Bonjour, bonjour,
Actuellement en tour du monde en stop et à pied, je suis en Géorgie, sur la route en direction de l'Arménie et de l'IRAN, pays où je devrais poser pied à terre début octobre.
Je me déplace donc uniquement en stop et à pied, et jusque là la communication a été plus ou moins facile, MAIS JE SAIS QUE CE SERA UNE AUTRE HISTOIRE POUR L'IRAN !!
Alors j'ai besoin de votre aide pour un traduction en farsi, mon petit "document magique" qui m'accompagnera toujours, et reprend quelques phrases qui me sauront très utiles.
Voila ce que j’aimerais traduire :
"Bonjour,
Je m'appelle Jérôme, je suis français et fais le tour du monde en auto stop et à pied avec mes affaires sur le dos. Je suis parti de France au mois de Mai.
Je cherche à aller dans la direction de .....(ville) , si vous allez dans cette direction, est il possible de m'emmener avec vous ?"
"Je n'ai pas d'argent."
MAIS AUSSI TRÈS UTILE :
"Je cherche un endroit ou un abris pour passer la nuit, pourriez vous m'aider ou connaissez vous quelqu'un qui pourrait le faire ? "
"est il possible de camper ici ? "
"Merci beaucoup"
A coté de ça bien sur que je ferais mon maximum pour intégrer de bonnes notions de la langue...
Mille fois merci !!😉
JEROME
B🙂njour camarades VFistes,
Malgré mon "acharnement" sur le moteur de recherche du forum, je n'ai point trouvé de réponse satisfaisante à ma question en titre.
N'y aurait-il que le guide "Fahrang Moaser" de Parsayar?
Des avis/recommandations de choix?
Merci de votre attention et, à l'avance, de votre aide.
Cordialement,
Yell😉wmop.
Malgré mon "acharnement" sur le moteur de recherche du forum, je n'ai point trouvé de réponse satisfaisante à ma question en titre.
N'y aurait-il que le guide "Fahrang Moaser" de Parsayar?
Des avis/recommandations de choix?
Merci de votre attention et, à l'avance, de votre aide.
Cordialement,
Yell😉wmop.
Je cherche une recette de cuisine iranienne qui s'appelle "Fassenjoun".
Ni livre, ni film, ni documentaire, mais texte d'une audition le 4 octobre 2017 d'un analyste américain à la Chambre des Représentants : Comprendre les motivations profondes de l'Iran.
Pour une fois, je me suis à peu près retrouvé dans les analyses présentées. Notamment dans la conscience culturelle chez l'iranien de la rue d'appartenir à un empire dépecé et assiégé.
En anglais, sans traduction.
Extraits accessibles sur www.nationalreview.com/...hran-motivations-key.
Texte complet in docs.house.gov/...ollackK-20171004.pdf.
Bonne lecture
Fabrice
Pour une fois, je me suis à peu près retrouvé dans les analyses présentées. Notamment dans la conscience culturelle chez l'iranien de la rue d'appartenir à un empire dépecé et assiégé.
En anglais, sans traduction.
Extraits accessibles sur www.nationalreview.com/...hran-motivations-key.
Texte complet in docs.house.gov/...ollackK-20171004.pdf.
Bonne lecture
Fabrice
voila la réponse que key2persia me donne suite a une demande de réservation de numéro pour l obtention des visas
" Cher Monsieur, J'espère que tu vas bien. Selon la nouvelle règle de l'AMF, vous devriez avoir un guide touristique et l'itinéraire précis pour toutes lors de votre voyage en Iran si vous voulez voyager avec votre camping-car. Donc, malheureusement nous ne pouvons pas vous aider à obtenir un visa sans visite. S'il vous plaît contacter sales@key2persia.com si vous souhaitez rejoindre l'un de notre tournée d'obtenir vos visas."
( google traduction )
c est nouveau ??
pouvez vous m aidez merci
" Cher Monsieur, J'espère que tu vas bien. Selon la nouvelle règle de l'AMF, vous devriez avoir un guide touristique et l'itinéraire précis pour toutes lors de votre voyage en Iran si vous voulez voyager avec votre camping-car. Donc, malheureusement nous ne pouvons pas vous aider à obtenir un visa sans visite. S'il vous plaît contacter sales@key2persia.com si vous souhaitez rejoindre l'un de notre tournée d'obtenir vos visas."
( google traduction )
c est nouveau ??
pouvez vous m aidez merci
Bonjour,
Avant de partir en voyage à l'étranger, j'essaie de comprendre ce que vivent les gens du pays : vie quotidienne, aspects politiques et socio-culturels.
J'envisage un voyage en 2015 en Iran. J'ai commencé à me documenter sur ce pays : livres (romans, récits, histoire, politique), DVD documentaires. A vrai dire, j'emprunte en médiathèque un peu tout ce qui existe sur l'Iran, mais sans aucune référence préalable. Pourriez-vous guider un peu ma démarche ? Y a-t-il des incontournables ?
Petite question subsidiaire : existe-t-il un support intéressant pour se familiariser avec le vocabulaire de base en farsi (prononciation et écriture) ?
J'en profite pour vous conseiller d'aller voir "Iranien" (sortie le 3 déc) que j'ai vu en avant-première, en présence de l'auteur, Mehran Tamadon (comme souvent, mais plus fortement que d'habitude, c'est l'échange avec l'auteur qui a donné toute sa couleur et sa profondeur au film).
Cordialement, Murielle
Avant de partir en voyage à l'étranger, j'essaie de comprendre ce que vivent les gens du pays : vie quotidienne, aspects politiques et socio-culturels.
J'envisage un voyage en 2015 en Iran. J'ai commencé à me documenter sur ce pays : livres (romans, récits, histoire, politique), DVD documentaires. A vrai dire, j'emprunte en médiathèque un peu tout ce qui existe sur l'Iran, mais sans aucune référence préalable. Pourriez-vous guider un peu ma démarche ? Y a-t-il des incontournables ?
Petite question subsidiaire : existe-t-il un support intéressant pour se familiariser avec le vocabulaire de base en farsi (prononciation et écriture) ?
J'en profite pour vous conseiller d'aller voir "Iranien" (sortie le 3 déc) que j'ai vu en avant-première, en présence de l'auteur, Mehran Tamadon (comme souvent, mais plus fortement que d'habitude, c'est l'échange avec l'auteur qui a donné toute sa couleur et sa profondeur au film).
Cordialement, Murielle
merci de me dire si ce séjour (très court !!!) est équilibré, n'hésitez pas..;bien sur ...à me proposer quelques variantes ..
d'autre part, je sais qu'il y a un message à ce sujet mais je n'arrive pas à le retrouver..comment fait on pour aller de Yazs au caravanserail Zein O Din ? je crois me souvenir qu'il y a un bus (en fin d'après midi)
en tous cas, merci à tous
jour 1 - (28 avril) départ de marseille pour Shiraz (via Istambul)
jour 2 -(29 avril) arrivée a shiraz a 2.30 du matin, VOA, taxi... 4 h ? arrivée a l'hotel
journée en ville
jour 3 -(30 avril) Persepolis avec l'agence cle2perse que j'aurais ete voir la veille en arrivant pour réserver (est ce suffisant ?)
jour 4 -(1er mai) c'est pour cette journée que j'ai un doute, vaut il mieux la reporter sur une autre ville..mais en allant a persepolis avec l'agence, est ce l'on est "dans les temps" pour prendre le bus de nuit pour Yazd...la dessus j'attends vos propositions et vos commentaires
jour 5- (2 mai) Yazd (aller directement au silk road pour voir si l'hotel organise le jour même ou l'un des suivants un "tour du désert" nuit a yazd
jour 6 -(3mai) Yazd - partir le soir pour passer la soirée et dormir au caravanserail Zein O din (je ne trouve pas de mail ni de telephone pour faire une reservation)
jour 7 - (4mai) retour a yazd dans la matinée et départ pour Ispahan... Y a t il des bus de jour pour ispahan (j'ai trouvé une info 5 heures de transport, ca m'irait bien de dormir dans un lit plutot que dans le bus-
jour 8- 9- 10 (5-6-7 mai) Ispahan (qui peut m'indiquer un hotel sympa bien placé plutot confortable -mais pas un hotel moderne..- et qui réponde aux mails... pour ces 3 nuits ?
jour 11 - départ pour téhéran le matin nuit à téhéran
jour 12 - départ de téhérn vers marseille via Istambul
merci a vous tous, jeanne
en tous cas, merci à tous
jour 1 - (28 avril) départ de marseille pour Shiraz (via Istambul)
jour 2 -(29 avril) arrivée a shiraz a 2.30 du matin, VOA, taxi... 4 h ? arrivée a l'hotel
journée en ville
jour 3 -(30 avril) Persepolis avec l'agence cle2perse que j'aurais ete voir la veille en arrivant pour réserver (est ce suffisant ?)
jour 4 -(1er mai) c'est pour cette journée que j'ai un doute, vaut il mieux la reporter sur une autre ville..mais en allant a persepolis avec l'agence, est ce l'on est "dans les temps" pour prendre le bus de nuit pour Yazd...la dessus j'attends vos propositions et vos commentaires
jour 5- (2 mai) Yazd (aller directement au silk road pour voir si l'hotel organise le jour même ou l'un des suivants un "tour du désert" nuit a yazd
jour 6 -(3mai) Yazd - partir le soir pour passer la soirée et dormir au caravanserail Zein O din (je ne trouve pas de mail ni de telephone pour faire une reservation)
jour 7 - (4mai) retour a yazd dans la matinée et départ pour Ispahan... Y a t il des bus de jour pour ispahan (j'ai trouvé une info 5 heures de transport, ca m'irait bien de dormir dans un lit plutot que dans le bus-
jour 8- 9- 10 (5-6-7 mai) Ispahan (qui peut m'indiquer un hotel sympa bien placé plutot confortable -mais pas un hotel moderne..- et qui réponde aux mails... pour ces 3 nuits ?
jour 11 - départ pour téhéran le matin nuit à téhéran
jour 12 - départ de téhérn vers marseille via Istambul
merci a vous tous, jeanne
bonjour à tous,
je compte me rendre en iran en train au départ d'istanbul, concernant l Iran je prendrais uniquement le train et le bus , je suis preneur de toutes sortes d'infos donc voici mon itinéraire prévu pour 1 mois environ enfin tout dépends de la durée du visa qui me sera accordé:
descendre du train trans asia (ist-tehera) à khoy pour aller à maku ensuite visiter cette église arménienne à qara kelissa Tabriz Ardabil Rasht Teheran Abyaney Natanz Isphaan Yarzd Kerman et zaheedan ensuite direction le Pakistan
Y aurait il proche de ces villes des lieux incontounables?
auriez vous des adresses vraiment sympa et surtout abordable je compte dépenser 20 euros par jours pour l'hébergement et la nourriture (je ne prends aucun guide touristique avec moi seulement un guide culturel)
est ce réalisable en un mois sachant que j'aime bien m'imprégner des lieux ?
merci à tous
jeevann
je compte me rendre en iran en train au départ d'istanbul, concernant l Iran je prendrais uniquement le train et le bus , je suis preneur de toutes sortes d'infos donc voici mon itinéraire prévu pour 1 mois environ enfin tout dépends de la durée du visa qui me sera accordé:
descendre du train trans asia (ist-tehera) à khoy pour aller à maku ensuite visiter cette église arménienne à qara kelissa Tabriz Ardabil Rasht Teheran Abyaney Natanz Isphaan Yarzd Kerman et zaheedan ensuite direction le Pakistan
Y aurait il proche de ces villes des lieux incontounables?
auriez vous des adresses vraiment sympa et surtout abordable je compte dépenser 20 euros par jours pour l'hébergement et la nourriture (je ne prends aucun guide touristique avec moi seulement un guide culturel)
est ce réalisable en un mois sachant que j'aime bien m'imprégner des lieux ?
merci à tous
jeevann
Bonsoir,
L'un ou l'une d'entre vous a-t-il un ou des titres de roman iranien contemporain à me conseiller?
Auteur iranien et pas auteur qui écrit sur l'Iran. Et de préférence masculin (il faut que je me rende à l'évidence, ma longue expérience de lectrice montre que je ne suis pas du tout réceptive à la littérature écrite par des femmes).
Khayyam et Hafez, guère contemporains, sont déjà dans ma bibliothèque. Maalouf, qui au demeurant n'est pas iranien, aussi.
Catherine
L'un ou l'une d'entre vous a-t-il un ou des titres de roman iranien contemporain à me conseiller?
Auteur iranien et pas auteur qui écrit sur l'Iran. Et de préférence masculin (il faut que je me rende à l'évidence, ma longue expérience de lectrice montre que je ne suis pas du tout réceptive à la littérature écrite par des femmes).
Khayyam et Hafez, guère contemporains, sont déjà dans ma bibliothèque. Maalouf, qui au demeurant n'est pas iranien, aussi.
Catherine
Bonjour,
Je vais traverser l'Iran à moto bientôt et je me demande comment ça se passe pour acheter de l'essence?
J'ai vu que les Iraniens ont une carte pour en acheter, et qu'on peut ou en acheter une ou utiliser celle des pompistes.
Curieux de connaître l'avis de ceux qui ont pratiqué récemment.
Merci d'avance.
Je vous propose mon premier carnet de voyage, entre Caucase et Moyen Orient. Plutôt long, j'espère que vous aurez la patience de le lire jusqu'au bout...
Arménie - Iran : récit de voyage
Samedi 30 septembre : Vol matinal Bruxelles - Erevan avec Ukraine International. Rien à redire sur la compagnie (j’avais lu de nombreux avis catastrophiques) : courte escale à Kiev, avions récents et confortables mais aucun service gratuit à bord (ressemble à du low cost). Pour un vol payé 250 € (aller Erevan, retour depuis Téhéran), cela vaut la peine.
Longue attente à l’arrivée à Erevan, mais, ça y est, me voilà arrivé. Excité et anxieux à la fois, il s’agit de mon premier voyage entièrement seul pour une période de 2 semaines, qui plus est dans une région où l’offre touristique est faible. A moi l’inconnu... A la sortie, j’achète directement une carte sim locale et, le taxi que m’avait proposé mon logement AirBnb pour 10€ est là à m’attendre. J’aime ces premiers instant dans un nouveau pays, et ma première impression sur le trajet jusqu’en ville est ce curieux mélange d’ambiance ex-soviétique et d’Orient. Cette impression se renforcera au cours de mon séjour avec en plus, dans la capitale, le constat que ce pays se tourne aussi de plus en plus vers l’occident.
L’accueil à mon logement est formidable et ajoute de la chaleur à cet austère building dans lequel il se trouve. Voulant être au plus près de la population j’ai minutieusement choisi une chambre chez l’habitant (sur AirBnb) et cela aura été un très bon choix, bien qu’un peu plus onéreux : 20€/nuit au lieu de 10€ en hostel. Avant de partir explorer la ville, mon hôte, Shoghik, qui vit là avec sa fille Ellen et son mari, me propose de m'asseoir avec eux et de partager les fruits, l’Halva, le café arménien, les gâteaux, ... disposés sur la table pour mon arrivée.
Je sors prendre le pouls de la ville en commençant par la place de la République puis place de l’Opéra et jusqu’à Cascade. A la tombée de la nuit, tout s’anime : les gens sortent, les rues deviennent bondées, les terrasses se remplissent, les familles sortent dans les parcs et les jeunes se rassemblent. Je suis surpris par tant de vie et d’animation, il fait agréable de se promener dans les rues de la capitale au coucher du soleil. Je me mets alors en quête d’un endroit que l’on m’a conseillé pour aller souper. Cet endroit étant un peu à l’écart et je prends un taxi pour m’y rendre. Ici, personne ou presque ne parle anglais, pour communiquer c’est soit Arménien soit Russe. Comme je ne parle aucun des deux, gestes, sourires et l’aide de Google traduction feront l’affaire…ou pas : me voilà déposé dans un quartier totalement sombre et inanimé, pas le moindre resto en vue. En marchant 10 min je finis par tomber sur un snack qui propose de la délicieuse viande grillée que l’on me sert avec des légumes au goût inouï, des herbes aromatiques et… une bouteille de Vodka. Je suis seul, à l’unique grande table du « restaurant », qui sert aussi probablement de salle à manger pour la famille. En rentrant, Shoghik m’invite à prendre un bol de soupe fumante devant la télé avec elle et Elen.
Dimanche 1er octobre :
Après un petit déjeuner préparé avec beaucoup d’amour, composé de blit (petites crêpes ressemblant à des blinis), d’Afsianka (porridge), de fruits râpés, d’Halva et d’autres gâteaux locaux, je me mets en route vers le marché couvert de la ville. Sur le chemin, le long de cette avenue principale un peu plus éloignée du centre, je retrouve des similitudes avec certaines villes d’Asie à travers cette alternance de bâtiments décrépis et de nouveaux centres commerciaux modernes et ultras kitsch. Le tout, bien entendu, ponctué par le bruit des klaxons et de la circulation infernale. Ma balade dans le marché couvert n’est pas sans me rappeler celui de Kiev, mais, de nouveaux, avec cette touche asiatique en plus. Les étals sont magnifiques et éclectiques : bouquets de fleurs en fruits secs, grands pains plats, miel local et pieds de porc sont au menu.
Marché couvert de Erevan
Fasciné depuis toujours par les trains, je hèle un taxi jusqu’à la gare. L’unique train du jour au départ est à destination de Tbilissi, en Géorgie et mon taximan, persuadé que je désire m’y rendre, rentre dans un long débat en russe pour me convaincre de me conduire lui-même jusque-là. Une fois visité l’imposant bâtiment à l’architecture typiquement soviétique, je prends le métro pour retourner vers le centre-ville et monter sur une des collines de la ville, là où se situe 2 imposants monuments à la gloire du pays et de l’URSS. Une vieille fête foraine que je pensais désaffectée jouxte ces 2 édifices solennels et le contraste est plutôt amusant.
Après avoir flâné là-haut, je me dirige vers la mosquée de la ville, entièrement restaurée. Appelée la « mosquée bleue », et cachée derrière de vieux bâtiments, elle a plutôt fière allure et me donne un petit avant-goût de ce qui m’attend en Iran. Je me repose quelques minutes sur un banc dans le jardin avant d’aller prendre une bière en terrasse en profitant des derniers rayons de soleil. Je me dirigerai ensuite vers un petit resto de cuisine typique du Haut-karabagh : du pain fourré aux herbes aromatiques passé un grill.
