! They were heading to the inauguration of a water pump in Pedro Vaz. So that’s where we stopped too. After getting permission from the school principal, we pitched our tent in front of the village school… and became the attraction for all the kids who kept us company until nightfall! A woman gave us 2 jugs of water, but with all that company, it was tough to take a peaceful shower!!
Dinner: pasta with beans.
We were woken up by rain during the night and had to rush to bring all our stuff inside the tent!
The beaches just keep coming...
The dunes
The 3 coconut trees, a landmark to find the track
Day 5 (Tuesday): Rest day and fishing at Boca da Ribeira beach
We packed up at 8 AM because the kids had school. We filled the 2 water jugs that the woman lent us and headed down to camp at Boca da Ribeira beach, which is a bit further east of Pedro Vaz. It took less than an hour to get there. This time, we really were alone in the world! We pitched the tent and spent the day fishing, reading, playing, and swimming regularly because the sun was beating down hard!!! We caught a nice fish that we grilled over the fire in the evening. With the crabs and shellfish we gathered, we made a seafood rice! Yum! What a feast!
That night, once the tent was zipped up, we felt something like rain on the tent fabric. I decided to go out and gather our things, and then—shock!!! It wasn’t raindrops we were feeling and hearing, but bugs attracted by the light!! Not just a few bugs—a huge swarm of them!!! Thousands of bugs covering the whole tent, the ropes, slipping into the seams and hems! Everywhere! The blue tent had turned green!!! After that, it was a real struggle to get back inside without letting any in! A real challenge, and there were always 3 or 4 that managed to sneak in anyway. Total war!!!
Boca da Ribeira beach
Day 6 (Wednesday): From Boca da Ribeira to Ribeira Dom João. Hiking time: 3h30
We woke up leisurely and waited for the sun to dry our things, damp from the dew. A man passed by, and we gave him the water jugs we’d borrowed, which saved us a trip back to Pedro Vaz to return them to the woman.
We left around 10 AM. We followed the sea to Alcatraz, then headed toward Pilão Cão. The path runs alongside the small hills on our right, and we passed above Lagoa Cimidor. The terrain is arid, and the path is hard to find among the many goat tracks.
After 3h30 of hiking, we reached Ribeira Dom João with 2 young people we’d met along the way.
Since it was a public holiday in Cape Verde, the kids didn’t have school, and with the principal’s permission, we pitched our tent in the kindergarten. She even kindly opened the school toilets for us. The neighbor gave us the water we needed to wash up and cook. We cooked beef steaks on charcoal. A nice change from fish!! Charcoal is a widespread artisanal product on the island. People almost never cook directly over wood but always with these big chunks of charcoal.
The hills on our right
Ribeira Dom João
Day 7 (Thursday): From Ribeira Dom João to Vila do Maio. Hiking time: 3h30
We woke up at 6:30 AM to clear out of the school by 8 AM. The neighbor made us coffee to save time. It took us 2 hours to reach Barreiro, another Wild West-style town! Since we didn’t want to walk on the road, we took the old track and reached Vila do Maio in 1h30.
Last night before taking the plane back to Praia the next day.
Barreiro
The old track
The church in Vila do Maio
That’s where this trip ends!
Maio is truly a magical island! A remote, isolated place with incredible, wild beaches and villages with a Wild West feel—colorful houses on either side of well-paved, well-maintained, and decorated streets. And the locals are so warm and welcoming.
Even for hikers like us, it was a great discovery, and we were able to alternate hiking and relaxation with great pleasure! Too bad the area around Vila do Maio is being overrun by real estate construction—ongoing, unfinished, abandoned…
Hi everyone, we're back from a DIY USA road trip we organized from July 31, 2026, to August 26, 2026.
The destination: The Southwest USA, including Texas, Arizona, and New Mexico. Roughly 7,000 kilometers covered.
The car: A Chevrolet Equinox for two, rented through BSP Auto and Avis. Inside, we had 2 suitcases, a travel bag, two carry-on bags, a Walmart cooler, photo gear, and water bottles (a 40-pack).
The route: Dallas DFW, Fort Worth, Houston, Austin, San Antonio, Alpine, El Paso, Tucson, Sedona, Albuquerque, Amarillo, and back to Dallas to finish with a departure from DFW.
The travelers: Two seniors well advanced in years (73 and 75) but still active (nothing too physically demanding—to stay alive and fund our trips), fully independent physically, though a bit less so mentally. Big USA fans, a country where anything is possible. More walkers than hikers, preferring 3-star hotels over roadside motels, Italian restaurants over US food, frequent stops for photos, museums over nothing, naps over forced marches. Not too whiny, just enough to stay French in the land of the "great Satan," as they say.
Not great with languages—street English (but handy), and my Spanish is non-existent except for: "Hola! Una cerveza por favor!" That’s about it. My wife understands everything but refuses to speak.
The cost of the road trip: Around 12,000 €, including AF flights, the car, gas, gifts, visits, and everything else. Well managed, since we’d budgeted 13,500 € initially.
The positive side: A delight, with those endless open roads. Museums to discover. The realization of the Hispanic presence and its important history in this part of America. Lovely locals. Tourists who were more or less friendly. A terrible Texan accent that was hard to understand. Gas stations that were like real stores, with prepared food, alcohol sold in Arizona and New Mexico, and employees who were always up for a laugh!
The negative side: The heat throughout the trip... 43°C in Dallas at the end. Impossible to walk the streets. Lots of homeless people in downtown Dallas. Hotel breakfasts that were always the same. You get used to it.
So, it was positive overall, but the concept is starting to wear us out. We might rethink the DIY road trip model for next time. If the man upstairs grants us more time.
Next up, we’ll wait for the first batch of sorted photos to go through the wringer.
Traveling with just one spare pair of underwear, considering a hot shower a miracle, never staying in the same place too long by sleeping wherever night catches us, taking whatever local, improbable, and rickety transport we can find—this is the DNA of us wanderers. Except this time, the script for our movie is going to be a whole different genre. On paper, the destination doesn’t exactly scream epic adventure: Réunion! And what’s more... we won’t be two, or four, or even ten. We’ll be a solid thirty. All from the same family. Yes, thirty. At this point, it’s not just a trip—it’s a summer camp on the move! Why inflict this on such a peaceful island? Because my brother decided to get married there with his lovely bride. A great idea, you might say... especially when it involves relocating the equivalent of a small Ardennes village 10,000 kilometers from home for three weeks! So who’s stepping up to be the guide and wave the little flag?
So, for an exceptional trip, exceptional stories! Don’t worry, the debates at the supermarket over whether to choose plain chips or roast chicken chips, the beach picnics washed down with ti’ punch, and other rougail sausages to digest by the pool will only make it into the family archives. Here, I’ll stick to the tales of our beautiful escapes, the ones where we explore the wild corners of this little volcanic rock planted in the middle of the Indian Ocean. So where exactly are we headed?
For the first week—the subject of this first installment—we’re taking it easy. We’ll start by rediscovering the coastline, from the Souffleur in Saint-Leu to the Hermitage lagoon, before a little trip to the Cirque de Cilaos and its legendary road with 400 turns, just to get our legs warmed up.
"How about a Christmas market this year, huh? A little romantic weekend getaway...
- Yes! That’d be cool! Strasbourg? Colmar?
- Feels a bit déjà vu, doesn’t it? Plus, slim chance of snow there... And I’d love something a bit more exotic with a touch of originality..."
"Okay, Google, give me the list of the five most beautiful Christmas markets in Europe.
- In fifth place, the Christmas market in Vilnius, the capital of Lithuania.
- Save your breath! Lithuania, here we come!"
We wanted cold, and cold is exactly what we got the moment we set foot in this new, unknown land. As for landscapes, forests and lakes stretch as far as the eye can see across this vast plain, its vegetation scorched by the frost of a winter that’s clearly already well underway here.
