Lecteur assidu du forum qui s'est avéré une aide précieuse lors de la préparation de ce voyage, j'ai finalement décidé de sauter le pas et de livrer à mon tour mon expérience et mes impressions.
Au retour d'un stage infirmier dans un hôpital de Phnom Penh, j'ai rassemblé mes notes dans un court récit, afin de garder une trace de ces deux mois incroyables passés au Cambodge. Passionné de littérature de voyage, je me suis pris au jeu de l'écriture et bien vite, ce carnet de bord est devenu un compte-rendu très subjectif de ce que j'ai pu voir lors de mon échappée asiatique. J'y parle de ce que j'y ai vécu en tant qu'étudiant infirmier mais aussi de mon émerveillement lors de mes escapades à la découverte du pays.
Je vous en poste les premières lignes, en espérant que cela vous donnera envie d'en lire davantage. Si c'est le cas, n'hésitez pas à me le faire savoir et je mettrai la suite avec plaisir ! Je m'excuse par avance des coquilles, surement nombreuses, et des longueurs dans le texte, qui en rebuteront surement certains et qui correspondent à mon état d'esprit au moment où je l'ai rédigé. Avec un peu de chance, ce retour permettra de passer le temps à ceux qui sont sur le départ et rappellera peut-être des souvenirs aux autres, qui ont déjà râpé leurs sandales sur les pistes d'Angkor et les trottoirs de Phnom Penh.
L'extinction de ce qui brûle
Carnets d'un étudiant infirmier au Cambodge
« La grandeur d’un métier est peut-être, avant tout, d’unir les hommes : il n’est qu’un luxe véritable, et c’est celui des relations humaines. » Antoine de Saint-Exupéry, Terre des Hommes
I De l’art de plier bagages
Combien d’heures passées, la tête entre les mains, à m’esquinter les yeux avec ferveur en dévorant les récits de Monod, Lévi-Strauss et autres explorateurs au long cours ? Combien de temps passé à les suivre dans leurs pérégrinations, promenant mon regard fiévreux sur un atlas fatigué en rêvant d’ailleurs lointains, d’archéologie exotique et de médecine tropicale ? J’ai appris ma géographie en accompagnant par la pensée ces scientifiques, aventuriers et voyageurs de tous poils dans leurs périples lointains, ivre de la musique de ces noms synonymes d’ailleurs : Adrar mauritanien, route des Incas, Terre de Feu, jungle indonésienne... « La toponymie est un moyen de transport », écrit Sylvain Tesson. Mes nuits deviennent blanches, à force de me surprendre en pleine lecture de ces récits de voyages. Je me laisse hypnotiser par les aventures indochinoises de Pierre Loti, redécouvrant les temples d’Angkor dans une terreur sacrée, et de Malraux pillant les mêmes avec une religieuse application. Fasciné, je suis les tours de roues des écrivains-voyageurs qui traversent à vélo cette Asie mystérieuse et envoûtante, en me faisant la promesse d’aller moi aussi, un jour, user mes semelles sur les chemins de ces contrées de légende.
Voyant se profiler à l’horizon la fin de mes études en soins infirmiers, je me livre à une introspection. Difficile de dire avec précision ce qui m’a décidé à devenir soignant sans échapper aux poncifs du genre. Peut-être est-ce la proximité avec les soignés, cette possibilité de mettre du sens dans mes actions et de me frotter aux buissons épineux de la vie et de ses accidents de parcours pour pouvoir avancer à mon tour ? En apprenant que certains se saisissent de leur dernière année pour partir voir comment l’on soigne aux antipodes, une idée me taraude, s’infiltre peu à peu pour hanter mes nuits et ne plus me laisser de repos. Partir ? Oui, mais où ? Avant même que la question ne se fasse jour, un nom brûle déjà mes lèvres. Cambodge, ce pays de mystères que j’ai tant de fois visité en pensée. Une ronde infinie de questions me paralyse : comment faire ? Que vais-je bien pouvoir apprendre là-bas ? Ne vaut-il pas mieux laisser le rêve de côté et se contenter de trouver un stage en France ? Pourtant, la monotonie de mon quotidien me pèse, je ne me satisfais plus des cours interminables sur les arcanes de la santé publique, ni de ces longues journées d’ennui dans un service de rééducation. A nouveau, une phrase de Tesson me revient : « A trop réfléchir aux raisons qui poussent à partir, on néglige de boucler son sac. » Ma décision est prise.
Fasciné depuis longtemps par cette destination, je ne tarde pas à rassembler les informations qui me manquent pour saisir les problématiques auxquelles le Cambodge est confronté. Ravagé par un génocide il y a seulement quarante ans, le royaume tente de relever la tête en oubliant l’horreur, le regard tourné vers un avenir encore incertain. Déterminé à devenir, lui aussi, un dragon au sein du marché asiatique, il a entamé une course folle vers sa modernisation, prêt à tout pour rattraper en marche le train de la mondialisation. Les malchanceux laissés sur les rails sont aussi nombreux qu’inaudibles, victimes de l’écart toujours croissant entre richesse et pauvreté, dont les retentissements se font ressentir jusque dans l’accès aux soins.
Dans un pays où les accidents de la voie publique tuent cinq personnes par jour et où le traumatisme crânien est la première cause de mortalité aux urgences, la traumatologie revêt une importance significative. La chirurgie sera donc mon carton d’invitation pour partir à la rencontre des cambodgiens. Trois jours suffisent pour ficeler un dossier vantant les mérites de cette expérience internationale en usant du jargon de circonstance. Camille, amie précieuse et partenaire infatigable de treks en tous genres se joint à l’aventure. Sa spontanéité et sa bonne humeur ne seront pas de trop pour surmonter les moments de doute à venir.
En attendant les réponses à nos demandes d’autorisation et de financement, nous sommes pris de vertige devant ce saut dans l’inconnu qui nous attend. Qu’attendre d’un tel voyage, au-delà de la découverte d’une culture aux antipodes de la sienne ? Tout. Et rien. C’est parfois la meilleure manière d’éviter la déception née de l’incompatibilité du fantasme avec la réalité. En partant là-bas, j’ai bon espoir que le milieu des soins nous permettra d’en apprendre davantage sur le rapport des cambodgiens à la vie mais aussi à la mort, à la souffrance et au handicap. Je suis curieux de connaître leur façon d’appréhender le sacré et de savoir quel rôle la spiritualité et la philosophie jouent dans leur vie, pour les aider à surmonter les aléas d’une vie parfois très rude. Ce voyage est aussi l’occasion de prendre du recul, d’éclairer sous un nouveau jour notre manière de penser le soin en Occident.
Quelques semaines plus tard, l’accord de la direction de l’école claque comme le coup de feu annonçant le départ de la course : j’ai des fourmis dans les jambes depuis longtemps mais le départ est pris. Avides de découvertes, de rencontres et de nouvelles pierres pour nous construire, nous faisons nos sacs, le cœur déjà loin à l’Est.
II La colline de Madame Penh
Premiers pas sur le tarmac de l’aéroport. Un millier d’odeurs se disputent l’accès à nos narines en même temps que nos corps ont la sensation de plonger dans un bain d’eau chaude, tandis que nous forçons notre passage à travers cet air moite qui nous colle à la peau. Dans la lumière rasante de la fin de journée, nous pressentons Phnom Penh : tel un animal mythologique, sa présence s’impose avant même qu’on ne puisse la voir. Nous la devinons à sa rumeur, concerto pour klaxons et moteurs à bout de souffle, ainsi qu’à son parfum: effluves évanescentes de viande grillée et d’encens, additionnée de l’âcre odeur de l’huile de vidange. Ce premier contact nous laisse déboussolés, interdits, immobiles avec nos sacs à la main, comme attendant d’être tirés d’un rêve étrange. Reprenant nos esprits, nous nous jetons sur un chauffeur de tuk-tuk comme des naufragés sur un morceau de bois flottant et filons vers le centre, à travers le chaos de la circulation. Cramponnés à tout ce qui dépasse dans l’habitacle, nous nous en remettons à la dextérité du conducteur, qui fend le flot de véhicules sur sa monture pétaradante, sorte de Moïse des temps modernes traversant la mer du trafic phnom penhois.
Nous échouons finalement dans une auberge au décor de pub irlandais. En Asie, ces établissements à mi-chemin entre l’hôtel bon marché et l’auberge de jeunesse pullulent, proposant au voyageur fatigué le confort d’un lit à la propreté variable et la cuisine correspondante. Le propriétaire de notre point de chute, un américain jovial, semble y avoir trouvé le décor d’une existence confortable et tranquille. Nos valises déposées, nous décidons d’aller prendre le pouls de la ville, transformée par la nuit en un dédale de rues éclairées anarchiquement par quelques enseignes clignotantes et des lampadaires fatigués. Il fait 27° et sur les trottoirs, la vie déborde des logements exigus où la famille ne tient pas sans se marcher dessus. Ici, un homme ventripotent regarde la télé en short, là des passants sont rassemblés autour d’un restaurant ambulant duquel émane des effluves appétissantes, alors que des gamins jouent dehors en pyjama, sans que l’on sache au juste de quelle échoppe crasseuse ils sont sortis tels des diables d’une boîte. En revenant du quai Sisowath, nous faisons la connaissance des rats de Phnom Penh : gros comme de jeunes chats, ils traversent à toute vitesse le parc arboré qui nous ramène vers le centre. Soudain, un enfant s’approche, tout sourire, et me lâche un « hello » sonore en me tendant la main. J’esquisse d’abord un mouvement de recul, pensant que le môme va me réclamer un dollar, mais il n’en est rien. Il repart satisfait après m’avoir serré la main à l’occidentale, comme dans les séries américaines. Note à moi-même : goûter au voyage c’est libérer son esprit du poids de ses préjugés pour laisser de la place aux rencontres à venir...
Plus tard dans la soirée, je m’assois dans un fauteuil en rotin sur le toit de la guesthouse. En face, le palais royal perce l’épaisseur de la nuit de ses centaines de guirlandes lumineuses. Autour de moi, Phnom Penh, perle de l’Asie, étale son bric à brac d’architecture coloniale, de façades décrépies et de pierres centenaires qui servent de refuge à un million cinq cent mille habitants. Dans cette atmosphère onirique de bout du monde, je me sens tout à coup arrivé.
Nos premiers jours dans cette mégalopole miniature sont occupés à nous trouver un logement dans l’ancien quartier français, à proximité de l’hôpital qui doit nous accueillir. Notre quête aboutit finalement dans un établissement aux prix modestes, où nous dégottons une chambre correcte (un seul préservatif usagé sous le lit !). Le gérant, un cambodgien anglophone à l’abdomen proéminent paraît ravi d’accueillir deux nouveaux occidentaux à qui il pourra vendre ses nouilles et ses boissons fraîches. Notre quartier général trouvé, nous partons rapidement à la découverte de la ville, profitant de ces quelques jours de flottement avant le début de notre stage pour l’arpenter en long, en large et en travers. Nous nous laissons porter par nos pas, ivres de l’atmosphère créée par le parfum des fleurs cuisant doucement au soleil et de la poussière en suspension, filtrant la lumière du soleil sur les grandes avenues du centre. Nous errons dans les ruelles jonchées de détritus où, le soir venu, s’organisent des matchs de volley endiablés entre adversaires torse-nus, jeunes adultes grandis trop vite et retrouvant, l’espace de quelques heures, une innocence perdue. Je repense à Nietzsche, qui disait que la maturité de l’homme consiste à retrouver le sérieux qu’il avait au jeu étant enfant…
Un dimanche, notre vagabondage quotidien nous mène au Wat Phnom, le plus vieux temple de la ville. Situé dans un écrin de verdure au beau milieu de la ville et à deux pas du Mékong, il semble parfaitement intégré dans l’espace urbain qui l’entoure. Lieu sacré dédié au Bouddha, son grand stupa immaculé renferme les restes du dernier empereur d’Angkor, qui a fui son palais lors de l’invasion Siam du XVème siècle. Selon la légende, une certaine Daun Penh, ou « Grand-mère Penh », aurait aperçu, flottant dans le Mékong, un tronc d’arbre dans lequel reposaient des statues sacrées. Les dieux avaient littéralement abandonné Angkor. Avec l’aide de quelques villageois, madame Penh recueilli les objets sacrés et les installa dans un petit temple au sommet d’une butte en terre érigée pour l’occasion. La ville alentour s’étoffa et devint Phnom Penh, « la colline de madame Penh ». Au sommet de ce monticule d’une trentaine de mètres, les murs blancs du temple veillent sur la ville, indifférents aux aléas de l’Histoire. Il s’agit d’un lieu de rassemblement, où l’on vient autant pour s’attirer les faveurs du Bouddha en lui déposant quelques offrandes que pour venir s’asseoir à l’ombre des grands arbres qui entourent le lieu saint. Dans les feuillages des longaniers, quelques singes s’échangent les nouvelles du jour alors que des mélodies traditionnelles émanent du sommet de la colline, s’élevant vers le ciel comme une fumée d’encens.
Poursuivant notre exploration, nous atteignons le musée national des beaux-arts. Conçu par l’Ecole Française d’Extrême-Orient au début du siècle dernier, il s’inspire à la fois de l’architecture traditionnelle khmère et du style colonial. Il constitue la preuve que certains ont fait le choix de respecter le pays dont ils étaient les hôtes, plutôt que de le marquer au fer rouge d’une domination occidentale nauséabonde. Le palais royal, lui, n’aura pas bénéficié de la même attention : dès leur entrée dans le pays, les sujets du Roi de France ont gravé leurs fleurs de lys sur ses magnifiques dalles en argent. Nous parcourons les salles de ce musée, à peine aussi grand qu’une aile du Louvre. En plus d’être un oasis de fraîcheur dans l’atmosphère brûlante de la ville, il renferme de véritables trésors extraits des temples à travers le pays pour les protéger des pillards. Des statues pré-angkoriennes nous toisent de leurs regards énigmatiques, alors qu’un peu plus loin, des linteaux de pierre racontent le fracas des batailles antiques, danses frénétiques où les chars affrontent sans merci les éléphants de guerre. De temps à autre, une femme âgée nous propose de lui acheter une fleur de lotus ou quelques bâtonnets d’encens pour les déposer au pied d’une statue de Bouddha ou d’une représentation d’Harihara, déité syncrétique unifiant les figures de Vishnu et de Shiva. Quelques moines en toges safran venus visiter le musée s’arrêtent au passage et saluent avec respect les images sacrées. Pour les voyageurs que nous sommes, la scène est étrange : imagine-t-on des nonnes déposer des bougies aux pieds de la Vierge à L’enfant de Da Vinci ? Ici, les avatars du divin, pour être des œuvres d’art, n’en continuent pas moins d’être vénérées, inscrivant ce musée dans la vie spirituelle et culturelle du pays, au même titre que ses temples. Au détour d’une allée ouverte sur le luxuriant jardin central, la figure de Prajnaparamita, déesse de la parfaite sagesse du Bouddhisme, m’arrête en plein élan. La finesse de ses traits, l’aura de mystère et de beauté qui s’en dégagent m’hypnotisent et me figent. Je me perds dans la contemplation de son visage, transpirant la sérénité. Peut-on tomber amoureux d’un bloc de pierre ? Dehors, de jeunes moines se reposent autour d’un bassin à l’ombre de leurs parapluies orange. Ils discutent tranquillement, indifférents aux cliquetis des photographes en herbe trop contents de pouvoir immortaliser la scène, qui figurera en bonne place dans leur diaporama de vacances.
Pour nous imprégner davantage de la vie de Phnom Penh, nous visitons ses marchés, foisonnant de vie. Le Phsar Thom Thmey, d’abord, grand marché central de l’époque française dont la coupole art déco fait partie des vingt plus grandes au monde. Le marché russe, ensuite, dédales d’allées sombres et surchauffées où un bric à brac invraisemblable remplit l’espace du sol au plafond. On y trouve tout ce qu’il est humainement possible de vendre : depuis les étoffes aux couleurs éclatantes jusqu’aux pièces de viande se balançant à hauteur du visage, en passant par l’électronique chinoise, les pièces de mécanique, les vêtements contrefaits et les répliques d’œuvres d’art. Attaque en règle des cinq sens, qui frise l’overdose sous les assauts répétés de ces stimuli incessants.
Le soir nous rentrons à la guesthouse, fourbus par les kilomètres faits à pied plutôt qu’en tuk-tuk afin de favoriser notre immersion dans la ville et aussi d’économiser quelques dollars précieux. Notre auberge est une sorte d’oasis urbain où les backpackers fatigués et les expatriés gouailleurs se retrouvent à la tombée du jour comme des animaux à un point d’eau. Enfoncé dans un fauteuil, je me livre à une ethnologie sauvage de cette faune hétéroclite entre deux verres de tequila bon marché – n’ayant pas le cœur d’essayer le Mékong Whisky, la production locale. Des individus que tout sépare se côtoient dans cette version cambodgienne de l’auberge espagnole. Ici une voyageuse aux habits colorés lit en silence, indifférente aux borborygmes d’un finlandais éméché venu chercher une énième bière tandis qu’un américain schizophrène s’occupe à faire taire les voix qui résonnent dans sa tête en monologuant dans un coin. Tous, du rabatteur au visage creusé par la métamphétamine jusqu’au jeune touriste hébété semblent trouver leur compte dans cette ambiance de liberté façon beatnik, arrosée d’alcool, de substances indéterminées et d’une quête d’absolu un peu vaine.
Dans la moiteur de la nuit tropicale, les mouvements semblent se diluer dans l’air, les corps ne plus faire qu’un avec le bain dans lequel ils sont immergés. Dans cette atmosphère féconde qui infiltre chacun de mes pores, je griffonne inlassablement sur mon carnet, couchant sur papier les impressions laissées par ce voyage dans l’Ailleurs, les mégots de mes Alain Delon – les acteurs se fument au Cambodge – s’entassant dans un cendrier sur la table basse. Demain est une page vierge qu’il me tarde de remplir.
Ici ou ailleurs ce métier aura toujours un sens, mais qu'il est difficile parfois de concilier savoir faire avec savoir Être...
Alors, partir dans un bout du monde avec entre les mains un talent tout neuf, des gestes qu'il faut encore réfléchir, pour aller vers les autres en sachant qu'au début, la communication sera difficile... c'est une démarche courageuse.
J'attends le début du stage et les premiers pas dans le service avec intérêt... 🙂
joli reçit !
je n'aurais jamais la patience (et la redaction) d'en faire un texte pareil !
j'ai pris un peut le méme choc pour ma premiere fois au cambodge et pourtant j'avais auparavant fait le vietnam (et la thaillande)
quand ont est habitué a notre mode de vie et a surtout tout ce qui nous entoure en terme d'hopitaux, de services, de transport ect évidement le choc est violent.
mais le pays et sa population sont attachants.
bonne continuation 😉
Ça c'est le prélude, on l'a tous vécu. Bien écrit.
J'attend avec impatience la suite, l'expérience dans les hôpitaux et les différences avec notre pays.
Tout d'abord, merci à tous pour vos encouragements !
J'en profite pour répondre à certains :
Kola et Sifodias69: Je ne sais pas si il s'agit d'une démarche courageuse, mais j'avoue avoir eu quand même quelques instants de doute au moment de quitter mon petit cocon pour partir dans l'inconnu ! La communication a en effet été un sacré challenge à relever, parmi tant d'autres...je pense que c'est aussi ce qui fait le sel du voyage et des métiers de l'humain.
Tokara : Le titre de ces carnets s'inspire d'un livre dont je parle un peu plus loin. J'ai souvent l'impression que ces intitulés s'imposent d'eux-mêmes, comme s'ils découlaient naturellement du chemin fait en voyage et portaient en eux un peu de son atmosphère. Une sorte de mini-haïku, en quelque sorte !
J'ai effectué ce stage en février-mars 2013 et j'ai longtemps hésité avant d'en présenter le récit. Par timidité je suppose, et aussi parce qu'il s'agit d'un compte-rendu assez personnel dont j'avais peur qu'il n'intéresse pas grand monde. En tout cas, je suis ravi que ça puisse vous plaire et je vous poste donc la partie suivante, impatient comme toujours de lire vos commentaires.
III Chirurgie tropicale
Notre premier contact avec l’hôpital se fait à travers ce que nous en disent les cambodgiens. Mouroir pour les uns, vitrine du progrès médical que connaît le pays pour les autres, l’endroit ne laisse pas indifférent. Apprenant que nous allons y débuter un stage, un habitué de la guesthouse nous met en garde : ici, la médecine a deux vitesses, selon que la patient a les moyens de sa santé défaillante ou non. Nos recherches nous avaient déjà appris qu’il n’existe pas de sécurité sociale au Cambodge et, bien qu’un ersatz de projet soit parait-il dans les cartons du gouvernement, nos interlocuteurs nous le confirment : il ne fait pas bon être à la fois malade et pauvre au pays du sourire.
En remontant la rue de la mosquée, nous rejoignons le boulevard Monivong, une des grandes artères de la ville. De part et d’autre, les bâtiments caractéristiques de l’époque coloniale française rappellent le passé de cette cité asiatique. Nous dirigeons nos pas vers l’un d’eux, l’hôpital Calmette, baptisé ainsi en hommage au médecin français co-inventeur du vaccin contre la tuberculose. A l’entrée, une pancarte très kitsch montre des infirmières khmères faisant le salut traditionnel en souriant, mains jointes devant la poitrine. Un peu plus loin, des panneaux indiquent les noms des services de soins en français et en khmer. Si la génération qui avait appris la langue de Molière sur les bancs de l’école a maintenant quasiment disparue, le français reste présent, notamment dans le monde médical. Les étudiants en médecine l’apprennent durant leurs études car la plupart des documents médicaux qu’ils seront amenés à rédiger devront l’être dans cette langue. Une chance pour Camille et moi car le khmer, dérivé du sanskrit, ne nous rend pas la tâche facile pour communiquer.
En parcourant du regard les bâtiments aux allures d’hôpital de province, j’essaie d’imaginer les lieux il y a soixante ans. Mis à part l’immense cube de verre noir signalant l’entrée des urgences, les lieux n’ont pas dû changer beaucoup depuis que mon grand-père les a connus. Capitaine dans le Génie de l’armée française, il fit connaissance avec Phnom Penh dans des circonstances plutôt pénibles durant la guerre d’Indochine. Empoisonné par un cuisinier infiltré par le Viêt Minh, il fut évacué sur Calmette, qui était alors un des plus grands centres de soins du territoire colonial. Après plusieurs semaines de traitement et un voyage retour éprouvant en bateau, il retrouva les siens, ramenant avec lui un corps affaibli et un esprit envahi de souvenirs terribles comme seules savent en produire les guerres. A la maison, son aura et ses citations pour bravoure faisaient la fierté de ma grand-mère mais nuls ne parlaient d’un conflit qui, comme celui d’Algérie, semble ne pas vouloir se transcrire par des mots.
Dès nos premiers jours en Chirurgie Générale, nous sommes les témoins impuissants du sort réservé aux plus pauvres. A l’hôpital, il existe deux types de services : les unités dites «A », procurant des soins standards et payants et les services de médecine ou de chirurgie « B », destinés aux indigents. Les conditions de vie y sont radicalement différentes. Dans les services B, les patients et leurs familles hantent de grands dortoirs dans lesquels hygiène, intimité et asepsie sont restées des notions assez floues. Un coup d’œil dans ces salles où chaque mètre carré, chaque box raconte une tragédie individuelle suffit à prendre la mesure de ce fossé entre riches et pauvres, dont les effets se font sentir avec violence dans tous les domaines de la société. En France, les chambres seules et doubles sont la norme, avec exceptionnellement l’ajout d’un troisième lit, dit « de crise ». Ici, nous nous apercevons bien vite qu’il y a souvent quatre, six voire huit grabats dans la même pièce, sans distinction d’âge, de sexe ou de statut infectieux. Les chambres seules, désignées avec la mention « VIP » étant quant à elle réservées aux plus riches et aux plus influents, ce qui va souvent de paire. La question du coût des soins est omniprésente. Chaque geste, de la prise de sang à l’examen radiographique est côté sur une grille tarifaire et donne lieu à une facture dont le patient, par l’intermédiaire de sa famille, doit s’acquitter au plus vite. Dans ce jeu de l’oie sinistre où les cases figurent le parcours de soin, le règlement de la facture est la condition sine qua non pour pouvoir progresser. Sur le chariot de l’infirmière, des échantillons de sang coagulent doucement sur un présentoir, attendant d’être envoyé au laboratoire dès que le prix de l’analyse aura été payé.
L’hôpital foisonne de monde. Rien d’étonnant quand on sait qu’autour de chaque patient gravite en permanence un ou plusieurs proches, s’occupant à tour de rôle de veiller sur le malade. Il n’existe pas d’aides-soignants au Cambodge, un patient sans famille est donc souvent un patient non changé, non lavé et non nourri, puisque l’hôpital ne fournit pas non plus de repas. Dans ce contexte, la famille joue un rôle essentiel d’accompagnement au quotidien et est souvent très présente lors des soins, ce dont il nous faut également tenir compte. Ces pratiques bouleversent nos habitudes d’étudiants infirmiers français. Chez nous, les visites étant interdites le matin, il nous était facile de réaliser les soins dans un environnement calme et dégagé. Ici, les mères, les enfants, les grands-parents et les cousins sont en permanence au chevet de celui qui souffre, et pas question de faire sortir tout ce petit monde quand un pansement doit être refait. Pour tromper leur ennui, tous se rassemblent autour de l’infirmière quand celles-ci déballe les compresses, sans que cette promiscuité ne paraisse gêner le soigné – qui n’a du reste aucun moyen de s’en prémunir.
Malgré la peur et la douleur qui collent aux murs décrépis de cet établissement, je ne parviens pas à le considérer comme un mouroir. Es-ce la lumière du soleil de février, qui brille sans défaillir au-dessus des tuiles et des immenses palmiers? Ou bien est-ce dû à cette ambiance si particulière, faite d’agitation, de torpeur et d’attente, qui donne un charme étrange à ce centre de soins ? L’hôpital est de toute évidence un lieu de grande souffrance où la mort a ses entrées mais ici c’est également un espace qui regorge de vie : on y circule, on y mange, on y parle, on y patiente ensemble. Les malades sont souvent très entourés par leur famille, qui pallie les manques de l’institution en souriant sans compter, en tenant les mains avides d’une présence amie, assurant les massages, les soins d’hygiène et les techniques de médecine traditionnelle en faisant preuve d’une abnégation qui force le respect. Certaines images s’inscrivent pour toujours dans nos rétines, comme lorsque ce gamin se laisse pétrir la main sans broncher par sa mère, grimaçante de douleur alors qu’un infirmier charcute la plaie néoplasique infectée qui lui dévore la cuisse.
Notre intégration est laborieuse. Si les médecins parlent notre langue couramment, l’équipe paramédicale, elle, peine parfois à utiliser un anglais basique. Les transmissions en khmer, bien qu’émaillées de termes techniques empruntés au français, restent souvent hermétiques à nos oreilles. Parfois le découragement nous guette quand, malgré nos efforts, nous ne parvenons pas à nous faire comprendre, comme avec cette vieille infirmière revêche – une espèce manifestement répandue sur toute la planète – qui ne tentera à aucun moment de nous aider dans nos tentatives laborieuses pour entamer un échange. Nous travaillons dur pour dissiper les malentendus et éviter d’être pris pour de jeunes occidentaux blasés qui auraient acheté leur stage pour le frisson de l’exotisme. Heureusement, la communication n’est pas qu’une affaire de langage et nous parvenons tout de même à entrer en relation avec les patients et le staff qui nous encadre. La plupart nous encouragent de leurs sourires quand nous baragouinons maladroitement un mélange de khmer, d’anglais et de français en accompagnant le tout d’une gestuelle alambiquée. Nos esprits, tendus vers tout signe potentiellement chargé de sens, accèdent à une communication parallèle, en périphérie du discours. Tant de choses se transmettent dans un regard, un geste, un signe de tête ou par le sourire qui vient illuminer un regard fatigué...
Petit à petit, nous tissons des liens avec les étudiants qui, comme nous, sont venus effectuer leur stage en chirurgie. Les échanges avec cette nouvelle génération, souvent anglophone, sont l’opportunité d’obtenir des réponses aux nombreuses interrogations qui nous assaillent. Nous discutons beaucoup avec Vannarith, un élève infirmier en deuxième année qui devient pour nous un nouveau Virgile, guide précieux dans notre descente dans les cercles du système de santé cambodgien. Patiemment, il nous aide à comprendre ce que nous voyons et nous apprécions cette présence amie lors de ces premières semaines à l’hôpital. Curieux de notre mode de vie, ses premières questions concernent le coût de nos études. Il ouvre de grands yeux quand nous lui annonçons qu’elle ne nous coûte que quelques centaines d’euros, montant encore réduits par les bourses que nous touchons parfois. Nous mesurons notre chance quand il nous annonce débourser neuf cents dollars par an pour son école : une fortune au Cambodge, où le salaire moyen avoisine les soixante dix dollars par mois.
Notre quotidien est rythmé par les soins effectués auprès des 8 patients dont la prise en charge nous est dévolue. A chaque fois que nous entrons dans la pièce, les malades ouvrent de grands yeux écarquillés, tout étonnés de voir à leurs chevets deux petits blancs aux tenues bardées de phrases en français. On se passe le mot, on se retourne, on rit sous cape, on s’interroge : c’est l’effervescence dans l’unité de Chirurgie A Bis !
Les actes infirmiers sont les mêmes qu’en France, bien que les conditions d’asepsie soient très variables. Les connaisseurs apprécieront les détails, comme le remplissage des ballonnets de sonde vésicale à l’eau du réseau – non potable-, ou les tournées de soins de bouche avec une seule et même pince, sans réelle désinfection du matériel entre chaque patient... Nos journées sont émaillées de scènes de chirurgie tropicale invraisemblables pour les étudiants français que nous sommes. Un après-midi, alors que nous discutons calmement en salle de pause, un homme vient nous chercher pour nous demander de nous rendre au chevet de son ami. Le pauvre bougre a la jambe fracturée et stabilisée par un fixateur externe. En temps normal, ce genre de système implique une asepsie rigoureuse et une surveillance rapprochée, le risque étant l’apparition d’une infection liée à des germes profitant de cette ouverture cutanée providentielle. La leçon du jour c’est qu’au Cambodge, il faut aussi prévenir l’apparition des fourmis ! Celles-ci, attirées par le festin, ont en effet trouvé le moyen d’entrer par la fenêtre ouverte et de parcourir cinq mètres en file indienne jusqu’à la jambe du malheureux. Pendant que l’infirmière essaie de noyer ces centaines d’insectes avec du sérum physiologique, le patient en question tente vainement de les chasser en soufflant dessus, le corps raidi à la vue de cette invasion peu commune. N’y croyant pas mes yeux, je me mords la lèvre pour ne pas éclater de rire devant cette scène improbable ! Chaque jour apporte son lot de surprises, dans les soins comme dans l’organisation du service, si différente de ce que nous avons pu connaître en France.