Sur le retour, je profiterai de l’animation de la ville, et notamment du spectacle son et lumière aux fontaines de la Place de République. En rentrant le soir chez Shoghik, un souper m’attendra pour compléter mon repas frugal de ce soir. Son mari, chauffeur, et que je n’ai pas encore rencontré, rentre d’un périple avec des clients. Je m’arrange avec lui pour la journée de demain : il me déposera à mon hôtel à Eghegnazor en faisant un stop à Khor Virap, à Areni pour goûter la production de vin local et enfin à Noravank.
Gare de Erevan
Monument "Mère Arménie" à Erevan, et sa fête foraine
Lundi 2 octobre :
Je me réveille avec le bruit de la pluie sur les tôles ondulées du parking en contrebas de ma chambre. La météo s’annonce médiocre et nous nous mettons en route avec Edgar vers 10h00, direction Khor Virap. Après 1h de route et un arrêt d’une demi heure pour faire le plein de gaz liquide (interdiction de rester près du véhicule pendant ce temps), nous arrivons avec le soleil au monastère. Le lieu est majestueux mais je ne verrai rien du Mont Ararat, complètement dans le brouillard. Juste en contrebas, j’observe des paysans travaillant aux champs avec de vieux tracteurs déglingués. Un peu plus loin, s’étend une sorte de no man’s land marquant la séparation avec l’ennemi juré, la Turquie, à moins d’un kilomètre.
Monastère de Khor VIrap
Champs aux alentours de Khor Virap
On se remet en route. Petit à petit, la route alors dans la plaine, s’élève et devient une route de montagne sinueuse. Les paysages s’escarpent et le dernier virage avant un col ouvre la perspective sur un horizon steppe et de pics rocheux à couper le souffle. Quelques maisons sont blotties au creux de petites vallées, formant des hameaux ou le temps semble s’être arrêté. La conduite d’Edgar se fait plus brusque et plus rapide, et celle des autres conducteurs également, jusqu’à frôler l’accident. Nous voilà à 3 sur 2 bandes afin de laisser passer la voiture en face doublant dans un virage sans visibilité. On l’a vraiment échappé belle. Quelques jurons d’Edgar en arménien plus tard, nous arrivons à Areni en même temps que la pluie pour y goûter le vin dans une cave. Pas trop convaincu par ce qu’il m’est offert à goûter, j’achète malgré tout une bouteille pour prendre comme apéro si l’occasion se présente avant mon passage en Iran.
Arrêt sur la route entre Khor Virap et Areni
Edgar commence à s’agiter, alors que je traine un peu dans la cave, il m’attend dans la voiture et klaxonne plusieurs fois pour que je me dépêche. Nous reprenons la route vers le site de Noravank, situé à 20km, à tombeau ouvert. Par chance, la pluie a fait place à des éclaircies. Il y a du monde. Enfin, façon de parler, ça reste l’Arménie. Disons qu’il doit y avoir une trentaine de personnes sur le site, surtout des visiteurs venus à la journée depuis Erevan. Je prends beaucoup de plaisir à explorer les deux églises dans ce cadre fantastique. Ce sera l’une des plus belles visites du pays…qui sera écourtée car Edgar, qui, pressé de rentrer, crie après moi à ma recherche. Manque de chance pour lui, j’ai marché pendant 10 min sur un petit sentier qui monte dans la montagne afin d'avoir une vue de recul sur le monastère et les montagnes rouges et abruptes qui l’entourent. Je prendrai tout mon temps pour redescendre.
Edgar me dépose chez mes nouveaux hôtes, au Shushan B&B (10€/nuit) où je suis accueilli par Arumen, le fils aîné de la famille. Il joue dans le salon avec un ami au backgammon. Je reste là un peu avec eux à les regarder jouer et à essayer de comprendre les règles tout en mangeant des fruits accompagné d’un café arménien. Il est 17h, un rayon de soleil passe par la fenêtre et la pluie s’arrête dehors. Je profite de l’accalmie pour sortir et me diriger vers un vieux pont médiéval enjambant le torrent dans la vallée, un peu plus en contrebas du village. J’avais repéré les lieux dans un vieux livre en noir et blanc dans la bibliothèque de ma chambre.
C’est depuis le carrefour principal de la ville, là où croise la principale route Nord-Sud du pays, que débute le sentier. Ici, se concentrent une pompe à essence, un garagiste et un restaurant, semblant être l’unique point de ravitaillement à 100km à la ronde, conférant à cet endroit une ambiance de far ouest arménien. Après 20 minutes de marche à travers champs, j’arrive jusqu’au au pont de la photo. La vue sur celui ci avec le torrent et les nuages se déchirants sur les montagnes en arrière-plan est remarquable. De là, j’aperçois un homme en train de pêcher avec sa femme. Il me fait signe de les rejoindre à grand renfort de gestse et de mots que je ne comprends pas. Quand j’arrive à sa hauteur, son immense sourire me met de suite en confiance. Il me montre comment il pèche, avec un bout de ficelle attaché à un bâton, puis, d’un hochement de tête, me désigne le maigre produit de sa pêche dans un petit sceau. Alors que je m’apprête à retourner sur mes pas, ils m’invitent à les suivre jusqu’à leur maison, située 200 mètres plus haut à travers champs. Je refuse d’abord poliment plusieurs fois, puis face à leur insistance et leur gentillesse, je finis par accepter.
Pêcheur à Eghegnazor
Ces deux paysans, Ashat et Ushi, semblent vivre totalement coupé du monde. Leur maison consiste en une unique pièce en terre battue ou l’on y mange, dort et cuisine. Dans un coin de la pièce trône une vieille télé à écran cathodique à l’image neigeuse et diffusant un soap opéra bollywoodien sous-titré en cyrillique. Je me vois prié de m’asseoir pendant que le café chauffe. Alors que la femme d’Ashat apporte le café, voilà mon hôte de retour avec des tomates du potager. Il lui fait des gestes en me souriant pour lui montrer qu’il ne veut pas du café. Ashat me fait un clin d’œil et, caché derrière une étagère, il sort une bouteille de vodka dans laquelle il a fait macérer des baies. Ashat semble très amusé et fier de me montrer combien sa vodka est forte et comment on la boit cul-sec dans des petits verres.
Pendant ce temps Ushi apporte le repas : elle commence à sortir de grandes crêpes de pain sec, qu’elle arrose légèrement pour lui redonner sa consistance normale. Ensuite, elle découpe soigneusement en quartier les tomates rapportées par son mari ainsi que des tranches d’un fromages de leur élevage accompagné de piments, poivrons et d’herbes aromatiques : feuilles de menthe, de réglisse, d’anis et d’autres dont je suis incapable d’identifier le goût. Tout a une saveur fabuleuse, les tomates sont juteuses, sucrées et pleine de parfum, jamais avant je n’en avais mangé de telles. Le fromage aussi est extraordinaire et le goût combiné à celui de la tomate et des herbes aromatiques est juste divin. Je n’ai plus faim, mais je Ashat et Ushi m’obligent à manger encore, ils veulent faire honneur à leur invité.
Le temps passe vite, nous ne parlons aucune langue commune, mais nous parlerons tout le repas et toute la soirée. Je ressens une gentillesse et un accueil pur et authentique chez ces gens comme rarement j’en ai rencontré lors d’autres voyages. Entre temps la nuit est tombée. Mes hôtes veulent que je reste dormir là et, à contrecœur, je refuse. Ils ont peur que je me fasse attaquer par des chiens errant sur le retour dans le noir et décident de m’accompagner une partie du chemin. Ils me donnent aussi un grand bâton pour me défendre, si des chiens venaient à m’attaquer. Nous nous disons au revoir et je rentre dormir dans la pension le cœur lourd de les quitter.
Mardi 3 octobre :
Un petit déjeuner typique et du bon café m’attendent. La maman de Arumen vient me saluer, c’est elle qui est aux fourneaux. A 9h00 arrive le taxi que m’avait négocié la famille la veille pour aller visiter les alentours de Eghegnazor pour toute la journée. Mon chauffeur ne parle que Russe et Arménien, et, quand on doit communiquer, il appelle sa femme qui fait la traduction au téléphone. Le soleil est de la partie ce matin et je sais que ça ne durera pas. J’ai envie de retourner à Noravank pour revoir le site avec la lumière matinale, tout seul et sans pression comme la veille. Quand nous arrivons, nous sommes en effet presque seuls, il n’y a qu’un camping-car immatriculé en hollande qui a passé la nuit là. J’en croiserai quelques-uns de ces mobile-home immatriculés en Europe, ce qui est toujours une grande joie pour les locaux de les apercevoir. L’atmosphère matinale à Noravank est surréelle, presque divine, avec ces gros nuages noirs, qui s’accrochent aux montagnes. Ils sont percés de rayons de soleil qui illuminent uniquement les églises du site, comme un rayon divin. Initialement j’avais prévu une randonnée (trouvée sur Wikiloc) qui se termine à Noravank après avoir traversé des gorges profondes. Mais suite aux pluies d’hier et à celles annoncées cet après-midi, on me l’a déconseillé. Je parcours malgré tout les 10 premières minutes à contre sens jusqu’à une source avant de remonter en voiture, direction Eghegis, Arates et environs.

Noravank
Il faut 45 minutes de voiture sur des routes de plus en plus étroites et isolées pour rejoindre ces anciennes églises arméniennes, pour certaines très anciennes et en ruine, nichées dans des alpages à l’aspect de steppes. Je suis surpris de voir la quantité de pièces archéologiques, essentiellement des pierres dans lesquelles sont sculptées des croix et des écritures parfois presque millénaires, et qui sont à terre, sans protection et à la portée de tous qui souhaiterait les emporter.
Arates
Nous mettons ensuite cap sur le Selim Pass, après un bref arrêt plein de gaz liquide et sandwich. La route remonte une vallée, d’abord large, ensuite de plus en plus escarpée. Les paysages sont magnifiques et grandioses. Le paysage herbeux, totalement jauni après la sécheresse de l’été, sans un seul arbre, consiste en une steppe aride et immense, entourée de sommets. Juste en dessous du col se trouve un des plus ancien et des mieux préservé caravansérail (Caravansérail de Sélim) de la route de la soie, ce qui était le but premier de mon ascension. Je suis excité d’aller visiter cet ancien lieu d’accueil des marchands de l’époque et de leurs montures sur leur route vers l’Orient lointain. C’est mon intérêt pour la route de la soie qui m’a amené à vouloir découvrir ces contrées, notamment après la lecture du livre de Bernard Ollivier « la longue marche ». Le caravansérail est presque intact et orné d’écritures arméniennes et arabes. A l’intérieur on peut facilement identifier les pièces de vie des hommes et des bêtes, mais aussi des espaces de vente. Un marchand vend du miel, des alcools locaux et des herbes aromatiques. Il parle le français, ce qui est très rare par ici. Je lui achète un petit pot de miel puis prenons la route pour redescendre de l’autre côté du col, jusqu’au lac Sevan et au cimetière de Noraduz, réputé pour ses khatchkars. A présent le ciel est bas, gris et il tombe une fine pluie glaciale. Plus haut sur les sommets, une couche blanche apparaît : ce sont les premières neiges de l’année. Le lac Sevan, que j’ai vu d’un bleu éclatant sur les cartes postales à Erevan, a la même couleur que le ciel et se tient le long de la route déglinguée traversant des villages vides et sales. Le tout transpire d’une ambiance cafardeuse. Je me promène rapidement à travers les khatchkars, qui sont des stèles commémoratives de près de 2 mètres de haut et sur lesquelles sont représentées des scènes de la vie quotidienne de l’époque. Pour quelques Drams, une vieille dame m’explique la signification des représentations sculptées sur les stèles principales, ce qui donne un peu de vie à ce cimetière sous la grisaille. Nous repassons le col dans l’autre sens, là-haut le vent souffle et la température tombe à 0 degré. Je peux sentir le froid passer à travers vitres mal isolées de la vielle Lada aux pneus lisses. En perdant de l'altitude la météo se fait plus clémente et j'observe que mon chauffeur se détend. Après la visite d’une énième église et un bref passage chez un bijoutier pour changer des euros, mon taxi me dépose à ma pension. Nous nous reverrons demain pour le chemin jusqu’à Goris car il n’y a pas de marshrutka sur cet axe demain, ou alors de façon très incertaine.
Lorsque je rentre, un couple d’allemand vient juste de s’installer à la pension. Nous passons le début de soirée tous ensemble avec les enfants avant d’aller manger dans un resto que nous recommande nos hôtes, le long de la « Motorway 2 » (comprendre « la route défoncée vers le sud »). Plutôt sympas, ils m’offrent le repas et la bière. Ils m’expliquent aller eux aussi en Iran par après, mais en avion, faute d’avoir obtenu le visa à temps (obligatoire pour le passage terrestre mais délivré à l’aéroport). Nous rentrons dans le noir à la lumière de nos frontales sous la bruine glaciale et ouvrons la bouteille de vin que j’ai achetée et que nous finirons à 2 avec Micha car Hannah m’apprend qu’elle est enceinte. Je trouverai rapidement le sommeil…
Mercredi 4 octobre:
Après un petit déjeuner vite avalé et avoir fait mes adieux, je me mets en route vers Goris avec mon taxi de la veille. Les nuages de pluie de hier s’ouvrent et se déchirent à présent en lambeaux sur la pointe des sommets et des collines environnants. Il a fait froid cette nuit, et les timides éclaircies laissent entrevoir les alpages saupoudré d’une fine couche blanche de neige fraîche. Le contraste de la blancheur étincelante de la neige avec le jaune des herbes brûlées de la steppe, sur le fond de nuages s’écharpant sur les pics rocheux, est magique. A travers les minces espaces de ciel bleu fusent quelques rayons soleil réchauffant l’atmosphère et les teintes froides du paysage. La route zigzague en larges virages dans le fond de l’ample vallée, monte est descend en laissant apercevoir, au détour d’une courbe ou d’un petit col, le long ruban foncé d’asphalte s’étirant à la l’infini vers un banc de brouillard. En chemin, nous faisons halte à Jermuk, station thermale dont le nom s’étale sur toutes les bouteilles d’eau minérale du pays et dont les façades neuves des bâtiments et la signalisation existante au bord de la route lui confère un aspect chic. Jermuk, également station de ski construite par les russes à l’époque, verra sous peu ses hôtels remplis par les skieurs. L’air est piquant et, avant de rejoindre la voiture, je me réchauffe les mains avec une bouteille d’eau vide que je rempli à une source d’où jaillit de l’eau à 55 degrés.
Neige fraîche au Vorotan Pass avant Goris
La route se poursuit avec le passage du Vorotan Pass. Ici les nuages s’accrochent et la route est à présent totalement enneigée. Elle le restera jusqu’à proximité de Goris. J’avais convenu avec mon chauffeur qu’il me dépose au téléphérique pour Tatev (le “Wings of Tatev”), mais vu la neige et le brouillard je décide qu’il est inutile de monter là haut et nous poursuivons jusqu’à Goris où je me fais déposer à l’auberge de jeunesse (Eden Hostel & Guesthouse, 9€/nuit). Il fait glacial dehors et tout autant à l’intérieur lorsque je rentre dans le hall de l'auberge. Se tient là, debout et raide comme la justice, un jeune de mon âge et qui attend depuis 15 minutes que quelqu’un de la réception vienne l'accueillir. Nous trouvons un mot de la réceptionniste avec un numéro auquel appeler en cas d’absence. 5 minutes plus tard une dame sympa, mais avec qui la capacité à communiquer est limitée, nous montre notre dortoir et nous amène un radiateur électrique plus que bienvenu.
Nous ressortons presque immédiatement à la recherche d’un endroit où manger. Je fais plus ample connaissance avec Ido, il est israélien et est un ancien officier de l'armée. Il ne mange pas casher à proprement parler, mais suit malgré tout certaines règles alimentaires, comme celles de ne pas manger de porc et de ne pas mélanger les produits laitier avec de la viande. Du coup, ça restreint pas mal les possibilités des lieux ou se sustenter, surtout dans dans un pays comme l’Arménie et d’autant plus dans un bled comme Goris. Finalement, un kebab d’agneau avec du riz fera l’affaire. A cet instant, je n’ai pas encore conscience que ce menu constituera, jusqu’à l’écœurement parfois, à peu près l’essentiel, la variété de viande mise à part, de mon régime alimentaire iranien.
Alors que Ido, qui déteste déjà ce temps gris, froid et maussade qui lui est pourtant inconnu dans ses contrées septentrionales, rentre à l’auberge se reposer et se connecter au Wifi, je m’en vais explorer le vieux Goris. Le vieux Goris est en fait le pendant de Kandovan, en Iran. Des habitations troglodytes creusée dans du tuf, faisant fortement penser à la Cappadoce. Mais la tête enfouie sous ma capuche, les mains frigorifiées et les pieds mouillés, le charme opère peu et je me précipite dans le premier bistrot ouvert que je croise. Un café pour me réchauffer le corps et deux Kilika de 66cl (bière locale) pour me réchauffer le cœur.
Quand je rentre à l’auberge, Ido a fait connaissance avec une nouvelle arrivée qui partage notre chambre: Anna, qui est Moscovite. On fait passer le temps en jouant aux cartes dans la cuisine en buvant du thé bien chaud. Tous les trois, nous souhaitons aller demain visiter le monastère de Tatev et arrangeons un taxi avec l’auberge. Finalement, un invité surprise de dernière minute, un compagnon de voyage que Ido a croisé en Géorgie 1 mois auparavant et qui se trouve par hasard dans la taverne du village ou nous allons souper, s’ajoutera à nous pour l’aventure du lendemain.