Lakes, in fact, set the scene for our first visit to Trakai Castle, whose brick-red towers and walls rise proudly against the azure sky of our first day. Lakes, because this castle was built on an island and is only accessible on foot via a series of walkways spanning half-frozen lake offshoots. I couldn’t have picked a better spot to build my castle! Translation: We’re totally sold! Proof is we spend two hours hiking around the area, alternating between forests, reeds, and cozy houses tastefully decorated for Christmas.
With my girlfriend Christelle, we’ve chosen South Africa for our first trip to Southern Africa, focusing on safaris—after a long debate with a Cape Town/Kruger combo.
But that would’ve meant cutting out St Lucia, which would’ve been harder to fit into another trip.
And St Lucia—thanks to Michel and all those travel journals—we really wanted to go there.
So our 11-night itinerary ended up like this, mostly shaped by school holidays:
- 3 nights in St Lucia
- 1 night in Hluhluwe
- 1 night at Mkhaya Game Reserve (Eswatini)
- 1 night at Hlane Royal National Park (Eswatini)
- 3 nights in Kruger (Berg en Dal / Satara / Tamboti)
- 1 night at Shindzela Tented Camp in the Timbavati private reserve
- 1 final night in Kruger at Lower Sabie
All of this in the off-season and rainy season, just a month after catastrophic floods that killed over 150 people and seriously damaged Kruger’s infrastructure.
I’ll jump straight to St Lucia and skip the loooong journey to get there (with a layover in Frankfurt, landing in Johannesburg, a domestic flight to Durban, and the rest by rental SUV—First Car Rental, perfect, no complaints).
To motivate readers—especially some familiar faces here—I’ll drop in a first photo.
This travel journal is therefore intended solely for my photos, to present a consistent style.
All the shots were taken with a simple Samsung Galaxy smartphone and with whatever was at hand.
All stays combined, I’ve spent the equivalent of three years at most in Thailand, and I’m not a big expert on the country.
However, after many trips, lots of reading on VoyageForum and other sites, and conversations with many locals as well as expats, my view of the country is becoming clearer, though it’s constantly evolving. You never stop discovering and learning.
I guess I wanted to piece together a puzzle, mainly for those who want to get an idea of the country here and for those who miss it.
I don’t know if this minimalist sharing will interest anyone, but it’ll do me good to put it together. After so many months without traveling and then these other long months with VF closed, there’s plenty of material available.
There’ll be a mix of places, periods, and subjects, but it might well be intentional.
I suspect many Thais have dogs because they make excellent guards for the home. Nothing better to deter burglars or to signal the presence of a snake. You’ll often see Thais tapping the top of their dog’s head, but don’t be fooled: it’s a sign of affection from them. Judging by the dogs’ reactions, they’re used to it.
Thailand is one of the countries on the planet where rabies is still present, so keep that in mind. It’s not just bites that can be dangerous, so don’t let just any dog lick you. Especially on a wound, of course.
Even though dogs often fear humans—this dangerous and unpredictable predator—we still need to stay cautious.
Be careful when walking into alleys because the dog will defend its master’s big property, be careful at night, and be careful when they’re in packs.
It sometimes crosses our minds that Thailand isn’t really made for walking around, and dogs are one of the reasons.
That said, it’s not uncommon to see them chasing bikes or scooters. Cars, though, are much rarer—they’re too big.
It seems Thais prefer to give their dogs freedom by not locking them behind gates. Though sometimes the gate is closed, the little side door is wide open. Oh, and sometimes there’s no gate in front of the property, or it’s been broken for years.
You’ll often see dogs sleeping on the side of the road, sometimes right on the road. When you arrive, they move aside nonchalantly—or not at all. It’s less funny when they suddenly appear from thick vegetation, which reminds visitors not to drive too fast. As a result, you’ll notice that dogs with injuries or missing legs aren’t that rare.
Since they believe in reincarnation and respect for all forms of life, they don’t chase dog packs away too much, and they don’t sterilize them enough. Seeing a small pack roaming freely in the countryside, you might think it’s best not to cross paths with them at the edge of a field.
A darker side of this is that euthanasia isn’t often practiced. Twice, we saw dogs at temples on the brink of death, enduring terrible suffering. No one did anything about it. The image (and the smell) of one of them, dying and emitting the stench of death, still comes back to me sometimes.
Some of you may have seen the YouTube vlog of a French woman living in Phuket who was given a little pig by her Thai friends. The well-fed animal quickly became a happy, enormous beast with its own garden. Yet, it didn’t take long for it to fall seriously ill and become incurable. In her video, the French woman described how difficult it was to find a vet willing to perform euthanasia.
You’ll often see bowls by the side of the road. Thais leave food and water in them for stray cats and dogs. Overall, they have a big heart for animals.
If you ever pop into a shopping mall, you might see people pushing their small dogs in strollers. It’s not a gimmick—it’s just that these strollers are provided for customers to put their pets in, otherwise you can’t bring them inside. It looks a bit odd when you expect to see a baby.
When we started looking for a summer destination a few months ago, our first criterion was to avoid extreme heat and heatwaves. We had already been to Norway two years ago and are considering going back in the future for other occasions. So, we had some fun asking ChatGPT which destinations enjoyed a mild climate during the summer without going too far. Among the list provided by the AI were the Canary Islands... The idea of a place we wouldn’t have thought of first, both not too far away and exotic enough, appealed to us: “Hmm, why not?”
This destination had never really attracted me, though Magali was a bit more interested. Five years earlier, COVID had caused a short break in my professional activity, and I had planned a trip because the flight price was attractive, and I was looking for a destination different from what usually appeals to me, more than out of deep interest. From a distance and with a social judgment I acknowledge (it’s not great, but it’s not completely wrong), I had the image of a destination for party-goers enjoying the sun without the slightest interest in local culture, with concrete coastlines and denatured landscapes—everything I detest the most. Still, I had done some quick research on the different islands and spotted Lanzarote for its beautiful volcanic landscapes, hiking trails, beaches, and the impression of a good balance between activity and fewer crowds than Tenerife or Gran Canaria. Then I dropped the idea of going, without ever reconsidering traveling to the Canaries...
Until now! Because we started researching the different islands of the archipelago to see which ones might appeal to us the most. It was La Gomera, the third smallest island of the archipelago, more praised for its hiking trails and preserved nature than for its beaches, away from mass tourism (fifty times fewer tourists than Tenerife) but still a bit more developed than its wild neighbor El Hierro, that caught our attention. Contrary to what might be suggested later, I’m not at all addicted to AI, but I use it from time to time to synthesize quick research or simply for experimentation. Since ChatGPT had started anticipating my tastes lately as if it had become my buddy (often successfully, sometimes off the mark), I asked which Canary Island would suit me best for a trip with my family. The tool answered first with... La Gomera. So, I tested it and teased it a bit to see if this suggestion was well-founded, as the method sometimes makes it contradict itself. But no luck: “You’d appreciate the wild nature of El Hierro, but with family, you’ll find little activity for the kids. You won’t like the touristy vibe of the big islands like Tenerife, Gran Canaria, Lanzarote, and Fuerteventura. You could consider La Palma, but it’s really La Gomera that will suit you best, based on your interests and the criteria given.” So, we dug deeper into our research and were convinced without a shadow of a doubt that this island was the one waiting for us.
Without knowing it, we had Canarians in our circle who revealed their origins when they heard about our travel plans. One from Tenerife insisted we’d be better off choosing Tenerife (obviously...) because it also has preserved spots and that La Gomera, “you can explore it in two or three days, you’ll get bored quickly...” The other, a colleague from Gran Canaria who had never visited La Gomera, still recommended it without hesitation because it turned out her parents had just gone there on vacation: they loved it and had encountered few tourists. She also tended to think this destination was usually the subject of short stays, but according to what her parents told her, taking your time there was also a great idea. However, in our research, the idea that La Gomera is an island you can explore in three or four days max kept coming up. So, we considered combining its visit with La Palma or El Hierro, the other two that caught our eye. But hopping between islands by ferry represents a significant budget for non-Canarians, even more so for a family of four. Then, scrutinizing Google Maps, it seemed obvious that two weeks were too short to discover two islands as they deserve, and that there seemed to be plenty to see in La Gomera, given its very unique culture. After all, we read that some people spend several months a year there, others never even leave... Finally, these landscapes and this atmosphere, which seemed to us a mix of Europe, North Africa, and Latin America, tempted us. So, it would be two weeks in La Gomera, deal!