Soucieux d’accomplir notre travail du mieux possible, nous tentons tant bien que mal d’utiliser les ressources à notre disposition pour réaliser les pansements, injections et autres activités en suivant les recommandations françaises, suscitant la curiosité et l’intérêt des étudiants, des infirmières et des médecins qui nous observent. Nous prenons garde à ne pas inverser les rôles : nous sommes venus ici pour apprendre, pas pour importer des techniques qu’il serait de toute façon difficile de mettre en place avec les ressources matérielles disponibles. A mesure que les journées passent, nous détectons un subtil changement d’attitude dans l’équipe. D’abord prudents, les infirmiers et infirmières nous confient davantage d’activités à réaliser et semblent plus détendus. Lors des pauses, ils nous offrent des fruits où nous font goûter à des friandises khmères, éclatant de rire quand nous croquons du bout des lèvres dans ces offrandes au goût imprévisible.
Quand le soleil se couche sur les jardins de l’hôpital, les proches des patients dressent les hamacs et les moustiquaires entre les palmiers, se préparant à une nouvelle nuit sans rêves. Environnés par le chant des insectes et les fragrances évanescentes des bâtons d’encens offerts à Bouddha, ils vont déposer une offrande sur l’autel installé en face des urgences en murmurant une prière pour qu’un être cher survive à la nuit qui s’annonce. Nous quittons l’enceinte de Calmette, retrouvant la frénésie de la circulation sur Monivong, et parcourons les rues bardées d’échoppes du quartier musulman avant de rentrer à la guesthouse.
Voilà un peu plus de quinze jours que nous y sommes arrivés et déjà, j’ai l’impression de vivre à Phnom Penh depuis des mois. La chaleur, de plus en plus étouffante à mesure que la saison sèche s’avance, transforme les trottoirs en plaques de cuisson. Quand le soleil jette enfin l’éponge après une journée à courir le ciel, les odeurs capiteuses de fruits mûrs nous enveloppent, comme le parfum troublant porté par une femme lascive. Dans l’atmosphère moite de cette ville où les corps s’entrechoquent, j’ai la sensation de n’être qu’un vibrion anodin, flottant comme des milliers, des millions d’autres dans une mare débordante de vie. La France et les préoccupations que j’y ai laissées me semblent appartenir à une vie antérieure. Mon univers ? Le présent. Mon royaume ? Quelques kilomètres de rues défoncées où chaque angle laisse présager d’étonnantes découvertes.
Accoudé à une table crasseuse sur une terrasse envahie par les moustiques, je fais mollement don de mon sang à cette myriade de vampires tout en laissant mes idées infuser dans une énième tequila consolatrice. A mesure que les heures s’égrènent comme un chapelet et que les verres vides s’accumulent sur le comptoir, le bilan des premiers temps de notre aventure cambodgienne m’apparaît plutôt positif. Malgré nos difficultés, nous sommes parvenus à nouer des liens avec ces hommes et ces femmes qui nous ont accueillis et qui, à leur manière, nous ont pris sous leur aile. Le peuple cambodgien, je le comprends à présent, ne se livre pas facilement. En apprenant à nous connaître, certains infirmiers se laissent aller à prononcer quelques phrases en français et nous comprenons qu’ils simulaient en réalité de ne pas parler notre langue afin d’éviter de se sentir humilié par leur maladresse. Une manifestation typique de pudeur khmère ! A présent, l’atmosphère est plus détendue et notre présence, tolérée au début, semble maintenant acceptée par la plupart. Bien que nous restions un peu sur notre faim en ce qui concerne l’apprentissage de soins techniques, nous emmagasinons énormément sur le terrain des relations humaines et ce soir, confusément, cela me semble justifier d’avoir tenté l’aventure.
Dans la nuit, le ronflement éloigné des moteurs de tuks-tuks berce nos échanges avec les voyageurs de passage. Je rencontre ainsi une jeune autrichienne fraîchement arrivée à Phnom Penh. Son bac en poche, elle a décidé de partir seule arpenter l’Asie du Sud-Est pendant trois mois, de la Birmanie au Cambodge. Sa simplicité, la flamme qui l’anime quand elle évoque son voyage ravivent en moi un besoin irrépressible de reprendre la route, alors que des images de temples en ruines perdues dans la forêt tropicale envahissent mon esprit. La conversation se prolonge dans la nuit, tandis qu’autour de nous la terrasse se vide et que les couche-tard rapprochent leurs sièges en parlant à mi-voix. C’est l’heure où chacun vide sa besace et en exhibe des anecdotes rocambolesques, des projets en chantiers et partage avec l’autre sa vision du monde. Je me laisse happer par ces heures suspendues entre rêve et réalité, buvant les paroles de cette baroudeuse aux cheveux blonds comme les blés et à l’accent allemand à couper au couteau.
Angkor et ses cités mythiques m’attirent comme un aimant et, pareille à quelque fée à l’aura magnétique, cette aventurière me rappelle combien le mouvement est nécessaire, vital, essentiel. Les jambes flageolantes sous le double effet de la fatigue et d’un tord-boyaux au prix ridicule, je vais réserver au gérant de la guesthouse deux places dans le prochain bus pour Siem Reap, la ville aux portes des temples. En compagnie de ma mystérieuse interlocutrice, je lève mon verre aux aventuriers, aux poètes vagabonds, aux amoureux de la route, à ces explorateurs qu’une quête d’ailleurs travaille au corps pour les mener vers de nouvelles conquêtes. Alors que se lève une lune laiteuse dans un ciel d’encre de chine, nous trinquons aux voyages et à ceux qui les font.
Ici comme ailleurs, ainsi va la vie, douce et cruelle remplie de ces petits riens paisibles, cocasses ou tragiques.
J'aime ton regard sensible, lucide, curieux mais très respectueux, qui capte bien les visages, les voix, les anecdotes... et cette jolie manière vivante, émouvante, de trouver les mots justes pour raconter.
Qu'est-ce que c'est bien écrit ! 🙂 Je lis ton récit comme un "vrai" livre...
Expérience intéressante, mêlée de tous les parfums du Cambodge...
On suit tes pas comme si on y était, tes ressentis, ton cheminement intérieur, ton attirance pour ce pays et tes sources d'inspiration. C'est exactement ça !
(Quant à l'hôpital Calmette... tu oublies de préciser que ce n'est pas n'importe quel hôpital. J'avais vu un superbe reportage sur "la chaîne de l'espoir" et le professeur Deloche...)
Tu arrives à nous faire voyager, avec un sujet pas évident, abordé tout en délicatesse.
(Je comprends ton hésitation et ta peur d'être ennuyeux, mais quand on a de telles facilités d'écriture...)
J'attends la suite sur Siem Reap, évidemment !
Un grand merci pour ces retours !
Il est vrai que je ne me suis pas étendu sur les programmes de Calmette, qui entretient des partenariats avec plusieurs CHU français ainsi que des associations et ONG d'envergure (Chaîne de l'Espoir, Douleur Sans Frontière...). Peut-être aura-t-on l'occasion d'y revenir.
Encouragés par vos messages, je vous livre donc le chapitre suivant. L'histoire s'éloigne momentanément de PP et de ses estropiés mais patience ! le stage n'est pas encore fini...
IV La forêt des visages de pierre
Quitter Phnom Penh par la route est comme retirer une écharde d’un doigt douloureux. La ville semble ne jamais céder de terrain, ne pas en finir d’agoniser en d’infinies banlieues de tôles où des camions d’un autre âge viennent accoucher de leurs cargaisons gargantuesques. Finalement, les habitations se raréfient comme à regret pour laisser le champ libre à une campagne exsangue, vidée de ses forces par la saison sèche. Les silhouettes tranchantes des palmiers se découpent comme des ombres chinoises, explosant en d’étranges feux d’artifices végétaux dans ce ciel transformé en lavis par un soleil moribond. Dans le car qui cahote entre les nids de poule, des téléviseurs fatigués vomissent des clips musicaux que les passagers ne regardent que d’un œil. Des histoires de lycéens en uniformes qui se font la cour sur fond de pop asiatique. De temps à autres, nous faisons escale dans un troquet de bord de route, petit ilot de lumière blafarde dans la nuit cambodgienne où quelques paysannes aux yeux cernés vendent sans conviction des insectes frits et des plats de nouilles. Au terme d’un voyage de six heures, nous touchons finalement au but. En débarquant, je suis presque étonné de ne pas voir le petit village de pêcheur que décrivait Pierre Loti en 1901. En lieu et place de cette vision fugitive, Siem Reap étale ses rues modernes où les touristes déambulent de bars branchés en salons de massage comme des papillons de nuit hagards.
Dès le lendemain, j’enfourche un vélo plus vieux que moi et pédale à toutes jambes vers les temples d’Angkor en soulevant la poussière rouge des chemins de latérite. Excité comme un gosse un jour de Noël, je me perds dans les labyrinthes de pierre, errant d’un édifice à un autre sans savoir où donner de la tête. Sous le règne des dieux-rois, chaque souverain se devait de faire construire un palais qui devenait la nouvelle capitale de son royaume et le symbole de ses pouvoirs temporel et spirituel. Des édifices pré-angkoriens dédiés aux divinités de l’hindouisme jusqu’aux temples du XIII° siècle voués à Bouddha, ce sont des siècles de vie religieuse qui m’écrasent de leur majesté. Angkor Thom et son Bayon énigmatique, le Banteay Kdei et ses nymphes célestes, le Baphuon et ses faux airs de pyramide maya, le choc des armées sur les murs gravés d’Angkor Vat... la démesure et l’aura de ces édifices me frappent comme un coup de poing.
Malgré le ronronnement des tuk-tuks, les touristes chinois, les vendeurs de souvenirs et les guides exubérants, l’atmosphère a quelque chose de surnaturel, comme si ces temples mystérieux avaient leur vie propre et parlaient directement à l’âme de ceux qui tendent l’oreille. En fin d’après-midi, alors que le soleil amorce sa descente au-dessus de la jungle, les temples baignent dans une lumière de genèse, restituant au toucher la chaleur accumulée dans leurs blocs de pierre. Les apsaras, figées dans leurs danses muettes, sourient au visiteur égaré d’un air légèrement inquiétant tandis que les visages des bas-reliefs se font tour à tour apaisants et menaçant, sereins et terribles, à mesure que la Terre sombre doucement dans l’obscurité.
« Tout de même, avant de m’éloigner, je lève la tête vers ces tours qui me surplombent, noyées de verdure, et je frémis tout à coup d’une peur inconnue en apercevant un grand sourire figé qui tombe d’en haut sur moi, … et puis un autre sourire encore, là-bas sur un autre pan de muraille, … et puis trois, et puis cinq, et puis dix il y en a partout, et j’étais surveillé de toutes parts… Les « tours à quatre visages ! » ».
Voilà ce qu’écrivait Loti après avoir vu surgir le Bayon de la jungle indochinoise lors de son voyage à Angkor. Comme lui, je suis saisi d’un mélange d’effroi et d’émerveillement devant ces immenses figures de pierre qui veillent jalousement sur les quatre points cardinaux. Construit par Jayavarman VII, premier roi bouddhiste d’Angkor et bâtisseur infatigable, le Bayon signe l’apogée de l’art khmer. Le mystère plane toujours sur l’identité précise de ces personnages. Représentent-ils Lokeshvara, bodhisattva de la compassion ? Jayavarman VII, empereur et demi-dieu ? La divinité tutélaire de l’hindouisme, Brahma ? Ou bien encore les quatre vertus du Bouddha : sympathie, pitié, constance et égalité ? Peut-être tout cela à la fois ? Quelle que soit leur modèle, ces figures de grès promènent leurs regards énigmatiques sur les insectes que nous sommes, comme pour nous surveiller de près pendant que nous troublons la sérénité des lieux. Dans ce labyrinthe faits de couloirs à demi-effondrés, de salles obscures et de grandes terrasses surplombant la forêt environnante, je me perds à plusieurs reprises, jamais certain d’en ressortir par l’une des quatre portes que je m’étais juré d’atteindre. En quittant les lieux, à l’heure où les singes descendent des arbres par centaines, j’ai le sentiment d’y laisser une partie de moi-même.
Je passe le jour suivant à sillonner la plaine angkorienne, passant d’un Ta Prohm en ruines envahi par la jungle à la citadelle mythique d’Angkor Vat, dont les tours ornent le drapeau national. Sur les 400 kilomètres carrés de la plaine d’Angkor, la forêt de pierre et celle des végétaux se livrent un combat sans merci. Bien souvent, cette lutte inégale voit la nature triompher, ses soldats de feuilles et de bois envahissant peu à peu les constructions. Les oiseaux sont le soutien aéroporté de cette guerre silencieuse : ce sont leurs déjections qui déposent les graines sur les façades des temples. Les murs de grès et les fromagers aux racines tentaculaires s’unissent alors dans une étreinte fratricide et lient leurs destins : si l’arbre meure, les pierres s’écroulent… Dans ces cités endormies où le temps semble avoir suspendu son cours, la vie est partout. Des plantes aux enfants des ruines, un élan vital contrebalance l’inertie des constructions humaines. Au milieu des temples, des moines marchent, petites tâches safran dans les éboulis de pierre, alors que dans les antichambres obscures de ces lieux de culte, de vieilles femmes édentées vendent aux visiteurs des bâtonnets d’encens pour qu’ils les déposent aux pieds de Bouddha et des Bodhisattvas.
Insatiable comme un explorateur du XIX° siècle, je décide de partir visiter un temple éloigné avec Camille. Arrachant les kilomètres sur nos montures brinquebalantes, nous pédalons dans le cagnard, croisant les doigts pour que notre destination ait échappée aux tour-opérateurs sino-coréens. Au fil de la route, nous contemplons la campagne cambodgienne dans tout son dénuement. Des palmiers gigantesques s’élèvent dans les champs, comme pour fuir ces terres rendue stériles par un soleil vengeur. Entre les maisons de bois sur pilotis, quelques vaches dont on peut compter les côtes déambulent autour des marigots asséchés. La plaine cuit doucement à la chaleur de midi, comme sortie tout droit d’un panorama africain. Tout au long de la route, des enfants déguenillés nous crient des « hello » en agitant les mains, délaissant pour quelques instants un chien galeux ou une balle rapiécée pour se montrer du doigt ces deux blancs un peu fous qui préfèrent la poussière et l’effort aux sièges inclinables des cars à touristes climatisés.
Après avoir versé quelques litres de sueur en tribut au dieu de l’aventure, nous parvenons enfin au Banteay Srei, la « citadelle des femmes ». D’après la légende, ce temple aurait gagné son nom moderne en raison de l’incroyable qualité de ses sculptures et bas-reliefs, dont on imaginait qu’ils n’avaient pu être réalisés que par des demoiselles aux mains délicates. En parcourant les allées du temple, on ne peut que souscrire à l’émerveillement des premiers occidentaux à avoir contemplé ces façades de grès rose où chaque centimètre carré est travaillé avec un soin exquis. Les feuilles des arbres sur les bas-reliefs sont ciselées avec une précision qui dépasse l’entendement et l’on peut compter les dents des guerriers singes qui se livrent une bataille féroce sur les frontons de pierre.
C’est ici que Malraux était venu en 1923, alors âgé de seulement vingt-deux ans, soit notre âge aujourd’hui. Armé d’un marteau et d’un burin, le futur ministre de la culture décrocha quelques apsaras pour les charger dans son char à bœufs, avant de faire demi-tour en rêvant à la somme rondelette que les statues promettaient de lui rapporter sur le marché noir des antiquités. Malheureusement pour lui, son convoi manquait de discrétion et il fut arrêté dès son retour à Siem Reap. Accusé de trafic d’objets d’arts volés, il plaida le res nullius, expliquant que ces biens n’étant la propriété de personne en particulier, il en découlait naturellement qu’ils appartenaient à tout le monde. L’argument ne parut pas satisfaire les autorités, qui placèrent l’écrivain en résidence surveillée à Phnom Penh. Seuls les cris d’orfraies de l’intelligentsia française parvinrent à l’extirper de sa détention et, de retour en France, il publia La Voie Royale, magnifique roman d’aventure inspiré de ses péripéties de pilleur de temples indochinois.
Nous repartons, encore sous le charme de ce monument hors du commun et pédalons dans un état second sur une quinzaine de kilomètres. Tout à coup, alors que Camille dépasse une cambodgienne sur son vélo, ses roues dérapent sur un morceau de bitume un peu traître. Elle vacille, semble se rétablir un instant et s’écroule finalement dans un grand fracas métallique, entrainant la grand-mère dans sa chute. Une fois le nuage de poussière retombé, je me précipite au chevet de la vieille dame, qui geint en se tenant la jambe. Camille, indemne si ce n’est pour quelques dermabrasions, est sous le choc. Faisant appel au peu de vocabulaire médical appris sur le tas en chirurgie, je commence un interrogatoire afin d’essayer d’y voir plus clair. Quelques cambodgiens du hameau voisin commencent à arriver sur les lieux au compte-goutte et j’en profite pour engager comme interprète une fille qui baragouine un peu d’anglais. Apparemment, notre victime se plaint surtout du mollet. Une palpation sommaire m’apprend qu’elle n’a pas de fracture déplacée, mais je n’écarte pas l’hypothèse de dégâts moins évidents, dont le diagnostic dépasse de loin mes compétences. En tâchant d’avoir l’air assuré, je décide de la relever avec l’aide d’un chauffeur de tuk-tuk qui s’est arrêté pour jeter un coup d’œil. Elle marche ! Elle boite, certes, mais elle marche ! Elle me regarde comme si j’étais un petit-fils qui l’avait beaucoup déçu. En espérant que la douleur ne soit liée qu’à un bel hématome, je m’arrange pour qu’elle soit amenée à l’hôpital le plus proche. Si il s’avère qu’elle n’a rien de cassé, elle pourra au moins repartir avec une plaquette d’antalgiques. Le tuk-tuk accepte de la conduire gratuitement mais l’on me fait comprendre qu’il faut payer pour les soins. Nous sommes à présents au milieu d’un groupe d’une dizaine de personnes qui entendent bien que la grand-mère obtienne réparation et nous n’avons de toute façon pas le cœur à en négocier le montant. Après lui avoir donné cinquante dollars, Camille s’excuse platement et nous reprenons notre ruban d’asphalte, un peu chamboulés par cette expérience très personnelle des aléas de la route cambodgienne.
Au terme d’une volée de kilomètres parcourus en silence, nous faisons halte devant la silhouette monumentale du Pre Rup, un temple-montagne du X° siècle dont les murs de grès rougeoient dans la lumière rasante du soir. Impressionnés, nous gravissons les marches menant au sommet pour y arriver le souffle court, autant par l’effort fourni que devant le panorama offert. Nous errons sur la terrasse, profitant d’une vue dégagée sur la plaine et la forêt qui la parsème. Quelque part, un guide cambodgien joue d’un instrument traditionnel. Le temps ralentit, abdique devant la magie de l’instant. Encore sous le choc de l’accident, nous profitons de cette atmosphère irréelle qui nous vide la tête. Rasséréné, je m’assois sur la pierre encore chaude, simplement heureux à l’idée d’habiter ce moment et d’en graver tous les détails dans ma mémoire.
Petit à petit la mélancolie me gagne à l’idée de retourner à Phnom Penh. Rendu fou par le sentiment exaltant d’une liberté à portée de guidon, j’aimerai tourner bride et foncer tête baissée vers le Laos ou bien plein Ouest, en direction des pagodes birmanes. Malheureusement, la raison de notre présence au Cambodge nous rattrape et c’est le cœur gros que nous rendons nos montures avant de reprendre la route. Dans le bus qui nous ramène, je me fais la promesse de revenir un jour donner quelques coups de pédales dans cette Asie mythique, où les palais ont des visages et parlent aux Hommes à la tombée du jour.
Si un jour tu abandonnes le métier d'infirmier, deviens écrivain....c'est tellement agréable de te lire.
Et pour moi qui suis allée 3 fois au Cambodge, je retrouve bcp d'impressions connues.
Et c'est très instructif de voir comment est la vie dans les hopitaux, ça , on ne peux pas s'en rendre compte en tant que voyageurs.
c'est sur que c'est bien écrit ça laisse songeur ..........
pour les hopitaux en octobre dernier lors de mon deuxiéme séjours au cambodge j'ai apporté une malette rempli de différent médicaments(desinfectant, lotion antiseptique, bandes, anti-douleur, pommade, tule gras ect) et j'ai déposé tout cela a l'hopital pour enfant a siem reap ils etaient trés content.
je le dit pour ceux qui seraient intéréssé a faire un geste mais qui défois manque d'information.
Au risque de me répéter, je vous remercie tous à nouveau pour ces commentaires très élogieux, qui m'encouragent énormément. Mes pattes de mouche sont loin d'arriver à la cheville des écrivains-voyageurs dont les récits m'inspirent mais je n'en cesse pas moins de griffonner dans mes carnets : j'apprécie beaucoup ces instants, où l'on se repasse le film de sa journée et qu'on essaie de le mettre en mots.
C'est la première fois que je me risque à faire lire tout ça à des gens qui ne me connaissent pas mais je ne pouvais pas rêver mieux que de le faire avec des personnes qui ont été charmées par ce pays si particulier, comme je l'ai été.
Pour ce qui est du métier d'infirmier, il est pour moi une source inépuisable d'inspiration, même en France. Du coup, je ne m'imagine pas le lâcher de si tôt et espère bien vivre grâce à lui de nouvelles aventures dans ces Ailleurs qui nous dépaysent...
Je poursuis donc sur ma lancée. N'hésitez pas à réagir en faisant part de votre propre expérience du Cambodge : il est fascinant de voir comme les ressentis varient d'un voyageur à l'autre !
V Construire sur la cendre
Retour à Phnom Penh. Nos pensées déjà tournées vers les Urgences, nous reprenons le chemin du service de « Chirurgie A bis » pour y terminer la première partie de notre stage. Nous retrouvons nos patients du troisième étage. Huit personnes se partagent ici une pièce d’une vingtaine de mètres carrés, dont les murs sont ornés d’une fresque représentant les trois petits cochons et une blanche-neige tombant en pâmoison dans les bras de son prince charmant. Décalage. Probablement l’œuvre d’un peintre zélé du temps où l’hôpital était français et le bâtiment dédié à la pédiatrie. Entre ces murs, les malades et leurs familles ont apprit à vivre ensemble, supportant bon gré mal gré cette promiscuité forcée, prenant sur eux pour passer outre le défaut total d’intimité. Les pathologies sont variées : depuis la luxation de hanche réduite par traction – « l’école française », nous explique fièrement le chirurgien- jusqu’au polytraumatisé, en passant par l’appendicite ayant dégénéré en péritonite et l’abcès fessier bilatéral. Nous sommes à présent adoptés par les patients et leurs familles. Tout en s’amusant gentiment de la médiocrité de notre khmer, ils nous en apprennent beaucoup sans le savoir sur leur façon de vivre et d’appréhender le monde du soin. Une fois de plus, je suis sidéré par leur attitude stoïque face à la souffrance et à la maladie. Mélange de fierté et de résignation, leur désir de ne pas craquer à la vue de tous est palpable. Bien entendu, certains se tordent de douleur et gémissent – on les comprend étant donné leurs pathologies – mais la plupart développent des trésors de courage et ne laissent pas échapper une plainte. Serrer les dents et attendre que ça passe, voilà leur programme quotidien. Certains trouvent même la force de nous témoigner de la sympathie et chacun de nos sourires nous sont rendus au centuple. Ils nous sidèrent par le calme et la gentillesse dont ils font preuve en dépit de la douleur et du désespoir. L’une de ces gueules cassées, un garçon d’à peu près mon âge, me marque plus particulièrement. Je lis son dossier et parcoure ses radios. J’apprends qu’il a été blessé dans un accident alors qu’il travaillait sur un chantier. Aujourd’hui, une de ses mains nécrose sous les compresses tandis que son pied droit laisse voir sur les clichés des os réduits en charpie, maintenu par un mikado de broches qui lui sortent des orteils. Pourtant, il ne laisse rien paraître de sa tristesse et s’efforce de boiter dignement avec sa béquille, nous faisant de grands sourires quand ils nous croisent dans les couloirs. Ces instants poignants sont des leçons dont nous nous rappellerons longtemps.
Nous quittons finalement le service, reconnaissant pour tout ce que nous y avons appris et impatients de poursuivre l’aventure. Notre initiative de régaler toute l’équipe de pâtisseries khmères semble faire l’unanimité dans la salle de soins pleine à craquer d’infirmières, d’étudiants, d’internes et de chirurgiens. Ces derniers, bien plus accessibles que leurs homologues français, nous racontent avec enthousiasme et fierté la belle époque de leur internat à Pau ou à Paris, déplorant seulement le climat rigoureux des hivers de nos régions.
Maintenant familier de Phnom Penh, je parcoure avec Camille les boulevards et ruelles du centre, errant à vélo autour des marchés, explorant au petit bonheur les boutiques tenues par de vieilles dames khmères dures en affaires. Heureusement, notre connaissance de la langue du pays s’est étoffée et, après quelques mots, les visages se dérident et nous cessons d’être pris pour des barangs fraîchement débarqués à qui l’ont peut vendre un objet cinq fois son prix. Nous profitons d’un jour de repos pour aller visiter Tuol Sleng, lieu d’horreur durant le régime khmer rouge qui fut reconverti par la suite en Musée du Génocide.
En 1975, des révolutionnaires renversent le pouvoir établi par le général putschiste Lon Nol, qui avait lui-même déposé le roi Sihanouk. Phnom Penh tombe dans les mains des khmers rouges et le Cambodge, dans la période la plus sombre de son histoire. L’Angkar, le régime nouvellement installé, vante les mérites d’un grand bond en avant communiste et met en place par la force des mesures destinées à assurer l’autosuffisance alimentaire du pays. Les citadins sont considérés comme inférieurs aux agriculteurs des campagnes et sont bientôt évacués vers les provinces rurales, parfois à plusieurs centaines de kilomètres de chez eux. Les deux millions d’habitants de Phnom Penh sont en grande partie évacués de la ville, transformée en cité fantôme. Les révolutionnaires abattent les vieillards dans leurs lits à coups de crosse pour économiser les balles. Les intellectuels font l’objet d’une persécution particulièrement violente et se voient attribuer les tâches les plus pénibles et les rations les plus maigres, quand ils ne sont pas tout simplement exécutés. Pour être classé dans cette catégorie, il suffisait bien souvent de porter des lunettes ou d’avoir sur soi un stylo.
Les dirigeants khmers rouges vivent dans l’angoisse permanente qu’on en veuille à leur révolution. Dans leur paranoïa délirante, ils voient des complots et des agents de la CIA partout et se font fort d’éradiquer la prétendue menace. Dès qu’un individu est soupçonné d’être un espion à la solde de l’impérialisme américain, il est emprisonné avec toute sa famille et torturé jusqu’à ce qu’il avoue ses fautes, sans savoir ce qui lui est reproché ni ce qu’il adviendra de ses proches. Le même sort est réservé aux cadres du régime dont la fidélité est remise en question, souvent pour un oui ou pour un non. Des centres de détention spécialement dédiés à la détention de ces prisonniers sont créés dans tout le pays et administrés par la police politique. Le camp de Sécurité 21, ou Tuol Sleng, est l’un des plus secrets et des plus barbares. Des familles entières sont transportées jusqu’à cet ancien lycée français au cœur de Phnom Penh, où les classes sont reconverties en cellules et en salles d’interrogatoire – comprendre, de torture. L’imagination des tortionnaires de Tuol Sleng laisse sans voix : arrachage des ongles, passage à tabac, coups de fouet et de bâton, chocs électriques, asphyxie, etc.… Après avoir avoué à peu près tout et n’importe quoi, les détenus étaient transportés à Choeung Ek, le site d’extermination où les survivants étaient tués d’une balle dans la tête ou abattus d’un coup de masse. Les enfants et les bébés recevaient le même traitement. Sur les milliers de prisonniers ayant transité par Tuol Sleng, aucun n’a pu s’échapper et seuls sept survivants furent retrouvés dans la prison à la libération de la ville en 1979.
En parcourant le Musée, on imagine l’horreur vécue par les détenus entre ses murs, et l’on prend la mesure du traumatisme que représente la période khmère rouge pour les habitants du pays. De grandes salles présentent les clichés pris à l’arrivée des prisonniers : certains sourient encore, ne sachant pas encore ce qui va leur arriver. Plus loin, on peut lire les biographies des leaders du régime ainsi que certains de leurs écrits, dans lesquels l’aveuglement, la haine et la cruauté transparaissent à toutes les lignes et donnent la nausée. En consultant ces mêmes panneaux, la tension monte d’un cran lorsque l’on comprend que la justice n’a pas inquiété outre mesure la plupart des cadres de l’Angkar. Tel chef a été jugé mais pas condamné, tel autre est devenu patriarche des bouddhistes du Cambodge. Si le Musée n’est pas mis en valeur et manque de lisibilité, sa visite n’en reste pas moins un moment fort, d’autant plus que les cambodgiens semblent assez réticent à évoquer cette page sombre de leur Histoire.
Mal à l’aise et un peu écœurés par la folie des Hommes, nous sortons groggys de l’ancienne prison, retrouvant avec bonheur le bruit de la circulation et le labyrinthe des ruelles du centre-ville. Nous poursuivons notre errance, allant d’un marché à un autre, nous arrêtant de temps à autre pour photographier un bâtiment ou pour boire un thé parfumé à la terrasse d’un estaminet à la propreté toute relative. Au gré de nos vagabondages, nous ouvrons les yeux sur l’envers du décor de cette Perle d’Asie à l’éclat un peu terni. Si la ville se fait cajoleuse avec ses marchés pleins de vie, ses temples rutilants et ses bars branchés, il n’est pas besoin d’être extralucide pour s’apercevoir qu’elle a deux visages : par delà les décors pour touristes, une autre réalité, amère et cruelle, se dessine.
Le pays tout entier vit une période charnière dans son Histoire. Au crépuscule de la folie destructrice khmère rouge, le Cambodge était un champ de ruines. Ce petit Etat asiatique avait perdu deux millions de personnes, ses villes étaient ravagées, les élites qui n’avaient pas été massacrées avaient fui une mort certaine et les secteurs de l’éducation et de la santé étaient renvoyés cinquante ans en arrière. Humilié, complexé, le Cambodge lorgne sur la réussite de ses voisins asiatiques, rêvant d’une reconstruction à la vietnamienne et d’un développement économique sur le modèle thaïlandais. Depuis quarante ans, le Royaume s’acharne donc à faire oublier l’apocalypse qu’il a subit à grands renforts de chantiers titanesques : on assèche les lacs et on fait pousser les gratte-ciels, en espérant que le calme revenu attirera davantage d’investisseurs aux poches bien remplies. Et tant pis si, pour hâter le retour à l’ordre, il a fallu caresser les meurtriers d’hier dans le sens du poil. Dans certaines provinces, l’équilibre n’est assuré que par la collaboration des autorités avec les chefs mafieux locaux, anciens bourreaux du Régime pour certains, qui tiennent d’une main de fer le commerce des filles, de la came et les recettes du jeu illégal. Le premier ministre est lui-même un ancien milicien khmer rouge, rallié à l’opposition quand son espérance de vie au sein de l’Angkar s’est vue nettement raccourcie en raison de doutes sur sa loyauté. Aujourd’hui, son gouvernement règne sans partage sur tout le territoire national, s’appuyant sur des figures locales rattachées au tout-puissant Parti du Peuple Cambodgien pour maintenir son hégémonie.
