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Attention arnaques Paris
Bonjour,

Avis à tout le monde, à Paris hier

Nouvelle technique pour vous arnaquer sans vous en rendre compte aux distributeurs de billets

Ma mère s'est fait voler 400 euros. 3 roms l'ont embêté pour avoir une pièce au distributeur. Et juste après avoir fait son code, en ont profité pour récupéré 400 euros sans qu'elle s'en apercoive !!!! Elle a dû détourner le regard quelques secondes... Elle a récupéré sa carte mais a perdu 400 euros. Elle s'en ai rendu compte lorsqu'elle a voulu retirer de l'argent et que le distributeur lui dise qu'elle a retiré plus que le montant autorisé.

Donc faire très attention et préférez les distributeurs à l'intérieur des banques.
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Emmener un Cubain dans un hôtel: comment ça se passe?
Je sais qu'il a déjà eu une discution la dessus mais je voudrais savoir si dernièrement il en a parmis vous qui ont apporté leur ami ou amie cubain à l'hôtel.

Je voulais apporter mon novio avec moi à l'hôtel car j'y vais une semaine avec ma famille, mais il me dit que la sécurité va le surveiller, que c'est compliqué, il veut pas vraiment venir.

Les Cubains sont souvent mal informé c'est pour ça que je veux vos commentaires.

Et pour ceux qui pourrait poser cette question, il s'est inscrit à plusieurs reprises en Casa à Matanzas avec moi.

J'attends vos réponses avec impatience.

Merci
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Mariage cubain/québécoise:
Bonjour à vous femmes amoureuses et mariées avec un cubain

J'ai un homme dans ma vie depuis 6 mois. Il est de la province d'Holguin à Cuba et j'en suis amoureuse. Nous nous marierons fin 2008 début 2009.

Je connais à propos des procédures et de l'argent qu'il faut... ma question ne se situe pas au niveau de cela.

J'aimerais savoir si votre mari a bien supporté la francisation (les cours de français offerts par le gouvernemet du Québec), le premier emploi, y a-t-il eu des problèmes de communications, avec le patron, de racisme... a-t-il dû travailler plus durs que les québécois dans son environnement de travail parce sa différence, et sa difficulté à communiquer et à comprendre les autres... le racisme auquel en tant que couple nous devons faire face ici au Québec par des gens à l'esprit ferme autant employeurs, que voisinage, famille, enfants, entourage...

Est-ce que ton mari cubain a réussi à payer au moins pour sa nouriture et ses vêtements pour contribuer économiquement et dans une période de combien, 3 mois, 6 mois, en même temps que ses cours de francisation?

J'ai beaucoup de craintes car je suis une mère monoparentale de 2 ados et je n'ai pas une grande marge de manoeuvre, car malgré que j'occupe un très bon emploi bien rémunéré, il ne me reste pas beaucoup d'argent de disponible une fois toutes les dépenses du mois payées.

Merci de m'aider à trouver des solutions pour mon amoureux cubain et moi-même.

xx
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Voyages maintenus au Japon
Salut à tous 🙂

En ce lundi matin, je démarre une nouvelle discussion pour réunir ceux qui pour l'instant n'ont pas annulé leur voyage au Japon et qui hésitent, ceux qui partiront quoi qu'il en soit et pkoi pas ceux qui y sont en ce moment !

Bien évidemment la situation est toujours très instable et c'est à chacun de prendre sa décision, sans juger ce que va faire l'autre.

Sont aussi les bienvenues, les infos concernant les modifications de dates pour les remboursements des vols.

http://www.irsn.fr/FR/Documents/home.htm http://www.asn.fr/ http://www.criirad.org/ http://www.lejapon.fr/blog/http://twitter.com/lejapon

Merci à tous ceux à tous ceux qui participeront 🙂 bonne journée !
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Ma traversée de la Chine en 30 jours, du Sud vers le Nord
Bonjour à tous et toutes.

Je publie mon premier carnet de voyage sur voyageforum, et j'ai choisi la Chine. Je m'essaie à cette épreuve sans aucune expérience de l'écriture. Je possède une page facebook (page publique et accessible en signature si vous voulez suivre tous mes autres voyages), mais le format facebook, c'est beaucoup d'images et peu de texte (bien que parfois j'essaie de faire des commentaires fournis), c'est le format moderne, on consomme très vite, il faut que ça "parle" immédiatement...

Avec ce carnet, je change donc de format, à savoir beaucoup de texte et peu d'images. J'ai réalisé cette traversée de la Chine en Juin 2016, et j'ai commencé à écrire ce carnet début Avril 2017 aidé par mes photographies qui ont ravivé mes souvenirs. Ne vous attendez pas à un carnet style "compte rendu d'agence de voyage" avec les détails de tous les repas, les horaires des bus et compte rendu sur le confort de la chambre d'hôtel... Il y en aura peut-être un peu de temps en temps, mais ce sont juste mes souvenirs que j'essaie de coucher sur papier. De même certaines journées seront bien développées, alors que d'autres seront vite expédiées. Ben oui, certains jours il ne s'est rien passé de bien intéressant dans mon voyage, en tout cas rien qui justifie que je le détaille sur ce carnet. D'autres journées pourront vous paraître sans intérêt particulier (les journées "d'organisations" par exemple), mais elles font partie à part entière de mon voyage. N'hésitez pas à mettre tous vos commentaires, qu'ils soient bons ou franchement mauvais, je suis ouvert à toutes les réflexions et promis, je ne me vexerais pas si on me dit que j'écris comme un pied ou que ma prose est soporifique!

Contexte du récit: Je m'appelle Denis, je suis un homme voyageant seul, 40 ans révolus au moment des faits, et j'ai quitté mon travail, rendu mon logement, vendu voiture, moto et des tonnes de choses qui composaient mon confort quotidien pour partir "à l'aventure" autour du monde sans date de retour précise... Bref j'ai laissé une vie tranquille et aisée pour m'en aller voir le Monde. Je voyage en "mode backpacker", c'est à dire de manière autonome, la plus économique possible, et sans réelle planification. Je n'avais d'ailleurs pas choisi d'aller en Chine au départ, je pensais plutôt aller en Indonésie et Australie après 6 mois passés en Inde et en Asie du sud-est (le grand classique des voyageurs au long cours!!). Et puis, à cause d'une pensée insignifiante, tout un enchaînement s'est produit dans mon esprit et j'ai finalement radicalement changé mes plans, j'ai bifurqué vers le nord depuis le Vietnam en direction de la Mongolie, et, la Chine étant sur la route, je me suis dit: "Après tout, pourquoi pas?..." C'est parti, je me lance....

Jeudi 2 Juin:

Ce carnet ne commence pas en Chine ou même dans un quelconque aéroport à attendre un vol vers l'empire du milieu, mais au Vietnam, à Hanoi.

Je suis content.

J'ai récupéré hier mon passeport à l'ambassade de Chine, et ô soulagement, il y avait à l'intérieur un visa valide de 30 jours! Ouf! Pourquoi ouf? Tout simplement car je n'étais vraiment pas sûr d'obtenir mon visa. En effet, si on s'en tient à l'ambassade de France, il n'est pas possible d'obtenir un visa chinois à Hanoi (info obsolète et fausse) mais si on écoute tout ce que dit le ministère des affaires étrangères, on ne voyage pas et on reste cloîtré chez soi, mais c'est un autre sujet! Pareil pour les agences à Hanoï: Visa chinois pour un français? Non, trop difficile à avoir selon les unes; oui, mais c'est cher et pas garanti selon les autres....

Bref, n'étant jamais mieux servi que par soi-même, j'ai fait les démarches tout seul et j'ai obtenu mon visa en temps et en heure! Je passerai sur les détails et la montagne de paperasse et de justificatifs nécessaires, mais je dois avouer que j'étais vraiment soulagé quand j'ai ouvert mon passeport et que j'ai vu le visa collé à l'intérieur... Donc je suis content, je suis à mon hôtel à Hanoï, il est 15h, dans une demi-heure je prends un bus pour Lao Cai, ville frontière où je dormirai cette nuit avant de passer demain matin en Chine, il était temps car demain c'est mon dernier jour autorisé au Vietnam!

Sauf que à 16h, puis 16h20, puis 16h45 toujours pas de bus... Le réceptionniste de l'hôtel (à qui j'ai acheté le billet de bus) m'annonce tout penaud après plusieurs coups de fils qu'il y a eu un "empêchement", que je ne peux pas prendre mon bus mais qu'il m'a réservé une place dans le bus du lendemain à la même heure et que pour se faire pardonner il m'offre la nuit d'hôtel... Je ne suis pas encore parti en Chine que déjà ça commence bien....

J'explique alors fermement, mais poliment (mais fermement!) au réceptionniste et à son patron qui l'a rejoint que je ne peux pas attendre un jour de plus, que mon visa vietnamien expire demain, que je dois absolument partir ce soir pour Lao Cai et vu que je lui ai acheté le billet il y a une semaine (une preuve de sortie du territoire vietnamien était nécessaire pour obtenir le visa Chinois, ne me demandez pas pourquoi: si je demande un visa pour aller en Chine, c'est bien que j'ai l'intention de partir du Vietnam, enfin il me semble...), je ne comprends pas cette annulation. Enfin si, je la comprends très bien c'est du surbooking classique...

Bref, après moult négociations et coups de fil, me voici embarqué à 21h dans un bus de nuit pour Sa Pa, avec l'assurance qu'il me laissera à Lao Cai aux environs de 5h du matin...

Mon œil!!

Comme je le craignais, le chauffeur du bus me jette à l'embranchement de la route de Sa Pa et de Lao Cai à 2h du matin et ne daigne même pas faire le très long détour de 4 km pour me laisser au centre-ville....

Bref, je fais un heureux: un chauffeur de taxi qui attendait là et n'espérait plus voir quelqu'un au milieu de la nuit! Ignorant ses sollicitations pour me conduire à "son" hôtel, je lui demande de m'emmener le plus près possible du poste frontière, et lui indique que je me débrouillerai ensuite. Effectivement, le gus me laisse 5 minutes plus tard devant l'entrée d'un bel hôtel qu'il me montre avec insistance... Mais un simple coup d'œil m'indique rapidement que le standing de cet hôtel est bien supérieur au standing de mon portefeuille!

Je remercie le chauffeur de taxi et je repère une terrasse de restaurant couverte par un auvent et avec un grand escalier en bois à plusieurs volées qui m'a l'air bien excentré et à l'abri des regards. Je n'ai aucune envie de chercher d'autres hôtels pour un résultat incertain, je vais donc terminer ma nuit ici, il ne fait pas froid, il fait même bon. Et puis j'ai réussi à dormir un peu dans le bus, même si tous ceux qui connaissent le standard des bus de nuit vietnamiens pourront confirmer que les couchettes ne sont pas, mais alors vraiment pas du tout adaptées à mon mètre 87 et mes 100 kgs!! De plus, demain je serais prêt à partir: le restaurant est situé pile en face du poste frontière vietnamien!

Que demande le peuple?

Un lit....

Vendredi 3 Juin

Quelque chose gratte ma chaussure et me réveille.

Un rat!!!!

Un coup de pied réflexe le fait fuir et je me relève. Le soleil vient de se lever, j'ai mal dormi (comment pouvait-il en être autrement?) et un coup d'œil aux alentours me montre que l'activité a déjà bien commencé: une petite foule attend déjà l'ouverture, prête à se ruer côté chinois. Pour l'instant des barrières empêchent l'accès au pont qui enjambe la rivière rouge, qui sert de frontière naturelle entre les 2 pays.



Il me reste un peu d'eau, je me débarbouille vite fait pour essayer de masquer ma tête de "celui qui a très mal dormi" et je vais m'installer avec les personnes déjà présentes devant le bâtiment des douanes et qui attendent l'ouverture des portes prévue à 8h pétantes.

Un jeune Viet changeur de monnaie au noir m'aborde et me proposant de me racheter mes derniers dongs avec des yuans. Il me reste environ l'équivalent d'une quinzaine de dollars, je lui demande son prix et après un rapide calcul (j'avais vérifié les taux la veille), je m'aperçois qu'il se prend plus de 15% de commission (!) et je lui signifie que je ne suis pas intéressé à ce prix. L'ouverture des portes approchant, il revient régulièrement à la charge avec un prix qui baisse tout aussi régulièrement. Finalement, alors que les portes se sont ouvertes et que la file avance (et moi avec), j'arrive finalement à négocier une petite com' de 5% pour lui que je trouve bien plus honnête. Comme je ne suis pas né de la dernière pluie, je me fais remettre les billets de 5 yuans un par un dans ma main que je recompte au fur et à mesure pour éviter les tours de passe-passe, puis je prends mes billets, assez content de moi. Tiens, il me semblait qu'il y avait la tête de Mao sur tous les billets chinois... Ceux-là ne l'ont pas, bizarre... "Chinese money??" demandai-je à 2 ou 3 personnes dans la file, et leur réponse positive me rassure.

Le passage au poste frontière fut très rapide, tant du côté vietnamien que du côté chinois, et en moins d'un quart d'heure, je suis passé à Hékou en Chine avec un "Welcome to China!" accompagné d'un large sourire de l'officier d'immigration! Il est 8h30 et il me reste toute la journée pour aller à Yuanyang, ma première destination.

Vous connaissez l'application MAPS.ME pour smartphone? C'est une application fantastique. C'est un peu l'équivalent de google maps, mais surtout ça marche hors ligne, sans aucun réseau ni aucune connection à internet! Il suffit juste de télécharger les cartes à l'avance lorsqu'on a par exemple une connection wi-fi et c'est tout! Grace à MAPS.ME, je sais qu'il y a un distributeur de billets de la Bank of China à 450 m sur la 4ème rue à gauche, et je sais que la station des bus se situe à un peu plus de 4 km au nord de la ville. De plus tous les noms de lieu sont écrits en anglais et en chinois, ce qui me simplifiera énormément la vie pour la suite de mon voyage: en cas de difficultés de compréhension, je n'aurais qu'à montrer mon écran et la ville, le lieu ou la rue et l'adresse où je veux aller pour débloquer bien des situations!

Dans le même ordre d'idée, j'ai aussi téléchargé un petit dictionnaire franco-mandarin qui me sera très utile. Beaucoup de chinois (surtout ceux travaillant dans le tourisme en fait!) ont également ce genre d'appli sur leur smartphone (mandarin-anglais), et la barrière de la langue s'estompe alors très fortement! C'est fou ce que la technologie change les choses! Je pense que cela devait être sinon plus difficile, du moins beaucoup plus long de se faire comprendre ne serait-ce que quelques années en arrière! Il n'y a pas à dire, c'est vraiment extrêmement facile de voyager partout dans le monde à l'heure actuelle...

Revenons à Hékou où je prends un taxi qui me conduit à la gare routière pour la somme raisonnable de 10 yuans (env. 1,40 euros). Au moment de payer, je donne 2 billets de 5 au chauffeur qui les refuse en me demandant 10. "C'est bien 10 yuans" lui dis-je en montrant le chiffre 5 sur les 2 billets -No no, mao, mao! me rétorque-t’il. Puis il sort de son portefeuille un billet de 10 yuans et me lance un "Kuai, kuai OK!!" en me faisant comprendre que ce sont ces billets là qu'il veut. Je réalise à cet instant que mon petit changeur à la sauvette m'a bien eu. Il m'a bien refilé de la vraie monnaie chinoise, mais ce sont des "jiaos" ("mao" dans le langage courant), et il faut 10 jiaos pour faire un yuan (un "kuai" dans ce même langage courant)... Je pensais être un vrai baroudeur aguerri du style "les petites arnaques à 2 balles on me les fait pas à moi", et bien si, on me la fait et bien comme il faut!! Il a bien du rigoler après coup mon petit changeur à la sauvette!!... Bref, mon égo en prend un coup de s'être fait posséder de manière si grossière, mais finalement au bout de 5 secondes je prends ça avec le sourire, tout en me promettant intérieurement que c'est la dernière fois que je me fais avoir.... Je paye le chauffeur de taxi avec un billet de 100 yuans fraîchement sorti quelques minutes plus tôt du distributeur et me dirige vers les guichets de la gare routière.

La préposée aux tickets de bus parlant quelques mots d'anglais, c'est sans problèmes que je me retrouve assis dans le bus pour Yuanyang qui décolle à 10 h précises! Arrivée prévue entre 13 et 14 h, c'est parfait!

C'est un bus local et ça se voit...



Il y a des seaux dans l'allée, et je ne vois pas pourquoi. En fait, je comprendrai très vite après le départ: les chinois (et les chinoises!) ont la très mauvais habitude de cracher bruyamment par terre, et ces seaux sont là pour récupérer les glaviots... Même en Inde où les hommes crachent leur bétel d'un rouge immonde dans la rue, ils arrivent à se retenir et à ne pas cracher dans les bus... Ici ce n'est visiblement pas le cas! Beurk, bienvenue en Chine!

Alors que le trajet se déroule sans encombre pour la plupart des passagers, il n'en est pas de même pour moi... Un courant d'air frais ainsi que (je pense) mon repas de la veille commencent à remuer mes entrailles... Très vite il va falloir que j'aille me soulager... Je profite donc pour étrenner ma jolie appli sur mon smartphone et je lance la traduction de "WC urgent s'il vous plait" et la montre au chauffeur qui n'a pas l'air de comprendre, ainsi que d'autres passagers... Je tente donc "malade ventre WC" (mon appli est basique et ne peut traduire que des mots et pas des phrases)... Toujours pas de résultats et l'incompréhension est visible chez mes interlocuteurs...

Je me résous donc à adopter la bonne vieille méthode du langage des signes: je sors un rouleau de PQ de mon sac à dos, je vais voir le chauffeur en me tenant le ventre de la main gauche, en lui montrant de rouleau de la main droite et lui demande en faisant une belle grimace: "STOP PLEASE!!!" Le chauffeur éclate alors de rire (rapidement suivi par le reste des passagers), puis s'arrête 200 m plus loin en me montrant un buisson derrière lequel je cours me soulager. Finalement la technologie a ses limites dans la communication, et rien ne vaut les vieux trucs éprouvés pour se faire comprendre!

Après ce passage très glamour, mon bus arrive à Yuanyang. Mais ce n'est pas ma destination finale, la ville est dans une vallée, je dois prendre un autre bus pour accéder aux rizières et à leurs villages, situés tout la haut sur les montagnes à plus de 2000 m d'altitude. Visiblement les employés de la gare routière doivent avoir l'habitude de voir débarquer des occidentaux qui veulent aller voir les rizières, car je me retrouve très rapidement dans un minibus juste après avoir prononcé les mots "Yuanyang rice fields"! Ça monte et ça tourne beaucoup jusqu'au village, dans le brouillard et la pluie!

A ma descente de car, un petit bout de femme se précipite sur moi (c'est le mot juste) en me criant des "taxi, taxi!!! Hôtel!!! Hôtel!!!" tout en me montrant sa voiture flambant neuve. Je lui montre l'adresse de mon hôtel (réservé sur booking) et m'annonce un prix de 20 yuans (env 2.80 euros), proposition que j'accepte, ayant auparavant appris grâce à MAPS.ME que mon hôtel se situait dans un autre village distant d'une bonne dizaine de km.

Nouvelle parenthèse scatologique, mes intestins me tortillant à nouveau. J'aurais pu vous épargner ce passage mais finalement non, je me suis dit que ça faisait partie du voyage et de ses... découvertes! Suite à ma demande expresse (j'ai gagné du temps cette fois ci en lui montrant directement mon rouleau de PQ), Mya (puisque c'est son nom) m'indique les toilettes publiques, situées de l'autre côté du parking des bus.

Et là, j'ai cru que j'allais vomir...

Je pensais avoir tout vu en Inde et au Népal en matière d'insalubrité et de manque d'hygiène, mais je me trompais...

Les toilettes publiques du village, c'est 4 murs en briques recouverts d'un toit en tôle. Le sol est entièrement bétonné, et est traversé en son centre par une tranchée en pente d'une quarantaine de cm de large et d'environ un mètre de profondeur. C'est tout. Tout le monde s'accroupit à la queue-leu-leu et se soulage ainsi au vu de tous les autres, aucune cloison, aucune intimité... La tranchée doit être lavée quand le responsable doit la juger trop "pleine", mais visiblement, cela n'a pas été fait depuis longtemps... Au dégoût visuel s'ajoute une odeur absolument écœurante qui me fait hésiter quelques secondes avant de rentrer, mais l'envie est trop forte et je vais rejoindre les 2 chinois déjà en place, non sans avoir pris une grande inspiration avant de passer la porte! Je ressors de cet enfer pour m'apercevoir qu'il pleut des cordes! Le temps de faire les 50 mètres qui me séparent de la voiture de Mya et je suis trempé!!

P***** c'est quoi ce pays?!?!!!!

Il est 4 h de l'après-midi, et pour l'instant depuis hier mes premiers pas en Chine ne sont pas ce qu'on peut appeler un promenade de santé! Je ne suis pas difficile et les voyages "à la roots" ne m'effraient pas, mais là c'est quand même pas mal! Si le reste du pays et du voyage est du même tonneau, je sens que je vais me plaire ici!

Heureusement, les galères vont s'arrêter là, et dans sa grande bonté, le Dieu protecteur des voyageurs (s’il existe) va maintenant inverser la tendance pour ramener un peu d'équilibre!

Tout d'abord je m'aperçois que Mya a embarqué d'autres touristes dans son "taxi": 2 femmes et un petit garçon d'environ 4-5 ans. Nous faisons rapidement connaissance puisque tout comme moi, elles sont Françaises. Cool, ça me remonte un peu le moral de rencontrer des compatriotes! Stéphanie voyage avec sa maman et son fils pour une quinzaine de jours dans le Yunnan et à Shangai. Mais surtout Stéphanie a vécu et travaillé 5 ans en Chine et parle couramment le chinois. Et ça, c'est un avantage considérable!

Pendant le trajet, Stéphanie discute avec Mya, et elle nous apprend qu'il faut d'abord acheter un pass de 100 Yuans (env. 14 euros) pour visiter les rizières. Enfin, techniquement c'est pour avoir accès à tous les points de vue, points de vue qui ont été équipés de barrières à péage depuis que le lieu a été inscrit au patrimoine de l'UNESCO, ils ne perdent pas le Nord ces Chinois! Mya nous informe également que des navettes font régulièrement la liaison entre tous les points de vue, mais elle se propose de nous guider avec sa voiture pour 400 yuans la journée. Stéphanie arrive à négocier 300 yuans (soit 100 yuans chacun) et nous disons banco pour demain.

Finalement, ce sera bien mieux de visiter avec une "locale" à notre rythme, et surtout avec Stéphanie qui enlève complètement la barrière de la langue. Mya me dépose à mon hôtel (le K2 youth hostel) que j'avais pris soin de réserver au préalable sur booking afin de ne pas m'em.... bêter à chercher sur place pour cette première journée. RDV est pris pour le lendemain 8 h devant l'hôtel.

Première bonne surprise: l'hôtel est tout neuf et très clean. Le petit jeune réceptionniste parle suffisamment anglais pour que nous nous comprenions correctement et il me montre le lit dans le dortoir que j'ai réservé. Nouvelle bonne surprise: je suis tout seul dans l'hôtel et j'aurais la chambre entière pour moi, coooool!!! De plus, le dortoir possède une grande baie vitrée qui donne sur une magnifique vue de la vallée et des rizières, d'autant plus que la pluie a disparu et que le soleil est revenu!



Que rajouter? Un très bon repas préparé à l'hôtel même: une succulente et copieuse assiette de fried rice (oui je dois penser à mon estomac!) avec divers légumes et morceaux de poulets me revigore.

Ouf! Cette fois ci, l'entrée en matière est terminée, il est temps de songer à découvrir la Chine dès demain!

Samedi 4 Juin

Comme prévu, Mya me récupère ce matin à 8 h et nous partons pour une journée qui s’avérera magnifique.

Autant la veille nous avons eu de la pluie et du brouillard, autant aujourd'hui nous bénéficierons d'un temps bien ensoleillé dans l'ensemble. Mya nous confirme que nous avons de la chance sur la météo, car cela faisait plusieurs jours qu'il pleuvait. Et le temps redeviendra maussade dès le lendemain.

La majorité des touristes viennent ici en Novembre Décembre, quand les rizières n'ont pas de plants de riz et sont uniquement remplies d'eau, ce qui donne alors aux paysages des allures fantastiques de miroirs en escaliers. En Juin, les rizières sont vertes, mais cela n'enlève rien à leur beauté selon moi. Les rizières sont étagées en escaliers sur plus de 1000 m de dénivelé et sur des milliers d'hectares!



Le travail pour façonner et modeler ainsi la montagne a dû être colossal! Il a été effectué au cours des siècles par les hanis qui vivent ici. L'entretien de ces rizières est tout aussi fastidieux et nous restons admiratifs face aux explications données par Mya. Mya nous emmène bien entendu aux plus beaux points de vue, mais elle nous fait aussi découvrir des petits villages et nous promène jusqu'au milieu même des rizières.



Dans un de ces villages, nous sommes invités à visiter une maison traditionnelle Hani, mais entièrement reconstruite avec tout le confort moderne. En effet, la culture du riz est difficile et il ne se vend pas plus cher parce qu'il vient de Yuanyuang. Du coup, beaucoup de jeunes préfèrent se tourner vers le tourisme qui explose (et qui rapporte bien plus!) et de construire des hôtels ou guest-houses bien laids en béton gris, ou alors aller chercher des opportunités de travail en ville, à Kunming... Le gouvernement local a donc lancé un projet de rénovation des habitats traditionnels en partie pour essayer de retenir les paysans producteurs de riz, et aussi pour donner une "vitrine" à la vue des touristes.



Coup de chance (?), l'architecte responsable du projet est justement dans cette maison aujourd'hui et nous explique l'ordonnancement et l'aménagement intérieur des maisons Hanis autour d'un très bon café que nous avons commandé à la maitresse de maison (qui fait aussi restaurant, mais nous n'avons pas prévenu). Très honnêtement, je n'ai pas retenu grand-chose des explications de l'architecte et de la visite de la maison, car au moment de partir, j'ai demandé combien coutaient les 3 cafés que nous avions commandés, et la réponse de notre hôte me surprend: "One hundred and forty, please".

On se regarde avec Stéphanie, puis elle pose la même question en chinois, histoire d'éviter les malentendus... "Non non, me confirme-elle. C'est bien 140 yuans".

Soit 20 euros pour 3 cafés...

On paye avec le sourire (juste de façade le sourire hein!) vu que tout le monde sourit (sauf nous qui avons été "un poil" surpris du prix), puis nous sortons pour continuer notre promenade dans les rizières en se félicitant de n'avoir pas réservé le repas ici! Bref, cette anecdote est vite oubliée et nous reprenons notre route à travers ces superbes paysages!



Ne voulant pas dépenser des cent et des mille pour le repas de midi, nous demandons à Mya de nous indiquer une gargote locale. Elle nous emmène alors dans un petit boui-boui en nous demandant si nous aimons le buffle. Nous sommes OK pour tester, et nous voici attablés sur des chaises en plastique avec des paysans chinois qui nous regardent amusés en se demandant ce que nous sommes venus faire dans cet endroit, alors qu'il y a tellement de restaurants pour touristes sur les routes principales!! Stéphanie demande alors s’il y a du buffle à manger, mais plusieurs réponses affirmatives ne la rassurent qu'à moitié, et elle demande à la cuisinière de s'approcher pour regarder à l'intérieur de la marmite. Elle revient alors vers nous avec une petite moue et nous annonce que ce qu'on s'apprête à nous servir est bien du buffle, mais des tripes de buffle bouillies!! Et des tripes entières en plus... Ce n'est franchement pas appétissant et nous nous rabattons au dernier moment sur du porc plus classique et pas spécialement mauvais! Pas facile de manger avec des baguettes! J'avais pu m'entraîner un peu au Vietnam, mais là, plus question de demander une fourchette si je n'y arrive pas...

La journée se poursuit ainsi entre magnifiques points de vue officiels qui dominent des vallées encaissées donc les flancs sont recouverts de rizières et promenades au sein de charmants villages et de leurs habitants.



J'ai beaucoup aimé Yuanyuang et j'en ai gardé un bon souvenir.

Tout d'abord parce que c'est la première fois que je voyais des rizières en terrasses aussi gigantesques. J'en avais bien vues quelques-unes au Népal au départ du trek des Annapurnas, mais là on est dans une tout autre échelle! J'aurais pu en voir à Sa Pa au Vietnam, mais la pluie et le brouillard en ont décidé autrement... Ces paysages sont vraiment magnifiques, encore mieux que les photos de rizières en terrasse qui ornaient mes livres de géographie au collège...

Ensuite c'était ma première étape en Chine, ma première étape dans un nouveau pays. Comme je voyage au long cours, les 2-3 premiers jours qui suivent un changement de pays ont une saveur particulière: il faut s'adapter à un nouvel environnement, à une nouvelle langue, à une nouvelle monnaie, à une nouvelle organisation, à une nouvelle manière de vivre et une nouvelle "ambiance", c'est un sentiment que j'attends et que j'apprécie à chaque passage de frontière, et qui fait un des nombreux charmes de mon voyage...

Pour ce soir, j'indique à Mya que je compte me rendre demain à Kunming et elle me répond qu'il y a un bus direct qui part à 9h30. Stéphanie et sa maman ont la même destination que moi, rendez-vous est donc pris pour le lendemain avec Mya qui nous conduira jusqu'à la station de bus!

Pour l'heure, nous finissons la visite de ces très belles rizières et ces superbes paysages avant que le soleil déclinant nous indique qu'il est l'heure de rentrer!







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Traversée des Pyrénées à pied, seul
Traversée des Pyrénées juin 2006

Je vais avec plus de deux ans de recul relater ma traversée des Pyrénées effectuée sur 22 jours, essentiellement au mois de juin, commencée à Banyuls et terminée début juillet à Cambo-les-Bains.

Comme souvent cette aventure a commencé par un trajet en train au départ de Lyon. Pour me laisser le temps, tout en prévoyant un programme très ambitieux, j'avais dit à ma famille que je partais pour deux mois. N'ayant pas essuyé de reproches directs quant à cette durée somme toute longue surtout en été, j'ai cependant bien vu dans certains regards de l'étonnement et peut-être aussi un peu de peur. Pourquoi grand dieu a-t-il besoin de partir seul dans les montagnes? L'absence de question évite toute justification. D'ailleurs quelle est la justification au fait de partir seul? Y en a-t-il une ou plusieurs? Je ne saurais donner de réponse certaine car les idées restent assez confuses dans mon cerveau. Peut-être à la cinquantaine se prouver que le corps est encore jeune, vivre une aventure tout en restant dans des normes connues, n'avoir à s'occuper que de soi, une recherche relative de solitude? Probablement un mélange de tout cela. Bien sûr avant de partir, j'éprouve des doutes et aussi des remords, car je sais que certaines personnes ressentent ces moments du départ avec douleur, à la manière d'un abandon. Mais inexorablement j'essaie de durcir ma carapace et de ne pas trop réfléchir. Puis le premier pas étant effectué, le cœur devient plus léger.

Le trajet en train, direction le sud, permet de m'absorber d'une part dans une lecture intéressante en espagnol, car le gros de ma traversée je compte la faire dans le pays de Don Quichotte, et d'autre part dans la contemplation du paysage et tout spécialement du Rhône. Ce fleuve exerce sur moi une véritable attirance. De grands écrivains, comme Bosco ou Clavel, en ont fait des descriptions époustouflantes et y ont situé certains de leurs romans. Je me souviens aussi des parties de pêche effrénées avec mon frère dans notre jeunesse, où nous attrapions toutes sortes de poissons en particulier de gros brochets, pêchés de façon tout à fait irrégulière. En effet dans le port Edouard Herriot à Lyon pendant les grandes chaleurs de l'été de gros poissons s'immobilisaient à la surface. Traîtreusement, avec des cannes au lancer équipées de gros hameçons triples, après avoir bien visé nous les crochetions en travers du corps, pas très académique comme procédé mais très efficace. Heureusement ces poissons avaient pratiquement toujours la vie sauve, car leur chair sentait horriblement le pétrole. Il nous arrivait parfois de les ramener à la maison et de squatter la baignoire où durant quelques jours ces habitants du Rhône se trouvaient emprisonnés à la grande colère de notre mère et dans la joie dissimulée de notre père. Puis un jour les bornes ont été dépassées, le nombre de gros brochets et autres carnassiers attrapés étant tel, que nous sommes allés dérober mon frère et moi un fût de deux cents litres vide, qui se trouvait sur le chantier dans la rue au pied de notre appartement. Nous l'avons installé au milieu de ma chambre, rempli d'eau et y avons mis nos gros poissons. Sans doute attiré par nos exclamations de joie, notre père est entré dans la chambre et a marqué l'arrêt devant ce gros bidon rouge pour le moins pas très propre. Puis rapidement reprenant ses esprits, contrairement à la baignoire qui le faisait rire, dans le cas présent son visage exprimait plutôt de la colère et de la consternation devant la stupidité de ses enfants. Nous eûmes l'ordre impératif et exécutoire dans les plus brefs délais de rapporter notre aquarium sur son chantier et de nettoyer par la même occasion la grosse tache de goudron ou d'hydrocarbure qui marquait le centre de la chambre. Tous ces souvenirs de lecture ou d'histoires vécues me permettent de m'éloigner par la pensée des miens et d'oublier ma culpabilité en les abandonnant.

Contrairement à l'année dernière le trajet se passe sans problème. En effet au cours du mois de septembre 2005, j'avais accompli une randonnée d'une semaine à partir de ce joli petit port méditerranéen. J'avais loupé la correspondance en gare de Béziers, à cause de ce que l'on appelle pudiquement un accident de personne. Deux heures d'attente, que j'avais mises à profit pour me promener dans la ville. Il est étrange de penser que l'on profite d'une opportunité de découvrir un lieu parce qu'une personne qui n'avait plus la force ou l'envie de vivre s'est jetée sous un train. Me voilà donc vers les 13 heures en gare de Banyuls. Bien que la première étape soit longue pour un après-midi, je prends mon temps. Je descends sur la plage et vais au contact de l'eau. J'y trempe la main et les pieds mais n'ai pas le courage de me baigner. On ressent toujours une impression étrange, mélange d'appréhension de doute et d'excitation, au moment de partir seul dans un projet d'une certaine ampleur. Surtout, comme je l'ai, dit mon plan est assez ambitieux. Je compte suivre la HRP jusque vers Puigcerda, puis mettre le cap sur la Serra des Cadi et musarder par la suite dans certains massifs espagnols comme le Cotiella, puis rattraper la HRP du côté de Gavarnie et je projette même de remonter la plage de la frontière jusqu'à Arcachon. Mais rapidement, ce que je n'avais pas anticipé, c'est que pour le moral, indépendamment du temps qui souvent n'a pas été de la partie, j'ai besoin de voir sur ma carte la distance se creuser derrière moi et diminuer en direction de l'Atlantique. Toute ma vie j'ai été conditionné pour ne pas prendre le temps et on ne change pas facilement. J'ai presque honte de dire que durant cette traversée, ma plus grande joie bien souvent consistait à visualiser sur ma carte routière au 1 000 000 le trajet de la journée et de constater que cela représentait un espace très significatif à cette échelle d'un pays. Donc progressivement, me trouvant un certain nombre d'excuses, le temps, la famille, mes parents, mon fils qui commençait un stage à Lyon vers le 10 juillet, ce fut la ligne droite ou presque qui dicta mon itinéraire. Ce mode de pensée ne s'est pas imposé immédiatement mais s'est insinué lentement au cours de la première semaine.

Premier jour GR 10 de Banyuls au refuge au pied du Pic Neulos

Vers les 14 heures je démarre. Cet après-midi je compte rejoindre le refuge au pied du Pic Neulos en suivant le GR 10. Je connais l'itinéraire pour l'avoir suivi l'an dernier. Aujourd'hui le temps est beau et stable alors que la fois précédente rapidement je fus pris dans le brouillard et la pluie. J'avais trouvé la cabane à la nuit tombante, alors que se déclenchait un orage d'une violence extrême. J'apprendrai plus tard que cette nuit de septembre 2005, les départements environnants avaient été mis en vigilance rouge. Un grand arbre avait été fracassé par la foudre à proximité de l'abri. Dire qu'il s'en était fallu de peu que je le trouve, alors que j'errais dans le brouillard, la nuit et la pluie. Cette étape est longue, plus de mille mètres de dénivelé et il me faut 6 heures à un bon rythme pour y parvenir. A part un couple doublé, que je reverrai trois jours plus tard sur le Canigou, je ne rencontre personne. Une fois arrivé, croyant que le couple me rejoindrait pour la nuit je m'installe dans un coin. Personne ne vient. Je suis et resterai seul, avec une vue magnifique sur la Méditerranée qui s'étale à l'infini. Au cours de cette traversée ce sera la seule nuit où je n'aurai pas de compagnie. Bien souvent, lors de grandes étapes les journées se dérouleront dans la solitude mais le soir il y aura toujours une âme qui vive avec qui discuter, sauf pour cette première étape. La fois précédente, la nuit de l'orage, il y avait cinq personnes, quatre jeunes Hollandais et un saltimbanque qui terminait la traversée des Pyrénées par le GR 10. Son périple avait duré deux mois avec un sac de 20 kilogrammes. Il s'arrêtait dans les villages pour présenter des spectacles et se faire quelque argent pour continuer son voyage. Nous avions passé une nuit merveilleuse à se raconter une multitude d'histoires vécues, et le matin chacun était reparti sur son chemin, de brouillard et de pluie pour une semaine en ce qui me concernait. Maintenant un an plus tard, la nuit est paisible, troublée par nul bruit.

Deuxième Jour GR 10 du refuge au pied du Pic Neulos aux Illas

Lever matinal, temps superbe, l'étape du jour me conduira aux Illas. L'humeur est au beau fixe, s'éveiller dans cette cabane aux quatre vents sans un bruit, seul avec le soleil distillant déjà sa chaleur bienfaisante. Je contourne le Pic Neulos par une trace plus qu'une sente. Seules quelques vaches paissent tranquillement dans ce terrain raide et broussailleux. Une fois sur la crête comme l'année précédente je me fais entraîner sur ce qui me semble un détournement de GR pour passer devant un gîte. A six heures du soir le détour qui invite à l'arrêt très bien, mais à sept heures du matin c'est moins agréable. En effet cet itinéraire détourné me force à suivre sur plusieurs kilomètres une route goudronnée. Heureusement il est possible par endroits de couper directement à travers la forêt. Donc me voilà pour une bonne distance sur la route, comme consolation cela permet d'étalonner le podomètre. Le mien est pas mal, à vingt mètres près il correspond aux bornes kilométriques, et cela sur presque dix kilomètres. Seul agrément je passe deux sources bien fraîches auxquelles je me désaltère avec bonheur. Arrivée au col du Perthus, que de monde!!! De véritables files d'autobus s'entassent sur les parkings, desquels se déverse une multitude se ruant sur cigarettes et alcools. Dans un gigantesque supermarché je m'achète deux petites boîtes et quelques fruits pour mon repas de midi. En effet, ce soir aux Illas je compte aller au restaurant du bourg dont je garde un très bon souvenir. Vite je reprends mon chemin, ça grimpe dur dans les ruelles. Enfin je suis sorti et emprunte une petite route qui passe au pied du fort de Bellegarde. Un petit cimetière m'interpelle, j'y entre par un portillon qui grince. Comme il est étrange! Les tombes, toutes très vieilles, sont alignées le long du mur d'enceinte, laissant de ce fait un immense espace libre, comme si le lieu n'avait pas encore servi ou presque. Les tombes sont presque toutes surmontées de hautes et maigres croix auxquelles sont accrochées des cocardes tricolores. Mon étonnement est grand lorsque je constate que les dates indiquées remontent à la révolution et manifestement la plupart des défunts sont des militaires. Quelques tombes sont minuscules et dévoilent la présence d'enfants. Que ce lieu est étrange et calme, si proche cependant de la folie consommatrice. Je quitte l'endroit quelque peu songeur. Un peu plus loin j'aperçois des ruines. Il s'agit de la voie romaine qui allait en Espagne. De nombreux vestiges sont visibles, très bien conservés pour certains. Le plus impressionnant, ce sont les traces de roues de char encore bien visibles sur le rocher. En moins d'un kilomètre deux sites exceptionnels méritent une visite. Je m'arrête, mange mes boîtes de sardines et mes fruits. Le chemin pour aller jusqu'aux Illas n'est pas très agréable, large piste serpentant à flanc, succession de montées dans la poussière. L'arrivée au village se fait par une grande descente en lacets, cela semble interminable. Le gîte est loué à un groupe, donc ce sera camping sur un petit terrain communal, où je serai seul. La douche je la prendrai sous le pont du village, là où la rivière fait une petite mare. Le lieu est assez discret, de plus il n'y a pas grand monde. Cette traversée des Pyrénées qui va me prendre vingt deux jours, je ne pensais pas y rencontrer si peu de monde. En effet à part quelques sites connus comme le Canigou, les Aiguilles Tortes ou la vallée d'Ordesa, les étapes seront très souvent solitaires, et si elles ne le sont pas complètement, les humains rencontrés se comptent sur les doigts de la main. Ceux qui me marqueront, ce sont les marcheurs solitaires. J'en croiserai cinq, quatre qui traversent les Pyrénées dans l'autre sens, trois Anglais et un Français, et le cinquième un vieil Allemand qui emprunte la voie du Somport vers Saint Jacques de Compostelle. Ces rencontres sont toujours des moments de grande émotion. J'aurai l'occasion d'y revenir. Il est étonnant comme ces trajets, seul, à travers les montagnes laissent une marque profonde en soi. En effet cela fait maintenant plus de deux ans que j'ai effectué ce périple, et bien, le fait de le dérouler en l'écrivant, une multitude de sensations et de détails me reviennent à l'esprit. Je suis stupéfait de voir que malgré le recul du temps, le fil ténu et éphémère mais de plus de sept cents kilomètres, de ma trace dans ces montagnes s'est incrusté à ce point en mon esprit. L'exercice d'écriture est d'autant plus difficile, que je n'ai pratiquement pas fait de photos. En effet, ces dernières sont un outil prodigieux pour la narration d'un récit. Mais c'est peut-être un peu tricher, car longtemps après, écrit-on par rapport aux sensations que ces photos évoquent à l'instant où on les regarde, ou bien font-elles réellement remonter le vécu et la perception au moment de leur prise? Sans doute un peu des deux. Mais si on n'en possède pas, le fil d'Ariane de la piste fait ressurgir les émotions du moment de l'action, le récit en est sans doute plus véridique. Donc comme prévu, petit repas gastronomique aux Illas dans une auberge à la salle grande et bien aménagée, une ancienne grange restaurée de main de maître. Après cet agréable moment, je fais un tour pour localiser le chemin du lendemain. Je repère un monument à la mémoire des personnes qui rejoignaient l'Angleterre via l'Espagne durant la deuxième guerre mondiale, car le village était l'un des lieux de passage, cela me remémore de nombreux livres et films.

Troisième jour Les Illas, frontière espagnole, Pic de France, Arles-sur-Tech

L'étape sera longue, je compte remonter la belle forêt qui domine le village, passer en Espagne, rejoindre le Roc de France par l'ermitage de la Salinas puis terminer l'étape à Arles-sur- Tech. La montée en sous-bois est magnifique tôt le matin lorsque les rayons du soleil sont encore obliques. Début juin, les feuilles sont encore toutes jeunes et présentent un joli vert tendre. Je ne peux m'empêcher de scruter les touffes de mousse, car je verrais bien des giroles s'y cacher. Une fois en Espagne, une piste large et de bonne inclinaison conduit à l'ermitage. Il est désert mais plus embêtant, la source est tarie et moi qui comptais m'y ravitailler … Tant pis, direction le Rocher de France. Après quelques petites hésitations dans les broussailles, je n'ai pour le moment que la carte au cent millième de l'IGN, je tombe sur un bon chemin qui me conduit sur le petit sommet à 1450 mètres. J'en profite pour me restaurer en contemplant le versant qui doit me conduire à l'étape du soir. Il a l'air immense et plein de replis. En effet cette descente jusqu'à la petite rivière, le Tech, est interminable. Heureusement en pleine chaleur de l'après-midi je rencontre une source qui suinte d'un rocher, que cette eau fraîche est agréable. Cela donne un bon coup de fouet au moral. J'arrive dans la ville d'Amélie-les-bains. Ce fond de vallée est très chaud, le goudron fond. Je commence par suivre la route, mais rapidement du fait de la chaleur et du trafic important je rejoins le lit de la rivière et continue à même les galets. Le rivage par endroits présente de véritables murs de végétation, il me faut donc marcher dans l'eau heureusement peu profonde. Cela procure une sensation étrange de se dire que l'on est en train de traverser les Pyrénées à pied et de se traîner à un rythme d'escargot à glisser sur des pierres moussues en essayant de ne pas piquer une tête. Je finis par abandonner et pars à la perpendiculaire à travers les fourrés à la recherche d'un chemin. Rapidement je tombe sur une multitude de traces praticables. A l'entrée de Arles-sur-Tech je retrouve le GR 10. Cette petite cité est superbe, le chemin se faufile dans des lieux pittoresques, en particulier des petits jardins potagers. Halte dans un camping dans le haut du village, il n'y a presque personne. Le mois de juin ce n'est pas encore les vacances. Je mets mes sandales et retourne me promener dans le village. J'y fais quelques emplettes et vais m'installer à la terrasse d'un restaurant à l'architecture superbe, une ancienne bâtisse en pierre rénovée. La soirée sera nostalgique, car durant l'après-midi mon maudit portable m'a appris la mort d'une personne qui m'était chère. Il y a des moments dont on se souvient toute sa vie eh bien je me souviendrai toujours exactement du lieu et de l'instant où cette triste nouvelle m'a atteint. Je mange cependant avec appétit une gigantesque pizza suivie d'une grosse glace. Je remonte à mon camping sous l'orage qui menace et rapidement m'endors.

Quatrième jour GR 10 de Arles au refuge de Bonne-Aigue

Lever matinal, pas un bruit, petit déjeuner froid englouti rapidement et tout de suite l'immense dénivelé de la journée commence. J'ai l'intention de rejoindre la HRP en passant par le Serra del Roc Nègre à 2714 mètres alors que mon point de départ se situe juste à 300 mètres. Je chemine par des chemins qui se faufilent parmi les restes de vieilles mines, excavations et charpentes métalliques en ruines. Rapidement la chaleur est suffocante, le temps est à l'orage. Je dénivelle rapidement mais je souffre. Le sac me semble pesant, les crêtes apparaissent lointaines, et cela d'autant plus que l'air est saturé d'humidité et prend un aspect laiteux qui augmente l'impression d'éloignement. Le sentiment d'avoir vu trop grand pour la journée commence à m'effleurer. Cependant le rythme rapide me permet de garder le moral. Toujours cette horrible habitude d'avoir les yeux rivés sur la montre et l'altimètre et en déduire des dénivelés horaires. Au moins cela a la vertu d'occuper l'esprit. J'envie ce garçon qui lorsqu'il part pour de grands périples ne s'encombre d'aucun instrument même pas d'une montre, quelle liberté il doit éprouver! Mais pourquoi je n'arrive pas à en faire autant ? La végétation change, des prairies parsemées de jolies fleurs remplacent la garrigue. Un petit ruisseau que je longe, et hop! une jolie truite détale. J'atteins la route qui conduit au col de Cirière. Au gîte en réfection un peu en-dessous je me ravitaille en eau et me renseigne sur l'évolution du temps pour l'après-midi. Rien de rassurant, mais rien d'étonnant, des orages violents sont attendus. S'engager sur les crêtes ne serait pas raisonnable. Je décide donc de rester sur le GR10 et me lancer dans le contournement du Canigou. Le col est rapidement rejoint. Ensuite le chemin s'accroche au versant nord-est de la montagne. Que le lieu est impressionnant ! Le Canigou est vraiment la sentinelle des Pyrénées bien avancée dans les plaines. Les flancs sont très raides et travaillés. Par endroits je traverse de petites gorges au fond desquelles coulent des ruisseaux. Par temps de grosse pluie le passage ne doit plus être praticable sans risque. J'arrive à une petite bâtisse devant laquelle se trouve une magnifique fontaine. J'aurais pu éviter de transporter mes deux ou trois litres d'eau. Un peu plus loin je rejoins le couple vu la première journée, je ne les avais pas reconnus, eux par contre me remettent bien. Il y a quelques promeneurs sur ce magnifique sentier. Je double deux femmes qui me cèdent leur énorme chien blanc, genre Patou, pas méchant mais très collant. Bivouaquer en se serrant dans son poil volumineux doit être agréable, mais je n'en ai pas l'intention. Arrive un croisement de chemins, où le refuge des Cortalets est indiqué par deux itinéraires. Je choisis le plus haut. Alors que je remonte une crête vers les 2300 mètres, un orage violent s'abat. Je dépasse un couple de Belges qui s'abrite dans une petite anfractuosité et mon gros Patou décide de rester avec eux. Une très violente averse de grêle me force à m'arrêter sous le premier sapin et à mettre mon sac à dos sur ma tête. Le tonnerre gronde autour de moi, quelques arbres foudroyés montrent que l'endroit est malsain. Mais la grosseur des grêlons est telle que je n'ose bouger malgré le risque lié à la foudre. L'averse est si violente que mon arbre ne me protège pas vraiment et les morceaux de glace rebondissent dans tous les sens et m'attaquent par le bas. Très rapidement, n'étant pas très habillé la déperdition de chaleur est importante et je commence à me sentir en danger si cela devait durer. Je décide malgré la tourmente de repartir en courant au mieux, car au moins je produirai un peu de chaleur. Heureusement quelques minutes plus tard aussi rapidement qu'elle était apparue la grêle s'arrête. Il était temps, cela a duré une vingtaine de minutes. La montagne est magnifique dans son hostilité, sur les sommets environnants le tonnerre roule en faisant vibrer jusqu'au sol. Après la traversée de quelques pierriers instables et glissants j'arrive au refuge. Une foule immense s'y trouve. En effet c'est la fête des feux de la Saint Jean. Demain tout ce beau monde montera son bois au sommet du Canigou pour faire un immense feu de joie. Les Catalans sont comme les Basques, le bois ils aiment ça, et ils se mettent à plusieurs pour monter des bûches énormes. Très vite je me rends compte que je n'ai pas du tout envie de passer la nuit ici. Il n'est que quatre ou cinq heures, je continue donc jusqu'au refuge de Bonne-Aigue petite cabane qui doit être moins peuplée. On me conseille cependant de prendre de l'eau car la source de Bonne-Aigue, contrairement à son nom, n'est pas toujours bonne fille et peut se montrer avare, ce qui sera le cas. Encore une ou deux heures de chemin escarpé, durant lesquelles je chemine presque accroché au ciel en dominant la plaine, située très loin en-dessous. Enfin au détour d'un pli du terrain le petit abri se dévoile sur son éperon. J'y suis seul. Une vue magnifique sur le sommet du Canigou s'offre au regard. Heureux d'arriver, ce sera l'une des plus longues étapes de ma traversée et la plus éprouvante, à cause du temps d'abord étouffant et puis cet orage très impressionnant. Je cherche la source et la découvre enfin juste devant le refuge, mais elle est à sec. J'ai été bien inspiré de prendre trois litres d'eau au refuge précédent. Je m'installe, fais un feu dans le fourneau et me cuisine une grosse purée et bien au chaud dans mon duvet je poursuis la lecture de Croisières et Caravanes d'Ella Maillard. C'était quand même autre chose quand elle traversait dans les années trente l'Asie à pied en dormant deux semaines durant dehors en hiver dans l'Himalaya, en ayant pour tout refuge le flanc de son chameau. Je me dis que mes petites souffrances c'est de la rigolade. Alors qu'il fait encore bien jour, j'entends du bruit. Je ne serai pas seul cette nuit. Un couple de jeunes gens arrive. Voyant l'exiguïté des lieux, ils décident d'aller planter leur tente sur un replat à proximité. Après s'être installés ils viennent me chercher et m'invitent à partager une bouteille de blanquette de Limoux. Assis dans l'herbe à côté de leur tente nous avons une discussion animée. Incroyable, lui vient de faire une thèse sur les mafias albanaises. Je ne dirais pas que je suis très fort sur ce sujet mais j'ai habité trois ans en Albanie et donc le thème m'intéresse. Cette soirée mémorable et très sympathique me revigore et me laissera un souvenir impérissable. La nuit tombée depuis un bon moment, nous rejoignons chacun notre sac de couchage.