La Gomera is therefore the second... well, the third smallest island of the Canaries since La Graciosa was recently recognized as a fully inhabited island. It has the shape of a rough circle about 20 to 25 kilometers in diameter and has just over 20,000 inhabitants, half of them in its capital, San Sebastián de la Gomera, the only real town. Like its Canarian sisters, La Gomera is a volcanic formation that rose about 10 million years ago. The island is very mountainous and rugged, covered with red and black rocky landscapes. Geological activity has shaped, between the sprawling massifs that end in steep cliffs in the ocean, six coastal valleys with tropical vegetation that have favored human settlement. They divide the island like slices of a cake; from the north clockwise: the agricultural Vallehermoso, the rustic Agulo, the green, humid, and fertile Hermigua, the sunny capital San Sebastián de la Gomera, the southern and isolated Alajeró-Santiago, and the seaside Valle Gran Rey. They constitute the six municipalities (more like cantons to our French understanding) of the territory.
The large solidified magma massifs that shape the heart of the island have created a large depression more protected from the sun at its center, allowing the growth of a vast laurel forest, today grouped within the Garajonay National Park, La Gomera’s green lung, which has earned it the status of a World Biosphere Reserve. Its completely European appearance contrasts sharply with the rocky and tropical landscapes of the rest of the island. Thus, the climate varies greatly from one point to another on the island: in summer, you can quickly go from a dry and sunny valley at 35°C to a humid forest area at altitude at 18°C.
La Gomera was populated late. As with the rest of the Canaries, human presence is thought to have begun about 2,000 years ago. Groups of animist Berbers, probably fleeing persecution, gradually populated the archipelago, especially the western islands and La Gomera, becoming its small aboriginal population: the Guanches (or later Gomeros). The animist and pastoral civilization of the Guanches thrived until the Spanish takeover in the 15th century, which, after a short period of harmony and mixing with the indigenous people, suddenly ended in bloodshed... La Gomera later became the “Columbus Island” after Christopher Columbus’s stopover, increasing the blending of populations. In the 20th century, many Gomeros emigrated to Cuba and other Latin American countries in search of a better life, bringing back a mix of cultures and traits quite palpable in today’s Gomeran culture. It is, however, in La Gomera that the vestiges of Guanche culture seem to have left the most traces, in the language, gastronomy, social practices... Moreover, most Gomeros, especially in remote villages, have a particular identifiable type and proudly claim their ancestral roots, even making La Gomera a bit exotic in the eyes of other Canarians.
Perhaps that’s why it has never really wanted to develop its tourist infrastructure too much. If we set aside the tourists who visit for the day by bus or boat from Tenerife on a marked itinerary (and whom we ultimately rarely encounter), La Gomera has remained a hidden gem, a destination focused on nature discovery that attracts hikers, nature-loving divers, and scientists for its fauna and flora, and to a lesser extent, beachgoers who don’t seek overly developed coastlines. Tourist activity is therefore limited. Roughly speaking, you’ll find a majority of Spaniards, including a substantial number of residents from other Canary Islands, many Germans who have a particular fondness for La Gomera and spend long stays there or own second homes, to the point that the German cultural footprint is clearly noticeable in some places (it’s said to be Angela Merkel’s favorite holiday spot), and still quite a few French. The presence of other nationalities seemed negligible to us. Most travelers come mainly for hiking, but it’s also a prime spot for whale watching. Additionally, the seaside resorts of La Gomera—San Sebastián, Santiago, and especially Valle Gran Rey—are well-known destinations for hippies, especially German ones, ranging from chic boho hippies to old-school hippies who’ve been there for decades, quite similar to those you’d meet in India in Goa, Rishikesh, or Paharganj. Thus, practices like naturism, vegetarianism, and local organic production are quite well established in some areas.
Some practical info:
- The round-trip flight from Paris to Tenerife cost us 365 € per person (outbound with Transavia, return with EasyJet), including checked luggage and three seats reserved side by side.
- We chose two bases to explore the island: one week in Valle Gran Rey, reputed to be the most pleasant of the three seaside resorts, and one week in Hermigua, more mountainous and close to the natural park. We booked two houses with balconies and views: the first at 120 € per night, the second at 99 €.
- The round-trip ferry between Tenerife and La Gomera cost us 270 € with the company Baleària Canarias, including discounts for children aged 4 and 12, but I don’t have the exact details. It was a bit cheaper than with the other company, Fred Olsen.
- Finally, we rented a car through the agency Cicar for 360 € for 16 days, which comes to 22.50 € per day.
- Apart from that, we didn’t plan anything and decided the day before or even the morning of what we wanted to do. We didn’t invest in any paper guide on the Canaries, as information on La Gomera was scarce, but we used the very comprehensive site La Gomera Travel, a travel guide published by the Canary Islands Tourism Council, a real goldmine of almost exhaustive information on the island.
Alright, off we go for 16 days of adventure discovering La Gomera!
If I close my eyes and think of the Sultanate of Oman, I first smell a light scent of incense, feel the warmth of a sunbeam on my skin, before sand slips through my fingers. I taste the sweetness of a date, a real candy, then the flavor of coffee with a hint of cardamom and rosewater... I hear the desert wind whistling in my ears, the distant call of a muezzin, then the murmur of water. I open my eyes to see smiles, welcoming gestures, a turquoise sea, rocks ranging from ochre to purple, deep wadis where torrents burst forth, orange dunes, white sandy beaches where tiny crabs scurry at full speed. I see incredible oases emerging between arid mountains. I see abandoned villages that I’d dream were full of life, imposing fortresses overlooking valleys, and lively souks where offers are delicate and negotiation is a mutual courtesy.
All that, and so much more.
This is what I tried to capture in my illustrated travel journal, which I’ll fill in here and there with photos.
I drew this journal “cold,” after my return (actually, I made it this summer, while our trip was last winter). It’s a pretty special format—I bought it in Japan without really knowing what I’d do with it. Well, it found its purpose! Below is a photo of this accordion-style journal: here, it’s only partially open, because when fully unfolded, it’s 5 meters long!
For drawing enthusiasts: The accordion format is both a constraint (each sheet is 9 cm x 27 cm) and a freedom (you can create a fresco). The paper is also a bit special: it doesn’t allow for fine lines, but it takes ink well (liner pen). However, everything has to be done almost in one go (with a very light pencil sketch) because it erases poorly. It absorbs too much water for coloring with markers or watercolors (unless you avoid soaking it), but it works well with oil pastels and their use with a brush and solvent. Since it’s yellowish, it allowed me to create contrasts even with white pastel.
On the right, the "welcome marker"—those dates offered everywhere as a sign of hospitality. On the left, a tribute to those stunning doors worn by time, admired all over the old quarters, including the abandoned ones.
Oman is one of the world’s largest producers of frankincense resin. Incense burners are everywhere, from the simplest clay ones to the most precious handcrafted silver ones...
Hospitality will often lead you to accept a small coffee, an "Omani coffee," very light, subtly flavored with cardamom, maybe a touch of saffron, and occasionally rosewater.
Here, I’ve depicted a man in the common everyday attire of Omanis: the dishdasha, mostly white (during the week and daytime; colors are more common in the evening or on Fridays and Saturdays). While you’ll see some men dressed in Western clothes, they’re very few. The white dishdasha is truly the shared attire of all men. The dishdasha, which has no hood, is distinguished by a small pom-pom attached to the collar, the furakha, which is soaked in perfume. And believe me, Omanis go overboard with it! "It smells like the pom-pom" is an expression that’s now part of our shared language, my husband and I.