La corruption est endémique mais l’Etat veut convaincre qu’il s’est engagé dans un processus de modernisation en profondeur, construisant des banques et multipliant les contrats avec des entreprises étrangères pour accroître sa crédibilité sur la scène internationale. Le Cambodge s’est jeté dans une grande fuite en avant qui ne profitent pas à tous ses citoyens. Petit à petit, mes yeux s’ouvrent sur le spectacle inavoué de Phnom Penh et de ses laissés-pour-compte. Oasis décadent pour rêves brisés, la capitale est un lieu de paradoxes où le beau côtoie l’immonde, et le luxe, la pauvreté la plus crasse. Le soir, j’observe avec le cœur serré des gamines aux regards éteints promener leurs mini-jupes sur les trottoirs du quartier des ambassades, bradant leur jeunesse, leur santé et ce qui leur reste de rêves et d’espoirs pour une poignée de billets verts qui finiront dans les mains grasses d’un mac violent. A la guesthouse, je discute avec Tieng Peng. Garçon d’à peu près mon âge, il travaille ici pour un salaire de misère, partageant son temps entre des parties de billards enfiévrées et des soirées arrosées d’alcool de palme avec ses amis. Sur un ton de confidence, il m’apprend qu’il fume de la ice, comme beaucoup de jeunes de son âge. A mots voilés, il me fait comprendre que cette méthamphétamine qui lui anesthésie le cerveau est son moyen de faire face – ou plutôt d’éviter de faire face – aux réalités qui sont les siennes. Les repères de la société s’effilochent puis disparaissent, laissant la nouvelle génération démunie. Sous l’influence chinoise et les coups de boutoir d’une mondialisation incontrôlable, la religion perd en spiritualité, n’assurant plus que le service minimum en proposant à la population de venir déposer quelques centaines de riels aux pieds des bouddhas pour s’assurer bonne fortune et réussite.
Dans la ville, le contraste entre richesse indécente et misère de chien est partout perceptible. Ceux qui ont réussi à tirer leur épingle du jeu traversent les avenues à bord de leurs SUV aux vitres teintées, dépassant sans les voir des familles entières dormant à même le trottoir. Les enfants des rues, petits fantômes hagards et crasseux, déambulent comme ils vivent : par habitude et sans savoir où aller. Dans la continuité de cet écart qui va en s’agrandissant, l’accès aux soins est lui aussi problématique. A deux vitesses, il laisse peu de chances aux classes les plus pauvres, frappées de plein fouet par le VIH et décimées par les accidents de la route que favorisent la consommation d’alcool.
La danse savante des engins à moteur sur les boulevards surchargés a en effet des ratés. Un dépassement mal calculé, une manœuvre d’évitement trop tardive et c’est l’accident. Fracas du métal contre le métal, au mépris de la chair prise dans l’étau. Cris, casques roulant sur la chaussée. Parfois, la victime se relève indemne, le visage fermé, l’esprit occupé à remercier les dieux et maudire le chauffard. Le reste du temps, la violence du choc ne laisse pas de place au doute et le malheureux est évacué sur l’hôpital ou en clinique, s’il en a les moyens. Régulièrement, les journaux font état de ces accidents catastrophiques, à Phnom Penh ou Sihanoukville. Avec près de deux mille morts par an, les accidents de la voie publique sont la deuxième cause de décès après le SIDA et touchent essentiellement les conducteurs de deux-roues, c’est-à-dire les couches les plus humbles de la société.
Dans ce contexte, certains désespèrent mais beaucoup s’échinent à relever la tête et à tout mettre en œuvre pour faire leur trou et accéder un jour au rêve cambodgien : une maison pour y caser toute sa famille, une moto et – apogée d’une vie - une voiture. Tous les jours, de la terrasse, je vois le propriétaire bedonnant de notre « quartier général » laver entièrement son 4x4 avec un soin maniaque : la réussite sociale se mesure à présent à la taille des voitures et à l’éclat de leurs jantes. Le fossé entre nantis et miséreux, la jeunesse désabusée, les laissés pour compte du capitalisme, les politiques auxquels on ne croit plus : tout cela me saute au visage dans ce pays ou je suis l’invité mais ce sont des problématiques que la France connaît aussi. Peut-être avais-je choisi de ne pas le voir. A l’image d’un Guevara prenant la pleine mesure du quotidien des classes ouvrières durant son voyage à travers l’Amérique du Sud, cette parenthèse cambodgienne est l’opportunité d’une réflexion qui dépasse de beaucoup le cadre de notre stage.
Heureusement, des initiatives voient le jour, ici et là, et contribuent à redonner un peu de foi en l’humanité. En contemplant cette face cachée du Cambodge, certains ont fait le choix d’agir plutôt que de se lamenter et ont créé des associations pour garantir un accès aux soins aux plus démunis et sortir les gamins de la rue. La première étape de l’action est la prise de conscience : voilà ce que nous aura permis ce voyage au Cambodge, ce pays de contraste qu’il faut avoir le courage de regarder dans les yeux.
Après les premiers pas en chirurgie, la découverte de Phnom Penh et l'émerveillement en découvrant les temples, je vous livre la suite avec le récit de nos premières armes aux urgences de Calmette.
VI Sang et poussière
Prudent, l’infirmier qui nous accueille nous explique dans un anglais impeccable que nos premiers jours aux Urgences seront ceux de l’observation : il s’agit de nous familiariser avec l’organisation des soins et la procédure à suivre lorsqu’un patient est brancardé en salle. Finalement, au terme de cette première journée, nous aurons pratiqué un massage cardiaque, injecté des drogues vasopressives à un homme en arrêt cardio-respiratoire, posé une demi-douzaine de perfusions, scopé plusieurs personnes et réalisé une aspiration sur trachéotomie. Dès le départ, le ton est donné : aux urgences, on ne s’ennuie pas !
Les journées se succèdent et avec elles, leur cortège de pathologies : accident « moto contre vache » (sic), hémorragie digestive massive, plaies par balles, AVC, traumatismes crâniens à la pelle et comas aux étiologies variées. Les cas sont souvent sérieux, parfois gravissimes. Les infirmiers de la salle de déchocage sont impressionnants de maîtrise : chacun de leur geste a un but, chacune de leur action est calculée et réalisée avec un soin extrême. Ils sont rapides mais ne se précipitent pas, conscients de l’urgence sans se départir de ce calme inaltérable, presque inhumain, qui nous apaise dans ce maelstrom d’os brisés et de corps en souffrance. Lors des réanimations, les ampoules d’adré vides tombent comme des douilles dans les plateaux en métal, sans qu’aucun de ces visages angkoriens concentrés sur les chiffres des scopes ne paraissent s’émouvoir des soubresauts de ces patients qui agonisent. Le contraste entre la gravité des situations rencontrées et la sérénité des soignants est saisissant : les scènes observées s’en trouvent comme nimbée d’une aura irréelle. J’imagine ce que doit éprouver un photographe de guerre en contemplant l’horreur à travers la lentille de son appareil. Dans cette atmosphère où notre cerveau peine à accepter les informations reçues de la part des organes des sens, chacun se découvre capable de voir et de faire des choses qu’il aurait pensées bien au-dessus de ses forces. Quand un moine vietnamien blessé au bras dans un accident de moto arrive en secteur de « petite chirurgie », c’est avec un naturel déconcertant que je m’observe enlever son bandage pour le chirurgien, rattrapant au dernier moment les doigts qui ne pendent plus qu’à un fil à son membre déchiqueté. Dans ces moments, la conscience est comme anesthésiée, le corps agissant en pilote automatique en fonction d’une grille de réflexes : si ça nécessite un traitement, je perfuse, si ça saigne, je comprime, si ça respire mal, je mets sous oxygène, si ça ne bat plus, je masse…
Peu à peu, la stoïque application de nos tuteurs déteint sur nous : nos mains tremblent moins, nos gestes se précisent alors que nous prenons en charge nos premiers patients. L’exemple donné par ces soignants résonne comme un écho subtil à la culture khmère, toute imprégnée de détachement et de retenue asiatiques.
Les patients et leurs familles ne cessent d’être pour moi un perpétuel sujet d’étonnement. Bien que les cris et les pleurs soient plus fréquents ici qu’en chirurgie, je retrouve sur de nombreux visages cette attitude indéfinissable et légèrement mélancolique qui semble osciller entre attente et fatalisme. A la tombée du jour, le jardin attrape les dernières lueurs d’un soleil mourant, tandis que de vieilles femmes errent entre les moustiquaires installées entre les arbres. Plus que jamais, le cadre exotique du lieu semble démentir sa vraie nature. On peine à admettre qu’à quelques mètres seulement, des êtres souffrent et meurent, indifférents au parfum des plantes et au ballet nocturne des chauves-souris. Alors que le monde plonge dans l’obscurité, l’équipe des Urgences veille d’un air las sur la salle de triage. Dans ces instants de répits où le temps semble suspendu par un démiurge capricieux, je lutte contre le sommeil, appuyé sur un chariot de soin. Le regard vissé sur les portes battantes, j’attends, sachant que tôt ou tard, elles produiront un nouveau patient à techniquer. Vers une heure du matin, un ambulancier nous amène un homme dont l’extrême pâleur en dit long sur son état. Pendant que je tente vainement de lui prendre un pouls, l’infirmière place les électrodes du scope sur sa poitrine couverte d’étranges volutes et d’inscriptions mystérieuses à l’encre passée. Ces sak yant, tatouages sacrés protecteurs, sont supposés prémunir ceux qui les portent contre les mines, les armes à feu, les accidents ou tout autre danger auxquels les exposent leur profession : une pratique dérivée d’une branche du bouddhisme pervertie par la superstition et les croyances populaires. Une brève expérience aux urgences suffit pour concevoir de sérieux doutes quant à leur efficacité et, dans le cas présent, le diagnostic est sans appel : « mourant-entrant », me dit le médecin dans un français malhabile mais limpide.
Une autre fois, un homme est brancardé en déchocage dans un état d’agitation très important. Très vite, il perd connaissance, avant même que je n’ai eu le temps de le perfuser. L’infirmière lui pose un masque à oxygène haute concentration mais c’est déjà trop tard : le patient gaspe, avalant l’air de manière anarchique comme un poisson hors de l’eau. Sans attendre, il est intubé et ventilé par l’équipe. Le médecin inspecte ses pupilles, évalue son état de conscience. Le diagnostic tombe : c’est la mort cérébrale. Un infirmier m’explique que l’homme en question a d’abord été consulter en clinique, où il a été déplacé d’unités en unités sans recevoir de soins, avant d’être finalement acheminé aux urgences en raison de l’aggravation de son état, où il décède d’un probable œdème aigu du poumon.
Pendant ce temps, une femme âgée s’approche du brancard. Elle n’a pas émis un son durant tout le temps qu’ont duré nos tentatives de réanimer son mari. Elle a tout vu, tout entendu, n’a pas perdu une miette de ce dernier acte qui s’est si mal terminé. Le respirateur fait se soulever la poitrine de son époux avec une régularité un peu effrayante, tandis que cette femme, drapée dans sa dignité, ravale ses larmes en lui faisant des massages. Croit-elle qu’il est toujours en vie, trompée par la respiration artificielle ? Ou bien lui dit-elle adieu à sa manière ? Au bout de quelques minutes, les sondes sont retirées et les dernières machines éteintes. Alors que j’aide Camille et un autre infirmier à déplacer le corps vers un couloir adjacent, la vieille femme nous murmure des paroles que nous ne comprenons pas, en joignant plusieurs fois les mains devant son visage en signe de gratitude. Nous sommes estomaqués : de quoi peut-elle bien nous remercier ? D’avoir tenté de sauver son mari ? Je suis démuni devant l’humilité de cette femme, caractéristique de la réaction des cambodgiens en pareilles circonstances et qui tranche si nettement avec celle des familles après un décès brutal en France. Ne sachant pas comment exprimer nos condoléances en khmer, nous tâchons par notre présence d’accompagner cette femme durant quelques minutes. Nous recouvrons finalement le corps d’un drap blanc et laissons la veuve avec son fils qui vient d’arriver. Dans le couloir à l’abri des regards, les deux êtres peuvent enfin laisser libre cours à cette peine qui leur tord le ventre. Après un dernier regard, nous retournons à nos postes, prêt à veiller sur les blessés que la nuit produit à intervalles réguliers.
Durant la journée, l’activité est plus importante. En plus des entrées, il faut s’occuper des patients hospitalisés dans les lits de court séjour de l’unité : soins de bouche et de trachéotomie, administration des thérapeutiques IV, changements de perfusion... Là encore, les situations difficiles ne manquent pas : jeune adolescente perdant peu à peu sa bataille contre la tuberculose ou père de famille dans le coma suite à une méningite infectieuse, ces prises en charges nous confrontent au pire et nous secouent les tripes.
Si le flot des heures s’écoule à toute vitesse quand les entrées s’enchaînent, le temps s’épaissit parfois à la faveur d’un échange avec un blessé ou sa famille. Ces temps forts sont notre chance de mieux saisir les spécificités culturelles des cambodgiens vis-à-vis de la maladie et du handicap, de tenter de comprendre leur approche de la fatalité ainsi que leurs attentes en matière de soin. Ces instants marquent les soignants que nous sommes au fer rouge de leur intensité. Un après-midi, je m’approche ainsi d’un vieil homme tout juste arrivé aux Urgences. Vêtu du krama traditionnel, il gît sur son brancard comme un naufragé sur son radeau, perdu au milieu d’un environnement anxiogène à mille lieux du confort relatif de son logement exiguë.
_ Choum rieb sour, ôm. Kniom tvéa tchieum (Bonjour monsieur, je prends votre tension), dis-je machinalement.
_ Bonjour, monsieur, me répond-il dans un souffle.
J’ouvre de grands yeux étonnés. Si le Cambodge a autrefois parlé français, le génocide a fait disparaître une large part de ceux qui l’ont appris sur les bancs de l’école. Tout en lui prenant ses constantes, je lui demande s’il parle ma langue.
_ Un peu, acquiesce-t-il faiblement, avant d’ajouter : Merci très beaucoup.
Je lui souris derrière mon masque.
_ Oui, il faut m’aider, lâche-t-il enfin. Il faut m’aider.
_ Ne vous inquiétez pas, on va bien s’occuper de vous : ça va aller, vous allez voir.
Sur son visage, ses rides sont comme des canyons majestueux creusés par les années qui passent et avec elles, leur lot de petites joies et de grandes souffrances. Dans ses traits, je lis entre les lignes l’histoire terrifiante et belle d’un homme qui en a vu de dures. Son état n’étant pas immédiatement inquiétant, il est transféré par le médecin dans un autre service pour y être traité.
Les urgences sont un lieu de passage. Nous y rencontrons aussi des moines, venus accompagner l’un des leurs : le contraste de leurs vêtements oranges dans ces salles de carrelage blanc est réjouissant et tous s’avèrent très sympathiques, avides d’échanges et impatients d’utiliser les quelques mots d’anglais qu’ils ont appris. Un soir, nous croisons mêmes trois étudiantes françaises de notre école ! En stage comme nous en Asie du Sud-Est, nous les croyions à plusieurs centaines de kilomètres de là, dans un orphelinat vietnamien. Les croiser aux Urgences de Calmette est une véritable surprise. L’une d’entre elles s’étant foulé la cheville lors d’un trek dans la jungle, elles profitent d’une halte à Phnom Penh pour obtenir une ordonnance avant de repartir visiter les temples.
Un matin, tout étonnés de croiser une autre occidentale, nous faisons la connaissance de Mathilde, jeune infirmière française travaillant pour une association implantée près de Phnom Penh. Seule soignante dans un centre de soins accueillant les malades en provenance de plusieurs villages, elle nous parle de son activité et du milieu de la santé au Cambodge. Elle aussi déplore l’offre de soins et nous explique que se faire soigner, pour un cambodgien pauvre habitant un village de province, est un véritable parcours du combattant.
Les Urgences deviennent pour moi une école de la vie : au fil des rencontres, des échanges et d’une observation de chaque instant, à travers le sang et les larmes, je touche du doigt l’essence de l’identité khmère, ce mélange de fierté, de pudeur et de courage, qui m’a si souvent pris au dépourvu de la part des cambodgiens. Chaque jour est une plongée dans leur monde, un bouleversement de tous mes repères qui m’obligent à faire table rase des mes idées préconçues et à adapter mon comportement pour accorder ma tonalité à celle de la musique orientale dont je m’efforce de déchiffrer la partition.
Petits commentaires sur la publication introductive
marquer au fer rouge d’une domination occidentale nauséabonde.
Si le Vietnam a subi une colonisation d'exploitation économique, ce n'était pas autant le cas pour le Cambodge ou le Laos.
Pour ces 2 derniers pays, on peut même considérer qu'en l'absence de protectorat français, ces pays n'existeraient pas aujourd'hui. Le Laos serait pour l'essentiel thaïlandais, et le Cambodge serait partagé entre la Thaïlande et le Vietnam (ce qui est un peu le cas aujourd'hui économiquement).
Mon propos n'est pas un plaidoyer pour la colonisation française, qui a eu ses travers même au Cambodge, mais s'il y a eu des oppositions (cf. révolte de 1885), il n'y a pas eu au Cambodge de guerre pour occuper ce territoire. Ni même de guerre d'indépendance.
Le palais royal, lui, n’aura pas bénéficié de la même attention : dès leur entrée dans le pays, les sujets du Roi de France ont gravé leurs fleurs de lys sur ses magnifiques dalles en argent.
Auriez-vous des sources soutenant vos propos. Car il me semble que le Palais Royal a été construit en 1860, alors que le dernier roi en France était Louis-Philippe, et ce jusqu'en 1848.
Par ailleurs, le protectorat de la France sur le Cambodge a été établi en 1863 seulement. Si Napoléon III avait voulu imposer une décoration à Norodom Ier, cela aurait été plutôt des abeilles, symbole du bonapartisme. Et non des fleurs de lys.
Les fleurs de lys sont tout simplement un motif qui a plu lors de la construction du Palais Royal. On trouve cette décoration ailleurs dans le Monde, par exemple ornant les grilles de villas modernes en Iran. Je ne suis pas convaincu que cela soit une "marque au fer rouge d'une domination occidentale nauséabonde".
Scories regrettables, car le récit est bien écrit.
Et je suis impressionné par la randonnée à vélo jusqu'à Banteay Srei. Surtout que cela n'était pas la seule visite de la journée. Infirmier peut-être, mais avec de redoutables mollets !
Fabrice
P.S. : Pour Calmette, on peut aussi rappeler le vaccin BCG, pour bilié Calmette-Guérin.
Il semblerait en effet que j'ai parlé un peu vite, au sujet de ces dalles en argent fleur-de-lysées. N'ayant pas moi-même constaté la chose, je me suis fié à ce que d'autres voyageurs m'en ont dit et n'ai en plus pas pris la peine de confronter l'histoire à l'Histoire... au temps pour moi, donc !
Concernant la phrase qui a pu vous choquer, elle découle simplement de mon sentiment qu'une colonisation quelle qu'elle soit - même sous le régime du protectorat - participe d'un état d'esprit qui me semble peu digne d'un pays qui se fait fort d'être un chantre des droits de l'homme. Imposer sa domination, même morale, même symbolique, a un autre peuple m'apparait comme une démarche difficilement défendable. Sur ce point, je persiste et je signe, même si je veux bien avouer que je n'y suis pas allé avec le dos de la cuillère... Peut-être que mes paroles ont dépassé ma pensée, dans ce cas précis. Je suis d'ailleurs le premier à reconnaître que l'époque coloniale a également été marquée par des hommes qui étaient profondément épris de leurs pays d'accueil et témoignaient beaucoup de respect à leurs habitants (à l'image du travail réalisé sur le musée des beaux-arts, par exemple).
Ceci étant dit, mes connaissances du contexte géopolitique de la région au XIXème siècle ne m'autorisent pas à dire si le Cambodge a pu profiter de cette présence française et même maintenir sa souveraineté grâce à elle.
Quoi qu'il en soit, je vous remercie pour ces éclaircissements et pour vos commentaires sur le récit !
N'ayant pas moi-même constaté la chose, je me suis fié à ce que d'autres voyageurs m'en ont dit
Toujours se méfier des propos ou idées rapportés. Comme vis à vis de la Presse (ou les déclarations de nos politiques), il y a lieu de s'interroger dès que cela semble bizarre. Cela s'étend aussi à ce que l'on peut lire dans certains guides de voyage, pas toujours irréprochables. S'il y avait autant de charlatans dans la profession médicale, l'espérance de vie serait sans doute de 10 à 20 ans moindre.
P.S. certains articles wikipedia ne sont pas exempts de "bizarrerie", il peut être avisé de consulter les articles correspondant dans les autres langues.
colonisation quelle qu'elle soit - même sous le régime du protectorat
La présence française s'est traduite très différemment selon les pays, en l'occurrence Vietnam d'une part, Cambodge et Laos d'autre part. Lesquels étaient sous protectorat, mais ce n'est pas tant le régime qui a changé la question à mon avis.
Le Vietnam présentait des opportunités économiques qui ont été exploitées (durement), notamment en s'appuyant sur une main-d'oeuvre travailleuse et relativement éduquée (les cadres du protectorat au Cambodge étaient souvent vietnamiens).
Ces attraits étaient absents au Cambodge et au Laos, ce qui explique aisément la moindre implication française dans ces territoires de l'Union Indochinoise. Et donc pas de réelle guerre d'indépendance, mais guerres civiles dès la France partie.
La colonisation a suffisamment d'aspects désagréables pour ne pas lui en imputer à tort.
contexte géopolitique de la région au XIXème siècle ne m'autorisent pas à dire si le Cambodge a pu profiter de cette présence française et même maintenir sa souveraineté grâce à elle.
Cambodge comme royaumes laos n'avaient à l'époque plus qu'une souveraineté de façade, étant doublement vassalisés par le Siam et le Vietnam, depuis le XVIIIe pour le Cambodge (voir http://fr.wikipedia.org/...amois_et_Vietnamiens). Les vietnamiens qui ont d'ailleurs conservé la Cochinchine où vit encore une minorité khmère. Un partage d'influence Thaïlande / Vietnam que l'on retrouve dans le monde économique du Cambodge d'aujourd'hui, même si la Chine est aussi très présente. Situation très comparable au Laos.
L'action de la France au bénéfice de la souveraineté cambodgienne s'est traduite in fine par la délimitation de la frontière en 1907 avec l'actuelle Thaïlande suite à l'accord franco-siamois du 23 mars 1906. C'est grâce à cette délimitation que le temple de Preah Vihear est de nos jours reconnu internationalement au Cambodge. Encore en 2013 par la Cour International de Justice se basant sur la cartographie de 1907. Site superbe au demeurant que je vous recommande de découvrir.
Connaître un peu d'Histoire aide toujours à comprendre le Monde d'aujourd'hui.
Connaître un peu
d'Histoire aide toujours à comprendre le Monde d'aujourd'hui.
C'est juste.
Et ton érudition est très instructive.
Mais...
En marge de la grande histoire, qui gagne toujours à être exposée le plus rigoureusement possible, s'écrivent de petites histoires qui ouvrent sur un quotidien, une culture, des gens qui vont et viennent... un pays en mouvement. Petites histoires qui aident aussi à comprendre le Monde d'aujourd'hui.
L'auteur de ce carnet nous offre un récit insolite bien écrit, empreint de sensibilité, de respect, d'humilité... un témoignage, une expérience personnelle tout contre la vie des autres.
Alors, que le regard soit à ce moment un peu subjectif, que le ressenti ou l'affectif l'emporte sur l'objectivité... ne sont que minuscules accrocs dans un texte aussi empathique.
Texte écrit par un tout jeune homme de 24 ans dont les choix et la manière d'être laissent entrevoir une belle maturité, un regard lucide et bienveillant que beaucoup de désenchantés de deux ou trois fois 24 ans qui s'expriment ici ne possèderont jamais.
Le temps qui passe va lui donner une jolie patine...
La fin du récit approche à pas feutrés. Porté par les encouragements de ceux qui l'ont commenté, je vous en livre donc un nouveau chapitre...
VIII Epiphanie dans la jungle
Au Sud-Ouest du pays, la chaîne des Cardamomes offrent ses courbes féminines à un ciel serein. Toujours avides de découvrir ce Cambodge authentique qui ne jure pas que par la camelote chinoise et les séries américaines, Camille et moi avons une fois de plus délaissé la jungle urbaine Phnom Penhoise pour son homologue sylvestre, d’arbres et de pierres. Après quelques heures de bus, nous échouons à Koh Kong, petite ville perdue au milieu de la province du même nom. La saison sèche bat son plein et les rues poussiéreuses prennent aux heures chaudes des airs de far west asiatique. En errant sur le quai qui longe la rivière Tatai, nous apercevons au loin les pentes couvertes de végétation des montagnes de l’arrière-pays, déroulant leurs tapis aux mille nuances de vert au-dessus des eaux placides.
Attirés par ces étendues ne demandant qu’à être explorées, nous partons avec deux jeunes frères cambodgiens, pour remonter la rivière jusqu’à un petit hameau au cœur de la mangrove. Là, quelques familles vivent humblement dans des maisons en bois sur pilotis, comme dans un espace en suspens. Devant, quelques mètres de rivages gagnés sur la mangrove permettent d’accoster des bateaux, tandis qu’à l’arrière, une clairière permet l’existence de quelques cultures et de l’indispensable petit terrain de volley. Nous repartons bientôt à l’assaut de la forêt, accompagné de nos deux guides. En nous enfonçant dans le silence de cette cathédrale de lianes et de plantes exotiques, nous avons l’impression d’être une paire d’aventuriers se dirigeant vers quelque mystère caché.
Après plusieurs heures d’une progressions laborieuse sur un sentier pentu, nous parvenons à un chaos de roches, surplombé par une falaise à pic. De son sommet, un filet d’eau fraîche se jette dans le vide, laissant à l’imagination le soin de reconstituer les chutes impressionnantes que l’on peut y admirer durant la saison des pluies. Ecrasé par la chaleur de la mi-journée, je profite de cette halte bienvenue pour rincer ma lassitude sous la pluie battante de cette cascade atrophiée. En écartant les bras, je ferme les yeux et me laisse dissoudre par cette eau vive, le corps martelé par les gouttes lancées à pleine vitesse. Mon rythme cardiaque, en métronome obéissant, s’accorde au tempo de cette rivière suicidaire, accélérant ou diminuant son rythme avec les fluctuations du débit.
Je me souviens avoir lu la description d’un rite d’initiation amérindien, au cours duquel le chaman de la tribu accompagnait un jeune garçon prometteur à une cascade. Ensembles, ils se plaçaient alors dessous en psalmodiant une mélodie répétitive. Le corps transi de froid, transpercé par mille flèches glacées, leurs deux esprits s’abîmaient alors dans un état second. Contrairement à la croyance populaire, l’altération de l’état de conscience recherchée pour communiquer avec le monde invisible ne supposait pas systématiquement l’usage de drogues. La science a démontré les effets réciproques de l’hypnose et de la perception des stimuli nociceptifs sur le cerveau. Sous ma cascade, j’imagine sans peine ce détachement qui s’atteint aux portes de la conscience. Lors de certaines randonnées, j’ai parfois fait l’expérience de ces instants où l’esprit semble s’affranchir du corps et où ce dernier continue à fonctionner, comme une machine bien huilée dotée d’une vie propre. Marcher, pédaler, pagayer : des verbes d’action qui invitent à la transe, qui libèrent l’esprit pour une danse hors du temps.
Après cette escapade dans la forêt, nous rejoignons la cabane de bois où vivent nos hôtes avec leur famille. A l’heure où la canopée passe du vert sombre au pourpre à la lumière rasante du soleil couchant, la rivière se transforme en un serpent d’or fondu, sa surface polie reflétant les montagnes alentours. Dans ce jeu de miroirs, notre village de pêcheurs semble flotter dans un rêve, ceinturé par un ciel rougeoyant comme une braise rebelle au sommet des Cardamomes. Avant de s’abandonner à la fatigue et au confort des hamacs, nous ne résistons pas à la tentation d’aller nager dans l’eau tiède de la rivière, fendant sa surface en jouissant de ces instants volés à l’éternité. Ivres de cette joie païenne, nous nous laissons porter par le courant limoneux en fermant les yeux. Comme Camus à Tipasa, nous vibrons sur le mode de cette vie solaire où chaque pièce semble trouver sa place dans le grand puzzle de nos existences.
Le lendemain, nous repartons à travers la jungle et son enchevêtrement inextricable de branches, de lianes et de plantes grimpantes. La visite d’une petite ferme de brousse fait partie du trek proposé par les deux frères cambodgiens avec qui nous avons déjà crapahuté la veille. Nous progressons lentement dans la végétation. La chaleur nous abat, nous fait suer des litres et nous transforme en de petites marionnettes incandescentes. Comme des moutons dociles, nous suivons notre guide avec une confiance aveugle, plaçant nos pas dans les siens afin d’éviter les pièges tendues par une forêt jalouse. Après deux heures à ahaner sur les pentes poussiéreuses de cette colline, nous débouchons finalement dans une clairière. Là, une maison traditionnelle semble sommeiller au milieu des bananiers et des manguiers, écrasée par le soleil de midi. A l’invitation d’Erng, le jeune cambodgien qui nous accompagne et dont j’ai toutes les peines du monde à prononcer le nom, nous nous approchons de la case de bois sur pilotis. En haut de l’échelle qui y mène, un vieil homme vêtu d’un pagne et coiffé du krama nous attend, accroupi. Après un bref échange en khmer avec notre guide, il nous invite d’un geste à entrer. Nous nous asseyons en tailleur sur les lattes de bois, profitant de la fraîcheur apportée par l’ombre.
Quelque part dans les tréfonds de la bicoque, la musique éraillée d’un transistor résonne faiblement. Après les salutations d’usage, la conversation s’amorce. Notre hôte nous pose des questions sur la France : curieux de savoir le temps qu’il y fait, ce qu’on y mange et si les marchés y sont plus gros qu’ici. Il s’étonne qu’il puisse y pleuvoir toute l’année et même y neiger, bien qu’il ne semble pas saisir tout à fait le principe de cette dernière curiosité météorologique. Entre les lignes, je devine qu’il a passé toute sa vie dans sa petite exploitation, avec de temps à autre une excursion à la « ville » pour y vendre ses fruits et acheter les quelques produits qu’il ne peut fabriquer lui-même. Le vieil homme me demande ensuite combien coûte un billet d’avion pour la France. Je lis dans ses yeux l’incompréhension devant le prix que j’avance. Il est probable qu’il n’en gagne pas la moitié en un an de travail acharné. Me voilà ensuite embarqué dans une explication confuse des rouages de l’inflation pour tenter de faire passer la pilule du montant d’un mois de salaire dans notre pays !
Peu à peu, l’atmosphère se détend et notre intrusion se transforme en rendez-vous au fil de la conversation. Par 40° de température, la glace est vite rompue. Erng me confie son envie de quitter le village et, tant qu’à faire, sa province natale. D’un geste, il désigne les montagnes environnantes et lâche : « je les vois tous les jours, alors je ne les aime plus. » Ce qu’il voudrait c’est fouler le sable blanc des plages de Sihanoukville où vivre à Phnom Penh. Parfois, quand il se connecte dans un cyber-café à Koh Kong, il voit sur facebook des photos de ces endroits qui le font fantasmer. Il y a encore quelques années, les jeunes des provinces rurales n’avaient que des récits pour exciter leurs fantasmes d’exode. Internet et facebook ont depuis aiguillonné ce désir d’exode. Le web les abreuve d’images, échos dénaturés d’une rééalité qu’ils se chargent d’embellir et de transformer en paradis. Rendus malades par ce rêve à portée de main et pourtant inaccessible, les jeunes Cambodgiens des campagnes rongent leur frein, condamnés à rêver en silence en chérissant l’espoir d’économiser suffisamment pour pouvoir se payer un peu de poudre d’escampette. Nourris aux magasines people et aux séries occidentales, ils voudraient avoir la peau blanche et vivrent dans des décors de sitcom.