Jeudi 5 octobre:
La Lada bleue clinquante édition spéciale rideau de fer nous attend fièrement devant l’hostel. Notre chauffeur, dont le sourire est aussi brillant que les enjoliveurs chromés de son ancêtre, discute du prix et de l’itinéraire en russe avec Anna et la gérante de l’auberge. Finalement, on ne va pas se contenter de Tatev, on va pousser jusqu’à Sisian, pour aller voir Karahunj, le Stone Age local, mais aussi une cascade, le monastère de Vorotnavank et un vieux pont menant au lac de Shamb. J’avais initialement l’intention de prendre la marshrutka de 13 ou 15 heures jusqu’à Kapan puis Meghri pour passer la frontière iranienne le lendemain matin tôt.Mais l'itinéraire alléchant et la joie de partager cette aventure aux allures de road trip avec mes nouveaux amis me plait plus.
Je resterai donc une nuit de plus dans ce lit dont le confort relève plus du hamac, tant il est creusé. Mais ça n’a pas la moindre importance. Je suis assis à l’arrière, écrasé contre la fenêtre. A cinq dans cette voiture, en comparaison, voyager avec Ryanair relève du luxe ultime. Je rigole intérieurement du groupe éclectique que nous formons en route vers “on ne sait pas vraiment où”. Vingt quatre heures auparavant nous étions encore de parfaits inconnus, et maintenant nous voilà tel un groupe de pote qui se connaît depuis toujours. Il n’y a qu’en voyage que ce genre de dynamique de groupe se crée.
Compagnons de voyage et taxi Lada clinquant
Le soleil brille de mille feux ce matin. Fini la grisaille et la pluie. En revanche il a neigé la nuit sur les hauteurs, et au premier col que la route franchi, il y a une petite accumulation de quelques centimètres. Le paysage blanchi est spectaculaire, et nous sommes tous ébahi devant tant de beauté. Pour les deux autres garçons, c’est presque une première de voir de la neige, ou, en tout cas, d’en voir de si près. Ils ont fait arrêter le taxi pour pouvoir toucher la neige et, tels des gamins, s’amusent à lancer des boules de neige. Ce qui fait bien poiler notre chauffeur, blasé des hivers glacials qui peuvent sévir dans la région (jusqu’à - 40 °c paraît-il). Peu après s’être remis en route, nous croisons des bergers en transhumance qui envahissent la route avec leurs vaches. Perchés sur leurs chevaux pour guider le troupeau, ils ont des airs de cow-boy du far-ouest. J’en profite pour les prendre en photo avec le paysage désolé en arrière plan.
Transhumance
Nous poursuivons ensuite jusqu’à Karahunj. Il y a plus de monde par ici, mais pour que l’endroit ait vraiment de l'intérêt, il faudrait un guide, sinon ce n’est qu’un champ où se trouvent des pierres levées sans logique apparente. J’en profite pour prendre un café dans une roulotte et nous échangeons quelques mots avec un homme accoutré comme pour aller gravir l’Everest. Soudain, choc des civilisations: l’homme demande à Ido d’où il vient. L’Israélien répond à l’homme qui lui répond à son tour “alors c’est donc toi mon ennemi juré ? Je suis Iranien”, avec un air rieur traduisant qu’il n’en pense rien. S’en suivra ensuite dans la voiture une discussion sur les problèmes entre les deux pays.
D’ailleurs, sur ces routes du grand Sud arménien, l’Iran commence à se faire plus présente: nous croisons de nombreux camions immatriculés en Iran mais aussi des pancartes de restaurants ou de garages le long de la route où la traduction n’est plus en Russe mais en Persan. Quelques dizaines de minutes plus tard, nous voilà au bord d’une belle cascade. Avec les pluies des jours précédents, il y a du débit, ce qui la rend imposante. Après les selfies de rigueur, nous nous réentassons dans la vieille Lada en route vers le monastère de Vorotnavank. Il est parfaitement bien préservé et vraiment imposant, le long d’une petite route dans une nature intacte. Avant de poursuivre vers Tatev, nous faisons un long détour par une vallée traversée par un vieux pont et menant à un joli lac entouré de hauts plateaux.
Sur la route
Monastère de Vorotnavank
Vieux pont menant au lac de Shamb, proche de Sisian
Le lieux de départ du téléphérique pour Tatev est en contraste total avec le reste du pays: moderne et blinquant. D’un coup, on se croirait téléporté en Suisse. Nous achetons nos tickets par carte de crédit pour un départ à 15h30, soit 45 minutes plus tard. En attendant, on en profite pour se restaurer un peu devant la vue sur la vallée en contrebas. On loupe notre départ et devons changer notre billet. Le monastère de Tatev est très beau, mais j’ai déjà vu tellement d’églises arméniennes et de monastères que je suis un peu blasé. Je m’éloigne un peu pour avoir une vue avec du recul avec le montagnes enneigées de l’Azerbaïdjan et du Haut-Karabagh au loin. Initialement, j’avais prévu de redescendre à pieds en passant par le pont suspendu et les sources chaudes, mais l’heure tardive et la météo des jours précédent contrediront mes projets. Nous rentrons doucement à Goris et allons souper ensemble des plats locaux à la taverne du village, à côté de l'hôtel Goris.
Tatev
Vendredi 6 octobre:
La marshrutka vers le Sud ne passera pas avant 13h et, comme j’ai déjà un hôtel réservé et payé à Jolfa, et que je veux passer la frontière iranienne le plus tôt possible dans la journée, je demande au taxi d’hier de me conduire jusqu’à Agarak, au poste frontière. Je n’ai jamais autant pris de taxi en voyage qu’en Arménie. Mais la rareté des transports publiques dans le Sud et l’isolement de certains endroits ne me laisse pas d'autre choix. Et puis, ça me donne l'occasion de m'arrêter quand je veux pour admirer les paysages ou de faire des détours par des petits villages en dehors de l’axe principal.
Je fais mes adieux à Anna et Ido. Anna remontera au Nord vers Areni, pour aller à la fête du vin, en stop avec des Argentins séjournant dans l’autre dortoir de l'auberge. Avant de se séparer elle m'apprendra quelques mots de base en russe pour communiquer avec le conducteur. Ido, quant à lui, passera quelques jours par Erevan avant d’aller prendre son vol retour à Tbilissi.
J’embarque donc dans la Lada d’hier, à l’avant cette fois ci, en route vers le Sud et l’Iran. Mon chauffeur a pris sa femme avec, j’ai cru comprendre qu’elle n'avait jamais été jusque là et qu’elle est curieuse de découvrir une autre part de son pays. Les paysages changent petit à petit, les panoramas steppiques font place à une forêt dense puis à des paysages plus alpins, avec le franchissement du col de Meghri à 2535 mètres. Au loin, on aperçoit déjà les premières montagnes d’Iran. A la descente, le décor change, tout devient plus aride et plus sec.
A l’arrière, la femme de mon chauffeur m’a gentiment préparé des sandwiches pour ne pas que je reste le ventre vide. Comme un dernier geste d’hospitalité à l’arménienne avant de rentrer dans un nouvel univers inconnu. Plus nous approchons de l’Iran et plus le thermomètre augmente drastiquement. Alors que le Meghri Pass était couvert de neige, nous croisons un panneau indiquant 25 degrés en traversant Meghri. Et soudain, nous débouchons dans une vallée. D’un seul coup, il n’y a plus d’herbe, plus d’arbre, plus de couleur. Les collines bien que plus basses se font abruptes, brisées, rocailleuses et d’une couleur aussi sombre que de la pierre de volcan. L’univers dans lequel nous entrons est radicalement différent de tout ce que j’ai vu jusqu’à maintenant: lunaire et inhospitalier. Sur la gauche de la route, l’accès est barré par des barbelés tout du long, et quelques miradors ponctuent le chemin. De l'autre côté des barbelés coule l’Araxe, et sur la rive d’en face s’étend la République Islamique l’Iran. Cette arrivée progressive sur l’Iran avec l’apparition soudaine de ces terres désertiques sonne comme une mise en garde. Je suis impressionné et ressens un mélange d’excitation, de me retrouver à ce point précis du globe, et d’anxiété quant à ce qui m’attend de l’autre côté.
En route vers l'Iran, arrivée sur Kapan
Ils me regardent affectueusement m’éloigner du taxi et, après un dernier signe de la main à mon chauffeur et sa femme, je passe le portail d’accès aux douanes arméniennes. Quelques camions sont garés là, en attente de leur passage sur l’autre rive. Nous sommes vendredi, l’équivalent de notre dimanche en Iran, et tout est plutôt calme. Quelques chauffeurs de taxi attendent le client et des enfants revendent des cartes sim prépayées. D’autres boivent du thé dans le grand hall qui fait aussi office de bar. Je suis apparemment le seul à traverser la frontière car un fonctionnaire vient ouvrir exprès pour moi le guichet. Quelques questions d’usages et un coup de tampon plus tard, me voilà officiellement sorti d’Arménie.
A la sortie du bureau des douanes, une large route mène jusqu’à un pont au dessus de l’Araxe. Il y a la possibilité d’emprunter des voiturettes de golf pour franchir ce no man’s land de 500 mètres entre les deux pays, mais l’instant est solennel et je préfère en savourer pleinement chaque seconde. L’envie de faire perdurer un peu ce moment l’emporte sur mon empressement d’entrer en Iran. L’entrée Nord du pont, côté Arménien donc, est gardée par un soldat Russe qui contrôle une dernière fois mon passeport. Les rambardes du pont sont peintes de gris jusqu’à exactement la moitié, devenant blanches, rouges et vertes ensuite pour symboliser le changement de pays. En dessous, coule le torrent boueu. De l’autre côté, un jeune soldat tout mince m'accueille d’un “Salam”, mon premier Salam, et m’indique vers où me diriger. Au pied du poste frontière, dans lequel je m’engouffre, trône fièrement un immense drapeau iranien repérable des kilomètres à la ronde.
Mon visa en poche, le passage en douane est très rapide jusqu'à ce que, avant de récupérer mon sac sortant de la machine à rayon X, un homme, apparemment haut gradé, me demande de le suivre dans son bureau. Ce doit être le chef des douanes, car il est en chaussette dans le salon adjacent à son bureau, richement décoré de tapis persans. Il me pose toute une série de questions sur mes connaissances à propos de l’Iran et de la raison de mon voyage dans ces contrées reculées, loin des zones touristiques telles que Shiraz ou Ispahan. Apparemment convaincu par mes réponses, il me remet enfin mon passeport, à deux mains, en me souhaitant la bienvenue en Iran. Je ressors de là un peu déboussolé: était-ce de simples questions d’usages ou bien ma présence ici est-elle réellement source de suspicions ? Bien que je chasse rapidement ces pensées de ma tête, un léger malaise me poursuivra pour le reste de la journée.
Tout est extrêmement calme ici. Je change les Drams arménien qu’il me reste en Rials, ainsi qu’une centaine d’euros. Me voilà à présent multi millionnaire. Il n’y a que très peu de savari dans la vallée de l’Araxe, et, de surcroît nous sommes vendredi. Je n’ai à nouveau d’autre choix que de négocier un taxi. Avant d’aller à Jolfa, 70 km plus à l’Ouest, je souhaite faire le détour par le vieux petit village d’Ushtabin, 30 km à l’Est du poste frontière. Le changement d’ambiance est radical avec l’Arménie, essentiellement dans l’attitude des gens. Ils sont tout aussi gentils et chaleureux, mais nettement plus extraverti et moins repliés sur eux-mêmes. J’avais ressenti le même décalage, à une échelle beaucoup plus forte, en passant d’Israël en Palestine il y a quelques années. Mon chauffeur s'arrêtera vingt fois entre la frontière et Ushtabin pour prendre des gens au bord de la route, parler avec des connaissances, aller acheter des fruits ou encore embarquer ou livrer des colis. A plusieurs reprises nous amènerons de jeunes soldats d’un village à l’autre.
La route longe tout du long le cours de l’Araxe. La zone est stratégique d’un point de vue géopolitique et potentiellement explosive car juste en face se trouve, en alternance, l’enclave Azerbaïdjanaise du Nakhitchevan, l’Arménie et l’Azerbaïdjan, deux pays en guerre. J'aperçois de loin miradors, bases militaires et canons anti aérien. Mais aussi des villages animés, des voitures et même un train de passager. Il est étonnant de pouvoir entrevoir de si près ces mondes qui se haïssent mutuellement, et pourtant s'ils savaient comme, vu d’ici, à quel point ils se ressemblent. De mon côté de la frontière, bien que la route soit ponctuée de fortins poussiéreux et de soldats retranchés, mitraillette en bandoulière, derrière des sac de sable, l’ambiance semble plus détendue. L’Iran, pays ami des deux autres, n’a, a priori, rien à craindre.
Après un carrefour avec l’axe principal, la route se fait plus étroite et prend de la hauteur. Nous arrivons peu après au village. Il est construit sur les pentes d’une colline. Toutes les maisons aux toits plats sont construites en argile et serrées les unes contre les autres dans un labyrinthe de petites ruelles pavées. Quelques enfants jouent dans les rues et sont surpris par la présence d’un étranger. Mes quelques mots de Farsi les surprennent autant que ça les fait marrer. Plus tard, j’apprendrai que dans toute la province les habitants parlent l’Azéri et non le Farsi, parfois source de difficulté avec le gouvernement qui refuse de reconnaître la langue comme officielle.
Dans ce petit village le temps semble s’être arrêté: un homme transporte du fourrage sur son âne tandis que les femmes lavent le linge ensemble dans de grandes bassines. De retour au taxi, nous nous mettons en route à toute vitesse vers Jolfa. A 140km/h dans la vallée de l’Araxe j’ai à peine le temps d’admirer les paysages de dingues tout autour de moi. En chemin, nous nous arrêtons dans un bouiboui pour dévorer un délicieux kebab, avant de reprendre la route accompagnés de deux soldats et d’un étudiant à l’arrière.
Un homme transporte du fourrage sur son âne
Après m’être installé dans ma chambre à Jolfa pour deux nuit (Tourist Inn, 30€/nuit), je pars explorer les alentours. Jolfa est une zone franche économique, on y trouve une foule de boutiques. D’autant plus que le poste frontière Azéri se situe en plein centre ville, ce qui favorise les commerces en tous genres. D’ailleurs, beaucoup de magasins ont leurs enseignes écrites en Azéri, mais le plus surprenant est la présence d’un Domino’s Pizza, chaîne de fast-food américaine. J’avais repéré à l’entrée de la ville un pont ferroviaire situé à côté d’un mémorial ou des gens se prenaient en photo et je décide de poursuivre jusque là a pied.
C’était sans compter sur Payman, un automobiliste qui passe par là et qui tient absolument à me déposer là où je vais. Avec sa femme et son fils, il m’explique la signification du mémorial et prend des selfies de nous, sous le regard attentif des deux soldats qui gardent le pont depuis un mirador placé au dessus des rails. Ce pont, qui permet aux trains marchandises venant de Turquie d’amener leur cargaison en Iran via l’Azerbaïdjan est un lieu stratégique bien gardé. Payman insiste ensuite pour m'emmener faire du shopping, et ne me laisse pas l’occasion de refuser. Bien que j’aie appliqué la règle du Taroof, qui veut que l’on refuse plusieurs fois une offre avant de l’accepter, me voilà malgré moi dans sa voiture sur les grands axes de circulation à l’extérieur de Jolfa. Je suis surpris par la modernité: de nombreux centre commerciaux design et flambant neuf remplis grandes enseignes américaines et internationales. Apparemment, l’embargo américain ne s’est pas invité jusqu’à ce mini Dubaï Iranien. A l'extérieur les voies rapides sont bondées, entretenues et décorées pour le mois d’Achoura, rien avoir avec l’image glauque et poussiéreuse que l’on a de l’Iran en Occident. Même si, bien entendu, ce lieu n’est pas représentatif de l’Iran en général. Payman insiste pour me payer quelques chose, je refuse, il insiste, je refuse, il insiste… Je finis par prendre ce qu’il y a de moins cher dans le magasin: un tube de dentifrice. Payman est fier comme Artaban de présenter son nouveau pote européen à tout qui veut bien l’entendre aux caisses. Spontanément les “Welcome in Iran” fusent et je me vois invité à prendre leur numéro de portable “au cas où j’aurais besoin d’aide”. Finalement, Payman qui rentre ensuite sur Tabriz, me dépose à mon hôtel et je ressors immédiatement manger juste en face. De toute façon je ne comprends rien à la carte écrite uniquement de ces belles arabesques persanes et je choisis un kebab au hasard. Le ventre plein, fatigué, je rentre dormir. Ca aura été une longue et intense journée.
Suite ci dessous ->
Arménie - Iran : récit de voyage
Samedi 30 septembre : Vol matinal Bruxelles - Erevan avec Ukraine International. Rien à redire sur la compagnie (j’avais lu de nombreux avis catastrophiques) : courte escale à Kiev, avions récents et confortables mais aucun service gratuit à bord (ressemble à du low cost). Pour un vol payé 250 € (aller Erevan, retour depuis Téhéran), cela vaut la peine.
Longue attente à l’arrivée à Erevan, mais, ça y est, me voilà arrivé. Excité et anxieux à la fois, il s’agit de mon premier voyage entièrement seul pour une période de 2 semaines, qui plus est dans une région où l’offre touristique est faible. A moi l’inconnu... A la sortie, j’achète directement une carte sim locale et, le taxi que m’avait proposé mon logement AirBnb pour 10€ est là à m’attendre. J’aime ces premiers instant dans un nouveau pays, et ma première impression sur le trajet jusqu’en ville est ce curieux mélange d’ambiance ex-soviétique et d’Orient. Cette impression se renforcera au cours de mon séjour avec en plus, dans la capitale, le constat que ce pays se tourne aussi de plus en plus vers l’occident.
L’accueil à mon logement est formidable et ajoute de la chaleur à cet austère building dans lequel il se trouve. Voulant être au plus près de la population j’ai minutieusement choisi une chambre chez l’habitant (sur AirBnb) et cela aura été un très bon choix, bien qu’un peu plus onéreux : 20€/nuit au lieu de 10€ en hostel. Avant de partir explorer la ville, mon hôte, Shoghik, qui vit là avec sa fille Ellen et son mari, me propose de m'asseoir avec eux et de partager les fruits, l’Halva, le café arménien, les gâteaux, ... disposés sur la table pour mon arrivée.