Cinquième jour GR 10 du refuge de Bonne-Aigue au hameau du Mantet

Après une bonne nuit, je me sens en pleine forme, la longue marche d'hier n'a laissé aucune trace. Mes amis dorment toujours, je laisse un petit mot de remerciements sur l'un de leurs sacs et leur souhaite une bonne montée au Canigou. Comme toujours lorsque je suis un GR, je pars bille en tête sans rien regarder, sauf dans le cas présent, un dernier regard à ce minuscule refuge agrémenté d'une petite tente. Rapidement je traverse un éboulis et fais détaler toute une harde d'isards. Le chemin pénètre en forêt. Il semble peu utilisé, bizarre pour un GR. Mais l'ambiance est tellement extraordinaire et mystérieuse que pris par l'envoûtement du lieu je m'y enfonce toujours plus profondément. De plus en plus de branches obstruent la sente de plus en plus étroite. Je finis par perdre toute trace. De toute évidence je ne suis plus sur le chemin. Cependant ma carte au 100 000 ne me dit pas si je me situe au-dessus ou au-dessous de mon itinéraire . Le plus simple, faire marche arrière jusqu'à ce que je retrouve la sacro-sainte trace rouge et blanche. En effet je n'aurais pas dû traverser la zone d'éboulis. Le chemin à cet endroit monte une petite crête très raide et poursuit en pente très soutenue. Mais comme souvent, cette erreur m'a permis d'abord de voir de très près ces beaux animaux que sont les isards et de passer une heure dans une forêt mystérieuse très peu fréquentée. J'atteins un collet haut perché que je distinguais très bien du refuge, et je bascule sur un autre versant de la montagne, toujours aussi joli et aérien. Rapidement je rejoins l'un des itinéraires qui conduisent au point culminant. De ce fait je croise de nombreuses personnes qui s'y rendent. Le refuge de Mariailles apparait. Je suis un peu déçu, il a l'air d'être jeté à même le bord du chemin. J'en avais une idée magnifique, ayant lu un article particulièrement élogieux sur sa gardienne, ce qui tout naturellement me rendait le lieu très sympathique. Je ne m'y arrête pas et descends à un bon rythme jusqu'à Farga. Que ce petit hameau est accueillant, des fleurs partout, des champs remplis d'immenses herbes bien vertes, et une fontaine. Une eau fraîche agréable à boire, mais il serait préférable qu'elle soit plus chaude, car on en absorbe plus facilement une grande quantité, et lorsqu'on fait des efforts c'est par litre qu'il faut s'hydrater. Ensuite par une grosse chaleur je remonte au col de Mantet. 900 mètres de dénivelé en zigzaguant avec la route goudronnée par des petits raidillons. Le col fait très pelé, le village du même nom est blotti quelques centaines de mètres plus bas. Un gîte très agréable m'accueille. La soirée est particulièrement exquise. L'hôtesse cuisine très bien, et à quatre, un couple étant présent, nous refaisons le monde jusque tard dans la nuit. Je rejoins un lit moelleux et je tombe sur un livre de Troyat, dont je ne me souviens plus du titre, mais il me passionne tellement que j'en lis les trois quart avant de m'endormir.

Sixième jour GR 10 du Mantet aux Planes

Le temps semble beau, après un petit déjeuner copieux me voilà parti à travers les alpages. Le paysage est très différent de ce que j'ai vu sur le tour du Canigou. On retrouve la moyenne montagne que je qualifierai de classique. Rapidement je passe le col del Pal, qui domine le village de 900 mètres. Je redescends au refuge de la Carança. Il est au confluent de plusieurs vallées, et les vaches innombrables l'assaillissent littéralement. On m'avait prévenu que la source pouvait être contaminée du fait du grand nombre de bovins. Je constate que j'ai perdu l'une de mes superbes sandales, achetées 70 euros au Vieux Campeur. Je suis très mécontent, je les ai attachées sur mon sac. Alors s'est-elle décrochée ou dans la précipitation du départ l'ai-je oubliée au gîte? Cela me perturbe, comme quoi il ne faut pas grand chose. Alors dans ma colère à partir du refuge j'accélère et remonte un joli vallon. Je ne croise pas grand monde puis viennent face à moi des pêcheurs. Tiens c'est bizarre! Mon itinéraire de la journée ne comporte pas de lac. Je leur demande d'où ils arrivent. Bien évidemment de l'étang de la Carança. C'est le bouquet, je n'ai pas pris la bonne vallée. Il faudrait bien que je finisse par prendre l'habitude de regarder la carte de temps en temps de façon plus rigoureuse. En effet je suis juste sous le lac j'ai bien dû faire quatre cents mètres de dénivelé. Pas de panique, c'était très joli. Je m'arrête donc et commence à casser la croûte. Au moment de reprendre le chemin du refuge un autre pêcheur descend. Nous engageons la conversation et j'aurai droit à un superbe cours sur la truite fario de souche pyrénéenne. Il m'explique tout sur sa reproduction et sa pêche. Encore une fois l'erreur est très bénéfique. De retour au refuge je reprends mon chemin qui est franchement très évident. Le col se situe 600 mètres plus haut. Son accès est raide, coupant en permanence une piste qui fait de grands détours. Une fois arrivé, un vent froid et désagréable m'enlève toute envie de faire une pause. Ce temps pour le moins pas très agréable, je vais le subir quasiment jusqu'à l'Atlantique. Je prends cependant le temps de regarder ma carte et de constater que le Gr fait une immense boucle en fond de vallée. Je décide de traverser directement et de rejoindre le chemin sur le mouvement de terrain suivant. Je visualise l'itinéraire que je veux suivre et c'est parti. Arrivé en fond de vallon, j'attaque directement la pente en face et après une bonne suée je retrouve les traces rouges et blanches. Il ne me reste plus qu'à me laisser conduire au village de Planes. Le gîte est ouvert. Je bois une bière en compagnie d'un habitué de la région. Il me raconte une histoire étonnante qui corrobore ce que j'ai vécu trois jours auparavant. Il me fait part de son expérience des chutes de pression très brutales du côté du Pic de Costabonne. Effectivement lorsque j'étais près du Pic de France, mon altimètre affichait des variations d'altitude très brusques et importantes. J'ai tout de suite pensé qu'il ne fonctionnait plus. Eh bien non, il s'agissait du phénomène que l'on me décrit. Pas étonnant, m'a-t-il dit, que j'ai subi un orage aussi violent sur le Canigou. Le repas du soir sera moins raffiné que celui de la veille. Je me trouve avec un Canadien qui finit ses vacances et qui repart le lendemain. Il éclate de rire quand il constate que je n'ai qu'une sandale et un pied nu. Nous passons la soirée devant la télévision, coupe du monde oblige. La France va gagner, et ce n'est pas le dernier match que je regarderai.

Septième jour Les Planes à Puigcerda et village de Ger par chemins et route (N260)

L'étape du jour doit me conduire en Espagne, pays dans lequel je resterai jusqu'au pays Basque. L'itinéraire remonte le vallée de Mont Louis jusqu'à la frontière. Manifestement j'ai une baisse de moral, pourtant tout va bien physiquement. Le chemin parcouru jusqu'à présent était très beau, la marche agréable, les haltes du soir toujours bonnes et souvent pleines de surprises. Eh bien non, malgré ces 6 jours prometteurs d'une belle traversée je suis envahi par un coup de blues. Le plus étrange, c'est que je ne sais pas pourquoi. Allez, ne pas se poser de question et marcher, on verra après. J'abandonne le GR 10 à partir d'aujourd'hui pour ne le retrouver que vers Saint-Jean-Pied-de-Port. La marche en forêt est plaisante. De l'autre côté de la vallée j'aperçois le fameux four solaire d'Odeillo. Ayant coupé mon téléphone portable depuis hier matin, je l'ouvre, des fois que ma famille s'inquiète en ne pouvant me contacter. J'ai effectivement un message d'un camarade qui me propose des activités professionnelles à Lyon et Paris. De toute évidence cela attendra mon retour. Je savoure l'immense privilège que cela représente de ne plus être soumis au dictat de devoir gagner sa vie et de vivre sans peur excessive du lendemain. Après tout, cela dépend aussi de ses envies et du niveau auquel on fixe ses besoins. Mais la contrepartie de ne plus se sentir tendu vers un but professionnel, c'est peut-être de devoir occuper son temps libre. C'est sans doute là que se niche une partie de mon vague à l'âme. L'allure n'est pas très rapide. Je fais une halte à même le tapis d'aiguilles de pins et engage une longue conversation téléphonique avec une personne qui m'est chère et qui me connait bien. Sans doute suis-je à la recherche d'un appui dans la signification de la traversée que je fais? En tout cas la discussion porte ses fruits. Je trouve une interlocutrice qui est un avocat sans concession de la poursuite de l'entreprise. Plus de doute, debout et marche. Je m'arrête dans le village de Eyne et mange la boîte de thon que je traîne depuis Tech. C'est pénible car on se met de l'huile partout et ensuite il faut trouver une poubelle, car pas question de remettre dans le sac cette boîte de conserve toute dégoulinante. N'en voyant pas dans les environs, je mets le tout dans un sac plastique que j'accroche sur le sac à dos. Dans ce village, l'année précédente, j' avais pris le fameux train jaune, expérience très intéressante. J'étais le seul voyageur sur le quai, le train est arrivé à faible allure et s'arrêta. Le chauffeur sortit la tête et me demanda si je voulais monter. Je lui répondis par l'affirmative et il m'enguirlanda presque en me faisant remarquer que normalement le train ne marque l'arrêt en gare que si on lui fait signe, et qu'il n'est pas devin et ne peut connaître mes intentions. Je devais donc m'estimer heureux qu'il se soit arrêté car de plus c'était le dernier de la journée. Après ce rappel de mes souvenirs, je repars. Avec la journée qui avance, la chaleur augmente. Après m'être perdu dans des champs cultivés, qui de toute évidence se sont appropriés le chemin, n'osant pas couper directement parmi les épis de blé, je fais moult détours. J'arrive enfin à Bourg Madame et passe la frontière. Manifestement les douaniers regardent les gens, est-ce dû au contrôle de l'immigration clandestine en Europe ? A Piugcerda je m'arrête et me mets à l'ombre dans un café. Pour ce sacro-saint moral à retrouver et à consolider, je sens qu'il faut que j'avance un grand coup, comme cela je serai irrémédiablement lancé dans l'aventure. Donc première décision, je laisse tomber le long détour par la Serra de Cadi et je file directement sur La Seu d'Urgel, en partie sur la route et en partie par des chemins qui traversent de petites villes un peu désaxées. L'important c'est qu'il n'y ait pas trop de montées et que le mouvement vers l'ouest soit significatif. A la sortie de l'agglomération, je distingue très nettement à une vingtaine de kilomètres au sud la barre impressionnante de la Serra des Cadi, sur une trentaine de kilomètres elle se lève d'est en ouest en une vague toujours au-dessus des 2000 mètres, et même pour sa moitié ouest toujours au-dessus des 2500 mètres. Résolument je m'engage sur la route à grande circulation, je vois un panneau qui indique 60 km alors que ma carte en indique un peu plus de 50 pour la ville de La Seu D'Urgel. Un super marché, j'achète une bouteille de banga de deux litres que je descends presque d'un coup, cela fait repas et boisson. Sur le goudron c'est une véritable canicule, avec la réverbération de la chaleur, les 35 degrés sont à mon avis atteints. Un grand magasin de chaussures dans une zone commerciale, j'en profite pour m'acheter des tongs pour remplacer mes sandales. Il y a des soldes, j'ai deux paires pour 7 euros mais je n'en veux qu'une. Dans mon espagnol hésitant j'explique qu'une seule suffit et que je ne désire pas en porter deux jusqu'à l'Atlantique. La charmante vendeuse finit par m'en vendre une paire pour 4 euros. Je retourne dans la fournaise avec l'intention de bien avancer avant le soir. Après une dizaine de kilomètres je me laisse tenter par le joli village de Ger qui domine la route, et pars à la recherche d'un logement. Le bistrot, dans lequel j'entre, loue des chambres certes à des prix non-modiques, mais de qualité. Pour une journée sans moral l'étape a été cependant importante. Je me promène dans cette petite cité toute en pente et termine dans un petit estanco. On est bien en Espagne et l'ambiance est très sympathique.

Huitième jour Principalement route de Ger N260 direction ouest

Au réveil, il fait presque nuit, cela ne provient pas de l'heure matinale mais de l'épaisseur des nuages. Je reprends la route à grande circulation sur une dizaine de kilomètres et me dirige vers la petite ville de Bellver de Cerdanya. Jolie agglomération à l'architecture de cachet avec ses belles maisons en pierre, ses magasins bien achalandés et sa foule qui se presse dans les rues. Une brume épaisse tombe, assortie d'une bruine tenace. Une route très peu fréquentée me permet de gagner dix kilomètres loin du raffut de la circulation. Cela me donne l'occasion de découvrir la belle église de Santà Eugènia de Nerellà. Vers les treize heures, retour sur la grand route à l'entrée de la ville de Martinet. Dans un bistrot comme on en trouve dans toutes les grandes cités européennes je profite d'une accélération des précipitations pour faire une pause. Sensation étonnante que de faire de longues distances à pied le long de grands axes routiers. Je pense à tous ces récits de voyage où durant des semaines voire plus l'itinéraire se déroule dans le souffle et les aspersions des camions lancés à toute allure. Je me remémore en particulier un pèlerin parti de Lyon pour Jérusalem et qui avait traversé une bonne partie de l'Italie dans ces conditions, ou encore Bernard Ollivier qui au cours de sa longue marche appréhendait la traversée des tunnels non éclairés quelque part au fond de l'Asie. Ma carte au 50 000 me permet de voir qu'un petit chemin se faufile entre la montagne et la rivière sur la rive opposée à la route, encore quelques kilomètres de gagnés loin des monstres d'acier puants et bruyants. Ensuite, après un bref retour sur cette N260 apparaît un camping à même le bord de la route. Bien qu'il ne soit pas tard je décide de m'y arrêter. Le temps s'est amélioré et rapidement la chaleur sèche le sol. Manifestement il n'y a pas grand monde, à tel point qu'il est impossible d'acheter quoique ce soit, le restaurant et l'épicerie étant fermés, donc ce soir mon réchaud me servira pour chauffer ma purée soupe, habituelle dans ces circonstances. C'est très simple à faire, c'est comestible, ça cale sérieusement, que demander de plus? Je m'installe au bord de la rivière sous un rayon de soleil et je m'y trouve très bien. J'observe les petits verrons qui farfouillent les gravillons dans quelques centimètres d'eau un peu à l'écart du courant principal du cours d'eau. Soudain, sortant des profondeurs agitées par le courant, une belle truite fait un passage rapide mais ne réussit pas à attraper une proie. Être le témoin d'une scène de ce type, somme toute banale dans la nature, me remplit de joie, et c'est très bon pour le moral.

Neuvième jour N260 jusqu'à la Seu D'Urgel puis GR7 jusqu'à la Farga des Moles

L'étape de ce jour doit me conduire au moins à La Seu D'Urgel. Afin de continuer à bien avancer tout se fera par la route. D'ailleurs, vu l'endroit où je me trouve, il n'y a pas d'autre choix. La vallée est encaissée, la route domine d'assez haut, aucune possibilité de progression près de la rivière et le versant raide ne permet pas de prendre des chemins en amont. Donc je me lance sur le bitume, tôt le matin peu de circulation et température clémente. Surprenant je trouve du plaisir à avancer comme cela sur une route nationale. D'ailleurs par endroits les points de vue sont magnifiques. Un seul tunnel se présente, évitable par l'ancienne route. Par endroits l'espace derrière le rail de sécurité ne permet pas de marcher, car il y a presque directement le vide. J'avance donc sur la route bien collé au bord métallique, m'immobilisant lorsque un camion arrive, ou même j'enjambe le rail et attends qu'il soit passé pour revenir sur le goudron. A un moment, marchant sur la chaussée, je vois arriver face à moi un cycliste et derrière lui à vive allure un camion survient. Vu l'étroitesse des lieux je réalise que si le vélo fait un écart pour m'éviter, il court un grand risque de se faire écraser par le bolide lancé à 100 à l'heure. Je saute précipitamment le rail, le cycliste y reste collé et le camion le frôle dans un grondement. Vers les onze heures j'atteins la petite ville désirée depuis avant-hier. L'entrée se fait le long de belles allées verdoyantes qui longent le cours d'eau. Je traverse cette agglomération qui s'étale sur un bon kilomètre, puis près de la sortie je fais une halte dans un restaurant. Il se situe à un carrefour particulièrement passant, en effet l'une des routes remonte directement au Pas de la Case. Bien qu'ayant bu deux bières et mangé comme un boa, je repars sous le cagnard. J'emprunte le GR7 sur une dizaine de kilomètres. Bien que remontant la vallée qui conduit au Pas de la Case, le trafic n'est pas gênant, le chemin étant souvent à bonne distance de l'asphalte. Un embranchement de vallées apparaît, et là se niche la Farga de Moles et son camping. Site agréable dans un décor verdoyant. Le mois de juin est une période propice à la balade car les fonds de vallées ne sont pas encore brûlés par les chaleurs et les sécheresses de l'été. Ce soir, encore un match de foot, je ne me souviens plus quelles étaient les équipes en compétition.

Dixième jour petite route et hors chemin balisé jusqu'au village de Tirvia

Aujourd'hui l'aventure reprend. En effet je vais essayer de rejoindre au mieux le Val D'aran en dehors de tout itinéraire balisé. Pour corser la chose, il me manque un bout de carte sur une bonne distance. Mais de la fin de ma première carte je devrais voir une montagne caractéristique qui se trouve sur la seconde. Tout commence par une petite route qui serpente dans une vallée étroite. Un gros chien décide de m'accompagner, il me suivra deux bonnes heures. Passé un premier village, j'arrive à Civis et prends une sente qui monte raide. Alors je dis à mon compagnon à quatre pattes de retourner chez lui. Il n'en fallait pas plus pour qu'il fasse demi-tour, à moins que de lui-même il ait décidé de s'arrêter à la fin du goudron. Le chemin suit des flancs arides et escarpés, la solitude est vraiment présente. Le col de Confluent est atteint, un peu plus de 2000 mètres d'altitude, et je suis en bout de carte. Très bien, est-ce que mon pronostic s'avère exact ? Effectivement, une vallée se présente avec un large débouché vers la gauche et une montagne sur la droite avec un petit col, qui doit correspondre à celui que je compte rejoindre. Dans la partie manquante je rencontre même un hameau désert, mais équipé d'une belle fontaine, qui est la bienvenue car je manque d'eau depuis plusieurs heures. Une fois près d'une rivière je repars à l'assaut du versant opposé vers le col identifié. Étant dans la forêt sur le flanc de la montagne, évidemment mon lieu de passage désiré disparaît du champ de vision. Il me faut partir à l'estime, dans un immense versant encombré d'arbres abattus à enjamber. J'ai le sentiment que je ne vais pas y arriver. Je me traîne de tronc en tronc en essayant de les escalader le plus rapidement possible sans dépenser trop d'énergie et sans me blesser. Après un moment qui me semble une éternité, les troncs s'espacent et je pressens la fin du calvaire. J'atteins une prairie encaissée dans un vallon, au fond duquel court un ruisseau. Je décide de le suivre, en effet il monte c'est bien et de plus le cheminement est dégagé. Ce sont déjà des éléments très favorables. Mais est-ce que de plus ce vallon aura le bon goût de conduire là où je veux aller ? En tout cas après le supplice que je viens de vivre, avancer à bonne vitesse sur une herbe souple procure un grand plaisir. Certes la pente est raide et irrégulière d'où un champ de vision très restreint. La direction me semble bonne, et de fait après une petite heure de montée je tombe pile sur un collet qui se découvre au tout dernier moment. Je sors ma nouvelle carte et miracle, ce que je vois devant moi correspond exactement à ce qui est décrit. Dans la vallée tout en bas deux villages Burg et Tirvia. Ce dernier aux environs des 900 mètres, donc quelques 1400 mètres en aval. A vol d'oiseau la distance est de l'ordre de huit kilomètres. Ma carte n'indique qu'une vague piste en pointillé, que je ne trouve pas. Mais la descente se fait à travers prés et broussailles. Toujours un passage se découvre au dernier moment, un vrai bonheur, une petite trace de ci delà laissée par des animaux sauvages ou domestiques et hop quelques mètres de gagnés. Au détour d'une ruine noyée dans de grandes herbes, une grosse couleuvre me détale dans les pieds. L'après-midi est beau, quelques petits nuages épars signe de stabilité, pas d'orage à craindre, le vent froid qui m'accompagne un jour sur deux est absent. Cette étape avec son caractère particulier est l'une de celles qui me laissera un des meilleurs souvenirs. Sur la trentaine de kilomètres, voire plus, parcourus, je n'ai rencontré qu'une femme le matin en passant un premier village. Nos montagnes européennes, dès que l'on sort des grands axes de randonnée à la mode, sont presque désertes. J'aurai l'occasion de le constater encore au cours d'étapes à venir dans des variantes du GR 11. Arrivée au village de Tirvia, écrasé sous la chaleur de milieu d'après-midi. Euréka!! Il y a un petit hôtel à la façade sympathique qui donne sur la place centrale. Je commence par boire une bonne bière, car l'eau a été rare aujourd'hui. En effet, j'ai évité de faire le plein à la rivière, n'utilisant les cachets qu'à la dernière extrémité. L'eau en montagne, je la bois sans traitement lorsqu'elle sort de terre ou de la roche, considérant que le passage dans le sol est un filtre. De même je la bois à l'air libre lorsqu'elle court au-dessus de la zone de végétation si elle ne provient pas d'un lac. Soirée agréable, menu de qualité, il faut dire qu'après un effort comme celui d'aujourd'hui tout aliment a la saveur de ce que Bocuse vous propose. Le propriétaire est tout étonné de ma réponse lorsqu'il me demande où je vais. De toute évidence je suis en dehors des routes habituelles de la traversée des Pyrénées.

Onzième jour de Tirvia hors chemin puis route et chemin jusqu'à Espot

De l'hôtel, je distingue très bien en face, de l'autre côté de la vallée le début de mon étape. Ma carte m'indique qu'une sente conduit au petit pic qui nous domine fièrement. D'abord rejoindre le fond de la vallée. Soit suivre la route qui fait un détour ou couper directement dans la pente qui donne directement sur la rivière. Je m'avance au bout du plateau sur lequel se trouve le village pour me faire une idée de la praticabilité d'un passage direct. Une grosse centaine de mètres dans une pente très raide, mais de nombreux arbres. L'affaire semble jouable. En effet la végétation et le sol meuble me permettent de rejoindre le lit de la rivière facilement. Une fois en bas pas d'autre possibilité que de traverser, heureusement la profondeur et le courant sont faibles. La petite zone à la confluence de quatre vallées est prestement traversée et je m'engage dans la forêt qui doit me conduire au Pic de l'Orri, quelques six cents mètres plus haut. De toute évidence ce sentier n'attire pas les foules. De temps à autre une vague trace, mais le plus souvent la progression est conduite par les zones de moindre résistance végétale. Je débouche à un collet, j'y laisse mon sac et continue. J'ai un peu l'impression d'être le premier à fouler ce sommet modeste qui culmine à 1444 mètres. Je découvre un vaste panorama. Mon belvédère est de tout premier ordre pour visualiser le reste de mon étape du jour. Cela commence par plusieurs kilomètres à flanc parmi buissons et épines sans cheminement bien établi. Au gré des zones aérées je zigzague avec par endroits de petits soucis, car ça pique vite et fort. Pourvu que je ne soit pas obligé de rebrousser chemin. En effet je distingue bien une route dans la vallée bien plus bas, mais la descente directe me semble particulièrement exposée sur des terrains raides où la chute serait sans doute mortelle. Donc persévérer sur cet immense pente de montagne. J'aperçois un reste de chemin creusé à même la roche. Je l'atteins en me hissant à travers piquants et ronces. Je le suis quelques dizaines de mètres et soudain au niveau d'une gorge, il n'est plus praticable et toute progression est interdite. Demi-tour dans cette jungle. Je sens que le village aperçu du sommet n'est plus très loin, il y a forcément un passage, car je constate de nombreuses traces d'ovins et de bovins. En effet, une rupture de pente de quelques mètres me donne accès au fond de cette petite gorge escarpée, et rapidement sur l'autre versant un bon chemin s'amorce et me conduit en quelques centaines de mètres au centre d'un joli bourg bien restauré. Je fais une pause au lavoir, bien au frais. Mon horizon s'éclaircit. Une route aérienne descend lentement vers la grande vallée que je dois remonter quelque temps avant de rejoindre sur le versant opposé la station estivale d'Espot, l'un des points d'entrée dans ce magnifique parc national d'Aigüestortes. Encore quelques heures de marche sans histoire mais fort agréables avant d'arriver à Espot. J'en profite pour m'acheter un bâton, qui malheureusement n'est pas très solide malgré son prix, et qui ne durera que le temps d'une étape un tiers. Je le garderai cependant bien qu'ayant perdu le quart inférieur. A la sortie du village, un camping accueillant presque désert, même dans des endroits touristiques comme celui-là au mois de juin ce n'est pas encore les vacances. Avec la majorité des quinquas européens à la retraite je m'attendais à trouver plus de monde. Le camping dans ces conditions de faible affluence est une activité très supportable même agréable. Seul petit ennui, ma tente est mono-paroi et la condensation est importante même toute ouverte, donc cela nécessite durant la journée de guetter un rayon de soleil pour faire sécher le tout. En été cela ne pose généralement pas de problème.

Douzième jour GR 11 de Espot au refuge du Montardo (Restanca)

Quelques gouttes durant la nuit ont claqué sur la toile, mais rien de grave. Ce matin le temps est correct. Départ matinal. Deux gentilles dames me proposent de me déposer au bout de la route, avec le sourire je refuse. Il faut bien reconnaître que cette piste de 4 ou 5 kilomètres qui conduit au parking de départ de randonnées magnifiques n'est pas des plus intéressantes, mais la traversée doit se faire intégralement à pied. Enfin arrive la barrière d'interdiction de passage des véhicules. Peu de distance après, le premier lac, il est de belle taille. Je le longe par la droite et vers le fond le chemin s'élève dans des escarpements. Ces zones granitiques où gros blocs et sapins alternent sont magnifiques. En une succession de montées et descentes je passe de nombreux lacs de toutes formes. Les petits cols que je franchis, sont à chaque fois de magnifiques points d'observation de cette région exceptionnelle. Au bord d'une étendue d'eau perchée je fais une halte, le site est vraiment extraordinaire, de toutes parts des lacs s'étalent. La zone est si vaste qu'il est facile de s'éloigner du chemin balisé et de se déplacer sur de larges plaques granitiques qui offrent un cheminement généralement aisé et qui permettent des vues plongeantes sur les plans d'eau. Une dernière montée raide avant de descendre sur le refuge de la Restanca, situé juste au pied du Montarto, magnifique montagne du sommet de laquelle on peut apercevoir jusqu'à 80 lacs. Il y a bien longtemps, j'y étais monté en hiver, tout était recouvert d'une épaisse couche de neige, je ne peux donc pas confirmer que l'on peut vraiment en compter 80. Le refuge est bondé, étant seul je suis accepté, par contre généralement en groupe l'hébergement demande de l'anticipation. Si j'étais courageux je me contenterais d'y manger et repartirais dormir plus haut sur un replat de la HRP. Mais le temps qui se couvre et la pluie qui s'annonce m'enlèvent tout courage et je vais choisir la nuit dans un petit dortoir bondé.

Treizième jour HRP puis GR 11 jusqu'à la cabane de Coronas (pied de l'Aneto)

Nuit difficile entre bruit de pluie violente et raclements de gorges multiples, au matin les désagréments de la surpopulation, malgré une envie pressante pas moyen de trouver des toilettes libres, donc courir à l'extérieur se cacher au moins mal et si possible au plus loin du refuge. Je fuis rapidement une fois le petit déjeuner pris. Sur cette portion de la HRP je suis seul car le temps n'est pas beau, il pleut mais la visibilité reste correcte. Une demi-heure après être parti je tombe sur mon premier solitaire en sens inverse. Il s'agit d'un Anglais qui vient de se faire saucer toute la nuit pratiquement sans matériel. Il est tellement trempé qu'il est en short et tee-shirt, mais ça le fait rigoler et sa volonté d'atteindre la Méditerranée n'est pas entamée. Nous discutons une dizaine de minutes et reprenons chacun notre chemin. Je suis plein d'admiration pour ces British que rien n'émeut. Le parcours de la HRP, c'est souvent magnifique. J'en connais quelques passages en particulier ceux d'Ariège vers le Mont Rouch, grandiose. Aujourd'hui ce tronçon par temps hostile fait ressortir toute la beauté de ce monde de pierre et d'eau. Les cairns sont assez nombreux et il n'y a aucun problème de cheminement, il faut dire que le fait de longer des lacs facilite l'orientation. Passage raide pour arriver à un col à 2510 mètres, la pluie s'intensifie. La descente est glissante, attention de ne pas aller trop vite. Encore des lacs et retour sur le Gr 11, où de nouveau je croise quelques groupes de randonneurs sous leur cape. Je constate que mon bâton est tordu et qu'il me manque la partie inférieure, tant pis il m'est toujours possible de m'y appuyer. Je longe le lac de Rius et m'engage dans une longue descente sous une forte pluie. Le fond de la vallée est atteint, le chemin débouche à proximité de l'entrée du tunnel de Viehla. Il n'est que midi ou un peu plus, vais-je rester dans cet endroit en attendant des conditions meilleures? Par ce temps il est exclu de continuer par la HRP, et le GR11 passe deux cols dont le plus haut est à 2720, ce qui fait pour l'après-midi un dénivelé cumulé de plus de 1800 mètres. J'hésite, vais visiter le refuge, et l'impatience me dominant, je décide de partir, il sera toujours temps de redescendre ou de m'arrêter dans le petit refuge d'Anglos perdu quelque part entre deux lacs à 2300 mètres. C'est parti, je descends la grand route jusqu'à un lac de barrage. A droite l'itinéraire escalade une forêt raide. Les nuages accrochent tous les reliefs, cependant la pluie cesse. Je quitte le goudron à treize heures trente, ce qui laisse de la marge avant la nuit. Immédiatement j'adopte un bon rythme sur ce sentier qui monte droit. Je me sens bien, l'air est frais, le cadre est grandiose et un peu mystérieux. En une heure j'abats plus de 600 mètres de dénivelé sans vraiment forcer, je commence à croire que je peux basculer ce soir du côté de Benasque. Sans que mon allure ne se modifie j'atteins le premier lac et je vois la petite cabane d'Anglos. Effectivement par temps de brouillard elle doit être difficile à trouver, mais cet après-midi on s'oriente vers une embellie. Je croise un couple de Hollandais. Ils viennent de faire une étape épuisante et espèrent rejoindre le fond de la vallée ce soir. Les lacs se succèdent, vu du haut ils ont des reflets lugubres à cause des nuages, et comme la pierre les entourant est sombre et mouillée l'ambiance est particulièrement austère. J'aborde la zone où seule la caillasse survit. Le premier col se présente. De ce lieu, je vois très nettement le second, pente de cailloux raide. Pour le rejoindre il me faut redescendre à un petit lac qui apparaît comme un trou noir. Que la montagne est belle dans ces conditions. Au niveau du lac une abondante source sourd de sous de grosses pierres, je m'abreuve longuement. La remontée pour atteindre le col de Ballibierna à 2720 mètres me demande presque une heure, la fatigue commençant à se faire sentir. La vue s'étend à un immense vallon dominé par l'Aneto. Les Pyrénées de toute évidence sont de hautes montagnes. Ce coin est très sauvage. Une pause bien méritée me permet de m'imprégner de l'esprit du lieu. Il n'y a rien de tel qu'un peu de stress engendré par des conditions douteuses pour déclencher le turbo. Maintenant retour au calme, pas de doute je dormirai dans la vallée qui conduit à Benasque. La descente promet d'être longue. Elle commence par un incroyable chaos de gros blocs qui obligent à de nombreux sauts. Attention de ne pas glisser sur la pierre détrempée car la chute est souvent très mauvaise et une fracture de la jambe ici risque d'être particulièrement inconfortable. Je contourne un lac toujours au milieu de ce chaos de blocs, presque de l'escalade au-dessus de l'eau. Avec un peu de neige le passage doit être scabreux. Enfin j'arrive sur un terrain un peu plus conforme à la randonnée, une immense descente commence. Ce versant sud de l'Aneto est très vaste et l'on ne prend pas bien conscience des distances. Je rentre dans une forêt de pins clairsemés. Sur le bord du chemin un couple de jeunes est assis, je leur demande si le refuge de Coronas est encore loin, ils me disent que j'y suis presque. Cependant il me faut encore un temps que je trouve interminable pour le rejoindre. Enfin, le voilà, il s'agit d'une cabane carrée sans aménagement aucun, mais au moins elle est propre. Souvent je passe de petits abris dans un état de saleté repoussant, encombrés d'une multitude d'objets hétéroclites, et il ne me viendrait pas à l'idée d'y dormir, à moins d'être confronté à des conditions apocalyptiques. Dans le cas présent rien de tel, le lieu est accueillant, deux Espagnols y sont déjà installés. Après les avoir salués, un petit tour à la rivière pour me laver et par chance juste sous un rayon de soleil réapparu. Un peu plus tard une bande de jeunes Français arrive. Demain ils veulent faire l'Aneto. La soirée sera agréable à discuter de choses et d'autres, en particulier d'études et de métiers. Je suis frappé par les remarques et la désillusion d'une fille d'une vingtaine d'années qui est sûre que ses études ne lui donneront aucun débouché dans la vie. Pourquoi avoir choisi cette filière et y persévérer ? Mystère !!!

Quatorzième jour GR 11 de la cabane de Coronas au gîte de Biados

Les Français partent très tôt pour leur ascension, un peu plus tard les Espagnols suivent le Gr11 en direction de l'est. Je me retrouve seul, vers les sept heures je reprends mon chemin. Tout d'abord une piste en fond de vallée me conduit jusqu'au Rio Esera. Un peu au-dessus de Benasque, arrêt dans un camping où il est possible de se ravitailler. Le chemin contourne par l'est et le nord l'impressionnant massif des Posets qui culmine à 3369 mètres. L'air est froid et le vent âpre. Quelques rares randonneurs croisés, la montagne a décidé d'être sinon hostile tout au moins désagréable. Apparaît le refuge d'Estos, j'y bois un coca-cola à l'abri du froid puis en avant direction le Puerto de Gistain. Les dernières centaines de mètres sont enneigées, mais la portance est bonne et l'allure n'est pas ralentie. Ce col perdu à plus de 2600 mètres a un petit air de lointain, mais les courants d'air ne me donnent aucune envie de m'attarder. Je me hâte de descendre au refuge de Biados. La carte présente une imprécision, en effet le chemin est indiqué rive gauche, alors je m'entête à progresser de ce côté mais la marche devient difficile et dangereuse, alors que de l'autre côté se trouve un beau sentier. Après avoir joué les funambules sur des roulements à billes pentus, je retourne traverser la rivière en amont et rejoins après quelques kilomètres le refuge de Biados. Il est temps d'arriver, un orage se déclenche. En face dans ces nuées, les Posets sont très impressionnants. L'accueil est sympathique le repas copieux et au diable la tempérance, je bois entièrement ma superbe bouteille de Rioja. Donc évidemment pour plusieurs raisons la nuit sera excellente, de plus je suis seul dans le dortoir.

Quinzième jour GR 11 de Biados à Bielsa puis route jusqu'à la vallée de Pineta

Départ de bonne heure par beau temps, l'air est frais et toujours cette bise désagréable. Je reste sur le GR11, le seul col de la journée se trouve 800 mètres au-dessus. Après avoir cheminé dans une forêt à l'abri du vent je me trouve de nouveau confronté à ses assauts. Le seul avantage, on n'a pas trop chaud, dans le fond le rythme doit en être amélioré. Au cours de la montée deux jeunes sont arrêtés pour se faire chauffer du thé. Ils sont en train de galérer sur la HRP, affublés de sacs énormes, et la nuit qu'ils viennent de vivre n'a pas été très confortable. Je leur souhaite bon courage pour la suite et me remets en route. A proximité du col je rencontre mon deuxième solitaire. Il s'agit d'un pur et dur. Bien qu'ayant dépassé la soixantaine il porte un sac de 20 kilogrammes et met un point d'honneur à passer toutes les nuits sous tente. Cette dernière est d'ailleurs particulièrement robuste et pèse dans les trois kilos. Nous entamons la conversation, ayant eu des métiers assez proches, nous nous découvrons des connaissances communes, le monde est petit. Il me met en garde concernant la variante qui passe dans le flanc sud-est du Mont Perdu. C'est justement là que j'espère passer. Il s'avérera que son évaluation était un peu alarmiste, tout du moins par temps correct. Nous envisageons même de casser la croûte ensemble, mais la fraîcheur ambiante nous rappelle vite à l'ordre. Nous reprenons donc chacun notre chemin. Le col, qui domine un petit lac, est vite atteint. Le lieu est austère. Je croise deux personnes et me dépêche dans la descente pour me réchauffer. 1000 mètres de dénivelé me mènent à la route de Bielsa pas très loin du tunnel frontière. En fond de vallée la température est plus clémente. Ne comptant pas faire tous les détours du GR, je prends la route jusqu'à Bielsa afin de rejoindre directement la vallée de Pineta. Durant cette dernière partie un automobiliste s'arrête et me propose de monter, je lui explique ma démarche, et le gratifie d'un grand merci. Même si je refuse cela fait toujours plaisir. Au milieu de cette magnifique vallée je m'arrête dans un camping. Après m'être installé et avoir pris une douche chaude, la première depuis quatre jours, je vais m'installer dans la grande salle de restauration. Là, rapidement, je comprends la raison de l'excitation générale, ce soir il y a Espagne France. Je constate que je suis le seul Français. Après avoir mangé, tout le monde se retrouve devant le poste de télévision. Je sens que ça va être chaud. Le match commence. Les Espagnols marquent le premier but, déclenchement de hurlements. Ça se calme, le match continue. Les Français égalisent, je marque ma joie en levant les bras. Une vingtaine de têtes à la mine sombre me regarde d'un air réprobateur, presque hostile. J'abandonne immédiatement mon sourire. Le match continue, les Français marquent une deuxième fois, toutes les têtes se tournent à nouveau vers moi, je fais bien attention de ne manifester aucun signe de joie. Le match continue, les Français mettent un troisième but, je fais comme si je ne l'avais pas vu, par contre tous les Espagnols s'en vont, il est vrai que nous sommes pratiquement en fin de partie. Lorsque presque tout le monde a déserté la pièce et que la partie s'achève effectivement, une vieille dame s'approche et me dit avec un fort accent belge «ah! c'est bien ils ont gagné». Il y avait donc au moins deux supporters dans la salle. Je rejoins ma tente tout joyeux, mais c'est sous une averse que je m'endors. Cela est un peu inquiétant, car l'étape de demain par mauvais temps cela risque d'être scabreux.

Seizième jour GR11 jusqu'au col de Niscles, variante pied Mont Perdu, vallée d'Ordesa

Je me lève avec le jour, ayant bien l'intention de profiter de la plus petite fenêtre de beau temps. Tout est calme, mais à l'humidité dans l'air on sent bien que cela n'est que provisoire. Le décor est fantastique, ces trois vallées que sont Pineta, Ordessa et la Niscle représentent pour moi parmi les sites de montagne les plus beaux que j'ai vus dans ma vie. Et justement l'étape de ce jour me permettra de les côtoyer toutes les trois, si la visibilité se maintient. Les cinq ou six kilomètres de goudron sont rapidement avalés, presque au pas de course. Au niveau du refuge de Pineta, 90 degrés gauche et direction l'immense paroi à remonter pour accéder au col de Niscle, 1300 mètres plus haut. Il me faut d'abord traverser le rio Cinca en enlevant mes chaussures, et la montée débute. Le sentier est époustouflant, la pente démarre raide pour ne faiblir qu'au col. Immense moment de bonheur que de parcourir ce chemin aérien avec le soleil qui apparaît à l'horizon, tout baigné de teintes rouges qui ne sont pas annonciatrices de beau temps. Je suis seul, depuis le réveil je n'ai vu personne, même sur les kilomètres de route pas une voiture. Heureusement d'ailleurs car je crois bien que je me serais laissé tenté, tant je suis pressé de passer avant la pluie, au moins arriver au refuge de Goriz. Le plaisir prend le dessus, par endroits il est obligatoire de mettre les mains pour progresser. Parfois en regardant au-dessus on reste perplexe quant à l'itinéraire tellement le flanc de la montagne est escarpé. Mais au fur et à mesure de la progression un chemin toujours tracé se dévoile. La montée est rapide et le panorama s'élargissant à vue d'œil procure une sensation très agréable. Arrivée au col vers les huit ou neuf heures du matin. Le décor d'un côté sur Pineta et de l'autre sur la Niscle est très impressionnant. Malgré le temps qui évolue, je marque un arrêt pour profiter de ce spectacle rare. Le Gr11 plonge directement, tandis que mon itinéraire part sur la droite pour aller se faufiler entre des barres rocheuses sur les flancs du Mont Perdu. D'ici cela semble vertigineux, mais je sais que l'équipement facilitera grandement la tâche. Un peu avant le câble je croise trois personnes, dont l'une de toute évidence a été très impressionnée. Je me hâte car le temps se couvre et par temps de brouillard sur le versant sud du Mont Perdu ça devient ''paumatoire''. J'arrive au fameux passage contre lequel mon solitaire d'hier m'avait mis en garde. J'y croise un groupe de Français, originaires du Puy-En-Velay, la veille ils ont gravi le Mont Perdu. Bien évidemment il n'est question que du match de foot d'hier, car au refuge ils se sont sentis très frustrés sans télévision. On en profite pour rigoler un grand coup, puis avec empressement nous reprenons notre chemin. J'aborde de grandes zones de pierriers dans lesquelles il est facile de perdre le sentier tout en gardant la bonne direction, lorsque la visibilité est bonne. Plus j'avance, pratiquement à niveau en tournant autour du Mont Perdu, plus la grande faille comme coupée d'un grand coup de sabre d'Ordesa prend de l'ampleur. Il me semble distinguer sur le versant droit de cette gorge grandiose la fameuse ''fara des flores'' sur laquelle je ne souviens avoir bivouaqué à côté d'un isard à moins que ce ne soit un bouquetin, en effet je garde le souvenir d'un animal de belle taille. Manifestement j'étais à un endroit qu'il affectionnait, car il ne voulait pas partir, à son corps défendant l'herbe était douce malgré l'altitude et le sol plat. Je me souviens aussi que dans ces grands à pics par endroits la densité d'édelweiss était telle qu'il n'était pas toujours possible d'éviter de les fouler. La pluie qui commence à marteler le sol me tire de ma rêverie. Me hâter d'arriver au refuge, pour le moment la visibilité est toujours bonne. Je prends réellement conscience que dans le brouillard dans ces parages, il faut coller à l'altimètre en espérant buter sur le refuge. Heureusement je ne suis pas acculé à ces extrémités. Enfin je l'aperçois. Je m'y engouffre, il est bondé. Il n'est pas loin de midi, je déjeune avec appétit, la matinée a été bien remplie. Le mauvais temps s'installe franchement, mais plus rien à craindre, un très bon chemin sans risque d'erreur va me permettre de descendre. J'espère ce soir être sorti de ce lieu magnifique mais très touristique. Je parcours une quinzaine de kilomètres entre cascades et parois géantes, le tout dans une foule presque compacte et sous des cataractes avec de temps en temps le tonnerre qui se répercute entre les montagnes. Enfin j'arrive au parking, incroyable, il y a des centaines de voitures et de cars. Il faut bien reconnaître que le site est époustouflant par son gigantisme. Malgré la pluie je n'ai pu m'empêcher de scruter sous tous ses angles ce miracle de la nature. Heureusement que le brouillard ne s'est pas mis de la partie, le spectacle en aurait été vraiment affecté, et j'en aurais ressenti une grande frustration. Une fois les aires de stationnement dépassées, vite m'éloigner, d'après ma carte un chemin se faufile sous la route. Je ne le trouve pas, donc encore 4 ou 5 kilomètres de goudron dans un trafic important. Une conductrice s'arrête pour me prendre et dans mon espagnol hésitant je lui répète que je veux aller de la Méditerranée à l'Atlantique uniquement à pied. Je la remercie et elle me gratifie d'un joli sourire. Une fois arrivé à la naissance de la vallée d'Ordesa, je tourne à droite direction le nord, et j'abandonne le gros du flot de touristes qui prend la direction opposée. D'un pas alerte je remonte une gorge encaissée. Et là je tombe sur mon troisième arpenteur solitaire. Il s'agit d'un Anglais plus très jeune, élégamment habillé à la langue parfaite d'Oxford ou de Cambridge. En tous cas il parle très distinctement et la langue de Shakespeare dans ces conditions c'est un vrai plaisir. Il a une connaissance encyclopédique des montagnes françaises, et il agrémente sa conversation de petits éclats de rire francs et sonores. Il ne fait pas vraiment dans le flegme. A regret je reprends ma route, j'aurais bien passé la soirée avec lui à l'écouter me conter ses aventures alpestres. Quelques kilomètres plus haut je tombe sur un petit camping très accueillant. Manifestement l'endroit a aussi eu sa ration d'eau aujourd'hui. Trouver une place pas complètement mouillée pour installer ma tente relève de la gageure. Pas grave, ma tente est bien étanche, trop d'ailleurs. Le restaurant est une merveille, le cadre et le menu ainsi que la gentillesse du personnel me ravissent. Quand je pense aux deux premiers solitaires rencontrés, je me rends compte que contrairement à eux je ne voyage pas à la dure et me laisse vite tenter par les petits plaisirs mis sur ma route. J'en aurai une autre preuve encore plus éclatante dans deux jours, en croisant un vieil Allemand. Je comprendrai toute la signification du mot Sparsamkeit (économie). Pour le moment sans complexe je m'empiffre de mets délicieux, charcuterie fine, légumes cuits juste ce qu'il faut, une magnifique côte bien épaisse et saignante, le tout arrosé d'un Rioja capiteux et fruité d'une belle longueur en bouche. Une fois le repas terminé, baigné d'une douce torpeur, j'essaie de me glisser dans ma tente sans trop me mouiller. Je m'endors sans doute vite, car je n'ai plus aucun souvenir de cette nuit.

Dix-septième jour variante GR 11 Sierras Turbon et Tendegnera, ville de Escarrill

Je me réveille bien reposé mais passablement humide, l'air étant tellement saturé en humidité que par capillarité ou autre phénomène physique il a imprégné tous les tissus. Pas de panique, ce n'est pas ce matin que je peux faire sécher mes affaires. Deux possibilités, soit vers midi je me trouve à un endroit bien ensoleillé et au cours d'une sieste d'une heure j'étale le tout, à moins d'arriver relativement tôt cet après-midi et tout aérer à ce moment. Le temps est très beau, le ciel limpide, il fait frais, de bons critères de beau temps. L'étape de ce jour va être particulière sauvage. Je vais longer par le nord les sierras Turbon et Tendegnera ( j'écris gn à la place de n avec tilde, car mon clavier ne comporte pas ce signe). Je ne vais pas voir une seule personne de toute la journée. A vrai dire pour être précis j'apercevrai dans le lointain deux personnes en train d'atteindre le pic de Tendegnera. Je commence par remonter la route une petite heure et je bifurque à gauche dans un magnifique vallon à l'herbe grasse et aux fleurs nombreuses. La fleur qui va m'accompagner tout au long de cette traversée c'est l'iris des Pyrénées au bleu mauve profond, sans oublier quelques exemplaires jaunes. Je suis encadré de belles faces rocheuses éclatantes parfois aux teintes très claires. Je distingue bien sur le bord droit du vallon le col que je veux atteindre. Je rejoins le petit refuge d'Otal, qui est un véritable taudis et à partir de là le chemin disparaît. Peu de temps auparavant j'ai bien vu quelques vagues traces rouges et blanches certes bien abimées mais bien réelles. Devant moi une pente raide de 500 mètres de dénivelé au-dessus de laquelle un replat semble conduire au col. J'attaque directement, l'herbe se met à glisser. Par endroits je rejoins de petites zones rocheuses qui me permettent de mieux me stabiliser, mais ce n'est jamais difficile bien que les cent derniers mètres deviennent très raides. Comme par miracle je débouche sur un petit replat où une sente mène au col. Un fois arrivé à ce lieu de passage, j'embrasse du regard toute la Sierra Tendegnera. Immenses parois calcaires sombres presque noires couvertes de stries horizontales, quelle austérité cette chaîne dégage ! Comme tout grimpeur j'essaie d'imaginer des itinéraires dans ces murs lugubres, rarement montagnes m'ont inspiré cette sorte d'effroi. Il fait bon, j'ai bien avancé je m'octroie une pause dans cet endroit enchanté entouré de roches de toutes les couleurs, cela me rappelle un lieu magique côtoyé comme dans un rêve en Afghanistan. Par un temps qui se maintient au beau fixe, j'entreprends la descente d'un immense vallon, d'abord à travers pierriers puis par une sente qui serpente dans l'herbe et les cailloux. Au-dessus de moi en permanence les grandes faces sombres striées en forme de pelles de la Sierra Tendegnera jettent un regard froid. Une petite stèle adossée à un rocher rappelle la mémoire d'un jeune Anglais qui a voulu dompter ses murs froids. Et toujours pas âme qui vive dans cette nature grandiose. Un petit refuge en bord de chemin montre le même état de saleté que ceux croisés jusqu'à maintenant. L'altitude diminue et la chaleur augmente. Vers les quatorze heures je quitte le royaume désert de la montagne pour me trouver subitement précipité dans le monde bruyant des hommes. Sans transition ou presque je passe des prairies fleuries à une grande carrière surchauffée dans laquelle de nombreux camions soulèvent des nuages de poussière. Me voilà sur le bitume et en quelques kilomètres sous une chaleur torride je rejoins la petite ville d'Escarrill. A l'entrée de l'agglomération je m'assois à l'abri dans le premier bistrot. Je commande une grande bière. Le serveur est un grand noir avenant, et bien évidemment la conversation s'engage au sujet du prochain match, France Brésil. Il est sceptique sur la capacité des Français à triompher de cette équipe mythique, bien qu'ils aient déjà joliment réussi cet exploit en 1998 par 3-0 en finale. On verra bien, l'épreuve se déroule dans deux jours. Pour le moment je reprends la marche et traverse cette petite ville endormie sous la chaleur d'un soleil vertical. A l'extrémité nord de cette cité, un grand camping étale sa multitude de mobilhomes et de grandes tentes. Une place m'est indiquée, j'y déploie mes affaires, qui vont sécher rapidement. Ma tente montée ressemble à un microbe au milieu de mastodontes.