Erng aimerait pouvoir aller à l’université pour apprendre un métier et partir à la ville mails il est lucide : son petit business de treks pour touristes rapporte trop pour que sa famille l’y autorise et pas assez pour qu’il puisse se le permettre. Camille et moi avons presque le même âge que lui et son frère. Nous comprenons sans peine leur soif d’ailleurs, leur besoin d’indépendance et leur désir de s’embarquer pour une vie dont ils seraient les seuls à tenir la barre.
Dans les petites îles qui surnagent dans la mangrove, des villages vivent entre deux eaux. Dans l’un de ces hameaux peuplés de pêcheurs énigmatiques et d’enfants désœuvrés, un Cambodgien m’explique avoir créé une école. Derrière la fumée d’un joint, il parle d’offrir aux gamins qui errent sur le sable des perspectives qu’il n’a jamais eu. Avec le développement du tourisme, il a bien compris l’intérêt de leur donner une solide maitrise de l’anglais mais il peine à trouver des professeurs. A chaque fois qu’un bateau dégueule sur l’île son flot de touristes cramponnés à leurs appareils photos, il essaie d’engager la discussion en espérant convaincre un australien bohème ou un américain altruiste de rester quelques semaines sur ce bout de terre perdu dans la rivière. Aussi séduit que je le suis à l’idée de faire classe à une ribambelle de mioches aux regards espiègles, je décline l’invitation avec politesse en lui expliquant que je travaille dans un hôpital de la capitale. L’homme part d’un éclat de rire, comme à chaque fois qu’un cambodgien se voit opposer un refus à sa demande, et tire de plus belle sur son pétard. Dans son regard, il y a quelque chose d’un peu triste et de résolu. J’ai une furieuse envie de lui dire, que si, finalement, j’accepte, et de bon cœur encore, ne serait-ce que pour voir sa figure cuivrée se fendre d’un grand sourire. Ce sera pour une prochaine fois, peut-être.
De retour à Koh Kong, les réalités de ce Cambodge rural et pauvre nous rattrapent quand deux enfants viennent mendier un morceau de sandwich à la terrasse du troquet où nous sommes attablés. Je reste impuissant devant cette paire de gamins déguenillés, errant pieds nus sur les quais, baladant leur désillusion de bars en restaurants à la recherche d’une cannette de coca et d’un dollar fripé tendu par un touriste indifférent. J’aimerais leur offrir un repas mais, au fond, je sais que cela serait inutile. A Phnom Penh, il y a quelques années, un occidental bien intentionné avait, comme moi, été ému par le spectacle de ces traîne-misères faisant la manche pour un peu de nourriture. Bien décidé à leur venir en aide, il s’était démené pour leur payer des repas, tâchant de mettre sur pied une organisation associative dont le but serait que ces enfants des rues mangent à leur faim. Un peu plus tard, il comprit qu’il ne faisait qu’entretenir ces gamins sans leur proposer d’échappatoire. Du reste, à force d’amadouer les touristes, certains parvenaient à faire quatre à cinq repas par jour. Devant ce constat, le jeune homme en question changea d’approche : son association a aujourd’hui pour but de sortir ces mômes de la rue en leur proposant d’apprendre un métier manuel qui leur permettra de subvenir à leurs besoins et de vivre dignement. De passage dans ce pays où la misère nous serre la gorge, Camille et moi ne pouvons que saluer ces initiatives en espérant pouvoir y contribuer à notre tour un jour, dans le cadre de notre futur métier.
Phnom Penh provoque chez nous des sentiments ambivalents. La ville nous apparaît à présent familière, nous connaissons comme notre poche ses différents bâtiments et ses principaux quartiers. Pourtant, tôt ou tard, le bruit, la foule et la pollution engendre une lassitude sourde qui nous donne des ailes. Des échappées s’imposent alors, comme à Koh Kong, autant pour préserver notre santé mentale que pour satisfaire notre envie de découvrir le pays. Il devient alors urgent de prendre le large en embarquant dans un bus bondé en partance pour un endroit où le bitume se fait tout petit devant la majesté des paysages. Nous nous perdons alors dans la contemplation des palmiers malingres qui défilent, en espérant que nos quelques mots de khmer mâtinés d’anglais auront suffi à faire comprendre au vendeur de billets la destination souhaitée. Lors de l’une de ces évasions, le bus nous recrache à Kep, petit ville de quelques milliers d’âmes à moins de deux cents kilomètres de Phnom Penh.
Autrefois lieu de villégiature à la mode chez les gros bonnets du colonialisme à la française, l’ancienne Kep-Sur-Mer jouit d’une situation avantageuse. Située au pied des reliefs de la chaîne des Eléphants et au bord d’une mer parsemée d’îles de cartes postales, on comprend sans peine l’attrait qu’a pu susciter cet endroit. En parcourant ces grandes avenues désertes peuplées de villas en ruines, stigmates bien visibles d’une guérilla urbaine féroce, on comprend également qu’à l’image du pays, la ville a été traumatisée par la cruauté du régime de Pol Pot. Délaissée par l’élite cambodgienne, elle a vécu plusieurs décennies de léthargie, laissant à Sihanoukville, sa voisine, la place de première cité balnéaire du royaume. Aujourd’hui, Kep attire de nouveaux les investisseurs immobiliers, ses côtes préservées offrant le cadre idéal pour y implanter de lucratifs complexes hôteliers. En attendant que ces sinistres desseins se concrétisent, la ville profite de ce sursis de tranquillité, à l’ombre des collines qui toisent le paysage avec une nonchalance de pachydermes. Le décor aurait des airs de village méditerranéen, si des statues de déesses aux bras multiples ne venaient démentir cette impression. Sur la route qui mène à la place du centre-ville, impossible de manquer le crabe géant monté sur une plate-forme à quelques mètres du rivage : l’invertébré de cinq mètres de haut affublé d’un panneau « Welcome to Kep » rappelle cette esthétique qu’affectionnent les Cambogiens, entre kitsch assumé et suave ambiance de bout du monde.
Pour accentuer le dépaysement, je décide avec Camille de prendre le prochain bateau pour Koh Tonsay, une île à un jet de pierre de cette bourgade endormie. Le caillou, sur lequel vivent quelques dizaines de familles à l’année est assailli de visiteurs dans la journée. Un véritable débarquement de touristes au « teint de salade poussée à l’ombre » comme dirait Monod, qui défilent en maillot de bains au plus grand bonheur des commerçants de l’île, dont les prix indécents ferait éclater de rire n’importe quel habitant des grandes villes. Sur les rivages de cet îlot où s’épanouit une nature paradisiaque, les déchets s’amoncellent, charriés par la mer ou simplement abandonnés là par des autochtones indifférents et des étrangers indélicats. L’endroit est donc représentatif des hauts lieux touristiques du Cambodge, avec ses paysages de rêve jonchés de détritus et envahis par la foule. Un peu désabusés, nous nous asseyons au pied des palmiers, attendant le départ hypothétique de cette marée humaine que nous pensions avoir laissé derrière nous en quittant la capitale. Soudain, de manière inespérée, le miracle se produit. La fin d’après-midi sonne le repli général : en l’espace d’une heure, les bateaux à moteur ramènent leurs hordes de conquistadors en tongs vers le continent, laissant les plages alanguies offrire leurs étendues redevenues vierges au soleil rougeoyant. Dans cette atmosphère irréelle propice à la rêverie, je me laisse flotter dans l’eau à vingt-cinq degrés en repensant aux aventuriers des mers du Sud, du Robinson de Tournier à Moitessier, en passant par Coelho, errant comme une âme en peine sur les rivages mystérieux de Rodrigues. Leur point commun ? La recherche fébrile, frénétique, d’un ailleurs plein de promesses, où il serait possible de vivre en dehors du temps, en marge de la société et des hommes.
Imitant Démocrite et son choix de finir en cabane, d’autres écrivains se sont laissé tenter par le retrait du monde et le recours aux forêts. Il faut lire Pan de Knut Hamson ou le récit de l’exil volontaire de Sylvain Tesson au Baïkal. Dans ces textes, à la fois manifestes pour une vie solaire et odes à une nature mystique, on devine qu’il est vital pour ces hommes de pouvoir se recueillir dans ces espaces si particuliers, avec pour seule compagnie un chien fidèle et le bruit du vent dans les arbres. Le soir, à la fin d’une journée occupée à couper du bois et user leurs godillots sur les chemins de traverse, ils retrouvent le confort spartiate de leur foyer et une pile de pages vierges, qui les attendent comme des femmes dociles. Ces quêtes immobiles, ces voyages aux confins de soi sont des aventures philosophiques et spirituelles. Elles sont une invitation à penser, à vivre autrement, elles sont le faire-part gravé dans un morceau d’écorce qui annonce les retrouvailles de l’homme et de la nature. Loin du chaos des villes, déçu par une humanité qui produit sa propre souffrance, ces anachorètes prennent leurs distances avec une vie dépourvue de sens et partent à la poursuite de ce qui leur manque dans les étendues fertiles d’un environnement sauvage. Dans ces contrées où l’homme est livré à lui-même, ils trouveront le salut dans la réappropriation de soi ou les germes de la folie dans l’ivresse d’une liberté à laquelle ils n’étaient pas préparés. Mus par une force mystérieuse, ces ermites reviendront alors parmi les leurs mais différents, transfigurés par cette expérience au bout d’eux-mêmes.
Sur notre île, le temps se dilate, s’épaissit, coagule. Nous en faisons le tour à pied, délaissant la plage principale pour nous perdre durant des heures dans un monde de palmiers et de mangrove où les seuls habitants ont des plumes ou des nageoires. A nouveau, nous touchons du doigt un satori étrange, animés du sentiment d’avoir notre place dans cet univers. Ces instants de flottement engourdissent les sens et fouettent l’esprit. Ils renvoient l’homme à sa vraie mesure, distillant doucement un mélange d’humilité face à ce qui l’entoure et de joie féroce à l’idée d’en faire partie.
Merci et felicitations !
C'est un vrai plaisir que vous lire , cela aurait été dommage de garder ces textes pour vous 😉
Le premier chapitre terminé, on a hate de lire le suivant.
Un grand merci !
Ils renvoient l’homme à sa vraie mesure, distillant doucement un mélange d’humilité face à ce qui l’entoure et de joie féroce à l’idée d’en faire partie.
Merci pour ce très joli récit.
Je dois dire que tu nous a gâté !
Quand aux photos elles me rappellent ce Cambodge que j'ai visité en 2008.
Et je suis agréablement surpris quand j'aperçois quelques tours à Phnom Penh, c'est le signe d'une belle évolution
Il n'y en avait pas dans mes souvenirs.
Par contre là ou je rejoins Fabgreg mon complice de VF, c'est que si la colonisation est un acte illégal et complètement réprimandable - car il s'agit de priver de liberté un peuple - les khmers comme les Laos en ont bien profité.
Et tant mieux pour eux !
Les deux royaumes ont accepté facilement le concept de protectorat français, pour la simple et bonne raison, qu'ils obtenaient d'un tiers fort lointain, leur liberté vis à vis de la couronne Royale Thaïlandaise, leur voisin gènant.
Tu as visité les Temples khmers d'Angkor, ils étaient le coeur d'une civilisation qui dominait d'ailleurs la Thaïlande, avant que Pratheet Thaï ne devienne une nation et n'envahisse le pays Khmer pour en faire son vassal.
Fini donc la vassalité et tout ce que cela entraîne. Je crois que le bouddha d'Emeraude exposé à Bangkok était un souvenir peu agréable pour la couronne laotienne à l'époque...
Et puis l'avantage c'est que les Français, en plus d'apporter une liberté vis à vis de la couronne thaï, apportaient infrastructures, organisation territoriale, développement économique, et de surcroit intérêt et participation à l'entretien des temples d'Angkor, enfouient sous la végétation. J'en oublie la protection militaire plus générale.
Une très belle exposition de Louis De LaPorte au Palais de Tokyo montrait en ce début d'année, la fascination française pour ce pays.
Alors certes, des colons français ont exploité le sol pour le caoutchouc principalement (mais les employés n'étaient pas plus mal traités que sous la direction d'un Khmer... croit moi), certes André Malraux a pillé Angkor (mais le scandale de cette affaire a permis le retour de ce qu'il avait emporté, et fait prendre conscience sur les risques des pillages - d'ailleurs les Khmers rouges ont fini par piller une partie pour faire de l'argent, vu le régime suicidaire et autodestructeur qu'ils avaient mis en place), certes le royaume Khmer était sous tutelle (mais en collaborant, le roi gagnait plus d'autonomie et de présence qu'avec le régime thai...).
Il ne faut pas oublier que les seuls territoires coloniaux véritablement rentables pour l'Etat, c'étaient ceux de l'Indochine.
Régie du tabac et de l'opium, production de caoutchouc avec une demande en plein essort, contrôle de la route commerciale vers la Chine, étaient des activités fort rentables. Pauvres français, eux qui croyaient un temps, que par le contrôle du Cambodge et du Laos, ils avaient une entrée sur la Chine via les transports commerciaux qu'ils auraient pu mettre en place sur le Mékong... Lubie que les courants du Mékong ont calmé ! 😛
On oublie donc ces indochinois qui économiquement ont pu profité de la présence française.
Pour sceller l'alliance franco-khmer, Napoléon III offrit d'ailleurs un pavillon en métal au Cambodge. Tu as du le voir dans l'enceinte du Palais Royal à Phnom Penh. Il aurait été préférable de le garder en Occident, car l'humidité fait rouiller 😉
Là encore, l'histoire de ce pavillon est intéressante.
Pour moi, on ne peut comparer les régimes coloniaux mis en place à travers le monde.
De ceux nés en Afrique des restes de la traite négrière orchestrée avec les pouvoirs locaux (les précurseurs de la france-afrique et de l'alliance TOTAL-Afrique par exemple, ou Areva-Niger...), du régime colonial algérien avec énormément de colons sur place, ou des régimes coloniaux antillais ou maoré par exemple.
Il s'agit bien sur d'un Empire nationaliste raciste, et c'est de ces empires terribles que naitront deux guerres mondiales inhumaines, mais les conséquences sur place ne sont pas toutes les mêmes.
Toutefois le sort des Indigènes ne fut heureusement pas le même partout. Pas toujours aussi déplorable.
C'est d'ailleurs pour cette raison, que de nombreux colonisés en "Indochine" refusaient l'indépendance, et le départ des Français. Cette image d'épinal selon laquelle un peuple opprimé s'est soulevé tout entier contre l'occupant est une lubie.
Beaucoup se sont battus pour que les Français restent. Je ne dis pas que les Indigènes nous voyaient tous comme des amis, car il s'agissait d'une puissance occupante depuis quelques décennies. Mais peut-être pas la pire des gouvernances pour certains...
Je pense particulièrement au Vietnam, témoignages à l'appui d'un ami...
Le vietcong et l'armée chinoise qui le supportait (au passage notre Cher Général De Gaulle passera l'éponge et reconnaitra l'existence de la république communiste Chinoise quelques années plus tard... ), n'étaient pas vraiment des enfants de coeur, et lorsqu'on connait l'état du pays avant l'arrivée des français, on comprend que le pouvoir était partagé et disputé déjà entre l'Etat Viet, les lettrés, les militaires, les sectes, les chrétiens, des groupes de notables, les minorités, les chinois du Vietnam, les politiciens, et les seigneurs locaux... Un vrai foutoir ! Il n'y avait donc pas d'unité contre les français, chaque groupes ou institutions défendaient sa part du gateau à sa façon. J'ai un très bon ouvrage à ce sujet... Quand on connait la résistance vietnamienne lors des deux guerres du Vietnam, on comprend que la colonisation ne s'est pas faite sans accords sur place...
Résultat, à l'indépendance beaucoup de locaux ont payé leur attachement à la France très cher : assassinats, destitutions de leurs biens, privations de droits et départ du territoire... Ce bel exil vers la métropole...
On oublie aussi souvent que les minorités ethniques étaient les grandes gagnantes de ces colonisations. Car pour la première fois depuis la création des pouvoirs centraux viet, khmer, lao et thai (ce qui veut dire depuis fort longtemps !!) elles recouvraient l'égalité vis à vis de la majorité dominante.
Tous les "indigènes" étaient mis sur le même pied d'égalité, et tous pouvaient bénéficier des quelques apports de la colonisation. Ou du même traitement "offert" aux indigènes dans leur ensemble. Ce qui signifie beaucoup pour certaines communautés...
Infrastructures, construction de ponts, respect du droit de possession du sol, de la terre et des biens. Les droits étaient moindre que pour les quelques colons d'Indochine, mais il y en avait plus pour les minorités qu'en l'absence des Français.
Voilà donc l'histoire de ces peuples qui comme le raconte un des ouvrages que je possède : journal d'un sous-officier de bataillon Thai : Indochine 1953-1955, avec le maigre appui de l'armée française, et le courage de soldats français parfois volontaires, baroudeurs et soldats de l'impossible, se sont battus comme des guérilleros pour une indochine coloniale, mais qui permettait au moins à ces peuples d'avoir des droits et une certaine reconnaissance.
Il évoque d'ailleurs les Thaïs noirs et Blancs, ces communautés venus de Chine à la même époque que les Thaïs de Thaïlande, et sédentarisés, passez moi l'expression au Laos.
Je te recommande aussi le témoignage vidéo du colonel Sassi, qui parle de son combat avec les unités Hmong contre le pathet Lao et les vietcongs au nord du pays :
http://www.youtube.com/watch?v=9n0Tc_9NN3A
Ce témoignage est édifiant et fait echo au sort oublié de la guérilla Hmong au Laos aujourd'hui, ou à celle des Karens au nord-est de la Birmanie.
Les colons sont partis, mais l'inégalité entre les hommes est toujours bien présente.
Bien sur avec le silence, c'est aussi l'absence de visibilité et d'informations. Il est préférable de réduire le monde et son évolution constante, et de ne voir que des gentils contre des méchants. Mais en étudiant un peu on se rend compte que les travers humains règnent même chez les gentils...
Rien contre toi, en tout cas, je le rappelle, ton sujet est superbe.
Je voulais simplement nuancer la vision coloniale, qui certes est un acte d'occupation tout à fait condamnable, mais ne se traduit pas forcément partout comme on l'entend... Toujours facile de critiquer le passé quand on en est loin, plus difficile de comprendre ce qu'il se passe lorsqu'on le vit.
Qui nous dit que nos deux guerres africaines aujourd'hui (plébiscitées par les plus radicaux des Républicains Américains - un socialiste français aux ébats légendaires, applaudit par des conservateurs anglo-saxons, on aura tout vu) ne sont pas des guerres de colonisation économique et politique ? le temps nous le dira... sauf si l'on en reste à l'histoire officielle 🙂
Toute vérité n'est pas bonne à dire, mais je me ferai un plaisir de la chanter !
à Ciao bonsoir! 🙂
Ps : ce post ne vise aucunement à justifier l'entreprise colonial, je tiens simplement à contre-balancer en apportant d'autres éléments
Ps2 : j'espère ne pas être parti dans tous les sens. C'était aussi parfois, le défaut de mon illustre maître de recherche en Histoire d'Asie du Sud-Est à l'université... Une pensée pour ce "jeune" retraité 🙂, celui qui m'a donné la passion.
Vous ne pouvez pas savoir à quel point ça compte des commentaires comme ça ! Surtout de la part de personnes qui connaissent le Cambodge et l'Asie, qui voyagent et qui écrivent parfois eux-mêmes... Je ne pense pas mériter tous les compliments que j'ai reçu mais je vous préviens : je suis extrêmement sensible à la flatterie ! Si vous continuez dans cette veine, vous risquez d'avoir à vous esquinter les yeux sur d'autres pages exhumées de mes cahiers remplis de pattes de mouche. Vous voilà prévenus !
Fidèle à mon petit rythme, je vous laisse donc avec un nouveau chapitre de cette parenthèse cambodgienne. Il s'agit de l'avant-dernier, on touche au bout du périple...
VII A l’ombre du Bouddha
Comme toujours, le temps nous rattrape et sonne la fin de notre escapade. Il est bientôt l’heure de reprendre la route de Phnom Penh et de retourner dans la gueule du monstre, comme des Jonas obéissants. Nous retrouvons la guesthouse, où la vie suit son cours entre parties de billard et discussions multilingues autour d’un amok de poulet et d’une cannette d’Angkor. Après nous être entrainés à suturer des bananes sur la table basse de la terrasse, je profite avec Camille de ces instants en suspens, qui précèdent le coucher du soleil. Enfoncé dans un canapé, je lis le Siddharta d’Herman Hesse en fumant tranquillement, me laissant transporter dans une Inde mythique peuplée de princes et de sâdhus inspirés. Le ciel se pare peu à peu de teintes ocre à mesure que le soir approche, repeignant en pastel les murs des bâtiments alentours. Derrière la guesthouse, l’ex-lac Boeung Kak devenu terrain vague retentit de la rumeur d’un match de volley entre jeunes du quartier. L’air se charge d’une tension étrange, comme si il était parcouru d’une énergie indéfinissable et à peine perceptible. Et soudain, la pluie. Pas quelques gouttes tombées d’un nuage égaré, non : le déluge qui s’abat brutalement et qui trempe en quelques secondes quiconque se trouve en dessous. Une odeur capiteuse d’asphalte humide me saisit alors les narines, tandis que je contemple, fasciné, le ciel crever en de grandes cataractes qui viennent laver à grandes eaux la ville poussiéreuse. La terre assoiffée par des semaines d’un soleil de plomb est noyée en quelques instants. Etrangement, comme Tom Waits après une nuit d’orage, je me sens plus propre.
Dès le lendemain, nous retrouvons la salle de déchoc’ de Calmette, où les accidentés n’ont pas pris de vacances. Nous sommes très vite dans le bain, au point que notre échappée sur la côte nous apparaît bientôt comme un rêve un peu flou, du genre de ceux dont on se souvient à peine au réveil. Les jours suivants, nous enchaînons les prises en charge, passant d’une hémorragie digestive massive à un énième trauma crânien. Perfusions, sondages urinaires, sondages naso-gastriques, aspirations endo-trachéales : nous voulions des soins techniques et nous sommes servis. Parfois, c’est à peine si nous avons le temps de nous arrêter pour dire quelques mots aux familles. Heureusement, le rythme n’est pas toujours aussi soutenu et souvent des creux dans l’afflux des malades et des blessés nous autorisent à relever la tête et échanger un peu avec les proches des patients ou avec les soignants. Les infirmiers nous ont acceptés : nous discutons beaucoup avec eux et ils nous invitent même à aller manger dans une gargote près de l’hôpital quand nous travaillons de nuit. Patients et polis, ils répondent volontiers à nos questions et nous permettent de mieux saisir les particularités du système de santé du pays. Malgré nos efforts, nous avons beaucoup de mal à retenir leurs noms. Pour les différencier, nous attribuons à ces soignants des surnoms qui nous parlent davantage : l’as de la perfusion intra-veineuse sera Il Maestro, le moustachu est rebaptisé Mariachi et l’infirmière au laryngoscope devient La Fée Intubation… Une connivence s’installe entre nous, née de la confiance qu’ils nous accordent et de notre application à suivre leurs recommandations.
En travaillant à leurs côtés, je comprends peu à peu que soigner n’est pas qu’une affaire de gestes techniques et de protocoles et qu’il est vain de prétendre prendre en charge des malades en restant aveugle à ce qui les définit en tant qu’êtres. Leur culture, leurs rites, leurs représentations et leurs croyances sont autant de paramètres à prendre en compte pour pouvoir travailler avec eux et non pas malgré eux. Faire un pas vers l’autre pour aller à sa rencontre implique un processus à double courant. Chercher à comprendre celui qu’on a en face de soi implique de dévoiler un peu de ce que nous sommes. Cette démarche m’affecte profondément. La perpétuelle remise en question qu’elle implique entraîne des changements subtils dans ma manière de me comporter, de percevoir les autres, les soins et la vie en général. Cette expérience cambodgienne me travaille, me pétrit et me force à jeter un regard neuf sur mes représentations d’occidental, d’Européen et de Français. Comme d’autres, je pensais qu’un stage dans un pays comme le Cambodge serait l’occasion de venir en aide aux personnes soignées, de leur apporter soins et réconfort dans ces moments critiques de leurs vies. Je prends maintenant conscience que ce sont elles qui m’enrichissent et que je me transforme à leur contact. Comme Tesson le rappelle, le voyage est l’opportunité de muer. Cette immersion dans l’Asie et le Bouddhisme suscite bel et bien une métamorphose. Mes réflexes, mes attitudes et ma pensée se teintent de savoir-vivre oriental, opérant une lente transformation au contact permanent de ces hommes et de ces femmes dont l’attitude me fascine. A la manière de la statuaire asiatique au contact de l’art importé par les conquêtes d’Alexandre, nous nous dégrossissons, nous nous affinons. Touchés par ce peuple si fier et si pudique à la fois, nos carapaces s’érodent et laissent nos âmes à nu. A la merci du soleil dévorant des sagesses orientales, elles s’offrent au changement, à une maturation comparable à celle du raisin dans la vigne. Au bout du chemin les attend l’ataraxie, cette paix de l’âme chère aux stoïciens comme aux disciples du Jardin.
Par le frottement continu de ces deux mondes, le leur et le nôtre, je m’aperçois que la frontière qui les sépare n’est pas si imperméable qu’il n’y paraît. Pour comprendre ce que signifie pour un cambodgien les notions de vie et de mort, de douleur et de destin, de calme et de tempérance, il m’a fallu partir chercher des réponses à l’ombre du Bouddha, ce personnage conceptuel omniprésent dans la culture khmère. Siddharta Gautama n’a-t-il pas commencé sa vie spirituelle et philosophique en quittant le cocon familial, mû par la nécessité de partir voir de ses yeux la réalité du monde et de trouver les moyens d’y faire face ?
En revenant de Siem Reap en bus, je me souviens d’un cambodgien ramenant avec lui une représentation chinoise d’un bouddha. Chauve, ventripotent, affublé d’un sourire béat, le vieux sage était représenté tenant un lingot dans une main et une bourse bien remplie dans l’autre. Une fois la surcharge pondérale et la gynécomastie correspondante rendues à sa satisfaction, l’artiste zélé y a même ajouté un dragon. Après tout, ça ne coûte rien et ça fait sacrément classe dans un salon. Ce bouddha en dit long sur la manière dont est parfois perçue sa doctrine. Ces représentations qui inondent les boutiques de souvenirs d’Asie traduisent le point de vue de leurs auteurs : à l’image des chinois modernes, ils s’égarent souvent sur le sens du message transmis par le personnage en question, le transformant en une sorte de dieu de la félicité, rondouillard et jouisseur, auprès de qui il sera facile d’acheter un peu de chance à bon compte, à grands renforts de bâtons d’encens et d’offrandes de biscuits. Un comble, quand on sait que Bouddha vantait les mérites d’un mode de vie quasi-ascétique et qu’il invitait à reconnaître les richesses et les honneurs pour ce qu’ils sont : des mirages dont il faut se débarrasser afin de progresser vers l’essentiel. A leur décharge, il faut bien préciser que l’Empire du Milieu n’a pas le monopole du malentendu : se rappeler de ce que notre société a fait de la pensée d’Epicure, de la fête de Noël ou de l’idée de Nirvana…
Gautama invite à la libération de la souffrance, à la réappropriation de soi et au refus de tout excès. A ce titre, les bouddhas du Cambodge, de Thaïlande et de Birmanie paraissent plus fidèles au message premier, avec leurs traits byzantins et leurs postures sereines et énigmatiques. Bouddha était un maître philosophique et spirituel mais son essence n’est pas divine. Il n’est que le guide qui montre le chemin mais qui ne peut pas porter sur ses épaules ceux qui décident de le suivre. Un message reçu cinq sur cinq par les adeptes japonais du zen, tradition pourtant héritée du chan chinois. Au Cambodge, la croyance populaire le croit au contraire capable d’exaucer les souhaits et de répondre aux prières. « Help me, Buddha ! », s’exclame parfois le gérant de notre guesthouse, quand il parie sur la mauvaise équipe de football sur internet. « Aide-toi toi-même », aurait répondu l’intéressé ! Une fois le tri fait et le bouddhisme déshabillé de ses oripeaux facultatifs – ésotérisme obscur, approche théiste et métempsycose des âmes empruntée au brahmanisme -, cette pensée apparaît dans toute sa limpidité, claire et froide comme une rivière de montagne. Les parallèles avec l’épicurisme, le stoïcisme et le nouveau testament sont évidents et frappent par leur actualité. Les figures du sannyâsin indien ou du moine zen nippon, ces ascètes ayant renoncé au monde pour partir sur les routes, n’est pas non plus sans rappeler la figure du cynique grec. Tout comme Diogène, Siddharta Gautama coupe les liens qui le rattachent à la société des hommes et qui entravent sa liberté. A l’image du philosophe à la lanterne, il cherche à éclairer ses contemporains sur leur ignorance et sur la souffrance qui en découle. Jésus, en enjoignant ses disciples à abandonner derrière eux leurs richesses et tous leurs biens s’inscrit dans la même dynamique. Ce que l’Occident considère comme un sacrifice, ces hommes y ont vu une libération. Le mode de vie qui en découle n’est pas privation ou négativité mais le résultat d’un acte volontaire, d’une ferme résolution de reprendre en main les rênes de sa vie. Il s’agit avant tout de cheminer vers la paix intérieure, en évitant les écueils d’une vie passée dans l’illusion: la poursuite des honneurs, le désir incessant, la colère, le découragement. C’est dans cette marche vers la vérité et le bonheur que l’homme se réalise pleinement, peu importe que l’on appelle cette lumière ataraxie, nirvana ou communion avec Dieu. Tirer un trait sur la peur, le désir, l’affliction qui nous taraudent dans une ronde infinie, voilà à quoi nous exhorte les sages. Un certain William Hart résume cet état d'esprit dans un livre sur la méditation Vipassana :
« C’est la signification du mot nirvana : l’extinction de ce qui brûle. Nous brûlons constamment d’avidité, d’aversion, d’ignorance. Quand cesse le feu, la souffrance cesse. Ce qui reste alors est uniquement positif. »
A travers ce voisinage avec le bouddhisme et ceux qui s’en réclament, je m’aperçois que le voyage n’est pas seulement transposition du corps mais aussi cheminement de l’esprit. C’est une expérience qui se vit par-delà la géographie. Elle est l’occasion de penser l’altérité et de jeter un regard différent sur ses propres constructions mentales. Routine, habitude, conventions sociales, représentations tous ces éléments que nous tenons pour acquis nous apparaissent alors dans toute leur relativité. Partir vers l’autre, c’est tendre un miroir devant soi. Comprendre ce qui fait l’identité, la spécificité des personnes rencontrées en chemin est aussi prendre conscience de ce qui nous caractérise et comprendre que d’autres manières d’agir et d’être au monde sont envisageables. C’est une odyssée personnelle invitant à la connaissance et à la construction de soi, avec comme mantra l’injonction de Pindare : « Deviens ce que tu es ». Le voyage, par le mouvement qu’il implique est une pulsion de vie. L’immobilité du corps comme de l’esprit se rapproche de l’eau qui stagne : l’existence n’y connaît ni origine, ni but et ne bénéficie plus des apports salvateurs d’un courant frais. Les nomades en faisaient l’expérience au quotidien : la vie implique le déplacement et pour se réapproprier la sienne, il faut parfois suivre le proverbe arabe et jeter son cœur loin devant soi pour partir à sa poursuite.