Je sors prendre le pouls de la ville en commençant par la place de la République puis place de l’Opéra et jusqu’à Cascade. A la tombée de la nuit, tout s’anime : les gens sortent, les rues deviennent bondées, les terrasses se remplissent, les familles sortent dans les parcs et les jeunes se rassemblent. Je suis surpris par tant de vie et d’animation, il fait agréable de se promener dans les rues de la capitale au coucher du soleil. Je me mets alors en quête d’un endroit que l’on m’a conseillé pour aller souper. Cet endroit étant un peu à l’écart et je prends un taxi pour m’y rendre. Ici, personne ou presque ne parle anglais, pour communiquer c’est soit Arménien soit Russe. Comme je ne parle aucun des deux, gestes, sourires et l’aide de Google traduction feront l’affaire…ou pas : me voilà déposé dans un quartier totalement sombre et inanimé, pas le moindre resto en vue. En marchant 10 min je finis par tomber sur un snack qui propose de la délicieuse viande grillée que l’on me sert avec des légumes au goût inouï, des herbes aromatiques et… une bouteille de Vodka. Je suis seul, à l’unique grande table du « restaurant », qui sert aussi probablement de salle à manger pour la famille. En rentrant, Shoghik m’invite à prendre un bol de soupe fumante devant la télé avec elle et Elen.
Dimanche 1er octobre :
Après un petit déjeuner préparé avec beaucoup d’amour, composé de blit (petites crêpes ressemblant à des blinis), d’Afsianka (porridge), de fruits râpés, d’Halva et d’autres gâteaux locaux, je me mets en route vers le marché couvert de la ville. Sur le chemin, le long de cette avenue principale un peu plus éloignée du centre, je retrouve des similitudes avec certaines villes d’Asie à travers cette alternance de bâtiments décrépis et de nouveaux centres commerciaux modernes et ultras kitsch. Le tout, bien entendu, ponctué par le bruit des klaxons et de la circulation infernale. Ma balade dans le marché couvert n’est pas sans me rappeler celui de Kiev, mais, de nouveaux, avec cette touche asiatique en plus. Les étals sont magnifiques et éclectiques : bouquets de fleurs en fruits secs, grands pains plats, miel local et pieds de porc sont au menu.
Marché couvert de ErevanFasciné depuis toujours par les trains, je hèle un taxi jusqu’à la gare. L’unique train du jour au départ est à destination de Tbilissi, en Géorgie et mon taximan, persuadé que je désire m’y rendre, rentre dans un long débat en russe pour me convaincre de me conduire lui-même jusque-là. Une fois visité l’imposant bâtiment à l’architecture typiquement soviétique, je prends le métro pour retourner vers le centre-ville et monter sur une des collines de la ville, là où se situe 2 imposants monuments à la gloire du pays et de l’URSS. Une vieille fête foraine que je pensais désaffectée jouxte ces 2 édifices solennels et le contraste est plutôt amusant.
Après avoir flâné là-haut, je me dirige vers la mosquée de la ville, entièrement restaurée. Appelée la « mosquée bleue », et cachée derrière de vieux bâtiments, elle a plutôt fière allure et me donne un petit avant-goût de ce qui m’attend en Iran. Je me repose quelques minutes sur un banc dans le jardin avant d’aller prendre une bière en terrasse en profitant des derniers rayons de soleil. Je me dirigerai ensuite vers un petit resto de cuisine typique du Haut-karabagh : du pain fourré aux herbes aromatiques passé un grill.
Sur le retour, je profiterai de l’animation de la ville, et notamment du spectacle son et lumière aux fontaines de la Place de République. En rentrant le soir chez Shoghik, un souper m’attendra pour compléter mon repas frugal de ce soir. Son mari, chauffeur, et que je n’ai pas encore rencontré, rentre d’un périple avec des clients. Je m’arrange avec lui pour la journée de demain : il me déposera à mon hôtel à Eghegnazor en faisant un stop à Khor Virap, à Areni pour goûter la production de vin local et enfin à Noravank.
Gare de Erevan
Monument "Mère Arménie" à Erevan, et sa fête foraineLundi 2 octobre :
Je me réveille avec le bruit de la pluie sur les tôles ondulées du parking en contrebas de ma chambre. La météo s’annonce médiocre et nous nous mettons en route avec Edgar vers 10h00, direction Khor Virap. Après 1h de route et un arrêt d’une demi heure pour faire le plein de gaz liquide (interdiction de rester près du véhicule pendant ce temps), nous arrivons avec le soleil au monastère. Le lieu est majestueux mais je ne verrai rien du Mont Ararat, complètement dans le brouillard. Juste en contrebas, j’observe des paysans travaillant aux champs avec de vieux tracteurs déglingués. Un peu plus loin, s’étend une sorte de no man’s land marquant la séparation avec l’ennemi juré, la Turquie, à moins d’un kilomètre.
Monastère de Khor VIrap
Champs aux alentours de Khor VirapOn se remet en route. Petit à petit, la route alors dans la plaine, s’élève et devient une route de montagne sinueuse. Les paysages s’escarpent et le dernier virage avant un col ouvre la perspective sur un horizon steppe et de pics rocheux à couper le souffle. Quelques maisons sont blotties au creux de petites vallées, formant des hameaux ou le temps semble s’être arrêté. La conduite d’Edgar se fait plus brusque et plus rapide, et celle des autres conducteurs également, jusqu’à frôler l’accident. Nous voilà à 3 sur 2 bandes afin de laisser passer la voiture en face doublant dans un virage sans visibilité. On l’a vraiment échappé belle. Quelques jurons d’Edgar en arménien plus tard, nous arrivons à Areni en même temps que la pluie pour y goûter le vin dans une cave. Pas trop convaincu par ce qu’il m’est offert à goûter, j’achète malgré tout une bouteille pour prendre comme apéro si l’occasion se présente avant mon passage en Iran.
Arrêt sur la route entre Khor Virap et AreniEdgar commence à s’agiter, alors que je traine un peu dans la cave, il m’attend dans la voiture et klaxonne plusieurs fois pour que je me dépêche. Nous reprenons la route vers le site de Noravank, situé à 20km, à tombeau ouvert. Par chance, la pluie a fait place à des éclaircies. Il y a du monde. Enfin, façon de parler, ça reste l’Arménie. Disons qu’il doit y avoir une trentaine de personnes sur le site, surtout des visiteurs venus à la journée depuis Erevan. Je prends beaucoup de plaisir à explorer les deux églises dans ce cadre fantastique. Ce sera l’une des plus belles visites du pays…qui sera écourtée car Edgar, qui, pressé de rentrer, crie après moi à ma recherche. Manque de chance pour lui, j’ai marché pendant 10 min sur un petit sentier qui monte dans la montagne afin d'avoir une vue de recul sur le monastère et les montagnes rouges et abruptes qui l’entourent. Je prendrai tout mon temps pour redescendre.
Edgar me dépose chez mes nouveaux hôtes, au Shushan B&B (10€/nuit) où je suis accueilli par Arumen, le fils aîné de la famille. Il joue dans le salon avec un ami au backgammon. Je reste là un peu avec eux à les regarder jouer et à essayer de comprendre les règles tout en mangeant des fruits accompagné d’un café arménien. Il est 17h, un rayon de soleil passe par la fenêtre et la pluie s’arrête dehors. Je profite de l’accalmie pour sortir et me diriger vers un vieux pont médiéval enjambant le torrent dans la vallée, un peu plus en contrebas du village. J’avais repéré les lieux dans un vieux livre en noir et blanc dans la bibliothèque de ma chambre.
C’est depuis le carrefour principal de la ville, là où croise la principale route Nord-Sud du pays, que débute le sentier. Ici, se concentrent une pompe à essence, un garagiste et un restaurant, semblant être l’unique point de ravitaillement à 100km à la ronde, conférant à cet endroit une ambiance de far ouest arménien. Après 20 minutes de marche à travers champs, j’arrive jusqu’au au pont de la photo. La vue sur celui ci avec le torrent et les nuages se déchirants sur les montagnes en arrière-plan est remarquable. De là, j’aperçois un homme en train de pêcher avec sa femme. Il me fait signe de les rejoindre à grand renfort de gestse et de mots que je ne comprends pas. Quand j’arrive à sa hauteur, son immense sourire me met de suite en confiance. Il me montre comment il pèche, avec un bout de ficelle attaché à un bâton, puis, d’un hochement de tête, me désigne le maigre produit de sa pêche dans un petit sceau. Alors que je m’apprête à retourner sur mes pas, ils m’invitent à les suivre jusqu’à leur maison, située 200 mètres plus haut à travers champs. Je refuse d’abord poliment plusieurs fois, puis face à leur insistance et leur gentillesse, je finis par accepter.
Pêcheur à EghegnazorCes deux paysans, Ashat et Ushi, semblent vivre totalement coupé du monde. Leur maison consiste en une unique pièce en terre battue ou l’on y mange, dort et cuisine. Dans un coin de la pièce trône une vieille télé à écran cathodique à l’image neigeuse et diffusant un soap opéra bollywoodien sous-titré en cyrillique. Je me vois prié de m’asseoir pendant que le café chauffe. Alors que la femme d’Ashat apporte le café, voilà mon hôte de retour avec des tomates du potager. Il lui fait des gestes en me souriant pour lui montrer qu’il ne veut pas du café. Ashat me fait un clin d’œil et, caché derrière une étagère, il sort une bouteille de vodka dans laquelle il a fait macérer des baies. Ashat semble très amusé et fier de me montrer combien sa vodka est forte et comment on la boit cul-sec dans des petits verres.
Pendant ce temps Ushi apporte le repas : elle commence à sortir de grandes crêpes de pain sec, qu’elle arrose légèrement pour lui redonner sa consistance normale. Ensuite, elle découpe soigneusement en quartier les tomates rapportées par son mari ainsi que des tranches d’un fromages de leur élevage accompagné de piments, poivrons et d’herbes aromatiques : feuilles de menthe, de réglisse, d’anis et d’autres dont je suis incapable d’identifier le goût. Tout a une saveur fabuleuse, les tomates sont juteuses, sucrées et pleine de parfum, jamais avant je n’en avais mangé de telles. Le fromage aussi est extraordinaire et le goût combiné à celui de la tomate et des herbes aromatiques est juste divin. Je n’ai plus faim, mais je Ashat et Ushi m’obligent à manger encore, ils veulent faire honneur à leur invité.
Le temps passe vite, nous ne parlons aucune langue commune, mais nous parlerons tout le repas et toute la soirée. Je ressens une gentillesse et un accueil pur et authentique chez ces gens comme rarement j’en ai rencontré lors d’autres voyages. Entre temps la nuit est tombée. Mes hôtes veulent que je reste dormir là et, à contrecœur, je refuse. Ils ont peur que je me fasse attaquer par des chiens errant sur le retour dans le noir et décident de m’accompagner une partie du chemin. Ils me donnent aussi un grand bâton pour me défendre, si des chiens venaient à m’attaquer. Nous nous disons au revoir et je rentre dormir dans la pension le cœur lourd de les quitter.
Mardi 3 octobre :
Un petit déjeuner typique et du bon café m’attendent. La maman de Arumen vient me saluer, c’est elle qui est aux fourneaux. A 9h00 arrive le taxi que m’avait négocié la famille la veille pour aller visiter les alentours de Eghegnazor pour toute la journée. Mon chauffeur ne parle que Russe et Arménien, et, quand on doit communiquer, il appelle sa femme qui fait la traduction au téléphone. Le soleil est de la partie ce matin et je sais que ça ne durera pas. J’ai envie de retourner à Noravank pour revoir le site avec la lumière matinale, tout seul et sans pression comme la veille. Quand nous arrivons, nous sommes en effet presque seuls, il n’y a qu’un camping-car immatriculé en hollande qui a passé la nuit là. J’en croiserai quelques-uns de ces mobile-home immatriculés en Europe, ce qui est toujours une grande joie pour les locaux de les apercevoir. L’atmosphère matinale à Noravank est surréelle, presque divine, avec ces gros nuages noirs, qui s’accrochent aux montagnes. Ils sont percés de rayons de soleil qui illuminent uniquement les églises du site, comme un rayon divin. Initialement j’avais prévu une randonnée (trouvée sur Wikiloc) qui se termine à Noravank après avoir traversé des gorges profondes. Mais suite aux pluies d’hier et à celles annoncées cet après-midi, on me l’a déconseillé. Je parcours malgré tout les 10 premières minutes à contre sens jusqu’à une source avant de remonter en voiture, direction Eghegis, Arates et environs.

NoravankIl faut 45 minutes de voiture sur des routes de plus en plus étroites et isolées pour rejoindre ces anciennes églises arméniennes, pour certaines très anciennes et en ruine, nichées dans des alpages à l’aspect de steppes. Je suis surpris de voir la quantité de pièces archéologiques, essentiellement des pierres dans lesquelles sont sculptées des croix et des écritures parfois presque millénaires, et qui sont à terre, sans protection et à la portée de tous qui souhaiterait les emporter.
AratesNous mettons ensuite cap sur le Selim Pass, après un bref arrêt plein de gaz liquide et sandwich. La route remonte une vallée, d’abord large, ensuite de plus en plus escarpée. Les paysages sont magnifiques et grandioses. Le paysage herbeux, totalement jauni après la sécheresse de l’été, sans un seul arbre, consiste en une steppe aride et immense, entourée de sommets. Juste en dessous du col se trouve un des plus ancien et des mieux préservé caravansérail (Caravansérail de Sélim) de la route de la soie, ce qui était le but premier de mon ascension. Je suis excité d’aller visiter cet ancien lieu d’accueil des marchands de l’époque et de leurs montures sur leur route vers l’Orient lointain. C’est mon intérêt pour la route de la soie qui m’a amené à vouloir découvrir ces contrées, notamment après la lecture du livre de Bernard Ollivier « la longue marche ». Le caravansérail est presque intact et orné d’écritures arméniennes et arabes. A l’intérieur on peut facilement identifier les pièces de vie des hommes et des bêtes, mais aussi des espaces de vente. Un marchand vend du miel, des alcools locaux et des herbes aromatiques. Il parle le français, ce qui est très rare par ici. Je lui achète un petit pot de miel puis prenons la route pour redescendre de l’autre côté du col, jusqu’au lac Sevan et au cimetière de Noraduz, réputé pour ses khatchkars. A présent le ciel est bas, gris et il tombe une fine pluie glaciale. Plus haut sur les sommets, une couche blanche apparaît : ce sont les premières neiges de l’année. Le lac Sevan, que j’ai vu d’un bleu éclatant sur les cartes postales à Erevan, a la même couleur que le ciel et se tient le long de la route déglinguée traversant des villages vides et sales. Le tout transpire d’une ambiance cafardeuse. Je me promène rapidement à travers les khatchkars, qui sont des stèles commémoratives de près de 2 mètres de haut et sur lesquelles sont représentées des scènes de la vie quotidienne de l’époque. Pour quelques Drams, une vieille dame m’explique la signification des représentations sculptées sur les stèles principales, ce qui donne un peu de vie à ce cimetière sous la grisaille. Nous repassons le col dans l’autre sens, là-haut le vent souffle et la température tombe à 0 degré. Je peux sentir le froid passer à travers vitres mal isolées de la vielle Lada aux pneus lisses. En perdant de l'altitude la météo se fait plus clémente et j'observe que mon chauffeur se détend. Après la visite d’une énième église et un bref passage chez un bijoutier pour changer des euros, mon taxi me dépose à ma pension. Nous nous reverrons demain pour le chemin jusqu’à Goris car il n’y a pas de marshrutka sur cet axe demain, ou alors de façon très incertaine.
Lorsque je rentre, un couple d’allemand vient juste de s’installer à la pension. Nous passons le début de soirée tous ensemble avec les enfants avant d’aller manger dans un resto que nous recommande nos hôtes, le long de la « Motorway 2 » (comprendre « la route défoncée vers le sud »). Plutôt sympas, ils m’offrent le repas et la bière. Ils m’expliquent aller eux aussi en Iran par après, mais en avion, faute d’avoir obtenu le visa à temps (obligatoire pour le passage terrestre mais délivré à l’aéroport). Nous rentrons dans le noir à la lumière de nos frontales sous la bruine glaciale et ouvrons la bouteille de vin que j’ai achetée et que nous finirons à 2 avec Micha car Hannah m’apprend qu’elle est enceinte. Je trouverai rapidement le sommeil…
Mercredi 4 octobre:
Après un petit déjeuner vite avalé et avoir fait mes adieux, je me mets en route vers Goris avec mon taxi de la veille. Les nuages de pluie de hier s’ouvrent et se déchirent à présent en lambeaux sur la pointe des sommets et des collines environnants. Il a fait froid cette nuit, et les timides éclaircies laissent entrevoir les alpages saupoudré d’une fine couche blanche de neige fraîche. Le contraste de la blancheur étincelante de la neige avec le jaune des herbes brûlées de la steppe, sur le fond de nuages s’écharpant sur les pics rocheux, est magique. A travers les minces espaces de ciel bleu fusent quelques rayons soleil réchauffant l’atmosphère et les teintes froides du paysage. La route zigzague en larges virages dans le fond de l’ample vallée, monte est descend en laissant apercevoir, au détour d’une courbe ou d’un petit col, le long ruban foncé d’asphalte s’étirant à la l’infini vers un banc de brouillard. En chemin, nous faisons halte à Jermuk, station thermale dont le nom s’étale sur toutes les bouteilles d’eau minérale du pays et dont les façades neuves des bâtiments et la signalisation existante au bord de la route lui confère un aspect chic. Jermuk, également station de ski construite par les russes à l’époque, verra sous peu ses hôtels remplis par les skieurs. L’air est piquant et, avant de rejoindre la voiture, je me réchauffe les mains avec une bouteille d’eau vide que je rempli à une source d’où jaillit de l’eau à 55 degrés.