Another must of men’s attire is the kuma, a small round head covering, usually white with brightly colored patterns. The keffiyeh is also worn (but without the cord called an agal in Arab countries), and it’s mostly worn by those with roots in the desert, from what I understood.
And what about the women, you might ask? Some are veiled, some in full black (but not a burka—more like a chador + abaya), due to the influence of Saudi Arabia and the United Arab Emirates, whereas the traditional outfit used to be a layering of very colorful dresses. Most of the women we saw wore neutral clothing, a plain veil over their hair, but with their faces uncovered. We also saw many saris and colorful veils—don’t forget that 40% of the population consists of Indian, Nepalese, and Bangladeshi immigrants, who work a lot in tourism, hospitality, restaurants, services, and construction.
Just to clarify, as a tourist, there’s no pressure to wear a veil, and never any disapproving looks. Of course, you’ll save the mini shorts, plunging necklines, bare shoulders, and midriffs for the hotel terrace—but I’d say that’s the same for men and women, and with the sun being strong, it’s better for your skin too.
Here’s the introduction! In the next post, I’ll tell you about my itinerary, and we can dive in!
My buddy Christian and I (Patrick) are off for 28 days in Argentina in March.
We’ve already shared several trips as a duo (Bolivia Peru, Namibia, Laos, Costa Rica).
Since we’re starting from the idea that at our age (65) we won’t be coming back here—there are just too many other corners of the world to discover—we did the "grand tour" of Argentina, with 6 domestic flights to make the most of our 28 days.
Here are our stops:
1) Departure from Brussels to Buenos Aires via Madrid
2) Arrival and first contact with Buenos Aires
3) Early morning flight to Ushuaia. Boat trip on the Beagle Channel
4) Ushuaia: hikes in Tierra del Fuego National Park
5) Ushuaia: last hike and flight to El Calafate
6) El Calafate to El Chaltén by bus. First hike
7) El Chaltén: hike
8) El Chaltén: hike
9) El Chaltén: hike and bus back to El Calafate
10) El Calafate: Perito Moreno Glacier
11) Flight to Bariloche. Car rental and surrounding areas
12) Seven Lakes Region
13) Nahuel Huapi National Park region
14) Flight to Salta. Car rental
15) To Tilcara
16) To Humahuaca
17) To Purmamarca
18) To Jujuy via the salt flats
19) To Cafayate
20) Around Cafayate
21) To Cachi
22) Back to Salta
23) Flight to Iguazu
24) Waterfalls on the Argentine side
25) Waterfalls on the Brazilian side and flight to Buenos Aires
26) Buenos Aires
27) Return flight
28) Morning arrival
Happy reading!..
We landed in Victoria Falls, Zimbabwe, and headed straight to Kasane in Botswana to pick up our car.
Our vehicle is a 4x4 because in Zambia, it's practically impossible to use anything else, especially in the national parks. I’ve already had the pleasure of visiting South Luangwa National Park—it’s one of the reasons for this trip, the main one being to travel in Africa with one of my sons.
First stop: Livingstone on the banks of the Zambezi River. Along the way, we discovered a lovely restaurant at Socrates with a super-friendly owner (we’ll actually stop there again on our way back). We spent our first night in the rooftop tent after a stunning sunset, accompanied by the grunting of hippos in the river.
The next day, we set off early, heading to Kafue NP. In fact, we’ll always leave early—waking up between 5:00 and 5:30 AM and hitting the road an hour later. Kafue is a lesser-known park, mostly forested, and the animals are skittish because they’re not used to human presence. We crossed the park from south to north and came across various antelopes. Near Lake Itezhi-Tezhi, there are plains where wildlife is easier to spot.
After Kafue, we headed to South Luangwa. This journey requires stops in Mumbwa and Petauke. Two pleasant stops where we found lodges (a nice change from the rooftop tent) at affordable prices and met welcoming people.
For me, South Luangwa is Zambia’s most beautiful park—the river is stunning, the landscapes are gorgeous, and there’s a wide variety of wildlife, including, of course, big cats. A tip for those, like us, who aren’t with a guide: if you’re staying near the park for several days, don’t hesitate to do a "game drive" to scout out where the animals are so you can return the next day with your own vehicle. Of course, in the dry season, you’ll want to focus on waterholes to see the animals—and you’ll need a bit of luck too. The elephant population is growing, and we were lucky enough to see around sixty elephants crossing the Luangwa at dawn, spread across several groups. South Luangwa is the westernmost point of our trip, and we’re now heading east to Lower Zambezi.
Lower Zambezi is Zambia’s side of Mana Pools on the Zimbabwe side. We took a boat ride on the Zambezi to see elephants, hippos, crocodiles, and a multitude of birds living along the water and on the river’s islands. The sunset there is also magnificent.
To explore the park, we followed the waterways parallel to the Zambezi, mostly on the western side (see our route). Lower Zambezi is the last park we visit, and the final leg of our trip will be Victoria Falls.
Victoria Falls—or Mosi-Oa-Tunya ("The Smoke That Thunders")—are truly impressive, even during the dry season. We saw the falls from both countries: in Zambia for the overall view and the bridge that serves as the border, and in Zimbabwe to get as close as possible to the most spectacular parts of the falls.
This marks the end of our trip, which, despite a blown tire on the road, went off without any major issues. Zambia is a beautiful country that immerses you in wild, still-preserved nature.
The latest travel journal about Turkmenistan dates back to 2019. Here’s a quick update on this vast desert country, which is now a bit easier to visit than before.
This is my first travel journal. If you have any questions, don’t hesitate to ask. The country is slowly opening up, but it’s still possible to visit sites where you’ll be completely alone. In five days, I saw two Hongkongers, a few Germans, and a Chilean at the crater, ten Chinese people in a capital bazaar, and that’s it!
It’s possible to visit Turkmenistan from Uzbekistan. The easiest and most economical way is to take a taxi to the border from Bukhara. The trip takes a little over an hour.
Crossing the border takes quite a while because many Turkmen bring back items bought in Uzbekistan to resell in Turkmenistan. For example, diapers, baby products, or beauty products.
It took me over 2.5 hours to cross the border. To visit Turkmenistan, it’s mandatory to have a guide and go through a travel agency. British agencies often offer three-, five-, or seven-day trips for over 1,500 or 2,000 €.
But if your budget is more limited, you can contact a few Turkmen agencies directly by email, and they’ll make you an offer between 700 and 1,300 € for three to seven days. I took a five-day trip from Turkmenabat in the northeast of the country to Dashoguz in the north. The goal was to visit the main UNESCO-listed sites, including Merv, and archaeological sites like Nisa or Gonur Tepe.
Your guide will also be your driver. They’ll pick you up at the border. The formalities are very long because customs officers have to stamp multiple documents, and obtaining the visa you previously requested from your travel agency requires several checks. But the process goes relatively smoothly, even if each step takes a while.
Once on the other side, the first surprise is the brand-new highway all the way to Turkmenabat. A very long line of trucks stretches for several kilometers on the Turkmen side to cross the border into Uzbekistan. According to my guide, Turkmen trucks transport gas and cotton (though not this season, since the harvest is in September), but they mainly fill up their tanks because fuel is much cheaper in Turkmenistan. A full tank for a car costs about 3 €, which is unbeatable.
From the Farap border post, the goal is to reach the city of Mary, which is home to the UNESCO-listed site of Merv in its suburbs, about thirty kilometers away. This city is known as a foundation by Alexander the Great in the 4th century BC under the name Alexandria of Margiana. Several fortresses are visible.
After more than three hours on the road, we have lunch at a Turkish restaurant called Aladdin. Several quotes from the president are visible along the highway, but the road is in good condition, and we move along easily. This will be by far the best road in the country—things will get much worse later.
Roundabouts are particularly interesting because they feature emblems of Turkmen culture, like the dog, a carpet, the Ahal Teke horse, or Muslim symbols, even though the presence of Islamic artifacts is quite limited.