Je suis allé un peu vite, j'ai continué mon récit avant de voir ton commentaire, Nicolas. Je poste donc à nouveau car ça m'aurait ennuyé de ne pas y répondre !
Là, c'est moi qui te remercie pour ce résumé des enjeux et conséquences de la présence française au Cambodge : connaissant mal cette époque (et peu convaincu qu'une page wikipédia pourrait y remédier avec autant de clarté ), je te suis vraiment reconnaissant de m'avoir - de nous avoir - éclairé sur le sujet. Et avec beaucoup de pédagogie et d'humilité, ce qui ne gâche rien.
J'espère que mes propos sur la colonisation, bien que naïfs et généralistes, n'ont pas été mal compris. Je ne faisais que marquer ma désapprobation de manière très vague contre la domination de l'homme par l'homme dans l'absolu.
Je souscris tout à fait à ta vision des choses concernant le colonialisme : d'un pays à l'autre, d'un contexte géopolitique au suivant, l'administration coloniale s'est comportée de manière radicalement différente. L'idée de comparer la situation algérienne avec celle qu'ont pu connaitre le Cambodge et le Laos me semblerait par exemple absurde. Tout au plus ai-je pu souligner la parenté des guerres (Algérie et Indochine) qui ont parfois précédé les processus de décolonisation. Le silence de ceux qui sont revenus de ces terrains d'opérations est suffisamment éloquent pour comprendre que ces conflits, bien que différents par leurs motifs, avaient en commun la même atrocité, le même quotidien d'horreur.
Comme je l'ai souligné un peu plus haut, je suis convaincu que beaucoup d'hommes de valeur se sont impliqués dans les pays concernés et se sont même battus pour eux, partageant une même passion pour ces morceaux de "France" du bout du monde. Je mets mon grand-père au rang de ces hommes-là. Cependant, et tu l'as très bien dit, le fond du problème concerne davantage le racisme sous-jacent, voire complètement assumé par certains, qui accompagnait en filigrane cette présence. Même des écrivains voyageurs comme Pierre Loti ou Henri Lhote, pourtant des individus des plus cultivés, avaient dans leurs récits des formules maladroites et un peu gênantes pour parler des populations qu'ils étaient amenés à côtoyer. Heureusement, ce sentiment n'était pas la règle chez tous les français qui ont œuvré dans les pays colonisés. Je le dis et je le répète : je suis admiratif du boulot qui a été fait par les Français au Cambodge en ce qui concerne les infrastructures (Calmette, entre autres !), l'architecture, les travaux archéologiques de sauvegarde et de restauration menés à Angkor, etc...
D'autre part, je suis un fervent supporter des initiatives au Cambodge aujourd'hui, menées dans les domaines de la santé (à Calmette, à l'Institut Pasteur) et du développement (éducation, soutient aux populations défavorisées). Parfois accusés de néo-colonialisme, ces bénévoles et volontaires qui travaillent chaque jour main dans la main avec les cambodgiens font souvent un boulot formidable et j'espère moi-même m'engager pour de telles missions dans l'avenir. Là encore, il faut prêter attention à l'état d'esprit de l'organisation avec qui on part, mais c'est un autre débat.
Bref, je te remercie pour ton message. Je pense que nous sommes sur la même longueur d'onde sur cette question !
"J'espère que mes propos sur la colonisation, bien que naïfs et généralistes, n'ont pas été mal compris. Je ne faisais que marquer ma désapprobation de manière très vague contre la domination de l'homme par l'homme dans l'absolu."
J'en étais conscient. Tu ne tiens pas des propos naïfs, bien au contraire.
Le talent de ta plume et la qualité de tes photos, qui ne sont pas que d'uniques photos de monuments cartes postales, le prouvent. 🙂 J'avais le souci d'apporter un peu de ma part dans la compréhension des lieux.
"Tout au plus ai-je pu souligner la parenté des guerres (Algérie et Indochine) qui ont parfois précédé les processus de décolonisation."
Oui là encore. Processus inévitable. Mais sortir d'une colonisation, construire un état dans une période de troubles régionaux et internationaux majeurs, construire une identité, développer son pays, ne sont pas choses faciles.
C'est bien pour ça que des dictateurs africains sont apparus. Dictateurs forts complices avec le Royaume-Uni ou la France encore aujourd'hui...
Toutefois il faut faire attention, car comme je le rappelle, les lieux et les situations sont différentes d'un territoire à l'autre. L'exemple de Mayotte et des autres îles comoriennes est saisissant. Les volontés des peuples issus de territoires si proches, sont bien différentes.
"Parfois accusés de néo-colonialisme, ces bénévoles et volontaires qui travaillent chaque jour main dans la main avec les cambodgiens font souvent un boulot formidable et j'espère moi-même m'engager pour de telles missions dans l'avenir."
On est toujours accusé d'agir. Mais encore plus de ne rien faire...
S'il s'agit d'actions humanitaires de bénévoles, ou de chantiers archéologiques pour la conservation des monuments, je suis pour. Il ne s'agit pas de colonialisme dans ce cas.
Et puis j'aime particulièrement m'opposer à cette vision qui veut que tout blanc qui met le pied dans une ancienne colonie, le fait avec des intérêts sournois... Du même ordre, la croyance en l'unité des peuples colonisés, ou même des diaboliques colonisateurs. Tout n'est question que d'intérêts personnels ou étatiques.
Comme toi, j'espère un jour apporter quelque chose au Cambodge. Peut-être sur le plan humanitaire.
Cela ne sera qu'une action généreuse, qui j'espère fera autant plaisir à moi, qu'à ceux que je servirai. 🙂
Merci pour ton récit, je n'ai pas lu la fin, et j'espère qu'il n'est pas fini... 🙂
Continu pour les photos !
Une pensée aux peuples montagnards d'Asie-du-sud-est, "esclaves" par leur naissance.
Que ces hommes se libèrent et ne soient plus des citoyens de seconde zone...
Chaque périple a une fin, chaque histoire a sa conclusion. Je vous quitte donc avec ce dernier chapitre de mon carnet , en vous remerciant pour vos commentaires qui m'ont accompagné, encouragé et enrichi pendant ces 10 jours de feuilleton cambodgien. Si vous avez pris autant de plaisir à le lire que moi à l'écrire, je suis un homme comblé !
Je termine avec une liste non exhaustive de livres qui m'ont inspiré pour ce récit. On leur doit souvent beaucoup, à ces quelques kilos de papier noircis...
IX Du vent dans les palmes
Aux urgences, je réalise avec difficulté que j’accueille mes derniers patients, prélève mes derniers bilans biologiques et pose mes dernières perfusions. La fin du voyage approche, et avec elle son cortège d’incertitudes. Si l’intérêt de cette expérience cambodgienne ne fait aucun doute à mes yeux, l’avenir est plein de questions : vais-je réussir à me réadapter aux soins en France ? Vais-je parvenir à m’épanouir dans mon rôle de soignant dans un établissement que la conjoncture économique et des impératifs financiers risquent fort de choisir pour moi ? « C’est le propre des longs voyages que d’en ramener tout autre chose que ce qu’on allait y chercher », écrivait Bouvier. Je suis parti vers l’Est avec des interrogations plein la tête et je m’apprête à cingler à nouveau vers ma vieille Europe avec davantage de questions. Au passage, j’ai appris quantité de chose et parmi celles-ci, que le voyage n’a pas vocation de répondre, d’expliquer ou de clarifier. Il a pour caractéristique principale de remettre en question celui qui le vit, de lui montrer un ailleurs et d’autres façons de faire et de vivre, d’étaler devant ses yeux la multitude des chemins possibles.
Durant nos derniers jours sur place, nous faisons la connaissance de quatre étudiantes infirmières française en deuxième année dans une autre école, fraîchement débarquées de l’avion pour effectuer un stage à l’hôpital Calmette. Elles ne connaissent ni la ville, ni l’organisation des services de soins et se montrent curieuses d’entendre le retour d’expérience de deux « troisième année » sur le départ. Nous leur brossons un tableau succinct de ce qui les attend, jouissant du plaisir coupable des initiés, comme de vieux briscards de l’humanitaire donnant leur briefing de fin de mission aux jeunes bleus venus prendre la relève. Maladroites, timides, bafouillant quelques mots d’anglais, elles nous rappellent nos débuts en chirurgie, il y a presque deux mois. Attendris, et aussi un peu vexés d’être remplacés si vite, nous leur souhaitons bonne chance avant de tirer notre révérence. Après avoir fais nos adieux à l’équipe et les avoir remercié pour leur accueil et leur patience de saints, nous quittons l’hôpital, accompagnés par le bruit des feuilles de palmiers s’agitant doucement dans le jardin central : peut-être est-ce la façon du décor de nous souhaiter bon vent ?
Sur le parking de l’aéroport, je me retourne une dernière fois vers Phnom Penh, ce monstre qui gronde de ses mille moteurs vrombissant et qui me recrache enfin, en ce jour de mars. La saison sèche atteindra bientôt son paroxysme. La ville surchauffe, frôle l’ébullition. On me dit qu’à trois cents kilomètres de là, à Angkor, le mercure frôle les quarante-cinq degrés. Pourtant, malgré la chaleur étouffante, je ne suis pas pressé de retrouver la grisaille parisienne et les gelées persistantes d’un hiver tardif. Je quitte le Cambodge comme un dîner entre amis : parce qu’il le faut bien et que ce n’est pas un adieu.
En arrivant à un poste de sécurité, je tends mon passeport à un agent indifférent. Il me gratifie d’un hello, je lui réponds en khmer. Dans un pays dont on est l’invité, la moindre des politesses est d’apprendre à saluer ses hôtes dans leur langue. Immédiatement, le visage de l’homme se fend d’un large sourire. Nous échangeons quelques mots et, avant que je ne parte, il me souhaite bon voyage et me lance, tout sourire : « come back soon ! ». La phrase est un cliché mille fois répété mais j’ai presque envie de prendre ce type dans mes bras. Tout au long de notre stage, le Cambodge et ses habitants m’ont impressionné, étonné, émerveillé, agacé, parfois, mais ne m’ont jamais laissé indifférents. J’ai été fasciné par leur état d’esprit, mélange de courage et d’humilité qui les amène à sourire malgré la douleur, malgré la misère, malgré tout.
Dans l’avion, une violente dispute éclate entre deux passagères, quelque part au-dessus de l’Inde. Les deux femmes, des compatriotes, se hurlent leur mal être au visage, séparées seulement par une rangée de sièges. Pas de doute, nous sommes bien sur le bon vol. Un pays et sa culture ont une influence si grande sur la façon d’être de ses citoyens que c’en est effrayant. Au Cambodge, s’énerver c’est perdre la face, admettre que l’on est incapable de contrôler ce feu qui sommeille en chacun de nous et qui se tient près à tout dévorer à la moindre brise. En France, se mettre en colère est presque une preuve de bonne santé. Un jour, à l’hôpital, alors que nous venions de nous faire invectiver par une veille dame acariâtre, l’infirmière qui m’accompagnait avait commenté sobrement : « C’est une femme de caractère. A ce rythme-là, elle a encore de belles années devant elle. » Contraste.
Une période de réacclimatation sera nécessaire, et je ne parle pas seulement du crachin breton. Les attentes des patients d’ici ne sont pas les mêmes que celles de là-bas. Dommage ? Heureusement ? C’est comme ça, un point c’est tout. Comparer un pays avec un autre, la manière de vivre et d’interagir de leurs habitants n’aurait pas de sens. Il faut prendre les choses comme elles viennent et avancer, toujours avancer. Le voyage est une expérience salvatrice : il fait voir la différence, révèle les forces et les faiblesses de l’homme. C’est une école de la vie où l’on apprend comment tourne le monde. Le voyage montre ce dont l’homme est capable, en bien comme en mal, et quels systèmes il a mis au point pour lui permettre de vivre avec le poids de ses actes.
Si le voyage est d’abord marqué par le choc que l’on éprouve face à la différence de l’autre, il devient tôt ou tard l’opportunité de faire l’expérience de ce qui nous rapproche, de ce qui nous lie avec ces hommes et ces femmes côtoyés le temps de ce rêve éveillé. C’est dans cette prise de conscience que se trouve le sel de l’aventure humaine. Mais partir c’est aussi cheminer en soi, accepter la métamorphose que le voyage implique. Emerveillé par une nature grandiose, bouleversé par les êtres rencontrés, étonné par sa propre capacité à remettre en questions ses préjugés, chacun avance sur sa voie. L’esprit entame une longue marche pour se réaliser, pour s’épanouir et trouver au monde une signification qui le rende supportable. Voyager c’est avancer mais c’est donc aussi se faire violence. Le changement fait peur, l’inconnu tétanise. Se diriger vers ce que l’on ne connaît pas est donc un acte délibéré consistant à se mettre en difficulté en étant persuadé que l’on ressortira grandi de cette épreuve. Voyager c’est aussi un peu se vaincre soi-même.
En retrouvant la France et le temps maussade d’un hiver qui traine en longueur, je suis sujet à des sentiments ambivalents. J’éprouve une sorte de tristesse à l’idée que cette parenthèse cambodgienne soit terminée mais également une forme de satisfaction d’avoir pu mener à terme ce projet et, par-dessus tout, de ce qu’il m’a apporté. Après deux mois à naviguer entre bouddhisme et invasion consumériste, entre temples centenaires et pièges à touristes, entre nature sauvage et dépotoirs à ciel ouvert, après avoir contemplé de mes yeux la pauvreté et les inégalités flagrantes d’une société en mal de repères, je reviens différent. Les cambodgiens m’ont touché et j’ai la conviction que sans ce stage auprès d’eux, mon cursus n’aurait pas été le même. Je n’oublierai pas l’intensité des moments que j’y ai vécu, ni les sourires de ceux que j’y ai rencontrés.
En quittant Angkor, je me suis promis de retourner un jour en Asie pour la parcourir en toute liberté. Aujourd’hui, cette pensée m’accompagne tandis que je fomente de nouveaux plans d’évasion pour échapper de nouveau à la morosité d’un quotidien routinier. Pressante, la route fait entendre son appel. Je sais qu’il me faudra lui répondre avant de ne plus entendre cette petite mélodie, vite assourdie par les tracas anodins d’une vie trop sage. Il faut parfois savoir plier bagages, comme nous l’avons fait pour ce stage si particulier. Comme l’écrit Sylvain Tesson : « Il est des actes que rien ne fonde. Et lorsqu’on entend résonner l’infrangible appel du voyage, ou de l’écriture, il faut y répondre, sans en chercher l’origine ». Cette expérience marque donc le terme de mes études mais constitue un nouveau départ dans ma vie. A la fois clap de fin et premier pas à la croisée des chemins, elle m’aura permis d’éteindre certains feux et d’en allumer d’autres.
Bibliographie commentée
Les livres sont des compagnons qui ne déçoivent pas. « Aussi nécessaires que des couteaux suisses » selon Knut Hamsun, ils sont des objets magiques. Ils sont autant de fenêtres ouvertes sur des mondes à la fois proches et lointains, auxquels chaque page donne vie. Voici ceux qui m’ont accompagné durant cette parenthèse cambodgienne.
Les bibliophiles curieux trouveront peut-être leur bonheur à Phnom Penh dans les rayons de la librairie du Centre Culturel Français, Carnets d’Asie.
Herman HESSE, Siddharta. Le livre de poche. Edition 35, décembre 2011.
Le roman d’une initiation. Monod estimait que les philosophies et les sagesses étaient autant de chemins permettant de gravir la même montagne. Dans ce livre, Hesse nous parle de ce cheminement vers la lumière. Une odyssée spirituelle et philosophique à l’époque du Bouddha.
Jorge Luis BORGES, Qu’est-ce que le bouddhisme.Folio essais, février 2010.
Une explication des principales caractéristiques de cette pensée, à la fois philosophie et religion, qui a changé la face de l’Asie.
William HART, l’art de vivre.Points, Sagesses. Septembre 1997.
Une immersion dans l’hindouisme et le bouddhisme via les techniques de méditation Vipassana, destinées à soulager les êtres de la souffrance. Un peu technique pour le profane, mais enrichissant tout de même.
Alexandra DAVID-NEEL, le Bouddhisme du Bouddha. Pocket. Mai 2012.
Une présentation pleine de passion du bouddhisme, en particulier celui rencontré au Tibet où Alexandra David-Néel fut la première occidentale à pénétrer.
Alexandre POUSSIN et Sylvain TESSON, On a roulé sur la Terre. Pocket, mars 2009.
Peut-être un de ces livres qui changent une vie et qui prennent, du point de vue du lecteur converti, les traits d’un objet quasi-sacré ? En tout cas, même s’il n’évoque le Cambodge que de manière succincte, il est très clair pour moi que sans ce livre, notre voyage au Pays du Sourire n’aurait jamais eu lieu…
Sylvain TESSON, Géographie de l’instant. Edition des Equateurs, octobre 2012.
Tesson, écrivain-aventurier infatigable, rassemble les écrits qu’il a publiés dans divers magasines spécialisés et au travers desquels il livre sa vision du monde et du voyage.
Pierre-Régis MARTIN et Dy DATHSY, Parler le cambodgien, comprendre le Cambodge. Régissy Editions, 2012 (deuxième édition).
Destiné à former les médecins des ONG venus effectuer une mission humanitaire au Cambodge, cet ouvrage permet à la fois d’apprendre les bases du khmer parlé (notamment le vocabulaire médical) et de se familiariser aux traditions du pays. Un guide précieux durant notre séjour !
Bruno DAGENS, Les Khmers. Editions Les Belles Lettres, Guide belles lettres et civilisations, novembre 2005.
Une description des principaux aspects de la société khmère à l’époque où cet Empire était l’un des plus puissants d’Asie et érigeait des temples-montagnes en l’honneur de ses dieux.
Claude JACQUES et Michael FREEMAN, Angkor, Cité khmère.
Peut-être l’un des meilleurs livres à avoir en main lorsqu’on fait le choix de parcourir les temples angkoriens par soi-même. Clair, précis et bien illustré. Une mine d’informations.
Mes pattes de mouche sont loin d'arriver à la cheville des écrivains-voyageurs dont les récits m'inspirent x.
En tout cas sur ce forum tu n'as pas énormément de rivaux ! Je t'ai lu en diagonale (la lecture à l'écran est un obstacle en ce qui me concerne) mais les quelques passages sur la description de la médecine à deux-vitesses, la façon dont cela se traduit au quotidien, m'ont passionné. Bonne ambiance Orwellienne : j'ai pensé à "Histoire Birmane" voire aux romans graphiques de Loustal ou à Zweig ("Amok") pour l'atmosphère... Bravo !!
Merci encore pour ceux qui ont commenté ces dernières lignes et désolé pour la redondance de mes messages de remerciement : je ne m'attendais pas à ce que que ça vous plaise autant et j'arrive au bout de mon vocabulaire de gratitude !
Je suis bien conscient que lire une écriture serrée sur une page web n'est pas des plus agréable, comme le disais Muhammad, mais croyez-moi si je vous dis que c'est bien plus lisible que dans mes cahiers !
Comme vous, je suis fasciné par ces hommes et ces femmes qui savent trouver les mots pour retranscrire au mieux le cours de leur pensée et de leurs expériences en voyage. Poster ici mes propres impressions était une excellente opportunité de les confronter avec vos propres ressentis de ce pays si particulier.
Comme je le disais un peu plus haut, il me tarde de repartir sur la route, à la rencontre de ces lieux que je connais mal et des personnes qui les habitent pour continuer à jeter mes découvertes sur le papier. Des projets de voyage s'entrechoquent das ma caboche et demandent encore quelques mois de réflexion et d'économie avant de voir le jour.
Pour ceux à qui ce carnet a plu et qui sont assez fous pour en demander encore, je suis actuellement en train de reprendre mes notes prises lors d'une randonnée de quinze jours sur le GR20, ce sentier de légende qui traverse la Corse du Nord au Sud. Je ne sais pas exactement par quel biais je vais les publier (dans les carnets de voyage forum, sur un blog ou prendre une chronique dans Closer) mais vous m'avez donné bien envie de ne pas laisser moisir tout ça dans une malle !
Je n'ai pas tout lu .... mais une grand partie, en fait j'ai peur d'attraper une autre vision du Phnom Penh que je connais et que j'adore ... au contraire de toi je n'ai aucune envie de m'en arracher ne serait ce que quelques jours, je m'y sens que trop bien, même auprès de ce qu'il convient d'appeler ses " misères " ... mais pour qui ... ? et il faut savoir les appréhender et leur donner ici dans les rues un autre nom ....
Il faut faire attention, ici à Phnom Penh, de ne pas tomber dans un surcroit de misérabilisme .... même si certes aux yeux du touriste, ou voyageur, de passage il est clair que parfois elle saute aux yeux de manière implacable, mais je dirais qu'elle est sournoise et que le khmer sait l'apprivoiser et en profiter pour en tirer un parti aux yeux de ces mêmes voyageurs ....
Je ne renie pas qu'elle est là .... mais pas si présente que cela, et de même que le S21 ou les Killings Fields sont un prétexte à leurs yeux pour tirer quelque argent du touriste, la façon qu'il ont de vivre leur vie au jour le jour diffère totalement de notre manière d'appréhender un quotidien .... déjà leur vision de la vie est faite au jour le jour, un matin succède à un autre matin, et quelque soit celui ci il faut passer la journée et ce ne sont pas les " vestiges " du passé qui aideront à parcourir celle ci .... le khmer n'est pas un passéiste, et n'a pas de vison de l'avenir ... sa vie est faite de son quotidien, le passé ou l'avenir n'a pas de prise sur celui ci .....
Perdre un enfant la veille et rire avec ses amis le lendemain sont deux choses normales .... on ne traîne pas un chagrin, il est source de nuisances dans le déroulement de la journée à venir ....
Après il est clair que côtoyer les souffrances sur des lits d'hôpital est une autre chose et donne peut être une perception plus mal aisée et plus " extrémiste " de leur vie ..... mais il en est de même pour nous Européens ...
Dommage que l'on ne soit pas rencontré à Phnom Penh, on aurait eu des discussions " intenses " .....
Merci pour tes lignes sur mon pays d'adoption, et bonne continuation .....
Je me joins aux compliments...Une très belle plume et un texte remplit d'humanité et d'humilité....Un plaisir.....bravo et merci ! Je ne connais pas (encore) le cambodge mais j'espère avoir la chance d'y aller prochainement.😉
Pour ceux qui sont venus à bout de ce récit et qui sont assez fous pour en redemander, je vous propose mon récit en feuilleton d'une randonnée à travers les montagnes corses, sur le célèbre GR20... Un voyage du corps et de l'esprit, de ceux qui vous transforment en profondeur après vous en avoir fait voir de toutes les couleurs.
Un très beau récit dans ce pays où j'ai eu la chance de voyager et que je retrouve et une belle expérience pour mon oreille d'infirmière uni n'a pas eu l'occasion lors de ses études de faire un tel stage . Merci
Merci pour ce magnifique témoignage, poignant, admirablement bien écrit! ETudiante infirmière aussi je cherche à réaliser un stage à l'étranger pour ma 3e année, je n'ai pas de préférence particulière quant au pays, mais je pensais qu'il serait plus intéressant d'aller dans un pays où l'on peut communiquer avec les patients et les professionnels, donc a priori pas le Cambogge. Mais ton témoignage m'a touché et m'a donné cette impression que même sans la langue, tu as pu créer du lien avec les gens et vivre un stage formateur et enrichissant à tous les niveaux : techniques, connaissances, mais aussi humain.
Du coup je me dis que je pourrai peut être aussi regarder du côté de l'Asie en particulier du Cambodge. Avec quel organisme es-tu parti? Combien est-ce que ce stage t'as coûté?
And we still haven’t seen everything!
Before setting off for new horizons at the end of this year, it’s time for me to share my trip to Cape Verde this summer 2025.
I particularly love these spontaneous trips, and our stay in Cape Verde is one of those because it was only at the beginning of April that we decided on this getaway, which had been catching our eye for a while, given our love for the mountains.
As always—well, when it’s open—I turned to VF, and I want to immediately thank Marie, aka ptitortue, who helped me a lot in planning this trip through her travel journals and our exchanges!
Because Cape Verde is both small and vast! We decided not to rush from one airport to another, to enjoy the places and the people, but also to relax, since the work backlog from being stuck in May (see my previous travel journal 😅) had to be caught up on in June.
So, 4 islands will be our winners from 06/28 to 07/19:
Santiago first for logistical reasons, as round-trip flights from the capital Praia were the cheapest (650 €/person from Lyon via Lisbon with TAP, still!)
São Vicente, because it’s the gateway to the next one but ultimately more than that...
Santo Antão, pretty much the main goal of the trip since Marie (and the photos) had really sold it to me.
And finally, Sal Island, for some rest—a non-negotiable condition for my other half—and we’ll see that I should’ve listened to Marie...
That said, what a chatterbox I am—buckle up, flight attendants at the doors, off we go on new beautiful escapes! (Thanks to Sophie for the easy loan)
Last note for my eager fan club 😏: yes, there will be alcohol—how could there not be in the land of grogue!
I’m sharing a little recap of this new 4-week trip to China—nothing fancy, just my experience.
We’re taking advantage of the extended visa exemption to return to China for the 4th time. I loved last summer’s trip so much that I’m a bit worried about being disappointed this year. Plus, I’ve had a few hiccups before this departure: my WeChat account got blocked, and I couldn’t recover it (luckily, Alipay still works fine); I couldn’t verify my 12306 account for weeks; Trip.com failed to book our second train; and I’ve got an injury that’ll slow me down during the trip... Ugh, I hate starting a trip with these kinds of issues. Then, oh surprise! Just before leaving, my 12306 account got verified! Super easy to use from that point on—I could book a few train tickets without fees.
We’re sticking with Free’s e-SIMs, which work great in China.
August 2–3
Anyway, on the morning of August 2nd, we took the RER to CDG. As usual, we couldn’t check in online. It’s always a bit frustrating, especially since we didn’t have any checked luggage. We flew with Air China. We arrived at the check-in counter at 9:50 AM, 2 hours and 40 minutes before the flight. The line for our check-in stretched 300 meters across the airport in both directions. What a joke!! We spent 1 hour and 45 minutes in that line just to reach the counter and get our boarding passes. By then, it was 11:35 AM, and boarding had already started at 11:20 AM. The screens showed a 25-minute walk to our gate—on the other side of the airport, of course—plus we had to go through passport control and security... Long story short, the plane didn’t leave without us 🙂 We boarded among the last passengers, and we took off at 12:30 PM. We’d flown Air China four times before, but this time, it felt *really* low-cost. The check-in chaos, the cramped seats (12 seats per row), no music by artists known outside China, mediocre food, and a boarding area at Beijing Airport with only 10 seats—worthy of Ryanair or EasyJet. And yet, the price was sky-high. Again, D.’s vacation requests were denied outside of July and August, so we’re traveling from August 2nd to 30th. We couldn’t have picked a worse time for inflated prices, and with the situation in Iran, we got hit with a 390 € fuel surcharge. I’ve never paid so much for flights—I felt like I’d bought business class, but nope, far from it!!
We landed in Beijing around 4:15 AM. It was 28°C with thick fog. We drove and drove and drove for 20 minutes, as usual in Beijing. Then we went through a first check, a second check, a third check, and waited for our connecting flight at 6:40 AM. A small Airbus A320, but way more space than in the Boeing 777 from the first flight. We landed in Kunming, Yunnan, around 10:15 AM in the rain.
We headed to the subway. You can’t pay at the machines with Alipay here either, so we set up the transport QR code directly in Alipay to scan at the subway gates. The process is a bit long the first time if you haven’t entered your info before, but once it’s done, it’s *so* much easier! We took Line 6 to the terminus for 6 yuan each.
We’d booked a hotel nearby, on the 16th floor. It’s actually studios on different floors of a huge residential building. The view’s pretty nice from here. We settled in quickly—back to those wooden beds, or rather, mattresses as hard as wood, which we *hadn’t* missed...
Then we went out for our first bowl of noodles of the trip and wandered through the shopping streets of the old town.
It was crowded, and the weather was cool—around 19–20°C. We tried a local specialty: milk skin, thick, dried, then grilled with rose jam. Yeah... we won’t be having that again. The taste and texture of the milk skin... no thanks.
We saw a lot of wild mushroom hotpot too. It’s on our list for later. We also passed through the Jinma and Biji gates, where I played with reflections in puddles. I *love* doing that 🙂
At the end of the day, we headed to a temple advertised as open 24/7 on Amap. Of course, when we got there, it was closed. We’ll go back tomorrow. That was the first of many disappointments with Amap this trip—I hadn’t had that issue on previous visits.
We were exhausted after that sleepless flight. Night was falling, and we decided to grab a quick bite without much appetite. We shared a delicious vegetable fried rice for 12 yuan—we even left half of it. The portions are *huge*.
After a couple of small purchases, we headed back at 9 PM, wiped out, after walking 17 km between the airports and these first steps in Kunming. I expected to see quite a few Western travelers here, but we didn’t spot a single one. Instead, we met lots of curious Chinese people, many of them super friendly and helpful—almost *too* eager, like when they’d run to serve us as fast as possible. It’s a bit much, but it’s great to be back!
Hi everyone, I’m Patrick, 67 years old, a seasoned traveler (already 22 trips outside Europe).
In autumn 2025, I took my first 3-week trip to Japan, with stops in Tokyo, Kamakura, Matsumoto, Kamikochi, Takayama, Kanazawa, Kyoto, Nara, Osaka, Koyasan, Tokyo again, and Nikko.
I wanted to go back in May 2026 and explore some lesser-known places to complement my first trip.
Last year, there were four of us traveling together to discover Japan (a fairly classic itinerary). This time, I’ll be traveling solo for part of the trip and with a couple of French friends for the rest.
The weather was gorgeous in May, averaging around 25°C, with two very hot days in Kyoto and only two rainy days.
As usual, I organized everything myself, gathering plenty of information from various sites, including this one.
Transportation:
An ICOCA card is essential.
I got a 5-day Kansai-Hiroshima pass because I took the shinkansen between Hiroshima and Osaka three times, and it paid for itself quickly.
Accommodations:
Mostly through Booking. No issues at all. Average cost was 46 € per night.
Meals:
For breakfast, I alternated between buying food at a konbini to eat in my room or on the train and grabbing something at local cafés.
For lunch and dinner, I tried to vary my meals as much as possible—lots of sashimi, sushi, and ramen.
Okonomiyaki in Osaka and Hiroshima.
Oysters in every form (raw, grilled, fried) in Onomichi and Hiroshima.
A variety of seafood (shrimp, shellfish) in Hiroshima and Matsumoto.