Neige fraîche au Vorotan Pass avant GorisLa route se poursuit avec le passage du Vorotan Pass. Ici les nuages s’accrochent et la route est à présent totalement enneigée. Elle le restera jusqu’à proximité de Goris. J’avais convenu avec mon chauffeur qu’il me dépose au téléphérique pour Tatev (le “Wings of Tatev”), mais vu la neige et le brouillard je décide qu’il est inutile de monter là haut et nous poursuivons jusqu’à Goris où je me fais déposer à l’auberge de jeunesse (Eden Hostel & Guesthouse, 9€/nuit). Il fait glacial dehors et tout autant à l’intérieur lorsque je rentre dans le hall de l'auberge. Se tient là, debout et raide comme la justice, un jeune de mon âge et qui attend depuis 15 minutes que quelqu’un de la réception vienne l'accueillir. Nous trouvons un mot de la réceptionniste avec un numéro auquel appeler en cas d’absence. 5 minutes plus tard une dame sympa, mais avec qui la capacité à communiquer est limitée, nous montre notre dortoir et nous amène un radiateur électrique plus que bienvenu.
Nous ressortons presque immédiatement à la recherche d’un endroit où manger. Je fais plus ample connaissance avec Ido, il est israélien et est un ancien officier de l'armée. Il ne mange pas casher à proprement parler, mais suit malgré tout certaines règles alimentaires, comme celles de ne pas manger de porc et de ne pas mélanger les produits laitier avec de la viande. Du coup, ça restreint pas mal les possibilités des lieux ou se sustenter, surtout dans dans un pays comme l’Arménie et d’autant plus dans un bled comme Goris. Finalement, un kebab d’agneau avec du riz fera l’affaire. A cet instant, je n’ai pas encore conscience que ce menu constituera, jusqu’à l’écœurement parfois, à peu près l’essentiel, la variété de viande mise à part, de mon régime alimentaire iranien.
Alors que Ido, qui déteste déjà ce temps gris, froid et maussade qui lui est pourtant inconnu dans ses contrées septentrionales, rentre à l’auberge se reposer et se connecter au Wifi, je m’en vais explorer le vieux Goris. Le vieux Goris est en fait le pendant de Kandovan, en Iran. Des habitations troglodytes creusée dans du tuf, faisant fortement penser à la Cappadoce. Mais la tête enfouie sous ma capuche, les mains frigorifiées et les pieds mouillés, le charme opère peu et je me précipite dans le premier bistrot ouvert que je croise. Un café pour me réchauffer le corps et deux Kilika de 66cl (bière locale) pour me réchauffer le cœur.
Quand je rentre à l’auberge, Ido a fait connaissance avec une nouvelle arrivée qui partage notre chambre: Anna, qui est Moscovite. On fait passer le temps en jouant aux cartes dans la cuisine en buvant du thé bien chaud. Tous les trois, nous souhaitons aller demain visiter le monastère de Tatev et arrangeons un taxi avec l’auberge. Finalement, un invité surprise de dernière minute, un compagnon de voyage que Ido a croisé en Géorgie 1 mois auparavant et qui se trouve par hasard dans la taverne du village ou nous allons souper, s’ajoutera à nous pour l’aventure du lendemain.
Jeudi 5 octobre:
La Lada bleue clinquante édition spéciale rideau de fer nous attend fièrement devant l’hostel. Notre chauffeur, dont le sourire est aussi brillant que les enjoliveurs chromés de son ancêtre, discute du prix et de l’itinéraire en russe avec Anna et la gérante de l’auberge. Finalement, on ne va pas se contenter de Tatev, on va pousser jusqu’à Sisian, pour aller voir Karahunj, le Stone Age local, mais aussi une cascade, le monastère de Vorotnavank et un vieux pont menant au lac de Shamb. J’avais initialement l’intention de prendre la marshrutka de 13 ou 15 heures jusqu’à Kapan puis Meghri pour passer la frontière iranienne le lendemain matin tôt.Mais l'itinéraire alléchant et la joie de partager cette aventure aux allures de road trip avec mes nouveaux amis me plait plus.
Je resterai donc une nuit de plus dans ce lit dont le confort relève plus du hamac, tant il est creusé. Mais ça n’a pas la moindre importance. Je suis assis à l’arrière, écrasé contre la fenêtre. A cinq dans cette voiture, en comparaison, voyager avec Ryanair relève du luxe ultime. Je rigole intérieurement du groupe éclectique que nous formons en route vers “on ne sait pas vraiment où”. Vingt quatre heures auparavant nous étions encore de parfaits inconnus, et maintenant nous voilà tel un groupe de pote qui se connaît depuis toujours. Il n’y a qu’en voyage que ce genre de dynamique de groupe se crée.
Compagnons de voyage et taxi Lada clinquantLe soleil brille de mille feux ce matin. Fini la grisaille et la pluie. En revanche il a neigé la nuit sur les hauteurs, et au premier col que la route franchi, il y a une petite accumulation de quelques centimètres. Le paysage blanchi est spectaculaire, et nous sommes tous ébahi devant tant de beauté. Pour les deux autres garçons, c’est presque une première de voir de la neige, ou, en tout cas, d’en voir de si près. Ils ont fait arrêter le taxi pour pouvoir toucher la neige et, tels des gamins, s’amusent à lancer des boules de neige. Ce qui fait bien poiler notre chauffeur, blasé des hivers glacials qui peuvent sévir dans la région (jusqu’à - 40 °c paraît-il). Peu après s’être remis en route, nous croisons des bergers en transhumance qui envahissent la route avec leurs vaches. Perchés sur leurs chevaux pour guider le troupeau, ils ont des airs de cow-boy du far-ouest. J’en profite pour les prendre en photo avec le paysage désolé en arrière plan.
TranshumanceNous poursuivons ensuite jusqu’à Karahunj. Il y a plus de monde par ici, mais pour que l’endroit ait vraiment de l'intérêt, il faudrait un guide, sinon ce n’est qu’un champ où se trouvent des pierres levées sans logique apparente. J’en profite pour prendre un café dans une roulotte et nous échangeons quelques mots avec un homme accoutré comme pour aller gravir l’Everest. Soudain, choc des civilisations: l’homme demande à Ido d’où il vient. L’Israélien répond à l’homme qui lui répond à son tour “alors c’est donc toi mon ennemi juré ? Je suis Iranien”, avec un air rieur traduisant qu’il n’en pense rien. S’en suivra ensuite dans la voiture une discussion sur les problèmes entre les deux pays.
D’ailleurs, sur ces routes du grand Sud arménien, l’Iran commence à se faire plus présente: nous croisons de nombreux camions immatriculés en Iran mais aussi des pancartes de restaurants ou de garages le long de la route où la traduction n’est plus en Russe mais en Persan. Quelques dizaines de minutes plus tard, nous voilà au bord d’une belle cascade. Avec les pluies des jours précédents, il y a du débit, ce qui la rend imposante. Après les selfies de rigueur, nous nous réentassons dans la vieille Lada en route vers le monastère de Vorotnavank. Il est parfaitement bien préservé et vraiment imposant, le long d’une petite route dans une nature intacte. Avant de poursuivre vers Tatev, nous faisons un long détour par une vallée traversée par un vieux pont et menant à un joli lac entouré de hauts plateaux.
Sur la route
Monastère de Vorotnavank
Vieux pont menant au lac de Shamb, proche de SisianLe lieux de départ du téléphérique pour Tatev est en contraste total avec le reste du pays: moderne et blinquant. D’un coup, on se croirait téléporté en Suisse. Nous achetons nos tickets par carte de crédit pour un départ à 15h30, soit 45 minutes plus tard. En attendant, on en profite pour se restaurer un peu devant la vue sur la vallée en contrebas. On loupe notre départ et devons changer notre billet. Le monastère de Tatev est très beau, mais j’ai déjà vu tellement d’églises arméniennes et de monastères que je suis un peu blasé. Je m’éloigne un peu pour avoir une vue avec du recul avec le montagnes enneigées de l’Azerbaïdjan et du Haut-Karabagh au loin. Initialement, j’avais prévu de redescendre à pieds en passant par le pont suspendu et les sources chaudes, mais l’heure tardive et la météo des jours précédent contrediront mes projets. Nous rentrons doucement à Goris et allons souper ensemble des plats locaux à la taverne du village, à côté de l'hôtel Goris.
TatevVendredi 6 octobre:
La marshrutka vers le Sud ne passera pas avant 13h et, comme j’ai déjà un hôtel réservé et payé à Jolfa, et que je veux passer la frontière iranienne le plus tôt possible dans la journée, je demande au taxi d’hier de me conduire jusqu’à Agarak, au poste frontière. Je n’ai jamais autant pris de taxi en voyage qu’en Arménie. Mais la rareté des transports publiques dans le Sud et l’isolement de certains endroits ne me laisse pas d'autre choix. Et puis, ça me donne l'occasion de m'arrêter quand je veux pour admirer les paysages ou de faire des détours par des petits villages en dehors de l’axe principal.
Je fais mes adieux à Anna et Ido. Anna remontera au Nord vers Areni, pour aller à la fête du vin, en stop avec des Argentins séjournant dans l’autre dortoir de l'auberge. Avant de se séparer elle m'apprendra quelques mots de base en russe pour communiquer avec le conducteur. Ido, quant à lui, passera quelques jours par Erevan avant d’aller prendre son vol retour à Tbilissi.
J’embarque donc dans la Lada d’hier, à l’avant cette fois ci, en route vers le Sud et l’Iran. Mon chauffeur a pris sa femme avec, j’ai cru comprendre qu’elle n'avait jamais été jusque là et qu’elle est curieuse de découvrir une autre part de son pays. Les paysages changent petit à petit, les panoramas steppiques font place à une forêt dense puis à des paysages plus alpins, avec le franchissement du col de Meghri à 2535 mètres. Au loin, on aperçoit déjà les premières montagnes d’Iran. A la descente, le décor change, tout devient plus aride et plus sec.
A l’arrière, la femme de mon chauffeur m’a gentiment préparé des sandwiches pour ne pas que je reste le ventre vide. Comme un dernier geste d’hospitalité à l’arménienne avant de rentrer dans un nouvel univers inconnu. Plus nous approchons de l’Iran et plus le thermomètre augmente drastiquement. Alors que le Meghri Pass était couvert de neige, nous croisons un panneau indiquant 25 degrés en traversant Meghri. Et soudain, nous débouchons dans une vallée. D’un seul coup, il n’y a plus d’herbe, plus d’arbre, plus de couleur. Les collines bien que plus basses se font abruptes, brisées, rocailleuses et d’une couleur aussi sombre que de la pierre de volcan. L’univers dans lequel nous entrons est radicalement différent de tout ce que j’ai vu jusqu’à maintenant: lunaire et inhospitalier. Sur la gauche de la route, l’accès est barré par des barbelés tout du long, et quelques miradors ponctuent le chemin. De l'autre côté des barbelés coule l’Araxe, et sur la rive d’en face s’étend la République Islamique l’Iran. Cette arrivée progressive sur l’Iran avec l’apparition soudaine de ces terres désertiques sonne comme une mise en garde. Je suis impressionné et ressens un mélange d’excitation, de me retrouver à ce point précis du globe, et d’anxiété quant à ce qui m’attend de l’autre côté.
En route vers l'Iran, arrivée sur KapanIls me regardent affectueusement m’éloigner du taxi et, après un dernier signe de la main à mon chauffeur et sa femme, je passe le portail d’accès aux douanes arméniennes. Quelques camions sont garés là, en attente de leur passage sur l’autre rive. Nous sommes vendredi, l’équivalent de notre dimanche en Iran, et tout est plutôt calme. Quelques chauffeurs de taxi attendent le client et des enfants revendent des cartes sim prépayées. D’autres boivent du thé dans le grand hall qui fait aussi office de bar. Je suis apparemment le seul à traverser la frontière car un fonctionnaire vient ouvrir exprès pour moi le guichet. Quelques questions d’usages et un coup de tampon plus tard, me voilà officiellement sorti d’Arménie.
A la sortie du bureau des douanes, une large route mène jusqu’à un pont au dessus de l’Araxe. Il y a la possibilité d’emprunter des voiturettes de golf pour franchir ce no man’s land de 500 mètres entre les deux pays, mais l’instant est solennel et je préfère en savourer pleinement chaque seconde. L’envie de faire perdurer un peu ce moment l’emporte sur mon empressement d’entrer en Iran. L’entrée Nord du pont, côté Arménien donc, est gardée par un soldat Russe qui contrôle une dernière fois mon passeport. Les rambardes du pont sont peintes de gris jusqu’à exactement la moitié, devenant blanches, rouges et vertes ensuite pour symboliser le changement de pays. En dessous, coule le torrent boueu. De l’autre côté, un jeune soldat tout mince m'accueille d’un “Salam”, mon premier Salam, et m’indique vers où me diriger. Au pied du poste frontière, dans lequel je m’engouffre, trône fièrement un immense drapeau iranien repérable des kilomètres à la ronde.
Mon visa en poche, le passage en douane est très rapide jusqu'à ce que, avant de récupérer mon sac sortant de la machine à rayon X, un homme, apparemment haut gradé, me demande de le suivre dans son bureau. Ce doit être le chef des douanes, car il est en chaussette dans le salon adjacent à son bureau, richement décoré de tapis persans. Il me pose toute une série de questions sur mes connaissances à propos de l’Iran et de la raison de mon voyage dans ces contrées reculées, loin des zones touristiques telles que Shiraz ou Ispahan. Apparemment convaincu par mes réponses, il me remet enfin mon passeport, à deux mains, en me souhaitant la bienvenue en Iran. Je ressors de là un peu déboussolé: était-ce de simples questions d’usages ou bien ma présence ici est-elle réellement source de suspicions ? Bien que je chasse rapidement ces pensées de ma tête, un léger malaise me poursuivra pour le reste de la journée.
Tout est extrêmement calme ici. Je change les Drams arménien qu’il me reste en Rials, ainsi qu’une centaine d’euros. Me voilà à présent multi millionnaire. Il n’y a que très peu de savari dans la vallée de l’Araxe, et, de surcroît nous sommes vendredi. Je n’ai à nouveau d’autre choix que de négocier un taxi. Avant d’aller à Jolfa, 70 km plus à l’Ouest, je souhaite faire le détour par le vieux petit village d’Ushtabin, 30 km à l’Est du poste frontière. Le changement d’ambiance est radical avec l’Arménie, essentiellement dans l’attitude des gens. Ils sont tout aussi gentils et chaleureux, mais nettement plus extraverti et moins repliés sur eux-mêmes. J’avais ressenti le même décalage, à une échelle beaucoup plus forte, en passant d’Israël en Palestine il y a quelques années. Mon chauffeur s'arrêtera vingt fois entre la frontière et Ushtabin pour prendre des gens au bord de la route, parler avec des connaissances, aller acheter des fruits ou encore embarquer ou livrer des colis. A plusieurs reprises nous amènerons de jeunes soldats d’un village à l’autre.
La route longe tout du long le cours de l’Araxe. La zone est stratégique d’un point de vue géopolitique et potentiellement explosive car juste en face se trouve, en alternance, l’enclave Azerbaïdjanaise du Nakhitchevan, l’Arménie et l’Azerbaïdjan, deux pays en guerre. J'aperçois de loin miradors, bases militaires et canons anti aérien. Mais aussi des villages animés, des voitures et même un train de passager. Il est étonnant de pouvoir entrevoir de si près ces mondes qui se haïssent mutuellement, et pourtant s'ils savaient comme, vu d’ici, à quel point ils se ressemblent. De mon côté de la frontière, bien que la route soit ponctuée de fortins poussiéreux et de soldats retranchés, mitraillette en bandoulière, derrière des sac de sable, l’ambiance semble plus détendue. L’Iran, pays ami des deux autres, n’a, a priori, rien à craindre.
Après un carrefour avec l’axe principal, la route se fait plus étroite et prend de la hauteur. Nous arrivons peu après au village. Il est construit sur les pentes d’une colline. Toutes les maisons aux toits plats sont construites en argile et serrées les unes contre les autres dans un labyrinthe de petites ruelles pavées. Quelques enfants jouent dans les rues et sont surpris par la présence d’un étranger. Mes quelques mots de Farsi les surprennent autant que ça les fait marrer. Plus tard, j’apprendrai que dans toute la province les habitants parlent l’Azéri et non le Farsi, parfois source de difficulté avec le gouvernement qui refuse de reconnaître la langue comme officielle.
Dans ce petit village le temps semble s’être arrêté: un homme transporte du fourrage sur son âne tandis que les femmes lavent le linge ensemble dans de grandes bassines. De retour au taxi, nous nous mettons en route à toute vitesse vers Jolfa. A 140km/h dans la vallée de l’Araxe j’ai à peine le temps d’admirer les paysages de dingues tout autour de moi. En chemin, nous nous arrêtons dans un bouiboui pour dévorer un délicieux kebab, avant de reprendre la route accompagnés de deux soldats et d’un étudiant à l’arrière.
Un homme transporte du fourrage sur son âneAprès m’être installé dans ma chambre à Jolfa pour deux nuit (Tourist Inn, 30€/nuit), je pars explorer les alentours. Jolfa est une zone franche économique, on y trouve une foule de boutiques. D’autant plus que le poste frontière Azéri se situe en plein centre ville, ce qui favorise les commerces en tous genres. D’ailleurs, beaucoup de magasins ont leurs enseignes écrites en Azéri, mais le plus surprenant est la présence d’un Domino’s Pizza, chaîne de fast-food américaine. J’avais repéré à l’entrée de la ville un pont ferroviaire situé à côté d’un mémorial ou des gens se prenaient en photo et je décide de poursuivre jusque là a pied.