Dix-huitième jour hors chemin balisé jusqu'au col de Escarra puis GR 11 vers Somport

Très bonne nuit, aucun bruit, le camping est presque désert, pourtant le mois de juillet n'est pas loin et vu les infrastructures nous sommes dans une région touristique. Peut-être cette ville sert-elle de dortoir au profit de la petite station de ski traversée hier ? Ce matin tout est très sec, ayant dormi tente grande ouverte la condensation est faible. Temps superbe, il me faudra vite quitter ce fond de vallée avant la chaleur. Le temps moyen et froid que j'ai eu jusqu'à présent m'a rendu l'entreprise plus facile. En effet, souvent au cours de narrations concernant le versant sud des Pyrénées ce qui ressort c'est la chaleur présentée comme un facteur de souffrance. Au moins je ne peux pas dire la même chose. Sac rapidement bouclé j'abandonne le camping encore endormi. En quelques centaines de mètres une piste matérialisée sur ma carte est atteinte. Elle suit une petite rivière au pied d'une barre rocheuse. Plein d'espoir sur la beauté des kilomètres à venir, à l'idée que le chemin passe en plein dans cette jolie falaise. Je traverse le cours d'eau sur un barrage. La sente devient minuscule et puis elle disparaît complètement. J'insiste, et commence à escalader des rochers moussus dans une forêt d'arbustes agressifs. Après une demi-heure de bagarre, trempé de sueur et constellé d'épines de toutes sortes je fais demi-tour. De toute évidence pas de chemin. En regardant la falaise qui me domine, je me dit que si un itinéraire s'y faufilait j'en verrais bien quelques traces. Quand on ne sent vraiment pas la chose il ne faut pas s'entêter et avoir le courage de tout reprendre à zéro. Donc je rebrousse chemin et me retrouve devant mon camping une heure plus tard. Une route étroite et tortueuse part à l'ouest et me permet d'avancer dans le flanc de montagne qui doit me donner accès à un grand lac. Donc pas de panique, en faisant un azimut brutal plein ouest je tombe forcément sur ce plan d'eau de belle dimension. La route bifurque au sud, je pars plein champs dans des pentes raides. Je rejoins le lit aride d'un petit torrent qui me permet de déniveler rapidement malgré l'instabilité du sol. J'atteins un collet, duquel un vaste panorama se découvre. Ouf! mon lac est bien là. Mais au fond presque à l'infini je distingue le col par lequel je compte passer. La distance m'apparait énorme, un instant de doute me saisit, d'autant plus que je dois commencer par faire le tour du lac, qui fait quelques kilomètres. Comme toujours dans ces moments de doute, en écartant les doigts sur la carte, je me rassure en constatant que mon col est à moins de dix kilomètres topo. Ce serait bien le diable si en trois heures de marche rapide je n'y arrivais pas. Le calvaire du contournement commence, pas trop mal, même plutôt bien jusqu'au barrage, où je m'arrête pour contempler quelques poissons. Mais une fois de l'autre côté une sente boueuse inclinée vers le lac et complètement défoncée par les troupeaux de vaches va me donner le plaisir d'une bonne partie de glissades et de ''tordages'' de chevilles, toujours avec le risque de piquer au mieux une tête dans la boue et au pire la bouse. Enfin le supplice prend fin. Le collado de Escarra du haut de ses deux mille trois cent et quelques mètres semble déjà plus près. En deux petites heures avec parfois des doutes sur l'itinéraire, j'y suis. La dernière demi-heure est interminable à me casser les mollets sur de grosses mottes de terre. Ces Sierras espagnoles sont absolument magnifiques, jaillissements minéraux sauvages. Aujourd'hui encore je n'ai pas aperçu un être humain, seulement de loin de nombreuses vaches, mais à part cela pas un être vivant mis à part quelques grands oiseaux. Des rochers aux formes étranges ornent les crêtes qui m'entourent. Le contraste entre les fonds de vallons verts et fleuris et ces crêtes arides et déchiquetées est frappant. La rapidité avec laquelle on passe d'une ambiance à l'autre est aussi source d'étonnement. Encore une immense vallée se présente à moi. Quelques deux kilomètres plus bas je retrouve le GR 11, mais pas plus de monde. La gorge se resserre en ondulant, ce qui est du meilleur effet esthétique. La grande vallée perpendiculaire conduisant au Somport n'est plus très loin. Un peu avant de la rejoindre, le Gr 11 d'après ma carte tourne à droite en restant en hauteur. J'en perds la trace et me dirige vers un petit fort gardé par des militaires en armes, afin de me renseigner. Ils n'ont pas l'intention de me parler et me signifient sans ambigüité de m'arrêter à distance. Assurent-ils la protection d'explosifs, me prennent-ils pour un représentant de l'ETA prêt à remplir mon sac de pains de dynamite? Le problème du terrorisme est bien réel en Espagne, j'obtempère immédiatement et m'éloigne. Mais alors où passer? Une route part plein sud rejoindre la vallée mais quel détour pour moi qui remonte au nord. Le fort est sur un terre-plein duquel en contre-bas je vois le Rio Aragon. En piquant directement, je peux le rejoindre en une centaine de mètres. Mais c'est raide et instable. Dans ma jeunesse j'étais champion de course sur pierriers pentus, c'est le moment de voir si j'ai perdu le sens de l'équilibre au milieu d'un flot de caillasses dégoulinantes. C'est parti, je reste debout et j'y mets tout mon honneur, car du haut de leurs remparts les militaires m'observent, donc il n'est pas question de m'étaler. Ça se maîtrise bien, de plus la taille des cailloux augmente, ce qui améliore les appuis et hop je me récupère en-bas, et les têtes sont toujours là-haut. Je leur tirerais bien la langue tout heureux de ne pas leur avoir donné la joie de m'étaler tout au long de cette pente sévère. Un sentier comme je les aime en bord de rivière, protégé du soleil me remet en direction du col du Somport. De temps à autre des raidillons en caillasses raides et brûlantes me font suer. Et là, dans un passage en plein soleil je rencontre mon quatrième solitaire. Il ne s'agit pas d'un ''traverseur'' de Pyrénées, mais d'un pèlerin vers Saint-Jacques de Compostelle par la voie du Somport. Il est d'âge avancé, à mon sens au moins soixante dix ans et de nationalité allemande. Son matériel semble dater de Mathusalem, et de toute évidence il peine sous la charge et la chaleur. Nous engageons la conversation, il m'explique sa démarche. Je perçois toute la force des mots Sparsamkeit et Armut (économie et pauvreté), lorsqu'elles sont subies volontairement. Cet homme dégageait une force et une sérénité dans son adversité, j'en suis resté tout chaviré. Manifestement nous ne faisons pas tous les mêmes voyages! Au contact de tels êtres j'ai presque honte de ce que je fais. Faut-il pratiquer le voyage en faisant vœu de pauvreté pour toucher au sublime, peut-être ? Cela demande-t-il beaucoup de courage ou une grande foi ? Peut-être les deux ? Ce contact restera gravé en moi de façon indélébile, pourtant nous n'avons pas parlé plus de cinq minutes. De la vertu des chemins que l'on ne trouve pas. Moi, le touriste pressé à la démarche stakhanoviste je repars un peu ébranlé. Plongé dans mes pensées, j'arrive devant un ouvrage de captation qui laisse couler un grand jet frais. Je m'en arrose et bois à satiété. Peu après, en faisant un court détour j'arrive à un petit camping perché, il est adorable et, comble de bonheur, je suis le seul client. Je m'installe dans l'herbe constellée de fleurs, que demander de plus ? Je rejoins le petit bistrot et le patron me raconte une multitude de choses, que j'écoute religieusement en descendant quelques bières. J'essaie de ne pas trop penser au vieil Allemand pour ne pas avoir mauvaise conscience, mais la bière fraîche c'est quand même bon. Dans la conversation, je lui demande s'il fait à manger. Il me répond par la négative mais il me vante la qualité du Parador qui se trouve un ou deux kilomètres plus bas. Entre ma purée soupe et une petite marche à pied, mon cœur ne balance pas longtemps, en avant. Ce monumental bâtiment de l'époque franquiste me fait penser à certains pays ex-communistes. L'accueil est très correct, le personnel stylé, le menu offre un large choix et la nourriture est de qualité et le Rioja toujours aussi facile à boire, le tout pour un rapport qualité-prix imbattable et sans doute introuvable en France, qui n'est pourtant pas loin. Donc une fois encore je m'en mets plein la lampe et, la nuit bien avancée, tout guilleret, je rejoins ma tente.

Dix-neuvième jour GR 11 du Somport à Zuriza

Les montagnes qui dominent le camping sur le versant opposé sont extraordinaires. Hier du fait du contre-jour, je ne les avais pas vraiment vues telles qu'elles sont. Aujourd'hui toutes éclairées par le soleil du matin, elles montrent une multitude de recoins, et leurs formes tourmentées et acérées montent à l'assaut du ciel. Jusqu'au col du Somport, c'est à dire durant une petite heure je suis sur le sentier de Compostelle en sens inverse. Je croise donc quelques pèlerins, dont un, un peu excentrique, qui commence à me questionner et à noter mes réponses. Aïe aïe aïe ! je suis loin de mon vieil Allemand économe entre autre de ses paroles. Les installations du col sont vastes, je les traverse et poursuis plein ouest par le Gr11. La marche est agréable. Le chemin fait un immense détour au fond d'une gorge boisée. Un peu avant le lac d'Estanes, je rencontre mon dernier solitaire. Encore un Anglais qui suit la HRP. La traversée du pays basque avec vingt mètres de visibilité dans un terrain sans point vraiment caractéristique lui a laissé un souvenir profond. Le contournement du lac est pittoresque et très agréable. Je débouche à un petit collet et pris par le rythme, mon attention focalise une trace qui va m'éloigner de l'itinéraire. Je traverse un pierrier sous une barre rocheuse. Il semble qu'une vire la parcoure une cinquantaine de mètres plus haut. Des fois on prend ses désirs pour des réalités. Le chemin doit être sur cette vire. Je remonte une pente caillouteuse raide et attaque la paroi. Les pieds sont en adhérence et il faut me tracter avec les bras, mais je continue. Une pierre siffle. Je lève la tête et vois une harde d'isards sur une pente à ma verticale qui me lance des pierres. Je reprends mes esprits. Mais qu'est-ce que je fais en train de faire de l'escalade à la recherche du GR ? Je fatigue !!! Je redescends en faisant attention. De toute évidence au collet j'ai loupé l'itinéraire qui devait plonger devant la grosse pierre que j'ai contournée. Mais je ne fais pas demi-tour. Je continue sur le pierrier précité et j'oblique vers la falaise au-dessus de laquelle je me trouve pour essayer d'y trouver un passage. Une gorge profonde et très pentue donne accès à la large plaine que je dois suivre. Les premiers mètres presque verticaux sont en terre avec quelques végétaux, puis j'aborde des rochers très raides mais d'excellente qualité, encore de l'escalade mais les prises sont franches. Un petit passage vertical et un dernier pas nécessitant de s'étirer au maximum, et pour moi qui ne suis pas souple c'est le calvaire, et enfin je prends pied au fond de cette gorge austère et rejoins l'herbe. Il serait temps que je fasse un peu plus attention, ne pas être capable de suivre un chemin somme toute bien balisé, il y a du souci à se faire. Là encore l'erreur m'a fait parcourir des recoins très jolis. Je descends cette large vallée, orientée au nord, peuplée de vaches s'égayant au milieu de zones marécageuses. Je croise de nombreux promeneurs. Coude à 90 degrés gauche vers l'ouest, un petit à pic et au-dessous une piste au terminus de laquelle de nombreuses voitures s'entassent. Durant cinq ou six kilomètres je la suis. Elle est poussiéreuse et exposée en plein soleil. Le rendement baisse et je fais un sérieux effort pour avancer. Arrivé au bout de cette vallée, le chemin part plein ouest. Je suis la route, orientée au sud, qui descend trois kilomètres plus bas à un camping. Un peu avant d'y arriver une source jaillit d'un rocher. Je me mouille la tête et bois largement. Une fois au camping, le coin est délabré et à l'abandon. Une très mauvaise sensation me submerge, ce lieu m'est très hostile. Bien qu'il soit seize ou dix-sept heures, marche arrière et je retourne chercher le chemin et pars directement sur l'étape suivante. Incroyable, l'esprit mobilisé par l'étape nouvelle, la fatigue disparaît et je me sens comme neuf. Une fois de plus je perds mon itinéraire, attiré dans le vallon qui conduit aux aiguilles d'Ansabère. Un berger me confirme l'erreur. En tirant directement dans la pente plein sud et en gardant le cap parfois à la boussole tellement ce vallon à tendance à me ramener trop à droite, je finis par retrouver le bon vallon et le col de Petraficha. La lumière est extraordinaire, le temps change, un orage se prépare, que la montagne est belle dans ces conditions, surtout lorsqu'on est seul. Du col, la Sierra d'Alano se dévoile dans toute la splendeur de ses multiples faces blanches. Je vis un grand dépaysement sur ce chemin. Je passe un petit refuge dans lequel un jeune couple se prépare à passer la nuit. Il est sordide et son état lamentable me dissuade de m'y arrêter. La pluie arrive, je presse le pas. Le village de Zuriza n'est plus qu'à quelques kilomètres. Je fonce tant que je peux sur la piste. La pluie s'accélère et à nouveau de véritables trombes. Je vais faire quelque chose à ne pas faire. Un petit pont, je m'abrite dessous. J'enlève mon sac mais je guette en amont si le flux d'eau n'augmente pas brusquement, ayant repéré une petite pente pour fuir à la première alerte. Effectivement le niveau monte mais de quelques centimètres seulement, enfin le déluge s'interrompt. Je reprends la piste et arrive dans le village. Je m'imaginais au bout du monde et bien non, une foule compacte se presse au camping. Mais d'où sortent-ils? En trois heures de marche je n'ai vu que quatre personnes en comptant le berger. De toute évidence c'est un lieu prisé des Espagnols. Une fois encore je m'installe sur un terrain complètement détrempé. Mais que la région est jolie, des près bien verts couverts de fleurs, et le tout entouré de magnifiques montagnes bien rangées en ligne, toutes brillantes de pluie sous le soleil du soir. Vite une télé, c'est France Brésil! Un chahut incroyable dans une immense salle, la plupart n'étant plus intéressés depuis l'élimination de l'Espagne, mais tout le monde passe et repasse les bras chargés de nourriture et de gros bocks de bière. Dans le fond j'aime bien ces foules bruyantes secouées de gros rires. Il n'est pas toujours facile de suivre dans ce mouvement permanent le déroulement de la partie.

Vingtième jour route, chemin non balisé et GR 11 de Zuriza à Ochagavia

Une journée magnifique s'annonce. Vite sur pied, c'est parti pour la journée. Mais d'où sortent tous ces gens. Au collet où je dois quitter la route à quelque distance du camping, de nombreuses voitures stationnent. Le chemin commence à grouiller de randonneurs. Bien que cette partie de l'itinéraire semble très jolie, une petite route à l'allure plus calme la contourne. Je n'hésite pas longtemps, et c'est comme cela que je parcours quelques kilomètres de goudron avant de plonger dans une jolie gorge en sous-bois, qui me conduit à la charmante petite ville d'Izaba. J'effectue un arrêt sur la place centrale, où des enfants s'amusent. La fontaine est la bienvenue. A la sortie de l'agglomération un sentier pentu mène à l'église ''Nusestra Senora de Idoia''. Nous sommes le premier dimanche de juillet, et c'est le jour de la procession annuelle. De nombreux croyants en habits traditionnels montent à la petite église. J'y pénètre et dépose mon obole. Ce que je n'avais pas prévu, c'est que ma pièce provoque le déclenchement de la lumière, qui éclaire vivement l'espace qui sans cela reste sombre. Moi qui voulais passer inaperçu, c'est loupé. Je ne m'attarde pas. Dès que le mur d'enceinte est dépassé, comme par enchantement je retrouve la solitude qui m'a accompagné sur la majeure partie de ma traversée. Le chemin parcourt une magnifique forêt escarpée, composée d'arbres à feuilles caduques. Le col de Kakueta est atteint. Là, plus de doute le pays basque commence. D'un coup la fin me semble approcher. Les crêtes s'arrondissent et s'adoucissent. La vue se dégage presque jusqu'à l'infini. Le Pic d'Orhy, pyramide culminant à 2017 mètres, marque l'entrée dans la dernière ligne droite, signe psychologique fort que j'attends depuis le départ de Banyuls. Pour le moment il se situe au nord-ouest par rapport à ma position. Au cours d'une marche enthousiaste orientée à l'ouest le long d'une piste entourée de pinèdes, il va se positionner plein nord puis il se déplace vers l'est. Ce mouvement apparent du Pic d'Orhy que je dépasse me procure un immense plaisir, la vie dans le fond c'est pas trop compliqué! Une grande descente donne accès au village d'Ochagavia. Petite bourgade à l'architecture carrée. Les maisons sont magnifiques, massives et bien entretenues. Les portes souvent ouvertes laissent voir des intérieurs raffinés, de jolis meubles en bois et de magnifiques plafonds à la française, dont les poutres bien entretenues donnent un réel cachet à l'ensemble. Je demande si un magasin d'alimentation est ouvert, il m'est répondu «hoy domingo». J'avais oublié. De plus, pas de camping, alors c'est forcé et contraint (tout du moins ma conscience est sauve en pensant au vieil Allemand) que je me dirige vers un charmant petit hôtel au bord de la rivière près du centre. Il est bien dans le style des intérieurs aperçus, cossu et de très bon goût. Toutes les prestations sont de qualité et le prix modique. Un groupe d'Anglais lancés dans la traversée des Pyrénées à vélo y séjourne aussi.

Vingt-et-unième jour GR 11 de Ochagavia à la frontière, jonction et GR10 jusqu'à Estérençuby

Un petit jour triste et brouillardeux se lève. Je n'y couperai pas à la navigation au radar. De plus à partir d'aujourd'hui j'abandonne mes cartes confortables au 50 000 pour passer à la 100 000 de l'IGN numéro 69. Après un copieux petit déjeuner je m'enfonce dans les brumes. Tout relief a disparu. Sans difficulté je rejoins le monastère qui domine sur une petite crête. Puis en avant vers la Sierra de Abodi, vaste croupe orientée est ouest. Un large chemin non mentionné sur ma carte coupe cette montagne à mi-pente. Le Gr le suit. Mais après une bonne heure de marche cela me semble bizarre, j'aurais dû commencer à monter vers le sommet. De toute évidence je l'ai encore perdu. Je fais marche arrière jusqu'à un petit bois et là, la progression à la boussole commence. Les joies du pays basque. Je ne devrais pas tarder à intercepter la crête et en la suivant je devrais couper le chemin. Je n'aurai pas la peine d'atteindre le sommet, je tombe sur un piquet peint aux sacro-saintes couleurs rouge et blanche. Mais une fois de plus l'erreur m'aura été bénéfique. En effet dans un champ, je suis tombé sur des vautours. Au sol ils ressemblent à de gros dindons à long cou. Mais dès qu'ils déploient les ailes et prennent leur envol le spectacle est de toute beauté. Une fois au sommet de cette sierra, le brouillard se déchire par intermittence, ce qui me permet de voir l'immense pan de forêt à descendre. A nouveau le balisage m'échappe, ce n'est pas grave car une rivière et un grand lac doivent me servir de barrière d'arrêt. Dans mon sac, toutes mes affaires sont réparties dans des sachets de congélation de différentes tailles, je dois même pouvoir traverser une rivière à la nage sans mouiller grand chose, mais enfin si possible éviter et localiser le pont. Je retrouve la petite route qui conduit au point de franchissement. Je tombe dans une clairière sur une belle poussée de cèpes de Bordeaux, oui des vrais boletus edulis. Malheur, que faire ! Je ne peux les ramasser, durant la vingtaine de kilomètres que je compte encore parcourir ils seront réduits en bouillie. Il paraît que cru c'est bon, c'est l'occasion d'essayer. J'en repère un joli bien ferme et je le croque à pleines dents. Au début on sent bien ce fumet subtil et fort du cèpe, mais rapidement la consistance en bouche donne une sensation de mélasse un peu cartonneuse difficile à mâcher. Je n'aurais peut-être pas dû en engouffrer un si gros morceau. Mais j'arrive au bout de mon champignon, et en attaque un second. Là par contre, je vais déclarer forfait avant de l'avoir terminé. La mort dans l'âme j'abandonne le reste de la petite troupe à gros pieds. Je me dis qu'ils feront peut-être la joie d'un chercheur, s'il ne tarde pas trop. J'arrive au pont, traverse et longe la rivière jusqu'au lac. Je croise quelques promeneurs. Le brouillard retombe de plus belle. Le chemin suit un bras du plan d'eau, qui vient tangenter la frontière. Cinquante mètres de visibilité c'est rigolo, mais pas trop longtemps. Soit je reste sur le GR 11 et ses mille mètres d'altitude dans la purée de pois, soit je pique sur la France et rejoins le village d'Estérençuby dans la vallée. Option France, je passe par dessus une clôture à vaches et me retrouve sur un petit parking. Plusieurs voitures stationnent. Toutes les plaques d'immatriculation sont françaises, c'est le seul indice qui me confirme que j'ai changé de pays. Le brouillard, lui il s'en fout de la frontière. Par une petite route, encombrée de belles grosses vaches blanches, qui serpente au fond d'une petite dépression je progresse vers le nord. La visibilité baisse de plus en plus. Des points de repère caractéristiques de la carte à proximité de la route restent invisibles. Avec la multitude de courbes je ne me situe plus exactement et pourtant je voudrais bien intercepter le Gr10. Enfin je le vois. Sans encombre il me conduit au village. Par beau temps ce parcours sur de grosses bosses doit être sublime, mais cet après-midi les yeux rivés sur de l'herbe mouillée et glissante dans un paysage fantomatique, ce n'est pas ce qu'il y a de mieux. Ne nous plaignons pas, l'ambiance n'en est pas moins superbe avec son petit côté mystérieux qui cache tout au regard. Imaginer sans voir laisse libre cours à tous les phantasmes. Arrivée dans le village, il fait sombre, les maisons serrées dans le brouillard sont presque lugubres. Un petit hôtel, je m'y précipite. Un pur et dur, qui commence une traversée s'est installé au bord de la route, je suis bien content de ne pas faire de même. Ce soir encore, une équipe de cyclistes, français cette fois, est engagée dans la traversée des Pyrénées. Ils espèrent mettre une semaine.

Vingt-deuxième jour route de Estérençuby à Cambo-les-Bains

La météo ne prévoit aucun changement pour les jours à venir, brouillard à partir de 600 mètres d'altitude. Pas de problème j'ai toujours rêvé longer la Nive, car cette rivière comme l'Adour m'a toujours intrigué. Donc je rejoins Saint-Jean-Pied-de-Port et de là je longe la rivière. Déception, pas de chemin, je suis acculé à rester sur la route jusqu'à Cambo-les-Bains. Et là, première semaine de juillet le flot des touristes a commencé. Dans un vacarme permanent je vais rejoindre cette station thermale et d'un coup l'envie s'en va pour de bon. J'ai vraiment quitté les Pyrénées. Rejoindre les plages, et les remonter au milieu des baigneurs avec mon piolet dans le dos, c'est une histoire à me faire mettre la camisole de force et terminer chez les fous. Dans le fond j'ai bien fait de ne pas ''gâcher'' cette superbe balade Biarritz Arcachon par le bord de mer, car je la ferai avec un camarade en février 2008 et nous passerons cinq jours superbes, le jour le long de plages désertes et la nuit durant des bivouacs sous la gelée blanche. L'étape jusqu'à Cambo est longue, le goudron ça finit par casser les pattes. Pour la première fois en trois semaines j'ai des courbatures. La fin du parcours se fait sous la pluie. Cette nuit encore l'hôtel, monter la tente sous des trombes je n'en ai pas envie. Un coup de téléphone pour consulter les horaires de train, et demain en trois changements je rentre chez moi.

En conclusion je dirai qu'en écrivant ce récit avec deux ans et demi de recul, je suis étonné de la fraîcheur des souvenirs que j'en conserve. Sans doute le fait d'être seul y est pour quelque chose. En effet en montagne sans compagnon, on est plus exposé aux aléas et l'accident peut être beaucoup plus lourd de conséquences. Instinctivement on intègre cette situation et les sens sont plus en éveil. Cette concentration accrue favorise un meilleur contact avec la nature, et nous imprègne au delà de ce que l'on pense. Bien sûr je ne ferai pas l'apologie de ce genre de pratiques, qui présentent leurs inconvénients, et qui sont souvent réprouvées, normes de sécurité obligent. Cependant ces grandes balades en solitaire en montagne apportent beaucoup. Partir seul et durant trois semaines, n'avoir à s'occuper que de soi et focaliser toute son attention au point de vue matériel uniquement autour de la dizaine de sacs de congélation que l'on transporte dans son sac à dos, représente un immense repos de l'esprit. Pas de voiture, pas de papiers envahissants, personne avec qui négocier, pas de perte de temps à retourner une masse d'affaires. On ne possède que le strict nécessaire, les déballages et les rangements ne prennent pas de temps. On se sent comme affranchi d'une dimension matérielle, tout en se sachant autonome. Si j'aime partager des joies en montagne devant des paysages fantastiques et faire découvrir les lieux que j'aime, m'y trouver seul m'apporte une émotion qui m'est vitale.
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Votre avis sur la France
La France (j'allais dire notre pays , c'était oublier que le site VF est canadien, enfin c'est pas loin concernant les francophones, il s'agit de nos cousins😎), donc voilà ma réflexion: que vous ayez beaucoup voyagé ou pas, loin ou pas, à vélo, avec sac à dos (certains diraient bagpacker), en solo, en bivouac sauvage, en fréquentant les hôtels deux ou quatre étoiles, avec agence ou autrement, vous situez la France à quel niveau en matière d’intérêt touristique ou de voyage, car selon son point de vue j'ai constaté que l'on peut faire la différence entre touriste et voyageur? Je vous livre en matière de préambule mon sentiment, la France c'est le top du top et de plus en France il y a un paradis sur Terre (certains diront que c'est un pays indépendant) la Corse. Je précise je ne suis pas corse, mais lyonnais qui ne jure que par les Vosges. Au plaisir de vous lire Luc
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Skyscrapers, Markets, Ice Cubes, Tourism, and Waterfalls... Thailand's Excesses


A somewhat lengthy title... I could have simply written: from Bangkok to Chiang Rai, via Chiang Mai, since that was my route. But when poets embellish our travel journals with their verbal flourishes, you’ve got to try not to be too ordinary.

Skyscrapers of excess? You’ll have gathered that from the photo illustrating this journal—though it might change as the trip goes on.

The excess of markets—not so much in their size, though... Chatuchak... But in their sheer number. Day markets, night markets, floating markets, fresh produce markets, fish markets, meat markets, spice markets, fabric markets... and even... amulet markets... For luck, good fortune, protection. Not to mention, sadly, the market for girls—and boys, incidentally. I’ve even heard they’re displayed in windows. I’ve heard about that one, like you have, but I didn’t set foot in it, so I can’t say anything about it. Some even claim there’s a black-market trade in children. Disgusting! It reminded me of the book *The Parcel* by Anosh Irani, which I recommended in another journal. The story is set in India, but I’ve been told it exists in Thailand too. So, the "famous Thai markets" we’re bombarded with in paper and online guides—sure, they amazed me in the first few days, and I don’t regret visiting them. But no matter how big they were, I quickly got my fill since you saw the same things at every stall...

I had a market overdose.

Excess of tourism? I should say *tourists*, since I saw them literally swarming in the streets and those famous markets. I’d forgotten about them. I’d lost the habit, living in an Indian city for so long...

Waterfalls are a bit like markets. At this time of year, they’re not particularly spectacular, but they’re everywhere. There are the ones everyone goes to see. For example, Erawan, which I decided to skip even though it was in my original itinerary—I guessed it’d be a nightmare with the selfie circus. On the other hand, you come across them all over the place, hidden in the mountains and forests, not listed in any guide. Not to mention the ones you can find in temples or even private homes... Yes, really! Thais love waterfalls, so they install them in their gardens—and I even saw one in the middle of the city, right on the street! Sometimes they’re tiny, but very photogenic.

But what do ice cubes have to do with this? Why the excess of ice cubes? Not only are they everywhere by the ton, but they put them in *everything* you drink. You’d think they’d even put them in soup! And it’s not just one or two ice cubes—no! They fill the container to the brim, whatever it is, then pour the liquid on top to fill the gaps. They’ll make you an excellent coffee right in front of you, piping hot, then—bam! An avalanche of ice cubes in the glass. Okay, I’m exaggerating a little. They *do* sometimes ask if you prefer your coffee—or tea—hot. Everything edible, and especially everything drinkable, is refrigerated: vegetables, fruit, hot drinks (I mean, drinks that are *usually* hot), but meat and fish are left out in the open. They just wave a little whisk to shoo away the flies when they get too eager. Mind you, I never put fruit, cheese, eggs, or water in the fridge in France, but I do in India. And I refrigerate meat and fish too... Though sometimes one of those little flies sneaks into the fridge...

You won’t find practical or technical details in this journal, like addresses or prices. Others do that better than me. You also won’t find the names of obscure or unknown places I discovered, or directions to get there.

I don’t really feel like recounting what I saw day by day, following my schedule and route. There might be flashbacks, projections into the future. It’ll depend on my memories, what I felt, what I hated, what comes back to me—and maybe your questions and our exchanges. And for those who’ve never read me before, you’ll have to get used to my parentheses and digressions, maybe on a completely different subject, as my thoughts wander. Stories within stories. There’ll also be long, endless sentences—but still punctuated, so you can follow along. Though I used to curse Proust and his sentences that started on one page and ended on the next, sometimes even further. I’d have to reread them twenty times to follow and understand what he was saying. I hated Proust. But hey, I was 20. Maybe I’d like him now?

See? The digressions are starting already. Forgive me.

You’ll find few photos here. First, the number is limited, and second, photos aren’t the main purpose of either VF or a travel journal. They’re too often used to mask the poverty of the text. And, sorry to say it, but so many of them are just plain ugly! If you really want to see photos, I’ll share some links where you can browse them at your leisure
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Impression négative de l'Inde
Bonjour a tous,

J ai passe un mois en inde, avec mon petit ami, en janvier dernier.

Avant de partir, j ai largement utilise ce forum afin de preparer un itineraire qui nous a paru bien adapte. Nous voulions voir un maximum de choses. Nous avons donc fait Bombay, vol pour Jaipur, Pushkar, Udaipur, Bundi, Agra, Varanasi, vol pour Delhi, vol pour Bengalore, Ooty, Ernakulam et enfin un trajet sur les backwaters vers Allepey.

L arrivee a Bombay a bien sur ete depaysante, saisissante, mais supportable. Le reste des villes du Nord nous a paru insupportable, dans chaque ville nous etions presses de partir pour voir si c etait moins pire ailleurs. Le Sud nous a paru moins penible. Ce qui nous paraissait si difficile a vivre c est simplement les gens, le regard, les arnaques, on en venait a parler d harcelement quotidien!

Je reviens aujourd hui sur ce forum pour voir si d autres personnes ont ressenti la meme chose, apparement non. Mais je trouve ca vraiment surprenant, en Inde nous avons rencontre plus de touristes qui ne supportaient pas le pays plutot que ceux qui l appreciaient.

Je ne pense pas que j en viendrais a deconseiller de visiter ce pays, puisque chacun a son idee, mais je pense que les gens qui visitent ce forum doivent savoir que l Inde n est vraiment pas un pays facile et "enjoyable" (si quelqu un a un mot en francais pour ca, je prend).

Merci pour vos reactions.
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L'extinction de ce qui brûle, carnet d'un stage infirmier au Cambodge
Bonjour à tous,

Lecteur assidu du forum qui s'est avéré une aide précieuse lors de la préparation de ce voyage, j'ai finalement décidé de sauter le pas et de livrer à mon tour mon expérience et mes impressions. Au retour d'un stage infirmier dans un hôpital de Phnom Penh, j'ai rassemblé mes notes dans un court récit, afin de garder une trace de ces deux mois incroyables passés au Cambodge. Passionné de littérature de voyage, je me suis pris au jeu de l'écriture et bien vite, ce carnet de bord est devenu un compte-rendu très subjectif de ce que j'ai pu voir lors de mon échappée asiatique. J'y parle de ce que j'y ai vécu en tant qu'étudiant infirmier mais aussi de mon émerveillement lors de mes escapades à la découverte du pays.

Je vous en poste les premières lignes, en espérant que cela vous donnera envie d'en lire davantage. Si c'est le cas, n'hésitez pas à me le faire savoir et je mettrai la suite avec plaisir ! Je m'excuse par avance des coquilles, surement nombreuses, et des longueurs dans le texte, qui en rebuteront surement certains et qui correspondent à mon état d'esprit au moment où je l'ai rédigé. Avec un peu de chance, ce retour permettra de passer le temps à ceux qui sont sur le départ et rappellera peut-être des souvenirs aux autres, qui ont déjà râpé leurs sandales sur les pistes d'Angkor et les trottoirs de Phnom Penh.

L'extinction de ce qui brûle Carnets d'un étudiant infirmier au Cambodge

« La grandeur d’un métier est peut-être, avant tout, d’unir les hommes : il n’est qu’un luxe véritable, et c’est celui des relations humaines. » Antoine de Saint-Exupéry, Terre des Hommes

I De l’art de plier bagages

Combien d’heures passées, la tête entre les mains, à m’esquinter les yeux avec ferveur en dévorant les récits de Monod, Lévi-Strauss et autres explorateurs au long cours ? Combien de temps passé à les suivre dans leurs pérégrinations, promenant mon regard fiévreux sur un atlas fatigué en rêvant d’ailleurs lointains, d’archéologie exotique et de médecine tropicale ? J’ai appris ma géographie en accompagnant par la pensée ces scientifiques, aventuriers et voyageurs de tous poils dans leurs périples lointains, ivre de la musique de ces noms synonymes d’ailleurs : Adrar mauritanien, route des Incas, Terre de Feu, jungle indonésienne... « La toponymie est un moyen de transport », écrit Sylvain Tesson. Mes nuits deviennent blanches, à force de me surprendre en pleine lecture de ces récits de voyages. Je me laisse hypnotiser par les aventures indochinoises de Pierre Loti, redécouvrant les temples d’Angkor dans une terreur sacrée, et de Malraux pillant les mêmes avec une religieuse application. Fasciné, je suis les tours de roues des écrivains-voyageurs qui traversent à vélo cette Asie mystérieuse et envoûtante, en me faisant la promesse d’aller moi aussi, un jour, user mes semelles sur les chemins de ces contrées de légende.

Voyant se profiler à l’horizon la fin de mes études en soins infirmiers, je me livre à une introspection. Difficile de dire avec précision ce qui m’a décidé à devenir soignant sans échapper aux poncifs du genre. Peut-être est-ce la proximité avec les soignés, cette possibilité de mettre du sens dans mes actions et de me frotter aux buissons épineux de la vie et de ses accidents de parcours pour pouvoir avancer à mon tour ? En apprenant que certains se saisissent de leur dernière année pour partir voir comment l’on soigne aux antipodes, une idée me taraude, s’infiltre peu à peu pour hanter mes nuits et ne plus me laisser de repos. Partir ? Oui, mais où ? Avant même que la question ne se fasse jour, un nom brûle déjà mes lèvres. Cambodge, ce pays de mystères que j’ai tant de fois visité en pensée. Une ronde infinie de questions me paralyse : comment faire ? Que vais-je bien pouvoir apprendre là-bas ? Ne vaut-il pas mieux laisser le rêve de côté et se contenter de trouver un stage en France ? Pourtant, la monotonie de mon quotidien me pèse, je ne me satisfais plus des cours interminables sur les arcanes de la santé publique, ni de ces longues journées d’ennui dans un service de rééducation. A nouveau, une phrase de Tesson me revient : « A trop réfléchir aux raisons qui poussent à partir, on néglige de boucler son sac. » Ma décision est prise.

Fasciné depuis longtemps par cette destination, je ne tarde pas à rassembler les informations qui me manquent pour saisir les problématiques auxquelles le Cambodge est confronté. Ravagé par un génocide il y a seulement quarante ans, le royaume tente de relever la tête en oubliant l’horreur, le regard tourné vers un avenir encore incertain. Déterminé à devenir, lui aussi, un dragon au sein du marché asiatique, il a entamé une course folle vers sa modernisation, prêt à tout pour rattraper en marche le train de la mondialisation. Les malchanceux laissés sur les rails sont aussi nombreux qu’inaudibles, victimes de l’écart toujours croissant entre richesse et pauvreté, dont les retentissements se font ressentir jusque dans l’accès aux soins. Dans un pays où les accidents de la voie publique tuent cinq personnes par jour et où le traumatisme crânien est la première cause de mortalité aux urgences, la traumatologie revêt une importance significative. La chirurgie sera donc mon carton d’invitation pour partir à la rencontre des cambodgiens. Trois jours suffisent pour ficeler un dossier vantant les mérites de cette expérience internationale en usant du jargon de circonstance. Camille, amie précieuse et partenaire infatigable de treks en tous genres se joint à l’aventure. Sa spontanéité et sa bonne humeur ne seront pas de trop pour surmonter les moments de doute à venir.

En attendant les réponses à nos demandes d’autorisation et de financement, nous sommes pris de vertige devant ce saut dans l’inconnu qui nous attend. Qu’attendre d’un tel voyage, au-delà de la découverte d’une culture aux antipodes de la sienne ? Tout. Et rien. C’est parfois la meilleure manière d’éviter la déception née de l’incompatibilité du fantasme avec la réalité. En partant là-bas, j’ai bon espoir que le milieu des soins nous permettra d’en apprendre davantage sur le rapport des cambodgiens à la vie mais aussi à la mort, à la souffrance et au handicap. Je suis curieux de connaître leur façon d’appréhender le sacré et de savoir quel rôle la spiritualité et la philosophie jouent dans leur vie, pour les aider à surmonter les aléas d’une vie parfois très rude. Ce voyage est aussi l’occasion de prendre du recul, d’éclairer sous un nouveau jour notre manière de penser le soin en Occident.

Quelques semaines plus tard, l’accord de la direction de l’école claque comme le coup de feu annonçant le départ de la course : j’ai des fourmis dans les jambes depuis longtemps mais le départ est pris. Avides de découvertes, de rencontres et de nouvelles pierres pour nous construire, nous faisons nos sacs, le cœur déjà loin à l’Est.

II La colline de Madame Penh

Premiers pas sur le tarmac de l’aéroport. Un millier d’odeurs se disputent l’accès à nos narines en même temps que nos corps ont la sensation de plonger dans un bain d’eau chaude, tandis que nous forçons notre passage à travers cet air moite qui nous colle à la peau. Dans la lumière rasante de la fin de journée, nous pressentons Phnom Penh : tel un animal mythologique, sa présence s’impose avant même qu’on ne puisse la voir. Nous la devinons à sa rumeur, concerto pour klaxons et moteurs à bout de souffle, ainsi qu’à son parfum: effluves évanescentes de viande grillée et d’encens, additionnée de l’âcre odeur de l’huile de vidange. Ce premier contact nous laisse déboussolés, interdits, immobiles avec nos sacs à la main, comme attendant d’être tirés d’un rêve étrange. Reprenant nos esprits, nous nous jetons sur un chauffeur de tuk-tuk comme des naufragés sur un morceau de bois flottant et filons vers le centre, à travers le chaos de la circulation. Cramponnés à tout ce qui dépasse dans l’habitacle, nous nous en remettons à la dextérité du conducteur, qui fend le flot de véhicules sur sa monture pétaradante, sorte de Moïse des temps modernes traversant la mer du trafic phnom penhois.

Nous échouons finalement dans une auberge au décor de pub irlandais. En Asie, ces établissements à mi-chemin entre l’hôtel bon marché et l’auberge de jeunesse pullulent, proposant au voyageur fatigué le confort d’un lit à la propreté variable et la cuisine correspondante. Le propriétaire de notre point de chute, un américain jovial, semble y avoir trouvé le décor d’une existence confortable et tranquille. Nos valises déposées, nous décidons d’aller prendre le pouls de la ville, transformée par la nuit en un dédale de rues éclairées anarchiquement par quelques enseignes clignotantes et des lampadaires fatigués. Il fait 27° et sur les trottoirs, la vie déborde des logements exigus où la famille ne tient pas sans se marcher dessus. Ici, un homme ventripotent regarde la télé en short, là des passants sont rassemblés autour d’un restaurant ambulant duquel émane des effluves appétissantes, alors que des gamins jouent dehors en pyjama, sans que l’on sache au juste de quelle échoppe crasseuse ils sont sortis tels des diables d’une boîte. En revenant du quai Sisowath, nous faisons la connaissance des rats de Phnom Penh : gros comme de jeunes chats, ils traversent à toute vitesse le parc arboré qui nous ramène vers le centre. Soudain, un enfant s’approche, tout sourire, et me lâche un « hello » sonore en me tendant la main. J’esquisse d’abord un mouvement de recul, pensant que le môme va me réclamer un dollar, mais il n’en est rien. Il repart satisfait après m’avoir serré la main à l’occidentale, comme dans les séries américaines. Note à moi-même : goûter au voyage c’est libérer son esprit du poids de ses préjugés pour laisser de la place aux rencontres à venir... Plus tard dans la soirée, je m’assois dans un fauteuil en rotin sur le toit de la guesthouse. En face, le palais royal perce l’épaisseur de la nuit de ses centaines de guirlandes lumineuses. Autour de moi, Phnom Penh, perle de l’Asie, étale son bric à brac d’architecture coloniale, de façades décrépies et de pierres centenaires qui servent de refuge à un million cinq cent mille habitants. Dans cette atmosphère onirique de bout du monde, je me sens tout à coup arrivé.

Nos premiers jours dans cette mégalopole miniature sont occupés à nous trouver un logement dans l’ancien quartier français, à proximité de l’hôpital qui doit nous accueillir. Notre quête aboutit finalement dans un établissement aux prix modestes, où nous dégottons une chambre correcte (un seul préservatif usagé sous le lit !). Le gérant, un cambodgien anglophone à l’abdomen proéminent paraît ravi d’accueillir deux nouveaux occidentaux à qui il pourra vendre ses nouilles et ses boissons fraîches. Notre quartier général trouvé, nous partons rapidement à la découverte de la ville, profitant de ces quelques jours de flottement avant le début de notre stage pour l’arpenter en long, en large et en travers. Nous nous laissons porter par nos pas, ivres de l’atmosphère créée par le parfum des fleurs cuisant doucement au soleil et de la poussière en suspension, filtrant la lumière du soleil sur les grandes avenues du centre. Nous errons dans les ruelles jonchées de détritus où, le soir venu, s’organisent des matchs de volley endiablés entre adversaires torse-nus, jeunes adultes grandis trop vite et retrouvant, l’espace de quelques heures, une innocence perdue. Je repense à Nietzsche, qui disait que la maturité de l’homme consiste à retrouver le sérieux qu’il avait au jeu étant enfant…

Un dimanche, notre vagabondage quotidien nous mène au Wat Phnom, le plus vieux temple de la ville. Situé dans un écrin de verdure au beau milieu de la ville et à deux pas du Mékong, il semble parfaitement intégré dans l’espace urbain qui l’entoure. Lieu sacré dédié au Bouddha, son grand stupa immaculé renferme les restes du dernier empereur d’Angkor, qui a fui son palais lors de l’invasion Siam du XVème siècle. Selon la légende, une certaine Daun Penh, ou « Grand-mère Penh », aurait aperçu, flottant dans le Mékong, un tronc d’arbre dans lequel reposaient des statues sacrées. Les dieux avaient littéralement abandonné Angkor. Avec l’aide de quelques villageois, madame Penh recueilli les objets sacrés et les installa dans un petit temple au sommet d’une butte en terre érigée pour l’occasion. La ville alentour s’étoffa et devint Phnom Penh, « la colline de madame Penh ». Au sommet de ce monticule d’une trentaine de mètres, les murs blancs du temple veillent sur la ville, indifférents aux aléas de l’Histoire. Il s’agit d’un lieu de rassemblement, où l’on vient autant pour s’attirer les faveurs du Bouddha en lui déposant quelques offrandes que pour venir s’asseoir à l’ombre des grands arbres qui entourent le lieu saint. Dans les feuillages des longaniers, quelques singes s’échangent les nouvelles du jour alors que des mélodies traditionnelles émanent du sommet de la colline, s’élevant vers le ciel comme une fumée d’encens.

Poursuivant notre exploration, nous atteignons le musée national des beaux-arts. Conçu par l’Ecole Française d’Extrême-Orient au début du siècle dernier, il s’inspire à la fois de l’architecture traditionnelle khmère et du style colonial. Il constitue la preuve que certains ont fait le choix de respecter le pays dont ils étaient les hôtes, plutôt que de le marquer au fer rouge d’une domination occidentale nauséabonde. Le palais royal, lui, n’aura pas bénéficié de la même attention : dès leur entrée dans le pays, les sujets du Roi de France ont gravé leurs fleurs de lys sur ses magnifiques dalles en argent. Nous parcourons les salles de ce musée, à peine aussi grand qu’une aile du Louvre. En plus d’être un oasis de fraîcheur dans l’atmosphère brûlante de la ville, il renferme de véritables trésors extraits des temples à travers le pays pour les protéger des pillards. Des statues pré-angkoriennes nous toisent de leurs regards énigmatiques, alors qu’un peu plus loin, des linteaux de pierre racontent le fracas des batailles antiques, danses frénétiques où les chars affrontent sans merci les éléphants de guerre. De temps à autre, une femme âgée nous propose de lui acheter une fleur de lotus ou quelques bâtonnets d’encens pour les déposer au pied d’une statue de Bouddha ou d’une représentation d’Harihara, déité syncrétique unifiant les figures de Vishnu et de Shiva. Quelques moines en toges safran venus visiter le musée s’arrêtent au passage et saluent avec respect les images sacrées. Pour les voyageurs que nous sommes, la scène est étrange : imagine-t-on des nonnes déposer des bougies aux pieds de la Vierge à L’enfant de Da Vinci ? Ici, les avatars du divin, pour être des œuvres d’art, n’en continuent pas moins d’être vénérées, inscrivant ce musée dans la vie spirituelle et culturelle du pays, au même titre que ses temples. Au détour d’une allée ouverte sur le luxuriant jardin central, la figure de Prajnaparamita, déesse de la parfaite sagesse du Bouddhisme, m’arrête en plein élan. La finesse de ses traits, l’aura de mystère et de beauté qui s’en dégagent m’hypnotisent et me figent. Je me perds dans la contemplation de son visage, transpirant la sérénité. Peut-on tomber amoureux d’un bloc de pierre ? Dehors, de jeunes moines se reposent autour d’un bassin à l’ombre de leurs parapluies orange. Ils discutent tranquillement, indifférents aux cliquetis des photographes en herbe trop contents de pouvoir immortaliser la scène, qui figurera en bonne place dans leur diaporama de vacances.

Pour nous imprégner davantage de la vie de Phnom Penh, nous visitons ses marchés, foisonnant de vie. Le Phsar Thom Thmey, d’abord, grand marché central de l’époque française dont la coupole art déco fait partie des vingt plus grandes au monde. Le marché russe, ensuite, dédales d’allées sombres et surchauffées où un bric à brac invraisemblable remplit l’espace du sol au plafond. On y trouve tout ce qu’il est humainement possible de vendre : depuis les étoffes aux couleurs éclatantes jusqu’aux pièces de viande se balançant à hauteur du visage, en passant par l’électronique chinoise, les pièces de mécanique, les vêtements contrefaits et les répliques d’œuvres d’art. Attaque en règle des cinq sens, qui frise l’overdose sous les assauts répétés de ces stimuli incessants.

Le soir nous rentrons à la guesthouse, fourbus par les kilomètres faits à pied plutôt qu’en tuk-tuk afin de favoriser notre immersion dans la ville et aussi d’économiser quelques dollars précieux. Notre auberge est une sorte d’oasis urbain où les backpackers fatigués et les expatriés gouailleurs se retrouvent à la tombée du jour comme des animaux à un point d’eau. Enfoncé dans un fauteuil, je me livre à une ethnologie sauvage de cette faune hétéroclite entre deux verres de tequila bon marché – n’ayant pas le cœur d’essayer le Mékong Whisky, la production locale. Des individus que tout sépare se côtoient dans cette version cambodgienne de l’auberge espagnole. Ici une voyageuse aux habits colorés lit en silence, indifférente aux borborygmes d’un finlandais éméché venu chercher une énième bière tandis qu’un américain schizophrène s’occupe à faire taire les voix qui résonnent dans sa tête en monologuant dans un coin. Tous, du rabatteur au visage creusé par la métamphétamine jusqu’au jeune touriste hébété semblent trouver leur compte dans cette ambiance de liberté façon beatnik, arrosée d’alcool, de substances indéterminées et d’une quête d’absolu un peu vaine. Dans la moiteur de la nuit tropicale, les mouvements semblent se diluer dans l’air, les corps ne plus faire qu’un avec le bain dans lequel ils sont immergés. Dans cette atmosphère féconde qui infiltre chacun de mes pores, je griffonne inlassablement sur mon carnet, couchant sur papier les impressions laissées par ce voyage dans l’Ailleurs, les mégots de mes Alain Delon – les acteurs se fument au Cambodge – s’entassant dans un cendrier sur la table basse. Demain est une page vierge qu’il me tarde de remplir.
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Première découverte du nord Vietnam, un très beau voyage mais...
Voilà bientôt deux mois que nous sommes rentrés (voyage du 21/9 au 6/10), les impressions se sont un peu décantées, le tri des photos est en bonne voie et la rédaction du récit avance (doucement mais ça avance 😇). Il est donc grand temps que je commence ce carnet.

GENÈSE DU VOYAGE

Pourquoi le Vietnam ?

Depuis quelques années, nous avons l'habitude de partir systématiquement vers l'ouest qui nous a largement comblés. Cette fois-ci, une envie "d'autre chose" nous pousse à regarder vers l'Est. Pourquoi pas l'Asie ? Nous ne connaissons ni l'un ni l'autre. C'est une idée de mon homme, en ce qui me concerne, l'orient n'a pas encore réussi à faire naître, dans mes jambes et dans ma tête, ce fourmillement qui déclenche un voyage mais j'adopte volontiers l'idée, curieuse, comme toujours.

Je me colle au sujet, écluse la toile, les guides touristiques. D'emblée la Thaïlande et l'Inde seront écartés. J'en ai trop entendu parlé. La Chine me tente mais c'est si grand que je m'y perds avant même d'y poser un pied. J'ai envie d'authenticité, de beaux paysages, pas d'un parcours formaté. Je veux construire notre voyage.

Mon regard glisse sur la carte, cherche dans toutes les magnifiques photos postées par d'autres voyageurs, s'envole en parcourant des récits, des expériences, des impressions diverses et finit par s'arrêter sur le Vietnam. Pourquoi là ? Peut-être le vague souvenir de quelques cours d'histoire, la sensation d'un passé commun, d'un bout de chemin, prometteur et douloureux parcouru ensemble. Mettre une réalité, un présent sur le passé et faire basculer tous ces clichés un peu surannés dans le XXIème siècle.

Était-ce un bon choix pour une première découverte de l'Asie ?

Je n'ai pas de réponse juste une question qui s'impose à notre retour. Pour l'authenticité et le dépaysement, sans conteste oui. Pour la beauté des paysages, j'attendais sans doute plus que je n'ai trouvé. Un très beau pays mais pas de waouh, pas d'évidence, aucun de ces moments où l'on reste juste scotché. Mais c'est peut-être affaire de circonstances. je vous laisse juger au fil de mon récit, forcément subjectif, forcément engagé, comment pourrait-il en être autrement.

Ce sera le Nord, en automne

Très vite, la silhouette de dragon de ce pays qui s'étire du nord au sud et barbotte dans la Mer de Chine me met face à une évidence : les distances, les différences de climat, le peu de temps dont nous disposons, à peine 15 jours, ont vite fait d'opérer une saine sélection. Pas question, pour nous, de courir de train en avion. Ce sera donc le nord et juste le nord. Hanoi et Ha Long sont d'autorité sur la wish list. S'y rajouteront, au fil de mes recherches la baie d'Halong terrestre, facile à explorer en solo et le nord avec ses rizières que j'aimerais découvrir au moment des récoltes. On hésitera un peu avant d'inclure au programme, en prime, les montagnes et paysages minéraux de l'extrême nord-est.