Fish whose names often escaped me, but notably mackerel and eel (unagi).
Tempura and gyoza.
Chicken skewers (yakitori) and one teppanyaki meal.
One omakase meal (9 different dishes).
In the end, not much meat aside from a few yakitori skewers. No splurges on super expensive wagyu or Kobe beef.
Average dinner cost: 4,800 yen, drinks included.
The Itinerary:
Day 1: Departure from Brussels
Day 2: Arrival in Osaka
Day 3: To Himeji, then Kurashiki
Day 4: To Fukuyama, then Tomo no Ura, then Onomichi
Day 5: Cycling the Shimanami Kaido
Day 6: To Takahara, then Hiroshima
Day 7: To Kyoto to attend the Aoi Matsuri parade
Day 8: To Miyajima
Day 9: Hiroshima, then Kyoto
Day 10: Southern Kyoto
Day 11: Northern Kyoto
Day 12: Final day in Kyoto, then to Nagatsugawa
Day 13: Start of the Nakasendo Trail (Magome to Tsumago)
Day 14: Second day of the trail (Kiso Fukushima)
Day 15: Third day of the trail (Narai), then Matsumoto
Day 16: To Mt. Fuji (Kawaguchiko)
Day 17: To Tokyo
Day 18: Excursion to Enoshima and Kamakura
Day 19: Flight home, with a 10-hour layover in Hong Kong
Day 20: Arrival in Brussels
"So, my little wanderers, back at the decks? What’s this mystery destination you’ve got in store for us at the start of the year?"
Yes, the schoolyard bell’s ringing again! We’re hitting the road... or rather, the skies! At first glance, our destination might surprise more than a few. First off, simply because I was here exactly twenty years ago, and I don’t usually like retracing my own footsteps. Secondly, because the name of this place screams mass tourism—basically the opposite of what Flo and I look for.
Despite that, in this land of backsheesh, I’d promised myself I’d come back one day to experience it my way. And since Flo told me, during our wanderer chats, that this destination straddling Africa and the Middle East was in her top 2 travel dreams, the stars aligned for this roots-style trip to quickly make it onto our pharaonic festivities program! Unless you’re totally clueless in general knowledge, you’ve probably guessed by now—we’re off to Egypt! Of course, a few classics will be on our itinerary, but above all, we want to soak up a culture that can’t be appreciated in four-star resorts or on a Nile cruise boat. And let’s be clear, these next two weeks won’t be a walk in the park—neither for our two daughters who are joining us, nor for our bodies!
And that’s clear from the get-go: after our first flight, eight hours of trying (and failing) to sleep on Milan airport’s metal seats, our second flight, landing, passport stamps, our Uber ride, and our first Cairo kilometers, we finally drop our exhaustion at the little guesthouse we booked in Giza. Doesn’t all that energy deserve a little reward?
Oh, absolutely! And here it is: a full-on slap in the face for everyone! But just look at this view from our hotel terrace? For 20 € a night for four, even with this incredible view, I figured the room must be pretty shabby, right? Nope... Is the staff rude, then? Nope... Okay, so what’s the catch? You’re gonna tell me breakfast is included too? Well, yes! Honestly, this Egypt trip is off to a great start.
And the rest of the afternoon, spent rubbing shoulders with locals, only confirmed this vibe. After digesting our pyramid view, we dove into the hustle and bustle of our neighborhood with the goal of exchanging money, eating at street stalls, and testing the hospitality of the locals. Ten out of ten!
Eight little sun breads with baba ganoush and falafel? 80 pounds, or 1.5 €. A dozen Middle Eastern pastries? Same! 80 pounds! Two hawawshis, those little pita breads stuffed with meat and spices? 10 pounds each, or about twenty cents! Not to mention all those smiles and free "welcomes" left and right!!!
What a welcome! We end this first day with a sunset over the three sisters of Giza—where we’ll obviously be gawking tomorrow...
Alright, this year, we're heading back to South America!
The initial plan was to retrace the route we imagined in the summer of 2020: a trip to northern Argentina starting from Córdoba.
Unfortunately, the flight to Córdoba no longer exists, and airfares to Javier Milei’s country are both outrageously priced and involve multiple layovers.
So, I tweaked Google Flights every which way and finally found a flight within my budget—departing from Clermont-Ferrand!
Not to Argentina, though...
Our transatlantic flight will cross the snow-capped Andes, landing in Santiago, Chile, with a return from Lima!
In between, two domestic flights and a big road trip loop starting from the coastal city of Arica to explore the treasures of northern Chile.
Our mode of transport: a pseudo 4x4 that won’t take us through sand dunes or devilish tracks but will let us tackle the entire secondary network, including unpaved main roads, while still being insured.
Is the suitcase packed with all-season clothes?
Are the driver’s license and passport ready?
Bank cards and a few euros too?
Off we go for just over 3 weeks of southern wanderings!
--/--
To keep all my esteemed readers on track, here are a few maps outlining the Arica-Arica loop!
1- From Arica to San Pedro de Atacama via Pica and the Salar de Huasco
2- Around San Pedro
3- From San Pedro to Cariquima
4- From Cariquima to Putre
5 - From Putre to Arica
Gas stations in this part of Chile are located in Arica, Iquique, Pozo Almonte, Pica, Calama, and San Pedro de Atacama.
Here we go with this second travel journal dedicated to the American West! It’s a must when you love it! 😊
We had left off in the charming town of Bisbee, which once thrived thanks to its copper mines. Today, mining is a thing of the past, and the town seems a bit sleepy.
Unfortunately, I didn’t dig deep enough on-site to answer all the questions my observations raised. Guess I’ll have to *dig* into the subject a bit more... no pun intended! 😊
Let’s hop back in the car and head a little further south to check out the esplanade that offers a view—if you can call it that—of the impressive open-pit mine.
Then, it’s off to the Lowell neighborhood.
Preserved almost exactly as it was, this area must’ve been bustling in its heyday. The vintage cars are still around, storefronts and signs look like they’re straight out of another era, and the whole place has a pretty amazing vibe. You’d almost think you were on Route 66!
Here, we’re not just discovering an old neighborhood—it’s a little slice of American history. And, a detail that’s great for my physical health: the area isn’t too spread out.
Lucky me! 😊
I won’t post too many photos here since I think I can turn them into a future photo exhibit. Between these and some shots from Route 66, I should have more than enough material! So, let’s keep a few under wraps... to preserve the surprise. 😊
It was winter, a winter with beautiful weather,
A season that only exists in the southwest of America,
I remember very well what I told you that morning
A month ago... A century ago, an eternity ago...
We’ll go... wherever you want, whenever you want...
Well, yeah, back from our adventure in our enchanting American West just a month ago, we’re already taking a bite out of one of its lesser-known competitors. "Flo, if you had to pick just one reason to justify your love for the U.S., what would it be?" The greasy, dripping burgers? No, I don’t think I’m going out on a limb by saying it’d be the wide-open spaces... And that’s exactly what our new quest is taking us to—a land on the other side of the globe where the horizon also seems endless, where silence tastes like salty wind and sand, where freedom is measured in kilometers of desert tracks, where the GPS is mostly there to confirm you’re lost in the middle of nowhere... Add to that magic formula the fact that you’ll see more zebras, giraffes, wildebeest, and elephants than people per square kilometer, and you can imagine us setting foot in Southern Africa for the first time, more precisely at the small airport in Windhoek, capital of... of...? Brush up on your geography, damn it! We’re landing in Namibia!!!
To be honest, Namibian landscapes have been flirting with me for ages. So how did I resist this island of temptation for so long? First, the budget. Let’s just say that for the same amount of effort (and kidneys), the bank lets you choose two other adventures almost anywhere else on the planet. Then there were my girls. Yeah, back then, they were too little to dose up on Malarone, the only malaria remedy at the time... Long story short, ten years later, all the planets have aligned. First, I won the Euromillions! Well, almost... Let’s just say my girls are now old enough... not to take Malarone, but to stop following me on all my adventures! Jackpot! "Flo, how about a little two-person caprice, just the two of us, tackling the Namibian tracks?"
As we landed on the runway, first wow effect: The horizon is immense. It’s flat as can be, incredibly flat... So much flat space! Did I mention it was flat?... Looking into the distance, it feels like your gaze could circle the Earth without hitting a single obstacle—until you end up staring at your own backside. "Oh, what a nice view!" Well, it’s the first time I’ve seen my butt from this angle! Touching moment... Sorry, I’m rambling—must be the exhaustion from the three-flight marathon we just powered through via Ethiopia and South Africa... And yet, no time to philosophize about my anatomy. As usual, we want to rack up our first kilometers to be front and center at dawn tomorrow. After wrapping up the tedious Namibian immigration formalities and meeting the 4x4 that’ll be our companion day and night for the next fifteen days, we’re off! We’re not exactly fresh, but we’re ready to tackle the next five hundred kilometers in night mode, cruise control set due south! Just outside Windhoek, the local wildlife—a jackal—welcomes us with a smile: "Welcome to Namibia!" That’s what it said! Honest... Okay, first endless straight road, first flaming sunset, first corrugated dirt track, first Milky Way with zero light pollution... You get it—it’s definitely the day of firsts... First night camping, too, in the big trunk of our Toyota Fortuner parked by the side of the track... The real adventure, the kind that smells under the arms, can finally begin...
I’m reposting here a travel journal originally published on the Routard forum in 2022 during VoyageForum’s hiatus. Without altering its content, I’ll try to streamline it. The few comments on the political situation reflect my feelings at the time and don’t account for events since then! I’d rather avoid debates on the topic. The photos are nothing fancy—just illustrative.
The context: we’re coming out of COVID. We’re looking for a not-too-distant destination, and Jordan has been catching our eye for a while. After some thought, we wonder if we shouldn’t take advantage of the geography to hop over to Israel. After all, Jerusalem is less than 100 km from Amman. Plus, Transavia lets you combine both destinations.
To plan our trip (February 19 to March 4, 2022), we contacted three French-speaking agencies in Amman. Their itinerary proposals were pretty similar, but the prices varied significantly. Given the many positive reviews we read on travel forums and a very attractive rate compared to competitors, we quickly settled on Ahmad Ababseh’s agency. Still, deep down, we had a slight worry—so many glowing reviews seemed a bit over the top, but we took the chance.
During the preparation, which happened in a very short timeframe (less than 10 days), Ahmad didn’t provide detailed roadbooks, and we made do with brief email or phone exchanges. Few details were shared either. We discussed hotels, with Ahmad preferring the ones he knew. We picked our hotel for our arrival in Amman, but before agreeing, Ahmad insisted on inspecting the rooms.
For payment, Ahmad only asked for a 500 € deposit and trusted our word for the balance, which we paid upon arrival. He also committed in writing to refund the full deposit if our trip was canceled due to COVID.
Finally, for the Israeli part, Ahmad contacted an agency in Jerusalem to handle the logistics. He didn’t take a commission.
Off to Southern Africa again! This time, the trip wasn’t just about wildlife—it was also about the local cultures and the breathtaking landscapes Mother Nature has to offer. It was an emotional rollercoaster in every way, as you’ll see.
We visited two countries: Zambia, known for its reserves, and Malawi, which is less well-known but absolutely worth a visit. Our flight landed in Lilongwe, Malawi’s capital, where our vehicle was waiting—though with a 3-hour delay. It was a 4x4 without the rooftop tent this time, since we stayed in lodges (prices are very reasonable in Malawi). Just a heads-up: don’t exchange money at the airport or banks—the official rate was 1,750 Malawian kwacha to $1. On the black market, the rate was between 3,000 and 3,500 kwacha, making the cost of living much cheaper.
With that out of the way, our first stop was South Luangwa National Park in Zambia. The first hiccup came at the Malawi-Zambia border: we were missing a document the rental company had forgotten. After some back-and-forth, they sent it via WhatsApp ($20 to get it validated by the police). But things got worse—the car’s chassis number was off by one digit from the registered one. I thought our trip was over before it even started! After what felt like forever, we got through with a "tip" of $200. Total border crossing time: 3 hours, costing nearly $400. We arrived in South Luangwa after dark.
Thankfully, the next day made up for it with an incredible day in the park (check out the photos).
We spent two full days in South Luangwa before heading to Katete for the Kulamba ceremony.
Kulamba is an annual event held at the end of August, celebrating the Chewa people, who live across Zambia, Malawi, and Mozambique. The Chewa king attends, and representatives from neighboring nations bring offerings. Thousands gather for dances, speeches, and a massive market. There are few tourists, making it a truly authentic experience.
After a few days in Zambia, we returned to Malawi (the border crossing this time was smooth—just 45 minutes). Next stop: Lake Malawi.
Lake Malawi covers over 20% of the country and stretches 580 km. It’s home to a family of fish called cichlids, some of which are endemic to the lake. I recommend taking a day trip from Cape Maclear for snorkeling and to watch the fishing eagles swoop down to catch fish.
We hit the road again to visit Liwonde Reserve, where we had a few surprises. The lodge was on the other side of the river that borders the park, and the elephants didn’t seem to care. On the way from reception to our rooms, elephants blocked our path, and one even charged just before the stairs leading to our treehouse-style rooms.
To top it off, monkeys ransacked our rooms, tearing through plastic bags for food. A mixed experience, but no real harm done.
Next up: the mountains, specifically the Mulanje Massif. This is where Malawi’s tea is grown, and it’s also a great spot for day hikes or multi-day treks. The scenery is stunning, though sometimes the mist rolls in and hides it.
After the mountains, we visited another reserve: Majete. The park is growing and now has more wildlife. We saw lions and even caught a fleeting glimpse of a leopard. And of course, the elephants got involved again—this time giving us a real scare.
During the morning game drive with a guide, we stopped to watch a herd of elephants feeding. Everything was fine until, for some reason, a female got spooked—probably for her calf—and positioned herself in front of us on the track. After a few minutes, we thought the elephants would move on, but then a young one started provoking us. The problem? We had females and calves in front of us, but also two large adult males—one behind us and one to the side.
We were trapped, and even our guide looked nervous. After what felt like an eternity (though it was only a few minutes), the herd finally moved on, freeing the track. That afternoon, we did a self-drive safari and—you guessed it—we had zero interest in running into elephants again.
The next day, we headed back to Lilongwe for our flight home. It was a fantastic, varied trip with some intense moments (sometimes *too* intense). Malawi offers amazing opportunities for those who want more than just wildlife reserves.
Preamble:
Africa was calling to me, so a year ago, with our usual travel companions, we decided to return to the continent we love so much.
Where to go?
Uganda quickly caught our attention—wildlife we’re used to seeing, plus gorillas and the shoebill we missed in Zambia.
We got in touch with Paul, who’s been mentioned several times on the forum back in September, booked our flight tickets, secured the gorilla permits, and by early October, the most important things were done.
We still had plenty of time to hold our "prep meetings" for the final itinerary.
Three days before departure, I sprained my ankle (my weak spot, as you’ll recall from our Colombia trip).
I wasn’t in great spirits, but after a year of waiting, nothing was going to stop me.
We’d see how it goes!
Off we went for our new adventures
After as many weeks as I have fingers on my right hand, we're hitting the road again, fully recovered from our pharaonic adventure. Back in France to drop off our daughters (sorry, girls!), this time it's just the two of us, ready to be welcomed by a new destination. They say it offers one of the richest cultural heritages in the world for those willing to put in the effort. It's the land of the ancient Silk Road, where we'll follow a journey steeped in history and discoveries straight out of *One Thousand and One Nights*. A former Soviet bloc region independent only since 1991, we'll be walking in the footsteps of Genghis Khan, Tamerlane, Alexander the Great, Marco Polo...
Another fun fact about this country: it's strictly forbidden to import porn on your phone. True story. The same goes for painkillers! Unless it's about sodomy—though the two don’t seem connected, that’s just how it is. Don’t ask me why! Anyway, I’m getting off track. Here’s the big question: Where do you think we’ve just landed?... To give you a hint, the locals are known for being incredibly welcoming. No sooner said than done—our first taxi driver, proud to transport French travelers, refused to let us pay for the ride. Great vibes for these two weeks ahead. So, any guesses?
Uzbekistan!!!
So, a new year has begun. It’s time to reconnect with the VF buddies and wish you all my best for 2026—a year I hope is obviously full of travel, since, as I just made up:
"If travel’s good, everything’s good" 😄.
To celebrate, I’m inviting you into my new "travel journal," the one from our latest trip in November 2025, a little two-week adventure.
This time, we headed to The Gambia, a tiny country tucked right in the middle of Senegal, before making our way to Casamance.
The Gambia is English-speaking, Senegal is French-speaking, but the locals? They couldn’t care less—because in this part of the world, they mostly speak Wolof, Fula, Jola, or Mandinka.
Hence the title: Senegambia 😉.
As usual, I’m sharing the live updates I sent to friends and family—super casual, of course.
I know this isn’t the kind of destination that draws crowds, but if you love adventure, laughter, and emotion, it might just be your thing 😊.
I hope this travel journal might interest some people, but since we were completely self-sufficient (tent, sleeping bag, pot, cooking over a wood fire…) almost every day, I don’t have many hotel addresses or great restaurant tips to share! Sorry!
We used the Maio map at 1:50,000 scale. It’s part of the Boa Vista/Sal/Maio map. Bought on Amazon, but currently unavailable as of the latest news.
The people of Maio are extremely welcoming and warm, and we were always more than well received in the villages where we pitched our tent!
We’re usually big hikers, but since Maio is a beach island (gorgeous ones, at that!), we alternated a few hours of walking in the morning with some relaxation in the afternoon: beach, reading, fishing, resting…
1 euro = 110 escudos
Day 1 (Friday) Transfers by plane: Fogo-Praia-Maio
We opted for the plane to save some time on transfers, as the boat connections between Fogo and Praia take a while, and those between Praia and Maio are almost nonexistent.
You should budget around 40-50 euros per flight per person.
There are 2 flights per week between Praia and Maio—on Tuesdays and Fridays when we were there (January 2016), but currently on Mondays and Fridays.
A bit of a delay leaving Praia, but we arrived on Maio without any problems around 4 PM.
We took an *aluguer* (shared transport, 200 escudos per person) to the center of Vila do Maio, but it’s totally doable on foot with a backpack.
Since it was already a bit late, for this first night, we dropped our bags at Big Game Maio. A standard European-style hotel run by a very nice Italian family. It’s a bit pricey for us (5500 escudos for 2 people with breakfast), but after our 2 weeks in a tent on Fogo, we were happy to find a little comfort. And the breakfast is ultra-generous, with fresh products (cured ham, fruit, cheese, bread) and top quality. The hotel restaurant offers dishes that are a clever mix of Italian and Cape Verdean cuisine. Excellent!
Little tip: We didn’t try it, but Big Game Maio offers big-game fishing trips, diving, and quad rentals.
The hotel is 2 minutes from Vila’s beautiful beach, and we went for a dip at sunset and took a stroll around town. They’re redeveloping the waterfront with pretty sidewalks and light stone walls.
Vila beach
Sunset behind Santiago
Day 2 (Saturday): rest day + fishing
After 2 weeks of hiking and since Vila is such a peaceful place where it’s nice to take your time, we decided to spend an extra day there. We took the path heading south along the coast to reach Ponta Preta beach in 20 minutes. The path isn’t very pretty because there’s quite a bit of construction going on, which prevents you from really walking along the shore. Lots of real estate agencies, especially Italian ones, have taken over the land. But Ponta Preta beach is a stunning black-sand beach where we had the whole place to ourselves. We decided to go fishing from the rocks.
At 1 PM, the sun was blazing, so we headed back to Vila and dried the fish for the following days.
At 6 PM, we went fishing again, but this time at night from the rocks at the end of Vila beach.
8:30 PM: back to shower and eat at the restaurant.
The rocks and sea at Ponta Preta
Day 3 (Sunday): from Vila do Maio to Calheta de Baixo, via Monte Batalha (path 101) Hiking time: 5h
Since there aren’t many “summits” on Maio, we decided to head to Calheta de Baixo but via Monte Batalha. We left at 8:20 AM and somehow made it to Monte Batalha by 11 AM (2h40 of hiking). But the path is really hard to find in the middle of the dry grass and acacia trees. We kind of cut through randomly, aiming for the summit. Even though it’s not very high (around 300 m), the view is amazing—you can see all of Maio at 360°!
Short 30-minute break. The descent through the “forest” of acacias is even worse for finding your way. We oriented ourselves a bit by the sun to find the road connecting Vila to Calheta. We arrived around 1:30 PM at Calheta de Baixo. A very pretty little seaside village with colorful houses. An idyllic beach, a newly renovated square, and super-friendly people. We pitched our tent facing the sea on the terrace of an abandoned house (after asking the locals for permission).
We cooked some of the dried fish we’d caught the day before, along with fresh beans we’d brought from Fogo (and were still carrying!).
At the summit of Monte Batalha
Calheta
Calheta de Baixo
Day 4 (Monday): From Calheta de Baixo to Morrinho on foot. Hiking time: 3h. Then hitching a bus to Cascabulho, and a car to Pedro Vaz.
We left around 9:30 AM heading north (path 201), following the coastline where the beaches just keep coming—each one wilder and more beautiful than the last: Praia de Soca, Calheta Braca, Ponta de Pau Seco, Calhetina. We reached the dunes of Baia de Santana. There’s no real path, so you have to follow the coast, then go around the dunes, and when you spot the 3 coconut trees, head east toward them to find the track leading to Morrinho. Again, we discovered a village with a Wild West vibe, with colorful houses lined up on either side of a paved road. Just enough time to accept a drink offered by a local before jumping onto the passing school bus that took us to Cascabulho. There, we waited for a ride. A political delegation of 10 cars drove right past us without stopping. Luckily, one of the cars had a flat tire and came by 30 minutes later—and that one, thankfully, gave us a lift! They were heading to the inauguration of a water pump in Pedro Vaz. So that’s where we stopped too. After getting permission from the school principal, we pitched our tent in front of the village school… and became the attraction for all the kids who kept us company until nightfall! A woman gave us 2 jugs of water, but with all that company, it was tough to take a peaceful shower!!
Dinner: pasta with beans.
We were woken up by rain during the night and had to rush to bring all our stuff inside the tent!
The beaches just keep coming...
The dunes
The 3 coconut trees, a landmark to find the track
Day 5 (Tuesday): Rest day and fishing at Boca da Ribeira beach
We packed up at 8 AM because the kids had school. We filled the 2 water jugs that the woman lent us and headed down to camp at Boca da Ribeira beach, which is a bit further east of Pedro Vaz. It took less than an hour to get there. This time, we really were alone in the world! We pitched the tent and spent the day fishing, reading, playing, and swimming regularly because the sun was beating down hard!!! We caught a nice fish that we grilled over the fire in the evening. With the crabs and shellfish we gathered, we made a seafood rice! Yum! What a feast!
That night, once the tent was zipped up, we felt something like rain on the tent fabric. I decided to go out and gather our things, and then—shock!!! It wasn’t raindrops we were feeling and hearing, but bugs attracted by the light!! Not just a few bugs—a huge swarm of them!!! Thousands of bugs covering the whole tent, the ropes, slipping into the seams and hems! Everywhere! The blue tent had turned green!!! After that, it was a real struggle to get back inside without letting any in! A real challenge, and there were always 3 or 4 that managed to sneak in anyway. Total war!!!
Boca da Ribeira beach
Day 6 (Wednesday): From Boca da Ribeira to Ribeira Dom João. Hiking time: 3h30
We woke up leisurely and waited for the sun to dry our things, damp from the dew. A man passed by, and we gave him the water jugs we’d borrowed, which saved us a trip back to Pedro Vaz to return them to the woman.
We left around 10 AM. We followed the sea to Alcatraz, then headed toward Pilão Cão. The path runs alongside the small hills on our right, and we passed above Lagoa Cimidor. The terrain is arid, and the path is hard to find among the many goat tracks.
After 3h30 of hiking, we reached Ribeira Dom João with 2 young people we’d met along the way.
Since it was a public holiday in Cape Verde, the kids didn’t have school, and with the principal’s permission, we pitched our tent in the kindergarten. She even kindly opened the school toilets for us. The neighbor gave us the water we needed to wash up and cook. We cooked beef steaks on charcoal. A nice change from fish!! Charcoal is a widespread artisanal product on the island. People almost never cook directly over wood but always with these big chunks of charcoal.
The hills on our right
Ribeira Dom João
Day 7 (Thursday): From Ribeira Dom João to Vila do Maio. Hiking time: 3h30
We woke up at 6:30 AM to clear out of the school by 8 AM. The neighbor made us coffee to save time. It took us 2 hours to reach Barreiro, another Wild West-style town! Since we didn’t want to walk on the road, we took the old track and reached Vila do Maio in 1h30.
Last night before taking the plane back to Praia the next day.
Barreiro
The old track
The church in Vila do Maio
That’s where this trip ends!
Maio is truly a magical island! A remote, isolated place with incredible, wild beaches and villages with a Wild West feel—colorful houses on either side of well-paved, well-maintained, and decorated streets. And the locals are so warm and welcoming.
Even for hikers like us, it was a great discovery, and we were able to alternate hiking and relaxation with great pleasure! Too bad the area around Vila do Maio is being overrun by real estate construction—ongoing, unfinished, abandoned…
Hi everyone, we're back from a DIY USA road trip we organized from July 31, 2026, to August 26, 2026.
The destination: The Southwest USA, including Texas, Arizona, and New Mexico. Roughly 7,000 kilometers covered.
The car: A Chevrolet Equinox for two, rented through BSP Auto and Avis. Inside, we had 2 suitcases, a travel bag, two carry-on bags, a Walmart cooler, photo gear, and water bottles (a 40-pack).
The route: Dallas DFW, Fort Worth, Houston, Austin, San Antonio, Alpine, El Paso, Tucson, Sedona, Albuquerque, Amarillo, and back to Dallas to finish with a departure from DFW.
The travelers: Two seniors well advanced in years (73 and 75) but still active (nothing too physically demanding—to stay alive and fund our trips), fully independent physically, though a bit less so mentally. Big USA fans, a country where anything is possible. More walkers than hikers, preferring 3-star hotels over roadside motels, Italian restaurants over US food, frequent stops for photos, museums over nothing, naps over forced marches. Not too whiny, just enough to stay French in the land of the "great Satan," as they say.
Not great with languages—street English (but handy), and my Spanish is non-existent except for: "Hola! Una cerveza por favor!" That’s about it. My wife understands everything but refuses to speak.
The cost of the road trip: Around 12,000 €, including AF flights, the car, gas, gifts, visits, and everything else. Well managed, since we’d budgeted 13,500 € initially.
The positive side: A delight, with those endless open roads. Museums to discover. The realization of the Hispanic presence and its important history in this part of America. Lovely locals. Tourists who were more or less friendly. A terrible Texan accent that was hard to understand. Gas stations that were like real stores, with prepared food, alcohol sold in Arizona and New Mexico, and employees who were always up for a laugh!
The negative side: The heat throughout the trip... 43°C in Dallas at the end. Impossible to walk the streets. Lots of homeless people in downtown Dallas. Hotel breakfasts that were always the same. You get used to it.
So, it was positive overall, but the concept is starting to wear us out. We might rethink the DIY road trip model for next time. If the man upstairs grants us more time.
Next up, we’ll wait for the first batch of sorted photos to go through the wringer.
Traveling with just one spare pair of underwear, considering a hot shower a miracle, never staying in the same place too long by sleeping wherever night catches us, taking whatever local, improbable, and rickety transport we can find—this is the DNA of us wanderers. Except this time, the script for our movie is going to be a whole different genre. On paper, the destination doesn’t exactly scream epic adventure: Réunion! And what’s more... we won’t be two, or four, or even ten. We’ll be a solid thirty. All from the same family. Yes, thirty. At this point, it’s not just a trip—it’s a summer camp on the move! Why inflict this on such a peaceful island? Because my brother decided to get married there with his lovely bride. A great idea, you might say... especially when it involves relocating the equivalent of a small Ardennes village 10,000 kilometers from home for three weeks! So who’s stepping up to be the guide and wave the little flag?
So, for an exceptional trip, exceptional stories! Don’t worry, the debates at the supermarket over whether to choose plain chips or roast chicken chips, the beach picnics washed down with ti’ punch, and other rougail sausages to digest by the pool will only make it into the family archives. Here, I’ll stick to the tales of our beautiful escapes, the ones where we explore the wild corners of this little volcanic rock planted in the middle of the Indian Ocean. So where exactly are we headed?
For the first week—the subject of this first installment—we’re taking it easy. We’ll start by rediscovering the coastline, from the Souffleur in Saint-Leu to the Hermitage lagoon, before a little trip to the Cirque de Cilaos and its legendary road with 400 turns, just to get our legs warmed up.
"How about a Christmas market this year, huh? A little romantic weekend getaway...
- Yes! That’d be cool! Strasbourg? Colmar?
- Feels a bit déjà vu, doesn’t it? Plus, slim chance of snow there... And I’d love something a bit more exotic with a touch of originality..."
"Okay, Google, give me the list of the five most beautiful Christmas markets in Europe.
- In fifth place, the Christmas market in Vilnius, the capital of Lithuania.
- Save your breath! Lithuania, here we come!"
We wanted cold, and cold is exactly what we got the moment we set foot in this new, unknown land. As for landscapes, forests and lakes stretch as far as the eye can see across this vast plain, its vegetation scorched by the frost of a winter that’s clearly already well underway here.
Lakes, in fact, set the scene for our first visit to Trakai Castle, whose brick-red towers and walls rise proudly against the azure sky of our first day. Lakes, because this castle was built on an island and is only accessible on foot via a series of walkways spanning half-frozen lake offshoots. I couldn’t have picked a better spot to build my castle! Translation: We’re totally sold! Proof is we spend two hours hiking around the area, alternating between forests, reeds, and cozy houses tastefully decorated for Christmas.
With my girlfriend Christelle, we’ve chosen South Africa for our first trip to Southern Africa, focusing on safaris—after a long debate with a Cape Town/Kruger combo.
But that would’ve meant cutting out St Lucia, which would’ve been harder to fit into another trip.
And St Lucia—thanks to Michel and all those travel journals—we really wanted to go there.
So our 11-night itinerary ended up like this, mostly shaped by school holidays:
- 3 nights in St Lucia
- 1 night in Hluhluwe
- 1 night at Mkhaya Game Reserve (Eswatini)
- 1 night at Hlane Royal National Park (Eswatini)
- 3 nights in Kruger (Berg en Dal / Satara / Tamboti)
- 1 night at Shindzela Tented Camp in the Timbavati private reserve
- 1 final night in Kruger at Lower Sabie
All of this in the off-season and rainy season, just a month after catastrophic floods that killed over 150 people and seriously damaged Kruger’s infrastructure.
I’ll jump straight to St Lucia and skip the loooong journey to get there (with a layover in Frankfurt, landing in Johannesburg, a domestic flight to Durban, and the rest by rental SUV—First Car Rental, perfect, no complaints).
To motivate readers—especially some familiar faces here—I’ll drop in a first photo.
This travel journal is therefore intended solely for my photos, to present a consistent style.
All the shots were taken with a simple Samsung Galaxy smartphone and with whatever was at hand.
All stays combined, I’ve spent the equivalent of three years at most in Thailand, and I’m not a big expert on the country.
However, after many trips, lots of reading on VoyageForum and other sites, and conversations with many locals as well as expats, my view of the country is becoming clearer, though it’s constantly evolving. You never stop discovering and learning.