C’était sans compter sur Payman, un automobiliste qui passe par là et qui tient absolument à me déposer là où je vais. Avec sa femme et son fils, il m’explique la signification du mémorial et prend des selfies de nous, sous le regard attentif des deux soldats qui gardent le pont depuis un mirador placé au dessus des rails. Ce pont, qui permet aux trains marchandises venant de Turquie d’amener leur cargaison en Iran via l’Azerbaïdjan est un lieu stratégique bien gardé. Payman insiste ensuite pour m'emmener faire du shopping, et ne me laisse pas l’occasion de refuser. Bien que j’aie appliqué la règle du Taroof, qui veut que l’on refuse plusieurs fois une offre avant de l’accepter, me voilà malgré moi dans sa voiture sur les grands axes de circulation à l’extérieur de Jolfa. Je suis surpris par la modernité: de nombreux centre commerciaux design et flambant neuf remplis grandes enseignes américaines et internationales. Apparemment, l’embargo américain ne s’est pas invité jusqu’à ce mini Dubaï Iranien. A l'extérieur les voies rapides sont bondées, entretenues et décorées pour le mois d’Achoura, rien avoir avec l’image glauque et poussiéreuse que l’on a de l’Iran en Occident. Même si, bien entendu, ce lieu n’est pas représentatif de l’Iran en général. Payman insiste pour me payer quelques chose, je refuse, il insiste, je refuse, il insiste… Je finis par prendre ce qu’il y a de moins cher dans le magasin: un tube de dentifrice. Payman est fier comme Artaban de présenter son nouveau pote européen à tout qui veut bien l’entendre aux caisses. Spontanément les “Welcome in Iran” fusent et je me vois invité à prendre leur numéro de portable “au cas où j’aurais besoin d’aide”. Finalement, Payman qui rentre ensuite sur Tabriz, me dépose à mon hôtel et je ressors immédiatement manger juste en face. De toute façon je ne comprends rien à la carte écrite uniquement de ces belles arabesques persanes et je choisis un kebab au hasard. Le ventre plein, fatigué, je rentre dormir. Ca aura été une longue et intense journée.
Suite ci dessous ->
Bonjour
Nous revenons d'un voyage en Iran, et pour aider les futures voyageurs voici quelques éléments qui je l'espère pourront aider les futures voyageurs dans ce beau pays.
Antoine
- Le secteur du tourisme se développe très rapidement, des hôtels/guesthouses ouvrent très rapidement. Une recherche sur internet /discussion avec d’autres touristes permettent de trouver de bonnes adresses. Vous trouverez toujours où vous loger, mais si vous voulez un hôtel précis, et un prix intéressant, il faut mieux appeler 2-3 jours à l’avance : les bonnes adresses sont souvent pleines.
- à l’aéroport, vous pouvez acheter une puce SIM locale. Nous avons acheté en ville une puce de la société MCI : soucis pour la faire fonctionner, ça nous a pris 3 jours pour que ça puisse marcher privilégier IranCell, la compagnie nationale que tout le monde connaît.
- nous sommes parti avec le Bradt et le Petit futé. Le premier : bien pour les explications sur les sites et une bonne couverture du territoire si vous souhaitez sortir un peu des sentiers battus et des villes touristiques, mais peu d’aide niveau logistique. Le Petit futé : comme souvent, on se demande s’il sont vraiment allé sur place…
- on voulait faire beaucoup de couchsurfing : au final, ça n’a pas si bien marché que cela. Beaucoup de propositions « douteuses », en fait payantes, ou de guides qui espèrent nous faire payer des excursions en nous logeant une nuit. On a tout de même été logé 7 nuits, par des gens adorables et intéressants. Et vous allez croiser beaucoup de gens qui vont vous proposer de venir manger, vous inviter chez eux, vous guider en ville… Accueil à l’oriental, exceptionnel pour nous européens ! Un bon moyen pour découvrir comme les iraniens vivent, et échanger sur leur vie, la religion, le régime islamique…
- La seule « arnaque » à laquelle on a eu droit, est une embrouille sur l’utilisation du Rial – la monnaie officielle – par rapport au Toman – l’ancienne devise : 10,000 Rials = 1,000 Tomans. Les prix sont normalement affichés en rials, mais les iraniens comptent en tomans. A l’aéroport, le taxi (du comptoir officiel de taxi) nous a indiqué une course à 200.000, alors que celle-ci était en fait à 2 millions… La dame du comptoir, qui voyait pourtant que l’on était en train de se faire avoir, n’a rien osée dire face à son collègue… C’est de bonne guerre d’arnaquer les touristes quand on est taxi à l’aéroport : ça se fait dans tous les pays du monde mais rassurez-vous, c’est l’unique fois où on a eu l’impression de se faire avoir.
- pour le visa : pris avant le départ, avec un numéro d’enregistrement obtenu auprès de Persée voyages : http://www.persevoyages.fr/visa-iran/visas-de-tourisme-pour-l-Iran Aucun pb, n° obtenu en une douzaine de jours le visa a ensuite été obtenu en une semaine à l’ambassade à Paris. Mais le visa peut aussi être obtenu à l’aéroport en ce moment, facilement et rapidement d’après les retours de ceux qui nous en ont parlé. Pourvu que ça dure !
- J1 : arrivée à l’aéroport de Téhéran à7h30. On avait prévu de prendre un taxi jusqu’au terminal de bus de Téhéran (750,000 rials, tarif officiel), pour ensuite aller directement à Kashan. Mais le taxi nous a proposé de nous emmener directement là-bas (cf. mon explication ci-dessous). Nous avons payé 2,000,000 rials (50 euros), clairement trop cher. Le prix aéroport Komeiny-Kashan est de 1,400,000 rials - prix proposé par la première guesthouse : à organiser avant votre départ avec eux par mail si c’est votre option, ils enverront un taxi à l’aéroport pour venir vous chercher. Nuit à la Noghli house : http://noghlihouse.com/en/page/about-us.html Ouvert récemment, superbe, dans une maison traditionnelle, vous met dans l’ambiance du pays tout de suite ! 850,000 rials la nuit, toilettes/sdb partagés (mais je crois qu’on était les seuls à l’utiliser). Personnel jeune, très sympa. Petit déj inclus, ils font aussi le dîner (insister, tous les membres du staff pas au courant!) On a pas mal échangé avec un des jeunes staffs, Hosein, qui propose des tours sur les toits de la vieille ville. Nous n’avons pas eu le temps de faire, mais ça avait l’air sympa. Pour le contacter : +989140019826 Et par ailleurs la guesthouse proposait des visites d’artisans locaux : travail de la teinture, boulanger… et visite d’un zurkaneh.
- J2 : visite du village d’Abianeh, avec un taxi pris par l’hôtel (900,000 rials). Petit village dans les montagnes. Nous avons été un peu déçu par cette visite : très peu d’explications, les bâtiments intéressants pas ouverts… Mais c’est toujours agréable de sortir des villes, et la route pour accéder au village est magnifique. Indiquez au taxi que vous souhaitez faire des stops photos sur la route. Au retour, on lui a demandé de nous laisser au Fin garden : un peu décevant également, c’est un jardin, bien entretenu, mais c’est petit peu d’explications encore sur ce jardin persan typique. Plein de petits restos locaux sur la grande avenue en face du jardin. On est rentré en ville en bus. A Kashan, sur les deux jours : visites des maisons historiques + les bains. Le bazar est aussi très agréable.
- J3 : départ pour Ispahan. Billets non réservés, on a du attendre une bonne heure avant de partir. 110,000 rials/pers. Pas d’hôtel réservé, le taxi au terminal à Ispahan nous a emmené au Ebne Sina Hotel, pas loin du centre: https://www.tripadvisor.fr/Hotel_Review-g295423-d7093776-Reviews-Hotel_Ebne_Sina-Esfahan_Isfahan_Province.html En réalité, l’hotel est affilié au réseau « Seven Hostel », moins cher, et donc dites que ovus voulez réserver au Seven Hostel. Ils ont des dortoirs. Le patron est très avenant (on est réparti avec 6 exemplaires de sa carte de visite), mais le reste du staff parle difficilement anglais … Mais sympathique quand même ! En arrivant, on nous a dit qu’il n’y avait plus de chambre double, et on nous a proposé le dortoir (le taxi faisait la traduction). Comme celui-ci n’était pas prêt, on a laissé nos sacs et on est parti en ville. Le soir, le patron nous accueille en disant que malheureusement, il n’y a plus de places en dortoir, et que donc il nous a upgradé en chambre double ! Au final, on a payé le prix du dortoir : 13euros/personne. Il ya un resto dans l’hôtel : pas testé, mais plein de locaux, ce qui est bon signe. Et un rooftop sympa, qui vient d’ouvrir : pas mal pour boire un thé le soir.
J4 et J5 : A Ispahan : visite des classiques : mosquée du vendredi, de la place de l’Imam, les ponts, le quartier Arménien. Certains soirs, sous le pont Khaju, les hommes se réunissent pour chanter, en espérant que la police ne vienne pas les déranger… Ambiance locale sympa. « Café moustache » :https://www.tripadvisor.fr/Restaurant_Review-g295423-d7714321-Reviews-Sibil_Coffee-Esfahan_Isfahan_Province.html On a fait du couch surfing deux nuits, en plus de la première nuit à l’hôtel.
J6 à J8 : on avait prévu d’aller à Yazd, mais en arrivant au terminal (vers 11h30) plus un seul bus avec des places libres ! On change nos plans rapidos et partons vers Chiraz. 360,000 rials/pers. 3 nuits à Chiraz. On a suivi 3 irlandais qui dormait à la Taha guesthouse : https://www.tripadvisor.co.uk/Hotel_Review-g316021-d10266322-Reviews-Taha_Traditional_Hostel-Shiraz_Fars_Province.html Adresse de routards, dans une jolie maison traditionnelle, le patio toujours remplie de monde, très bien pour faire des rencontres. Le patron est un vieux monsieur un peu roublard. Très bonne notation sur internet. Sauf que… le patron (et le reste du staff) ne parle pas anglais, qu’il n’est pas du tout organisé (est-ce qu’on aura une chambre la nuit suivante?), pas possible d’organiser des réservations de bus ou train ou d’autres hôtels ailleurs parce que toujours autre chose à faire, et en plus c’est cher : il essaye de nous faire payer 50 dollars une chambre toute simple que les précédents occupants ont eu à 40 dollars la nuit précédente (pas de chance, on leur avait demandé).
Bref, le jour suivant, on est allé dans un hôtel juste à côté, le Forough hotel, qui pour le même prix (40 dollars), est autrement plus propre et chic, et avec du personnel compétent. Pas de site internet encore, et pas encore répertorié partout, car ouvert depuis 5 mois seulement. Le patron est très pro, le petit déj excellent, la maison est superbe. Il y aura bientôt un resto, mais encorre ouvert au moment de notre visite. Sans doute le plus bel hôtel que l’on ait eu en Iran. C’est juste à côté du Niayesh Hotel.
Visite : la citadelle, mosquée valik, mosquée nasir al molk (à faire le matin, à l’ouverture : 7h30 à partir de 8h30 les groupes arrivent…)… Persépolis : avec un taxi recommandé par d’autres touristes. 35Euros pour 4, pour la visite de Persépolis + Naqsh-e rostam. On est allé dans le parc en haut de la ville, au dessus de la Quram gate.
J9 à J12: départ pour Yazd en bus (450.000 rials/pers)
Dormis au Jungle hotel : très bien : patron très efficace (ancien manager du Kohan à côté), personnel ne parlant pas trop anglais mais sympathique, une cuisine pour se faire à manger (on est revenu plusieurs fois le midi pour déjeuner avec ce que l’on avait acheté, ça change du resto super central dans la vieille ville. 35 dollars la nuit. https://www.tripadvisor.fr/Hotel_Review-g303962-d10329442-Reviews-Jungle_Hotel-Yazd_Yazd_Province.html
Le resto du Kohan juste à côté est très bon.
Visite : Outre les monuments « classiques » référencés dans les guides, on est allé dans le zurkhaneh qui est sur le complexe Amir Chaqmaq. C’est original, et vaut le coup d’être vu. Mais l’entrée est payante (100.000 rials/pers), et c’est plein de groupes de touristes amenés là par leurs guides à partir de 5h : ça perd un peu de son charme. Allez y donc plutôt à 4h, quand ça commence (c’est ce que nous a recommandé le boss du zurkhaneh). Sinon, vous pouvez aussi essayer d’aller dans une autre salle, moins touristique, à Yazd ou ailleurs, où on sera heureux de vous montrer en quoi cela consiste sans vous faire payer.
Excursion : avec un taxi qui nous démarché en ville (40euros). On a fait le classique : Chakchak, Meybod, Kharanaq : on a apprécié les trois sites, même si pas toujours grand-chose à voir partout. On apprécie également de sortir de la ville et de voir un peu de paysages : rien que pour ça c’est chouette. A meybod, la foreresse est finalement peut-être le moins intéressant, mais on a bien aimé le pigeonnier en terre, et l’intérieur de la maison de glace (« Ice house »). ChakChak : c’est la Mecque des zoroastriens, mais pas avec le même kitsch… Le site est beau, même si ce n’est pas le cas des bâtiments eux-mêmes. Kharanaq : on a adoré se perdre dans cette ville abandonnée. Paysages superbes sur l’arrière de la ville. Le lendemain : on est allée à Saryazd avec le même taxi (15 euros) : il s’agit d’une citadelle en pisée, impressionnante. Le chauffeur nous a montré deux-trois autres sites un peu plus loin. Il s’agissait d’un étudiant en droit, qui se payait ses études en faisant le taxi. Son père tient une fabriques d’épices (des meules où on broie toute sorte d’épices et d’herbes aromatiques). Il nous y a emmené après, c’était intéressant et on n’y serait jamais allé sans lui. Ses coordonnées : Milad +989140691851 A Yazd, ne pas manquer les tours du silence en soirée quand le soleil se couche. Par contre, on nous a déconseillé le temple du feu, pas très intéressant. On avait vu de toute façon à ChakChak un de ses feux qui brûlent depuis des siècles.
J13 et J14 : on a pris la veille un train de nuit pour Téhéran. A réserver plusieurs jours à l’avance (via l’hôtel), car plein très vite. Arrivé à Téhéran, on a tout de suite pris un autre train (sans réservation cette fois) pour Qazvin (70,000 rials/pers). On a fait du couchsurfing 2 nuits.
On a beaucoup aimé cette petite ville, peu ouverte aux touristes étrangers (peu de gens parlant anglais), mais avec sans doute beaucoup d’iraniens (de Téhéran pas loin) qui doivent y venir régulièrement. Le bazar est superbe, avec plein de petites boutiques pour faire des cadeaux, d’artisanat que l’on ne voit pas ailleurs. Et puis ça change du climat du sud, les gens sont différents et c’est beaucoup plus vert. Bref, si vous n’avez pas le temps d’aller jusqu’à Tabriz, essayer au moins de venir jusqu’à Qazvin cela vaut le coup.
On voulait aller dans l’Alamut valley par nos propres moyens. C’est apparemment possible, en prenant un taxi partagé en ville, puis en changeant une ou deux fois… Mais ça avait l’air quand même bien compliqué, et donc on a préféré ne pas se fatiguer et prendre un guide/taxi pour nous emmener, au lac Orvan + alamut castle. 50 euros, finalement pas beaucoup moins cher que si on avait 3 ou 4 taxis partagés, avec l’aller retour, et au moins on a pu faire plein de halte tout le long du chemin. Notre guide était très bien, très peu cher par rapport aux autres guides, rigolo et ayant pleins d’histoires à raconter. Il peut aussi organiser une nuit dans son village si vous avez le temps, ce qu’on aurait sans doute essayé de faire si on avait pu s’organiser plus tôt. Il propose également des randos de 3 jours pour traverser la chaîne de montagnes jusqu’à la Caspienne, éventuellement en vélos. C’est aussi un guide aguerri pour la rando en haute montagne, hiver et été. On vous le recommande : Vahid Mohamadi +98122814150 bestoffertours @ gmail.com
Visite à Qazvin : le musée de la caligraphie (original, mais peu d’explications), les bains, la mosquée du vendredi…
J16 à J17 : départ la veille au soir pour Téhéran, en bus 80,000rials/pers. On a été logé chez le père d’un des amis de notre hôte de couchsurfing de Qazvim…
Visite du Golestan, du jewels museum (bof bof, ça brille mais pas d’explications…), House of the artists, Tabiat bridge… Un peu fatigué de nos visites de mosquées et musées, on a surtout flâné dans les parcs et on s’est fait conduire par les gens rencontrés. On a aussi craqué pour un tapis et un qillim, dans le bazar. Vaste choix, mais contrairement à cequi est indiqué dans certains guides, tout autant que dans d’autres villes, et donc si vous voyez une pièce qui vous plaît autre part, les prix ne sont pas totalement différents. On s’arrange pour le paiement, puisqu’il n’est pas possible de payer par carte bancaire : vous donner ce que vous pouvez sur place, et vous payer le complément en faisant un virement sur un compte bancaire en Grèce, Suède ou ailleurs, à votre retour. Les iraniens ont appris à contourner les blocages du régime !
Au final, on a préféré : - Yazd et Qazvin puis - Ispahan et Kashan puis - Chiraz - Téhéran. La capitale : j’ai trouvé que c’était presque dispensable, car finalement dans un temps limité, peu de sites vraiment immanquables, c’est immense et donc fatiguant de se déplacer, et sur la fin du voyage, on se dit qu’on aurait pu rester un peu plus longtemps à tel ou tel endroit. Sauf à ce que vous ayez des rencontrés des gens sur place qui vous fasse visiter des endroits moins touristiques et vous fasse partager la vie des téhranis.
- notre budget total pour 17 jours : 1227 euros (+420 euros pour deux tapis!) à deux, sachant que l’on a fait 7 nuits chez l’habitant. Pour le change : le taux a varié quotidiennement au fur et à mesure du voyage, donc pas trop se prendre le chou à chercher le meilleur taux. A Chiraz, ne pas changer dans le bureau de change à côté de Vakil Bath, pour le coup vraiment pas du tout intéressant, vous en avez deux sur le Karim Kanh Zand boulevard, au pied du passage piéton aérien au taux normal. Attention : les bureaux de change sont fermés le vendredi et parfois aussi le jeudi aprèm. A anticiper !
Nous revenons d'un voyage en Iran, et pour aider les futures voyageurs voici quelques éléments qui je l'espère pourront aider les futures voyageurs dans ce beau pays.
Antoine
- Le secteur du tourisme se développe très rapidement, des hôtels/guesthouses ouvrent très rapidement. Une recherche sur internet /discussion avec d’autres touristes permettent de trouver de bonnes adresses. Vous trouverez toujours où vous loger, mais si vous voulez un hôtel précis, et un prix intéressant, il faut mieux appeler 2-3 jours à l’avance : les bonnes adresses sont souvent pleines.
- à l’aéroport, vous pouvez acheter une puce SIM locale. Nous avons acheté en ville une puce de la société MCI : soucis pour la faire fonctionner, ça nous a pris 3 jours pour que ça puisse marcher privilégier IranCell, la compagnie nationale que tout le monde connaît.