L'automne, c'est théoriquement l'époque où la période des pluies s'achève dans le nord. J'ai la naïveté de croire ou de vouloir croire que c'est une saison propice. Mais la météo n'est pas une évidence, ni ici, ni ailleurs. Au final, nous ne nous en sommes pas trop mal sorti du moins dans la première partie de notre périple. Pour la fin, c'est une autre histoire ! Et ne croyez pas qu'une pluie de mousson dure juste 5' ou même 1h. Elle peut durer toute une journée, plusieurs journées même en reprenant à peine son souffle. Nous avons donc découvert le sens exact de l'expression "être trempé jusqu'aux os" 😏. Et en suivant les actualités climatiques après notre retour, je me suis dit que finalement, on s'en était bien tiré. Plus de détails dans le récit journalier si ça vous dit ...

Quelle formule ?

Nous avons pris l'habitude, ces dernières années de voyager en totale liberté, location de voiture, arrêts où on le souhaite, quand on le souhaite, aussi longtemps qu'on le souhaite et balades à pied sur le même mode.

Mais ici, impossible de louer et de conduire soi même une voiture. Les transports en commun me paraissent un mode de transport un peu rigide, surtout pour une durée de séjour courte. On n'est pas des adeptes de la moto. Donc il nous reste la solution de la voiture avec chauffeur et guide puisque généralement les chauffeurs ne font office ... que de chauffeur 😛

C'est une formule que nous appréhendions un peu et ce voyage confirmera nos craintes. Si cette solution comporte des avantages, elle a aussi un certain nombre d'inconvénients non négligeables. Pas l'idéal en ce qui nous concerne et je ne pense pas qu'on retentera un jour une telle expérience. Affaire à suivre ...

L'agence

Plusieurs mois avant le départ, j'ai demandé des devis à 3 agences locales parmi les mieux notées ou du moins, parmi celles le plus souvent citées, en précisant nos desideratas ainsi que l'itinéraire que nous souhaitions suivre, celui-ci ayant été affiné avec l'aide de gentils forumeurs 🙂

Les trois propositions reçues ont été sensiblement équivalentes au niveau du prix cependant, une des agences s'est montré assez peu réactive tandis que la deuxième a cherché dans un premier temps à nous "coller" un circuit tout fait puis dans un second temps à adhérer à toutes nos demandes sans le moindre conseil et enfin à nous inonder de publicités et de rappels. La troisième agence a été très pro du début à la fin, prompte dans ses réponses, à l'écoute de nos demandes, suggérant certaines modifications sans jamais de relance intempestive. C'est donc avec eux que nous avons signé pour 8 jours de circuit guidé dans le nord, la réservation d'une croisière plus quelques transferts programmés. Tout s'est parfaitement déroulé du début à la fin et nous n'avons regretté qu'une seule chose, que l'attitude de notre guide n'ait pas été à la hauteur de celle de son employeur, GP travel 😕

Remerciements

Avant de commencer le récit à proprement parlé (enfin 😊!) Je tiens à remercier tous les "piliers" du forum Vietnam (et les autres aussi) qui, au-delà des chamailleries qui émaillent parfois certaines discussions, m'ont beaucoup aidée à construire ce voyage, directement ou indirectement. Je ne citerai personne en particulier de peur d'en oublier mais je suis certaine qu'ils se reconnaîtront 😉

Merci aussi à tous ceux qui prennent la peine de faire, ici ou ailleurs des retours ou des carnets, des blogs, des sites, de partager des photos ou des impressions. Au-delà du simple plaisir de les lire, ils sont une source d'inspiration et une aide considérable.

S'il ne fallait mentionner qu'un site à consulter, je citerais celui de Hanh, une jeune vietnamienne, que j'ai trouvé particulièrement remarquable et bien construit. Merci à elle pour le partage !
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Les Indiens Lakota, véritable nom des Sioux, ont rompu les traités signés par leurs ancêtres...
...Il y a plus de 150 ans



"Nous ne sommes plus citoyens des Etats-Unis d'Amérique", a annoncé mercredi dans une conférence de presse le représentant des descendants de Sitting Bull et Crazy Horse, Russel Means. Une délégation de responsables Lakotas a indiqué qu'ils se retiraient unilatéralement des traités signés avec le gouvernement fédéral, certains datant d'il y a plus de 150 ans. Les traités représentent "des mots sans valeur sur du papier sans valeur" et ont été "violés maintes fois afin de voler notre culture, notre terre et nos coutumes", indiquent les responsables de la tribu dans un message adressé au département d'Etat. "Nous ne sommes plus citoyens des Etats-Unis d'Amérique et tous ceux qui vivent dans les régions des cinq Etats que comprend notre territoire sont libres de nous rejoindre", a déclaré Russel Means. Ce territoire comprend des régions du Nebraska, du Dakota du sud, du Dakota du nord, du Montana et du Wyoming (nord-ouest des Etats-Unis). "Nous avons signé 33 traités avec les Etats-Unis qui n'ont pas été respectés", a indiqué pour sa part Phyllis Young, une militante de la cause indienne qui a aidé à organiser le première conférence internationale sur les droits des indigènes en 1977. Des leaders Lokotas se sont également rendus en délégations auptrès des ambassades de Bolivie, du Chili, d'Afrique du Sud et du Vénézuela. Ils comptent entreprendre une mission diplomatique dans plusieurs pays au cours des prochains mois, ont-ils annoncé.

Les Lakotas ont été la seule tribu à infliger une défaite à l'armée américaine. Une des leurs figures légendaires, Sitting Bull, est connu pour avoir défait le général Custer à la bataille de Little Big Horn en 1876 dans le Montana. Mais le 29 décembre 1890, l'armée US massacrait 200 Indiens Lakotas, dont des femmes et des enfants, à Wounded Knee.

Le point de vue que je partage: Les lakotas, les navajos, les hopis, et les chumash entre autres (ils sont loin d'être les seuls), n'ont pas perdu leurs cultures qui si elles ne sont pas encore florissantes, du moins sont énergiquement ré-émergentes.

Beaucoup de nations natives redeveloppent leurs langages, comme l'ont fait les grecs et les israéliens au 20e siècle. Ils ouvrent même leurs propres écoles et universités (en collaboration avec des ethnologues et des linguistes). Peu à peu la tutelle abusive du gouvernement fédérale est discréditée, même dans l'esprit de + en + d'américains d'origine européenne. Pas seulement par la continuation des brimades et le parcage en réserve, mais aussi la meilleure connaissance de leur propre histoire nationale cachée (l'internet c'est très pratique et les natifs américains communiquent ces faits maintenant), le vol de million de m3 de pétrole par an appartenant aux navajos, les autres ressources minérales des réserves indiennes exploitées en leur nom, mais dont l'état "oublie" de redistribuer les dividendes aux tribus, les belles vallées californiennes qui appartiennent de droit aux chumahs, et dont la population est si faible (ranches immenses dont les travailleurs habitent "en ville" assez loins), que leur rétrocession ne changerait presque rien pour la société californienne (si, ça changerait énormément pour les énormes "propriétaires"terriens dont, surtout pour les vignobles, certains sont français) :Celle de Santa Inès qui produit tous ces vins et où les chumash sont "autorisés"à exploiter un casino pour subvenir aux besoins de la tribu, mais pas à développer des logements pour remplacer leur bidonvilles, ni à annexer (même au prix du marché ou+) de nouveau terrains vacants (trop de développement c'est pas écolo: l'argument, s'il n'était écœurant de mauvaise fois, aurait de quoi faire sourire de la part de ce fanclub de Bushistes acharnés).celle d'Ojai, un territoire sacré, où le comté de Ventura a eu le culot de vouloir installer une décharge publique quasiment au pied d'un de leurs monticules funéraires ancestraux (On a complètement ignoré leurs objections, mais comme Larry Hagman , qui y a un ranch, a dit niet: la chose ne s'est pas faites ) etc... Je ne crois pas qu'il existe une tribu, sur tout ce continent, (et sur tous les continents, en fait) qui n'ait souffert de spoliation. Il y a peu, le Canada a finalement autorisé une "autonomie" aux Inuits sur leur territoire du Nunavut. Tout à la fois j'espère, et je n'ose espérer, que va venir le temps où tous les peuples indigènes auront ce droit, où une véritable fédération pacifique verra éventuellement le jour à la place des USA, Canada et Mexique, qui donnera toute sa place à tous les peuples d'Amérique du Nord. De ceux qui sont arrivés il y a 10 000 ans, à ceux qui sont arrivés "hier".

Je me prends à rêver qu'un jour, au moyen Orient, en Afrique, partout il en sera ainsi! Joyeux Noël ( en Lakota ) Wanikiya tonpi wowiyuskin / Omaka teca oiyokipi
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Retour des Émirats le 29 mars 2014 sur le MSC Lirica
Bonjour,

Nous partons pour la croisiere de retour des Emirats sur le Lirica le 29 mars 2014 et nous souhaitons connaitre les excursions les plus interressantes sur MSC. Eventuellement compte tenu des prix, savoir si on peut par nous meme trouver des taxi ou des tours operateurs locaux un peu moins chers que les excursions MSC. Nous avons deja pre-reserve Pétra par MSC compte tenu de la durée de l excursion par securité. Par le biais du forum, peut etre pouvons nous nous échanger nos infos et éventuellement se regrouper pour avoir des taxi a 4 ou 6 personnes.
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Retour et impressions après 20 jours à l'ouest … des USA
En cet fin d’automne hivernal, alors que les jours raccourcissent et que les nuits s’allongent, que parfois le blues s’installe avec la grisaille persistante, je vous invite à un voyage au soleil, notre voyage, le premier aux USA. Il est certes classique, sans doute banal, rien avoir avec les merveilles publiées par nos chers « piliers » du forum. J’ai longtemps hésité à le poster, doutant de son intérêt et voilà, aujourd’hui je me lance. Que chacun y prenne ce qu’il souhaite ! C’est cela, après tout, l’esprit du forum. 🙂

Notre voyage a été une réussite et c’est en grande partie grâce à vous, à vos carnets de voyage, vos réflexions, vos blogs, vos réponses à mes questions, vos avis, vos conseils, vos discussions que j’ai souvent suivies dans l’ombre. Je ne citerai personne, j’en oublierais c’est certain, mais je pense que beaucoup se reconnaitront. A vous tous pour votre temps donné, partagé, MERCI ! 😏

Ce compte rendu comporte quelques remarques pratiques et surtout, des impressions personnelles qui pourront surprendre et qui ne sont donc pas forcément celles de tout le monde.

Road trip prévu du 12 juillet au 1er aout 2013 :

Arrivée PHOENIX, 1 nuit

PHOENIX > SEDONA, 1 nuit

SEDONA > GRAND CANYON, 1 nuit

GRAND CANYON > MONUMENT VALLEY, 1 nuit

MV > PAGE via Navajo National Monument, 2 nuits

PAGE > BRYCE CANYON via Kanab, 2 nuits

BRYCE > LAS VEGAS via Zion NP et Red Cliffs, 2 nuits

LAS VEGAS > DEATH VALLEY via scenic road, 1 nuit

DEATH VALLEY > MAMMOTH LAKES via Lone Pine & Alabama Hills, 2 nuits

MAMMOTH LAKES > EL PORTAL via Tioga road, 1 nuit

EL PORTAL > FISH CAMP, 1 nuit

FISH CAMP > SAN FRANCISCO, 4 nuits

Participants : famille de 4 personnes avec 2 ados de 19 et 16 ans, fille et garçon.

Hôtels :

Réservation de tous les hôtels soit par booking.com, soit directement, presque 10 mois avant, tous annulables sans frais. Aucun problème sur place et aucune surprise niveau prix.

Nous avons choisi en priorité des hôtels dans ou proche des parcs (objectif : gagner du temps et profiter au max), souvent avec piscine (on n’y reste jamais longtemps mais qu’est ce que ça fait du bien, en soirée, de s’y détendre un moment !), gamme de prix moyen/sup (pas mal de Best Western) et, lorsque c’était possible (en l’occurrence 11 nuits sur 19) avec 3 couchages (3 lits ou 2 lits + canapé lit). Mes ados sont en effet de taille conséquente et pas toujours enclins à une promiscuité quotidienne. Ceci a été le gage d’une certaine « sérénité » pour un surcoût consenti.

A 2 reprises (Las Vegas et Mammoth Lakes soit 4 nuits) nous avons loué un véritable appartement, 2 chambres et une vraie cuisine ce qui nous a permis de rompre avec la routine pique-nique, restaurant et de faire une pause en prenant un peu plus nos aises, appréciable sur un trip de presque 3 semaines.

Vols :

Réservés bien après les hôtels.

Départ du Luxembourg vers 11h30 via British Airways, 2h30 d’escale à Londres et arrivée 17h à Phoenix. Pour le retour, départ de SF vers 19h, 2h30 d’escale à Londres et arrivée Lux à 18h.

Aucun problème à l’aller comme au retour. À l’aller, Il a bien fallu 1h30 pour changer de terminal, beaucoup de monde aux différents contrôles. Par contre, au retour, 30 minutes auraient suffi. L’aéroport de Londres Heathrow est très bien indiqué, avec du personnel partout pour renseigner et orienter les voyageurs. Impossible de s’y perdre.

Sur British Airways : écrans individuels, 6 films en français, beaucoup plus en anglais (normal non ?) Bonne surprise au niveau des repas qu’on a trouvé vraiment bon (pourtant, je vous assure que je suis difficile) et personnel naviguant très sympathique et souriant ce qui ne gâche rien. Bref, une bonne surprise là aussi.

Voiture :

Réservée avec locationdevoiture.fr pour leur prix et la clarté de leurs contrats. Prestataire Alamo.

Après avoir longtemps hésité, SUV, pas SUV, nous avons opté pour un Dodge Grand Caravan. Oui je sais, c’est grand pour 4 mais on n’avait pas envie de s’embêter et là, c’était juste génial niveau coffre et confort. On avait 4 gros sacs de voyage, 4 petits sacs à dos (pas toujours si petits que ça) auxquels se sont rapidement rajouté une énorme glacière, un sac d’épicerie diverse et bien sûr l’inévitable sac de linge sale sans compter les bidons d’eau de réserve, les chaussures, bref tout le foutoir qui s’accumule inévitablement au fil des jours.

Assurance : formule complète avec garantie pneus, dessous de caisse et bris de glace parce que je suis d’un naturel plutôt stressé. Évidemment, c’est toujours quand on l’a qu’on n’en a pas besoin ! Tant mieux, ça m’arrange !

Pas d’attente au comptoir à l’arrivée (si, c’est possible), l’employée nous informe des assurances optionnelles et devant mon visage fermé et mon « no thank you » peut-être un peu trop catégorique me rassure : « c’est juste pour que vous soyez au courant » sans insister d’avantage. OUF !

Voiture sans problème, 2 jeux de clé (séparés !), roue de secours, notice dans la boite à gant, vidange faite récemment. Consommation : un peu plus de 9l/100km (après conversions diverses) sur 4200 km. On l’a abandonnée à l’aéroport de San Francisco avec regrets.

Repas :

10 petits-déjeuners sur les 19 nuits étaient inclus dans le prix des chambres, les autres ont été pris à l’extérieur ou dans la chambre.

A midi : pique-nique à chaque fois, sandwichs, salades, fruits, gâteaux … sauf à San Francisco.

Le soir : 3 restaurants et sinon, repas dans la chambre (salades, soupes, plats cuisinés congelés ou non et 1 seule fois un mac do). Je sais, on n’a pas privilégié la gastronomie locale mais franchement, le soir on était crevé.

Résultat : un bilan nourriture bien inférieur à 15 $/pers/j boissons comprises.

Remarques : on trouve tout, ABSOLUMENT TOUT, PARTOUT, des fruits nettoyés ou non, des légumes pour les salades en rayons entiers, des pâtes, du thon, des condiments (huile d’olive, vinaigre balsamique !!!), du jambon, du fromage (même si je n’ai pas trouvé le meilleur) etc … et tout cela en supermarché. D’accord, il n’y a pas la baguette de chez nous mais des pains de mie, aux céréales, au lait … Franchement, il faut arrêter de dire que la nourriture est mauvaise et le choix restreint ! J’avais lu tellement d’âneries à ce sujet que j’avais fini par y croire 😮 alors, si je peux un peu inverser le mouvement …

J’en ai fini avec les considérations générales. Promis, la prochaine fois, on rentre dans le vif du sujet.

A bientôt ! 😉
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Clopin clopant sur les sentiers battus d'Utah - mai 2017
L'heure des vacances a sonné. Voici un ixième carnet de voyage, pour ceux qui ne partent pas, partiront plus tard ou, comme nous, sont partis plus tôt.

Ouest USA : 4ème opus. A ce stade là, on peut déjà être qualifié de "mordus". C'est d'ailleurs ce que pense notre entourage. Mordus, on l'a été dès notre premier voyage, parcours classique, en été. Dès le retour on s'était dit qu'on reviendrait. Et on l'a fait, en plein hiver, un "short trip" qui nous a laissé émerveillés, éblouis de lumière et de panoramas époustouflants. On y est retourné, encore, plus au sud, l'automne dernier. Et toujours cette même sensation de découverte, cet ensorcellement des sens, cette ivresse des grands espaces.

Alors, quand on a annoncé ce quatrième voyage, au printemps cette-fois ci, ça n'a étonné personne. Si j'avais eu des doutes les trois premières fois, là, je n'en avais plus. Au programme l'Utah, une grosse pointure, un séjour centré sur la randonnée et des sites à la carrure impressionnante. Je ne me suis pas posé de questions ou si peu. J'aurais sans doute du. Si la météo a été avec nous en cette fin mai, d'autres événements inattendus ont perturbé nos projets. Un séjour en demi-teinte, qui oscille la plupart du temps entre euphorie et frustration.

L'Utah, on n'avait fait que l'effleurer lors de nos précédents voyages. Démarrant invariablement nos parcours plus au sud, nous n'avions encore jamais franchi la ligne fictive liant Bryce à l'Ouest à Monument Valley et Durango à l'Est. Pour ce voyage, nous nous contenterons donc d'un seul état et comptabiliserons beaucoup moins de miles que les fois précédentes. Je pensais que ce serait un atout mais finalement, nous avons un peu regretté un certain manque de diversité.

Avant de clore ce préambule, je veux, encore une fois, remercier tous ceux qui m'ont aidée, directement ou indirectement à mettre sur pied ce voyage. Leur aide m'a été précieuse et je leur suis infiniment reconnaissante pour avoir partagé leurs expérience et informations. 🙂

Itinéraire prévu (du 22 mai au 4 juin) :

J1 Arrivée à Salt Lake City J2 SLC > Moab J3 Moab J4 Moab J5 Moab > Monticello J6 Monticello J7 Monticello > Caineville via UT 95 J8 Caineville > Torrey via UT 24 J9 Torrey J10 Torrey > Escalante via UT 12 J11 Escalante > Cannonville J12 Cannonville > Cedar City J13 Cedar City > Provo J14 Provo > SLC et vol retour

Volontairement, je n'ai pas détaillé les activités des différentes journées puisque la réalité a été un temps soit peu différente de ce qui était programmé à l'origine.

La suite ici
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Missionnaires: quel impact selon vous?
Bonjour,

suite à quelques voyages, quelques rencontres surprenantes dans des coins dit reculés et des lectures d'articles et de bouquins, je me pose bien des questions sur les missionnaires.

Ces hommes et ces femmes parcourent la terre avec comme seul élément dans leur sac à dos, la Bible ou certainement le Coran, (pour ma part, je n'en pas rencontré) et autres livres religieux. Ceux-là, ces itinérants ont tendance à me faire "rire", j'avoue...en même temps, cela m'intrigue d'avoir un tel but dans son voyage. Amener à des inconnus sa vérité et tenter de faire accepter celle-ci plutôt que d'en découvrir d'autres.

Ou bien, plus encore, ils se posent, famille réunie, avec l'accord d'un chef auprès d'une minorité, d'une ethnie ou autre appelation d'autochtones. Et là, il s'agit d'un travail en profondeur, en ce sens que le blanc fait un travail d'acceptation pour tenter de devenir lui-même, de part son attitude, un exemple auprès de minorités de culture ancestrale...jusqu'à ce qu'ils se penchent sur le fameux livre.

Evangéliser, christianniser...ça me gène...en même temps, on va me dire, c'est pour revaloriser la place de la femme, leur donner des notions d'hygiène etc...

Oui, une femme des Témoins de Géovah avait tout laché en France avec son mec pour d'après ces dires, "alphabétiser" les plus démunis dans un village de la brousse béninoise via...leur "livre". Je n'avais pas assez de temps pour rester avec eux voir comment cela se passait, et me faire un avis sur des réalités plus concrêtes que ces dires. D'un côté, il y avait quelque chose de reconnaissant, d'un autre il y a le profit de la vulnérabilité etc...il y a ce côté intérressé. Comme un appat.

Une famille entière a quitté sa grande ville californienne et tout le confort qui va avec, ainsi que la situation, pour attérir avec les 2 jeunes enfants dans un village Samburu au Kenya. Les photos dévoilent leur chemise plus que blanche à col rond, la raie sur le côté. Eux ont bien du mal à imposé leur livre, du coup, ils veulent l'adapter, faire des cours sous l'accacia par exemple pour plus d'impact. Et la fille de 13 ans qui signe de son "le message de Dieu ne m'a jamais dit d'être missionnaire" puisqu'elle a du mal ici, et subit le choix de ses parents.

Une autre famille s'installant chez les Fayou oblige les enfants à s'habiller et se laver pour aller dans l'école créé par la mère, et donnée en indonésien (alors que linguistes, les missionnaires avaient appris parfaitement leur langue, habitant depuis 10 ans à leurs côtés). Là, évidemment, leur présence a permis de préserver leur communauté, dans le sens où se faisant la guerre continuellement par rapport à la terre, aux femmes ou au cochon, les fayou vivaient dans la terreur et souvent peu de temps.

Au Soudan, ce sont les missionnaires qui tentent de convaincre le gournement de Bush de mettre des moyens ...

Il y a un sentiment colonisateur dans leurs missions que je garde dans la tête, un pas de plus vers la mondialisation...

Bon, je vais m'arrêter là, mais je voulais savoir quel est votre sentiment sur ce sujet, s'il vous interresse ou interpelle. Si vous aviez rencontré des missionnaires, et quels ont été vos sentiments sur leur impact, leur place etc.

Merci.

(je précise que je suis agnostique)
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Votre souvenir frappant dans le Sud-Est asiatique?
pour changer un peut des post << comment? ou? achats, et je cherche un bon plan >> On pourrais discuter sur quelle a été le moment le plus fort pour vous, dans le sud est Asiatique ( je sais le piaf et sa mémoire d'éléphant va dire, cela a été fait, , ) mais je tente le coup, ,

Comme il faut donner l'exemple, , l'un des moment les plus fort qui est graver dans ma mémoire donc cela a du être fort ...... fut il y a bien+ 25 ans en Birmanie sur le lac Inle, , a l'époque il était formellement interdit de rester sur le lac, et bien sur personne n'osait heberger un toke comme moi🤪, mais ils ont eut l'idée de me faire dormir dans l'école du village, parmi les bancs de la classe, après avoir très bien dormi, les habitats m'ont fait lever pour donner place aux écoliers, , c'est la que j'ai vu un des plus beau spectacle de ma vie, , tout ces petits ecoliers venant par leur propre bateau le soleil levant a l'horizon, pas un bruit, , et chose curieuse tout les bateaux étaient a la taille des enfants, , si c'est un frère et une soeur, le bateau est moyen, , si l'enfant a 5 ans il est très petit, , pour le grassouillet du coin le gros bateau, , et tout ce petit peuple en uniforme impeccable, , ( a l'angalise ) a ce moment la je me suis dis je suis vraiment en Asie, , depuis ce moment la Birmanie est l'endroit que je préfère de tous, , comme quoi peut de chose peut impregner une personne a vie, , a vous, , , , , , , ,

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Bateau Norwegian Gem et sa croisière actuelle? (début août 2009)
bonjour à tous.

j'ai besoin de renseignements sur le norvégian gem, la vie à bord, l'itinéraire. (barcelone, barcelone)

c'est restauration en freestyle je crois ?

y a t'il des français à bord ? une hotesse francophone ?

le personnel à t'il un minimum de considération pour les français ? ou ce sent t'on vraiment isolés et à l'étranger ?

les menus sont t'ils en français ? y a t'il un "today" en français ?
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Espace Affaires et Espace Première sur Air France
De nombreux forums sur VF traitent des salons, des sièges, des repas ou de l'accueil à bord sur Air France, mais aucun ne regroupe les quatre sur un même forum. Je propose cette page -sur le modèle de Skytrax- pour traiter des expériences, heureuses ou malheureuses en cabine l'Espace Affaires ou l'Espace Première sur Air France. En voilà quelques unes pour commencer.
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From Avignon to Casamance Without Flying
Hi there,

Last February, I made a trip using "public transport" from France to southern Senegal via Spain, Morocco, Western Sahara, and Mauritania.

It’s a journey of about 5,000 km, where I took trains (as far as Marrakech), ferries (to cross Gibraltar and then to reach Casamance from Dakar), and mostly buses on the long desert straightaways. I hadn’t planned any stops in advance or booked any hotels, except for the very first train to Spain, which left plenty of room for the unexpected. Why travel by land and sea? In recent years, flight-free travel has been gaining popularity. On social media, posts explaining how to cross Europe by train as quickly as possible go viral. Traveling without flying—and making sure people know about it—has become a great way to earn a badge of eco-responsibility: an essential totem for anyone wanting to prove both their dedication to the ecological cause and the wisdom of slow travel. I haven’t flown in years, and this journey to West Africa could easily be filed under "responsible travel." But it wouldn’t be honest to say that: in reality, it wasn’t really my aversion to flying that motivated this long trek. I see overland travel primarily as a way to experience the world’s geography at a grounded, earthly pace—the pace of the locals. Besides, I’ll be flying back, which disqualifies any claim to being a model of sustainability. So no eco-badge, and no adventurer’s badge either: you won’t find any heroic tales of camel rides in lost lands or mineral train wagons in this account (popular with influencers, the Mauritania iron ore train now attracts tourists from all over the world, turning "the experience" into something you "have to do at least once in your life"). This five-part story, written on the road, has no other ambition than to recount a journey through places and people, and to share the thoughts they inspire in me. As simply and, I hope, as humbly as possible.

I’m posting the episodes here, which you can also find on my blog (with more photos) at the following links:

Episode 1: Spain, from Avignon to Algeciras

Episode 2: Morocco, from Tangier to Tarfaya

Episode 3: Western Sahara, from Tarfaya to Guerguerat

Episode 4: Mauritania, from Guerguerat to Nouakchott

Episode 5: Senegal, from Rosso to Saloulou

To help those who might want to make the same trip, I’ve also put together a summary of the route with recommendations—you can read it at the end of the story and on the blog: From France to Senegal Without Flying: Route and Itinerary Recommendations

Happy reading, and safe travels!
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La Norvège, du sud au nord ou... presque!
Voici le récit de notre voyage de cinq semaines en camping-car, depuis la région parisienne jusqu'aux îles Lofoten, en traversant une partie de l'Allemagne, du Danemark, de la Suède et... de la Norvège !

Le récit accompagné de photos et de cartes se trouve ici :

https://sites.google.com/...uleuxvoyagesnorvege/

Ci-dessous, le texte accompagné d'une sélection de photos.



.................................................................................................................................................................. Présentation

Après un séjour en Islande l'été dernier sous un ciel souvent maussade, nous ne pensions pas retourner de sitôt dans un pays du Nord.

Pourtant, quelques mois plus tard, des images de fjords et de glaciers norvégiens vont attirer notre attention et aiguiser une nouvelle fois notre curiosité pour une région nordique.

Nous découvrons alors des paysages éblouissants : fjords saisissants, côtes sublimes, glaciers majestueux et archipels mythiques parmi lesquels les superbes îles Lofoten.

La destination est immédiatement retenue. Reste à préciser l'itinéraire et le mode de déplacement.

Un point est vite fixé : nous souhaitons aller en Norvège sans prendre l'avion, directement depuis chez nous, et de préférence sans avoir à réserver d'hébergements afin d'être libres de nous adapter sur place à la météo.

Dans cette optique, voyager en camping-car nous semble la formule la plus adaptée. Pour le faire au meilleur tarif, la location en Allemagne est nettement plus économique. Nous confions la réservation du véhicule au courtier international CoolDrive.

Une fois l'option camping-car validée, l'itinéraire prend rapidement forme. C'est en voiture que nous rejoindrons d'abord l'Alsace pour une étape en famille puis Hanovre en Allemagne où nous prendrons possession de notre camping-car.

De Hanovre, dans notre maison roulante, nous ferons route vers Hirtshals au Danemark où nous embarquerons sur un ferry à destination de Kristiansand au sud de la Norvège.

Depuis le Sud norvégien, nous prévoyons de réaliser un parcours en forme de grand huit étiré dont le nœud central se situera à hauteur de Trondheim.

La première boucle de ce huit passera, dans les grandes lignes, par Lysefjord, Stavanger, Hardangerfjord, Bergen, Nærøyfjord, Geirangerfjord, la route des Trolls, Ålesund, la route de l'Atlantique et Kristiansund.

Au-delà de Trondheim, tout en suivant le tracé de l'E6, nous passerons le cercle Arctique avant de nous diriger vers Bodø où nous prendrons un ferry à destination des îles Lofoten.

Nous consacrerons sept jours à ces îles, elles constitueront le point le plus au nord de notre itinéraire.

Par la suite, retour vers le sud en longeant la côte via la route 17 avec de nombreuses liaisons en ferry avant de croiser à nouveau la boucle du huit à hauteur de Trondheim.

Nous fermerons le "grand huit" norvégien par les parcs nationaux de Dovrefjell et Jotunheimen avant un passage à Oslo.

Le retour vers la France se fera via la côte suédoise du Bohüslan, le pont de l'Öresund, la capitale danoise Copenhague avant de prendre un dernier ferry vers Puttgarden en Allemagne.

Une carte est sans doute plus parlante ! Oups… ça fait un paquet de kilomètres, probablement 8 000 à 10 000 kilomètres au total !

Pour les parcourir sans avoir à (trop !) rouler, nous avons prévu cinq semaines dont 33 jours de location de camping-car.

Départ le 9 juin, retour le 15 juillet 2014.

Prêts à nous suivre ?

Aller en jaune, retour en rouge

En camping-car… de Lübeck à Kristiansand via la dune de Råbjerg Mile (DK)

J1 à J3 : Du lundi 9 au Mercredi 11 juin 2014

Après deux journées passées en Alsace, c'est enfin le grand départ.

Le camping-car que nous avons réservé en Allemagne sera à notre disposition à Hanovre entre 15 et 17 heures. Depuis la région strasbourgeoise, 570 kilomètres, essentiellement sur autoroutes, nous séparent de la capitale de Basse-Saxe. Mais en Allemagne, le trafic peut être chargé et les ralentissements y sont fréquents. Nous prévoyons donc de la marge en prenant le départ dès 6 heures du matin.

La voiture est pleine à craquer : chaises pliantes, couette, oreillers et linge de lit mais aussi trois caisses d'alimentaire et bien sûr vêtements et chaussures pour faire face à toutes les conditions météo, du maillot de bain à la veste coupe-vent, des tongs aux chaussures de marche… sans oublier ma poêle favorite et quelques bonnes bouteilles de vin d'Alsace !

Après plusieurs jours de chaleur caniculaire (37 à 39 degrés en Alsace), les orages ne tardent pas à croiser notre route. Dès les environs de Francfort, nous essuyons les premières gouttes qui se transforment rapidement en trombes d'eau.

Nous espérons pouvoir échapper au plus fort du mauvais temps en marquant une pause prolongée mais rien n'y fait, on finit par rattraper l'orage et à s'y enfoncer de plus belle.

Malgré ces mauvaises conditions météo, une circulation dense et des ralentissements dûs à des travaux sur l'autoroute, nous arrivons à destination dès 13 heures.

C'est donc avec plus de deux heures d'avance qu'on se présente chez notre loueur, Eubo Caravan Tirge, situé dans la banlieue de Hanovre.

Coup de chance, notre véhicule est déjà prêt.

Nous découvrons alors notre maison roulante, un Pössl 2WIN, 5600 kilomètres au compteur, une sorte de grand fourgon aménagé de moins de 6 mètres de long monté sur un châssis Citroën !

Rien à voir avec le monstre que nous avions loué au Canada !

On vous fait visiter ?

Transférer tout notre barda de la voiture au camping-car, organiser les différents rangements, écouter les explications sur le fonctionnement du véhicule, signer les derniers papiers, prendre le premier déjeuner à bord, faire procéder à quelques réglages de dernière minute… il est presque 16 heures quand enfin… Pössl s'élance.

L'engin se conduit facilement et la position haute est vraiment un plus ! La météo s'est améliorée depuis ce matin, il fait sec avec des températures redevenues plus clémentes après les orages, de l'ordre de 22/24 degrés.

Notre première étape est prévue à Lübeck, à 200 km. Avec déjà plus de 500 km parcourus ce matin, il était difficile d'envisager plus.

D'ailleurs, c'est un peu au radar que nous pénétrons dans Lübeck et après quelques rapides courses, installons Pössl au parking P4 en face de la vieille ville. Il est déjà 18 h 30.

Après le dîner, petite balade sous les derniers rayons de soleil.

L'Innenstadt (centre-ville) est le centre touristique et le quartier le plus ancien de Lübeck. Il se situe sur un îlot au confluent des fleuves Trave et Wakenitz. L'UNESCO a classé ce quartier sur la liste du patrimoine mondial, notamment pour son architecture de briques rouges.

Nuit sur place au bord du fleuve Trave avec vue sur la vieille ville !

Distance parcourue dans la journée : 770 kilomètres

J4 : Jeudi 12 juin 2014

Un passant sans doute éméché a hurlé en pleine nuit, un camping-car a démarré à 3 heures du matin. Bref, la nuit a été loin d'être paisible. Mais puisque nous sommes réveillés, autant en profiter pour nous mettre en route dès 6 heures.

Le but de la journée est de rallier Hirtshals au Danemark où nous avons réservé à 18 heures une traversée en ferry à destination de la Norvège.

En partant de bonne heure, nous devrions même avoir le temps de faire un peu de tourisme au Danemark.

En attendant, nous nous relayons au volant de Pössl.

A 8 h 45, nous passons la frontière entre l'Allemagne et le Danemark.

Sur le coup de midi, nous nous octroyons une pause prolongée ainsi qu'une sieste à l'arrière du camping-car, histoire de récupérer un peu de notre mauvaise nuit. Nous apprécions !

Puis les kilomètres s'enchaînent à nouveau. Pössl se comporte bien sur l'autoroute et se révèle plutôt économe en carburant, ce qui est une bonne surprise.

Il fait très beau mais plus on avance vers le Nord, plus le vent forcit. Le rideau d'arbres le long de l'autoroute ploie sous les rafales. Les pales des éoliennes tournent à plein régime.

Ce vent annonce également une mer démontée et par conséquent une traversée en ferry qui risque d'être houleuse.

Il est 14 h 30 quand nous arrivons à proximité de Hirtshals, ce qui nous laisse effectivement un peu de temps pour jeter un œil à la dune de Rabjerg Mile, à une quarantaine de kilomètres à l'est de cette ville.

Il s'agit d'une dune littorale mobile, la plus grande d'Europe du Nord, que le vent déplace de 18 mètres par an.

A peine sortis du camping-car, le sable soulevé par le vent nous cingle les mollets, pique les yeux et s'infiltre dans nos vêtements.

Seuls quelques téméraires kitesurfeurs semblent être dans leur élément !

Rien ne résiste à la force des éléments, pas même ces cailloux rangés en ligne par le dieu Eole.

La mer est blanche d'écume et pour ne pas être trop exposé, il vaut mieux s'abriter derrière les herbes dunaires.

A ce compte-là, nous ne nous attardons pas davantage dans les courants d'air mais poussons jusqu'à la petite ville de Skagen où tout en arpentant les rues piétonnes du centre, un cornet de glace à la main, nous en oublierions presque l'heure.

Zut, déjà 16 heures ! Or le check-in pour le ferry se fait à partir de 17 heures, nous avons juste le temps d'arriver.

Embarquement immédiat pour un départ comme prévu à 18 heures.

Il y a un peu plus de deux heures de traversée, mais le capitaine (?) annonce un peu de retard à l'arrivée. En raison des mauvaises conditions de mer, la vitesse du navire sera réduite du moins pendant la première heure. Pendant la deuxième heure, la mer est plus calme et le beau temps au rendez-vous à l'arrivée à Kristiansand avec 20 degrés.

Nous n'avons pas de mal à trouver où passer la nuit. J'avais repéré une possibilité de stationnement en bord de mer le long de la promenade côtière.

Petite promenade vespérale… sous le regard de la lune (il est 22 h 30). Sacrée journée encore !

Distance parcourue dans la journée : 610 kilomètres

Notre fidèle "Pössl"



De la vallée de Setesdal à Øygardstølen : de la neige sur les hauteurs !

J5 : Vendredi 13 juin 2014 La nuit a été excellente et réparatrice. Le réveil agrémenté par le piaillement des goélands se fait sous un soleil radieux. Quelle chance !

Malgré tout, la mise en route est un peu laborieuse. D'abord il faut attendre l'ouverture des banques dans le centre-ville afin de faire un peu de change. A 9 heures, c'est chose faite, nous prenons alors la route 9 traversant la belle vallée de Setesdal avec ses forêts de bouleaux et de sapins et ses lacs à chaque virage.

Un nouvel arrêt pour quelques courses (entre autres, un poulet rôti pour ce midi) puis un autre pour les indispensables corvées liées au camping-car (vidanges/remplissage d'eau).

Ça y est, on va véritablement pouvoir rouler ! Pas très vite, d'ailleurs ! Car on se rend immédiatement compte qu'en Norvège, les routes sont étroites, surtout pour un camping-car (pourtant Pössl n'est pas bien gros) et les vitesses limitées (70 km/h sur routes R et F, 40, 50 ou 60 dans et à proximité des agglomérations).

Tout le long de la vallée, de charmants villages aux maisons traditionnelles : Evje, Byggland, Rysstad.

A Rysstad justement, nous quittons la Rv9 pour la Fv337 puis Fv987, des routes de montagne à une seule voie de circulation, ponctuées ça et là d'espaces pour se croiser… heureusement ! Pas très facile de conduire dans ces conditions, surtout qu'il y a du monde et que la route grimpe jusqu'à plus de 1000 mètres d'altitude.

Mais les paysages sont éblouissants !

La région est truffée de lacs d'altitude, encore partiellement gelés, aux couleurs allant du bleu turquoise au vert émeraude.

La neige est encore abondante à cette altitude, une situation que nous n'avions pas anticipée en programmant une randonnée vers le refuge de Øyuvsbu. Dans ce secteur, les congères sont plus hautes que le camping-car. Le parking n'est même pas visible. Bien sûr, la balade tombe à l'eau.

En revanche, nous avions bien noté que quelques kilomètres plus loin se trouvait une belle aire de pique-nique au bord du Roskreppfjord dotée d'un accès WIFI gratuit.

C'est alors le moment de faire la pause déjeuner (zut, le poulet rôti est resté sur le tapis roulant de la caisse du magasin !) puis de donner les premières nouvelles de Norvège à nos proches.

Voici la vue à travers la vitre arrière du camping-car !

La dernière portion de route (Fv986 qui devient Fv500 en changeant de comté !) va tout doucement nous conduire vers Lysebotn en fond de fjord en passant de près de 900 mètres d'altitude au niveau de la mer. Autant dire qu'on va enchaîner des virages en lacets serrés !

Mais nous, on s'arrêtera avant la fin, à 600 mètres d'altitude. La suite de la descente sera pour demain.

Sur le trajet, des torrents, des cascades… et encore des lacs aux couleurs incroyables parsemés d'icebergs !

Soudain, dans un des lacets de la route, apparaît notre destination de ce soir : Øygardstølen ou "nid d'aigle" en norvégien. On comprend vite pourquoi en découvrant l'exceptionnel point de vue qui domine de plus de 600 mètres le Lysefjord ainsi que petit hameau de Lysebotn en contrebas. Vertigineux !

C'est aussi le point de départ de la randonnée de Kjeragbolten.

En repérant un peu les lieux, on rencontre un couple de jeunes Ecossais qui comme nous a l'intention de faire demain cette mythique randonnée. Ils ont planté leur tente en contrebas du nid d'aigle.

Quant à nous, nous prévoyons de passer la nuit sur le parking même si celui-ci n'est censé être qu'un lieu de stationnement de jour. Précisons aussi qu'il est payant dans la journée (100 NOK) comme beaucoup de parkings au départ de lieux de randonnées.

Pour le moment, nous en profitons pour déployer nos chaises pliantes et nous relaxer devant ce panorama d'exception.

Distance parcourue dans la journée : 200 kilomètres

Neige à 1 000 mètres !



Randonnée de Kjeragbolten et croisière sur le Lysefjord

J6 : Samedi 14 juin 2014

Nous voici à l'aube de notre première randonnée en Norvège, l'une des plus mythiques du pays. Il s'agit de Kjeragbolten, un gros rocher ovale coincé dans une crevasse entre deux parois écartées d'environ deux mètres, 1 000 mètres au-dessus du Lysefjord.

Il fait un temps splendide. Nous sommes samedi, parions qu'il y aura du monde !

Mais nous avons l'avantage d'être sur place, alors à 7 heures, c'est parti ! Bien qu'il y ait déjà quelques voitures sur le parking, nous sommes manifestement les seuls à démarrer à cette heure-ci.

Sur le seuil de leur tente, les Ecossais rencontrés hier soir nous font signe. Sur le panneau d'information au début du sentier, le profil du trail donne une bonne idée de ce qui nous attend : un enchaînement de trois "buttes" séparées par une descente et par conséquent une nouvelle montée à chaque fois.

Temps estimé : 6 heures avec 700 mètres de dénivelé !

Ça commence immédiatement très fort à l'aide de chaînes !

Au bout d'une vingtaine de minutes, une fois sur la première crête, nous distinguons les trois premiers poursuivants puis dix minutes plus tard, le couple écossais.

L'effort est intense et les genoux souffrent !

Quelques passages sont un peu délicats mais jamais dangereux grâce à l'installation de cordes et de chaînes.

Nous avançons doucement mais sûrement, toujours seuls. Nos poursuivants n'ont pas l'air de nous rattraper.

Aux crêtes encore partiellement enneigées succèdent des plateaux rocheux couverts de cairns et des mares où se mirent de gros rochers ronds.

Au bout d'une heure, nous croisons quelques randonneurs dont le matériel transporté laisse à penser qu'ils ont campé là-haut. Au bout de deux heures, un couple peu chargé ayant probablement commencé la rando aux aurores.

Tout à coup, se confondant avec la pierre, un cairn un peu particulier retient notre attention ;-) En s'approchant, on dérange ce lagopède alpin.

Il reste de la neige un peu partout mais à partir de la troisième heure, nous devrons traverser plusieurs névés importants.

Vers 10 heures, à hauteur de ce grand panneau indicateur, nos poursuivants se rapprochent. Nous ne sommes plus très loin de notre but.

Les deux Ecossais nous suivent sur une fausse piste mais sans quoi nous aurions sans doute raté cette vue fantastique sur le Lysefjord.

Pendant ce temps, les trois autres, des Asiatiques (une jeune femme et ses parents), plus malins, nous coiffent sur le poteau et atteignent Kjeragbolten les premiers.

Le must, c'est de poser sur le fameux rocher. Mais aucune des personnes présentes n'a le cran pour le faire. Le mieux que j'aie pu tenter, c'est de m'en approcher par le haut.

La vue est tout simplement vertigineuse !

Au moment même où nous quittons les lieux arrive le gros de la troupe. Tout au long du trajet de retour, nous assistons, amusés et effrayés, à une procession ininterrompue de randonneurs, entraînant des embouteillages dans certains passages de chaînes.

Nous ne pouvons que nous féliciter d'avoir démarré tôt.

Les chiffres de cette randonnée : 11,6 km parcourus en 5 heures et demie avec 711 mètres de dénivelé et un point culminant situé à 1031 mètres.

La journée n'est pas finie, loin de là. Nous avons prévu de nous rapprocher dans l'après-midi de notre randonnée de demain, une autre randonnée mythique, celle de Preikestolen.

Le moyen le plus rapide pour le faire, c'est d'emprunter le ferry au départ de Lysebotn (le petit hameau au fond du Lysefjord) à destination de Forsand.

Pour rejoindre Lysebotn, il faut descendre là… c'est-à-dire par Lyseveien, 27 virages en épingles à cheveux, une pente de 10% suivie d'un tunnel, autant dire qu'il faut mettre la bride à Pössl. Descente en seconde ! Impressionnante !

J'avais noté un départ de ferry à 15 h 30 et le suivant à 18 heures. Dès 14 heures, nous faisons la queue sur le quai en compagnie de plusieurs autres véhicules. Au fur et à mesure que l'heure avance, nous voyons plusieurs de ces véhicules sortir de la file, faire demi-tour et repartir par la route. Curieux !

Renseignements pris, il s'avère qu'il y a un seul ferry à 18 heures le samedi, mince ! Tant pis, nous attendrons, car par la route cela représente près de 150 km soit 3 à 4 heures de trajet. Par le ferry, ce sont deux heures de traversée reposantes et divertissantes suivies de moins de 20 km de route.

Alors en attendant, un peu de lecture, une sieste à l'arrière du camping-car et une balade jusqu'à la cascade proche de l'embarcadère pour passer le temps.

A 18 heures, comme prévu, nous embarquons pour deux heures au fil de l'eau, agrémentées de quelques points d'intérêt remarquables commentés par le capitaine du ferry.

Des falaises impressionnantes !

Des cascades dégringolant de près de 1 000 mètres de hauteur !

Le rocher de Kjerag vu d'en bas ! Dire que nous étions là-haut il y a quelques heures !

Une colonie de phoques !

Un avant-goût de ce que nous verrons demain ! Là-haut, le Preikestolen ou rocher de la Chaire, une imposante falaise qui culmine à 604 mètres au-dessus du fjord.

Zoom sur le rocher surmonté d'une plate-forme de 25 x 25 mètres d'où nous contemplerons la vue demain.

Enfin, le clou de la croisière : un défilé rocheux dans lequel le ferry va s'engager à la plus grande surprise des passagers interloqués avant de faire machine arri��re au pied de la muraille. Bluffant !

Au pied de cette montagne toute en rondeur, Forsand marque la fin de la traversée pour nous. Nous avons adoré cette croisière !

Il nous reste maintenant une quinzaine de kilomètres à parcourir sur la Rv 13 pour rejoindre Jørpeland. Sur le quai de la marina, un certain nombre de camping-cars sont déjà serrés les uns contre les autres. On n'a pas très envie de se joindre à eux. En passant, j'avais repéré une aire de pique-nique sur la route, un peu avant l'entrée du village. L'endroit nous convient parfaitement.

Encore une journée bien remplie et une première randonnée d'exception en terre viking !

Distance parcourue dans la journée : 40 kilomètres.

Vue sur le Lysefjord

Du Preikestolen (ou Rocher de la Chaire) à… Stavanger

J7 : Dimanche 15 juin 2014

Pressés de nous mesurer au Preikestolen, nous tombons du lit dès 5 h 30… un horaire idéal pour commencer tôt une journée de randonnée sauf que… ce matin le beau temps se laisse désirer. Le ciel est bouché et des nuages bas masquent les sommets.

Mais le temps pourrait changer au cours de la journée… let's wait and see !

En revanche, ce temps libre va nous être très utile pour régler une urgence : faire le plein d'eau et la vidange des eaux sales, sinon ce soir pas de douche !

C'est ainsi que nous nous retrouvons à 6 h 30 à Jørpeland en train de procéder à ces opérations, en tentant de ne pas réveiller les occupants des camping-cars garés sur le port, bien moins matinaux que nous.

Une fois la mission accomplie et malgré une météo incertaine, nous filons vers Preikestolenhytta, distante d'une dizaine de kilomètres et point de départ vers Preikestolen, cette falaise de 604 mètres de hauteur plongeant à pic dans le Lysefjord. Nous l'avions admirée hier depuis le ferry.

La taille du parking (payant off course) laisse augurer de la fréquentation des lieux. Avec plus de 200 000 visiteurs par an, c'est un des sites touristiques majeurs du pays.

Le ciel étant toujours nuageux, nous finissons notre nuit à l'arrière du camping-car.

Vers 9 heures, quelques timides éclaircies annoncent une possible amélioration. Hop, on abrège notre dodo et on décide d'y aller. Entre-temps, le parking a commencé à se remplir sérieusement.

Néanmoins, la file des randonneurs est plus étalée qu'hier, les nuages ayant sans doute fait hésiter beaucoup de monde.

Un chemin empierré aménagé en marches inégales (aïe, les genoux !) nous fait rapidement prendre de la hauteur à travers la forêt avant de dominer une vaste zone boisée ponctuée de petits lacs.

La couleur du ciel s'est bien arrangée depuis ce matin.

Ce paysage verdoyant ne tarde pas à laisser place à un univers plus minéral alors que le sentier longe le bord de la falaise surplombant le Lysefjord.

Le rocher de la Chaire commence à se détacher au loin.

Nous ne sommes évidemment pas tout seuls. D'ailleurs en cours de route, nous reconnaissons un certain nombre de randonneurs croisés la veille, notamment les trois Asiatiques qui nous font un petit coucou.

La montée via Hill Trail nous permet de mieux prendre la mesure de cette étonnante plate-forme rocheuse dont les dimensions font penser à une piste de danse. Vous remarquerez qu'il n'y a aucune barrière de protection nulle part. Certains n'hésitent pas à s'asseoir au bord, les jambes pendant dans le vide. Brrr ! La sécurité du lieu fait débat depuis de nombreuses années mais les autorités locales estiment qu'elles ne sont pas responsables des risques que prennent les touristes.

Le beau temps est vraiment bien installé alors que nous prenons le chemin du retour. Moralité : en Norvège, il vaut mieux ne pas se précipiter et laisser le temps au ciel de se découvrir.

Les chiffres de la randonnée : 7,5 kilomètres en moins de 4 heures avec 400 mètres de dénivelé et un point culminant à 604 mètres.

Une randonnée à ne pas manquer vers un site exceptionnel !

En dehors de la nature, la Norvège compte également quelques jolies villes. Selon nos recherches, Stavanger ne manquerait pas d'atouts. C'est ce que nous avons l'intention de vérifier cet après-midi.

Cap sur la petite localité de Tau où nous laissons le camping-car sur le parking du port. Un tarif de 40 NOK (5 €) permet d'y rester 24 heures, c'est parfait. Le lieu pour passer la nuit est ainsi tout trouvé.

Un ferry à destination de Stavanger est déjà à quai. Nous avons juste le temps de sauter à bord pour une petite demi-heure de navigation.

Le centre-ville de Stavanger s'organise autour d'un joli port.

Du bord de l'eau, des ruelles tranquilles montent vers la vieille cité en bois.

Ce passage en ville est aussi l'occasion de dîner au restaurant. NB Sørensens, l'une des meilleures tables sur le front de mer, nous disait bien mais manque de chance, c'est complet. On nous oriente alors vers Bevaremegvel Restaurant.

Préparés par un chef français, les plats de poissons (saumon et cabillaud) sont délicieux mais l'addition est indiscutablement… norvégienne !

Le ferry nous ramène à Tau vers 22 heures. Encore une journée de "ouf "(comme disent les jeunes) !