This time, I landed in Monastir on a direct flight from Nice, again with Tunisair. We left about ten minutes late, and the flight lasted around 1 hour 30 minutes. A meal was served on board (cucumber salad with Edam-like cheese, carrots, and two small portions of dishes I couldn’t identify—semolina with peppers, olives, and parsley, two small rolls, a square of processed cheese, and a chocolate cake). It’s worth noting because it’s not common on flights this short.
In February, France and Tunisia were in the same time zone, but now Tunisia is one hour behind. This time difference and the flight duration work perfectly for a short 15-day trip since it takes me a few days to adjust to jet lag.
Luckily, I’d asked my hotel about the taxi fare from the airport because the drivers (there were several around me) didn’t hesitate to quote outrageous prices. The actual fare is 20 dinars, but one asked for 120 dinars. I refused, and another offered 60 dinars. I replied, "That’s too expensive—I’ll take the metro!" (Having tried the Tunis metro, I had no desire to repeat the experience in Monastir with a suitcase!). I started walking toward the metro, and one of the drivers caught up with me, saying, "20 dinars is fine!" I’ll skip the details, but the negotiation took a little while.
When I arrived at the hotel, I told the receptionist someone had asked for 120 dinars. He put his hands to his head and said, "They’re awful!" He remembered our phone call two days earlier when I’d booked (he’s the one who told me I could take the metro).
The Mezri Hotel isn’t expensive. I got a sea-view room for 75 dinars (22 €). (I’d booked a balcony room for 90 dinars but wouldn’t have had time to enjoy it.) It’s well-located but noisy because there’s no double glazing.
The receptionist is a very kind older gentleman. He called a friend whose wife is from Tozeur to find out if I should take a bus or a *louage* tomorrow and what time.
I arrived at the hotel around 7:00 PM and had time to stroll along the corniche to the ribat. Despite some run-down buildings, the seaside seemed livelier and cheerier than Sousse’s.
Monastir is the hometown of former president Bourguiba. I passed his mausoleum by taxi. There are Tunisian flags along the avenue by the sea because every year on April 6—the anniversary of Habib Bourguiba’s death—the president of the Republic visits the Bourguiba Mausoleum in Monastir to pay respects.
The taxi driver mentioned other Tunisian presidents. He complained about rising prices and insecurity, blaming President Kaïs Saïed (I’d already heard that security was better under Ben Ali).
At the end of my stay, I’ll take time to explore Monastir, but tomorrow morning, I’m off to Tozeur—a long bus ride awaits me.
Here we go!!!
I left home at 4 AM on October 31st and headed to Barcelona. Driving through Barcelona on the ring road stresses me out a bit, but at 6 AM the traffic is smooth, and I arrive at the airport without any issues. I call the valet, who quickly comes to pick up my car. He takes photos of it from all angles before letting me go.
Baggage check-in hasn’t started yet, and there are already several of us waiting.
Once free, everything happens very quickly. The flight to Abu Dhabi is on time and goes smoothly. I’ve never had any problems with this airline, which I’ve been using for several years.
The flight to Bangkok arrives at 7 AM as scheduled. This is my first time in Thailand and Bangkok. I’m used to traveling in India, and I notice that everything here is well organized—the customs process is quick, and the luggage is already on the carousel.
I booked a taxi on Booking. All I have to do is find the right exit and door based on the agency’s instructions. A large sign with the names of people who booked is posted on a wall. A hostess greets me and calls the taxi, which arrives 5 minutes later. I booked one night at the Lost Inn BKK hotel in the Phra Nakhon district, and we arrive at 9 AM. The welcome isn’t warm, and I have to wait until noon, sitting on a chair, before I can check into my room. I’m exhausted, and sleeping sitting up isn’t ideal. Noon finally arrives—the room is small but clean, which is fine for one night. I quickly take a shower to wake up because I plan to spend the afternoon visiting the Grand Palace. First, I need to exchange some money, and the banks are all close together on the same street, which is very convenient. When I enter one, a hostess gives me a ticket and invites me to sit down. There are about twenty counters, and I wait quietly until my number is called. The exchange is quick, so I can head out to find the Royal Palace. It’s actually very easy, and the walk is pleasant.
Entry to the Royal Palace (500 baht).
It’s magnificent and grand, and there are quite a few of us visiting. The sky is gray, it’s very humid, and a shower interrupts the visit. It’s a vast complex of temples and palaces. The buildings are colorful and sparkling, with a great sense of serenity (without the tourists, of course). I quietly enjoy the place and try to take photos without tourists, which isn’t easy.
Very close to the Grand Palace is Wat Pho, one of the oldest Buddhist temples in the capital.
It’s very famous for its 46-meter-long reclining Buddha statue.
Walking around the temple, you can see different representations of Buddha, all covered in gold leaf.
Inside the temple, on one side, monks recite their prayers, while the other side is reserved for tourists who come to meditate in silence.
Before returning to the hotel, I have dinner at an Indian restaurant. I go to bed early because tomorrow’s wake-up call will be very early again.
Saturday, November 2nd
Wake-up at 4 AM, departure from the hotel at 4:30 AM. The taxi I booked via Booking is waiting for me and takes me to the airport. The trip is fairly quick—he takes small roads, and at this hour, there’s no traffic.
The flight to Phnom Penh is on time. Before boarding, I realize I left my fleece jacket on the carousel, but it’s too late to go back for it.
The flight goes well, and customs is quick.
At the exit, I take a tuk-tuk to Julieka’s GH near the museum. The welcome is friendly. I won’t be able to check into my room until noon, so I take the opportunity to exchange some euros on the market street. The street is lined with restaurants, and I’ll have my first meal there.
The museum is right across the street, so I don’t waste any time visiting it.
The representations of Hindu deities are very different from those in India, and I don’t recognize them. Many beautiful Buddhas are on display.
The museum is very pleasant, and there aren’t too many people, which is a plus.
At the exit, I return to the GH, settle into my room—which is decent and clean.
The Royal Palace is 1 km away. I walk along a garden, and at the end of the street is the Tonlé Sap, but I turn right. I arrive at a large esplanade and see the buildings with tiered roofs and glazed tiles. The entrance to the palace is a little further away.
At the entrance, I notice there isn’t the same crowd as at the one in BKK.
Khmer architecture is magnificent. The complex consists of gardens, palaces, pagodas with golden roofs, and slender spires.
The Silver Pagoda houses the small Emerald Buddha, which is actually made of jade. The silver flooring is covered with carpets. Photos are not allowed.
The walls surrounding the pagoda are covered with frescoes depicting scenes from the Ramayana.
My partner and I traveled from Sunday, July 5, 2026, to Wednesday, July 22, 2026.
We spent a long time debating whether to rent a car or use public transportation. In the end, after reading so many posts about travelers getting scammed by police or rental companies—even those recommended by blogs and reviews—we decided to stick with public transport. It worked out really well. Sure, we had a little less freedom to go where we wanted, but it was way less stressful for us.
Sunday, July 5:
Arrived at Cancun Airport. Withdrew cash from the ATM in the terminal just before exiting. The ADO bus counter (they pronounce it "A-Jee-O") is right behind you when you're facing the ATM. Bus to downtown Cancun cost 145 pesos per person.
Stayed at "Rose 5," booked on Booking. The studio was super clean and perfect for one night. The owner’s instructions for accessing the place were very precise, with photos included. Check-in was self-service with a code. The ADO bus terminal isn’t far, and there are shops and restaurants nearby. We really appreciated that the AC was already on when we arrived. By the way, I’d recommend always booking places with AC—it’s *really* hot in Mexico.
Monday, July 6:
Bought a SIM card with data from a TELCEL store. My partner, who’s on Free Mobile, was able to use her regular plan. Just so you know, I found the network pretty unstable. As soon as we left the cities, neither of us—me with TELCEL or her with Free—had any signal.