- nous sommes parti avec le Bradt et le Petit futé. Le premier : bien pour les explications sur les sites et une bonne couverture du territoire si vous souhaitez sortir un peu des sentiers battus et des villes touristiques, mais peu d’aide niveau logistique. Le Petit futé : comme souvent, on se demande s’il sont vraiment allé sur place…
- on voulait faire beaucoup de couchsurfing : au final, ça n’a pas si bien marché que cela. Beaucoup de propositions « douteuses », en fait payantes, ou de guides qui espèrent nous faire payer des excursions en nous logeant une nuit. On a tout de même été logé 7 nuits, par des gens adorables et intéressants. Et vous allez croiser beaucoup de gens qui vont vous proposer de venir manger, vous inviter chez eux, vous guider en ville… Accueil à l’oriental, exceptionnel pour nous européens ! Un bon moyen pour découvrir comme les iraniens vivent, et échanger sur leur vie, la religion, le régime islamique…
- La seule « arnaque » à laquelle on a eu droit, est une embrouille sur l’utilisation du Rial – la monnaie officielle – par rapport au Toman – l’ancienne devise : 10,000 Rials = 1,000 Tomans. Les prix sont normalement affichés en rials, mais les iraniens comptent en tomans. A l’aéroport, le taxi (du comptoir officiel de taxi) nous a indiqué une course à 200.000, alors que celle-ci était en fait à 2 millions… La dame du comptoir, qui voyait pourtant que l’on était en train de se faire avoir, n’a rien osée dire face à son collègue… C’est de bonne guerre d’arnaquer les touristes quand on est taxi à l’aéroport : ça se fait dans tous les pays du monde mais rassurez-vous, c’est l’unique fois où on a eu l’impression de se faire avoir.
- pour le visa : pris avant le départ, avec un numéro d’enregistrement obtenu auprès de Persée voyages : http://www.persevoyages.fr/visa-iran/visas-de-tourisme-pour-l-Iran Aucun pb, n° obtenu en une douzaine de jours le visa a ensuite été obtenu en une semaine à l’ambassade à Paris. Mais le visa peut aussi être obtenu à l’aéroport en ce moment, facilement et rapidement d’après les retours de ceux qui nous en ont parlé. Pourvu que ça dure !
- J1 : arrivée à l’aéroport de Téhéran à7h30. On avait prévu de prendre un taxi jusqu’au terminal de bus de Téhéran (750,000 rials, tarif officiel), pour ensuite aller directement à Kashan. Mais le taxi nous a proposé de nous emmener directement là-bas (cf. mon explication ci-dessous). Nous avons payé 2,000,000 rials (50 euros), clairement trop cher. Le prix aéroport Komeiny-Kashan est de 1,400,000 rials - prix proposé par la première guesthouse : à organiser avant votre départ avec eux par mail si c’est votre option, ils enverront un taxi à l’aéroport pour venir vous chercher. Nuit à la Noghli house : http://noghlihouse.com/en/page/about-us.html Ouvert récemment, superbe, dans une maison traditionnelle, vous met dans l’ambiance du pays tout de suite ! 850,000 rials la nuit, toilettes/sdb partagés (mais je crois qu’on était les seuls à l’utiliser). Personnel jeune, très sympa. Petit déj inclus, ils font aussi le dîner (insister, tous les membres du staff pas au courant!) On a pas mal échangé avec un des jeunes staffs, Hosein, qui propose des tours sur les toits de la vieille ville. Nous n’avons pas eu le temps de faire, mais ça avait l’air sympa. Pour le contacter : +989140019826 Et par ailleurs la guesthouse proposait des visites d’artisans locaux : travail de la teinture, boulanger… et visite d’un zurkaneh.
- J2 : visite du village d’Abianeh, avec un taxi pris par l’hôtel (900,000 rials). Petit village dans les montagnes. Nous avons été un peu déçu par cette visite : très peu d’explications, les bâtiments intéressants pas ouverts… Mais c’est toujours agréable de sortir des villes, et la route pour accéder au village est magnifique. Indiquez au taxi que vous souhaitez faire des stops photos sur la route. Au retour, on lui a demandé de nous laisser au Fin garden : un peu décevant également, c’est un jardin, bien entretenu, mais c’est petit peu d’explications encore sur ce jardin persan typique. Plein de petits restos locaux sur la grande avenue en face du jardin. On est rentré en ville en bus. A Kashan, sur les deux jours : visites des maisons historiques + les bains. Le bazar est aussi très agréable.
- J3 : départ pour Ispahan. Billets non réservés, on a du attendre une bonne heure avant de partir. 110,000 rials/pers. Pas d’hôtel réservé, le taxi au terminal à Ispahan nous a emmené au Ebne Sina Hotel, pas loin du centre: https://www.tripadvisor.fr/Hotel_Review-g295423-d7093776-Reviews-Hotel_Ebne_Sina-Esfahan_Isfahan_Province.html En réalité, l’hotel est affilié au réseau « Seven Hostel », moins cher, et donc dites que ovus voulez réserver au Seven Hostel. Ils ont des dortoirs. Le patron est très avenant (on est réparti avec 6 exemplaires de sa carte de visite), mais le reste du staff parle difficilement anglais … Mais sympathique quand même ! En arrivant, on nous a dit qu’il n’y avait plus de chambre double, et on nous a proposé le dortoir (le taxi faisait la traduction). Comme celui-ci n’était pas prêt, on a laissé nos sacs et on est parti en ville. Le soir, le patron nous accueille en disant que malheureusement, il n’y a plus de places en dortoir, et que donc il nous a upgradé en chambre double ! Au final, on a payé le prix du dortoir : 13euros/personne. Il ya un resto dans l’hôtel : pas testé, mais plein de locaux, ce qui est bon signe. Et un rooftop sympa, qui vient d’ouvrir : pas mal pour boire un thé le soir.
J4 et J5 : A Ispahan : visite des classiques : mosquée du vendredi, de la place de l’Imam, les ponts, le quartier Arménien. Certains soirs, sous le pont Khaju, les hommes se réunissent pour chanter, en espérant que la police ne vienne pas les déranger… Ambiance locale sympa. « Café moustache » :https://www.tripadvisor.fr/Restaurant_Review-g295423-d7714321-Reviews-Sibil_Coffee-Esfahan_Isfahan_Province.html On a fait du couch surfing deux nuits, en plus de la première nuit à l’hôtel.
J6 à J8 : on avait prévu d’aller à Yazd, mais en arrivant au terminal (vers 11h30) plus un seul bus avec des places libres ! On change nos plans rapidos et partons vers Chiraz. 360,000 rials/pers. 3 nuits à Chiraz. On a suivi 3 irlandais qui dormait à la Taha guesthouse : https://www.tripadvisor.co.uk/Hotel_Review-g316021-d10266322-Reviews-Taha_Traditional_Hostel-Shiraz_Fars_Province.html Adresse de routards, dans une jolie maison traditionnelle, le patio toujours remplie de monde, très bien pour faire des rencontres. Le patron est un vieux monsieur un peu roublard. Très bonne notation sur internet. Sauf que… le patron (et le reste du staff) ne parle pas anglais, qu’il n’est pas du tout organisé (est-ce qu’on aura une chambre la nuit suivante?), pas possible d’organiser des réservations de bus ou train ou d’autres hôtels ailleurs parce que toujours autre chose à faire, et en plus c’est cher : il essaye de nous faire payer 50 dollars une chambre toute simple que les précédents occupants ont eu à 40 dollars la nuit précédente (pas de chance, on leur avait demandé).
Bref, le jour suivant, on est allé dans un hôtel juste à côté, le Forough hotel, qui pour le même prix (40 dollars), est autrement plus propre et chic, et avec du personnel compétent. Pas de site internet encore, et pas encore répertorié partout, car ouvert depuis 5 mois seulement. Le patron est très pro, le petit déj excellent, la maison est superbe. Il y aura bientôt un resto, mais encorre ouvert au moment de notre visite. Sans doute le plus bel hôtel que l’on ait eu en Iran. C’est juste à côté du Niayesh Hotel.
Visite : la citadelle, mosquée valik, mosquée nasir al molk (à faire le matin, à l’ouverture : 7h30 à partir de 8h30 les groupes arrivent…)… Persépolis : avec un taxi recommandé par d’autres touristes. 35Euros pour 4, pour la visite de Persépolis + Naqsh-e rostam. On est allé dans le parc en haut de la ville, au dessus de la Quram gate.
J9 à J12: départ pour Yazd en bus (450.000 rials/pers)
Dormis au Jungle hotel : très bien : patron très efficace (ancien manager du Kohan à côté), personnel ne parlant pas trop anglais mais sympathique, une cuisine pour se faire à manger (on est revenu plusieurs fois le midi pour déjeuner avec ce que l’on avait acheté, ça change du resto super central dans la vieille ville. 35 dollars la nuit. https://www.tripadvisor.fr/Hotel_Review-g303962-d10329442-Reviews-Jungle_Hotel-Yazd_Yazd_Province.html
Le resto du Kohan juste à côté est très bon.
Visite : Outre les monuments « classiques » référencés dans les guides, on est allé dans le zurkhaneh qui est sur le complexe Amir Chaqmaq. C’est original, et vaut le coup d’être vu. Mais l’entrée est payante (100.000 rials/pers), et c’est plein de groupes de touristes amenés là par leurs guides à partir de 5h : ça perd un peu de son charme. Allez y donc plutôt à 4h, quand ça commence (c’est ce que nous a recommandé le boss du zurkhaneh). Sinon, vous pouvez aussi essayer d’aller dans une autre salle, moins touristique, à Yazd ou ailleurs, où on sera heureux de vous montrer en quoi cela consiste sans vous faire payer.
Excursion : avec un taxi qui nous démarché en ville (40euros). On a fait le classique : Chakchak, Meybod, Kharanaq : on a apprécié les trois sites, même si pas toujours grand-chose à voir partout. On apprécie également de sortir de la ville et de voir un peu de paysages : rien que pour ça c’est chouette. A meybod, la foreresse est finalement peut-être le moins intéressant, mais on a bien aimé le pigeonnier en terre, et l’intérieur de la maison de glace (« Ice house »). ChakChak : c’est la Mecque des zoroastriens, mais pas avec le même kitsch… Le site est beau, même si ce n’est pas le cas des bâtiments eux-mêmes. Kharanaq : on a adoré se perdre dans cette ville abandonnée. Paysages superbes sur l’arrière de la ville. Le lendemain : on est allée à Saryazd avec le même taxi (15 euros) : il s’agit d’une citadelle en pisée, impressionnante. Le chauffeur nous a montré deux-trois autres sites un peu plus loin. Il s’agissait d’un étudiant en droit, qui se payait ses études en faisant le taxi. Son père tient une fabriques d’épices (des meules où on broie toute sorte d’épices et d’herbes aromatiques). Il nous y a emmené après, c’était intéressant et on n’y serait jamais allé sans lui. Ses coordonnées : Milad +989140691851 A Yazd, ne pas manquer les tours du silence en soirée quand le soleil se couche. Par contre, on nous a déconseillé le temple du feu, pas très intéressant. On avait vu de toute façon à ChakChak un de ses feux qui brûlent depuis des siècles.
J13 et J14 : on a pris la veille un train de nuit pour Téhéran. A réserver plusieurs jours à l’avance (via l’hôtel), car plein très vite. Arrivé à Téhéran, on a tout de suite pris un autre train (sans réservation cette fois) pour Qazvin (70,000 rials/pers). On a fait du couchsurfing 2 nuits.
On a beaucoup aimé cette petite ville, peu ouverte aux touristes étrangers (peu de gens parlant anglais), mais avec sans doute beaucoup d’iraniens (de Téhéran pas loin) qui doivent y venir régulièrement. Le bazar est superbe, avec plein de petites boutiques pour faire des cadeaux, d’artisanat que l’on ne voit pas ailleurs. Et puis ça change du climat du sud, les gens sont différents et c’est beaucoup plus vert. Bref, si vous n’avez pas le temps d’aller jusqu’à Tabriz, essayer au moins de venir jusqu’à Qazvin cela vaut le coup.
On voulait aller dans l’Alamut valley par nos propres moyens. C’est apparemment possible, en prenant un taxi partagé en ville, puis en changeant une ou deux fois… Mais ça avait l’air quand même bien compliqué, et donc on a préféré ne pas se fatiguer et prendre un guide/taxi pour nous emmener, au lac Orvan + alamut castle. 50 euros, finalement pas beaucoup moins cher que si on avait 3 ou 4 taxis partagés, avec l’aller retour, et au moins on a pu faire plein de halte tout le long du chemin. Notre guide était très bien, très peu cher par rapport aux autres guides, rigolo et ayant pleins d’histoires à raconter. Il peut aussi organiser une nuit dans son village si vous avez le temps, ce qu’on aurait sans doute essayé de faire si on avait pu s’organiser plus tôt. Il propose également des randos de 3 jours pour traverser la chaîne de montagnes jusqu’à la Caspienne, éventuellement en vélos. C’est aussi un guide aguerri pour la rando en haute montagne, hiver et été. On vous le recommande : Vahid Mohamadi +98122814150 bestoffertours @ gmail.com
Visite à Qazvin : le musée de la caligraphie (original, mais peu d’explications), les bains, la mosquée du vendredi…
J16 à J17 : départ la veille au soir pour Téhéran, en bus 80,000rials/pers. On a été logé chez le père d’un des amis de notre hôte de couchsurfing de Qazvim…
Visite du Golestan, du jewels museum (bof bof, ça brille mais pas d’explications…), House of the artists, Tabiat bridge… Un peu fatigué de nos visites de mosquées et musées, on a surtout flâné dans les parcs et on s’est fait conduire par les gens rencontrés. On a aussi craqué pour un tapis et un qillim, dans le bazar. Vaste choix, mais contrairement à cequi est indiqué dans certains guides, tout autant que dans d’autres villes, et donc si vous voyez une pièce qui vous plaît autre part, les prix ne sont pas totalement différents. On s’arrange pour le paiement, puisqu’il n’est pas possible de payer par carte bancaire : vous donner ce que vous pouvez sur place, et vous payer le complément en faisant un virement sur un compte bancaire en Grèce, Suède ou ailleurs, à votre retour. Les iraniens ont appris à contourner les blocages du régime !
Au final, on a préféré : - Yazd et Qazvin puis - Ispahan et Kashan puis - Chiraz - Téhéran. La capitale : j’ai trouvé que c’était presque dispensable, car finalement dans un temps limité, peu de sites vraiment immanquables, c’est immense et donc fatiguant de se déplacer, et sur la fin du voyage, on se dit qu’on aurait pu rester un peu plus longtemps à tel ou tel endroit. Sauf à ce que vous ayez des rencontrés des gens sur place qui vous fasse visiter des endroits moins touristiques et vous fasse partager la vie des téhranis.
- notre budget total pour 17 jours : 1227 euros (+420 euros pour deux tapis!) à deux, sachant que l’on a fait 7 nuits chez l’habitant. Pour le change : le taux a varié quotidiennement au fur et à mesure du voyage, donc pas trop se prendre le chou à chercher le meilleur taux. A Chiraz, ne pas changer dans le bureau de change à côté de Vakil Bath, pour le coup vraiment pas du tout intéressant, vous en avez deux sur le Karim Kanh Zand boulevard, au pied du passage piéton aérien au taux normal. Attention : les bureaux de change sont fermés le vendredi et parfois aussi le jeudi aprèm. A anticiper !
Je recherche un bon site (clair et explicite) de recettes de cuisine iranienne, en français si possible (en anglais à la rigueur) ; j'ai trouvé un lien ds un post précédent, ms celui-ci ne fonctionne plus.
Par ailleurs, où peut-on trouver un récipient spécifique pour cuire le chelow tah dig ?
Merci par avance à ceux et celles qui pourront me renseigner.
Par ailleurs, où peut-on trouver un récipient spécifique pour cuire le chelow tah dig ?
Merci par avance à ceux et celles qui pourront me renseigner.
Bonjour,
Après 12 ans d’absence me voilà de retour en Iran après avoir découvert des merveilles aux 4 coins du pays hors des sentiers battus (après une recherche de 6 mois). Et oui malgré de nombreux tremblements de terre et des invasions il y’a plus de 30 000 sites historiques répertoriés et il en existerait 100 000 de la ruine à la parfaite conservation.
Chose rare, toutes les provinces ont un intérêt soit géologique soit historique voir les deux.
Selon moi dans le top 6 des pays les plus intéressants si on fait un mix paysage, histoire, gastronomie, accueil, climat, coût du voyage.
J’ai malheureusement trouvé peu d’infos pratiques avant de partir. Je précise que ce message s’adresse plutôt à un voyageur solo désirant quitter le circuit classique mais tout le monde peut le lire.
J’ai croisé des touristes que 2 fois en un mois à Yazd & Kashan.
1-Formalités
Il est possible à ce jour (Mai 2017) d’obtenir le visa dans 10 aéroports internationaux : Téhéran, Shiraz, Isfahan, Lar, Tabriz, Bandar Abbas … J’ai testé à Téhéran et on peut dire que l’accueil est LABORIEUX pour obtenir le visa. Tous les vols d’Europe arrivent en même temps en plein milieu de la nuit donc on se retrouve à 200 à demander le visa avec beaucoup de groupes de retraités n’ayant pas fait la démarche avant. Résultat 2 heures d’attente avec peu de sièges. 1 étape : On va à 1 guichet qui donne un papier et nous demande si on a une assurance : quand il y’a trop de monde il ne regarde même pas le papier. Si vous n’en n’avez pas un guichet existe pour l’acheter 30 euro il me semble. 2 étape : On va payer les 75 euros pour le visa + 3 euros de frais. 3 étape : On attend gentiment 1 heure minimum avant de recevoir le visa. Pas besoin de photos pour les hommes il scanne la photo du passeport. Visa valable 30 jours. Apparemment possibilité de prolonger mais votre compagnie aérienne ne vous laissera pas embarquer si votre billet retour est supérieur à 30 jours NB : le taxi officiel coûte +/- 750 000. J’ai trouvé un taxi clandestin pour 400 000. L’aéroport est situé à 50 km du centre-ville.