Distance parcourue dans la journée : 50 kilomètres.

Le rocher du Preikestolen



De Tau à Odda : des chutes de Låtefossen au glacier Buer

J8 : Lundi 16 juin 2014

Une nouvelle randonnée aujourd'hui? Oui, mais pas tout de suite, ce matin il faut d'abord rouler afin de rejoindre Odda, notre prochaine étape.

Le soleil est toujours de la partie en ce quatrième jour passé en Norvège. On croise très fort les doigts.

Le trajet se fait sur la Rv 13, une route classée "route nationale touristique" traversant la région du Ryfylke entre fjords verdoyants et montagnes abruptes.

Bien qu'il n'y ait que 200 kilomètres jusqu'à Odda, cette distance va nous prendre beaucoup plus de temps que prévu pour plusieurs raisons : - l'étroitesse de la route et la vitesse limitée - l'enchaînement incessant de tunnels - un passage en ferry entre Hjelmeland et Nesvik

Enfin, quelques points d'intérêt sur la route méritent eux aussi un arrêt. A vrai dire, si on s'écoutait, on s'arrêterait à tout bout de champ mais parfois les accotements ne le permettent pas.

Ici, cet îlot au beau milieu d'un fjord pour lequel nous n'avons pas hésité à faire demi-tour afin de le mettre dans la boîte.

Là, les chutes de Låtefossen, dévalant la montagne dans un bruit assourdissant !

En partant à 7 h 30 de Tau, nous avons fini par arriver au parking du glacier Buer vers 13 h 30. Pour une fois, le parking n'est pas payant (du moins pas pour l'instant), un fait rare en Norvège.

Une heure plus tard, après le déjeuner, nous sommes prêts à randonner vers le glacier.

La langue glaciaire de Buer fait partie du Folgefonna qui, avec sa calotte couvrant 168 km2 et une épaisseur de glace de 400 mètres par endroits, est le troisième plus grand champ de glace du pays.

Le sentier commence à longer un torrent où une double haie d'inukshuk, ces empilements de pierre adoptant une forme humaine, nous indiquent la direction à suivre.

Ce torrent glaciaire sera un peu le fil conducteur de la randonnée.

Nous aurons à le traverser à plusieurs reprises par des moyens plus ou moins précaires.

Une passerelle suspendue… même pas peur ;-)

Un petit pont métallique… facile !

Une poutre en bois… ah, ha…moins fière, la randonneuse !

Il y aura encore des cordes, des chaînes, des échelles, bref un parcours amusant mais pas de tout repos… avant de commencer enfin à entrevoir le glacier !

Premier aperçu de la langue glaciaire…

… et coup d'œil sur la vallée laissée derrière nous.

Fin de la randonnée autour de 700 mètres d'altitude. Le torrent devient infranchissable et s'aventurer seul sur le glacier serait risqué.

En revanche, sa contemplation ne présente pas de risque alors on contemple sans modération ses séracs aux reflets bleutés !

Tiens mais qui voilà ? Les trois Asiatiques (papa, maman et leur grande fille) que nous croisons pour la troisième journée consécutive. Ils ont copié notre roadbook ? En tout cas, ils comptent bien tout comme nous faire demain la célèbre randonnée de Trolltunga… de bonne heure, précise la jeune femme, départ prévu à 7 h 30. Comme nous… Au fait, je n'ai pas précisé, mais ils sont Sud-Coréens et viennent de Séoul.

Rendez-vous est pris pour demain !

Les chiffres de notre balade d'aujourd'hui : 5,5 kilomètres en 3 heures aller/retour avec 300 mètres de dénivelé. Une randonnée un peu moins prestigieuse que les précédentes mais ludique et sportive à la fois… bref, très sympa aussi !

Ce soir, nous choisissons un camping pour passer la nuit, en l'occurrence Odda Camping, joliment situé au bord du Sandvinsvatnet et juste au début de la vallée de Buer, avant tout pour pouvoir laver notre linge, car impossible de trouver une laverie en ville.

Le programme de la soirée est donc tout tracé : lavage et séchage du linge, accessoirement un peu d'Internet et surtout dodo de bonne heure car demain nous attaquons un gros morceau, une randonnée de légende à destination de la langue du Troll (Trolltunga) soit 22 kilomètres aller/retour. A suivre…

Distance parcourue dans la journée : 205 kilomètres

Buer Glacier

De la langue du Troll (Trolltunga) aux… rues de Bergen !

J9 : Mardi 17 juin 2014

La nuit fut si paisible dans le camping au bord du lac à Odda que nous émergeons avec difficulté à 7 heures passées. Nous espérions être au point de départ de notre randonnée à 7 h 30, c'est raté.

Le temps de déjeuner, de tout préparer et d'arriver à Skeggedal (à côté de Tyssedal), il est déjà 9 heures quand nous sommes enfin prêts à randonner. Nos nouveaux amis coréens doivent être bien loin déjà !

Nous avons une chance inouïe avec la météo. Il fait toujours un temps magnifique.

Trolltunga, c'est ce rocher en forme de langue tirée, une sorte de plongeoir de pierre dominant de près de 1 000 mètres les eaux du Ringedalsvatnet.

Plus de 22 kilomètres aller/retour nous attendent pour une durée estimée entre 8 et 10 heures. Serons-nous à la hauteur ?

A ce propos, pour commencer à prendre de la hauteur et passer en 1,5 kilomètre du parking (440 mètres) au sommet de Magelibanen (860 mètres), le randonneur a le choix entre un sentier raide à travers la forêt ou la voie directe en suivant la ligne d'un funiculaire désaffectée.

Plus de 2 000 marches à claire-voie sur une pente à plus de 40 % par endroits… non merci ! Nous préférons le plancher des vaches même s'il est escarpé et rugueux.

500 mètres de dénivelé plus tard, nous arrivons au sommet du funiculaire, bien moins essoufflés que ceux qui ont opté pour la montée des marches.

Il est 10 h 30. Les panneaux au sommet de Magelibanen indiquent qu'il reste trois heures trente jusqu'à Trolltunga, ce qui devrait nous faire arriver vers 14 heures.

Un chemin large et agréable nous conduit maintenant dans une vallée occupée par des lacs au bord desquels les Norvégiens ont construit de petites maisons de vacances. Comment font-ils pour y amener tout leur ravitaillement ? Aucune route ne dessert l'endroit et le funiculaire n'est plus en fonction.

Mais ce passage facile est de courte durée. Quand le sentier tourne vers l'est, il faut à nouveau donner un coup de collier pour franchir les 300 mètres de dénivelé qui nous séparent du point culminant.

A mi-pente, un arrêt est bienvenu pour souffler un peu et admirer la vue sur les lacs et le glacier Folgefonna derrière nous.

La récompense est au bout de l'ascension avec ce point de vue saisissant sur le lac Ringedalsvatnet, à plus de 1 000 mètres d'altitude. Il est midi.

Les plus grosses difficultés étant maintenant derrière nous, ce n'est plus qu'une question de distance. Mais il faut pouvoir la tenir tout en… crapahutant sur des rochers, en sautant par-dessus des ruisseaux, en esquivant des flaques de boue, en traversant des névés.

Pour notre information, tout au long du trajet, des pancartes indiquent la distance parcourue et la distance restante Quand le nombre de kilomètres restant devant nous est inférieur à celui laissé derrière nous, ça fait du bien au moral.

Le dernier kilomètre est le plus dur d'autant que le ciel commence à s'assombrir et que l'hypoglycémie nous guette. Vivement qu'on arrive !

Et on y est arrivés… à 13 h 30 soit au bout de 4 heures et demie. Ouf, on est dans les temps ! Quant aux Coréens, ils sont déjà sur le point de quitter les lieux. Contrairement à nous, ils ont tenu leur horaire en débutant à 7 h 30. Chapeau ! Après nous être sustentés, nous faisons comme tout le monde, la queue pour l'incontournable photo sur la langue du Troll. 669 à 678

Il ne fait pas très chaud et on ne s'attarde pas davantage. Pourvu qu'il ne pleuve pas ! A 14 heures, on se remet en route pour le trajet retour, étonnés de rencontrer autant de monde jusque tard dans l'après-midi alors que le ciel devient de plus en plus menaçant.

Le retour est long avec quelques baisses de régime mais avec une friandise par ci, une orange par là, nous tenons le coup.

Pour gagner du temps sur la fin, on tente la variante par les marches du funiculaire mais, on abandonne presque aussitôt, préférant la voie classique par le sentier, plus longue mais plus sûre.

Le dernier kilomètre est à nouveau le plus difficile, on n'en voit plus le bout. Quand le sentier et le funiculaire se rejoignent, Hervé décide de finir la descente par les marches, il en restait 670 (il les a comptées). Il espérait ainsi me coiffer sur le poteau mais c'est moi qui l'ai attendu en bas ;-)

Il est 18 heures… fin de la randonnée ! Bilan : nous avons mis 9 heures, toutes pauses comprises.

Encore une randonnée remarquable à classer dans le top 3 des randonnées en Norvège ! Sans doute l'une des plus marquantes et des plus exigeantes que nous ayons jamais effectuées, toutes destinations confondues.

Nous sommes donc satisfaits et rassurés sur nos capacités mais… lessivés.

Plus le courage de bouger le camping-car ce soir. Nous passons par conséquent la nuit sur place. Alors que nous dînons, il se met à pleuvoir. Serait-ce la fin du beau temps ?

Distance parcourue dans la journée : - en véhicule seulement …15 kilomètres - à pied… 22,4 kilomètres avec un dénivelé de 966 mètres.

J10 : Mercredi 18 juin 2014

Malgré un peu de pluie hier soir, miracle, il fait à nouveau beau avec déjà 13 degrés de bon matin. Aujourd'hui, pas de randonnée prévue, seulement un peu de marche en ville. En effet le projet de cette journée est de rejoindre la ville de Bergen à 200 kilomètres.

Réveil matinal et départ dans la foulée à 6 h 30.

Première étape sur la Rv 13 jusqu'à Kinsarvik où nous arrivons juste à temps pour le ferry de 7 h 40 à destination de Utne puis Kvanndal (durée : 50 minutes).

Nous sommes seulement quatre véhicules à embarquer. Comme les trois autres débarquent à Utne où personne n'embarque, nous restons seuls à bord jusqu'à Kvanndal.

Incroyable, on se croirait en croisière privée !

Nous longeons ensuite le Hardangerfjord dédié à la culture d'arbres fruitiers (le verger de la Norvège) jusqu'à Norheimshund.

Puis notre itinéraire s'écarte du fjord pour se rapprocher de Bergen avec toute une série de ponts, de tunnels et de portions de route… payantes. Mais ne cherchez ni guérite, ni barrière, ici tout est automatisé. Seule une petite caméra photographie votre plaque d'immatriculation.

Pour payer quand vous êtes étranger, le plus simple est de souscrire au Visitor's Payment sur le site Internet Autopass. Attention, il faut une carte de crédit valable plus de trois mois après le jour de sortie prévu, ce qui n'était pas notre cas. Nous n'avons donc pu nous enregistrer que pour la moitié de notre séjour. Par la suite, nous avons voulu payer dans les stations-service indiquées par "KR" (normalement habilitées) mais dans la réalité personne n'a su, voulu ou pu encaisser notre dû. Notre loueur de camping-car devrait donc recevoir une facture du montant des péages restants. Bref, c'est assez pénible comme système.

Revenons à Bergen… où nous sommes arrivés vers 10 h 30, ce qui est plutôt une bonne moyenne pour 200 km dont un passage en ferry. Mais alors que nous pensions la destination presque atteinte, les difficultés de navigation vont mettre nos nerfs à rude épreuve.

Le parking dédié aux camping-cars que j'avais repéré n'existe plus (c'est un chantier maintenant). Au centre-ville la hauteur des parkings est limitée à 1,90 mètre… impossible pour notre Pössl. Nous tournons en rond pendant une heure et étions sur le point de laisser tomber la visite de Bergen quand un Norvégien fort aimable a pu nous indiquer un stationnement à la hauteur de Pössl. Stationnement payant, cela va de soi ;-)

Ouf, nous pouvons enfin consacrer quelques heures à la découverte de la ville, notamment le quartier ancien de Bryggen avec ses entrepôts restaurés ainsi que le marché aux poissons où les poissonniers attirent le chaland dans toutes les langues.

Bryggen, le vieux quai de Bergen, rappelle l'importance commerciale de la ville du XIVème au début du XVIème siècle. De nombreux incendies, dont le dernier en 1955, ont ravagé ces maisons typiques en bois. Leur reconstruction a été fidèle aux modèles et méthodes traditionnels. Ce sont ainsi environ 62 bâtiments qui subsistent dans ce quartier ancien.

Brochettes de poissons et crevettes seront au menu de notre déjeuner.

Mais Bergen n'est qu'une étape, ce soir j'ai prévu de rallier le Nærøyfjord, à 150 kilomètres. Aïe, encore beaucoup de route en perspective !

Pour accélérer le mouvement, nous optons pour l'E16, une route rapide (mais pas une autoroute !) faite d'une succession presque ininterrompue de tunnels. Car les Norvégiens sont les champions pour ce type d'ouvrages. Il n'y a quasiment aucun trajet dans ce pays montagneux sans un ou plusieurs tunnels. Qu'ils soient longs d'une centaine de mètres ou jusqu'à 5, 10, 15 voire 25 kilomètres pour le plus long, ils sont souvent construits à flanc de fjord et permettent de désenclaver des régions entières.

L'arrivée dans le Nærøyfjord se fait sous la pluie.

Il est 19 heures. Après un dernier tunnel de six kilomètres à une seule voie de circulation, nous voici à Bakka, petit hameau isolé au bout d'une route en cul-de-sac. Nous garons Pössl au bord du fjord, sur un coin de pelouse, juste après l'église. Un endroit très calme au bout du monde ou… presque !

Entre deux averses, en guise de balade vespérale, nous poussons à pied jusqu'au bout de la route. C'est là que débute le sentier montant à Rimstigen prévu pour demain matin, en espérant que la pluie ne vienne pas compromettre le projet.

Distance parcourue dans la journée : 330 kilomètres

En chemin vers Trolltunga

Le Nærøyfjord, vu d'en haut et vu d'en bas !

J11 : Jeudi 19 juin 2014

Il a plu toute la nuit et il pleut toujours au réveil. Ce n'est donc pas la peine de se presser, grimper sur les hauteurs de Rimstigen semble compromis.

Néanmoins pas le temps de s'ennuyer car il y a du spectacle sur le ponton de bon matin. Alors qu'il doit faire moins de dix degrés dehors, voilà une jeune femme en maillot de bains en train de faire ses exercices de yoga avant de plonger en compagnie de son mari dans l'eau (sans doute glaciale !) du fjord. Ce sont des Allemands, voyageant dans un van probablement exempt de douche. C'est le fjord qui leur fait office de salle de bains ;-)

Tout à l'observation de leur exhibition, nous n'avons même pas vu que la pluie avait cessé. La randonnée vers Rimstigen est aussitôt remise sur le tapis. Nous n'avons pas beaucoup d'informations sur ce sentier, sauf qu'il est escarpé, qu'il permet de belles vues sur le fjord et que sa durée est de 4 heures.

Mais il est déjà 9 heures. Or à 12 h 15, nous avons prévu de prendre le ferry à destination de Kaupanger, une alternative aux interminables tunnels de l'E16 et une autre façon d'apprécier ce fjord, le plus étroit du pays.

Nous avons par conséquent un peu plus de deux heures devant nous, pas tout à fait suffisantes pour mener la randonnée à son terme. Le but est donc de grimper pendant environ une heure à une heure et demie, histoire de bénéficier de la vue puis de redescendre afin d'attraper le ferry à l'heure.

Le sentier grimpe effectivement très raide dans la forêt. A chaque lacet nous espérons en sortir pour profiter d'une vue dégagée. Mais un écran de verdure se met sans cesse entre nous et le fjord. Finalement, au bout d'une heure et quart d'ascension, arrivés à 460 mètres d'altitude sans meilleur point de vue, nous en restons là. Le sommet se trouverait à plus de 700 mètres d'altitude.

La vue n'est déjà pas mal, non ?

Après avoir admiré le Nærøyfjord depuis le haut, il est maintenant l'heure de le voir d'en bas au cours d'une traversée en ferry de deux heures et demie entre Gudvangen et Kaupanger.

C'est à Bakka, le petit hameau où nous avons passé la nuit, que le fjord est le plus étroit avec seulement 250 mètres de large. Nous revoyons au passage notre lieu de bivouac, juste à côté du ponton. Sans doute l'un des meilleurs de tout le voyage. 1284

Là Tufto, encore plus isolé à l'extrémité de la route.

Un peu partout des cascades jaillissent de la montagne et se jettent du haut des falaises.

Deux cars de touristes français sont à bord et occupent toutes les meilleures places assises à l'avant du pont.

Mais quand le vent se lève au confluent duNærøyfjord et de l'Aurlandsfjord, ils se retranchent tous dans la cabine, laissant le pont désert.

Alors nous nous empressons de prendre leur siège afin de profiter du calme et de la sérénité de cette fin de croisière.

Il est 14 h 45 quand nous débarquons à Kaupanger.

Tantôt sous le soleil, tantôt sous les nuages, tantôt sous la pluie, chaque vallée se livre sous une lumière différente tout au long des 150 kilomètres qui nous séparent de Loen, notre étape du soir.

A l'approche du parc national de Jostedalsbreen, le glacier brille au soleil et dégringole presque jusque sur la route.

En revanche, à Loen, c'est le crachin et les nuages bas qui nous accueillent.

Après avoir tourné sur la Fv 723, une route longeant le lac Lovatnet et aboutissant dans des vallées glaciaires, nous décidons de ne pas poursuivre plus loin. Les glaciers seront pour demain, du moins si la météo le permet.

Un peu après le camping de Sande, nous trouvons un lieu de bivouac qui nous convient, avec vue sur le lac et les cascades… hélas, à travers un voile de brouillard !

Distance parcourue dans la journée : 165 kilomètres

Le Nærøyfjord vu d'en haut

Du glacier de Kjenndal (Loen) aux fermes de Homlongsetra (Geirangerfjord)

J12 : Vendredi 20 juin 2014

Surprise, il fait plutôt beau ce matin, ce qui va nous permettre d'ajouter un nouveau glacier à notre palmarès. En effet, à l'extrémité de la vallée de Lodalen (Fv 723) deux embranchements mènent vers des langues glaciaires, l'une du Bødalsbreen, l'autre du Kjenndalsbreen.

En première intention, c'est le glacier Bødal que nous avions retenu car il offrait en outre une belle opportunité de randonnée. Malheureusement la petite piste d'accès, sans doute trop étroite, est interdite aux camping-cars. Nous nous rabattons par conséquent sur le Kjenndalsbreen. Le dernier tronçon de la route gravillonnée qui y mène est payant (système d'enveloppe) car privé.

Nuages et éclaircies se partagent le ciel mais le thermomètre n'affiche pas plus de 9 degrés ce matin.

C'est donc bien couverts que nous parcourons le court sentier menant au pied de la coulée de glace. Approcher les glaciers en Norvège est vraiment à la portée de tout le monde, ici la langue glaciaire descend jusqu'à 200/300 mètres d'altitude.

Après cette petite excursion matinale, il est temps quitter Loen non sans repasser une nouvelle fois le long de ce très beau Lovatnet. Sous le soleil, le lac présente maintenant un aspect bien plus avenant.

En cours d'après-midi, nous avons prévu d'être dans le Geirangerfjord, l'un des fjords les réputés du pays, classé au patrimoine mondial de l'Unesco. Nous suivons la route 15.

Pour le moment c'est le lac de Stryn qui fait office de décor à notre déjeuner alors que de petites averses viennent rincer de temps à autre notre pare-brise, vite oubliées avec le retour du soleil

En laissant la vallée de Stryn derrière nous, l'impression de beau temps prédomine encore.

Pourtant, chaque virage de cette route 15 nous rapproche un peu plus des nuages.

Et dire que nous voulions faire un détour par la Gamle Strynefjellsvegen ("route de montagne du vieux Stryn ou Rv 258), une route touristique nationale à une seule voie de circulation, traversant un plateau ponctué de cascades et de lacs aux eaux turquoises (dixit notre documentation).

A l'embranchement de cette fameuse route, il faut se rendre à l'évidence. Le détour sous les nuages bas ne vaut pas le coup, prenons plutôt la "nouvelle" route et ses trois tunnels.

A leur sortie, nous débouchons sur un haut plateau à plus de 1000 mètres dans une ambiance hivernale. Cinq degrés seulement au thermomètre, des giboulées de neige, et le lac de Djupvatnet encore partiellement gelé émergeant du brouillard à la faveur d'un coin de ciel bleu. Magnifique et un peu irréel !

A ce stade, on aurait pu faire un nouveau détour sur une route à péage vers le belvédère de Dalsnibba (1500 mètres d'altitude), le point de vue le plus élevé et le plus spectaculaire (paraît-il) donnant sur le Geirangerfjord. Mais avec tous ces nuages, pas la peine !

Alors nous amorçons la descente vers Geiranger en passant de 1 050 mètres au col au niveau zéro dans le fjord, je vous laisse imaginer ! Il vaut mieux avoir de bons freins.

Un petit coup d'œil sur le paysage champêtre à souhait avec ces adorables petits chalets d'alpage à flanc de montagne.

Bonne surprise, à Geiranger, "the weather isn't so bad"… comme diraient les Américains. Voilà qui va nous permettre de compléter notre programme du jour par une randonnée, il est seulement 14 h 30.

Haut lieu du tourisme de croisière, deux paquebots à l'ancre ont déversé un flot de touristes dans les rues du petit village. Mais en prenant la direction de Homlong, personne ou… presque !

A part une famille américaine de l'Ohio et un couple de Français, pas un chat sur le parcours de randonnée entre Homlong et Homlongsetra.

A travers bois et fougères, le sentier suit le bord du fjord en aménageant de jolis points de vue.

Ici on aperçoit en face les lacets de la route des Aigles (Ornevegen) que nous suivrons demain.

Là, l'une des nombreuses cascades de Geiranger

Petite cabane au fond des bois

Enfin le but de la balade : ces fermes abandonnées de Homlongsetra dans un environnement très verdoyant. Nous sommes à 550 mètres d'altitude.

Le sentier continue ensuite en direction de Skagefla mais une petite pluie fine et pénétrante nous fait rebrousser chemin.

Même si au final il n'y aura que quelques gouttes de temps en temps, on a préféré en rester là. En tout : 6 kilomètres, 3 heures aller/retour, avec un gain d'altitude de 510 mètres. Ouf !

Au point de départ de cette randonnée se trouvent plusieurs campings. Nous optons pour le Solhaug Camping, pas pour l'accueil un peu bourru, mais parce qu'il offre lave-linge et sèche-linge.

Distance parcourue dans la journée : 120 kilomètres

Ferme de Homlongsetra

De Geiranger à Ålesund par la route des Aigles et la route des Trolls

J13 : Samedi 21 juin 2014

Une fois de plus, le ciel est plutôt bien ensoleillé ce matin malgré 7 petits degrés seulement. Dans ces conditions, autant profiter encore un peu du fjord de Geiranger, c'est toujours ça de pris. Ça pourrait ne pas durer.

Alors dès 8 heures, nous bougeons le camping-car et prenons la direction de la ferme de Vesterås, point de départ de plusieurs sentiers de randonnée. Parmi les différentes possibilités, nous retenons celui menant à Storseterfossen (sentier F dans la documentation de l'office de tourisme local).

Comme son nom l'indique, c'est une cascade. Tout comme en islandais, les terminaisons des mots norvégiens renseignent sur la nature des éléments avec beaucoup de similitude d'ailleurs.

Petit lexique : vatnet = lac, fossen = cascade, fjell ou fjellet = sommet ou montagne, fjorden = fjord, dal = vallée…

Mais revenons à… notre cascade qui possède un atout supplémentaire. Il paraît qu'on peut passer derrière son rideau d'eau. On a hâte !

C'est parti sur un début de sentier humide sur lequel il faut sans cesse veiller à ne pas marcher sur les crottes de moutons. A ce propos, en voilà quatre qui s'approchent dans l'espoir que nous soyons leurs bergers. Espoir vite déçu ;-)

Ne sont-ils pas mignons avec leurs oreilles en pointe et leurs piercings ?

En poursuivant, la qualité du chemin s'améliore nettement. On se croirait sur l'allée empierrée d'un jardin ou d'un parc.

C'est l'œuvre d'une équipe de maçons népalais. Ils sont chargés de la reconstruction et la sécurisation d'un certain nombre de sentiers norvégiens. Nous ne tardons pas à les voir à la tâche en approchant de la cascade. Ils font un travail de forçats.

Grâce à eux, l'accès à la chute sera facilité. Pour l'instant, il faut se faufiler avec prudence sous la voûte rocheuse à l'aide de chaînes en passant derrière le voile d'eau. Superbe !

Voici la chute d'eau dans son écrin de verdure d'où dépassent des pics aussi pointus que des pains de sucre !

Retour au camping-car vers 10 h 30 après avoir parcouru en tout… 4 kilomètres aller/retour avec 250 mètres de dénivelé en deux heures et demie environ.

Maintenant, mettons-nous au volant pour faire un peu de route et quelle route ! En effet, le trajet sur la route 63 entre Geiranger à Åndalsnes enchaîne des portions panoramiques aux noms évocateurs.

Immédiatement à la sortie de Geiranger, la route grimpe par 11 virages en épingles à cheveux depuis le Geirangerfjord jusqu'au point culminant de la route à 620 mètres d'altitude.

Ce tronçon a été baptisé Ørnevegen ou route des Aigles car l'endroit abritait traditionnellement un grand nombre de ces rapaces.

Voici le panorama qu'on découvre dans le dernier virage (Ørnesvingen), au point le plus élevé de la route.

Le soleil encore bien présent tôt ce matin a progressivement laissé la place aux nuages. Ce temps changeant me rappelle l'Islande. Son fameux proverbe "si le temps ne te plaît pas attends 5 minutes" pourrait devenir ici : "si le temps ne te plaît pas, change de vallée".

En effet, en progressant vers Eidsdal, il fait à nouveau soleil.

Mais les sommets rocheux fraîchement saupoudrés de neige surmontant le lac Eidsvatnet ne laissent augurer rien de bon.

En embarquant sur le ferry à Eidsdal, le beau temps reste sur le quai.

Sur l'autre rive, le tableau est des plus sombres :-(

Les gros cumulus couvrant la vallée ne tardent pas à se rompre pour donner des pluies diluviennes.

On a beau se ménager une pause prolongée pour le déjeuner dans l'espoir de voir la perturbation s'évacuer afin d'aborder la plus belle partie de cette route 63 dans les meilleures conditions, rien n'y fait, elle résiste.

Pourtant, à 700 mètres, au pied du lac Alnesvatnet, on a un court espoir en voyant ce pain de sucre surgir des nuages à la faveur d'un soupçon d'éclaircie.

Mais à 900 mètres, c'est définitivement l'hiver en ce premier jour de l'été. Zéro degré, des averses de neige et un brouillard à couper au couteau. Bref un temps à ne pas mettre un troll dehors !

A ce propos, nous voici arrivés au clou du trajet, là où la route plonge en direction d'Åndalsnes via Trollstigen ou échelle des Trolls, une série de 11 virages en épingles à cheveux avec une pente à 9 % et une seule voie de circulation.

Trollstigen, depuis le premier point de vue. Le deuxième point de vue, plus éloigné, est normalement plus spectaculaire mais pas aujourd'hui.

Le Visitor Center voisin nous sert de refuge un court moment avant d'amorcer la fameuse descente.

Il est 16 heures quand nous atteignons Åndalsnes qui devait être notre point d'arrivée. Sous la pluie, il n'y a pas aucun intérêt à rester ici. Dans l'espoir de trouver un meilleur temps plus à l'ouest, nous décidons de pousser immédiatement jusqu'à Ålesund à 120 kilomètres. En même temps, on aura une nouvelle occasion de dîner au restaurant.

Dans les fjords autour d'Ålesund, un rayon de soleil nous met du baume au cœur. A destination, il ne pleut pas (encore !) mais la couleur du ciel ne laisse pas de doute, il va pleuvoir.

Une fois le camping-car garé à proximité du centre-ville, notre première préoccupation sera de trouver un bon restaurant. XL Diner que j'avais repéré dans le guide LP est déjà complet à 19 heures (samedi oblige), on nous dit de revenir vers 22 heures.

Il reste donc trois heures à tuer avant le dîner mais dépêchons-nous de visiter avant qu'il ne pleuve.

La ville a été presque totalement détruite dans un incendie en 1904. Reconstruits par des architectes norvégiens formés en Allemagne, ses édifices sont alors dotés d'éléments caractéristiques de l'époque (tourelles, flèches, gargouilles) de style Art nouveau.

Avec ses maisons coquettes, ses rues piétonnes et ses quais joliment fleuris, cette cité côtière ne manque pas de charme. Bien que de dimension plus modeste que Bergen, elle est au moins aussi belle.

Le point de vue le plus spectaculaire sur la ville, les montagnes et les îles environnantes s'apprécie depuis la colline d'Aksla. Mais trop tard, il pleut ! Alors il n'y a plus qu'à nous réfugier dans un bar pour une séance d'Internet prolongée.

Le site de la météo norvégien yr.no n'est pas vraiment optimiste pour les deux prochains jours.

En attendant, nous allons aux nouvelles au restaurant vers 21 heures. Chouette, des places se sont libérées. On va enfin pouvoir dîner ! Au menu, un assortiment de morue (bacalhau) – à l'italienne, à la moutarde et au curry – suivi d'un dessert laissé à l'initiative du chef ("Let the chief"). Nous nous régalons.

Une juste récompense après une longue journée de route sous une météo pourrie alors qu'un rayon de soleil nous nargue au travers de la fenêtre.

Distance parcourue dans la journée : 215 kilomètres

Quai à Ålesund

De la route de l'Atlantique à Bølarein : des ponts et des pétroglyphes remarquables !

Dimanche 22 juin 2014

Dès le réveil, la couleur du ciel donne le ton de la journée… grisaille et pluie, pluie et grisaille. Seulement 8 degrés. Dans ce contexte, poursuivre la visite d'Alesund ne vaut pas le coup, profitons-en pour avancer immédiatement.

En réalité pour avancer, il nous faut d'abord "reculer", ç à d rebrousser chemin jusqu'à Vestnes sur la route que nous avons déjà empruntée hier, avant de traverser le Moldefjord en ferry.

Aujourd'hui pas question de rester sur le pont du navire, nous regardons la pluie ruisseler le long des vitres du salon. Quelle tristesse !

De Molde, notre but est de passer par la route de l'Atlantique (Atlanterhavsveien), classée route touristique nationale avec huit ponts remarquables reliant 17 îlots.

Le guide Lonely Planet préconise de rejoindre la côte à Bud. Mais avant, il est temps de chercher un coin sympa où poser notre Pössl pour déjeuner. Trop en ville, trop en pente… à force de tergiverser et avant de succomber à l'hypoglycémie, nous finissons à côté d'un cimetière. Vraiment pas gaie, cette journée !

Le comble, c'est que pendant notre pause, la pluie cesse provisoirement avant de redoubler d'intensité dès qu'on se remet au volant ! Rageant !

De Bud à Vevang, la route traverse des paysages côtiers battus par les vents et aujourd'hui plus encore par la pluie.

C'est après Vevang que débutent les huit kilomètres les plus spectaculaires du parcours. Prouesse d'ingénierie élue "construction du siècle" en Norvège en 2005, cette route a été nommée "le plus beau parcours routier du monde" par le quotidien britannique the Guardian. Elle est la deuxième route la plus visitée de Norvège après Trollstigen. Nous n'allions pas rater ça, même sous la pluie !

Tels des serpents de mer se tortillant d'île en île…

Sur l'île d'Averoy, toujours selon les recommandations du guide LP, nous longeons la côte sud afin de faire un arrêt à la petite église en bois debout de Kvernes. Elle nous apportera les seules touches colorées de la journée.

Une journée qui se termine à Kristiansund où nous improvisons un arrêt en nous dirigeant vers Gamle Byen, la vieille ville, occupant l'île d'Innlandet. Nous nous garons au hasard au pied d'une résidence au bord de l'eau. La pluie nous immobilise dans le camping-car. Nous ne verrons rien d'autre de Kristiansund.

Distance parcourue dans la journée : 220 kilomètres

J15 : Lundi 23 juin 2014

Comme le prévoyait la météo, la perturbation est bien installée au-dessus de nos têtes et risque de nous pourrir encore une partie de la journée.

Le point d'arrivée pour l'étape d'aujourd'hui est prévu un peu avant Steinkjer mais comme nous avons une bonne demi-journée d'avance sur notre planning prévisionnel, il est possible que nous puissions poursuivre au-delà de cette destination. C'est l'un des avantages de se déplacer en camping-car. S'il fait mauvais on roule, s'il fait beau on s'arrête !

Alors pour le moment roulons… en direction de Trondheim mais avec l'intention d'éviter cette ville. En effet, nous y ferons un arrêt pendant la deuxième partie de notre voyage car c'est précisément là que se situe le nœud central de notre parcours en forme de huit étiré.

Premier ferry de la journée entre Kanestraum et Halsa… sous une pluie battante ! Sur la route 39, idem, du moins jusqu'aux environs de Orkanger.

Là, les nuages se font moins denses et la pluie moins soutenue. Ce n'est pas encore la fin du mauvais temps mais on commence à y croire.

Lors du deuxième passage en ferry entre Flakk et Rorvik, nous tentons une sortie sur le pont entre les gouttes. Sur la F v 755 longeant maintenant le bras de mer en face de Trondheim, les averses sont de plus en plus espacées.

Nous progressons doucement entre collines parsemées de fermes rouge sombre et champs verdoyants piquetés de ballots de paille emmaillotés de blanc. Nous n'avions pas imaginé la Norvège aussi agricole !

Quand cette route 755 quitte les rives du fjord et s'enfonce dans les terres, il ne pleut presque plus. Chouette, on va peut-être pouvoir envisager une petite balade.

Autour du lac Elvatnet, plusieurs panneaux signalent le passage possible d'élans, nous saisissons le prétexte et en profitons pour nous arrêter et marcher un peu.

Ah, si on pouvait approcher des élans !

En guise d'élans, nous ne verrons que des moutons mais le sentier que nous suivons au hasard nous mène près d'une maison de vacances superbement située au bord d'un lac.

Le retour du soleil vient nous redonner le sourire pour le restant du trajet.

Il est seulement 15 h 30. Notre point d'arrivée initialement prévu n'est qu'à une cinquantaine de kilomètres. Il est trop tôt pour nous arrêter. Nous décidons donc de pousser au-delà de Steinkjer, jusqu'à Bølarein où j'avais repéré à la fois un site de pétroglyphes et une possibilité de stationnement pour la nuit.

Du coup, ce ne sont plus 50 mais 100 kilomètres qu'il nous reste à parcourir. Avec le soleil maintenant revenu, c'est un plaisir ! Après avoir rejoint la route de l'Arctique (E 6) un peu avant Steinkjer, nous la quittons presque immédiatement pour privilégier la route 763, parallèle à l'E 6, plus tranquille, longeant la rive Sud du lac Snåsavatnet dans une magnifique forêt de conifères.

Le soleil est toujours au rendez-vous quand nous arrivons à destination à 19 heures.

Un premier sentier en boucle nous conduit immédiatement vers la gravure rupestre d'un renne vieille de 5 000 à 6 000 ans.

Plus loin, c'est une étonnante silhouette de skieur qui est gravée dans la roche. Dommage qu'elle soit presque effacée par les ans. Mais cette reproduction, sur la façade du chalet d'accueil, nous laisse aisément imaginer la rencontre du renne et de cet homme, il y a quelques milliers d'années dans cette même forêt aux pins majestueux.

Ce beau temps inespéré nous donne des ailes. A 20 heures, nous enchaînons avec une deuxième boucle (Bølastien 3,8 km, 1 heure) qui nous conduit à travers une tourbière puis une forêt moussue jusqu'aux rives du lac Snåsavatnet

C'est sur cette image de grande sérénité que se termine cette journée qui finit donc mieux qu'elle n'a commencé. Après avoir glissé 50 couronnes dans une enveloppe, nous avons le parking sous les sapins pour nous tout seuls.

Demain, la route prend nettement la direction du grand Nord !

Distance parcourue dans la journée : 355 kilomètres

Pont de la route de l'Atlantique

Sur la route de l'Arctique jusqu'au glacier oriental du Svartisen

J16 : Mardi 24 juin 2014 Pressés de voir le temps qu'il fait, nous sommes debout avant 5 heures. Le ciel est couvert mais à l'horizon, de belles éclaircies pointent déjà leur nez. En revanche, comme les jours précédents il fait frisquet (8 °). Vestes et pantalons chauds ont remplacé shorts et débardeurs. On n'a pas encore sorti les gants et les bonnets mais ça pourrait venir !

Ce réveil matinal est bienvenu car c'est une longue étape qui nous attend (plus de 350 kilomètres, soit 5 à 6 heures de trajet) assortie d'une randonnée de 3 heures vers le glacier Svartisen. Or son approche nécessite d'abord la traversée d'un lac en bateau dont nous ignorons les horaires. Si nous voulons nous donner une chance, il serait préférable d'arriver sur place en tout début d'après-midi.

Alors, pas de temps à perdre. A 5 h 30, Pössl s'élance... d'abord sur la fin de cette très belle route 763 avant de retrouver l'E 6 un peu plus loin.

Cette E 6 ou route de l'Arctique est un axe majeur en Norvège, elle relie le sud du pays à l'extrême Nord. Ce n'est cependant pas une autoroute, elle a plutôt la taille d'une nationale voire par moments d'une départementale, ce qui signifie vitesse limitée à 80 km/h (sauf rares exceptions) et encore moins dans la traversée des agglomérations.

C'est un axe très emprunté mais, à cette heure, personne devant, personne derrière, c'est comme si nous étions seuls en Norvège ou… presque, ce qui nous laisse un champ de vision bien dégagé.

Justement… Stoooop ! Là dans une clairière, n'est-ce pas un élan avec son petit ? Le temps de faire demi-tour, le petit avait disparu mais maman élan était encore là à nous observer

Un peu plus loin, re… stoooop, cette fois pour des rennes sur le bord de la route ! Mais où est donc le Père Noël ?

Plus on monte vers le nord, plus la vue s'élargit. Les champs laissent la place aux forêts et aux lacs, les sommets s'aiguisent et la ligne des arbres descend plus bas sur les versants des montagnes.

A l'entrée dans le Nordland, le Majavatn nous offre un tableau saisissant où le ciel, l'eau et les montagnes se confondent pour mieux nous impressionner.

Devant ce lac aussi lisse qu'un miroir, une grande sensation de quiétude nous envahit.

Changement de ressenti à Laksforsen, où la bouillonnante chute d'eau fait l'effet d'un brumisateur géant dans un mugissement infernal. Ça réveille !

Bref, avec toutes ces distractions, le voyage passe comme une lettre à la poste. Nous arrivons à Mo I Rana avant midi, presque étonnés d'être déjà arrivés, mais tenaillés par une faim de loup !

Hé, hé, levés depuis 5 heures du matin avec 300 kilomètres sous le capot !

Le premier REMA à l'entrée de la ville tombe à point pour les courses. Son parking fait très bien l'affaire pour déjeuner dans la foulée.

Pas de temps à consacrer à une sieste ou à une pause prolongée aujourd'hui. En effet, si l'on veut se donner une chance d'approcher le glacier Svartisen, il faut poursuivre… une quinzaine de kilomètres sur l'E 6 puis encore autant dans la vallée de Svartisdal.

Ouf, nous arrivons juste à temps pour le départ du bateau à 14 heures. C'est le dernier départ de la journée (plus tard dans la saison, il y en a d'autres dans l'après-midi). Nous avons donc bien fait de partir tôt.

Dans un premier temps, le Svartisen 3 nous fait traverser le lac en une vingtaine de minutes. Nous sommes une quinzaine à bord. Le ciel se voile par intermittence mais il fait beau dans l'ensemble, quoique frais, surtout sur l'eau où gants et bonnets complètent la tenue.

Le bateau nous laisse environ deux heures et demie sur place, il reviendra nous chercher vers 16 h 45.

Les quinze randonneurs déplient aussitôt leurs bâtons de marche et partent à la queue leu leu à l'assaut du versant. Le sentier grimpe de façon régulière et soutenue sur des strates rocheuses. Certains s'attardent près d'une cascade, d'autres cavalent en tête pendant que les derniers papotent en queue de peloton. Bref, plus on gagne en altitude, plus la file s'étire !

Il reste à contourner le lac glaciaire… … avant que ne se dévoile au soleil, scintillante et immaculée, la langue glaciaire du Svartisen.

Mais sa beauté ne saurait faire oublier le mal qui ronge tous les glaciers du monde. De nombreuses marques au sol et d'anciens panneaux sont les témoins d'une perte importante de superficie au cours les dernières décennies.

Formées de deux calottes glaciaires séparées par la vallée de Vesterdalen, le Svartisen reste néanmoins le deuxième plus grand glacier du pays. Malgré une altitude moyenne de 1 500 mètres et une épaisseur de glace de 600 mètres par endroits, ses nombreux bras descendent jusque dans les vallées et forment ainsi les glaciers les plus bas d'Europe continentale.

Le bras oriental descend ici à 500 mètres d'altitude. Dans quelques semaines, notre parcours nous amènera au niveau du bras occidental de ce même glacier qui lui se jette dans l'océan ou… presque. Mais ça, c'est une autre histoire !

Pour le moment et près avoir contemplé la coulée de glace sous toutes les coutures, il est déjà temps de lui tourner le dos pour amorcer la descente.

Le bateau est à l'heure à 16 h 45. Un quart d'heure, plus tard, nous retrouvons notre cher Pössl.

Notre journée aurait dû s'arrêter là sauf qu'Hervé a une envie irrépressible de pizza. La ville de Mo I Rana n'est pas si loin (euh ! à 30 kilomètres tout de même) et on n'est pas à quelques kilomètres près, alors zou, on y retourne !

Si par la même occasion on pouvait faire laver le linge… Mais à l'office de tourisme, on nous confirme qu'on ne peut pas trouver ce service en ville (ni nulle part en Norvège en général) et que la seule solution est de s'adresser à un camping.

La jeune femme se propose de contacter pour nous les campings des alentours. Le plus proche en direction du nord ne possède pas de lave-linge, le suivant a bien un lave-linge mais pas de sèche-linge. Le troisième offre les deux mais se trouve à 60 kilomètres au nord de Mo I Rana. Bah, on n'est plus à ça près !

Après avoir partagé une pizza "Al Pacino" - bonne, sans plus - c'est reparti pour un tour sur l'E6 sur une portion que nous commençons à connaître sur le bout des doigts, en la parcourant pour la troisième fois depuis ce midi.

C'est donc bien tard que nous posons notre camion sur la pelouse du Krokstrand Camping au terme d'une étape un peu folle qui, en raison de nos multiples va-et-vient, sera aussi la plus longue de tout notre séjour en Norvège. Mais c'est sans regrets car on a passé une journée extra et comme il ne fait jamais nuit…

Distance parcourue dans la journée : 485 kilomètres

Glacier Svartisen

Passage du cercle Arctique et embarquement pour Værøy (îles Lofoten)

J17 : Mercredi 25 juin 2014

Aujourd'hui, notre étape doit nous mener à Bodø, port d'embarquement à destination des îles Lofoten. Comme nous avons déjà bien avancé hier, il nous reste seulement 170 kilomètres à parcourir ce matin. Cool !

Nous attendons beaucoup de notre séjour aux Lofoten auquel nous avons prévu de consacrer sept jours. Alors s'il pouvait faire beau…

Pour le moment, c'est loin d'être gagné. La couleur du ciel se décline dans les nuances de gris et le thermomètre ne dépasse pas 8 degrés à 7 h 30.

Cap toujours plus au nord sur cette même route Arctique !

Les épaisses forêts de pins laissent progressivement la place à des bois plus clairsemés, à des arbres de plus en plus rabougris avant leur disparition complète au profit d'une toundra désolée balayée par les vents et encore partiellement recouverte de neige.

Normal, nous venons de franchir à 700 mètres d'altitude la ligne imaginaire du cercle Arctique, 66° 33'45''N

A partir de maintenant, on verra le soleil rester au-dessus de l'horizon et ne jamais se coucher. C'est ce qu'on appelle le soleil de minuit.

Mais, pour l'instant, il manque à l'appel. Pire encore, voilà que la pluie s'invite, elle aussi. On espérait s'en débarrasser en se dirigeant vers l'ouest à Fauske, mais rien à faire, elle nous suit jusqu'au bout ou… presque.

En effet, à Bodø, le ciel est voilé mais il ne pleut pas. Voilà qui est prometteur !

Il est 11 heures, notre ferry ne part qu'à 16 h 30 mais nous préférons placer immédiatement le camping-car dans la queue. Nous avons choisi l'île de Værøy (un seul départ par jour) comme première destination dans l'archipel des Lofoten au contraire de la plupart des touristes qui vont directement à Moskenes (plusieurs départs par jour).

De ce fait, notre véhicule est le deuxième dans la queue alors que plusieurs files à destination de Moskenes sont déjà complètes.

Jusqu'à 16 h 30, comment s'occupe-t-on, me diriez-vous.

Vu l'heure, on commence par préparer le repas, déjeuner et faire la vaisselle. On en profite aussi pour faire un peu de rangement et de nettoyage. Petite promenade sur le quai pour assister à l'arrivée d'un Express Côtier, ce "paquebot" desservant les principaux ports côtiers de Bergen à Kirkenes. Un spectacle à lui tout seul !

En début d'après-midi, on abandonne Pössl pour aller faire un tour en ville. A notre retour, les files d'attente se sont encore étoffées et l'animation ne manque pas.

A côté de nous, un motard suédois démonte sa machine. Derrière nous des Asiatiques arrivent du centre-ville les bras chargés de course. Plus loin des Français racontent leurs péripéties de voyage à des Belges. Puis les caissiers ne tardent pas à encaisser leur dû, le départ se précise, le ferry se remplit.

Ça y est, le navire lève l'ancre. C'est parti pour plus de six heures de navigation.

La mer très calme au départ finit par se former en cours de traversée. En revanche, bonne nouvelle, le voile nuageux se disloque pour laisser la place à un ciel uniformément bleu et à un soleil radieux.

A 20 heures, quand le ferry fait une escale à Røst, il fait un temps magnifique !

Cet archipel formé de 365 îles et skerries offre un contraste surprenant avec ses voisines plus au nord, très escarpées. A part un léger renflement au centre, l'île principale de Røstlandet, est plate comme une crêpe.

Elle attire 2,5 millions d'oiseaux de mer qui viennent nicher partout, y compris aux abords des habitations. Vers 22 h 30, après 6 heures de roulis et de tangage, nous approchons des côtes deVærøy, éblouis par le soleil encore très haut dans le ciel.

Une fois débarqués, nous regagnons aussitôt la côte nord de l'île où une piste en terre finit en cul-de-sac au niveau d'un petit parking. Deux autres voitures sorties du ferry nous ont déjà devancés. Leurs occupants, deux couples norvégiens, sont en train d'installer leur tente dans la lande.

Quant à nous, nous profitons du soleil de minuit avant de tirer les rideaux pour une bonne nuit pendant laquelle il fait aussi clair qu'en plein jour.

Distance parcourue dans la journée : 180 kilomètres

J18 : Jeudi 26 juin 2014

Yessss, le ciel est toujours bleu, le soleil radieux et malgré un petit vent froid, la journée s'annonce exceptionnellement belle sur Værøy.

Avant 9 heures, alors que nos voisins campeurs dorment encore, nous sommes déjà prêts à randonner.

Île montagneuse d'à peine 8 kilomètres de long, hébergeant 2 000 fois plus d'oiseaux de mer que d'êtres humains, Værøy est réputée pour ses plages de sable blanc, ses crêtes élevées, ses hameaux isolés et sa mer cristalline, à l'écart du reste des Lofoten plus touristiques.

Le ferry vers notre destination suivante, Moskenesøya, ne part qu'à 22 h 45. Nous avons donc toute la journée pour vérifier si Værøy est à la hauteur de sa réputation.

L'itinéraire à pied que nous avons choisi d'emprunter part directement du parking où nous sommes garés en direction du village abandonné de Måstad, situé sur la presqu'île Sud.

Le sentier, longeant le versant nord d'une montagne escarpée culminant à plus de 400 mètres, est malheureusement encore à l'ombre à cette heure-ci. Passant tantôt à flanc de falaise (attention au vertige), tantôt sur des rochers, tantôt sur des galets, il n'est pas aisé à fouler.

Il faut en permanence vérifier où l'on met les pieds si l'on ne veut pas se tordre une cheville ou marcher sur des oeufs ! Une fois l'isthme d'Eidet franchi, nous poursuivons au soleil et profitons de la vue merveilleuse sur la côte Est et les sommets de l'île.

Le chemin est maintenant plus large et grossièrement pavé par endroits. C'est le reliquat d'une tentative de liaison entre Måstad et le reste de l'île, avortée en raison de l'assaut répétitif de la mer.

C'est également cet isthme qui permettait aux pêcheurs d'antan de passer leurs barques de la côte Est à la côte Ouest.

Peu après, on commence à apercevoir le village au loin.

A 11 heures, nous atteignons les premières maisons.

Un panneau indique que ce village de pêcheurs comptait jusqu'à 150 habitants. Pour compléter leurs revenus, ils pratiquaient la chasse aux macareux à l'aide de chiens dressés à cet effet, appelés chiens à macareux (puffin dogs). Il subsiste environ 700 spécimens de cette race, tous issus de l'île.

L'endroit étant inaccessible par la route (seul le chemin de pêcheurs était praticable à pied) et également difficilement accessible par la mer en raison de forts courants et souvent du mauvais temps, le village fut abandonné.

Il ne reste aujourd'hui que quelques résidences secondaires.

De Måstad, on peut tenter l'ascension du Mahornet (431 mètres), une montée réservée aux randonneurs sportifs, précise le guide LP.

Aujourd'hui, on ne se sent pas à la hauteur. La sente, à peine visible et en dévers sur le flanc de la montagne, ne nous inspire pas confiance. On se contente des trois premiers lacets afin de bénéficier d'une vue intéressante sur le village avant d'en rester là.

Le retour par le même itinéraire nous fait découvrir des aspects insolites de cette côte auxquels on n'avait pas prêté attention précédemment.

Ici un profil aquilin tourné vers l'océan…

Là, un flotteur géant, ramené par la mer…

Ici et là, des plages aux eaux cristallines dignes des Seychelles, la chaleur en moins ;-)

Au loin, l'île de Moskenesøya où nous serons dès ce soir.

D'ici là, poursuivons la découverte de Værøy, il est à peine 15 heures. Une carte affichée au niveau du parking permet rapidement de faire un point. Après les 15 kilomètres que nous venons de parcourir, nous cherchons quelque chose de light.

Une balade facile de 2 kilomètres vers le phare de Kvalnes nous convient parfaitement.

Aussitôt vu, aussitôt décidé ! Le camping-car est déplacé jusqu'à l'extrémité opposée de l'île. En cours de route, d'autres belles plages !

A travers une prairie fleurie, c'est l'occasion d'observer cette délicate orchidée, Orchis rouge sang !

Le nez en l'air pour suivre le vol des goélands, le nez par terre pour suivre le sautillement des huitriers pie… Les yeux posés sur la ligne de crête ou rivés sur l'horizon… .. chemin faisant jusqu'au phare, nous goûtons à la solitude de Værøy.

Pour finir, il nous reste à jeter un œil sur Sørland, le village principal de l'île, bien emmitouflés et encapuchonnés en raison d'un vent glacial pendant que les enfants de Værøy en petite tenue, s'amusent à des jeux d'eau dans leur jardin. C'est l'été, finalement !