Another thing to watch out for: roaming charges. I had to turn my SIM back on for less than 30 seconds to get a bank SMS code, and my phone apparently connected to the internet—resulting in an 8-euro roaming fee.
Left on an ADO bus to Chiquila for 278 pesos per person. During our trip, ADO buses were always on time, comfortable, and clean. The AC is *cranked* though, so bring something to cover up with—it gets cold. Some routes were fully booked even in the low season, so try to reserve 1 or 2 days in advance either via the app (when it works) or at the counter.
When we arrived at the ADO terminal in Chiquila, the ferry company counters were right next to it. Ferries leave every 30 minutes, alternating between companies, so no need to book ahead. Just take whichever one is leaving next (330 pesos per person).
When we got to Holbox (pronounced "Hol-bosh"), we’d booked a place via Booking called "Casa de Nana." It was a huge studio with a fridge, cooking plate, and utensils. The best part? The *location*. It was 100 meters from the beach and 200 meters from a Chedraui supermarket. They provided bath towels and beach towels, and the AC worked perfectly. There’s a key box so you can leave your keys inside when you go out. The only downside was that no one was there to let us in when we arrived, so we had to wait a while. The Wi-Fi was good, which was lucky because during our 4-day stay in Holbox, the phone network *never* worked. According to locals, that’s pretty common in Holbox, along with water outages.
Luckily, I’d had the good idea to download an offline map, which helped us find our way back to the place more easily. You can walk there from the dock.
The restaurant next to our place (La Barracuda) was great if you like seafood—I’d recommend their octopus dishes.
Tuesday, July 7:
We did a kayak tour in Holbox’s mangroves at 6 AM. We were looking for a sunrise kayak tour with a French-speaking guide. That’s exactly what we got with "Kayaking Holbox," where Diego, the owner, speaks English and French. He was joined by Gustavo, another guide.
We’d booked for a group tour, but we were the only ones. Diego still went ahead with it instead of canceling due to lack of participants, so we got a private tour at the group rate—really professional of him. They showed us this amazing ecosystem for over 3 hours. We saw all kinds of birds: pink flamingos, pelicans, egrets, frigatebirds... rays, a horseshoe crab, and a little crocodile that was *so* well hidden. Diego and Gustavo have a real eye for spotting animals—I could’ve passed by the crocodile 100 times and never seen it, it blended in so well. Their explanations about the flora and fauna were super interesting. We also got a little break where we tasted mangoes and bananas that taste *nothing* like the ones in France. A real treat—those little Mexican yellow mangoes! I’d definitely recommend Diego and his agency for a French-language kayak tour (1000 pesos per person).
In the evening, we walked to Punta Coco to see the bioluminescence. No need for a guided tour—if you really don’t want to walk, you can take a taxi. At Punta Coco, you have to pass the beach bar/restaurant and then go left into a kind of inlet that forms a lagoon. You have to wiggle your feet or move your hands in the water to create movement, which makes the light appear. Just don’t expect the kind of photos you’ve seen online—they’re all edited! It’s fun to see, but you won’t be dazzled by the light...
Wednesday, July 8:
Whale shark tour with "My Holbox Tours." Why recommend this agency over others for swimming with whale sharks? Simply because Valérie surrounds herself with top professionals to make your experience unforgettable. We were with Captain Fernando, who does everything to position the boat perfectly and make your swim easier. In the water, we were with Humberto, who also goes above and beyond to make sure you have an incredible time. He doesn’t just "supervise" like some guides from other companies who leave you on your own. No, Humberto reads the whale shark’s trajectory and guides you—all you have to do is follow him. He really puts in the effort, even holding your hand to guide you through this quick but intense encounter. Humberto also films the moment and will offer to show you the videos and sell them to you. His footage is really high quality.
Fernando and Humberto also prepared food for us. Special mention for their guacamole! Valérie is there to make sure everything goes smoothly on the boat and to answer your questions in French, English, or Spanish about these animals. If you choose My Holbox Tours, you can be sure you’ll get a top-notch experience.
About the tour itself: before you go, you should know that the sharks can be *really* far away. The day we went, it took 3.5 hours by boat to reach them. The boats are small, and let me tell you—on the way there, when we weren’t going with the waves, it was *rough*. Out of 9 passengers, 4 got seasick. But once you’re face-to-face with the shark, you forget all about that. Even if swimming with a whale shark isn’t exactly a walk in the park—they swim pretty fast, so you need some endurance to keep up. You’ll usually get 2 turns. Our first swim lasted a little over 4 minutes, and the second about 2 minutes because the shark was moving fast and we were still tired from the first swim. It might seem short, but when you’re swimming, it feels *long*. Either way, it’s an experience you *have* to do—but choose your company wisely. On the way back, there’s a stop at Cabo Catoche. Honestly, the snorkeling is pretty disappointing if you’ve done it elsewhere in the world. But the lunch stop at Cabo Catoche is really nice for relaxing (white sand and hammocks).
Thursday, July 9:
Short morning walk to Punta Mosquito at 6 AM. Really nice.
Ferry to Chiquila (330 pesos per person) + ADO bus to Valladolid (300 pesos per person).
In Valladolid, we booked "Casa Lucia" via Booking. The hotel is gorgeous, with a colonial style, and very close to the ADO bus terminal and downtown. It’s super quiet and clean. There’s a shared kitchen you can use with a fridge, microwave, and water dispenser, plus a big table by the pool and a nice indoor terrace. Breakfast was simple but included. The only small downsides were the tiny room and bathroom, no mirror in the room, and a noisy fan.
Friday, July 10:
Not far from the ADO bus terminal is the colectivo station for Chichen Itza. They offer a round-trip to Chichen Itza with an option to stop at Ik Kil cenote on the way back and then drop you off in Valladolid for 370 pesos per person (Ik Kil entrance included).
For the Chichen Itza visit, we’d booked a tour with a guide often mentioned in groups—his name is Juan Pat. He’s a Maya who lives near the site and speaks excellent French. He reserves spots in advance for you and queues up to be the first on-site. It cost 500 pesos per person + entrance fees. His tour lasts 2 hours and focuses mainly on the main pyramid and the ball court. He’s passionate and fascinating, even if some of his claims, as a Maya, might be a little biased. I think it’s *really* important to have a guide—otherwise, you’ll miss so much. You can contact Juan Pat on WhatsApp at +52 985 121 2381.
Afterward, we went to Ik Kil cenote (showers and life jackets mandatory, lockers available). It’s *very* crowded, but still really beautiful with its lush vegetation.
Saturday, July 11:
Since we didn’t have a car but still wanted to visit other cenotes that seemed hard to reach by public transport, we decided to book a taxi for the day. We agreed on 1200 pesos to take us to 3 different cenotes and wait for us at each one. (To find taxis, just look where they park near the ADO bus station.)
He picked us up at Zaci cenote, which we’d walked to. We got there at opening time and were the first ones there—had the place to ourselves for a while! 150 pesos per person. A pretty cenote in the city center with lush vegetation. It’s a bit like Ik Kil but without the deep cylindrical effect.
Cenote Xcanahaltun: the most beautiful cenote we visited. Entry 250 pesos per person. It’s a closed cenote with a hole that lets light in—a cave-like setting. You can kayak inside. There are little fish at the edge that nibble dead skin off your feet. Since it’s closed, the water is *freezing*!
Cenote Palomitas: entry 250 pesos per person. Another stunning closed cenote, even more enclosed than Xcanahaltun. The hole in the ceiling is smaller, so it was pretty dark when we arrived—kind of an eerie vibe. But when the staff turned on the lights, it looked like a "Gothic cathedral" full of bright stalactites.
Cenote Sac Aua: entry 290 pesos per person. The ticket includes a guided cave tour (tip-based). This cenote is really unique with its central island and way less crowded than Suytun. Just so you know, the water is *really* cold in cenotes. In these three, in July, we had the place to ourselves for a while and never saw more than 2 families at once—so peaceful!
Sunday, July 12:
ADO bus to Bacalar (536 pesos per person).