I guess I wanted to piece together a puzzle, mainly for those who want to get an idea of the country here and for those who miss it.
I don’t know if this minimalist sharing will interest anyone, but it’ll do me good to put it together. After so many months without traveling and then these other long months with VF closed, there’s plenty of material available.
There’ll be a mix of places, periods, and subjects, but it might well be intentional.
I suspect many Thais have dogs because they make excellent guards for the home. Nothing better to deter burglars or to signal the presence of a snake. You’ll often see Thais tapping the top of their dog’s head, but don’t be fooled: it’s a sign of affection from them. Judging by the dogs’ reactions, they’re used to it.
Thailand is one of the countries on the planet where rabies is still present, so keep that in mind. It’s not just bites that can be dangerous, so don’t let just any dog lick you. Especially on a wound, of course.
Even though dogs often fear humans—this dangerous and unpredictable predator—we still need to stay cautious.
Be careful when walking into alleys because the dog will defend its master’s big property, be careful at night, and be careful when they’re in packs.
It sometimes crosses our minds that Thailand isn’t really made for walking around, and dogs are one of the reasons.
That said, it’s not uncommon to see them chasing bikes or scooters. Cars, though, are much rarer—they’re too big.
It seems Thais prefer to give their dogs freedom by not locking them behind gates. Though sometimes the gate is closed, the little side door is wide open. Oh, and sometimes there’s no gate in front of the property, or it’s been broken for years.
You’ll often see dogs sleeping on the side of the road, sometimes right on the road. When you arrive, they move aside nonchalantly—or not at all. It’s less funny when they suddenly appear from thick vegetation, which reminds visitors not to drive too fast. As a result, you’ll notice that dogs with injuries or missing legs aren’t that rare.
Since they believe in reincarnation and respect for all forms of life, they don’t chase dog packs away too much, and they don’t sterilize them enough. Seeing a small pack roaming freely in the countryside, you might think it’s best not to cross paths with them at the edge of a field.
A darker side of this is that euthanasia isn’t often practiced. Twice, we saw dogs at temples on the brink of death, enduring terrible suffering. No one did anything about it. The image (and the smell) of one of them, dying and emitting the stench of death, still comes back to me sometimes.
Some of you may have seen the YouTube vlog of a French woman living in Phuket who was given a little pig by her Thai friends. The well-fed animal quickly became a happy, enormous beast with its own garden. Yet, it didn’t take long for it to fall seriously ill and become incurable. In her video, the French woman described how difficult it was to find a vet willing to perform euthanasia.
You’ll often see bowls by the side of the road. Thais leave food and water in them for stray cats and dogs. Overall, they have a big heart for animals.
If you ever pop into a shopping mall, you might see people pushing their small dogs in strollers. It’s not a gimmick—it’s just that these strollers are provided for customers to put their pets in, otherwise you can’t bring them inside. It looks a bit odd when you expect to see a baby.
When we started looking for a summer destination a few months ago, our first criterion was to avoid extreme heat and heatwaves. We had already been to Norway two years ago and are considering going back in the future for other occasions. So, we had some fun asking ChatGPT which destinations enjoyed a mild climate during the summer without going too far. Among the list provided by the AI were the Canary Islands... The idea of a place we wouldn’t have thought of first, both not too far away and exotic enough, appealed to us: “Hmm, why not?”
This destination had never really attracted me, though Magali was a bit more interested. Five years earlier, COVID had caused a short break in my professional activity, and I had planned a trip because the flight price was attractive, and I was looking for a destination different from what usually appeals to me, more than out of deep interest. From a distance and with a social judgment I acknowledge (it’s not great, but it’s not completely wrong), I had the image of a destination for party-goers enjoying the sun without the slightest interest in local culture, with concrete coastlines and denatured landscapes—everything I detest the most. Still, I had done some quick research on the different islands and spotted Lanzarote for its beautiful volcanic landscapes, hiking trails, beaches, and the impression of a good balance between activity and fewer crowds than Tenerife or Gran Canaria. Then I dropped the idea of going, without ever reconsidering traveling to the Canaries...
Until now! Because we started researching the different islands of the archipelago to see which ones might appeal to us the most. It was La Gomera, the third smallest island of the archipelago, more praised for its hiking trails and preserved nature than for its beaches, away from mass tourism (fifty times fewer tourists than Tenerife) but still a bit more developed than its wild neighbor El Hierro, that caught our attention. Contrary to what might be suggested later, I’m not at all addicted to AI, but I use it from time to time to synthesize quick research or simply for experimentation. Since ChatGPT had started anticipating my tastes lately as if it had become my buddy (often successfully, sometimes off the mark), I asked which Canary Island would suit me best for a trip with my family. The tool answered first with... La Gomera. So, I tested it and teased it a bit to see if this suggestion was well-founded, as the method sometimes makes it contradict itself. But no luck: “You’d appreciate the wild nature of El Hierro, but with family, you’ll find little activity for the kids. You won’t like the touristy vibe of the big islands like Tenerife, Gran Canaria, Lanzarote, and Fuerteventura. You could consider La Palma, but it’s really La Gomera that will suit you best, based on your interests and the criteria given.” So, we dug deeper into our research and were convinced without a shadow of a doubt that this island was the one waiting for us.
Without knowing it, we had Canarians in our circle who revealed their origins when they heard about our travel plans. One from Tenerife insisted we’d be better off choosing Tenerife (obviously...) because it also has preserved spots and that La Gomera, “you can explore it in two or three days, you’ll get bored quickly...” The other, a colleague from Gran Canaria who had never visited La Gomera, still recommended it without hesitation because it turned out her parents had just gone there on vacation: they loved it and had encountered few tourists. She also tended to think this destination was usually the subject of short stays, but according to what her parents told her, taking your time there was also a great idea. However, in our research, the idea that La Gomera is an island you can explore in three or four days max kept coming up. So, we considered combining its visit with La Palma or El Hierro, the other two that caught our eye. But hopping between islands by ferry represents a significant budget for non-Canarians, even more so for a family of four. Then, scrutinizing Google Maps, it seemed obvious that two weeks were too short to discover two islands as they deserve, and that there seemed to be plenty to see in La Gomera, given its very unique culture. After all, we read that some people spend several months a year there, others never even leave... Finally, these landscapes and this atmosphere, which seemed to us a mix of Europe, North Africa, and Latin America, tempted us. So, it would be two weeks in La Gomera, deal!
La Gomera is therefore the second... well, the third smallest island of the Canaries since La Graciosa was recently recognized as a fully inhabited island. It has the shape of a rough circle about 20 to 25 kilometers in diameter and has just over 20,000 inhabitants, half of them in its capital, San Sebastián de la Gomera, the only real town. Like its Canarian sisters, La Gomera is a volcanic formation that rose about 10 million years ago. The island is very mountainous and rugged, covered with red and black rocky landscapes. Geological activity has shaped, between the sprawling massifs that end in steep cliffs in the ocean, six coastal valleys with tropical vegetation that have favored human settlement. They divide the island like slices of a cake; from the north clockwise: the agricultural Vallehermoso, the rustic Agulo, the green, humid, and fertile Hermigua, the sunny capital San Sebastián de la Gomera, the southern and isolated Alajeró-Santiago, and the seaside Valle Gran Rey. They constitute the six municipalities (more like cantons to our French understanding) of the territory.
The large solidified magma massifs that shape the heart of the island have created a large depression more protected from the sun at its center, allowing the growth of a vast laurel forest, today grouped within the Garajonay National Park, La Gomera’s green lung, which has earned it the status of a World Biosphere Reserve. Its completely European appearance contrasts sharply with the rocky and tropical landscapes of the rest of the island. Thus, the climate varies greatly from one point to another on the island: in summer, you can quickly go from a dry and sunny valley at 35°C to a humid forest area at altitude at 18°C.
La Gomera was populated late. As with the rest of the Canaries, human presence is thought to have begun about 2,000 years ago. Groups of animist Berbers, probably fleeing persecution, gradually populated the archipelago, especially the western islands and La Gomera, becoming its small aboriginal population: the Guanches (or later Gomeros). The animist and pastoral civilization of the Guanches thrived until the Spanish takeover in the 15th century, which, after a short period of harmony and mixing with the indigenous people, suddenly ended in bloodshed... La Gomera later became the “Columbus Island” after Christopher Columbus’s stopover, increasing the blending of populations. In the 20th century, many Gomeros emigrated to Cuba and other Latin American countries in search of a better life, bringing back a mix of cultures and traits quite palpable in today’s Gomeran culture. It is, however, in La Gomera that the vestiges of Guanche culture seem to have left the most traces, in the language, gastronomy, social practices... Moreover, most Gomeros, especially in remote villages, have a particular identifiable type and proudly claim their ancestral roots, even making La Gomera a bit exotic in the eyes of other Canarians.
Perhaps that’s why it has never really wanted to develop its tourist infrastructure too much. If we set aside the tourists who visit for the day by bus or boat from Tenerife on a marked itinerary (and whom we ultimately rarely encounter), La Gomera has remained a hidden gem, a destination focused on nature discovery that attracts hikers, nature-loving divers, and scientists for its fauna and flora, and to a lesser extent, beachgoers who don’t seek overly developed coastlines. Tourist activity is therefore limited. Roughly speaking, you’ll find a majority of Spaniards, including a substantial number of residents from other Canary Islands, many Germans who have a particular fondness for La Gomera and spend long stays there or own second homes, to the point that the German cultural footprint is clearly noticeable in some places (it’s said to be Angela Merkel’s favorite holiday spot), and still quite a few French. The presence of other nationalities seemed negligible to us. Most travelers come mainly for hiking, but it’s also a prime spot for whale watching. Additionally, the seaside resorts of La Gomera—San Sebastián, Santiago, and especially Valle Gran Rey—are well-known destinations for hippies, especially German ones, ranging from chic boho hippies to old-school hippies who’ve been there for decades, quite similar to those you’d meet in India in Goa, Rishikesh, or Paharganj. Thus, practices like naturism, vegetarianism, and local organic production are quite well established in some areas.
Some practical info:
- The round-trip flight from Paris to Tenerife cost us 365 € per person (outbound with Transavia, return with EasyJet), including checked luggage and three seats reserved side by side.
- We chose two bases to explore the island: one week in Valle Gran Rey, reputed to be the most pleasant of the three seaside resorts, and one week in Hermigua, more mountainous and close to the natural park. We booked two houses with balconies and views: the first at 120 € per night, the second at 99 €.
- The round-trip ferry between Tenerife and La Gomera cost us 270 € with the company Baleària Canarias, including discounts for children aged 4 and 12, but I don’t have the exact details. It was a bit cheaper than with the other company, Fred Olsen.
- Finally, we rented a car through the agency Cicar for 360 € for 16 days, which comes to 22.50 € per day.
- Apart from that, we didn’t plan anything and decided the day before or even the morning of what we wanted to do. We didn’t invest in any paper guide on the Canaries, as information on La Gomera was scarce, but we used the very comprehensive site La Gomera Travel, a travel guide published by the Canary Islands Tourism Council, a real goldmine of almost exhaustive information on the island.
Alright, off we go for 16 days of adventure discovering La Gomera!
If I close my eyes and think of the Sultanate of Oman, I first smell a light scent of incense, feel the warmth of a sunbeam on my skin, before sand slips through my fingers. I taste the sweetness of a date, a real candy, then the flavor of coffee with a hint of cardamom and rosewater... I hear the desert wind whistling in my ears, the distant call of a muezzin, then the murmur of water. I open my eyes to see smiles, welcoming gestures, a turquoise sea, rocks ranging from ochre to purple, deep wadis where torrents burst forth, orange dunes, white sandy beaches where tiny crabs scurry at full speed. I see incredible oases emerging between arid mountains. I see abandoned villages that I’d dream were full of life, imposing fortresses overlooking valleys, and lively souks where offers are delicate and negotiation is a mutual courtesy.
All that, and so much more.
This is what I tried to capture in my illustrated travel journal, which I’ll fill in here and there with photos.
I drew this journal “cold,” after my return (actually, I made it this summer, while our trip was last winter). It’s a pretty special format—I bought it in Japan without really knowing what I’d do with it. Well, it found its purpose! Below is a photo of this accordion-style journal: here, it’s only partially open, because when fully unfolded, it’s 5 meters long!
For drawing enthusiasts: The accordion format is both a constraint (each sheet is 9 cm x 27 cm) and a freedom (you can create a fresco). The paper is also a bit special: it doesn’t allow for fine lines, but it takes ink well (liner pen). However, everything has to be done almost in one go (with a very light pencil sketch) because it erases poorly. It absorbs too much water for coloring with markers or watercolors (unless you avoid soaking it), but it works well with oil pastels and their use with a brush and solvent. Since it’s yellowish, it allowed me to create contrasts even with white pastel.
On the right, the "welcome marker"—those dates offered everywhere as a sign of hospitality. On the left, a tribute to those stunning doors worn by time, admired all over the old quarters, including the abandoned ones.
Oman is one of the world’s largest producers of frankincense resin. Incense burners are everywhere, from the simplest clay ones to the most precious handcrafted silver ones...
Hospitality will often lead you to accept a small coffee, an "Omani coffee," very light, subtly flavored with cardamom, maybe a touch of saffron, and occasionally rosewater.
Here, I’ve depicted a man in the common everyday attire of Omanis: the dishdasha, mostly white (during the week and daytime; colors are more common in the evening or on Fridays and Saturdays). While you’ll see some men dressed in Western clothes, they’re very few. The white dishdasha is truly the shared attire of all men. The dishdasha, which has no hood, is distinguished by a small pom-pom attached to the collar, the furakha, which is soaked in perfume. And believe me, Omanis go overboard with it! "It smells like the pom-pom" is an expression that’s now part of our shared language, my husband and I.
Another must of men’s attire is the kuma, a small round head covering, usually white with brightly colored patterns. The keffiyeh is also worn (but without the cord called an agal in Arab countries), and it’s mostly worn by those with roots in the desert, from what I understood.
And what about the women, you might ask? Some are veiled, some in full black (but not a burka—more like a chador + abaya), due to the influence of Saudi Arabia and the United Arab Emirates, whereas the traditional outfit used to be a layering of very colorful dresses. Most of the women we saw wore neutral clothing, a plain veil over their hair, but with their faces uncovered. We also saw many saris and colorful veils—don’t forget that 40% of the population consists of Indian, Nepalese, and Bangladeshi immigrants, who work a lot in tourism, hospitality, restaurants, services, and construction.
Just to clarify, as a tourist, there’s no pressure to wear a veil, and never any disapproving looks. Of course, you’ll save the mini shorts, plunging necklines, bare shoulders, and midriffs for the hotel terrace—but I’d say that’s the same for men and women, and with the sun being strong, it’s better for your skin too.
Here’s the introduction! In the next post, I’ll tell you about my itinerary, and we can dive in!
My buddy Christian and I (Patrick) are off for 28 days in Argentina in March.
We’ve already shared several trips as a duo (Bolivia Peru, Namibia, Laos, Costa Rica).
Since we’re starting from the idea that at our age (65) we won’t be coming back here—there are just too many other corners of the world to discover—we did the "grand tour" of Argentina, with 6 domestic flights to make the most of our 28 days.
Here are our stops:
1) Departure from Brussels to Buenos Aires via Madrid
2) Arrival and first contact with Buenos Aires
3) Early morning flight to Ushuaia. Boat trip on the Beagle Channel
4) Ushuaia: hikes in Tierra del Fuego National Park
5) Ushuaia: last hike and flight to El Calafate
6) El Calafate to El Chaltén by bus. First hike
7) El Chaltén: hike
8) El Chaltén: hike
9) El Chaltén: hike and bus back to El Calafate
10) El Calafate: Perito Moreno Glacier
11) Flight to Bariloche. Car rental and surrounding areas
12) Seven Lakes Region
13) Nahuel Huapi National Park region
14) Flight to Salta. Car rental
15) To Tilcara
16) To Humahuaca
17) To Purmamarca
18) To Jujuy via the salt flats
19) To Cafayate
20) Around Cafayate
21) To Cachi
22) Back to Salta
23) Flight to Iguazu
24) Waterfalls on the Argentine side
25) Waterfalls on the Brazilian side and flight to Buenos Aires
26) Buenos Aires
27) Return flight
28) Morning arrival
Happy reading!..
We landed in Victoria Falls, Zimbabwe, and headed straight to Kasane in Botswana to pick up our car.
Our vehicle is a 4x4 because in Zambia, it's practically impossible to use anything else, especially in the national parks. I’ve already had the pleasure of visiting South Luangwa National Park—it’s one of the reasons for this trip, the main one being to travel in Africa with one of my sons.
First stop: Livingstone on the banks of the Zambezi River. Along the way, we discovered a lovely restaurant at Socrates with a super-friendly owner (we’ll actually stop there again on our way back). We spent our first night in the rooftop tent after a stunning sunset, accompanied by the grunting of hippos in the river.
The next day, we set off early, heading to Kafue NP. In fact, we’ll always leave early—waking up between 5:00 and 5:30 AM and hitting the road an hour later. Kafue is a lesser-known park, mostly forested, and the animals are skittish because they’re not used to human presence. We crossed the park from south to north and came across various antelopes. Near Lake Itezhi-Tezhi, there are plains where wildlife is easier to spot.
After Kafue, we headed to South Luangwa. This journey requires stops in Mumbwa and Petauke. Two pleasant stops where we found lodges (a nice change from the rooftop tent) at affordable prices and met welcoming people.
For me, South Luangwa is Zambia’s most beautiful park—the river is stunning, the landscapes are gorgeous, and there’s a wide variety of wildlife, including, of course, big cats. A tip for those, like us, who aren’t with a guide: if you’re staying near the park for several days, don’t hesitate to do a "game drive" to scout out where the animals are so you can return the next day with your own vehicle. Of course, in the dry season, you’ll want to focus on waterholes to see the animals—and you’ll need a bit of luck too. The elephant population is growing, and we were lucky enough to see around sixty elephants crossing the Luangwa at dawn, spread across several groups. South Luangwa is the westernmost point of our trip, and we’re now heading east to Lower Zambezi.
Lower Zambezi is Zambia’s side of Mana Pools on the Zimbabwe side. We took a boat ride on the Zambezi to see elephants, hippos, crocodiles, and a multitude of birds living along the water and on the river’s islands. The sunset there is also magnificent.
To explore the park, we followed the waterways parallel to the Zambezi, mostly on the western side (see our route). Lower Zambezi is the last park we visit, and the final leg of our trip will be Victoria Falls.
Victoria Falls—or Mosi-Oa-Tunya ("The Smoke That Thunders")—are truly impressive, even during the dry season. We saw the falls from both countries: in Zambia for the overall view and the bridge that serves as the border, and in Zimbabwe to get as close as possible to the most spectacular parts of the falls.
This marks the end of our trip, which, despite a blown tire on the road, went off without any major issues. Zambia is a beautiful country that immerses you in wild, still-preserved nature.
The latest travel journal about Turkmenistan dates back to 2019. Here’s a quick update on this vast desert country, which is now a bit easier to visit than before.
This is my first travel journal. If you have any questions, don’t hesitate to ask. The country is slowly opening up, but it’s still possible to visit sites where you’ll be completely alone. In five days, I saw two Hongkongers, a few Germans, and a Chilean at the crater, ten Chinese people in a capital bazaar, and that’s it!
It’s possible to visit Turkmenistan from Uzbekistan. The easiest and most economical way is to take a taxi to the border from Bukhara. The trip takes a little over an hour.
Crossing the border takes quite a while because many Turkmen bring back items bought in Uzbekistan to resell in Turkmenistan. For example, diapers, baby products, or beauty products.
It took me over 2.5 hours to cross the border. To visit Turkmenistan, it’s mandatory to have a guide and go through a travel agency. British agencies often offer three-, five-, or seven-day trips for over 1,500 or 2,000 €.
But if your budget is more limited, you can contact a few Turkmen agencies directly by email, and they’ll make you an offer between 700 and 1,300 € for three to seven days. I took a five-day trip from Turkmenabat in the northeast of the country to Dashoguz in the north. The goal was to visit the main UNESCO-listed sites, including Merv, and archaeological sites like Nisa or Gonur Tepe.
Your guide will also be your driver. They’ll pick you up at the border. The formalities are very long because customs officers have to stamp multiple documents, and obtaining the visa you previously requested from your travel agency requires several checks. But the process goes relatively smoothly, even if each step takes a while.
Once on the other side, the first surprise is the brand-new highway all the way to Turkmenabat. A very long line of trucks stretches for several kilometers on the Turkmen side to cross the border into Uzbekistan. According to my guide, Turkmen trucks transport gas and cotton (though not this season, since the harvest is in September), but they mainly fill up their tanks because fuel is much cheaper in Turkmenistan. A full tank for a car costs about 3 €, which is unbeatable.
From the Farap border post, the goal is to reach the city of Mary, which is home to the UNESCO-listed site of Merv in its suburbs, about thirty kilometers away. This city is known as a foundation by Alexander the Great in the 4th century BC under the name Alexandria of Margiana. Several fortresses are visible.
After more than three hours on the road, we have lunch at a Turkish restaurant called Aladdin. Several quotes from the president are visible along the highway, but the road is in good condition, and we move along easily. This will be by far the best road in the country—things will get much worse later.
Roundabouts are particularly interesting because they feature emblems of Turkmen culture, like the dog, a carpet, the Ahal Teke horse, or Muslim symbols, even though the presence of Islamic artifacts is quite limited.
This time, I landed in Monastir on a direct flight from Nice, again with Tunisair. We left about ten minutes late, and the flight lasted around 1 hour 30 minutes. A meal was served on board (cucumber salad with Edam-like cheese, carrots, and two small portions of dishes I couldn’t identify—semolina with peppers, olives, and parsley, two small rolls, a square of processed cheese, and a chocolate cake). It’s worth noting because it’s not common on flights this short.
In February, France and Tunisia were in the same time zone, but now Tunisia is one hour behind. This time difference and the flight duration work perfectly for a short 15-day trip since it takes me a few days to adjust to jet lag.
Luckily, I’d asked my hotel about the taxi fare from the airport because the drivers (there were several around me) didn’t hesitate to quote outrageous prices. The actual fare is 20 dinars, but one asked for 120 dinars. I refused, and another offered 60 dinars. I replied, "That’s too expensive—I’ll take the metro!" (Having tried the Tunis metro, I had no desire to repeat the experience in Monastir with a suitcase!). I started walking toward the metro, and one of the drivers caught up with me, saying, "20 dinars is fine!" I’ll skip the details, but the negotiation took a little while.
When I arrived at the hotel, I told the receptionist someone had asked for 120 dinars. He put his hands to his head and said, "They’re awful!" He remembered our phone call two days earlier when I’d booked (he’s the one who told me I could take the metro).
The Mezri Hotel isn’t expensive. I got a sea-view room for 75 dinars (22 €). (I’d booked a balcony room for 90 dinars but wouldn’t have had time to enjoy it.) It’s well-located but noisy because there’s no double glazing.
The receptionist is a very kind older gentleman. He called a friend whose wife is from Tozeur to find out if I should take a bus or a *louage* tomorrow and what time.
I arrived at the hotel around 7:00 PM and had time to stroll along the corniche to the ribat. Despite some run-down buildings, the seaside seemed livelier and cheerier than Sousse’s.
Monastir is the hometown of former president Bourguiba. I passed his mausoleum by taxi. There are Tunisian flags along the avenue by the sea because every year on April 6—the anniversary of Habib Bourguiba’s death—the president of the Republic visits the Bourguiba Mausoleum in Monastir to pay respects.
The taxi driver mentioned other Tunisian presidents. He complained about rising prices and insecurity, blaming President Kaïs Saïed (I’d already heard that security was better under Ben Ali).
At the end of my stay, I’ll take time to explore Monastir, but tomorrow morning, I’m off to Tozeur—a long bus ride awaits me.
Here we go!!!
I left home at 4 AM on October 31st and headed to Barcelona. Driving through Barcelona on the ring road stresses me out a bit, but at 6 AM the traffic is smooth, and I arrive at the airport without any issues. I call the valet, who quickly comes to pick up my car. He takes photos of it from all angles before letting me go.
Baggage check-in hasn’t started yet, and there are already several of us waiting.
Once free, everything happens very quickly. The flight to Abu Dhabi is on time and goes smoothly. I’ve never had any problems with this airline, which I’ve been using for several years.
The flight to Bangkok arrives at 7 AM as scheduled. This is my first time in Thailand and Bangkok. I’m used to traveling in India, and I notice that everything here is well organized—the customs process is quick, and the luggage is already on the carousel.
I booked a taxi on Booking. All I have to do is find the right exit and door based on the agency’s instructions. A large sign with the names of people who booked is posted on a wall. A hostess greets me and calls the taxi, which arrives 5 minutes later. I booked one night at the Lost Inn BKK hotel in the Phra Nakhon district, and we arrive at 9 AM. The welcome isn’t warm, and I have to wait until noon, sitting on a chair, before I can check into my room. I’m exhausted, and sleeping sitting up isn’t ideal. Noon finally arrives—the room is small but clean, which is fine for one night. I quickly take a shower to wake up because I plan to spend the afternoon visiting the Grand Palace. First, I need to exchange some money, and the banks are all close together on the same street, which is very convenient. When I enter one, a hostess gives me a ticket and invites me to sit down. There are about twenty counters, and I wait quietly until my number is called. The exchange is quick, so I can head out to find the Royal Palace. It’s actually very easy, and the walk is pleasant.
Entry to the Royal Palace (500 baht).
It’s magnificent and grand, and there are quite a few of us visiting. The sky is gray, it’s very humid, and a shower interrupts the visit. It’s a vast complex of temples and palaces. The buildings are colorful and sparkling, with a great sense of serenity (without the tourists, of course). I quietly enjoy the place and try to take photos without tourists, which isn’t easy.
Very close to the Grand Palace is Wat Pho, one of the oldest Buddhist temples in the capital.
It’s very famous for its 46-meter-long reclining Buddha statue.
Walking around the temple, you can see different representations of Buddha, all covered in gold leaf.
Inside the temple, on one side, monks recite their prayers, while the other side is reserved for tourists who come to meditate in silence.
Before returning to the hotel, I have dinner at an Indian restaurant. I go to bed early because tomorrow’s wake-up call will be very early again.
Saturday, November 2nd
Wake-up at 4 AM, departure from the hotel at 4:30 AM. The taxi I booked via Booking is waiting for me and takes me to the airport. The trip is fairly quick—he takes small roads, and at this hour, there’s no traffic.
The flight to Phnom Penh is on time. Before boarding, I realize I left my fleece jacket on the carousel, but it’s too late to go back for it.
The flight goes well, and customs is quick.
At the exit, I take a tuk-tuk to Julieka’s GH near the museum. The welcome is friendly. I won’t be able to check into my room until noon, so I take the opportunity to exchange some euros on the market street. The street is lined with restaurants, and I’ll have my first meal there.
The museum is right across the street, so I don’t waste any time visiting it.
The representations of Hindu deities are very different from those in India, and I don’t recognize them. Many beautiful Buddhas are on display.
The museum is very pleasant, and there aren’t too many people, which is a plus.
At the exit, I return to the GH, settle into my room—which is decent and clean.
The Royal Palace is 1 km away. I walk along a garden, and at the end of the street is the Tonlé Sap, but I turn right. I arrive at a large esplanade and see the buildings with tiered roofs and glazed tiles. The entrance to the palace is a little further away.
At the entrance, I notice there isn’t the same crowd as at the one in BKK.
Khmer architecture is magnificent. The complex consists of gardens, palaces, pagodas with golden roofs, and slender spires.
The Silver Pagoda houses the small Emerald Buddha, which is actually made of jade. The silver flooring is covered with carpets. Photos are not allowed.
The walls surrounding the pagoda are covered with frescoes depicting scenes from the Ramayana.
My partner and I traveled from Sunday, July 5, 2026, to Wednesday, July 22, 2026.
We spent a long time debating whether to rent a car or use public transportation. In the end, after reading so many posts about travelers getting scammed by police or rental companies—even those recommended by blogs and reviews—we decided to stick with public transport. It worked out really well. Sure, we had a little less freedom to go where we wanted, but it was way less stressful for us.
Sunday, July 5:
Arrived at Cancun Airport. Withdrew cash from the ATM in the terminal just before exiting. The ADO bus counter (they pronounce it "A-Jee-O") is right behind you when you're facing the ATM. Bus to downtown Cancun cost 145 pesos per person.
Stayed at "Rose 5," booked on Booking. The studio was super clean and perfect for one night. The owner’s instructions for accessing the place were very precise, with photos included. Check-in was self-service with a code. The ADO bus terminal isn’t far, and there are shops and restaurants nearby. We really appreciated that the AC was already on when we arrived. By the way, I’d recommend always booking places with AC—it’s *really* hot in Mexico.
Monday, July 6:
Bought a SIM card with data from a TELCEL store. My partner, who’s on Free Mobile, was able to use her regular plan. Just so you know, I found the network pretty unstable. As soon as we left the cities, neither of us—me with TELCEL or her with Free—had any signal.
Another thing to watch out for: roaming charges. I had to turn my SIM back on for less than 30 seconds to get a bank SMS code, and my phone apparently connected to the internet—resulting in an 8-euro roaming fee.
Left on an ADO bus to Chiquila for 278 pesos per person. During our trip, ADO buses were always on time, comfortable, and clean. The AC is *cranked* though, so bring something to cover up with—it gets cold. Some routes were fully booked even in the low season, so try to reserve 1 or 2 days in advance either via the app (when it works) or at the counter.
When we arrived at the ADO terminal in Chiquila, the ferry company counters were right next to it. Ferries leave every 30 minutes, alternating between companies, so no need to book ahead. Just take whichever one is leaving next (330 pesos per person).
When we got to Holbox (pronounced "Hol-bosh"), we’d booked a place via Booking called "Casa de Nana." It was a huge studio with a fridge, cooking plate, and utensils. The best part? The *location*. It was 100 meters from the beach and 200 meters from a Chedraui supermarket. They provided bath towels and beach towels, and the AC worked perfectly. There’s a key box so you can leave your keys inside when you go out. The only downside was that no one was there to let us in when we arrived, so we had to wait a while. The Wi-Fi was good, which was lucky because during our 4-day stay in Holbox, the phone network *never* worked. According to locals, that’s pretty common in Holbox, along with water outages.
Luckily, I’d had the good idea to download an offline map, which helped us find our way back to the place more easily. You can walk there from the dock.
The restaurant next to our place (La Barracuda) was great if you like seafood—I’d recommend their octopus dishes.
Tuesday, July 7:
We did a kayak tour in Holbox’s mangroves at 6 AM. We were looking for a sunrise kayak tour with a French-speaking guide. That’s exactly what we got with "Kayaking Holbox," where Diego, the owner, speaks English and French. He was joined by Gustavo, another guide.
We’d booked for a group tour, but we were the only ones. Diego still went ahead with it instead of canceling due to lack of participants, so we got a private tour at the group rate—really professional of him. They showed us this amazing ecosystem for over 3 hours. We saw all kinds of birds: pink flamingos, pelicans, egrets, frigatebirds... rays, a horseshoe crab, and a little crocodile that was *so* well hidden. Diego and Gustavo have a real eye for spotting animals—I could’ve passed by the crocodile 100 times and never seen it, it blended in so well. Their explanations about the flora and fauna were super interesting. We also got a little break where we tasted mangoes and bananas that taste *nothing* like the ones in France. A real treat—those little Mexican yellow mangoes! I’d definitely recommend Diego and his agency for a French-language kayak tour (1000 pesos per person).