Frigorifiés, nous finissons pas nous réfugier dans le camping-car et à nous placer dès 19 heures dans la queue pour le ferry de 22 h 45. A cette heure, nous sommes les troisièmes de la file (au final sur une dizaine de véhicules seulement).

Popote, dîner et tâches diverses nous occupent jusqu'au départ du ferry qui, avec près d'une heure de retard, se fait ardemment désirer et par la même nous fera arriver bien tard à Moskenes.

Il est plus d'une heure du matin quand nous stationnons Pössl à l'extrémité Sud de l'île de Moskenesøya, après le village et le tunnel de Å, curieusement en même temps que nos voisins campeurs de la nuit dernière.

Sur le parking de Å, tout le monde dort déjà. Nous nous dépêchons d'en faire autant, après une journée à rallonge… inoubliable.

Værøy a été à la hauteur de nos attentes. Espérons qu'il en sera de même des autres îles des Lofoten !

Distance parcourue dans la journée : 20 km en véhicule et autant à pied !

Village de Måstad à Værøy



Moskenesøy : Des rorbuer de Å à… la plage de Kvalvika

J19 : Vendredi 27 juin 2014

Réveillés en fanfare par le raffut des goélands, notre premier coup d'œil va au ciel. Nous sommes immédiatement rassurés, il fait un temps magnifique.

Les six prochains jours seront consacrés à la traversée des îles Lofoten, du sud au nord. Nous n'aurons plus à utiliser de ferry, les îles sont maintenant toutes reliées entre elles par des ponts ou des tunnels sous-marins. L'E 10 qui les traverse d'un bout à l'autre a été classée route touristique nationale.

Semblables à un dragon marin hérissé, les îles Lofoten se présentent comme une chaîne de montagnes boisées surgie de la mer, entrecoupée de lacs et de fjords abritant des baies aux eaux claires et des villages pittoresques.

Nous sommes pour le moment à Moskenesøy, la plus méridionale des Lofoten, plus précisément à la pointe sud, à proximité du village de Å.

Avant de poursuivre plus loin, un petit tour à pied s'impose pour explorer le bout de la péninsule.

Côté mer s'étend le Vestfjord séparant l'archipel du continent d'où surgissent les contreforts de l'île de Varøy.

L'océan est d'un calme impressionnant et le sentiment de solitude à peine rompu par le joyeux piaillement des goélands et le clapotis de la mer juste ridée.

A l'opposé, côté terre, les pêcheurs commencent à s'activer dans le village de Å (qu'on prononce O) mais à cette heure, la localité reste encore préservée des touristes qui la visitent en nombre tous les jours.

Avec sa rangée de rorbuer rouges (ces cabanes traditionnelles de pêcheurs) le long du rivage, avec ses séchoirs à poisson et sa colonie d'oiseaux de mer, c'est l'un des villages les plus typiques de l'archipel.

Mais Moskenesøy, ce sont également des reliefs escarpés aux sommets desquels la vue est époustouflante. C'est le cas des environs de Reine que l'on admire depuis les hauteurs de Reinebringen. Bien que réputée difficile avec 450 mètres de dénivelé pour 1,3 kilomètre seulement, cette randonnée est notre objectif prioritaire.

Pourtant, au pied de la montée, un panneau va immédiatement semer le doute. Est-ce vraiment prudents de nous lancer sur un terrain aussi difficile ?

Stimulés par les magnifiques panoramas vus en photos, nous attaquons la grimpette avec courage mais très vite le doute refait surface. Le terrain est instable, des pierres se dérobent sous nos pieds, la terre s'effrite à notre passage. La montée est verticale à tel point qu'on a l'impression de faire du sur-place. Même en multipliant les pauses, nous n'arrivons pas à récupérer alors que des jeunes nous dépassent en avalant les dénivelés quatre à quatre. Le moral est dans les chaussettes !

Les difficultés se corsent encore avec un ultime passage scabreux sur les racines d'un arbre laissées à nu par un éboulement de terre. Craignant que la suite ne soit pire, nous abdiquons, préférant ne pas prendre davantage de risques. Tant pis pour Reinebringen et ses vues fabuleuses, on se contentera d'admirer le village d'en bas. On a gravi 200 mètres sur les 450 prévus.

Mais pas question de rester sur un échec. Nous planifions immédiatement une nouvelle randonnée pour l'après-midi tout en veillant à rester plus raisonnables dans nos choix. La plage de Bunes, accessible en 1 heure à pied après une traversée du Reinefjord en bateau, aurait pu convenir mais les horaires du navire ne nous arrangent pas.

C'est alors une autre plage que nous retenons, Kvalvika ou plage de la Baleine, située sur la côte nord de Moskenesøy. Si le point de départ de cette nouvelle balade n'est qu'à quelques kilomètres à vol d'oiseau, la configuration de l'île impose un détour afin de contourner son centre montagneux. En outre, des travaux titanesques sur l'E10 ralentissent considérablement le trafic, réduisant la chaussée à une voie imposant une circulation alternée. Mais nous ne sommes pas pressés, ce sont les vacances ! Ce ralentissement nous permet de profiter encore mieux des paysages.

Les belles vues se succèdent tout au long de cette route touristique nationale.

Les ponts aussi participent à l'harmonie des lieux.

Sur le trajet, Hervé s'arrête pour acheter l'objet indispensable aux Lofoten, une canne à pêche, qu'il espère étrenner dès ce soir.

Mais avant cela, allons voir à quoi ressemble cette fameuse plage. Quatre jeunes Français, rencontrés au départ de la randonnée, nous rassurent en qualifiant le parcours de "très chouette".

Après avoir traversé un terrain tourbeux sur des planches, le sentier prend la direction d'un col, tout en laissant derrière lui un fjord échancré d'où surgit une chaine montagneuse et un chapelet d'îlots.

Au bout d'une demi-heure, si l'on commence à apercevoir la plage, il faut compter une bonne demi-heure de plus pour atteindre l'étendue de sable.

Une fois arrivés, quel plaisir de marcher pieds nus sur le sable. Quant à se baigner, c'est une autre histoire. Avec un vent glacial, le froid ressenti nous paraît inférieur à la douzaine de degrés affichés par le thermomètre. Tremper les orteils dans l'eau est déjà un exploit.

Retour au camping-car à 18 heures après une randonnée de 6 kilomètres en 2 heures et demie, pause sur la plage comprise, avec 200 mètres de dénivelé. Très chouette, effectivement et plage magnifique.

Il nous reste alors à rallier le port de Ramberg, sur l'île de Flakstadøy toute proche, où j'avais repéré une possibilité de stationnement pour la nuit ainsi qu'un point d'approvisionnement en eau.

Quelques pêcheurs, Français de surcroît, sont déjà en train de taquiner le poisson. Il n'en faut pas davantage à Hervé pour déployer sa canne et se joindre à eux. Ni une ni deux, mais huit petites morues mordent à l'hameçon. Les plus petites feront le régal des mouettes, les autres gagneront le réfrigérateur en attendant de passer à la poêle demain midi.

Avec un excellent spot de pêche, un point d'eau disponible à volonté et un lieu de stationnement spacieux, le port de Ramberg sera notre abri pour la nuit.

Distance parcourue dans la journée : 50 km

Plage de Kvalvika

Flakstadøy : Des orques entre Nesland et Nusfjord

J20 : Samedi 28 juin 2014

Avec le maintien du beau temps, nous poursuivons notre découverte des Lofoten, aujourd'hui l'île de Flakstadøy qui comme sa voisine Moskenesøy ne manque pas de sommets panoramiques.

Parmi les randonnées possibles, j'avais sélectionné celles vers Volandstinden, Nesheia ou Hestræva, toutes rangées dans la catégorie "difficulté moyenne" malgré leur dénivelé conséquent. Mais après l'expérience d'hier, nous sommes méfiants. Si elles sont toutes du même acabit que celle d'hier vers Reinebringen…

C'est pour cette raison que nous choisissons finalement de relier Nesland à Nusfjord, un parcours classé facile, sur un sentier de bord de mer. Un itinéraire que nous avions écarté au moment de la préparation, Hervé trouvant qu'il manquait de hauteur.

C'est l'occasion de vérifier si son jugement était fondé.

A 8 h 30, nous sommes déjà à pied d'œuvre dans le village de Nesland et dix minutes plus tard, le village laissé derrière nous, a l'air d'une miniature.

Le sentier suit effectivement le bord de mer. Jusque là, pas de difficulté. En outre, le parcours est au soleil et à l'abri du vent, ce qui est un avantage incontestable.

Ajoutez à cela de belles vues sur l'océan ! Ce début est bien plus prometteur qu'il n'y paraissait.

Mais il n'a cependant rien d'une promenade tranquille. De petites montées suivies d'autant de descentes demandent des efforts sans relâche.

Sur une butte, nous nous accordons volontiers une pause devant une mer aussi lisse qu'une nappe d'huile, survolée par quantité d'oiseaux.

Quand, tout à coup, là… au ras de l'eau… Pschiiii ! N'est-ce pas un souffle ?

Pas de doute, c'est un groupe d'orques. D'ailleurs, en prêtant l'oreille et bien qu'elles soient à 200 mètres du rivage, on les entend nettement souffler.

Médusés et tout excités par cette rencontre inattendue, nous suivons leurs gracieuses évolutions. Même les chalutiers en train de pêcher sur le site s'écartent pour les laisser passer.

Quand elles s'éloignent définitivement, nous reprenons le cours de notre randonnée, décidément loin d'être une balade du dimanche.

Bientôt c'est un labyrinthe rocheux qui nous obligera à chercher notre passage, à revenir sur nos pas, à sauter d'un bloc à l'autre avant de nous en extraire par une échelle.

Au bout de deux heures, à l'approche de Nusfjord, la côte rocheuse commence à s'égayer du rouge vif des maisons traditionnelles, d'abord isolées, puis plus serrées autour du port.

Avec ses maisons sur pilotis, ses pontons de bois, ses bateaux de pêche aux couleurs pimpantes, le village est vraiment ravissant. Un véritable tableau de carte postale !

Bref, contrairement à nos a priori, c'est une randonnée qui vaut le coup pour les paysages, les deux beaux villages et surtout pour une possible rencontre avec des mammifères marins. On aurait eu tort de l'écarter !

En tout : 12 kilomètres, 5 heures visite et pauses comprises, 500 mètres de dénivelés cumulés (mine de rien !). Une randonnée, certes facile, mais en raison de deux ou trois difficultés, pas tout à fait une promenade de santé.

En tout cas, à l'issue d'une bonne demi-journée de marche au soleil, nous ressortons avec plaisir short et sandales, l'été norvégien semble de retour.

D'ailleurs même les moutons ressentent le besoin de se rafraîchir les pattes.

Mais, en cours d'après-midi, de retour du côté de Ramberg, l'atmosphère est toute autre : mer agitée, vent et froid +++. Sandales et shorts sont à nouveau rangés.

Alors même que la plage de Ramberg offre tous les attributs d'une grève tropicale, le bonnet de laine est plus approprié que le bonnet de bain.

En revanche, ce temps est idéal pour la pêche et depuis le quai de Ramberg, la prise est aussi bonne que la veille. Deux gros lieus jaunes vont améliorer l'ordinaire et finir à la casserole pour le dîner.

Bien que Ramberg nous plaise beaucoup, nous avons un autre projet pour la fin de soirée : assister au soleil de minuit. Dans cet objectif, il faut trouver un lieu orienté au nord. On n'aura pas à aller bien loin. Peu après la sortie de Ramberg, un spot en bord de mer répond parfaitement à nos attentes. Un motocycliste allemand y a déjà planté sa tente, une voiture y est également garée. Dans notre Pössl, nous leur tiendrons compagnie.

Dans un premier temps, nous restons à l'abri dans le camion, à contempler le ciel que les nuages décorent de traînées d'or. Il est un peu plus de 23 heures.

Vers 23 h 30, nous tentons une courte sortie sous la lumière arctique.

Mais, brrr, le vent est si glacial que nous rajoutons un Kway par-dessus deux vestes polaires et un épais coupe-vent. Malgré toutes ces épaisseurs, le froid nous transperce si bien que notre seul souhait est de vite, vite nous mettre sous la couette sans attendre les douze coups de minuit.

A minuit pile, notre carrosse ne s'est pas transformé en citrouille (ouf !) mais nous avons entendu la voiture garée à côté de nous quitter discrètement les lieux, nous laissant seuls en compagnie du campeur allemand.

Distance parcourue dans la journée : 35 km

Nusfjord

Plongées dans le Vestfjord et pêche à Henningsvær

J21 : Dimanche 29 juin 2014

Si la Norvège est principalement connue pour ses fjords et ses glaciers, elle possède également des fonds sous-marins intéressants, ce qui ne pouvait échapper à mon plongeur de mari.

La plongée avec bouteilles se pratique dans plusieurs régions du pays, notamment dans le Sud autour de Kristiansand, dans l'Ouest autour de Bodø et bien entendu ici, dans l'archipel des Lofoten, plus particulièrement autour de Ballstad sur l'île de Vestvågøy. C'est là que nous avons repéré le centre de plongée "Lofoten Diving" mais n'avons fait aucune réservation.

C'est donc cette direction que nous prenons ce matin afin d'aller aux renseignements et voir s'il est possible de programmer une ou deux plongées dans les prochains jours.

Je ne vous fais pas de long laïus à propos de météo, il fait toujours aussi beau quoique toujours frais (10 degrés seulement en milieu de matinée).

Ballstad se trouvant sur l'île voisine de Vestvågøy, nous passons, comme si de rien n'était, d'une île à l'autre par un tunnel sous-marin.

Au passage, toujours de belles plages mais aussi des pâturages et des exploitations agricoles. Derrière leur enclos, ces belles vaches Highland nous regardent avec curiosité, à moins que ce soit le contraire ;-)

Le centre de plongée est dirigé par Daniel, secondé pour la saison par Robert, un journaliste, photographe et moniteur de plongée suisse. Ils nous réservent un accueil chaleureux.

Daniel propose à Hervé soit de faire une plongée illico et une autre dans l'après-midi soit d'en faire une première cet après-midi et une deuxième demain matin.

Il s'agit bien sûr de plongée en combinaison étanche, une pratique qu'Hervé a déjà pu expérimenter en Islande l'été dernier.

Après réflexion, nous optons pour la deuxième proposition afin de laisser au plongeur le temps de se préparer mentalement à l'exercice. Rendez-vous est pris pour 15 heures.

Entre-temps, nous poussons jusqu'au port de Ballstad. Tourné vers l'industrie du poisson, la localité n'a cependant pas le charme des autres villages précédemment visités.

Dès 14 heures, le plongeur fébrile nous ramène devant le local de plongée. C'est que la préparation demande plus de temps que la plongée elle-même.

Je laisse la parole au plongeur : " Cette première plongée est une plongée de réadaptation sur un site à cinq minutes en bateau. La mer est calme, l'eau à 9 degrés avec une visibilité de 8 à 10 mètres sans courant. En binôme avec Robert, nous flânons tranquillement à 6/8 mètres de profondeur tout en observant poissons et petits organismes marins : nudibranches, étoiles de mer, éponges, lompe en train de couver ses œufs et... un curieux organisme : le cténophore (macroplancton)

Bref, une plongée toute en minutie et en douceur pour une réadaptation réussie".

Au retour, chargé comme un baudet… mais ravi et impatient de renouveler l'expérience demain matin.

La journée a filé à toute vitesse, il est déjà l'heure de trouver un lieu de bivouac pour la nuit. J'avais noté que le stationnement des camping-cars était toléré en surplomb de la magnifique plage d'Uttakleiv. Ce n'est qu'à 20 kilomètres, on s'y rend sur le champ.

La plage est sublime effectivement.

En plus, à l'extrémité du parking, l'ancienne route contournant la montagne est devenue un chemin de randonnée et un excellent prétexte à une belle promenade.

Distance parcourue dans la journée : 90 km

J22 : Lundi 30 juin 2014

Pas de changement côté météo, il fait invariablement beau et toujours frais (11 degrés). Comme d'habitude et bien qu'il soit déjà 8 h 30, nous sommes les premiers à bouger notre camping-car. C'est à croire que les camping-caristes sont adeptes de grasses matinées.

Retour à Ballstad pour une deuxième plongée, aujourd'hui, sur une épave.

Il s'agit d'un bateau de pêche islandais ultra-moderne, le "Gudrun Gisladottir" qui a heurté un rocher dans le détroit de Napp, entre les îles de Flakstadøy et Vestvågøy le 18 juin 2002. Après plusieurs tentatives de remorquage, les pompes de renflouages sont tombées en panne. Les secours ont été obligés de le laisser sombrer. Le bateau coula le lendemain de l'accident, près de Ballstad, à vingt minutes en bateau du centre de plongée. Il repose sur un lit de sable à 40 mètres de fond.

C'est Hervé qui vous conte la suite :

"Après un briefing très détaillé, c'est avec Daniel et un jeune stagiaire norvégien que je fais équipe aujourd'hui pour une plongée plus engagée le long de la coque du navire entre 35 et 40 mètres de profondeur. Tout le matériel est encore sur place. La cabine de pilotage toujours intacte a été investie par des morues et des éponges.

Visibilité 10 à 12 mètres. Pas de courant.

D'une façon générale, ces deux expériences m'ont permis d'approfondir la pratique de la plongée en combinaison étanche que je pense maintenant maîtriser parfaitement ou… presque ! "

A l'issue de la plongée, Hervé s'offre un bain supplémentaire dans un bac d'eau douce, une façon originale de rincer le matériel. Il a l'air d'apprécier !

Après cet intermède "Lofoten under the sea", nous reprenons la découverte terrestre de l'archipel mais à partir de maintenant, en faisant un peu les choses dans le désordre.

En effet, pour ne pas trop solliciter la résistance du plongeur, nous irons d'abord sur l'île de Austvågøy visiter tranquillement Henningsvær cet après-midi avant de revenir demain pour approfondir l'exploration de Vestvågøy.

Nous traversons Austvågøy par la très belle route 815 en passant au pied du Justadtinden que nous gravirons demain. Ensuite, c'est la 816 qui finit de nous conduire à Henningsvær.

Situées sur un étroit promontoire au pied de pics escarpés, les jolies maisons sur pilotis valent au village le surnom de "Venise des Lofoten", une appellation sans doute un peu exagérée mais un lieu agréable et branché où il fait bon flâner entre cafés et galeries d'art.

On y repère, pour le dîner, le restaurant Fiskekrogen qui nous semble bien alléchant jusqu'à ce que… depuis un ponton voisin, Hervé ne fasse une pêche miraculeuse : cinq gros maquereaux (d'un kilo chacun) et beaucoup d'autres s'il avait insisté. Il en donne deux à un touriste luxembourgeois qui l'observait depuis la fenêtre de sa résidence.

Dans ces circonstances, ce sera dîner maison avec au menu… devinez quoi ? Ce dîner et la nuit à venir ont pour décor la plage de Rorvika, à l'intersection de l'E10 et de la 816, alors qu'une brume épaisse commence à couvrir les sommets. Annoncent-ils un changement météo ?

Distance parcourue dans la journée : 110 km

Cténophore

Vestvågøy : du sommet du Justadtinden à la plage d'Eggum

J23 : Mardi 1er juillet 2014

Les nuages d'hier soir ont-ils pris le dessus ? Non, pas du tout, il fait toujours un temps magnifique en ce premier jour du mois de juillet.

Comme je l'avais précisé antérieurement, nous retournons sur nos pas aujourd'hui jusqu'à Justad afin de randonner.

Comme hier, nous reprenons la 815 presque jusqu'à Leknes, ce qui nous permet de revoir ces mêmes paysages à la fois côtiers et montagneux sous un autre angle.

En passant d'une île à l'autre, ce pont très esthétique mérite un court arrêt.

Pour une fois, nous ne sommes pas très matinaux. Le temps de faire le trajet jusqu'à Justad, il est déjà 10 h 45.

Nous avons retenu la randonnée vers les crêtes du Justadtinden pour deux raisons. Bien que ce soit un parcours long (14 km AR pour 900 mètres de dénivelé), il semblait à notre portée car nous sommes meilleurs en endurance qu'en vitesse. L'abandon à Reinebringen a sérieusement ébranlé notre confiance en nous.

L'auteur du site Internet rando-lofoten parle d'un "festival de panoramas", on ne veut pas rater ça, alors zou, en avant !

Pour commencer, le sentier suit tout en douceur la ligne de crêtes. Au bout d'un quart d'heure de marche, déjà un premier aperçu sur une vaste lande avec la petite ville de Leknes en arrière-plan !

Plus on monte, plus la vue s'élargit, dominant maintenant une zone de lacs et de tourbières. Au fond, le Vestfjord et les contreforts des îles voisines.

Ensuite, le parcours se fait plus raide, en traversant une grande prairie d'altitude avant d'atteindre le sommet, malheureusement un peu couvert. Il est 13 heures.

Mais quelques trouées plus claires vont malgré tout nous permettre d'assister au festival de panoramas.

Sur le chemin du retour, un dernier coup d'œil au Justadtinden.

Arrivée au camping-car à 15 h 15.

Bilan : une très belle randonnée, certes longue (14 km aller/retour), avec un dénivelé cumulé de 900 mètres, mais sans difficulté technique, faite en 4 heures et demie pauses comprises (au lieu des 5 à 6 heures annoncées).

Bref, voilà de quoi regonfler notre ego ;-)

La journée étant déjà bien entamée, on peut dès à présent réfléchir à une destination pour la nuit. Parmi les différents repérages que j'avais faits, j'étais particulièrement attirée par la plage d'Eggum, réputée très belle et par ailleurs idéale pour assister au soleil de minuit. C'est à une trentaine de kilomètres, on y fonce illico.

Pour changer un peu, nous traversons cette fois l'île de Vestvågøya par la E10 avant de tourner vers le nord, en direction d'Eggum.

La piste continue après le village et s'arrête en cul-de-sac à l'entrée de la réserve naturelle. C'est là que le stationnement des camping-cars est permis, moyennant 100 couronnes à payer au café du site. Un contrôle est effectué en fin de soirée, resquilleurs s'abstenir !

C'est un très beau spot très prisé, complété par un bel itinéraire de randonnée entre Eggum et Unstad, l'occasion d'une petite marche postprandiale.

Le chemin suit le bord de mer. Pourtant, ce décor, juste en retrait de la côte, pourrait faire croire à un paysage de montagne.

Le clou du parcours reste cependant cette sculpture, faisant partie du projet "Skulpturlanskap", 33 œuvres d'art modernes et originales, se mariant parfaitement avec le paysage, réparties dans toute la région du Nordland.

Celle-ci, intitulée Hode (ou Head) est l'œuvre du Suisse Markus Raetz. A première vue, une simple tête de granit.

Mais, en tournant autour du socle, vous finissez par voir et avoir la tête à l'envers ;-)

C'est donc un peu tourneboulés, la tête remplie d'un festival d'images, que nous nous retirons dans notre camion pour une soirée sous les rayons du soleil de minuit.

Distance parcourue dans la journée : 80 km

Du sommet de Justadtinden

Mont Hoven (Gimsøy) et retour sur le continent

J24 : Mercredi 24 juillet 2014

Cette dernière journée sur les îles Lofoten promet encore d'être radieuse. Pas un nuage dans le ciel, déjà 12 degrés ce matin mais il fera jusqu'à 18 dans la journée. Chic, ça se réchauffe ! Dès 8 heures, c'est parti pour l'île de Gimsøy !

A sa pointe nord se dresse le mont Hoven (368 mètres), une montagne solitaire et facile à gravir, offrant des vues paradisiaques, paraît-il.

Une randonnée facile (4 km, dénivelé 400 mètres, 2 heures).

Sa silhouette massive qui tranche avec les crêtes acérées du reste des Lofoten inspire confiance.

A ses pieds quelques maisons de vacances dans un cadre bucolique et paisible ! Nous sommes séduits !

Le sentier menant au mont débute près du golf en chantier. Pour cette raison, le début est un peu confus. Mais, une fois sur la trace, l'ascension est aisée et le rapport qualité/effort excellent.

Du sommet du mont Hoven, nous contemplons des panoramas époustouflants. Entre rêve et réalité, nous nous imaginons transportés dans un coin du monde plus exotique.

Nous ne connaissons pas (encore) la Nouvelle-Calédonie maisce marais n'a-t-il pas des airs de famille avec le Cœur de Voh rendu célèbre par le photographe Yann Arthus-Bertrand.

Cette anse de sable blond aux eaux cristallines n'a-t-elle pas tous les attributs d'une plage tropicale des Caraïbes ou de l'océan Indien ?

Avec son eau turquoise, dans laquelle on imaginerait volontiers des bancs coralliens, et sa chaîne montagneuse tombant dans l'océan, on se croirait presque en Polynésie.

Il ne manque que la chaleur ? Oui, mais ça se réchauffe, je vous l'assure.

Quand nous nous arrêtons sur l'E10 (peu après le camping de Lingvaer) pour nous amuser avec nos reflets et ceux des montagnes derrière nous, nous sommes déjà en bras de chemise. Nous n'avons pas encore détaché nos bas de pantalon mais ça ne saurait tarder.

"Miroir, mon beau miroir". Cette drôle d'installation fait elle aussi partie du projet "Skulpturlanskap". Sans titre, œuvre de l'artiste américain Dan Graham, elle sublimise les magnifiques paysages des Lofoten où chacun compose son propre tableau. Nous créons le nôtre.

Quelques heures plus tard, en nous promenant dans la petite ville de Svolvær, la tenue des touristes et des locaux ne trompe pas. En arborant sandales, shorts, petites robes et manches courtes, ils signent le retour de la douceur voire de la chaleur en plein midi.

D'ailleurs partout le long des fjords bordant l'E10 puis la Fv 888, les Norvégiens pratiquent le bain de soleil (à défaut du bain tout court pour l'instant).

A la pointe nord de l'île de Austvågøy, peu après Delp sur la rive du Grunnfjord, nous en faisons autant, un long bain de pied et de soleil avant de nous mettre à la recherche du lieu idéal où passer la nuit tout en étant bien orienté pour profiter le plus longtemps possible des rayons du soleil.

Nous n'aurons pas à chercher bien loin. Moins de 10 kilomètres plus loin, au niveau du hameau de Sande, nous nous dirigeons vers l'église et le cimetière en sachant qu'il y a toujours un parking à proximité de ce type de lieu. Après le cimetière, une trace mène à un ancien terrain de sport au bord d'une plage.

L'endroit est parfaitement orienté et aussitôt adopté. Quant à la plage, elle est le domaine de sternes arctiques, très agressives. Nous comprendrons vite à quoi peut bien servir le bâton surmonté d'un casque de chantier planté à l'entrée de la grève. Hervé met le casque, je brandis le bâton pour nous mettre à l'abri des coups de bec des sternes sur nos têtes. Ainsi protégés nous pouvons nous aventurer jusqu'au bord de l'eau.

On pensait rester seuls dans cette péninsule un peu isolée. Que nenni ! L'emplacement de notre camping-car visible depuis la route en attire bientôt deux autres : un petit camping-car rouge conduit par un papy allemand puis un petit combi qui repartira rapidement. Le premier nous tiendra compagnie pour la soirée.

On pensait veiller jusqu'à minuit mais après 22 heures, on s'effondre. Dans notre demi-sommeil, on entend le camping-car rouge démarrer et quitter les lieux sans doute une fois les douze coups de minuits sonnés.

Quant à nous, en ouvrant un œil puis deux à 2 heures du matin, nous ne sommes pas près d'oublier le spectacle qui s'offre alors à nos yeux à présent grands ouverts.

Un dégradé de rose sur un ciel toujours bleu et un soleil malgré l'heure tardive (ou matinale, c'est comme on veut) toujours aussi brillant.

Distance parcourue dans la journée : 135 km

J25 : Jeudi 3 juillet 2014

Ce matin, c'est une douceur inhabituelle qui nous tire du lit. Surprise, il fait déjà 18 degrés à 8 heures. La hausse des températures a donc bien l'air de se confirmer.

Mais toutes les bonnes choses ayant une fin, c'est aujourd'hui que nous quittons l'archipel des Lofoten pour retrouver le continent.

Ce séjour a dépassé nos attentes avec un temps splendide durant sept jours consécutifs, des paysages montagneux et côtiers sublimes, de magnifiques randonnées et des lieux de bivouac exceptionnels. Ce fut un enchantement permanent !

Alors, en empruntant pour la dernière fois cette route touristique E10 à destination du ferry de Lødingen, c'est avec un brin de nostalgie que nous voyons disparaître les pics escarpés des Lofoten au profit des monts plus arrondis des Vesteralen.

Un nouveau pincement au cœur en embarquant sur le ferry à destination de Bognes et en faisant définitivement nos adieux au grand Nord ! En prenant résolument la direction du sud, il faut nous rendre à l'évidence, notre voyage entre dans sa phase retour. Dans dix jours, nous serons à Hanovre.

Mais d'ici là, il reste encore beaucoup de découvertes à faire.

En ayant privilégié de petites étapes sur les Lofoten et un rythme cool pour notre Pössl, maintenant qu'il faut rentrer, il va falloir mettre les bouchées doubles. Les vacances, c'est fini pour Pössl. Il va devoir rouler car plus de 200 kilomètres nous séparent de notre destination du soir, dans les environs de Bodø.

Dans l'immédiat, c'est facile, il suffit de suivre la file sortie du ferry et de descendre plein sud par la route Arctique (E 6) jusqu'à Fauske.

Au passage, ces dômes granitiques nous font penser aux reliefs de Yosemite (USA)

Le ciel devient tristounet en progressant vers le Sud. Sur la 80, entre Fauske et Bodø où nous sommes déjà passés il y a huit jours, il pleuviote tout comme la dernière fois.

En optant, un peu avant Bodø, pour la fameuse route Côtière (Kystriksveien ou Rv 17), le temps est à peine meilleur. Il ne pleut plus mais il fait gris sur Saltstraumen et les températures sont paradoxalement inférieures à celles de ce matin plus au nord.

C'est ici qu'on peut observer le maelström le plus puissant du monde. Le phénomène est le plus spectaculaire au moment du changement de marée soit entre 21 et 22 heures aujourd'hui.

Dans le détroit de Saltstraumen, long de 3 kilomètres et large de 150 mètres, la marée provoque le déversement d'un fjord dans un autre. Toutes les six heures, 400 millions de mètres cubes d'eau déferlent à une vitesse de 20 nœuds dans un sens, puis dans un autre, créant d'impressionnants remous et tourbillons.

En attendant, nous pensions nous installer au camping en bord de fjord, mais quand nous découvrons à quoi ressemble le camp, une concentration d'une centaine de mobilhomes et de trailers, nous changeons aussitôt d'avis.

Pendant que je profite discrètement de la buanderie du camp, Hervé tire une nouvelle fois le dîner du fjord, à savoir trois beaux lieus qui lui sautent littéralement dans les bras ou… presque !

Après avoir jeté un coup d'œil aux tourbillons du maelström, nous reprenons la route vers 22 heures afin de trouver un lieu de bivouac plus confidentiel. A proximité du hameau de Valnes, à l'écart de la route 17, nous trouvons notre bonheur : un tout petit parking (2 places max) au bord d'une rivière.

Cette étape de transition n'était pas spécialement exaltante mais néanmoins incontournable pour accéder à partir de demain et pour les trois prochains jours aux plus jolis paysages de la route Côtière. Avec le retour du soleil, espérons-le !

Distance parcourue dans la journée : 325 km

Au sommet du mont Hoven



Sur la route Côtière (Rv 17) : le glacier occidental du Svartisen

J26 : Vendredi 4 juillet 2014

Réveillés à 4 heures du matin par un bruit de portières qui claquent, sans doute d'un véhicule ayant partagé notre emplacement sans qu'on sans aperçoive, on en profite pour démarrer la journée à l'aube.

L'étape prévue aujourd'hui sur la route de la Côte va être extrêmement variée en moyens de locomotion. Par conséquent elle risque aussi d'être plus longue que la normale en raison d'éventuels délais d'attente. Nous utiliserons alternativement - le camping-car pour les quelques 230 kilomètres de route - le ferry à deux reprises, en complément de la route - le bateau pour traverser un fjord (le Holandsfjord en l'occurrence) - le vélo pour aller et revenir du débarcadère au point de départ du trail prévu - enfin, nos pieds pour atteindre la base de la langue glaciaire occidentale du Svartisen.

Le premier bateau traversant le Holandsfjord part à 7 h 45. L'embarcadère se trouvant à 130 kilomètres d'ici, il n'est pas trop tôt de partir à 5 heures.

Sur le trajet, le temps est hésitant. Le ciel bleu azur d'où jaillit tel un feu d'artifice un bouquet de nuages vire progressivement au gris maussade.

A Holand, je m'attendais à un quai envahi de cars de touristes. Or nous trouvons un tout petit embarcadère en bois, très mal indiqué et désert.

A 7 h 45, nous sommes les seuls à faire la traversée du fjord, mais peu s'en est fallu qu'on ne rate le départ du bateau. On était pourtant en avance mais l'endroit que j'avais noté était en réalité le centre des visiteurs, à deux kilomètres de l'embarcadère réel. C'est ballot ! Heureusement un habitant du coin nous a remis sur le droit chemin in extremis.

Juste le temps de garer le camion avant de sauter à bord de l'embarcation et déjà on voit le profil du glacier Svartisen apparaître entre deux sommets.

Une fois débarqués sur la rive opposée, il nous reste à contourner le lac glaciaire, un parcours de 3 kilomètres pas particulièrement attrayant alors la commune a prévu des locations de vélos. Il suffit de se servir dans le lot disponible et on paie au retour sur le bateau. Quelques coups de pédale et le tour est joué.

Sur le trajet, pas un chat mais… une famille de moutons, sans doute un peu surprise de nous trouver sur son chemin à cette heure matinale. Les petits, très craintifs, se pressent contre leur mère.

Après avoir laissé maman brebis à ses moutons, intéressons-nous au glacier. En suivant les petits cailloux, nous arrivons en bordure de la langue glaciaire, si près qu'on pourrait la toucher.

Fascinante et d'autant plus impressionnante que nous profitons tout seuls de ce spectacle !

Par un étroit cheminement granitique, nous accédons ensuite à une petite cabane surplombant le lac. De la terrasse le regard balaie l'ensemble du site, ce qui permet de réaliser que ce bras occidental du Svartisen rejoint (presque) la mer. Cette particularité lui vaut d'être le glacier le plus bas d'Europe continentale.

Un dernier coup d'œil à la coulée de glace depuis la rive du lac, après une descente un peu glissante sécurisée par des chaînes et balisée de marques rouges.

A 11 heures, le bateau nous attend pour le retour. Non, pas celui-ci - qui est un voilier privé appartenant à une famille belge de Bruxelles - mais le suivant...

Tiens, y a-t-il un capitaine dans le bateau ? Non ? Heureusement que je suis là pour prendre la barre !

Après cette sympathique excursion, c'est reparti sur la route, mais seulement pour une quinzaine de kilomètres. A Forøy la route 17 cède la place à un ferry qui nous dépose à Agskardet dix minutes pus tard. On remet ça une deuxième fois entre Jektvik et Kilboghamn.

Des passages en ferry très agréables permettant de changer de rythme et d'agrémenter la journée de voyage, d'autant qu'il fait à présent très beau.

La deuxième traversée, plus longue que la première (soixante minutes) se double du passage nord-sud du cercle Arctique. Cette fois, le soleil de minuit, c'est bien fini et la descente vers le sud vraiment confirmée.

Mais aujourd'hui nous n'irons guère plus loin. Vers 17 heures, un peu après Stokkvågen, au pied de ce drôle de sommet en forme de sombrero, nous décidons de nous poser.

J'y avais repéré deux possibilités de stationnement. Après avoir testé les deux, nous finissons par revenir à la première, une aire de pique-nique agréablement située en surplomb du fjord, doublée d'un accès aux rochers pour pouvoir pêcher.

L'activité de la soirée est donc toute trouvée pour Hervé. Tandis qu'il lance sa ligne, je déplie ma chaise pour une délicieuse soirée au bord de l'eau.

Les températures grimpent de jour en jour. Avec 20 degrés au thermomètre en cette fin d'après-midi (bien davantage au soleil), la casquette devient indispensable.

Le pêcheur, ici en pleine action, mettra une nouvelle fois un maquereau dans nos assiettes.

C'est par un bivouac solitaire (aucun autre véhicule ne viendra nous rejoindre) que s'achève cette journée très variée en activités.

Distance parcourue dans la journée : 210 km

Glacier occidental du Svartisen



Helgelandsbrua, Torghatten et Trælneshatten : par monts et par ponts sur la Rv 17

J27 : Samedi 5 juillet

Déjà 20 degrés de bon matin, il flotte sur la côte norvégienne un petit air de côte d'Azur. Alors pas le temps de traîner. Par un si beau temps, nous sommes au volant dès 7 heures en poursuivant la route 17.

Notre destination finale devrait être Brønnøysund, à environ 200 kilomètres.

Mais comme hier notre itinéraire ne se fait pas d'une traite, il comprend aujourd'hui trois passages en ferry. C'est la particularité de cette route Côtière qui zigzague entre les fjords et les îles pour notre plus grand plaisir.

Un plaisir d'autant plus grand qu'avec cette météo exceptionnelle, pas besoin de veste ni de bonnet. C'est cheveux au vent que nous goûtons à la brise marine sur le pont du navire.

De Nesna à Levang, de Tjøtta à Forvik, de Horn à Anddalsvåg : si le premier et le dernier parcours représentent de simples sauts de puce d'une quinzaine de minutes, le deuxième en louvoyant entre îles et îlots pendant une heure est une véritable petite croisière.

Aux ferries il faut aussi ajouter des tunnels et surtout des ponts majestueux, monuments d'ingénierie. C'est le cas du très beau pont de Helgeland enjambant le Leirfjord à Sandnessjøen. Il a tout particulièrement inspiré le photographe qui, pour l'appréhender sous toutes les coutures, multiplie les passages.

Malgré tous ces arrêts, nous finissons bon an mal an par arriver à Brønnøysund en début d'après-midi. Trop tôt pour s'arrêter ? Non, car on a une idée derrière la tête.

A l'extrémité de la péninsule se dresse une montagne percée, Torghatten, que nous avons bien envie de gravir mais pas tout de suite. Il fait 27 degrés, pour le moment beaucoup trop chaud pour marcher. Attendons qu'il fasse plus frais !

Alors si on prenait un bain pour se rafraîchir ? Au pied de Torghatten, le camping du même nom possède une plage bordant un lac artificiel. Nous ne pouvons pas résister malgré une eau un peu boueuse. C'est notre premier véritable bain du séjour mais pas le dernier.

En revanche, sur la pelouse en bord de mer, nous alternons bain de soleil et bain d'ombre jusqu'en soirée.

18 heures, c'est la bonne heure pour gravir la montagne percée. On s'attendait à trouver un petit trou dans une paroi. Or on reste scotchés en découvrant une cavité… un tunnel de 35 mètres de haut, 150 mètres de long et 20 mètres de large.

Véritable fenêtre sur les îles et l'océan…

Si la plupart des promeneurs s'arrêtent à l'entrée de la caverne pour revenir ensuite sur leur pas, une boucle est envisageable.

Nous sommes donc sortis par l'extrémité opposée, descendus par une sente très raide à travers une forêt de bouleaux avant de revenir au parking par le bord de mer. Cette option offre l'avantage de pouvoir admirer la montagne à distance. Superbe !

Une très belle randonnée dans un lieu emblématique de la région, un point de repère visible à des dizaines de kilomètres à la ronde, un lieu mythique, source de contes et de légendes, bref un monument !

En rejoignant plus tard un quai en ville pour la nuit, nous portons un dernier regard à cette montagne sacrée, à l'issue d'une sacrée journée.

Ce soir, on vire la couette tellement il fait chaud. Mais j'ai du mal à dormir entre la chaleur et le vent qui s'est levé en cours de soirée.

A 1 heure du matin, alors que le photographe dort comme un bébé, quelle ne fut ma surprise de voir passer au pied du lit ou presque… le mastodonte Hurtigruten qui fait escale à Brønnøysund toutes les nuits à cette heure-là.

Distance parcourue dans la journée : 190 km.

J28 : Dimanche 6 juillet 2014 Houlà, la chaleur s'installe. Il fait déjà 24 degrés de bon matin et toujours un temps magnifique. C'est parfait car nous avons prévu de randonner dans la matinée avant de continuer notre parcours sur la route Côtière.

La montagne de Trælneshatten, dont le suffixe "hatten" indique un sommet en forme de chapeau, n'a vraisemblablement pas le prestige des pics des Lofoten de sorte qu'Hervé lors de la préparation l'a déclarée "rando moche" et n'est pas très enthousiaste à l'idée de l'entreprendre.

Moi, je suis persuadée qu'au contraire du haut de ses 567 mètres, nous devrions bénéficier d'un panorama exceptionnel sur la montagne percée de Torghatten et les nombreux îlots qui constellent le détroit.

Il ne faut guère plus d'une demi-heure pour rejoindre le point de départ. Pas de chance, les coordonnées que j'avais notées nous conduisent tout droit dans la cour d'une ferme. Mince, mais où est donc le parking ?

Hervé jubile à l'idée que la "rando moche" va tomber à l'eau.

Mais je n'ai pas dit mon dernier mot. Demi-tour et retour sur nos pas de quelques centaines de mètres. Ça y est, cette fois, on y est.

Au fur et à mesure de notre ascension, Hervé révise son jugement pour se rallier à mon opinion.

Oui vraiment, les vues sur la montagne percée de Torghatten, sur les îles du détroit et sur la localité de Brønnøysund valent le déplacement.

Là-haut, autour d'un petit autel en pierre recouvert d'une nappe blanche, autour d'une bougie allumée et d'un bouquet de fleurs des champs, quelques personnes se sont rassemblées. Sont-elles en train de commémorer quelque chose ?

Nous aurons la réponse au cours de la descente en interrogeant un homme qui, lui, est en train de monter, une guitare sur le dos. L'homme est le pasteur de la paroisse, nous sommes le jour du seigneur et il va célébrer l'office du dimanche au sommet de la montagne. D'ailleurs, la file de ses fidèles paroissiens s'étire maintenant tout au long du chemin, certains accompagnés de jeunes enfants alors même que l'aller/retour représente 5 kilomètres, 567 mètres de dénivelé en 3 heures de marche.

Une bonne façon de joindre la foi à l'agréable.

Quant à nous, après nous être bien dépensés et bien sustentés, il va falloir songer à reprendre la route. Notre étape du soir dans les alentours de Steinkjer est encore à plus de 200 kilomètres dont une traversée en ferry entre Vennesund et Holm.

Tout l'après-midi y passe.

Alors, quand la destination approche, nous sommes contents de pouvoir enfin nous poser.

C'est notre deuxième passage dans la région de Steinkjer. A l'aller nous avions passé la nuit sous les sapins de Bølarein. Pour ce deuxième séjour, j'ai choisi Paradisbukta. En norvégien, "bukta" signifie baie. Quant à "paradis", inutile de traduire. Bref, un joli nom pour une base de loisirs et une plage en bord de fjord.

Avec une température ambiante de 28 degrés et une eau de baignade à 22 degrés en surface, ce paradis ne peut mieux tomber. En deux temps trois mouvements, le maillot de bain est enfilé et les brasses enchaînées dans le fjord. Un délice !

A cette heure (19/20 heures) et en cette fin de week-end, il reste encore quelques personnes sur la plage mais quand les derniers baigneurs, promeneurs et pique-niqueurs quittent le site, nous avons ce paradis pour nous tout seuls ou… presque (seulement un autre camping-car sur place).

Distance parcourue dans la journée : 265 km

La montagne percée de Torghatten



De Trondheim à Oslo en passant par le parc national de Dovrefjell

J29 : Lundi 7 juillet 2014 21 degrés à 7 heures et toujours un super temps. C'est inouï ! Aujourd'hui pas de randonnée, enfin si, mais une petite en fin de journée. Dans un premier temps, c'est la visite de Trondheim qui est au programme. A l'aller, nous avions contourné la ville pour éviter d'avoir à parcourir deux fois le même trajet. Cette fois nous comptons bien nous y arrêter.

La troisième plus grande ville du pays étant distante de 120 kilomètres, il vaut mieux y arriver le plus tôt possible. L'entrée en ville avec un camping-car, même de la taille de Pössl, est toujours un peu stressante.

D'ailleurs, il nous faudra presque trois heures pour rejoindre le centre de Trondheim depuis Steinkjer. J'y avais repéré un parking gratuit pour camping-cars mais à cette heure de la matinée, les places occupées depuis la veille n'ont pas encore été libérées. C'est donc sur une place payante que nous sommes obligés de nous garer. A ce compte-là, on aurait pu se garer dans n'importe quelle autre emplacement en centre-ville. Tant pis !

Avec ses rues larges et son centre partiellement piétonnier, la ville est très agréable à visiter et ne manque pas de charme.

De la cathédrale Nidaros, le plus vaste édifice médiéval de Scandinavie…

… jusqu'au quartier historique de Gamle Bybro ("pont de la vieille ville") avec ses pittoresques entrepôts des XVIIIe et XIXe siècles qui rappellent ceux de Bergen, en passant par Torvet, le centre-ville moderne et ses enseignes internationales…

Mine de rien, les kilomètres s'enchaînent sous une chaleur de plus en plus forte, dépassant à présent les 30 degrés. Alors à l'heure de midi, je me verrais bien déjeuner au bord de l'eau. Le quartier de Bakklandet au bord du fleuve Nidalva semble le plus adapté à mes attentes. Malheureusement, nous ne trouvons rien directement au bord de l'eau ou plutôt si… mais trop tard, une fois que nous aurons déjeuné à l'une des tables installées sur le trottoir dans Nedre Bakklandet.

Dommage, le restaurant asiatique "Bryggen Asian Cooking" avait la terrasse dont je rêvais ! Pour une prochaine fois !

Pour le moment, la montée au fort Kristiansten aura définitivement raison de notre résistance. Après la visite du site dominant la ville, nous n'avons qu'une hâte, vite, nous reposer à l'ombre, sur la pelouse du parc de Marinen, au bord du fleuve.

De retour dans un camping-car surchauffé, nous abrégeons le séjour avant le délai fixé par le parcmètre, aspirant à un peu plus de fraîcheur dans les montagnes. Nous serons bientôt servis.

En effet, notre destination du soir est prévue dans les alentours de Dombås, à Hjerkinn exactement, 150 kilomètres plus au sud. En arrivant sur place vers 19 heures, c'est le jour et la nuit avec Trondheim.

Ici fini le ciel bleu ! A plus de 1 000 mètres d'altitude, la chaleur de ces derniers jours est en train de tourner à l'orage et la température plus proche des 15 que des 30 degrés. Nuages menaçants et déjà un peu de pluie couronnent le tableau.

Le parc national de Dovrefjell est connu pour abriter des troupeaux de bœufs musqués. Nous projetons d'aller à leur recherche demain. Nous pourrons soit prendre une navette nous conduisant de Hjerkinn à Snøheim pour tenter d'en approcher par nous-mêmes en sillonnant le coin au hasard, soit nous joindre à un safari guidé dont le rendez-vous est à Hjerkinn, justement.

Il n'est pas nécessaire de réserver d'avance alors nous verrons bien, car la météo n'a pas l'air d'être optimiste pour demain.

Dans l'immédiatement, profitons entre deux averses de grimper vers le point de vue de Snøhetta où un abri très design permet d'admirer le panorama sans souffrir du froid.

Par une piste un peu cahoteuse, Pössl se hisse jusqu'au parking à 1150 mètres. De là nous rejoignons à pieds et par un large sentier le point de vue situé 1 500 mètres plus loin.

Devant nous, un homme et son jeune fils, tout excités, pointent leurs jumelles puis leur index vers un point difficilement visible à l'œil nu.

A plus d'un kilomètre de distance, cette tache pas plus grosse qu'une tête d'épingle… oui, c'est un bœuf musqué !

L'homme, un Norvégien de Trondheim, dit que c'est la première fois qu'il en voit un par ses propres moyens. Jusque là il n'en avait vu que dans le cadre d'un safari guidé.

En zoomant, on peut effectivement voir la bête brouter, tête baissée.

Au sommet, c'est un plaisir de profiter du panorama depuis l'intérieur douillet et très stylisé de cet abri alors que dehors le ciel menace. Deux jeunes Tchèques ont manifestement l'intention de passer la nuit près de la cheminée, devant cette vue exceptionnelle. Ils ont fait le bon choix.

Quant à nous, c'est le parking au pied de la montagne que nous avons choisi pour la nuit tout comme deux camping-cars roumains. De violents orages accompagnés de pluies diluviennes viennent mettre un terme à cette journée de tous les extrêmes.

Le safari aux bœufs musqués tombera-t-il aussi à l'eau ?

J30 : Mardi 8 juillet 2014

Eh, oui, adieu navette, randonnée et safari aux bœufs musqués ! Il a plu toute la nuit et il tombe toujours des seaux d'eau, ce matin. Par conséquent, nous ne sommes pas pressés de mettre le nez dehors. Une fois n'est pas coutume, les deux autres camping-cars quittent les lieux avant nous.

Nous levons finalement le camp vers 10 h 30 alors que les deux jeunes Tchèques rencontrés hier soir descendent de la montagne, tout trempés. Nous les avançons jusqu'�� Hjerkinn avant de filer vers le sud.

En effet, il n'y a rien de plus à faire aujourd'hui que de rouler. Nous décidons donc de rejoindre dès à présent notre destination suivante, aux environs de Gjendesheim, où nous avons prévu de faire demain la mythique randonnée de la crête de Bessengen (avec transfert en bateau, 13 km, 7 à 8 heures de marche, 1 000 mètres de dénivelé). Mais quid de la météo ? On avisera le moment venu.

Pour l'instant, nous poursuivons la E 6 vers Dombas, puis vers Otta avec une météo exécrable. A Otta, les panneaux électroniques annoncent que la route E6 est coupée à hauteur de Ringebu pour cause de flooding. Ah oui, c'est à ce point ?

Nous n'avions pas prévu de passer par Ringebu, ces annonces ne nous concernent donc pas directement mais sur notre itinéraire, la Rv 51, nous feront rapidement le même constat.

En effet, sur les rives du fleuve Otta, le niveau de l'eau a atteint sa cote d'alerte. Mais le pire est à venir.

Dans la vallée de la Sjoa, la rivière du même nom est complètement sortie de son lit.

Près de Gjendesheim, le même cours d'eau a encore gonflé, arrivant tout juste à s'engouffrer sous le pont sur lequel passe la route. Au passage, elle a pris des allures de torrent en furie, prêt à emporter la passerelle en bois sur laquelle quelques inconscients, certains avec des enfants dans les bras admirent les eaux tumultueuses sans réaliser le risque.

Le camping voisin a les pieds dans l'eau. Les randonneurs, tout trempés, sans doute surpris par le mauvais temps en montagne, ont investi le bitume et tentent de revenir à leur point de départ par la route. C'est l'apocalypse ou… presque !

Dans ces conditions, inutile de rester ici jusqu'à demain. Même si le soleil revient, les sentiers risquent de ne pas être praticables. Essayons plutôt de poursuivre en espérant trouver meilleur temps encore plus au sud.

Mais ça ne s'arrange pas tout de suite. A 1 389 mètres d'altitude, le plateau de Jotunheimen est dans la grisaille complète.

Je plains "ledebil" qui officie dans ces conditions ;-) Pour votre information, "ledebil" désigne en norvégien, un véhicule d'escorte de chantier. N'empêche que je plains le gars chargé de la circulation par ce temps.

On continue à suivre la route 51 jusqu'au bout sans entrevoir la moindre éclaircie.

Pourtant, après Fagernes, la pluie cède du terrain. Peut-être l'espoir de pouvoir enfin nous dégourdir les jambes. Pour le moment, seul Hervé se dégourdit les bras en profitant d'une courte éclaircie pour improviser une petite partie de pêche au bord d'un lac.