In Bacalar, we stayed via Airbnb with a host named Luli, who offers several rooms with shared bathroom and kitchen.
The room is nicely decorated in a pleasant setting. It’s ideally located near the lagoon and downtown. The shared kitchen is handy. The mosquito net over the bed is useful because there are *a lot* of mosquitoes in Bacalar. Luli provides a water jug, which is really nice. The only big downside is the lack of water pressure in the shower—we had to rinse off by filling a bucket. Also, there’s no real door separating the room from the bathroom. We never met Luli in person, but she was very responsive via messages. The terrace in the middle of the vegetation is lovely.
From the ADO terminal to the place, we took a taxi for 40 pesos. Since this driver was honest about the price (we’d checked beforehand), we decided to use him every time we needed a taxi in Bacalar. Here’s his WhatsApp: +52 983 184 3585.
Monday, July 13:
We did a boat tour on the lagoon with "Bacalar Francophone Activities." Since we were just the two of us, it cost 3500 pesos. If we’d managed to be 4 people, it would’ve been 1000 pesos per person.
We had a private 4-hour tour on the lagoon with Steeve and his very comfortable boat. He’s from Quebec, so his French is perfect. During those 4 hours, Steeve showed us the lagoon’s iconic spots *and* places other boats don’t go. He told us about the lagoon’s history and gave great tips on where to go and where to eat. As a little bonus, he gave us a video taken with his drone during our swimming break.
Tuesday, July 14:
We went to Los Rapidos by taxi (400 pesos round trip) and entry was 225 pesos per person. It’s *very* touristy but really beautiful. You can eat there (expensive), relax, and go down the "rapids" as many times as you want. It’s worth it if you spend a few hours there. You can’t bring in food or drinks—you leave them at the entrance and pick them up on the way out.
Wednesday, July 15:
On Wednesdays, navigation is banned on Bacalar Lagoon, so we’d planned another excursion.
Visit to Calakmul from Bacalar with ABCtours (WhatsApp +52 983 319 8359).
This agency organized a trip from Bacalar to Calakmul with a French-speaking guide. Communication beforehand via WhatsApp was smooth. Mr. Checo, the driver, and Fernando, the guide (who spoke great French), picked us up on the day. Mr. Checo drove very carefully on the long road and always made sure we were comfortable. Fernando is passionate about flora and fauna—he’s a biologist with a degree in ornithology, so he knows *everything* about animals. The slightest sound or song, and he knows what it is. He’s got an eye for spotting them, from the biggest to the smallest.
During the trip, we stopped at km 27 for a short forest walk, then went to see the two main pyramids on the site. On the way back, we stopped at the bat cave for the magical spectacle of millions of bats flying out at dusk. In the end, we saw or glimpsed (some briefly) spider monkeys, howler monkeys, a toucan, 2 tapirs, turkeys, 2 deer, and lots of birds. If, like us, you’re more into flora and fauna than archaeology, I’d *highly* recommend this agency and tour with Fernando.
It’s not cheap, but the road between Bacalar and the site is *long* (3.5 hours). Price: 3900 pesos per person for 2 (3500 for 3, 3200 for 4).
Thursday, July 16:
ADO bus to Playa del Carmen (614 pesos per person).
In Playa del Carmen, we stayed in an Airbnb. The building is on the town hall square, next to the casino.
The best thing about this place is the *location*—super close to Fifth Avenue (La Quinta). The kitchen is pretty basic, but the fridge works well. There are supermarkets nearby. The rooftop pool is really nice. The two big downsides, though, are the soundproofing (you can *hear* the neighbor’s alarm and all the events on the square) and the *total* lack of water pressure in the shower. We had to fill a trash can with water to pour over ourselves. When we told the owner, he said it wasn’t normal and someone would come fix it, but we never heard back. Based on previous reviews, this seems to be a known issue that never gets resolved.
Playa del Carmen is *very* touristy on Fifth Avenue, but in a fun, musical vibe—we never felt unsafe. There are *tons* of little souvenir shops for tourists on this street. There’s a beautiful monumental sculpture on the beach (the two figures meeting in the air), next to which you can see the Voladores show (men climbing a pole, tying themselves with ropes, and descending headfirst while "flying" around the pole). The show is tip-based and happens several times a day. In our opinion, Calle 38 is prettier than Fifth Avenue—it’s lush, green, and quieter, with the sea at the end. Great for an early evening stroll. We had really good meals at great prices at "El Tio Noy" tacos, just a few meters from Fifth Avenue in a side street.
For souvenirs, we’d recommend going to Walmart instead of Fifth Avenue—you’ll find skulls, tequila, mezcal, keychains, mugs, glasses... at good, fixed prices.
Friday, July 17:
We did the excursion to Isla Contoy. Isla Contoy is an uninhabited, highly protected island. Only 200 people are allowed to land per day on a rotating basis, so only a few companies have permission to dock there. Most agencies subcontract the day to a third-party company.
We booked through VRM (Viviendo Riviera Maya), but it was Ocean Tours Mexico that handled the tour. Contoy is a little paradise. We were accompanied by multilingual guides, including French speakers, throughout the day. Steffy gave us info about the island during a short walk on the marked trails, and Leño Tlatemoa kept the mood up on the boat rides with music and dancing. Isla Contoy is *truly* stunning, and the lunch was delicious: grilled fish and chicken, guacamole and tortilla chips, rice, fruit, drinks (everything is brought and taken back by the guides). The snorkeling part was pretty disappointing if you’ve done it in Cozumel, though. The stop at Isla Mujeres isn’t very interesting either—it’s too short to explore, and the island is *extremely* touristy. Still, the excursion was very well organized, and we had a great day (2970 pesos per person).
Saturday, July 18:
We wanted to go snorkeling in Cozumel but thought the prices from French-speaking agencies were too high. Plus, for snorkeling, we figured we didn’t *need* a French-speaking guide.
So we found a much cheaper solution by taking the ferry from Playa del Carmen ourselves and choosing an agency in Playa. The round-trip ferry cost 663.50 pesos per person. Then we took a taxi to the snorkeling boat (100 pesos). The agency we chose is called Mystic Snorkel—they don’t have a physical office. The tour cost 1400 pesos per person. It was a small boat, but that day we were the only ones, so we got a private tour at the group rate. We stopped at 4 different sites, all very different and beautiful. We saw all kinds of fish, corals, a nurse shark, and turtles. El Cielo, with its huge starfish, is *exceptional*. If you’re going snorkeling in the Yucatan Peninsula, this is *the* tour to do—the other sites are pretty "poor" in comparison.
Sunday, July 19:
Morning dive with Triton Diving. I chose the Cozumel dive option. Great experience.
Booking via WhatsApp was easy. On the day of the dive, Selene, who speaks French, was our guide. She’s *very* attentive to the group’s safety. The briefings are clear and precise. In Cozumel, we did 2 very different sites: the first was a drift dive with lots of life—beautiful corals and fish. The second was a wreck, the C53, a 56-meter boat you can enter. Not much marine life, but a beautiful wreck intentionally sunk for divers—still in great condition. An unforgettable moment. Selene even took videos during the dive, which the club sends you for free afterward. I’d *highly* recommend this club.
Just so you know, in Playa del Carmen, the beaches were full of sargassum during our stay, despite barriers and daily cleanup. Locals told us the problem is getting worse and the sargassum is arriving earlier in the season. Tourism has taken a *big* hit this summer, and they’re wondering if tourism can even survive the sargassum season anymore. A lot of tourists are heading to the islands—Isla Mujeres and Cozumel—to enjoy the beaches, as the west side of those islands is sargassum-free.
Monday, July 20:
Colectivo to Puerto Morelos. First, a colectivo toward Cancun that drops you off between Puerto Morelos town and Puerto Morelos beach (40 pesos per person), then another from that junction to the beach (10 pesos per person).