In the evening, we walked to Punta Coco to see the bioluminescence. No need for a guided tour—if you really don’t want to walk, you can take a taxi. At Punta Coco, you have to pass the beach bar/restaurant and then go left into a kind of inlet that forms a lagoon. You have to wiggle your feet or move your hands in the water to create movement, which makes the light appear. Just don’t expect the kind of photos you’ve seen online—they’re all edited! It’s fun to see, but you won’t be dazzled by the light...
Wednesday, July 8:
Whale shark tour with "My Holbox Tours." Why recommend this agency over others for swimming with whale sharks? Simply because Valérie surrounds herself with top professionals to make your experience unforgettable. We were with Captain Fernando, who does everything to position the boat perfectly and make your swim easier. In the water, we were with Humberto, who also goes above and beyond to make sure you have an incredible time. He doesn’t just "supervise" like some guides from other companies who leave you on your own. No, Humberto reads the whale shark’s trajectory and guides you—all you have to do is follow him. He really puts in the effort, even holding your hand to guide you through this quick but intense encounter. Humberto also films the moment and will offer to show you the videos and sell them to you. His footage is really high quality.
Fernando and Humberto also prepared food for us. Special mention for their guacamole! Valérie is there to make sure everything goes smoothly on the boat and to answer your questions in French, English, or Spanish about these animals. If you choose My Holbox Tours, you can be sure you’ll get a top-notch experience.
About the tour itself: before you go, you should know that the sharks can be *really* far away. The day we went, it took 3.5 hours by boat to reach them. The boats are small, and let me tell you—on the way there, when we weren’t going with the waves, it was *rough*. Out of 9 passengers, 4 got seasick. But once you’re face-to-face with the shark, you forget all about that. Even if swimming with a whale shark isn’t exactly a walk in the park—they swim pretty fast, so you need some endurance to keep up. You’ll usually get 2 turns. Our first swim lasted a little over 4 minutes, and the second about 2 minutes because the shark was moving fast and we were still tired from the first swim. It might seem short, but when you’re swimming, it feels *long*. Either way, it’s an experience you *have* to do—but choose your company wisely. On the way back, there’s a stop at Cabo Catoche. Honestly, the snorkeling is pretty disappointing if you’ve done it elsewhere in the world. But the lunch stop at Cabo Catoche is really nice for relaxing (white sand and hammocks).
Thursday, July 9:
Short morning walk to Punta Mosquito at 6 AM. Really nice.
Ferry to Chiquila (330 pesos per person) + ADO bus to Valladolid (300 pesos per person).
In Valladolid, we booked "Casa Lucia" via Booking. The hotel is gorgeous, with a colonial style, and very close to the ADO bus terminal and downtown. It’s super quiet and clean. There’s a shared kitchen you can use with a fridge, microwave, and water dispenser, plus a big table by the pool and a nice indoor terrace. Breakfast was simple but included. The only small downsides were the tiny room and bathroom, no mirror in the room, and a noisy fan.
Friday, July 10:
Not far from the ADO bus terminal is the colectivo station for Chichen Itza. They offer a round-trip to Chichen Itza with an option to stop at Ik Kil cenote on the way back and then drop you off in Valladolid for 370 pesos per person (Ik Kil entrance included).
For the Chichen Itza visit, we’d booked a tour with a guide often mentioned in groups—his name is Juan Pat. He’s a Maya who lives near the site and speaks excellent French. He reserves spots in advance for you and queues up to be the first on-site. It cost 500 pesos per person + entrance fees. His tour lasts 2 hours and focuses mainly on the main pyramid and the ball court. He’s passionate and fascinating, even if some of his claims, as a Maya, might be a little biased. I think it’s *really* important to have a guide—otherwise, you’ll miss so much. You can contact Juan Pat on WhatsApp at +52 985 121 2381.
Afterward, we went to Ik Kil cenote (showers and life jackets mandatory, lockers available). It’s *very* crowded, but still really beautiful with its lush vegetation.
Saturday, July 11:
Since we didn’t have a car but still wanted to visit other cenotes that seemed hard to reach by public transport, we decided to book a taxi for the day. We agreed on 1200 pesos to take us to 3 different cenotes and wait for us at each one. (To find taxis, just look where they park near the ADO bus station.)
He picked us up at Zaci cenote, which we’d walked to. We got there at opening time and were the first ones there—had the place to ourselves for a while! 150 pesos per person. A pretty cenote in the city center with lush vegetation. It’s a bit like Ik Kil but without the deep cylindrical effect.
Cenote Xcanahaltun: the most beautiful cenote we visited. Entry 250 pesos per person. It’s a closed cenote with a hole that lets light in—a cave-like setting. You can kayak inside. There are little fish at the edge that nibble dead skin off your feet. Since it’s closed, the water is *freezing*!
Cenote Palomitas: entry 250 pesos per person. Another stunning closed cenote, even more enclosed than Xcanahaltun. The hole in the ceiling is smaller, so it was pretty dark when we arrived—kind of an eerie vibe. But when the staff turned on the lights, it looked like a "Gothic cathedral" full of bright stalactites.
Cenote Sac Aua: entry 290 pesos per person. The ticket includes a guided cave tour (tip-based). This cenote is really unique with its central island and way less crowded than Suytun. Just so you know, the water is *really* cold in cenotes. In these three, in July, we had the place to ourselves for a while and never saw more than 2 families at once—so peaceful!
Sunday, July 12:
ADO bus to Bacalar (536 pesos per person).
In Bacalar, we stayed via Airbnb with a host named Luli, who offers several rooms with shared bathroom and kitchen.
The room is nicely decorated in a pleasant setting. It’s ideally located near the lagoon and downtown. The shared kitchen is handy. The mosquito net over the bed is useful because there are *a lot* of mosquitoes in Bacalar. Luli provides a water jug, which is really nice. The only big downside is the lack of water pressure in the shower—we had to rinse off by filling a bucket. Also, there’s no real door separating the room from the bathroom. We never met Luli in person, but she was very responsive via messages. The terrace in the middle of the vegetation is lovely.
From the ADO terminal to the place, we took a taxi for 40 pesos. Since this driver was honest about the price (we’d checked beforehand), we decided to use him every time we needed a taxi in Bacalar. Here’s his WhatsApp: +52 983 184 3585.
Monday, July 13:
We did a boat tour on the lagoon with "Bacalar Francophone Activities." Since we were just the two of us, it cost 3500 pesos. If we’d managed to be 4 people, it would’ve been 1000 pesos per person.
We had a private 4-hour tour on the lagoon with Steeve and his very comfortable boat. He’s from Quebec, so his French is perfect. During those 4 hours, Steeve showed us the lagoon’s iconic spots *and* places other boats don’t go. He told us about the lagoon’s history and gave great tips on where to go and where to eat. As a little bonus, he gave us a video taken with his drone during our swimming break.
Tuesday, July 14:
We went to Los Rapidos by taxi (400 pesos round trip) and entry was 225 pesos per person. It’s *very* touristy but really beautiful. You can eat there (expensive), relax, and go down the "rapids" as many times as you want. It’s worth it if you spend a few hours there. You can’t bring in food or drinks—you leave them at the entrance and pick them up on the way out.
Wednesday, July 15:
On Wednesdays, navigation is banned on Bacalar Lagoon, so we’d planned another excursion.
Visit to Calakmul from Bacalar with ABCtours (WhatsApp +52 983 319 8359).
This agency organized a trip from Bacalar to Calakmul with a French-speaking guide. Communication beforehand via WhatsApp was smooth. Mr. Checo, the driver, and Fernando, the guide (who spoke great French), picked us up on the day. Mr. Checo drove very carefully on the long road and always made sure we were comfortable. Fernando is passionate about flora and fauna—he’s a biologist with a degree in ornithology, so he knows *everything* about animals. The slightest sound or song, and he knows what it is. He’s got an eye for spotting them, from the biggest to the smallest.
During the trip, we stopped at km 27 for a short forest walk, then went to see the two main pyramids on the site. On the way back, we stopped at the bat cave for the magical spectacle of millions of bats flying out at dusk. In the end, we saw or glimpsed (some briefly) spider monkeys, howler monkeys, a toucan, 2 tapirs, turkeys, 2 deer, and lots of birds. If, like us, you’re more into flora and fauna than archaeology, I’d *highly* recommend this agency and tour with Fernando.
It’s not cheap, but the road between Bacalar and the site is *long* (3.5 hours). Price: 3900 pesos per person for 2 (3500 for 3, 3200 for 4).
Thursday, July 16:
ADO bus to Playa del Carmen (614 pesos per person).
In Playa del Carmen, we stayed in an Airbnb. The building is on the town hall square, next to the casino.
The best thing about this place is the *location*—super close to Fifth Avenue (La Quinta). The kitchen is pretty basic, but the fridge works well. There are supermarkets nearby. The rooftop pool is really nice. The two big downsides, though, are the soundproofing (you can *hear* the neighbor’s alarm and all the events on the square) and the *total* lack of water pressure in the shower. We had to fill a trash can with water to pour over ourselves. When we told the owner, he said it wasn’t normal and someone would come fix it, but we never heard back. Based on previous reviews, this seems to be a known issue that never gets resolved.
Playa del Carmen is *very* touristy on Fifth Avenue, but in a fun, musical vibe—we never felt unsafe. There are *tons* of little souvenir shops for tourists on this street. There’s a beautiful monumental sculpture on the beach (the two figures meeting in the air), next to which you can see the Voladores show (men climbing a pole, tying themselves with ropes, and descending headfirst while "flying" around the pole). The show is tip-based and happens several times a day. In our opinion, Calle 38 is prettier than Fifth Avenue—it’s lush, green, and quieter, with the sea at the end. Great for an early evening stroll. We had really good meals at great prices at "El Tio Noy" tacos, just a few meters from Fifth Avenue in a side street.
For souvenirs, we’d recommend going to Walmart instead of Fifth Avenue—you’ll find skulls, tequila, mezcal, keychains, mugs, glasses... at good, fixed prices.
Friday, July 17:
We did the excursion to Isla Contoy. Isla Contoy is an uninhabited, highly protected island. Only 200 people are allowed to land per day on a rotating basis, so only a few companies have permission to dock there. Most agencies subcontract the day to a third-party company.
We booked through VRM (Viviendo Riviera Maya), but it was Ocean Tours Mexico that handled the tour. Contoy is a little paradise. We were accompanied by multilingual guides, including French speakers, throughout the day. Steffy gave us info about the island during a short walk on the marked trails, and Leño Tlatemoa kept the mood up on the boat rides with music and dancing. Isla Contoy is *truly* stunning, and the lunch was delicious: grilled fish and chicken, guacamole and tortilla chips, rice, fruit, drinks (everything is brought and taken back by the guides). The snorkeling part was pretty disappointing if you’ve done it in Cozumel, though. The stop at Isla Mujeres isn’t very interesting either—it’s too short to explore, and the island is *extremely* touristy. Still, the excursion was very well organized, and we had a great day (2970 pesos per person).
Saturday, July 18:
We wanted to go snorkeling in Cozumel but thought the prices from French-speaking agencies were too high. Plus, for snorkeling, we figured we didn’t *need* a French-speaking guide.
So we found a much cheaper solution by taking the ferry from Playa del Carmen ourselves and choosing an agency in Playa. The round-trip ferry cost 663.50 pesos per person. Then we took a taxi to the snorkeling boat (100 pesos). The agency we chose is called Mystic Snorkel—they don’t have a physical office. The tour cost 1400 pesos per person. It was a small boat, but that day we were the only ones, so we got a private tour at the group rate. We stopped at 4 different sites, all very different and beautiful. We saw all kinds of fish, corals, a nurse shark, and turtles. El Cielo, with its huge starfish, is *exceptional*. If you’re going snorkeling in the Yucatan Peninsula, this is *the* tour to do—the other sites are pretty "poor" in comparison.
Sunday, July 19:
Morning dive with Triton Diving. I chose the Cozumel dive option. Great experience.
Booking via WhatsApp was easy. On the day of the dive, Selene, who speaks French, was our guide. She’s *very* attentive to the group’s safety. The briefings are clear and precise. In Cozumel, we did 2 very different sites: the first was a drift dive with lots of life—beautiful corals and fish. The second was a wreck, the C53, a 56-meter boat you can enter. Not much marine life, but a beautiful wreck intentionally sunk for divers—still in great condition. An unforgettable moment. Selene even took videos during the dive, which the club sends you for free afterward. I’d *highly* recommend this club.
Just so you know, in Playa del Carmen, the beaches were full of sargassum during our stay, despite barriers and daily cleanup. Locals told us the problem is getting worse and the sargassum is arriving earlier in the season. Tourism has taken a *big* hit this summer, and they’re wondering if tourism can even survive the sargassum season anymore. A lot of tourists are heading to the islands—Isla Mujeres and Cozumel—to enjoy the beaches, as the west side of those islands is sargassum-free.
Monday, July 20:
Colectivo to Puerto Morelos. First, a colectivo toward Cancun that drops you off between Puerto Morelos town and Puerto Morelos beach (40 pesos per person), then another from that junction to the beach (10 pesos per person).
In Puerto Morelos, we’d booked a room via Airbnb at "Piedra del Caribe." *Best* place we stayed in Mexico. It’s an aparthotel. Our room was ready before check-in, so they let us in early. The place matched the description—spacious, with a comfortable king-size bed. The shower had *great* pressure, which isn’t a given in Mexico. The staff was super friendly and welcoming. They let us use the pool, restrooms, and rooftop shower after check-out while we waited for our ride to Cancun Airport. They even kept our luggage. I *highly* recommend this place.
In Puerto Morelos, there was *way* less sargassum than in Playa del Carmen—it was actually swimmable.
We did the snorkeling tour with the fishermen’s cooperative for 450 pesos per person for 2 hours. The reef is close to the beach (you’re not allowed to swim there), so the boat ride is short. It’s not as pretty as Cozumel, but it’s nice and affordable. On Puerto Morelos’s page, you can also access a small, not-very-well-preserved reef. There’s also a cenote in the sea where fresh water mixes with saltwater—the water is murky there. We had a great dinner and excellent cocktails at "La Choza del Puerto."
Tuesday, July 21:
Wandered around Puerto Morelos (check out the church and read everything—it’s entertaining!), relaxed by the hotel pool, and left for Cancun Airport by taxi (400 pesos) booked via InDrive to head back to France.
Our highlights:
- Holbox
- The whale shark tour
- The cenotes
- The local flora and fauna (so present!)
- Isla Contoy
- Cabo Catoche (except for the snorkeling)
What we liked least:
- The bioluminescence (barely visible despite good conditions)
- The food—we found it not very diverse in taquerias
- The constant tipping
- The lack of water pressure in showers (fixed, wall-mounted, no hose or showerhead)
Don’t hesitate to ask if you have any questions while it’s still fresh in our minds.
Here we go—finally, the big day has arrived! A trip the whole family (my two kids, my husband, and me) had been looking forward to for so long.
To keep it short, we left from Nice, arrived in Namibia on June 25, 2025, and left again on the 21st—four weeks later.
We used an agency for all the camping reservations, activities, and the car rental. At least that side of things was taken care of. Michaël was our contact throughout the planning and the trip itself.
We spent our first night at Londiningi BB. A bit out of the city center but very quiet. The rooms were spacious and clean, and we could eat on-site that evening. Perfect for recovering from the flight.
This travel journal is our second on VoyageForum, following last year’s where we recounted our four weeks in Vietnam.
The goal remains the same: since some members on this site share tips, experiences, and great deals that help us prepare for our trips, we do the same after returning—both to give back a little and in the hope that our experiences might be useful to others in some way.
Our route was as follows: Bangkok, Siem Reap, Krabi, Suratthani, Koh Phangan, Koh Tao, Chumphon, Bang Saphan, Prachuab Khiri Khan, Sam Roi Yod, Hua Hin, Phetchaburi, Bangkok.
Beyond rediscovering Bangkok, our objectives were the long-held dream of seeing Angkor and exploring southern Thailand, much of which isn’t overly touristy.
A quick big thank-you to Barbot, who took the time to answer several of our questions.
12/07/2013
The cheapest flight we found earlier this year was a Paris-Bangkok route with a layover in Moscow for 1440 €, total for two people.
So, this time we tried Aeroflot. Airbus A318 for the first leg, A330 for the second. Nothing particularly annoying to report—the passengers were very calm, the cabin temperature was comfortable, and we had enough legroom.
That said, the quality of the meal trays was pretty mediocre, and the flight attendants weren’t exactly comedians.
We’d like to remind everyone that it’s best to exchange as little money as possible at the airport upon arrival, since the rate is about 5% worse than at city banks.
Of course, we made sure to take the airport exit where you can catch official taxis to avoid getting scammed. So, we queued up, a little lady gave us the ticket, and off we went with the driver.
Generally, this system works well because these drivers are registered, know their duties, and the risks they face if they break the rules. Except that day, right off the bat, we got the scammer of the day. His first move was to snatch the ticket from my wife’s hands—the one you’re supposed to keep in case of a complaint. My husband saw it, but after a full day of travel, we were a bit out of it, and honestly, there was no reason to be suspicious. But once we started driving, the guy refused to turn on the meter. We insisted more and more firmly, but nothing. So, I used the famous method of opening the door and starting to step out of the car. At 40 km/h, that scares the driver more than the passenger. He finally turned on the meter, but that didn’t calm him down—quite the opposite. For the next half-hour, he ruined the ride by demanding extra fees here and there. Having dealt with several scam attempts last year in Vietnam, this wasn’t exactly new, and we were proud of ourselves for staying pretty zen. Still, this guy was a little scary—he was completely wired and aggressive. Honestly, it was hard not to think he was on something. He’d be perfect for a *Scarface* remake. When we finally arrived at the hotel, he followed us to the entrance. We paid the two tolls (25 and 45 baht), gave him the usual 100 baht extra for the ride, and stayed polite but firm. So, meter: 245 baht + 100 baht + 25 and 45 baht for tolls—we paid the exact amount, no way we were tipping this guy. He left furious, but he was already like that before picking us up... Anyway, avoid Mr. Chartree Chidchen, number 089 826 7308, car E2663!
We were so relieved to finally settle in at Feung Nakorn Balcony hotel in the temple district. 42 € per night, great reception, all the staff is friendly. The AC works fine, the bed seemed hard at first but turned out to be comfortable. The hotel is quiet, away from the nightlife, but at this time of year, many places are less crowded than in high season. Even with a nice fish pond and outdoor breakfast area, it’s a decent hotel, though we felt we could’ve found something better.
After a night on the plane, the first afternoon is always a bit of a slog. We napped for a few hours, and when we woke up—guess what—we were starving. We visited a temple across from the hotel (nothing special) and then decided to take the Chao Phraya Express, the river shuttle that serves many piers along the river. It was a really enjoyable experience. The steel gangway wobbles when you board and disembark, the boat sits low in the water, and sometimes you get splashed. During peak times, you’re packed in like sardines, but most of all, there’s that exotic urban landscape passing by, especially the temple rooftops.
At that exact moment, the boat was packed. We didn’t see a ticket booth at the pier, and we tried in vain to pay the few baht for the ride. The cashier on the boat was too busy, and another employee we called didn’t have time to help us. Oh well, we weren’t going to force the issue. Still, this mode of transport is super practical for avoiding traffic, and at the piers, the lines with station names are clearly marked, with colors matching the flags on the boats. Combined with a map like the *Routard* guide, it’s easy to navigate.
We easily made it to the restaurant *Harmonique*, located near one of these piers. It’s a unanimous favorite on this forum, and let us tell you—it’s well-deserved. What a wonderful experience that evening! We only saw the outdoor gazebo because there was no way we were dining inside. It’s not flashy, so those looking for a luxurious setting should look elsewhere.
That night, the staff was a bit slow, and we had to track them down several times to move things along. But oh, my friends—what a feast on the plate! Start with the appetizer platter for two at 250 baht, featuring four specialties, each more tempting than the last, followed by their famous crab curry for 200 baht. There’s *so much* crab in there! The dish is so delicious and rich that when you finish, you feel—how to put it—like it was almost *too* good, to the point where you’re almost put off eating for days. And also, oh yes, we *will* be back. Their satay chicken is just as amazing, and it would be a crime not to mention their generous dessert with ice cream, warm banana, and chocolate, plus their *excellent* almond milkshake.
Later, we took a taxi to Kao San Road, mainly to book a Ko Tao-Chumphon trip for 600 baht per person at the Lomprayah counter. In hindsight, we should’ve booked all three of our trips there right away.
Kao San Road is *ultra*-touristy—better for younger crowds, but it’s still worth seeing. There’s rock ‘n’ roll, hippies, and crowds everywhere.
We walked back to the hotel, and when we got a little lost near a canal, a really nice older Thai man spontaneously appeared out of the night to kindly point us in the right direction.
Finally, a real long night of sleep ahead—we cranked up the AC. Sweet, the vacation has begun!
Hi there,
I just got back from a trip to Sri Lanka from December 18th to January 1st with 2 adults and 2 kids (12 years old).
If it helps, here’s my itinerary.
We left on December 18th from Madrid with Qatar Airways. No complaints. I booked my tickets back in March for 800 € per person. (I flew from Madrid because I live near the Spanish border and was too worried about strikes in France.)
We arrived on December 19th at 4 PM (local time). Before leaving France, I’d booked a taxi through MyTransfer for 59 € to Sigiriya. A van was waiting for us at the airport exit.
A never-ending 3-hour drive to Sigiriya. We stayed at Samana Guesthouse—very simple, clean, with a pool and an excellent Sri Lankan breakfast. Shower and straight to bed.
Friday, December 20th: Beautiful weather, but very humid and hot. We visited Lion Rock (36 € for adults) and then Pidurangala.
I loved both sites—they’re a must-do in my opinion.
Spent the late afternoon by the pool.
Saturday, December 21st: Another gorgeous day. The guesthouse manager offered us a free 2-hour tuk-tuk tour. We first visited a lake, rice fields, the temple, and the Sigiriya market, plus the usual tourist trap—the botanical garden (no pressure to buy anything at the end).
Then we took a tuk-tuk to Dambulla Temple, the Golden Buddha, and the wholesale market.
Sunday, December 22nd: Still beautiful weather. I’d booked a taxi for 8 AM. We did all the long trips by taxi to save time. I’d ask for prices from 2 or 3 WhatsApp taxi agencies 2 days or the day before—super responsive, always got replies within 5 minutes. We headed to Ella (4-hour drive) for 22,000 LKR.
Arrived in the afternoon at Rest Full Homestay—a small, family-run guesthouse. Clean, cozy, and an amazing Sri Lankan breakfast.
In the afternoon, we went to Nine Arches Bridge. It was a Sunday, a Sri Lankan holiday, so it was *packed*—mostly locals and very few white tourists! Even though it was crowded, it was cool because it was all Sri Lankans. We waited an hour for the train. It’s worth seeing, but honestly, I didn’t think it was that amazing.
Then we headed to the station to check if we needed to book tickets for the train to Haputale—turns out, no.
Monday, December 23rd: Beautiful weather. We hiked Ella Rock—a gorgeous trek. The final stretch is steep but shaded, so it wasn’t as tough as I’d read. The whole hike is stunning from start to finish. We saw the train pass twice (one blue, one red) and lots of women picking tea.
After that, we did Little Adam’s Peak. It’s not hard, but it was *packed* with tourists—meh. Luckily, at the top, you can walk a bit farther (down one side and back up) to get some space to yourself.
What I *didn’t* like was the commercial vibe at the big café/restaurant with a pool at the entrance of Little Adam’s Peak. Loud music, all that money being made right next to little souvenir stands run by Sri Lankans or tea-picking women. Felt off.
Ended the day buying souvenirs at one of the few shops we found during the trip.
Tuesday, December 24th: Beautiful weather. Took the train to Haputale. We got to the station 30 minutes before the 9:30 AM train. We could’ve taken 2nd or 3rd class—I went with 2nd (160 LKR per person).
It was crowded, but we managed to get seats—first 2, then 3. Only a 1-hour ride, but I *loved* it—windows and doors open the whole time.
Arrived in Haputale around 11 AM, and the mist was already rolling in.
We walked to our guesthouse, The Mist Holiday Bungalow. Simple but clean, with a great view of the tea plantations. The owner’s wife is Vietnamese and used to work for French tour operators, so her French is still pretty good—helpful for us since our English is terrible. They booked us a tuk-tuk for 4:45 AM the next day (2,000 LKR) to Lipton’s Seat.
Spent the afternoon wandering around Haputale. Not much charm, but there’s a nice fruit and veggie market and a short walk through the tea plantations.
Wednesday, December 25th: Beautiful weather. The tuk-tuk was on time to take us to Lipton’s Seat. We were the first ones there—the sky was just starting to turn pink. In the end, only about ten of us watched the sunrise. The guesthouse had packed us breakfast, and we walked back down (half on the road, half through the plantations). Didn’t see any tea picking since it was Christmas, but the walk was still incredible. We took detours through villages full of kids.
After that, we visited the tea factory. The tour was really interesting, and we took the bus back down to Haputale. Such a great moment—whole families were heading to mass, dressed up and made up. All so beautiful.
At noon, we left for Udawalawe National Park. Taxi for 14,000 LKR. Stayed at River Inn Safari Cottage. *Warning*: It’s the same place as Eagle Safari Cottage. I don’t recommend it. We’d always stayed with families before, but here it was just staff—totally different vibe. The pool was nice but not very clean (water was murky). The bungalow was big and fine, but it was brand new—so new the asphalt floor wasn’t fully dry. It’s in the middle of nowhere, so we had to eat on-site. Couldn’t leave a review on Booking because they never confirmed we’d stayed, and they canceled our reservation the next day.
Thursday, December 26th: Beautiful weather. I’d booked a safari through the hotel for 5:30–10 AM for 54 USD. Honestly, yes, there are a lot of jeeps, but it was great. The kids loved it—we saw everything there was to see.
Left by taxi at 11:30 AM for Welligama (12,000 LKR).
We didn’t stay in Welligama city but at Coconut Beach, between Welligama and Midigama. *Total crush* on the guesthouse: Sky Mountain Café with View. Such a lovely family. The mom makes amazing meals at reasonable prices. The view from the hill over the sea is unreal.
Spent the afternoon walking along the beach.
Friday, December 27th: Beautiful weather. My kids are surfers. Unfortunately, there weren’t any boards their size to rent at Coconut, so we took a tuk-tuk to Welligama Bay (1,000 LKR). They surfed from 8 AM to 5 PM—rental was 5,000 LKR for the day. Meanwhile, we walked the beach and swam. Water was 29°C.
Saturday, December 28th: Beautiful weather, rain from 4 PM until midnight. Same surf day. They were so well-behaved the whole trip, so this was their reward.
Sunday, December 29th: Beautiful weather. Beach day at Coconut. *Warning*: It’s a reef break. For surfers, there are three spots (Coconut Left, Middle, and Right). The boys bodysurfed (with fins) all morning, and at 1 PM, we took the bus to Hikkaduwa.
Stayed at Hotel Universal Beach. Nothing special—right on the water, but the rooms were dark even though they were clean. The manager was super nice, but the rest was meh, and breakfast was mediocre compared to what we’d had before (2 eggs and 3 slices of toast). Plus, it was late—8 AM.
First impression of Hikkaduwa wasn’t great—way too many Russians for our taste.
Monday, December 30th: Beautiful weather. Spent the whole day exploring. Turtle Beach, then the other side of the beach (toward Galle) near the fishing port. The beach there is much wider, with scattered hotels and super quiet. It’s beautiful—I should’ve booked somewhere in that area. Ended up having a great day away from the crowds.
Tuesday, December 31st: Overcast, then beautiful, rain at 4 PM. Had to end the year (and the trip) with some surf. Rented boards for the kids (3,000 LKR per board for the day). Bad luck—the waves were on a reef break but small. Not great for them, but no big deal. They still got out of the water by 2 PM. Walked the beach (which is gorgeous), had a juice, and went for a swim. Then back to surfing in the rain at 4 PM.
Wednesday, January 1st: Left by taxi at 5 AM (18,000 LKR). Flight at 10 AM. Arrived in Madrid at 8 PM.
I could have titled my travel journal like Carmen: "Some trips are born twice." Indeed, we had considered this destination back in February 2020. However, an honest tour operator advised us against traveling at that time due to the climate. So, we gave up and opted for Guatemala instead (see "On the Mayan Lands" on this site).
So, why this title? When I was in primary school, over 65 years ago, the illustrations in my history books (Machu Picchu) and geography books (Lake Titicaca) made me dream, and those images stayed in my mind. It took until 2026 to finally make this dream come true!
We prepared our trip with Tout Pérou, a French-speaking "agency." Everything was handled via email and WhatsApp exchanges with our contact: Laurent, who was both competent, friendly, and full of good advice.
For 200 €, Tout Pérou provided us with drivers and guides whenever we wanted, helped us buy our domestic flights (cheaper when purchased in Peru), booked shuttles between airports and hotels, and got us a discount on the train ride to Aguas Calientes, as well as on the buses between Chivay and Puno and between Puno and Cusco. In short, Laurent took care of all the logistics and the Machu Picchu tickets. It was up to us to book our hotels. Tout Pérou provided a list, but we weren’t obliged to follow it. Another advantage of the package: we didn’t have to pay in advance; we paid the service providers directly day by day.
We didn’t meet Laurent in person because he was on vacation in Europe. Before his departure, he gave us a briefing, provided a summary table with the entire program, the service providers, their phone numbers, their fees, the schedules, and gave us plenty of advice (money, exchange, safety, etc.). After returning at the end of our stay, he kept checking in on us.
Lastly, we had also gathered information from Arnaud Lagadec, who runs a hotel in Cusco and offers tours of the region. He gave us a lot of useful information. Another contact: Thomas Montaigne, very friendly, who runs an agency in Arequipa (Agence Pérou Exclusif).
Day 1 – Paris to Lima
Foreword
I’ll share our trip without any pretension—I don’t have the talent of some contributors on this forum—and I’ll illustrate it with a few photos (taken with an ordinary smartphone). My comments are personal and only reflect my own views. So, please be kind! Feel free to comment on my story as you like, but let’s avoid pointless debates.
Even though we live in the south of the Paris region, true to our habits when the flight is in the morning, we chose to spend the night before our departure in a hotel near CDG and parked our car in a parking lot in Garches. This way, we avoid the stress that often comes with traveling around Paris (accidents, roadworks, traffic jams, etc.).
Check-in and border control went smoothly on that Sunday morning. Our Air France flight was uneventful. In Lima, border control took a particularly long time, and for the first time, we didn’t get an entry visa stamped in our passports.
As planned, a driver took us to the Miraflores district, where our hotel was located. We were surprised by the numerous signs about possible tsunamis, having forgotten that Peru is prone to such events and regularly experiences earthquakes. We’d see the consequences of these during our journey.
Exhausted from the early wake-up, the 13-hour flight, and the 7-hour time difference, we had dinner at the hotel before a restful night.
Note that this day was Peru’s presidential election day. As a result, we weren’t served beer—the sale of alcohol was banned that Sunday.