Il n'aura pas le temps d'attraper autre chose que des algues, déjà un nouvel orage vient contrarier nos plans et nous remettre à nouveau derrière le volant.

Encore plus loin, toujours plus loin, après 400 kilomètres et près de 10 heures passées sur la route, nous sommes au bord de la saturation, il faut absolument nous arrêter.

Nous pensons avoir trouvé le coin idéal sur une aire de repos au bord de la E16. Mais l'endroit a l'air d'être un lieu de rendez-vous un peu louche. Après le dîner, c'est donc une dernière fois aujourd'hui que nous déplaçons Pössl. Nous finissons par le garer sur le parking d'un supermarché de la banlieue d'Oslo. Pas très glamour comme bivouac mais faute de mieux…

Bonne nuit, on va se coucher sans demander notre reste !

Distance parcourue dans la journée : 400 km.

Parc national du Dovrefjell



Une journée à Oslo, visite de la capitale

J31 : Mercredi 9 juillet 2014

Plus de trace de la perturbation d'hier, grand ciel bleu, déjà 19 degrés à 7 heures du matin : la journée promet d'être chaude.

Depuis notre parking en banlieue d'Oslo, il reste une vingtaine de kilomètres à peine pour rejoindre le cœur de la capitale, mais pas sans mal ! Une fois de plus, entrer en ville avec un camping-car, en s'orientant avec un GPS de randonnée à l'écran minuscule dans un embrouillaminis de rocades et d'échangeurs, il y a de quoi frôler la crise de nerfs quand on se retrouve à tourner en rond sur un périphérique souterrain en cherchant vainement une sortie. Quand en plus cette voie vous conduit dans une zone portuaire fermée, c'est la goutte qui fait déborder le vase.

Bref, on est à deux doigts de laisser tomber la visite de la capitale quand, je ne sais par quel miracle, on réussit à retomber sur nos pattes et à trouver une place de stationnement au pied de la forteresse d'Akerhus.

Après avoir alimenté le parcmètre jusqu'à 14 heures (22 €), nous sommes prêts pour la visite de la ville du prix Nobel.

D'ailleurs, c'est l'un des tout premiers points d'intérêt sur notre circuit. Le bâtiment plutôt banal n'a pas tout à fait le prestige du prix qu'il consacre tous les ans.

Comme il est à peine 8 heures, rien n'est encore ouvert en ville, nous nous dirigeons alors vers Strandpromenade (traduisez la promenade de la plage).

Du port jouxtant Radhus (la mairie), une allée en planches, bordée de bars et de restaurants, déserte ou presque à cette heure matinale, mène à la plage en traversant un quartier en pleine mutation où de luxueux ensembles architecturaux sont sortis de terre ces dernières années.

Tout au long de la promenade, quelques œuvres modernes en forme de clins d'œil !

Cousteau prêt à plonger dans le fjord ? Une ancre échouée sur le port ? Des boulets ou des seins canons ? Un renne motorisé ? Les sept nains ? Mais où est Blanche-Neige ?

Après avoir sillonné le quartier de long en large, devant l'office de tourisme, il me vient une idée lumineuse. Les principaux points d'intérêt étant dispersés dans la ville et difficilement accessibles à pied dans la durée que nous nous sommes fixée, si on prenait le bus touristique de Cityseeing ?

L'idée est immédiatement retenue et nous voilà promenés dans les rues d'Oslo à bord d'un bus rouge à l'impériale, des écouteurs sur les oreilles, depuis le palais royal en passant par le tremplin olympique jusqu'à la péninsule de Bygddoy et ses nombreux musées.

Premier hopp off devant le parc Vigeland.

Ce parc dédié aux œuvres du sculpteur préféré des Norvégiens, Gustav Vigeland, est l'un des sites les plus visités de la capitale. Il abrite 322 statues, en granit et en bronze de cet artiste, évoquant l'éventail complet des émotions et des activités humaines.

L'œuvre la plus célèbre, Sinataggen, représente un enfant en colère. La pièce maîtresse du sculpteur, intitulée Monolith, coiffe la colline le plus haute du parc. C'est une colonne de granit haute de 14 mètres, représentant un enchevêtrement de 121 corps luttant pour atteindre le sommet. Etonnant !

Hopp on, c'est reparti pour un petit tour en bus et deuxième hopp off à l'opéra.

Ouvert en 2008, conçu par le cabinet d'architectes local Snøhetta (le même qui est à l'origine de l'abri design du Dovrefjell NP), avec ses façades d'un blanc étincelant, il fait penser à un iceberg flottant sur le fjord Ce magnifique bâtiment qui n'est pas sans nous rappeler celui de Reykjavik est la pièce centrale d'un vaste projet de redéveloppement du front de mer. Il devrait compter parmi les constructions modernes les plus emblématiques en Europe.

De fil en aiguille, l'heure tourne mais Oslo nous plaît, on prolongerait bien encore un peu la balade d'autant que nous n'avons pas encore déjeuné. Il est près de 14 heures, on meurt de faim et on commence à en avoir plein les baskets. On se poserait bien quelque part !

Mais avant tout, pour valider la prolongation, il faut remettre des sous dans la tirelire, euh pardon dans le parcmètre. C'est fou ce qu'il est gourmand ! Allez, voilà de quoi tenir jusqu'à 16 h 30.

Ce délai nous laisse le temps de déjeuner au soleil chez Lekter'n, une péniche sur les quais, avant un nouveau passage sur Strandpromenaden. Les rues sont maintenant noires de monde.

A l'extrémité de la promenade, avec une température de plus de 30 degrés, sur les gradins entourant la plage déserts ce matin, la jeunesse dorée d'Oslo n'hésite pas à plonger dans le fjord entre deux bains de soleil sur les planches.

Le maillot de bains est dans le sac, mais devant les corps parfaits de toute cette jeunesse, j'ai peur de faire tache. Quant à Hervé, c'est sans complexe qu'il enfile son maillot et qu'il se jette à l'eau.

C'est sur ce bain rafraîchissant (pour lui) que se termine notre visite d'Oslo, que nous avons bien appréciée, une ville en bord de mer, également proche de la montagne qui n'est pas sans nous rappeler Vancouver.

Nous ne le savons pas encore, mais Oslo sera aussi notre dernière étape en Norvège.

Pourtant, en quittant la capitale, nous avions l'intention de faire étape à Fredrikstad, dont les guides louent le charme du centre historique.

On espérait aussi pouvoir faire un arrêt technique pour le camping-car sur le trajet. Or non seulement on ne trouve aucune aire de vidange en route mais en plus la ville de Fredrikstad ne nous fait pas l'effet escompté.

Alors quand un camping-cariste néerlandais nous indique une aire de service à Strömstad, nous n'hésitons pas à franchir la frontière dès ce soir.

Les routes s'élargissent, les paysages s'aplatissent, les sapins disparaissent. En entrant en Suède, nous avons manifestement changé de monde !

Alors pour voir un peu à quoi ressemble cette fameuse côte suédoise du Bohüslan, comme nous avons presque 48 heures d'avance sur notre planning prévisionnel, nous en profiterons demain pour faire une excursion en bateau vers les îles Koster.

En attendant, nous stationnons en plein centre-ville de la petite ville côtière de Strömstad, point de départ vers les îles en question. Par cette belle et chaude soirée, le front de mer est très animé, chacun profitant de la douceur jusque tard dans la nuit.

Distance parcourue dans la journée : 180 km

Opéra d'Oslo



Suède : des îles Koster à la réserve naturelle de Kullaberg

J32 : Jeudi 10 juillet 2014

Aujourd'hui au programme les îles Koster, de petites îles sans voiture à découvrir à pied ou à vélo à une demi-heure de bateau de Strömstad, au sein du parc national de Kosterhavets.

Après avoir trouvé un parking longue durée pour notre Pössl, nous embarquons vers les îles sur le bateau de 9 h 50 en même temps qu'une foule de touristes. En effet, la destination est très prisée des Suédois et des Scandinaves en général. En revanche, nous ne repérerons absolument personne parlant une langue étrangère connue.

Le ciel est bleu, la mer est belle, le soleil radieux… on ne peut rêver mieux ;-)

Au bout de trente minutes de navigation à louvoyer entre récifs, îles et îlots rocheux, le bateau fait d'abord escale à Koster Nord puis dix minutes plus tard à Koster Sud.

Avec leurs petites maisons rouges, les îles ne manquent pas de charme

Koster Sud, tout le monde descend et se précipite sur les loueurs de vélos. Pas de panique, il y en aura pour tous. La bicyclette est effectivement le moyen le plus pratique de sillonner cette petite île de 4 à 5 kilomètres de long sur 2 kilomètres de large.

Après avoir enfourché leur destrier, les touristes s'éparpillent tels une nuée de moineaux vers les quatre coins de l'île. Nous commençons par le Nord-Est.

Du débarcadère de Långegärde, nous pédalons bon train en direction de Ekenäs où une première plage nous fait déjà de l'œil. Pour l'instant et en attendant de nous échauffer, nous ne faisons que barboter dans l'eau jusqu'au genou.

A première vue, ces îles ont l'air toutes plates mais ce n'est que pure impression. En réalité, quelques côtes bien senties obligent à forcer sur les pédales (Hervé) ou à pousser sa monture (Krikri).

Alors quand nous atteignons la baie de Kilesand, la baignade devient impérieuse, la sieste aussi, le pique-nique itou !

Après une pause réparatrice, c'est reparti pour quelques tours de roue jusqu'à Kyrkosund puis côté ouest jusqu'à Brevik où de ravissantes petites maisons colorées se serrent autour du port.

De là, encore quelques coups de pédale et nous revoilà au point de départ ou… presque, dans le détroit entre les deux îles, d'où nous observons les nombreux bateaux et leurs occupants ;-)

C'est aussi le moment idéal pour une dernière baignade.

Au pied d'une propriété privée, un thermomètre fixé au ponton indique 32 degrés. En le plongeant dans l'eau, nous avons la surprise d'apprendre qu'elle fait 22 degrés. Dans ces conditions, ce n'est pas étonnant que nous la trouvions si bonne. Elle est plus chaude qu'en Bretagne !

C'est sur cette délicieuse baignade que se termine cette belle et chaude journée dans des îles certes moins prestigieuses que les îles norvégiennes mais non moins authentiques et bien préservées, un archipel ignoré des touristes étrangers mais plébiscité par les connaisseurs scandinaves.

Retour à Strömstad vers 18 heures.

La réussite de la journée ne serait pas complète sans un bon dîner au restaurant. Alors après avoir réglé les tâches d'intendance liées au camping-car, retour sur le front de mer pour un excellent repas de poissons et fruits de mer au "Skagerack Restaurang".

Dernière balade au clair de lune… et nouvelle nuit dans le centre de Strömstad.

Distance parcourue dans la journée : 10 km

J33 : Vendredi 11 juillet 2014

Pössl reprend du service aujourd'hui pour une étape assez chargée (nous souhaitons nous rapprocher de la frontière danoise) mais entrecoupée de quelques points d'intérêt remarquables.

En effet, le parcours se fait sur la E6 (encore et toujours) mais côté suédois c'est une autoroute, ce qui est à la fois un avantage car la vitesse moyenne est bien meilleure qu'en Norvège, mais aussi un inconvénient car le trajet pourrait vite devenir monotone. Pour éviter qu'il ne le devienne, j'ai prévu quelques détours via des chemins de traverse.

Rien à redire côté météo, toujours grand beau temps et déjà 25 degrés à 9 heures.

Première sortie de l'autoroute seulement 30 kilomètres après notre départ. Nous voici à Tanum réputés pour ses célèbres pétroglyphes, des fresques gravées par martelage à la pierre dure sur des dalles de granite à l'époque de l'âge de bronze entre 1800 et 500 avant JC. Afin de les rendre plus visibles aux contemporains, leur tracé a été rehaussé à la peinture rouge.

La fresque la plus emblématique du lieu se trouve à l'entrée du site de Vitlyke (juste en face du musée du même nom) mais afin de garder le meilleur pour la fin, un sentier à travers la forêt nous conduit d'abord sur les hauteurs.

Là, sur la colline, un tumulus funéraire domine la plaine environnante où la vue porte jusqu'à l'océan. Vévé, mon cher Vévé, ne vois-tu rien venir ? Des navires, beaucoup de navires et… des hommes, beaucoup d'hommes

En effet, bateaux et canots sont les motifs les plus fréquents. Vitlyke présente environ 90 bateaux de taille variable de 15 centimètres à 3,6 mètres. Les embarcations servaient non seulement au transport mais étaient aussi utilisées dans le cadre de cultes religieux

Egalement de nombreuses figurations humaines, essentiellement des hommes représentés bras levés, signe de la dimension religieuse des gravures. Ils sont souvent armés d'épées, de haches, d'arcs ou de javelots.

La plus grande fresque, gravée sur une dalle de granite inclinée de 30 à 35 degrés, atteint 7 mètres de haut sur 22 mètres de long.

L'une des gravures les plus remarquables est celle dite "des jeunes mariés" représentant un homme et une femme aux cheveux longs en train de s'embrasser ?

Après cette incroyable balade dans le temps, retour plus terre à terre sur l'autoroute E 6 pour une centaine de kilomètres supplémentaires.

A nouveau on s'en écarte pour faire la pause du déjeuner à Marstrand, une petite ville côtière alliant une partie terrestre et une partie "île". L'île, accessible par un bac, se visite à pied. Elle est aux dires du site scandi.voyage.com, l'un des plus beaux endroits de Suède.

On n'aura pas le temps de le vérifier car on a d'autres projets pour l'après-midi, mais rien que la petite balade jusqu'au port constitue une agréable coupure dans notre journée de voyage. 2063 Après ce court entracte, nouveau retour sur la E 6. On laisse tomber la ville de Göteborg pour donner la priorité à la nature. A 200 kilomètres au sud de Göteborg, la réserve naturelle de Kullaberg a retenu toute notre attention.

Le parc naturel est réputé pour ses falaises vertigineuses, ses étendues balayées par le vent et ses couchers de soleil mémorables. Des sentiers sillonnent la réserve, menant à des grottes et des plages de galets.

Depuis quelques années, au bord d'une de ces plages, une "sculpture" en bois flotté du nom de Nimis entretient la curiosité des visiteurs et crée la controverse auprès de la population et des autorités locales.

N'ayant pas bien approfondi le sujet, nous ne savons pas trop à quoi nous attendre. C'est donc avec un brin d'excitation (et quelques tâtonnements) que nous nous mettons à la recherche de cette fameuse œuvre. Aucune information sur la carte officielle.

Le GPS nous amène à proximité du village d'Arild où quelques locaux nous dévisagent avec suspicion (?)

Après avoir garé Pössl à la croisée d'une piste et d'un sentier de randonnée à la sortie du village, direction la ferme-musée de Himmelstorp en suivant un balisage rouge puis bleu. A hauteur de la ferme, il faut être attentif à l'inscription "N" pour Nimis, peinte en jaune sur une barrière du bâtiment. A travers une belle forêt de feuillus, le sentier longe ensuite la falaise à distance jusqu'à ce qu'une petite sente à peine indiquée descende en pente raide jusqu'à la plage.

Ce que nous découvrons alors est tout simplement stupéfiant.

Bien plus qu'une "sculpture" en bois flotté, nous pénétrons au cœur d'une construction gigantesque faite de 75 tonnes de bois récupéré, un labyrinthe géant menant à des tours d'une quinzaine de mètres de haut pour certaines, dominant la plage et l'océan. Ceux qui ne craignent pas le vertige n'hésitent pas à admirer la vue depuis le sommet.

Mais la création artistique n'est pas du goût de tout le monde dans les environs. Si certains la considèrent comme un bénéfice pour la réserve, d'autres au contraire jugent qu'elle la dénature. Chacun se fera son avis !

Pour la petite histoire, ces constructions sont l'œuvre d'un artiste suédois Lars Vilks qui s'est aussi fait remarquer en 2007 pour les fameux dessins de Mahomet qui ont créés la polémique.

En 1980, l'artiste commence la construction de deux sculptures, Nimis (en bois flotté) et Arx (en pierre). Difficiles d'accès, elles ont été découvertes par les autorités seulement deux années plus tard. Leur destruction est demandée et plusieurs procès ont été intentés contre l'artiste.

En guise de protestation, Lars Vilks déclare en 1986 l'existence et l'indépendance de la micro-nation de Ladonia. Suite à cette démarche, aucune action n'a été menée pour détruire Nimis et Arx.

En tout cas, Nimis nous a littéralement subjugués ! C'est le site le plus incroyable que nous ayons vu au cours de notre voyage.

Encore tout chamboulés par le gigantisme et l'originalité de cette œuvre, nous profitons des derniers rayons de soleil avant de retrouver notre camping-car vers 21 heures

Le village de Arild a l'air charmant, on y ferait bien étape pour la nuit. Ses habitants en revanche, le sont beaucoup moins, plusieurs nous jettent des regards dédaigneux, voire hostiles. Est-ce en raison de notre visite de Nimis, est-ce parce que nous sommes en camping-car ?

Dans ces conditions, on préfère ne pas s'attarder. J'avais noté que le stationnement d'un camping-car était toléré sur le parking du château de Sofiero, à Helsingborg. C'est encore à une petite trentaine de kilomètres mais peu importe, il fait très beau, nous avons tout le temps, nous sommes en vacances !

Sur le trajet, beau coucher de soleil sur un moulin à vent.

Pour la première fois au cours de notre voyage, nous avons besoin d'allumer la lumière à l'intérieur du camping-car au cours du dîner que nous prenons bien tard après une journée intense en émotions et en trajet !

Distance parcourue dans la journée : 465 km

Sur l'île de Koster Sud



Danemark : des canaux de Copenhague aux falaises de Møns Klint

J34 : Samedi 12 juillet 2014

De Helsingborg où nous avons passé la nuit, nous apercevons la côte danoise juste en face. D'ailleurs, en ferry, la ville ne se trouve qu'à 10 kilomètres de sa jumelle Helsingør. Néanmoins, pour ne pas être tributaires des horaires de ferry, nous préférons opter pour la traversée du pont de l'Øresund entre la Suède et le Danemark.

Météo toujours inchangée : grand beau temps, 17 degrés de bon matin.

Après avoir versé 49 euros dans l'escarcelle de la compagnie gestionnaire, la voie est à nous. Soixante mètres au-dessous de nous, les bateaux dans le détroit ont l'air de miniatures.

Après un bref retour sur la terre ferme à hauteur d'un îlot inhabité, le pont enchaîne sur un tunnel de 4 kilomètres.

La fin de parcours vers Copenhague est rapide, la circulation fluide en ce samedi matin. C'est pour une fois sans encombre que nous arrivons au plus près du cœur touristique de la capitale. A 9 h 30, nous alimentons le parcmètre, tout près de Nyhavn, dans un premier temps jusqu'à midi.

Hervé ayant déjà visité Copenhague dans le cadre d'un voyage professionnel, c'est lui qui est chargé de me faire découvrir les principaux points d'intérêt.

D'abord les maisons colorées typiquement danoises qui bordent le vieux canal de Nyhavn, creusé au XVIIIème siècle pour relier le port au centre-ville. Aujourd'hui jalonné de bars et de restaurants, c'est l'un des sites les plus animés et les plus fréquentés.

Visiter Copenhague sans voir la petite Sirène, c'est comme visiter Paris sans la tour Eiffel, c'est impensable. Une foule de touristes jouent des coudes pour approcher la belle et poser à ses côtés. Clic clac, une petite photo et on s'en va.

A travers l'ancienne citadelle du Kastellet, nous rejoignons l'Amalienborg Slot et son palais royal, avant de jeter un œil à l'intérieur en marbre de Marmorkirken.

A l'issue de cette boucle, c'est déjà l'heure de déjeuner. Nous sacrifions à la tradition du smørrebrod, des tartines danoises à base de saumons fumés, harengs marinés et autres spécialités.

Prêts à poursuivre la visite ?

Conquis par le principe du bus à l'impériale testé à Oslo, nous souhaitons réitérer l'expérience, mais optons finalement pour une visite au fil de l'eau par les canaux.

C'est l'occasion de voir l'envers du décor de la petite sirène et plus généralement la ville depuis les canaux.

Mais… en montant dans un bateau semi-couvert (pas facile pour faire des photos), en prenant les dernières places au milieu et non pas près du bord, entourés principalement par des familles accompagnés de petits enfants vite lassés et donc agités et braillards, avec des commentaires distillés au micro et non dans un audioguide, cette croisière devient vite galère. La tête grosse comme une citrouille, on a hâte de retrouver la terre ferme

A peine sortis du bateau, Hervé m'entraîne à l'assaut du ciel admirer la vue depuis le sommet de la flèche en spirale de Vor Frelsers Kirke.

D'abord 400 marches à l'intérieur (facile !) mais quand il faut poursuivre sur une rampe extérieure, je rase les murs avant de faire demi-tour et d'attendre Hervé au pied de l'édifice.

En dépit du vent à faire trembler le sommet, le courageux photographe s'est hiss�� au sommet pour caresser le globe et me ramener ces images.

C'est par ces vues panoramiques que nous clôturons notre passage à Copenhague alors que le ciel s'assombrit, donnant quelques gouttes au moment où nous quittons la ville.

Pour notre destination du soir, nous n'avons rien prévu de précis. Il nous faut donc trouver un endroit adéquat, de préférence à l'écart de l'autoroute, sur le trajet de la E47 entre Copenhague et Rødby où nous devons prendre demain un ferry pour l'Allemagne.

Après consultation de la carte, un endroit me semble pouvoir correspondre à nos critères : Møns Klint, doté de deux étoiles bleues, correspondant à des paysages "valant le voyage"

Justement, on hésite, ce paysage-là vaut-il vraiment le déplacement de 40 kilomètres depuis l'autoroute (+ autant demain pour en revenir) alors qu'il se met à pleuvoir par intermittence et que nous n'avons strictement aucune idée de ce que peut bien recouvrir le toponyme de "Møns Klint"

Après moultes tergiversations, nous décidons in extremis de faire le détour. A travers une campagne vallonnée, ponctuée de quelques villages aux maisons de briques rouges rappelant un peu le nord de la France, nous atteignons l'extrémité d'une péninsule où la route se termine en cul-de-sac par… un parking à barrière payant.

Sur place, un "Geo Center" sorte de palais de la découverte consacré à la géologie, fermé à cette heure tardive, devant lequel quelques rares familles s'attardent encore sur l'aire de jeux pour enfants.

Mais encore ? Les Møns Klint, en français "les falaises de Møn " sont des falaises de craie blanches, prêtes à s'effriter, plongeant à pic dans les eaux tourmentées de la mer Baltique.

Un ciel chargé de nuages éclairant une plage de galets noirs d'encre donnent à l'ensemble une pointe dramatique.

Un petit air des falaises d'Etretat au bout du Danemark !

A l'arrière-plan, une épaisse forêt de feuillus qui servira de décor à notre bivouac.

Le stationnement des véhicules est interdit la nuit devant le Geo Center mais le parking situé au carrefour précédent ne comporte aucune mention restrictive. C'est donc là que nous déplaçons notre camping-car avant de prendre à nouveau notre dîner à la lumière électrique.

Distance parcourue dans la journée : 410 km

Quartier de Nyhavn à Copenhague



Allemagne : de Scharbeutz à Hanovre

J35 : Dimanche 13 juillet 2014

C'est notre dernière journée à bord de Pössl, demain à la même heure, nous devrons l'avoir ramené à Hanovre. Ce soir, nous souhaitons nous rapprocher au maximum des bureaux du loueur.

Le ciel est plutôt couvert et reflète bien notre état d'esprit. Nous sommes un peu tristes que le voyage se termine mais décidés à en profiter jusqu'au bout.

Après avoir retrouvé l'autoroute E47 à l'issue du trajet depuis les Møns Klint, celle-ci nous mène tout droit au ferry de Rødby.

Nous n'avons pas de réservation mais embarquons comme une fleur presque immédiatement. A peine arrivés, nous pénétrons dans le ventre du gigantesque navire à destination de Puttgarden en Allemagne à l'issue d'une traversée de 45 minutes.

Alors que la foule se presse dans les boutiques et restaurants hors taxes répartis sur plusieurs étages, nous avons le pont supérieur pour nous tout seuls ou… presque !

Avec un vent à faire bouger les chaises sur le pont, seules les mouettes sont réellement dans leur élément, ne perdant pas une miette du festin.

Une fois en Allemagne, j'espérais pouvoir prendre un dernier bain dans les eaux de la mer Baltique dans la petite ville côtière de Scharbeutz et me payer une petite corbeille à la plage (Korb am Strand) à la façon des baigneurs locaux.

Mais, avec un temps nuageux, 17 degrés seulement et quelques pluies éparses, ce n'est pas le jour idéal pour faire bronzette. Alors c'est depuis la terrasse d'un restaurant italien que nous contemplons le tableau de tous ces petits paniers plantés dans le sable.

A défaut de pouvoir se baigner ou bronzer, on en profite pour arpenter le front de mer animé de la petite ville, richement doté en boulangeries, pâtisseries, salons de thé et autres Konditoreien, devant lesquelles nous ne pouvons résister à quelques spécialités.

Bien blindés, nous affrontons aussitôt après le rythme effréné des autoroutes allemandes avec leur trafic chargé, leur travaux incessants, leur vitesse illimitée et aujourd'hui leurs véhicules tous ou presque décorés de fanions aux couleurs nationales.

Mais quel est donc l'événement pouvant justifier un tel excès de nationalisme ? La réponse nous viendra presque immédiatement de l'autoradio. L'Allemagne dispute ce soir au Brésil la finale de la coupe du Monde de football contre l'Argentine. Déjà de nombreux véhicules affluent vers le cœur des grandes villes de la région alors qu'au-dessus de nos têtes, le ciel s'assombrit d'heures en heures jusqu'à tourner en orages de grêle violents, obligeant les voitures à rouler au pas ou à se réfugier momentanément sous les ponts.

Nous avions pensé finir l'après-midi à Celle, une petite ville connue pour son centre-ville et sa forteresse pittoresques, située à 40 kilomètres au nord-est de Hanovre, mais en raison de cette météo perturbée, nous préférons tracer jusqu'en banlieue proche de Hanovre.

La sortie n° 56 de l'autoroute A7 nous fait passer juste devant la propriété du loueur dans laquelle nous apercevons, au passage, notre SUV rangé bien sagement à la place où on l'avait laissé.

Trois kilomètres plus loin, nous garons Pössl sur le parking désert du lac de Altwarmbüchen. Les Allemands sont déjà tous devant leur poste.

Après avoir dîné en écoutant le tout début de la finale Allemagne-Argentine, nous ne tardons pas à nous coucher. Dans mon demi-sommeil, j'entends en fin de soirée klaxons et hourras au loin. Je murmure alors à l'oreille d'Hervé : "L'Allemagne a dû gagner la finale". "Et c'est pour ça que tu me réveilles ?" me répond-il en grognant.

J36 : Lundi 14 juillet 2014

Aujourd'hui, au lendemain de la victoire de l'Allemagne à la coupe du Monde de football et en cette journée de fête Nationale en France, c'est pour nous tout simplement le jour de la remise de notre camping-car et la fin de nos vacances.

Après une dernière balade au bord du lac sous un ciel maussade, à donner aux cygnes nos restes de pain, notre périple de plus de 7 000 kilomètres s'achève dans les bureaux du loueur.

Après une courte inspection du véhicule suivie de la signature d'un document attestant que nous le rendons sans dommages, Pössl réintègre son garage et nous notre SUV, dans lequel, après 33 jours à conduire en position très haute, nous avons la désagréable sensation de conduire au ras des pâquerettes.

Une fois nos repères retrouvés, il nous reste près de 600 kilomètres à parcourir avant de retrouver nos pénates provisoires en Alsace pendant que la radio serine à longueur de journée que les Allemands sont devenus, cette nuit, Weltmeister... "les maîtres du monde".

Quand à l'approche de la frontière nous entendons la radio diffuser en français, nous réalisons avec un petit pincement au cœur que cette fois c'est vraiment la fin de notre … fabuleux voyage !

FIN – ENDE (en allemand et danois) – ÄNDE (en suédois) – SLUTTEN (en norvégien) !

Distance parcourue dans la journée : 570 km Distance totale parcourue en camping-car : 7 000 km Distance totale de notre parcours de porte à porte depuis chez nous : 9 300 km en 37 jours

Korb am Strand, plage de Scharbeutz



Le mot de la fin

Impressions générales

Nous sommes rentrés, enchantés par la Norvège, par ses fabuleux paysages de fjords, de glaciers, de lacs, de côtes et d'îles ainsi que par la magie du soleil de minuit.

Certes, le voyage a été dense mais nous n'avons que rarement fait des journées de trajet exclusif, nous avons pu tous les jours y ajouter un élément intéressant (visite ou randonnée).

D'ailleurs si l'on considère la vitesse moyenne, le kilométrage moyen sur la partie faite uniquement en camping-car s'élève à un peu plus de 200 kilomètres par jour. En considérant l'ensemble du voyage de porte à porte depuis chez nous, il atteint 250 kilomètres par jour. Ces chiffres sont finalement très voisins de ceux atteints en Islande, en Namibie, voire en Australie.

C'était le prix à payer pour inclure les îles Lofoten et pouvoir y consacrer sept jours, des journées inoubliables pour lesquelles nous ne regrettons pas d'avoir dû rouler un peu plus, à d'autres moments.

Nos coups de cœur

En haut du tableau, bien sûr, les îles Lofoten avec leurs pics escarpés, leurs grandes plages de sable blanc, leurs randonnées exceptionnelles, leurs parties de pêche miraculeuses et leurs fonds sous-marins étonnants.

Tout aussi prestigieuses, les trois premières randonnées faites dans le sud de la Norvège : Kjeragbolten, Preikestolen et Trolltunga. Difficile de dire laquelle est la plus belle, elles sont incontournables, toutes les trois, chacune avec ses particularités.

Ajoutons aussi les randonnées vers les glaciers les plus bas d'Europe continentale, très faciles d'accès et spectaculaires, les routes panoramiques remarquables, les mini-croisières pittoresques dans les fjords, les villes très agréables.

Bref, nous avons TOUT aimé.

Hors catégorie, le prix de l'originalité va sans conteste au site suédois Nimis, cette gigantesque construction de bois flotté, controversée, s'élevant sur une plage, dans la péninsule de Kullaberg.

Coup de chance avec la météo particulièrement clémente cet été dans le nord de l'Europe, ce qui a participé à faire de ce voyage une réussite.

Un regret ? Juste, un petit… ne pas avoir insisté dans la montée de Reinebringen pour mettre dans la boîte l'extraordinaire vue depuis le sommet.

A propos du véhicule

Ce fut indiscutablement le meilleur choix. Le camping-car nous a assuré une grande liberté, nous permettant d'adapter l'itinéraire à la météo même si finalement, avec un temps globalement très beau, nous avons, à deux ou trois exceptions près, respecté notre planning prévisionnel.

Nous avons essentiellement pratiqué le bivouac libre (j'avais repéré auparavant la majorité des sites qui s'y prêtaient) et très peu utilisé les campings (trois ou quatre fois seulement, pour bénéficier d'un lave-linge).

Comme les dimensions du véhicule étaient inférieures à 6 mètres, les tarifs appliqués pour les traversées en ferry étaient les mêmes que pour une simple voiture. Un avantage considérable !

Sa "petite" taille était aussi un atout pour se garer facilement dans les villes, pour se faufiler sur les routes parfois étroites et pour la facilité des manœuvres en général.

Enfin la consommation a été très raisonnable : de l'ordre de 8 à 8,5 litres au 100 kilomètres, pas plus que celle de notre SUV en sachant que le prix du litre de carburant a été de l'ordre de 1,80 euro à 2 euros.

Louer un camping-car est bien plus économique en Allemagne car les locations de plus de 30 jours sont détaxées. L'offre du courtier Cooldrive était très intéressante.

Après une expérience de location de camping-car au Canada qui ne nous avait pas spécialement enthousiasmés, nous sommes conquis, cette fois-ci, et sans être devenus des inconditionnels de ce mode de déplacement sommes prêts à renouveler l'expérience lors un futur voyage dans un pays qui s'y prête.

Les ouvrages et sites Internet utiles Côté papier : Le guide Lonely Planet Norvège Le guide du Routard Norvège qui consacre aussi un chapitre à la côte suédoise. The Rother Walking Guide Norway South (en anglais) m'a finalement peu servi car il répertorie beaucoup de randonnées longues et des parcours sur plusieurs jours, uniquement dans le sud du pays.

Côté Internet : Des récits de voyage et/ou des sites consacrés à la randonnée : Treks et voyages, le site de Julien, très riche en descriptifs de randonnées. Ce sont ses images qui sont à l'origine de notre désir de Norvège. http://trek.uniterre.com/norvege/

Norway Adventure 2009 Web Journal (en anglais) : Le site d'un jeune couple américain, décrivant un voyage en boucle depuis Trondheim, incluant les îles Lofoten, avec beaucoup de randonnées. http://matt.tracz.org/2009/norway/index.html

Invitation de voyage en Norvège, le récit d'une boucle dans le sud du pays à partir de Bergen, dont quelques randonnées. http://voyages.fal38.free.fr/...page=accueil_nor...

Rando-Lofoten : un site consacré aux îles Lofoten en général dont une documentation remarquable sur un grand nombre de randonnées. Il faut s'inscrire pour avoir accès aux détails des randonnées, n'hésitez pas, c'est extrêmement bien fait. http://rando-lofoten.net/index.php/fr/

Scandi-voyage : pour la partie suédoise du voyage. http://www.scandi-voyage.com/iti_sudouest.php

Des sites utiles aux camping-caristes qui m'ont permis de repérer des lieux de bivouac intéressants ainsi que les indispensables aires de service. http://www.campercontact.com/fr/ http://www.campingcar-infos.com/...cib.php?pays=...

Autres outils intéressants : Office de tourisme de Norvège : http://www.visitnorway.com/fr/ Météo : http://www.yr.no/place/Norway/ Carte : http://ut.no/kart/

Belles images et belles histoires Juste pour le plaisir des yeux… Panoramiques des Lofoten (Ronan Michaux) ! http://nanor44.free.fr/pano/tags/Lofoten.html

Pour le plaisir de lire : le Roman de Bergen de Gunnar Staalesen. Au-delà du roman policier, c'est une véritable fresque sociale dépeignant les relations entre plusieurs familles berguéloises, bourgeoiset ouvrières, sur plusieurs générations entre 1900 et 1999.

Un dernier mot… En un seul mot, ce fut un FABULEUX VOYAGE ! Prêts à y retourner ? Oui, oui certainement afin de compléter avec des contrées encore plus au nord.

Voilà, je vous ai tout dit ou… presque. Si vous avez besoin d'un renseignement complémentaire, nous sommes à votre disposition. Si vous préparez vous-même un voyage en Norvège et que nos données vous ont été utiles, nous serions heureux de le savoir. Si vous avez envie de faire un commentaire, n'hésitez pas ! Vous pouvez nous contacter par l'intermédiaire du livre d'or.

A bientôt pour un autre fabuleux voyage !

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50 jours à pied dans L'Intérieur de la Papouasie, 1ère Partie
SECOND TOME, CHAPITRE XII - COUSIN ET TANTINE

La nuit des temps, la route des missionnaires, le cargo cult et la recette de l'humain à la pierrade.

- (Spéciale dédicace à 321, tu le voulais ce texte? Et ben le voilà! La suite arrive incessamment sous peu😎) -