In Puerto Morelos, we’d booked a room via Airbnb at "Piedra del Caribe." *Best* place we stayed in Mexico. It’s an aparthotel. Our room was ready before check-in, so they let us in early. The place matched the description—spacious, with a comfortable king-size bed. The shower had *great* pressure, which isn’t a given in Mexico. The staff was super friendly and welcoming. They let us use the pool, restrooms, and rooftop shower after check-out while we waited for our ride to Cancun Airport. They even kept our luggage. I *highly* recommend this place.
In Puerto Morelos, there was *way* less sargassum than in Playa del Carmen—it was actually swimmable.
We did the snorkeling tour with the fishermen’s cooperative for 450 pesos per person for 2 hours. The reef is close to the beach (you’re not allowed to swim there), so the boat ride is short. It’s not as pretty as Cozumel, but it’s nice and affordable. On Puerto Morelos’s page, you can also access a small, not-very-well-preserved reef. There’s also a cenote in the sea where fresh water mixes with saltwater—the water is murky there. We had a great dinner and excellent cocktails at "La Choza del Puerto."
Tuesday, July 21:
Wandered around Puerto Morelos (check out the church and read everything—it’s entertaining!), relaxed by the hotel pool, and left for Cancun Airport by taxi (400 pesos) booked via InDrive to head back to France.
Our highlights:
- Holbox
- The whale shark tour
- The cenotes
- The local flora and fauna (so present!)
- Isla Contoy
- Cabo Catoche (except for the snorkeling)
What we liked least:
- The bioluminescence (barely visible despite good conditions)
- The food—we found it not very diverse in taquerias
- The constant tipping
- The lack of water pressure in showers (fixed, wall-mounted, no hose or showerhead)
Don’t hesitate to ask if you have any questions while it’s still fresh in our minds.
Here we go—finally, the big day has arrived! A trip the whole family (my two kids, my husband, and me) had been looking forward to for so long.
To keep it short, we left from Nice, arrived in Namibia on June 25, 2025, and left again on the 21st—four weeks later.
We used an agency for all the camping reservations, activities, and the car rental. At least that side of things was taken care of. Michaël was our contact throughout the planning and the trip itself.
We spent our first night at Londiningi BB. A bit out of the city center but very quiet. The rooms were spacious and clean, and we could eat on-site that evening. Perfect for recovering from the flight.
This travel journal is our second on VoyageForum, following last year’s where we recounted our four weeks in Vietnam.
The goal remains the same: since some members on this site share tips, experiences, and great deals that help us prepare for our trips, we do the same after returning—both to give back a little and in the hope that our experiences might be useful to others in some way.
Our route was as follows: Bangkok, Siem Reap, Krabi, Suratthani, Koh Phangan, Koh Tao, Chumphon, Bang Saphan, Prachuab Khiri Khan, Sam Roi Yod, Hua Hin, Phetchaburi, Bangkok.
Beyond rediscovering Bangkok, our objectives were the long-held dream of seeing Angkor and exploring southern Thailand, much of which isn’t overly touristy.
A quick big thank-you to Barbot, who took the time to answer several of our questions.
12/07/2013
The cheapest flight we found earlier this year was a Paris-Bangkok route with a layover in Moscow for 1440 €, total for two people.
So, this time we tried Aeroflot. Airbus A318 for the first leg, A330 for the second. Nothing particularly annoying to report—the passengers were very calm, the cabin temperature was comfortable, and we had enough legroom.
That said, the quality of the meal trays was pretty mediocre, and the flight attendants weren’t exactly comedians.
We’d like to remind everyone that it’s best to exchange as little money as possible at the airport upon arrival, since the rate is about 5% worse than at city banks.
Of course, we made sure to take the airport exit where you can catch official taxis to avoid getting scammed. So, we queued up, a little lady gave us the ticket, and off we went with the driver.
Generally, this system works well because these drivers are registered, know their duties, and the risks they face if they break the rules. Except that day, right off the bat, we got the scammer of the day. His first move was to snatch the ticket from my wife’s hands—the one you’re supposed to keep in case of a complaint. My husband saw it, but after a full day of travel, we were a bit out of it, and honestly, there was no reason to be suspicious. But once we started driving, the guy refused to turn on the meter. We insisted more and more firmly, but nothing. So, I used the famous method of opening the door and starting to step out of the car. At 40 km/h, that scares the driver more than the passenger. He finally turned on the meter, but that didn’t calm him down—quite the opposite. For the next half-hour, he ruined the ride by demanding extra fees here and there. Having dealt with several scam attempts last year in Vietnam, this wasn’t exactly new, and we were proud of ourselves for staying pretty zen. Still, this guy was a little scary—he was completely wired and aggressive. Honestly, it was hard not to think he was on something. He’d be perfect for a *Scarface* remake. When we finally arrived at the hotel, he followed us to the entrance. We paid the two tolls (25 and 45 baht), gave him the usual 100 baht extra for the ride, and stayed polite but firm. So, meter: 245 baht + 100 baht + 25 and 45 baht for tolls—we paid the exact amount, no way we were tipping this guy. He left furious, but he was already like that before picking us up... Anyway, avoid Mr. Chartree Chidchen, number 089 826 7308, car E2663!
We were so relieved to finally settle in at Feung Nakorn Balcony hotel in the temple district. 42 € per night, great reception, all the staff is friendly. The AC works fine, the bed seemed hard at first but turned out to be comfortable. The hotel is quiet, away from the nightlife, but at this time of year, many places are less crowded than in high season. Even with a nice fish pond and outdoor breakfast area, it’s a decent hotel, though we felt we could’ve found something better.
After a night on the plane, the first afternoon is always a bit of a slog. We napped for a few hours, and when we woke up—guess what—we were starving. We visited a temple across from the hotel (nothing special) and then decided to take the Chao Phraya Express, the river shuttle that serves many piers along the river. It was a really enjoyable experience. The steel gangway wobbles when you board and disembark, the boat sits low in the water, and sometimes you get splashed. During peak times, you’re packed in like sardines, but most of all, there’s that exotic urban landscape passing by, especially the temple rooftops.
At that exact moment, the boat was packed. We didn’t see a ticket booth at the pier, and we tried in vain to pay the few baht for the ride. The cashier on the boat was too busy, and another employee we called didn’t have time to help us. Oh well, we weren’t going to force the issue. Still, this mode of transport is super practical for avoiding traffic, and at the piers, the lines with station names are clearly marked, with colors matching the flags on the boats. Combined with a map like the *Routard* guide, it’s easy to navigate.
We easily made it to the restaurant *Harmonique*, located near one of these piers. It’s a unanimous favorite on this forum, and let us tell you—it’s well-deserved. What a wonderful experience that evening! We only saw the outdoor gazebo because there was no way we were dining inside. It’s not flashy, so those looking for a luxurious setting should look elsewhere.
That night, the staff was a bit slow, and we had to track them down several times to move things along. But oh, my friends—what a feast on the plate! Start with the appetizer platter for two at 250 baht, featuring four specialties, each more tempting than the last, followed by their famous crab curry for 200 baht. There’s *so much* crab in there! The dish is so delicious and rich that when you finish, you feel—how to put it—like it was almost *too* good, to the point where you’re almost put off eating for days. And also, oh yes, we *will* be back. Their satay chicken is just as amazing, and it would be a crime not to mention their generous dessert with ice cream, warm banana, and chocolate, plus their *excellent* almond milkshake.
Later, we took a taxi to Kao San Road, mainly to book a Ko Tao-Chumphon trip for 600 baht per person at the Lomprayah counter. In hindsight, we should’ve booked all three of our trips there right away.
Kao San Road is *ultra*-touristy—better for younger crowds, but it’s still worth seeing. There’s rock ‘n’ roll, hippies, and crowds everywhere.
We walked back to the hotel, and when we got a little lost near a canal, a really nice older Thai man spontaneously appeared out of the night to kindly point us in the right direction.
Finally, a real long night of sleep ahead—we cranked up the AC. Sweet, the vacation has begun!