Mars 2006... Nous voilà partis avec un visa de deux mois en poche, ce qui est vraiment un minimum pour ce qu’on voulait faire, et de Jakarta on avait pris un avion pour Jayapura la capitale de la Papouasie occupée. Pas le bateau, me dis-tu ? Ben non, déjà les Pelni (les seuls à faire ce trajet à peu près rapidement) il n’y en a pas tous les jours ce qui signifie que tu peux facilement te retrouver trois-quatre jours à attendre qu’il y en ait un qui pointe le bout de sa proue, et ensuite dans le meilleur des cas ça met une semaine pour faire le trajet, le calcul est vite fait. L’avion ne coûte guère plus cher que le bateau en "kelas ekonomi", et puis de toute façon y a pas le choix, on peut pas se permettre de perdre d’entrée dix jours sur un misérable visa qui n'en compte que soixante. Tu verras d’ailleurs par la suite que bien nous en avait pris... Une fois à Jayapura on s'était occupés d'obtenir une « surat jalan » (sorte de permis-laisser-passer, obligatoire pour sortir des villes), et bien sûr il avait fallu batailler avec les poulets pour ne pas la payer trop cher, classique, tristement classique (voir le chapitre IX). On avait aussi acheté de la bouffe et certains articles introuvables dans l’intérieur, parmi lesquels des médocs costauds anti-palu-malaria parce que crois pas mais c'est un risque très sérieux dès qu’on quitte les montagnes du centre. Pour finir il ne nous restait plus qu'à trouver un avion pour Wamena, ce qui ne fut pas si facile car il n’y avait plus qu’une compagnie qui effectuait le trajet et en plus certains de ses avions étaient bloqués au sol pour problèmes techniques. Quels problèmes? Oh rien de grave, des fenêtres qui avaient du jeu et menaçaient de s'envoler, des trains d’atterrissage qui ne fonctionnaient pas, quelques petits désagréments bénins en somme. Opiniâtres comme à l’accoutumée on avait quand même réussi à en dégotter un pour le lendemain, avec ou sans problèmes techniques allez savoir. Pourquoi encore l'avion ? Tout simplement parce que c'est ça ou se taper un bon 700 kilomètres à pied, ce qui écornerait notre visa au-delà des limites du raisonnable... Tu as consulté une carte et tu as vu une route ​? Oui, je te félicite, sur la carte il y en a une en effet, et elle y était déjà dans les années quatre-vingt-dix, mais ils ont oublié de préciser qu'elle était en construction. Faut croire qu'ils aiment bien se projeter dans le futur, même si à ce niveau-là ça relève carrément de la science-fiction parce qu'à mon humble avis cette route ne sera pas finie avant le siècle prochain, au bas mot (en 2013 elle ne l’était toujours pas, les travaux n'avancent pas à cause de deux obstacles naturels majeurs : la profondeur des poches des fonctionnaires en charge et l’étendue de leur incompétence). Cinq heures du mat’, en route ! Petit café à l'aéroport, cousin et tantine vont se faire enregistrer, je les suis cinq minutes plus tard. J’arrive au comptoir mais l’employée me dit que je dois prendre l’avion suivant. Et pourquoi donc s’il vous plaît ? Parce qu’il n y a plus de places dans celui qui part maintenant ! Meuh non, regarde mon ticket, j'ai un siège confirmé ! Elle s’en fout, elle a mis des sacs de riz à ma place et me dit, un sourire narquois aux lèvres, que j'aurais dû m'enregistrer plus tôt. Pardon ? L'enregistrement commence à six heures et il est six heures moins cinq, maintenant ça suffit, on arrête de rigoler et tu me donnes la carte d’embarquement ! Elle m'ignore et sort du comptoir, sans quitter son petit sourire ironique et bien sûr sans un mot d'excuse. Je la suis pas content en demandant des explications mais elle m'ignore de plus belle, elle commence à m’énerver celle-là. Une fois dans le bureau ça continue, toujours pas un mot mais un rictus à la commissure des lèvres qui en dit long. J’explose et je vire un coup de pied dans une chaise, et là pour le coup le sourire lui rentre dans la gorge. Espèce de #*$&^****, que je lui dis, tu as de la chance de pas être un homme !!! Des papous interviennent : calme-toi mister ! Me calmer ? Elle m’a viré de l’avion, ensuite même pas elle s’excuse ni ne dit quoique ce soit, et en plus elle se fout de moi, sale @%^* qu’elle est ! La petite fait un repli stratégique dans l’arrière-boutique, elle ne sourit plus et ma tension redescend un peu. Les papous me disent, à voix basse : tu sais, ils sont comme ça les indonésiens, quelqu'un leur glisse un billet et ils lui revendent ton siège... Soupir !!! Oui, je sais, ça va, j'ai compris, je prendrai le suivant ! Je vais mettre au courant cousin et tantine puis vais me reboire un café, que puis-je faire d’autre ? Au moment de l’enregistrement pour l’avion suivant, tiens, c'est bizarre, la fille n'est pas là, à sa place il y a un employé masculin et il me regarde d'un drôle d'air... Le vol s’effectue sans encombre, on vole à basse altitude et on peut admirer à loisir la forêt et les montagnes, ainsi que des petites volutes de fumée çà et là qui indiquent une présence humaine... Arrivé à Wamena les potes m'accueillent en grande pompe. J’avais oublié de leur dire où était le seul hôtel pas cher du coin mais ils connaissent la musique, ils l’ont trouvé en deux-deux et ont déjà réservé une chambre pour le naps. Ils sont accompagnés de papous qui espèrent qu’on va louer leurs services pour aller marcher. Les tarifs sont prohibitifs : 200000 roupies pour un guide qui parle anglais, 100000 pour un qui ne le parle pas. Merci les gars mais on va marcher sans guide, y en a franchement pas besoin vu que la vallée de la Baliem c'est pas la forêt impénétrable, ne vous inquietez pas, on va très bien s'y retrouver tout seuls comme des grands ! Ce qui est tout à fait vrai, on voit très bien, quand on arrive en avion, que les abords immédiats de ladite vallée ont été déforestés et qu’il est facile d'aller de bled en bled au départ de Wamena. Et aussi on ne le leur dit pas mais, et d'une leurs prix sont bien trop élevés, et de deux on veut faire travailler les gens des petits villages qui n’ont que très rarement l’occasion d’accompagner des touristes vu que tout le monde affrète les services des gars de Wamena qui leur sautent dessus dès leur descente d’avion, et de trois ces gars de Wamena ne connaissent que les abords immédiats de la vallée mais pour aller plus loin il faut de toute manière des gens du cru. Car on veut traverser la chaîne des montagnes centrales et continuer au-delà jusqu'à la côte sud, autant dire pas la porte ni la forêt à côté... Il est temps d'aller montrer patte blanche et surat jalan chez les flics, c'est pas qu’on les aime ces tordus mais c'est obligatoire et ils rigolent pas avec ça. Si tu me crois pas va lire les brillantissimes chapitre VIII et X du premier tome, tu verras de quoi il retourne et ce qui arrive aux étourdis qui ont oublié leur surat jalan. Ils nous regardent d’un œil un peu suspicieux vu tous les noms d’endroits où nous prévoyons de passer que mentionne notre permis, petit serrage de fesses et profil bas, pas qu’ils nous interdisent je ne sais quoi... Ouf, c'est passé, maintenant on peut aller se balader dans Wamena et profiter de notre dernier jour à manger pas trop mal et à pouvoir se doucher. Petits serrages de mains avec les quelques papys irréductibles du coin qui sont toujours « habillés » à l’ancienne, c'est à dire à poil avec un étui pénien pour tout vêtement, et dont le cheminement intérieur a dû être grosso modo comme suit : je m’en tape de toute ces drôles d'inventions, de ce métal, de ces avions et de cette religion bizarre que les faces de craie sont venus nous emmener, et je m’en tape aussi qu’ils aient dit qu’il fallait porter des vêtements, moi je suis né comme ça et je mourrai comme ça ! Perso je respecte cette attitude... Évidemment il y en a de moins en moins, aujourd'hui quasiment tout le monde porte des vêtements et de fait on assiste à la fin d'une époque. Ou dit plus joliment, avec cette verve poétique qui m'a rendu célèbre dans les salons à la mode, le soleil de leur civilisation a déjà glissé sous l'horizon, et ce à quoi l'on assiste de nos jours sont les derniers rayons qu'il darde au monde avant de disparaître complètement et à jamais. Les missionnaires y sont pour quelque chose, car ils ont été très actifs dans la région, mais il ne faut pas oublier non plus le rôle du gouvernement indonésien pour lequel il n'est pas convenable de se balader les fesses et la poitrine exposées aux regards ambiants et de ne pas avoir de religion. Est-ce un bien, ou est-ce un mal ? Va savoir, c'est difficile à dire car il y a du pour et du contre des deux cotés, mais en tout cas aucun des papous avec lesquels j'ai parlé de cet état de fait ne regrettait le bon vieux temps. Tous se disent heureux que les guerres tribales et le cannibalisme se soient arrêtés, et de pouvoir maintenant aller se promener dans le bled d'à côté sans avoir peur de finir en ragoût ou en méchoui, ou de se faire cribler de flèches. Certains occidentaux regrettent la disparition des cultures primordiales et souhaiteraient que perdurent ce qu’on a appelé les « Disneyland à ethnologues », histoire de pouvoir aller faire mumuse à prendre de belles photos ou à écrire de beaux livres sur la question des peuplades dites primitives, sauf que les papous, qui à mon avis sont quand même les premiers concernés, n'en font pas cas et disent tous carrément que ce qu’on appelle leur culture ancestrale ne valait pas un clou, qu’il y avait trop de magie noire, de violence etc., et que maintenant ils ont évolué et en sont bien contents. Ma foi, ils sont libres de leur choix, n'est-ce pas ? Pour en revenir aux papys, quand on leur serre la main c'est un vrai serrage de pinces, pas un truc visqueux comme le salaman indonésien où la main glisse rapidement dans la pogne de l’autre comme si on avait peur de se salir. Les papys papous, ils te chopent la mimine et te la lâchent plus pendant un moment tout en t'examinant, te scrutant et te détaillant, les yeux dans les yeux. Si tu en fais autant tu vas probablement ressentir qu'il y a un drôle de sentiment qui passe, j'en parle souvent car ça m'a vraiment impressionné : la rencontre entre un gars qui est né à l'âge de pierre (car les papous n’avaient pas découvert le secret des métaux, à l'époque tous leurs outils étaient en pierre), qui a été cannibale dans ses jeunes années et qui a vécu toute sa vie en contact étroit avec la nature, et un autre gars qui, lui, est né à l'époque des fusées spatiales, de la télé etc., et qui dès sa naissance a été coupé de la nature par la « civilisation » moderne matérialiste. Deux homo sapiens, donc deux représentants de la même espèce, et pourtant deux histoires personnelles si différentes, séparées par le contexte socioculturel bien sûr mais aussi par plusieurs millénaires d’histoire. Et tout ça qui passe, là, dans le regard, en quelques secondes, une sensation vraiment étrange et difficile à expliquer (je n'y arrive d’ailleurs pas comme je le voudrais) et qu’il faut ressentir par soi-même pour comprendre... J’avais déjà senti ça la première fois que j’étais passé à Wamena quelques années auparavant et avais assisté au festival de la vallée, et si tu as lu l’excellent chapitre X du premier tome tu auras remarqué que le passage ci-dessus en a été copié, oui, de nos jours on fait de la récupe avec tout... Wamena, c’est pas que c’est l’enfer, mais y a pas grand chose et donc après un bon repas, une bonne douche et un bon dodo il ne nous restait plus qu’à partir le lendemain matin. Les quinze premiers kilomètres se firent en transport local avec une bande de papous. Une route ? Oui, faut pas croire que les indos n’ont rien fait pour la Papouasie, ils ont quand même, en remerciement de tout l'or, le gaz, le pétrole, le cuivre et le bois qu’ils ont piqué et piquent encore à leurs légitimes propriétaires, goudronné quinze bornes, pas de la rigolade ! Goudronné c'est un bien grand mot remarque, une myriade de nids de poule ponctue le trajet... Le pick-up nous laisse là où finit son parcours, c’est à dire là où finit le goudron-gruyère, et c’est le début de la marche. Au début quelques papous qui étaient avec nous dans le véhicule nous accompagnent car ils vont dans la même direction, puis arrivés au croisement où nos routes se séparent ils nous font voir un pont suspendu sur la rivière qu’il va nous falloir traverser pour aller vers là où on veut aller. Naps, il fait comme le capitaine Haddock dans Tintin au Tibet : il part comme une flèche et caracole un instant dans le peloton de tête, avant de se faire rapidement rattraper et distancer, et de finir en peu glorieuse lanterne rouge. Je m’étais pourtant bien moqué du capitaine Haddock à l'époque où j’avais lu l’album... On passe le pont et on s’engage sur un sentier. C’est du facile, franchement je comprends pas ce qu’ils ont tous à prendre des guides pour ce type de parcours, le chemin à suivre est quand même évident. On passe par des petites huttes et des plantations où comme d'habitude il n’y a que les femmes qui travaillent, c’est qu’ils sont malins les papous, et à chaque fois salutations et petite conversation sont de rigueur. Parfois il faut enjamber des barrières, ou disons des amoncellements de bouts de bois, probablement mis là pour que les cochons, l'or de la Baliem, n'aillent pas batifoler trop loin et se perdent ou se fassent embarquer par les voisins. Parce que là ça finirait mal, ou comme ils avaient expliqué l’année où j’étais venu pour le festival : aux temps révolus d’avant les missionnaires, les guerres tribales démarraient toujours pour un ou plusieurs des trois motifs suivants, à savoir vol de terres, vol de cochons ou vol de femmes (est-ce si différent dans nos sociétés dites modernes, je laisse le soin de développer à d'autres)... On rencontre un papy et son étui pénien, et on s'engage dans une discute avec lui car il est très communicatif. Malheureusement il parle pas indo et nous on entrave rien à l'austronésien, très vite ça tourne au dialogue de sourds. On croit comprendre malgré tout qu’il échangerait bien son sac en écorce d’arbre tressée contre un de nos sacs à dos, mais même si le noken (ça s’appelle comme ça) est très beau nous déclinons l’offre... La fin de la journée s’annonce, il va falloir trouver où dormir. Le sentier bifurque et à quelques centaines de mètres sur la droite on voit un hameau, voilà qui fera une très bonne halte pour la nuit. On rencontre deux papous qui nous demandent où on va et qui nous proposent de dormir chez eux, ils habitent un peu plus loin. On les suit et arrive à lieu-dit où il y a deux huttes, chacune de part et d’autre du chemin, et ils nous en cèdent une pour notre usage personnel. On s'installe et on converse un peu, ils sont ma foi sympas. Le mobilier est réduit à sa plus simple expression, c'est-à-dire rien, et chacun étend, qui leur couverture de survie, qui son plastique, pour dormir au dessus de la paille et ne pas déranger les puces qui en ont fait leur résidence principale. Comme déjà dit dans le chapitre IX les papous ne sont pas très doués pour recevoir, et en conséquence personne ne nous propose de manger ou ne nous questionne au sujet de si on a des provisions qu'on voudrait cuisiner. Va savoir pourquoi on est un peu gênés et on ne demande rien, le repas du soir se composera donc de nouilles déshydratées crues, un régal aux dires des indos... Pas de feu, vu comme les murs en chaume sont isolés et vue l'altitude ça caillera dur cette nuit-là. On y survit, et le lendemain on tend au maître de maison 10000 roupies tête, ce qui est un prix plus que raisonnable en regard du standing proposé. Oui mais voilà, le monsieur, qui avait pourtant l’air si gentil hier soir, il veut 50000 par personne ! Cousin reste impassible comme à son habitude, tantine et naps s'énervent pour trois : quoi ? Tu rigoles ? Même à Wamena on a payé moins cher à l’hôtel, et pour une chambre avec l'électricité, un lit, des couvertures et une salle de bains ! On finit par payer ce qu’on avait estimé correct, mais hélas on se quitte un peu fâchés. C’est ma faute, j'aurais dû y penser, on est encore trop près de Wamena et il y a tellement de gros malins qui sont passés par là et on jeté l’argent par les fenêtres que les papous du coin nous prennent pour de riches fous qui n’ont pas la notion de l’argent, c'était à prévoir. Ça nous servira de leçon, et il est clair qu'à partir de la prochaine fois on négociera l’hébergement avant de l'accepter... La marche reprend et après deux ou trois heures j’arrive à un village (je dis « je » parce que ça faisait déjà belle lurette que mes deux loustics avaient distancé le capitaine Haddock), et découvre cousin en train de faire un feu au moyen de la perle de son attirail, un petit brûleur portatif high-tech. Un truc à manipuler avec précaution, ou, comme il dit lui-même : un jouet pour garçons ! On se fait quelques pâtes et c'est reparti. Tiens, on rencontre une occidentale, une australienne pour être précis, et si je signale le fait c'est parce que ce sera la seule face blanche qu’on verra en cinquante jours de voyage. Elle se fait une petite randonnée de quatre-cinq jours dans les environs de Wamena et est en compagnie de deux papous, l'un étant son mec et l'autre genre le porteur. Après les politesses et banalités d’usage on repart, et arrive à un petit pont après lequel ça va commencer à monter car il y a une colline à passer. Ça monte en effet mais j’aime mieux ça, car du coup Tintin et Tintine me distancent moins. On continue notre route et on rencontre pas mal de papous, tous assez étonnés de nous voir ici sans chaperon, ben vous avez pas de guide ? Ce sont des occasions de stopper cinq minutes et de tailler une bavette, et pour moi de reprendre mon souffle... Une fois tout en haut de la colline on arrive en vue de notre destination du jour, un village niché dans une vallée assez large. On y entre un peu avant le crépuscule et on avise un petit cours d’eau qui nous servira de débarbouilleur une fois qu’on sera installés. On nous indique le chef du village, et nous lui faisons nos hommages en tant qu’ambassadeurs du pays tricolore. Il y a une espèce de bâtiment « moderne » (je cite), c’est à dire pas une hutte mais plutôt une maison qu’on sait pas à quoi elle sert mais qu’il nous propose d’investir. Le palace est juste à côté de la cuisine et ce coup-ci on se fait à manger sans demander notre reste, la route ça creuse ! Les gens sont accueillants, on décide de passer une seconde nuit. Du coup on a l'occasion de discuter avec certains d'entre eux, et notamment avec le chef qui vient nous demander conseil car il a un gros problème. Tous les jours vers la même heure il sent comme des coups de couteau partout sur le corps et surtout dans le dos, ça fait déjà un bail que ça dure et aucun médicament n’y a rien fait. Évidemment ça fait très mal et ça le fatigue beaucoup, et évidemment aussi il ne peut quasiment plus rien faire comme travail physique. D'après lui il est victime du swangi (magie noire). Mais pourquoi quelqu'un vous voudrait-il du mal chef ? C’est que j’ai eu une embrouille rapport à une histoire de cochons avec les mecs du bled de l'autre côté de la rivière où c'est que les gens sont connus pour se livrer encore à des pratiques de sorcellerie car ils n’ont pas voulu se convertir au christianisme ! Je t'avais pas dit mais tantine est infirmière de formation, elle lui demande de nous faire voir ça. Il tombe sa chemise, et c’est vrai que son dos est constellé de dizaines de petites cicatrices qui ressembleraient bien à des coups de pointe de couteau. Tantine est perplexe, elle n’a jamais vu ça de sa vie surtout qu'en plus le chef dit que ces cicatrices sont apparues spontanément à l’époque où tout a commencé. Bon, on n’est pas des magiciens, tout ce qu’on peut faire c’est lui expliquer deux-trois parades connues contre ce type de problèmes et notamment, vu qu’il est chrétien, certains versets à réciter qui sont utilisés dans les exorcismes et ces sortes de choses, en espérant que ça marche... Reconnaissant, car il a bien vu qu’on compatissait sincèrement à son état, il nous fait une ristourne sur le loyer, et pour nous guider (parce qu'à partir de maintenant les choses vont se compliquer et il est impensable de continuer seuls vu qu’il va falloir passer la chaîne des montagnes centrales) il nous offre les services de deux de ses hommes de confiance, deux frères. L’un est petit et trapu, avec des bras qu’on dirait des vérins hydrauliques (pas ce genre de bras gonflés en salles de muscu, plutôt le genre développés à force de jouer de la machette), il est pas causant mais nonobstant ce fait très sympa. L’autre a fait ses études en ville, et hélas comme beaucoup de papous est revenu dans son village d'origine à la fin de celles-ci car il n'a pas trouvé de boulot à cause de son origine ethnique (et oui, on parle toujours du racisme des blancs mais je peux te dire qu’il n’est rien comparé à celui des asiates envers ceux qui ont la peau foncée et qu’ils traitent ouvertement de sous-race, de singes etc.), il parle très bien indonésien, est plus bavard que son frère mais tout aussi sympa, le compagnon de voyage idéal. Nous nous mîmes donc en route. Le plus jeune est bien équipé, doudoune et bottes en caoutchouc qu'il a dû ramener de la ville, son grand frère est un vrai montagnard en tee-shirt et pieds nus... Seulement naps, il avait un petit problème à son pied pourri. Je parle souvent de ce pied, et je vais donc t’expliquer succinctement de quoi il retourne : quand j’étais gamin je me suis pris un bus dans la face une fois que j'étais à vélo, et c’est le pied qui a pris. Les docs ont pu en sauver une partie, mais j’y ai laissé des plumes et ai été obligé de me faire réopérer plusieurs fois. La dernière en date c'était en 1995 et je m’étais fait raboter, entre autres, un bout d’os au niveau de l’endroit sous la plante où se trouve normalement le troisième orteil. Je sais pas ce que le chirurgien a traficoté mais depuis j’ai de temps en temps une petite infection pile là où il a raboté, je suppose qu’il avait pas dû faire son boulot très consciencieusement et que quelques petits bouts d’os ou de je ne sais quoi sont restés. C'est qu'il était pas content le monsieur, car j'avais refusé de payer le dépassement tarif sécu éhonté qu'il pratiquait et avais tourné les talons en disant que puisque c’était comme ça d’opération il n'y aurait point. Sa secrétaire m'avait rattrapé en me disant qu'on pouvait s'arranger, marchands de tapis qu'ils sont, et l'acte chirurgical avait finalement eu lieu, mais l'autre margoulin s'était un peu braqué contre mon insigne personne. Je m'en étais bien rendu compte quand il avait dû se fendre de sa visite post-opératoire et avait arraché le drain que j'avais au pied sans ménagement aucun, à tel point que l’infirmière lui avait dit d'y aller un peu plus doucement quand même. Une sale type qui ne pense qu'au pognon, et qui bien que venant d'une famille aisée et portant un nom à particule ne voit aucun obstacle moral à demander des rallonges faramineuses à qui veut avoir l'honneur d’être opéré par lui, même si la personne en question ne roule visiblement pas sur l'or (là je parle de naps, je sais pas si tu avais suivi). Il n'est hélas pas le seul sur cette planète �� thésauriser ainsi et à ne vivre, ne penser et n'agir que pour l'argent, et ma foi, grand bien lui fasse. Quel dommage qu'il ne puisse rien emporter dans sa tombe, toutes mes condoléances anticipées ! Bref, en tout cas là ça faisait déjà deux jours que l’infection était repartie, super. Oah, au début je m’étais pas inquiété, ça faisait pas trop mal et c’était juste l'histoire d'un petit abcès et d'une petite goutte de pus à nettoyer en fin de journée, et puis d’habitude ce n'était guère qu’une question de quelques jours d’inconfort avant que l'infection ne se soigne d'elle-même... Sauf que ce jour-là, au bout de peut-être deux ou trois heures de marche dans la boue et la flotte (car c était bien détrempé), ça faisait trop mal et je m’arrêtai démouler un peu le pied pour voir où ça en était. Las ! Je constatai que la goutte avait fait des petits, ce n’était non plus une mais bien trois ou quatre gouttes que je pressais, et une fois l’opération menée à son terme je vis qu’il restait un trou de la taille d'une tête d'allumette sous mon peton. Pour être franc ça ne m’étonnait pas tant que ça, marcher les pieds trempés ça n’a jamais aidé les infections. Un coup de désinfectant et je repars... Je rejoins le reste du groupe et leur fais part de la chose, à ce stade-là je pensais encore que ça allait guérir assez vite. Du coup forcément ma moyenne, qui était déjà pas brillante, chute, surtout que ça monte dur. Je finis par arriver, en même temps que la voiture balai, au but de la journée : la « gua batu ». En français ça veut dire « la grotte en pierre », ce qui semble bien être un pléonasme mais comme dit un de mes livres de langues orientales : ce type de structure est couramment utilisé et introduit un élément de précision supplémentaire qui peut nous paraître superflu... Toujours est-il, et pour rester dans le littéraire, qu’à ce niveau c’est plus du pléonasme mais de l’euphémisme, personne chez nous n’appellerait ça une grotte car tout au plus s’agit-il d'un renfoncement dans un rocher sous lequel on peut, et sous lequel justement on va, dormir. Il faut espérer qu’il ne pleuve pas trop fort cette nuit parce que sinon on va rigoler, surtout que comme on est montés en altitude ça caille sévère. On fait deux feux, on mange puis on se blottit pour la nuit comme des petites marmottes, on doit sûrement être mignons à regarder... Coup de bol il ne pleuvra pas cette nuit-là et au matin, après un petit dej' nouilleux, on reprend la route, ou plutôt la pente. On est maintenant plus ou moins au sommet des montagnes, je ne sais pas à quelle altitude mais depuis hier la flore a changé, il n’y a plus que quelques arbres rachitiques et un genre de toundra au sol. En tout cas le sol est mouillé et boueux à souhait, mon infection va aimer... Au bout d'un moment y a quasiment plus de végétation et ça devient très caillouteux. La topographie est bizarre, c’est assez plat et on voit bien que ça ne va plus monter mais ça ne descend pas encore. Le plus jeune frère reste avec moi qui suis constamment à la traîne, pas par mauvaise volonté mais parce que ça fait vraiment mal cette affaire ! On se prend une bonne pluie et voilà, on est trempés jusqu'aux os, parfait. Vers la fin de la journée notre maison d’hôte n'est toujours pas en vue et on a perdu les autres. On contourne une falaise, descend un peu et essaie de suivre le sentier, oui mais quel sentier au fait ? Car des sentiers il y en a plusieurs maintenant, enfin ce sont pas vraiment pas des sentiers mais disons que comme qu’il n y a plus vraiment de végétation et que donc tout est pelé fatalement tout se ressemble et on ne sait pas très bien quelle direction prendre. Ça pleut, il y a plein de brouillard, le guide me dit qu’il va partir en avant pour essayer de retrouver les autres. Le petit souci étant qu’il ne connaît pas le chemin, il m'avoue n’être en fait jamais passé par là et ne pas savoir où se trouve la hutte où on est censés dormir, l'habitué du coin c'est son grand frère. Ah oui, parce que j’avais oublié de te dire mais les papous ont monté un abri là-haut, car cette route est un axe important entre les villages et il arrive que des locaux soient pris par la nuit, comme nous quoi ! Il me propose de prendre mon sac pour que j’aille plus vite. Normalement je n’aime pas que quelqu'un d’autre que mézigue le porte, mais là pour le coup la situation n'est pas mirobolante et c'est vrai qu’il faut que je marche plus rapide. Je lui passe mon fidèle compagnon de toutes ces années de voyage et ensemble ils partent dans l'horizon brumeux, bientôt je ne les vois plus. Je continue à avancer au hasard, il pleut comme vache aux toilettes et la nuit tombe. Je commence à me dire que j’ai fait une bêtise de lui laisser mon sac car il y a tout mon matos de survie dedans, matos qui dans le pire des cas m’aurait au moins permis de dormir au sec, de mangeouiller un peu et de faire un feu. Sauf que là c’est lui qui l’a et que s’il ne me retrouve pas d’ici peu je vais passer une sale nuit tout seul, trempé, grelottant de froid et sans rien pour me réchauffer... Je marche, tout en battant ma coulpe, à chaque minute qui passe la nuit prend un peu plus le pas sur le jour et bientôt on n'y verra goutte, l'affaire est très mal engagée. Soudain, alors que la lumière de l'espoir vacillait de concert avec les derniers rayons du soleil se fondant dans le crépuscule, je vois une ombre qui s'approche dans ma direction. Serait-ce le swangi qui vient se repaître de ma souffrance et m'annoncer ma fin proche ? Non, c'est le guide, il a trouvé la maison d’hôte, elle est vers là-bas. En effet, après quelques minutes je vois une lueur poindre dans la pénombre, on y est, ouf ! L’intérieur, c'est cosy comme on dit en franglais. Le sol est recouvert de végétaux et deux grosses branches faisant office de piliers en soutiennent une troisième qui culmine à deux mètres au-dessus de nos têtes en guise de faîte, faîte sur lequel plusieurs épaisseurs de grandes feuilles ont été plaquées pour protéger des éléments. Y a pas à dire, c'est du bon boulot, l'étanchéification est parfaite. Tu faisais des cabanes quand tu étais petit ? Si oui alors tu vois à quoi ressemble cette auberge de station d'altitude papoue, par contre si tu as passé ton enfance hypnotisé par la télé et les jeux vidéos il se peut que tu aies du mal à conceptualiser la chose et en ce cas vois-m'en fort désolé pour toi. À l’intérieur, un bon feu, de la bouffe qui chauffe, et toute l’équipe qui est quand même soulagée de pas avoir perdu le naps en route, pas que ça aurait été une grande perte mais quand même... Je me fais sécher, essore mes chaussettes et les place près du foyer (en faisant gaffe qu'elles ne gouttent pas dans la casserole, tu m'as pris pour qui ?), et pour ce qui est de mon infection je ferai pas de commentaires, demain ça va être du sport... Petit à petit ça va mieux, la peau et les vêtements sèchent, les muscles se relâchent, l'estomac se remplit de riz, et tout finit dans une bonne nuit au sommet de cette montagne dont nous ne savons même pas le nom. Au petit matin il fait frisquet, une assiette de nouilles pour réchauffer la carcasse et en avant. Tout de suite le pied me lance, mais pas la peine de m’étendre sur le sujet, j'ai pas envie de passer pour un geignard... On commence à descendre et la foret redémarre, si tout va bien ce soir on sera arrivés à bon port. Mais hélas tout va pas bien, les papous ont pavé le chemin. Enfin pavé n'est pas le terme exact, il s'agit en fait de rondins de bois placés perpendiculairement à la pente. D’après nos guides c'est pour faciliter la marche rapport à la boue, d’après naps il valait mieux la boue parce que ça lui fait encore plus mal de poser son infection sur ce sol inégal car cannelé. Cela dit on ne peut que saluer la performance technique, imagine-toi des centaines ou plus de grosse branches qui font comme un gigantesque escalier, au milieu de nulle part entouré de forêt. Ah tiens il pleut, super, la fête bat son plein... Je tempête, peste, renne, rougne, renâcle, j'en passe et des meilleures, contre ces papous qui n'ont rien d'autre à faire que de placer des handicaps en travers de ma route qui était déjà assez difficile comme ça quand soudain, au détour d'une courbe, je découvre l'avant-garde qui a installé un petit camp et est en train de faire la popote. Que voilà une bonne nouvelle, c'est vrai qu'on est à la mi-journée et qu'il commençait à faire faim ! On repart, je râle de plus belle mais tout vient à point à qui sait attendre, vers le milieu de l’après-midi on a eu la montagne et les rondins à l'usure et c'est le retour sur le plat. Par contre on n'a plus le temps de poursuivre jusqu'au village à cause de je te fais pas un dessin pour te dire qui, on va dormir sur la route et justement il y a quelques cases qui s'annoncent. L'une d'elle nous accueille et le feu y est allumé, on est bon. Il n'y a bien sûr pas de meubles mais mis à part ça c'est bien équipé, y a moyen d'accrocher les chaussettes et le reste au dessus de l’âtre. L'enclos pour les cochons occupe quasiment tout le rez-de-chaussée, laissant juste une bande de disons un mètre de large pour les humains, mais pas d’inquiétude car on est dans un duplex avec chambre au premier. Le repas du soir est animé car les voisins sont venus nous visiter, et ils doivent nous trouver sympathiques car du coup ils rentrent pas chez eux mais décident de passer la nuit avec nous. Ça ne nous ravit pas, car l'espace est plus qu’exigu, mais que dire ? On s'entasse à l’étage, il y règne une température agréable entre le feu et la chaleur humaine et bientôt on imite les cochons et s'endort. Je me réveille à chais pas quelle heure, avec une envie pressante. Le feu est éteint et les ténèbres règnent, la chambre est jonchée de corps humains, mon pied me fait mal, l’échelle est étroite et branlante et en bas les cochons veillent, il me faudra toute mon agilité et toute ma nyctalopie pour réussir à descendre, sortir, me soulager et remonter sans déclencher un cataclysme... Un peu avant le lever du jour ils nourrissent les bestiaux, et ce jour-là j'ai compris d’où venait l'expression « manger comme un cochon ». Ça se bat, ça couine, ça grogne et ça grouine dans tous les sens, à tout-va et de concert, un vrai récital mais peu m'importe, je sombre à nouveau dans les bras de Morphée... Au petit matin il fait beau, les auspices nous sont favorables. On n'est plus très loin du village, et en fait on pourrait même dire qu'hier soir on a dormi en banlieue. Sur le chemin on rencontre un papy qui, au vu de mon boitillement, me suggère de me faire porter. Piqué au vif dans ma fierté (dans mon orgueil dis-tu ? Boaf, la frontière est mince) je l'envoie promener en lui disant que je suis venu jusqu'ici sur mes deux quilles et que je finirai sur mes deux quilles. Un pont à passer, un « impôt » à payer pour celui qui s'occupe de sa maintenance (vu l’état de l'ouvrage on est en droit de penser qu'il doit pas maintenir tous les jours), un coup de marchandage parce qu'avec les impôts on n'a jamais été très copains, encore un peu de marche et nous y sommes, un joli village de montagne. On nous indique la case du chef et nous nous y rendons de ce pas. Le chef c'est le papy de ce matin, aïe, incident diplomatique en vue ? Heureusement non, il est pas rancunier et même nous accueille très bien. Il a une hutte inoccupée, nous voilà en place. Après une nuit nos deux frères-guides prennent congé et ils vont nous manquer, ils ont été parfaits, autant sur le plan humain que professionnel, et leur souvenir restera gravé à jamais dans nos mémoires ! Il est pas mal ce petit bled et on décide d'y passer quelques jours. Ça reposera mon pied et ça nous permettra de passer du temps avec les locaux, parce que franchir des montagnes et patauger dans la boue c'est bien, mais faut pas oublier le côté humain non plus. Et justement de ce côté-là c'est bien typique, et les étrangers de passage que nous sommes sont accueillis à bras ouverts. Il y a une piste d'atterrissage qui, je te rassure, n'est pas goudronnée mais gazonnée, et qui sert de terrain de jeux et de pâturage vu qu'elle n'a pas l'air très fréquentée. Qui dit piste dit aérodrome, et qui dit aérodrome dit tour de contrôle, allons voir, ça doit valoir le coup d’œil. Tout est dans le même bâtiment, c'est-à-dire une baraque en planche, avec à l’intérieur une table, une radio posée dessus, deux-trois chaises et une équipe de papous qui passe ses journées à commérer au micro avec les tours de contrôle des villages alentours. Allô, tour de contrôle village A, tu m'entends ? Ici tour de contrôle village B, oui, je t'entends cinq sur cinq ! Quel temps il fait chez vous ? Il fait nuageux mais je crois qu'il va bientôt pleuvoir ! Ah bon ? Chez nous il fait soleil ! Ici tour de contrôle village C à village A, ce week-end y a untel qui se marie, passe le message à sa famille ! Ici village A, bien reçu ! Maintenant que j'y pense, une radio ça marche avec une batterie, mais comment font-ils pour la recharger vu qu'il n'y a pas d'électricité? Va savoir, mais en tout cas ça leur fait un passe-temps, parce que figure-toi que dans le coin les divertissements sont une denrée plus que rare. Quoique, ces jours-ci y a cousin, tantine et naps, représentants de la tribu des occidentaux de leur état, ça rompt un peu la monotonie... Tout le monde porte des habits, pas d’étuis pénien ni de fesses à l'air, les missionnaires sont passés par là. Ils leur ont dit que c’était très vilain de se promener peu habillé, en oubliant que Jésus sur sa croix était pas exactement en tenue de ville, et ils leur ont fait bâtir une église, comme d'hab quoi. Par contre ils ont oublié de leur expliquer comment construire une petite dérivation-canalisation en bambou depuis la rivière voisine afin que le bled ait l'eau courante et qu'il n'y ait plus besoin d'en charrier des litres et des litres, et aussi comment faire une évacuation-cheminée pour la fumée des feux ménagers au lieu de les laisser refouler en empestant toute la hutte et en faisant tousser toute la famille. Ben oui, que veux-tu, on peut pas être à la fois à l’église et à la planification urbaine, c'est comme ça, et puis de toute façon leur mission c’était la collecte d’âmes et pas le génie civil... Le papy-chef est un personnage haut en couleurs qui tient son village d'une main de fer, la clope y est interdite (même si un dealer en vend sous le manteau, mais il a intérêt à numéroter ses abattis) et idem pour l'alcool, c'est pas un mal. Vu qu'on est voisins on discute souvent ensemble, et il nous apprend que la route par laquelle on est passés est appelée « la route des missionnaires » car c'est par là que sont arrivés les premiers blancs, qui étaient aussi accessoirement des missionnaires en mission de repêchage d’âmes pour leur hiérarchie. Il se rappelle plus bien quand c’était, en 61 ? Ou en 62 ? Ou peut-être en 63 ? On va dire au début des années soixante, mais faut dire à la décharge du chef qu'avant cette époque ils ne comptaient pas les années en suivant le calendrier des visages pâles. Chef, vous habitiez ici à l’époque ? Oui, j’étais encore jeune mais j’étais déjà le chef, et je me rappelle très bien quand ils ont débarqué ! Et ensuite, ils ont fait quoi les missis ? Ils sont restés ici et ils nous ont expliqué le Jésus et le bon Dieu et tout, et après deux ou trois ans comme on était tous convertis ils sont allés au village d’à côté ! Et ? Et ben au village d’à côté ils ont fini à la casserole, et du coup on leur a fait une guerre tribale parce qu'on avait pas apprécié qu'ils aient mangé nos missis, c'est vrai quoi, on les aimait bien nos missis ! Ah oui, ce sont les risques du métier, et puis on peut les comprendre remarque, en voyant ces types à la peau blanche ils ont eu envie de goûter. Maintenant que le sujet est lancé on peut passer à la question suivante, en jouant aux naïfs : mais chef, avant les gens ils étaient cannibales ici ? Bien sûr ! Ils faisaient avaler son extrait de naissance au type qui était sur le menu, ensuite ils le mettaient sur une grande pierre plate avec un feu en-dessous, le hachaient menu avec des petits oignons et se le bâffraient ! À la manière dont il te racontait ça avec force gestes il t'en mettait l'eau à la bouche dis, ses yeux brillaient et ça devait lui rappeler des souvenirs, ah le bon vieux temps, y a que ça de vrai ! Allez, encore une question, un peu insidieuse : et vous chef, vous étiez cannibale ? Moi ? Ah non, beurk, c'est dégoûtant ! Mon œil, et je suis poli, ils étaient tous anthropophages, lui était le chef tribal, tu penses un peu s'il faisait ceinture pendant que les autres s'empiffraient. Mais il doit penser que ça nous choquerait s'il l'avouait, et même si nous ne le sommes pas le moins du monde autant changer de sujet... J’espère que toi non plus tu n'es pas choqué mais tu sais, c’était un acte rituel auquel nos ancêtres en Europe se livraient eux aussi. La consommation de viande humaine n’était pas quotidienne et avait uniquement pour but, au retour d'une guerre les bras chargés de captifs, d'annihiler complètement ses adversaires et de prendre leur force, ou quelque chose d'approchant. En écrivant ces lignes je me dis que c'est dommage qu'on n'ait pas pensé à lui demander s'il y a eu du « cargo cult » (culte du cargo, en anglais dans le texte) par ici. T'as déjà entendu parler du cargo cult ? Non ​? Ça va, j'ai compris, j’étais presque au bout du chapitre mais tes désirs sont des ordres, je vais me fendre d'une rallonge... Pour commencer, représente-toi l’intérieur de la Papouasie à l’époque. Les papous ne vivaient pas à l'âge des cavernes, car ils dormaient déjà dans des huttes et connaissaient le feu, mais ils vivaient pour sûr à l'âge de pierre (tous leurs outils, haches, pointes de flèches, couteaux etc. étaient en pierre) et n'avaient pas découvert le principe de la roue, tu vois le tableau. Un beau jour v'là-t'y pas que surgissent de nulle part des humains bizarres, ils ont la peau blanche et des sortes de feuilles aux drôles de couleurs dont le matériau ressemble un peu à de l’écorce ou de la paille finement tressée recouvrent leur corps. Ils sont arrivés dans des grands oiseaux en métal, ce fameux métal mythique auquel les tribus qui vivent loin dans le nord près d'une grande étendue d'eau infinie ont parait-il accès. Ces blancs, ils sont incroyables, ils ont un stock inépuisable de métal, mais où ils ont trouvé tout ça ? Chais pas, ils parlent d'un Dieu aussi étrange qu'eux, un type ensanglanté sur une croix, et ils disent que notre animisme, notre magie noire, nos guerres tribales et nos étuis pénien c'est pas bien ! Leur Dieu fait pas très sérieux, mais il est clairement plus fort que nos Dieux-Esprits à nous, regarde tout ce métal, tous ces objets magiques... Ils racontent que ça vient de leur terre qui est dans la direction du soleil couchant et ils expliquent ça avec des mots comme usine, productivité, chaîne de montage, j'y comprends rien mais ce que je sais c'est que leur Dieu y est pour quelque chose, et que ces oiseaux magiques sont ses messagers qui emmènent des cadeaux aux humains ! Je crois que tu as raison, l'autre jour l'un d'eux parlait dans une boîte qui lui répondait, et après quelques jours un nouvel oiseau est arrivé ! Et si on faisait une statue en bois d'un de ces oiseaux et une boîte comme celle des blancs, peut-être qu'on pourrait demander à leur Dieu de nous envoyer des cadeaux à nous aussi ? Bonne idée, et si on prie bien comme il faut il va faire venir ses oiseaux pour nous ! Et voilà cher lecteur, le cargo cult est né. Enfin là j'ai transposé l'histoire dans le centre de la Papouasie mais pour être exact ce culte est né dans les îles de la région, et au début il ne s'agissait pas d'avions mais de bateaux car les premiers contacts avec les tribus côtières ont eu lieu par voie maritime, d’où le nom de cargo. Ensuite seulement sont venus les avions et les contacts avec les tribus de l’intérieur, mais le principe est le même. Histoires, légendes et miracles, comme toute religion qui se respecte quoi... À part ça, comme plus ou moins partout en Papouasie, ils ont de magnifiques arcs faits maison et cousin est intéressé. Naps aussi, et ce d'autant plus qu'il s'identifiait à Robin des Bois dans sa prime jeunesse, mais il en a déjà un qu'on lui avait offert dans le chapitre VIII du premier tome. Cousin se dégotte un modèle de voyage, c'est-à-dire la taille en-dessous du modèle classique qui est un peu encombrant, et le chef nous fait une démonstration d'archerie, nous prouvant que malgré son âge il a toujours bon pied bon œil. Tu l'aurais vu le papy, dès qu'il a eu l'arc en main il s'est mis à faire des bonds en poussant des cris, prêt à la guerre tribale, bon sang et atavisme ne sauraient mentir... Tantine m'a donné du pansement spécial, qui fait comme une seconde peau et permet aux plaies de mieux se refermer. Après quatre jours c'est toujours pas guéri (pour bien faire il aurait fallu faire un ou deux points de suture et pas poser le pied par terre pendant une bonne semaine, irréalisable dans les conditions présentes), mais ça va un peu mieux et il est temps de continuer notre chemin vers le sud de la route des missionnaires. Le chef nous présente un de ses adjoints, un grand papou taciturne que je sais pas pourquoi mais que je baptise instantanément parrain, qui sera notre guide. À ce qu'ils disent c'est un itineraire assez dangereux, car le sentier est très escarpé et très étroit avec un méchant dénivelé et la rivière en contrebas et qu'il faut passer quelques ponts très branlants. Ça a l'air de les inquiéter, mais si tu veux tout savoir nous ça ne nous préoccupe guère... Tu te demandes pourquoi je ne cite ni noms de personnes ni noms de lieux? C'est parce que durant les cinquante jours que dureront ce voyage on va rencontrer un commandant de la rébellion papoue, et même si j'imagine que peu, voire pas, d’indonésiens francophones liront le présent ouvrage n’empêche qu'au moins j'en dirai qui puisse permettre de l'identifier au mieux ça sera. Et puis crois pas, ils ont beaucoup d'espions mine de rien, même en Europe et je suis sérieux. Je connais un anglais qui est très proche des indépendantistes et qui m'a expliqué que le gouvernement indonésien surveille les sites internet en rapport avec le pays, et qu'ils ont des sbires à l’étranger qui espionnent les lieux et les gens impliqués dans le mouvement. Il en a même vu de ses yeux lors de réunions de l'organisation, mais les types se sont fait la malle quand ils se sont vus découverts (il valait mieux remarque). Trêve de paranoïa et en route, on est le matin du onzième jour ! (à suivre...) Le texte original et quelques photos sont sur mon blog, si le coeur vous en dit...
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2019, un voyage pour se faire plaisir
N’est-ce pas là le but de tous les voyages ?

Pour nous décider à entreprendre ce cinquième voyage, il a fallu trouver des raisons ou quelques prétextes.

Ceux-ci n’ont pas été longs à trouver :

nous fêtons tous les deux nos 70 ans cette année et il y a 50 ans que nous nous sommes rencontrés.

N’est-ce pas suffisant ?

Après, choisir où aller :

quelques nouvelles choses quelques lieux qu’on aime bien approfondir certains sites.

Après, choisir la période : facile, comme nous sommes à la retraite tout est possible mais on aime bien mai-juin : moins de monde et les journées sont assez longues.

Après bien une année de préparation, de questions, de variantes, … et le projet est là, prêt à vous être soumis.

Quelques corrections et on réserve :

L’avion chez British Airways, une seule escale en Europe (Londres) et direct jusqu’à Las Vegas, on investit dans la classe « World Traveler plus » pour un peu plus de place pour les jambes. La voiture chez Hertz, avec des prix qui font le yo-yo jusqu’à quelque chose d’acceptable. Les motels, la majorité en direct et quelques-uns via Booking.

Le roadbook est prêt, le GPS voiture est chargé avec les itinéraires et une carte des USA, le GPS de randonnées est prêt… mais un peu jaloux de devoir encore attendre de nous guider après son aîné ! Nous avons nommé le GPS voiture : Marlène et celui de randonnées : Alice (clin d’œil aux « Petits meurtres d’Agatha Christie !!!). Marlène, pour son premier grand voyage, a toujours été fidèle et précise sauf pour quelques raccourcis un peu spéciaux dans lesquels nous ne l’avons pas suivie. Alice, grande habituée des voyages, a rempli son rôle à la perfection.

Quelques informations supplémentaires pour vous permettre de mieux cadrer ce voyage :

Contrairement aux voyages précédents, cette année nous ne sommes que les deux, mon beau-frère, qui nous accompagnait habituellement, a renoncé à ce type de voyage. Comme notre anglais n’est pas bien avancé, nous allons nous équiper d’un traducteur fonctionnant hors ligne sur un smartphone. Etant le seul conducteur et à la suite de mauvaises expériences faites en 2017, j’ai limité à environ 300km le maximum de distance par jour, ce qui vous expliquera certaines étapes pas forcément nécessaires. Ne vous attendez pas à de grandes découvertes de nouveaux lieux, ni de challenges remportés. On a réalisé ce voyage tranquillement, à notre rythme (lent), nous arrêtant quand un trop plein se faisait sentir (fatigue, saturation, plus envie, …). Et dernier point, mais pas le moindre, j’ai adapté tout ce que je pouvais à notre âge et notre condition physique : le temps déplorable des mois précédant notre départ ne nous ayant pas permis une bonne remise en forme après l’hiver donc, on va aller en crescendo.
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Fragments de voyage I/II: d'Istanbul à Jakarta par la route
J'entreprends un périple de 3 mois et plus jusqu'aux portes de l'Asie. Je vous livrerai en vrac mes impressions sous forme de carnet de bord, d'anecdotes, d'émotions brutes et aussi des informations pratiques. J'essaierai autant que possible d'écrire sur le vif et de vous envoyer quelques photos.

Pour passer directement au chapitre II des fragments de voyage le 21 février 2012 c'est ici : Fragments de voyage II : Istanbul-Téhéran-Lahore-Chengdu-Bangkok-Jakarta par la route

fraternellement Eric mosquée de Soleyman le Magnifique



PARFUMS D'ORIENT ISTANBOULIOTES

19-20-21-22-23-24 octobre Lyon-Strasbourg-Bâle-Istanbul

Des rues bruyantes et bigarrées. Des gens partout qui s'affairent, un ballet continu ponctué de coups de klaxons et des sirenes des bateaux, rythmé par l'appel du Muezzin, répercuté tel un écho dans toutes les mosquées majestueuses de la cité. Quel meilleur endroit pour commencer ce voyage si ce n'est Istanbul, carrefour et porte de l'Orient. C'est ma 4eme fois ici et je m'y sens bien, une ville attachante. Le soleil est de la partie. Je me balade dans le vieil Istanbul. A Eminonu, des gens qui pêchent, le pont de Galata est hérissé de cannes à pêche. Sur des bateaux amarrés le long des quais, des hommes font frire le poisson que l'on peut déguster dans des pains avec des oignons au bord de la Corne d'Or. Je me perds dans les ruelles qui remontent vers le grand bazar. Bain de foule. Des tas de drapeaux turcs pendent aux fenêtres, d'autres recouvrent des pans entiers de murs. Tout cela se passe dans tout le pays. Des manifs se déroulent un peu partout. Hommage aux soldats martyrs tombés au combat dans l'est. A la TV, des images passent en boucle, des généraux revanchards sont propulsés sur le devant de la scene. A qui profite cette inflation de violence ? une chose est sûre, pas à la population kurde de Turquie. Pêcheurs sur les quais d'Eminonu au fond la mosquée de Suleiman le Magnifique Infos pratiques Arrivée à l'aéroport Ataturk prendre le métro (jeton 1, 30 YTL) jusqu'à Aksaray, puis le Tramway (jeton 1, 30 YTL) direction Sultanahmet ou Taksim Arrivée à l'aéroport de Sabiha Gocken prendre la navette ( à droite en sortant 3 YTL) E10 jusqu'à l'embarcadère de Kadikoy, puis le ferry (jeton 1, 10 YTL) jusqu'à Eminonu. Ensuite prendre le Tramway, soit direction Taksim (de l'autre coté du pont de Galata) soit direction Aksaray/Sultanahmet Pour se loger, pléthore d'hôtels bon marché du coté de Sultanahmet derriere la Mosquée Bleue. Pour manger : Eviter le quartier de Sultanahmet Pour le change : changer le strict minimum a l'aéroport, taux plus avantageux autour du Grand Bazar Pour aller au bord de la Mer Noire Prendre un bus (du coté d'Eminonu) direction Sariyer sur le Bosphore, ensuite prendre un Dolmus direction Kilyos

SUR LA ROUTE DE LA SOIE...QUELQUE PART ENTRE SIVAS ET TERCAN

Istanbul-Erzurum 24-25 octobre

Aujourd'hui, je trace sur Erzurum. Il pleut légerement. Je me rend à l'immense otogar au nord d'Istanbul et je prend le bus de 16h. Cela m'arrange car j'ai ma demande de visa iranien à déposer au plus vite et ensuite, sachant qu'il faut 10 jours pour l'obtenir, je compte visiter l'est. Bus de nuit. 1375 kms à parcourir. Mon voisin ne parle pas Anglais, nous communiquons par gestes et par bribes de mots turcs pris dans mon lexique🙂. La TV diffuse le match de foot Besiktas-Liverpool, les Turcs sont fondus de football, ca tombe bien moi aussi.😏 A l'aube, en consultant ma carte, je réalise que nous empruntons la route de la Soie, route mythique pour bien des voyageurs, Nicolas Bouvier et Thierry Vernet étaient passés par ici en 1953. Nous roulons au milieu d'une vallée entourée de puissantes montagnes, la végétation est rare, quelques troupeaux de moutons paissent. Le climat doit être rude en hiver. Et premiere émotion : nous croisons l'Euphrate (en Turc : Firat). Depuis mon enfance, je suis fasciné par les grands fleuves, mon voyage qui s'annonce en sera parsemé. Et hop🙂 une photo pour immortaliser l'instant. Arrivée à Erzurum fin de matinée. Il fait beau, une chance car la température peut descendre très bas en cette période de l'année. Il y a une station de ski pas loin d'ici. Je me rend au consulat en marchant😎. Accueil austere mais correct, j'avais préparé les formulaires mais il n'en veut pas et je dois m'y coller une nouvelle fois. Puis il faut aller courir jusque dans le centre à la banque Oyak pour payer les frais de visa, heureusement un chauffeur de taxi qui m'avait vu poirauter devant le bureau, m'attend et m'amène sans hésiter à la banque puis fait le retour. Apparemment, il a l'habitude de la procédure😉 Passage éclair dans cette ville, je prendrai plus de temps dans 10 jours pour la visiter. Maintenant, je file sur Malatya. Bus de nuit. Jamais bu autant de thé et autant les mains parfumées d'eau de cologne🙂🙂. Otogar de Malatya à 2h du matin, je décide de finir la nuit ici, il y a des sièges confortables😉. J'irai chercher un hôtel le matin. Mes 4 premieres nuits 1 à l'aéroport/1 à l'hôtel /1 dans le bus/1 dans l'otogar de Malatya, vive les voyages😎

Infos pratiques Trajet Istanbul-Erzurum 55 YTL par la compagnie Esadas Trajet Erzurum-Malatya 40YTL par la compagnie Bingol 1 Bouteille d'eau 1l : 0, 50YTL 1 pide ou galette : 0, 30 YTL Demande de visa iranien : 2 photos/2 formulaires remplis a la main/copies des pages importantes du passeport/60 euros ou 103 YTL payables a la banque Oyak
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Francis Garnier, aujourd'hui Beni Haoua en Algérie
Bonjour

je vais offrir à mon mari un aller/retour en Algérie au mois de février car il est né à Francis Garnier et y a vécu 11 ans. Il est comme on pourrait dire en quête de souvenir. Est-ce que quelqu'un sait ce qu'est devenue cette ville? Je crois qu'elle s'appelle ajourd'hui Beni Haoua. Je crois savoir également qu'il lui faut être invité là bas pour obtenir un visa n'est-ce pas?

Jeannnne
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Ces pays où il ne faut pas aller
Quand je me suis inscrit à voyageforum il y a déjà 12 ans, je pensais que le mérite principal était l'entraide entre voyageurs, car les renseignements sur les diverses destinations sortant un peu des sentiers battus n'étaient pas très bien documentés. Il y avait donc ceux qui en revenaient et donnaient des témoignages, et ceux qui voulaient y aller et demandaient des renseignements.

Et puis, petit à petit, avec l'essor des réseaux sociaux (que j'ai décidé de ne plus utiliser*), il est apparu plusieurs courants de comportements un peu dommageable à cet objectif d'entraide.

Il y a bien entendu toujours ces extrémistes d'opinion 😠, ceux qui sont souvent plein de haine vis à vis d'autres (religions, ethnies, politiques, communautés sociétales ou rassemblées autour d'une passion, etc ...). Cela a toujours existé, sur l'internet et même avant que cela ne devienne internet, et on n'a jamais réussi à s'en débarrasser. Cela constitue un bruit de fond désagréable auquel on finit par s'accoutumer en étant un peu agacé, comme pour le spam ou les moustiques. Par contre, une dérive est apparue ces dernières années qui dans un premier temps m'ont fait délaisser voyageforum : des donneurs de leçon d'opinion qui parfois n'y connaissent pas grand chose ou d'autres fois ont une vision de la réalité déformée.

Par exemple, sur le Myanmar (que certains s'obstinent à appeler Birmanie, ce qui en soi est déjà un positionnnement idéologique), on a vu passer ceux farouchement pour les pauvres bouddhistes massacrés et/ou opprimés par le régime militaire, Puis, avec l'arrêt du régime militaire, les pauvres rohingas massacrés et/ou opprimés par le régime démocratique bouddhiste.**

Ou encore le Zimbabwe où le "dictateur Mugabe"*** vient d'être démis de ses fonctions par l'armée en libérant le peuple.

Et les exemples sont très nombreux, il suffit d'aller surfer sur voyageforum pour les reconnaître.

Et donc, on voit fleurir à partir de ces élements de nombreuses recommandations pour ne pas aller visiter le Myanmar, le Zimbabwe, Madagascar, l'Algérie, le Brésil etc ...

On peut donner -et cela est souhaitable- donner une opinion basée sur des faits objectifs en explicitant pourquoi on ne va pas visiter tel ou tel pays. Mais aller raconter des salades dont on a eu les rumeurs pour donner des conseil inavisés n'est pas ce que l'on pourrait appeler de l'entraide. Cela relève de la désinformation, qu'elle soit consciente ou non, et c'est à chacun de se poser des questions au moment où il écrit.

============================== Notes (pour expliciter ce que j'ai écrit de façon un peu abrupte): * Il est désormais patent que, à part cet espèce de voyeurisme mélangé à son côté opposé des troubles comportements histrioniques, les réseaux sociaux sont devenus un des vecteurs principaux de désinformation. Ce qui y circule est donc plus que jamais sujet à caution, y compris d'ailleurs des documents photographiques bidons ou détournés. Je me suis donc désabonné de tout réseau social. Je ne dis pas que c'est ce que chacun doit faire (chacun doit avoir son propre jugement), mais que chacun doit à chaque instant se poser la question de l'intérêt d'y être quand cela peut constituer une arme contre soi-même utilisée par d'autres (famille, mésentente avec ses proches, employeur, communautés, malfaiteurs, administration etc ...)

** Je ne me positionne ni contre ni pour les bouddhistes, les militaires ou les Rohingas, mais les exemples excessifs de ce qui s'est passé et se passe au Myanmar montrent bien que comme malheureusement partout dans le monde et dans le temps (il y en a même décrits dans l'ancien testament, récit religieux faisant partie des textes sacrés de la quasi totalité des cultes en France : diverses formes de christianisme, judaisme et islam), les minorités ont toujours été opprimées et souvent par des violences. Et d'ailleurs on fait souvent partie de la minorité de quelqu'un d'autre. Cela dit, je n'y suis pas allé en refusant d'organiser quoique que ce soit lorsqu'il y avait un régime militaire qui organisait le travail des enfants pour fabriquer les routes. J'ai agit ainsi par conviction politique, mais à tous ceux qui me demandaient mon avis, ma réponse était que cela se ferait sans moi (par conviction), mais que le pays était maginifique et les gens accueillants. Et maintenant, je n'y vais toujours pas par conviction à cause de l'oppression des Rohingas, mais si on me demande mon avis, je dis toujours que c'est un pays magnifique avec des gens adorables (je ne peux pas en dire grand chose d'autre, ce ne sont que les retours directs que j'ai eu d'amis et de la famille). J'espère que j'irai quand même à un moment donné ...

*** Les mots sont souvent utilisés et répétés avec un peu de légèreté. Ainsi le mot dictateur renvoie dans notre inconscient collectif à Hitler, mais si Mugabe est très autoritaire, il n'est pas un dictateur : en particulier, il a perdu les élections législatives de 2008, ce qui l'a mis dans l'obligation d'avoir un premier ministre de l'opposition, et la cohabitation (on connaît ça en France) a duré 5 ans jusqu'à la législative suivante. Cela montre à la fois qu'il n'est pas un dictateur (par définition), et que les élections sont démocratiques, au moins plus que dans de nombreux pays dans le monde. J'ai également entendu un interview d'un "grand reporter" de l'Express qui disait que les terres des fermiers blancs avaient été confisquées par Mugabe pour les remettre aux fermiers noirs "par vengeance". C'est clairement une contre vérité, car ce transfert des terres des fermiers blancs aux fermiers noirs fait partie de la constitution du Zimbabwe (1980), cette constitution étant rédigée à partir des accords de Lancaster House signées en Grande Bretagne par les mouvement révolutionnaires noirs (dont Mugabe représentant un de ces mouvements), Ian Smith (au nom des blancs de ce qui était la Rhodésie du Sud à l'époque) et la GB de Thatcher représentée par Lord Soames. Et la date limite était 2000, date effective de la réforme agraire qui entérinait ce transfert, ce qui a provoqué le couroux de la GB de Tony Blair et a amené ce pays à une grande campagne de guerre économique avec gel des avoirs du Zimbabwe dans les banques britanniques et l'échange des voix de la GB sur des sujets européens (France) ou politiques mondiaux (USA) pour un boycott complet du Zimbabwe et a plongé ce pays dans une dégringolade économique grave et provoqué la fuite de tous ceux qui pouvaient d'enfuir dans les pays voisins (professeurs, infirmiers, docteurs, avocats, industriels etc ...) Le pays ne s'en est aujourd'hui toujours pas remis, et il est à espérer qu'avec le nouveau gouvernement qui va sortir des prochaines élections de aout 2018 pourra permettre à cette force vive installée dans les pays voisins de revenir et relancer le pays. Ce n'est pas évident, car ils ont refait leur vie ailleurs... Cela dit, c'est bien ce qu'a réussit la Chine ! Mais pendant que tout le monde disait que le pays était sous la férule d'un "dictateur sanguinaire" et qu'il ne fallait surtout pas y aller, j'y suis allé en 2004. Le pays est magnifique et j'y suis retourné 8 fois, dont la dernière l'été dernier. C'est un pays fantastique, et on n'y court pas de danger lié à la sécurité (ni politique, ni délinquance), en tout cas moins qu'en France. Pendant cette période, il y a d'ailleurs eu plusieurs missions d'universitaires français pour des missions de restauration de monuments (ruines de Khami, sous l'égide de l'Uniesco) ou d'étude de la nature (à Hwange, université de lyon pendant plusieurs années). Et les amis avec qui j'y suis allé se sont faits traités de fous par des connaissances (qu'y n'y sont jamais allé), alors que nous y avons loué une voiture et circulé sans aucun problème dans tout le pays. Comme quoi, il n'y a pas que sur voyageforum que l'on dit n'importe quoi, n'importe comment ...
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GR20 en Corse en juillet 2013: refuges, partenaires
Bonjour à tous,

Après avoir complété le GR10 l'été passé, j'aimerais faire le GR20 en juillet 2013.

Pour le GR10, je l'ai fait en 3 fois, toujours en juillet puisque je n'ai pas trop d'autres choix de vacances :

- 2010 : 18 jours de marche d'Hendaye à Arrens (à 2 en camping) - 2011 : 17 jours d'Arrens à St-Elye (seule en gîtes, refuges et cabanes) - 2012 : 21 jours de St-Elye à Banyuls (seule également et dans les même conditions)

Les 2 dernières années, même si j'étais seule au départ, j'ai souvent rencontré des partenaires de marche pour quelques jours et c'était super de pouvoir partager notre enthousiasme devant tout ce qui nous était donné de voir. J'ai adoré mon expérience même si ça n'a pas toujours été facile... Entre autres, j'ai dû terminer les 300 derniers kms en sandales...

Je pense donc, sans être une athlète, être assez en forme et persévérante pour le GR20 l'été prochain. La seule chose qui m'inquiète un peu, ce sont certains passages périlleux et vertigineux de la partie Nord... Ce pourquoi j'aimerais mieux le faire avec quelqu'un...

Je sais que pour le ravitaillement, il n'y a pas de problèmes... mais j'aimerais avoir vos suggestions et conseils pour les couchers... Est-il hasardeux de trouver une place dans les refuges en juillet. Est-il possible de réserver ? Ou bien est-il préférable d'apporter la tente ?

Et puis, même si c'est pas évident de trouver des partenaires de même niveau, avec qui on s'entend bien et disponibles au même moment.... sait-on jamais ? Si quelqu'un est intéressé ... n'hésitez pas à me contacter ;)

Mbel

de Montréal
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Compte rendu de notre croisière sur le MSC Magnifica (9 -16 octobre 2010)
bonjour à tous.

et voila ! tout à une fin. l'heure est venue de vous livrer mes impressions.

nous sommes partis comme prévu à 4 h du matin. direction Venise. pas de soucis sur la route.

attention aux futurs partants en voiture. il y a une continuité d'autoroute qui va de la sortie venise vers trieste. on évite ainsi mestre pour aller vers trieste. ce tronçon d'autoroute n'est pas indiqué sur les GPS TOM TOM. du coup le GPS ne m'a pas indiqué la sortie puisque logiquement il n'y avait de possiblilité d'aller ailleurs... du coup, on c'est engagé sur ce nouveau tronçon et on a loupé la sortie mestre/venise. du coup on a fait un détour et perdu 30 mn. rien de grave mais faut se méfier à l'approche de venise.

le temps d'arriver au port, il était 11h. on trouve facilement le parking P2 de MSC. on gare la voiture et on va trainer sur le port. on voit le ruby princess et un cunard. pas retenu le nom.

on avait prévu un petit pic nic et on mange sur le parking du port. on décide alors d'aller voir l'hôtel pour déposer une valise. les deux grosses resteront dans la voiture. le parking est clos et surveillé par des caméras. on trouve notre hôtel à proximité de la piazzale Roma. c'est l'hôtel Arlecchino. une surprise nous attends. un sois disant groupe a réservé pas mal de chambres !!! le réceptionnaire veut nous caser à l'hôtel continental à côté de la gare. il nous appelle un bateau taxi. on accepte ! on a pas le choix. finalement il nous rappelle alors que l'on attendait le taxi pour nous proposer une chambre moins chère de 50 €. moins bien située et avec la douche et les toilettes sur le palier mais privées avec une clé. rien que pour nous. c'est juste à côté. la chambre et jolie et la salle de bain toute neuve. on accepte. pour une nuit ca suffit.

on va chercher notre pass 12 h pour le vaporetto. j'avais réservé par internet sur venise connected. direction Murano. pas très interressante à voir. on va ensuite vers Burano. plus petite et bien plus jolie. retour sur venise et ballade sur la place st marc, pont de rialto on cherche ensuite un petit resto indiqué par véro. on le trouve. on a très bien mangé pour pas cher. puis direction l'hôtel. la journée a été longue. on est debout depuis 3h du matin. on se couche vers 23h.

le lendemain petit déj à l'hôtel. excellent.

de la fenêtre de la chambre on voit la cheminée du NCL Gem. on se ballade un peu du côté de la rive ou se trouve la gare puis direction le parking pour récupérer les bagages et aller à l'embarquement. il est 10h. on voit le magnifica, le NCL GEM, le costa victoria, le splendour OTS.

nous voila en route vers le batiment MSC pour procéder à l'embarquement. en arrivant je zappe tout les guichets. je monte avec les valises au premier étage. pas mal de passagers sont déjà la. je me rends compte que les gens n'ont pas leurs valise. en fait j'ai condondu check in et MSC express. je redescends au RDC et je refile mes valises. puis Fabienne me dit : regardes, les gens scannent leurs étiquettes... 😊 catastrophe ! nos valises sont parties sans êtres enregistrées...

on ne se moque pas OK ????

heureusement que je parle couramment anglais et italien...😮 (c'est faux bien sur) et je demande à récupérer les valises. heureusement, elles ne sont pas loin. on va les faire scanner et les refile à nouveau aux bagagistes. retour au premier étage et la je vois MSC express. je comprends mon erreur. on a le n° 10 grace à l'enregistrement électronique. les autres passagers ont un n° allant de 20 à 30.

une erreur de débutant. et dire que c'est ma 5eme croisière. pas de quoi être fier...😊

tout rentre dans l'ordre et à midi on est sur le bateau.

la croisière peut commencer.

1 : le ruby princess

2 : Murano

3 et 4 : Burano

5 : le resto à venise.
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