2- Sécurité et accueil
Selon moi le pays musulman le plus sûr pour voyager avec Oman et Indonésie au 21 siècle. Aucun souci pour ses effets personnels comme en Chine et au Myanmar mais tout de même faîte attention lors de bus de nuit j’ai déjà eu des témoignages de vol d’argent. Toujours avoir sur soi une photocopie du visa et de la première page du passeport. En effet, en Iran tous les hébergements gardent votre passeport. Pour l’anecdote, lors d’une excursion proche de l’Afghanistan j’avais oublié ma photocopie et je me suis fait contrôlé : je m’en suis bien sorti. L’accueil des iraniens est toujours excellent mais varie selon les provinces : les iraniens comme les français ont un personnalité différente selon la région. Par ailleurs, dans les grandes villes et Kashan l’accueil est quelquonque de nos jours. Mon dernier jour à Téhéran a été terrible après 1 mois dans le pays. Par contre dans les villes de moins de 100 000 habitants et dans les campagnes on me prenait pour un extraterrestre ou une star de cinéma. Exemple de petit gestes que l’on ne trouve pas ailleurs : invitation à prendre le thé, à manger une glace, à boire un Milk Shake, des bonbons… Par contre tous les iraniens ne sont pas sympathiques, il ne faut pas croire ça ! À kashan au jardin Fin j’ai failli me battre avec un iranien qui ne comprenait pas que je refusais de payer 2 fois plus cher le café qu’un iranien. Pour acheter un billet de train dans une agence, accueil de la jeune iranienne exécrable… Mais dans la grande majorité des cas les iraniens veulent donner une bonne image de leur pays aux étrangers et j’ai toujours trouvé quelqu’un pour m’aider même dans les coins les plus reculés.
3- Taux de change
A l’aéroport de Téhéran, on ne peut que changer 200 euros… et le taux début mai était de 40 000. Ne jamais changer son argent à la banque le taux est ultra défavorable 36 000 mais dans les bureaux de change. J’en ai trouvé partout en Iran même dans des villes sans touriste : taux autour de 41 000 42 000. Exemple Kashan (ou j’ai eu le plaisir de revenir pour visiter les alentours) Mehr exchange Mir Emad street. La carte bancaire provisoire pour étranger est un « FAKE ». J’ai demandé à plusieurs banques personne ne connaît. Dommage, cela serait une bonne idée pour éviter de se balader avec beaucoup d’argent ! La suite pour bientôt.
1-Formalités
Il est possible à ce jour (Mai 2017) d’obtenir le visa dans 10 aéroports internationaux : Téhéran, Shiraz, Isfahan, Lar, Tabriz, Bandar Abbas … J’ai testé à Téhéran et on peut dire que l’accueil est LABORIEUX pour obtenir le visa. Tous les vols d’Europe arrivent en même temps en plein milieu de la nuit donc on se retrouve à 200 à demander le visa avec beaucoup de groupes de retraités n’ayant pas fait la démarche avant. Résultat 2 heures d’attente avec peu de sièges. 1 étape : On va à 1 guichet qui donne un papier et nous demande si on a une assurance : quand il y’a trop de monde il ne regarde même pas le papier. Si vous n’en n’avez pas un guichet existe pour l’acheter 30 euro il me semble. 2 étape : On va payer les 75 euros pour le visa + 3 euros de frais. 3 étape : On attend gentiment 1 heure minimum avant de recevoir le visa. Pas besoin de photos pour les hommes il scanne la photo du passeport. Visa valable 30 jours. Apparemment possibilité de prolonger mais votre compagnie aérienne ne vous laissera pas embarquer si votre billet retour est supérieur à 30 jours NB : le taxi officiel coûte +/- 750 000. J’ai trouvé un taxi clandestin pour 400 000. L’aéroport est situé à 50 km du centre-ville.
2- Sécurité et accueil
Selon moi le pays musulman le plus sûr pour voyager avec Oman et Indonésie au 21 siècle. Aucun souci pour ses effets personnels comme en Chine et au Myanmar mais tout de même faîte attention lors de bus de nuit j’ai déjà eu des témoignages de vol d’argent. Toujours avoir sur soi une photocopie du visa et de la première page du passeport. En effet, en Iran tous les hébergements gardent votre passeport. Pour l’anecdote, lors d’une excursion proche de l’Afghanistan j’avais oublié ma photocopie et je me suis fait contrôlé : je m’en suis bien sorti. L’accueil des iraniens est toujours excellent mais varie selon les provinces : les iraniens comme les français ont un personnalité différente selon la région. Par ailleurs, dans les grandes villes et Kashan l’accueil est quelquonque de nos jours. Mon dernier jour à Téhéran a été terrible après 1 mois dans le pays. Par contre dans les villes de moins de 100 000 habitants et dans les campagnes on me prenait pour un extraterrestre ou une star de cinéma. Exemple de petit gestes que l’on ne trouve pas ailleurs : invitation à prendre le thé, à manger une glace, à boire un Milk Shake, des bonbons… Par contre tous les iraniens ne sont pas sympathiques, il ne faut pas croire ça ! À kashan au jardin Fin j’ai failli me battre avec un iranien qui ne comprenait pas que je refusais de payer 2 fois plus cher le café qu’un iranien. Pour acheter un billet de train dans une agence, accueil de la jeune iranienne exécrable… Mais dans la grande majorité des cas les iraniens veulent donner une bonne image de leur pays aux étrangers et j’ai toujours trouvé quelqu’un pour m’aider même dans les coins les plus reculés.
3- Taux de change
A l’aéroport de Téhéran, on ne peut que changer 200 euros… et le taux début mai était de 40 000. Ne jamais changer son argent à la banque le taux est ultra défavorable 36 000 mais dans les bureaux de change. J’en ai trouvé partout en Iran même dans des villes sans touriste : taux autour de 41 000 42 000. Exemple Kashan (ou j’ai eu le plaisir de revenir pour visiter les alentours) Mehr exchange Mir Emad street. La carte bancaire provisoire pour étranger est un « FAKE ». J’ai demandé à plusieurs banques personne ne connaît. Dommage, cela serait une bonne idée pour éviter de se balader avec beaucoup d’argent ! La suite pour bientôt.
Bonjour,
Je souhaite vivement aller en Iran l'année prochaine. Malheureusement, ni mon compagnon ni mes amis ne peuvent m'accompagner. Que me recommanderiez-vous : un guide ou une petite agence locale afin de ne pas être tout le temps seule (si oui laquelle ?), passer une annonce pour trouver des compagnons de voyage ?
Enfin quel mois me recommanderiez-vous ?
Un grand merci par avance pour vos réponses...
karine.
Un grand merci par avance pour vos réponses...
karine.

Je rentre d'un voyage de 12 jours en Iran.
J'en reviens comme les autres...enchanté, et pressé d'y revenir.
J'ai fait un programme classique Téhéran, Shiraz, Persépolis, Yazd, Ispahan, Kashan plus quelques étapes entre ces villes. Je voulais juste voir dans un premier temps les villes incontournables au cas où il me serait impossible de revenir dans ce pays. Mais les bruits de botte US-raéliens s'éloignant, la prochaine fois, j'irai plus en profondeur sur le Nord et L'Est du pays (Azerbaïdjan, Kurdistan, Mer Caspienne...).
😏J'attends vos questions avec plaisir ...
Bonjour,
Savez-vous si pour une femme, il est possible d'avoir des chaussures ouvertes en Iran (type tongs) ? i.e. est-il possible de montrer ses orteils ??
pour le reste, j'ai la tunique qui cache bras, jambes, et le voile pour la tête.
Bonjour à tous,
Je prévois de voyager en sac à dos en Iran vers août-septembre mais il me semble que le Lonely Planet n'est pas à jour... Quel guide utiliser pour des indications sur les transports et un hébergement cheap? L'idéal serait un guide aussi riche d'indications pratiques et culturelles/historiques...
Merci pour vos réponses,
N.
juste pour mettre a jour, le plan de trabzon marchait toujours en juillet 2010
consulat iranien a trabzon, visa obtenu en 24h avec le thé offert sivouplé
voilà
Salut à tous,
jai quelques petites questions pratiques à vous posez en ce qui concerne l'Iran :)
- Pour une première en Iran, me conseillerez vous un voyage via une agence ou plutot sac à dos avec un guide style "routard" ? - Un voyage en solitaire ou accompagné ? (sachant que je n'ai jamais voyager dans cette partie du globe) - J'ai entendu dire que beaucoup d'Iraniens ressemblaient à des occidentaux, peux ont passer pour des autochtones làbas dans le pays ? (sachant que je suis type europe de l'est) - Quelle est la situation actuelle du pays avec toute cette actualité ? (charlie hebdo par exemple et les manifestations violentes du moyen orient)
en vous remerciant :)
- Pour une première en Iran, me conseillerez vous un voyage via une agence ou plutot sac à dos avec un guide style "routard" ? - Un voyage en solitaire ou accompagné ? (sachant que je n'ai jamais voyager dans cette partie du globe) - J'ai entendu dire que beaucoup d'Iraniens ressemblaient à des occidentaux, peux ont passer pour des autochtones làbas dans le pays ? (sachant que je suis type europe de l'est) - Quelle est la situation actuelle du pays avec toute cette actualité ? (charlie hebdo par exemple et les manifestations violentes du moyen orient)
en vous remerciant :)
Dans la série documentaire "Jardins d'ici et d'ailleurs", Arte France diffuse ce vendredi 31 mars un épisode consacré à l'Avenue Chahar Bagh, à Ispahan. Consultable en Europe jusqu'au 30 mai 2017 sur www.arte.tv/...-d-ici-et-d-ailleurs.
J'avoue y avoir appris bien des choses. Et l'on y apprécie des vues aériennes auxquelles le voyageur ne peut pas accéder. Les connaisseurs identifieront entre autres les cours intérieures du l'hôtel Abassi et de la madrassa Madar-e Shah.
Par contre, la prononciation des noms y est très irritante, car c'est une prononciation francophone d'une translittération anglophone des noms persans.
Certes, la translittération anglophone correspond au "standard" de translittération en Iran, mais il faut alors adopter une prononciation anglophone pour coller à la prononciation des iraniens.
Ainsi, Chahar doit se prononcer "tchahar", chehel "tchéhèl", qajar "kadjar" (étonnamment prononcé correctement une fois). Dommage, et très irritant.
Il aurait été utile aussi de donner quelques traductions, car porteuses de sens. Ainsi, "chehel sotun" qui signifie 40 colonnes, les 20 du palais + les 20 reflets de ces colonnes dans le bassin.
Les observateurs avertis auront remarqué aux abords du Si-o-Se Pol (le pont aux 33 arches) les travaux en cours du métro. En 2010, les travaux étaient à l'arrêt car du fait d'une erreur d'axe, la foreuse avait commencé à entamer les fondations du Si-o-Se Pol. Problème, la foreuse ne disposait pas de la marche arrière...
Parmi les exemples de jardins de type "chahar bagh", l'auteur aurait pu citer les jardins moghols, dont ceux du mausolée de Humayoun et du Taj Mahal.
Bon visionnage
Fabrice
P.S. : documentaire très respectueux des préconisations de la République Islamique, car on n'y voit pas la moindre femme en foulard : rien que des maghneh (obligatoire pour les fonctionnaires) ou des tchadors. Même si Ispahan est une ville traditionaliste, ne pas capturer le moindre foulard relève ici d'un hasard improbable.
J'avoue y avoir appris bien des choses. Et l'on y apprécie des vues aériennes auxquelles le voyageur ne peut pas accéder. Les connaisseurs identifieront entre autres les cours intérieures du l'hôtel Abassi et de la madrassa Madar-e Shah.
Par contre, la prononciation des noms y est très irritante, car c'est une prononciation francophone d'une translittération anglophone des noms persans.
Certes, la translittération anglophone correspond au "standard" de translittération en Iran, mais il faut alors adopter une prononciation anglophone pour coller à la prononciation des iraniens.
Ainsi, Chahar doit se prononcer "tchahar", chehel "tchéhèl", qajar "kadjar" (étonnamment prononcé correctement une fois). Dommage, et très irritant.
Il aurait été utile aussi de donner quelques traductions, car porteuses de sens. Ainsi, "chehel sotun" qui signifie 40 colonnes, les 20 du palais + les 20 reflets de ces colonnes dans le bassin.
Les observateurs avertis auront remarqué aux abords du Si-o-Se Pol (le pont aux 33 arches) les travaux en cours du métro. En 2010, les travaux étaient à l'arrêt car du fait d'une erreur d'axe, la foreuse avait commencé à entamer les fondations du Si-o-Se Pol. Problème, la foreuse ne disposait pas de la marche arrière...
Parmi les exemples de jardins de type "chahar bagh", l'auteur aurait pu citer les jardins moghols, dont ceux du mausolée de Humayoun et du Taj Mahal.
Bon visionnage
Fabrice
P.S. : documentaire très respectueux des préconisations de la République Islamique, car on n'y voit pas la moindre femme en foulard : rien que des maghneh (obligatoire pour les fonctionnaires) ou des tchadors. Même si Ispahan est une ville traditionaliste, ne pas capturer le moindre foulard relève ici d'un hasard improbable.
Bonjour
J'ai décidé de partir fin avril 2014 pour 3 semaines en Iran et comme je sais qu'il sera impossible de se servir de sa CB sur place, je voulais savoir quel budget je devais prévoir pour un voyage en solo et "sac â dos"....transports locaux, hôtels simples mais agréables etc....je possède un lonely planet mais il date de 2006 alors pour les prix mais c'est pas vraiment ça avec l'inflation galopante du pays.... Merci pour vos réponses Bonnes fêtes Rachid
J'ai décidé de partir fin avril 2014 pour 3 semaines en Iran et comme je sais qu'il sera impossible de se servir de sa CB sur place, je voulais savoir quel budget je devais prévoir pour un voyage en solo et "sac â dos"....transports locaux, hôtels simples mais agréables etc....je possède un lonely planet mais il date de 2006 alors pour les prix mais c'est pas vraiment ça avec l'inflation galopante du pays.... Merci pour vos réponses Bonnes fêtes Rachid
Bonjour,
Cela fait un moment que l'idée de découvrir l'Iran me travaille malgré tout ce que l'on raconte dans les médias et je suis sur le point de me lancer en ce mois de mai. J'ai passé du temps sur Internet et discuter avec un ami qui y a été il y a 4 ans, pour me faire une idée. Mis à part le site du ministère des affaires étrangères qui est assez alarmant, je n'ai lu que des avis positifs et encourageants. En fait, je vais voyager seul et pendant 3 semaines. J'ai déjà fait des voyages seul mais plutôt en Asie. Ne connaissant pas du tout le Moyen-Orient, je voulais savoir s'il est surtout facile de se déplacer en Iran ? (je ne souhaite pas passer les 3 semaines dans une seule ville) Quels sont les régions que vous me conseilleriez de voir ? Est-il facile de rentrer en contact avec les gens ?
Merci d'avance aux voyageurs :)
Cela fait un moment que l'idée de découvrir l'Iran me travaille malgré tout ce que l'on raconte dans les médias et je suis sur le point de me lancer en ce mois de mai. J'ai passé du temps sur Internet et discuter avec un ami qui y a été il y a 4 ans, pour me faire une idée. Mis à part le site du ministère des affaires étrangères qui est assez alarmant, je n'ai lu que des avis positifs et encourageants. En fait, je vais voyager seul et pendant 3 semaines. J'ai déjà fait des voyages seul mais plutôt en Asie. Ne connaissant pas du tout le Moyen-Orient, je voulais savoir s'il est surtout facile de se déplacer en Iran ? (je ne souhaite pas passer les 3 semaines dans une seule ville) Quels sont les régions que vous me conseilleriez de voir ? Est-il facile de rentrer en contact avec les gens ?
Merci d'avance aux voyageurs :)
Bonjour!
Je visite voyageforum hyper souvent, mais je n'avais jamais consulté cette rubrique. Du coup, pour fêter ça j'ai décidé de poster à mon tour un post. L'année passée j'ai fait un voyage d'un an autour du monde en vélo, et du coup je vous mets à disposition le chapitre consacré à la traversée du nord de l'Iran qui m'a particulièrement marqué. J'espère que ça donnera envie à certaines personnes de se rendre dans ce superbe pays. Vous pouvez trouver le reste du texte sur mon site.
Chapitre 27: L’Iran, l’Axe du Bien?
»Mais t’es fou! L’Iran c’est plein de terroristes! Mais pourquoi tu vas la-bas, les filles, y’en a pas! Mais n’y va pas maintenant, Israël va les faire tous sauter d’un moment à l’autre! ».
…ou….
Femmes sur-maquillées, talons hauts, foulards multicolores posés à l’arrière du crâne, couples de jeunes amoureux qui se tiennent la main dans la rue, boutiques de sacs à main, de jeans moulants et de parfums. Et aussi, tous ces nez cachés d’un sparadra indiquant, quand ce n’est pas du bluff, qu’un chirurgien esthétique est passé par là.
Que faut-il croire? Faut-il renoncer à se rendre dans un pays comme l’Iran à cause d’informations généralisant les actions d’un gouvernement ou de quelques individus à l’ensemble d’un pays? Ces premiers commentaires, prononcés par des personnes qui fondent leur jugement sur quelques images vues à la télé m’agacent profondément. Cela m’agace encore plus quand je sais via mes rencontres avec des cyclos du monde entier que les iraniens sont les pros de l’accueil et de la bienveillance. L’Occident, notamment via les médias, fait tout ce qu’il peut pour faire passer l’Iran pour le Grand Satan, accentuant le clivage entre les pays musulmans et occidentaux. D’accord, il y a le spectre de l’Ayatollah Khomeini et les déclarations ultra-provocatrices du président Ahmdinedjad. Mais, un gouvernement, surtout quand il est constitué de fanatiques, est-il vraiment le reflet des nations qui le constituent?
Trois invitations en trois heures
En arrivant à Téhéran, je tente tant bien que mal de libérer mon esprit de tous ces prejugés. Je me »créé une objectivité ». Barbus fanatiques et femmes en burqa ou patriarches souriant m’invitant à boire le thé: on verra bien qui m’attendra à l’aéroport. Quand je débarque, ce n’est pas comme au Népal, où je sautait de joie à l’idée de faire tamponner mon passeport. Là, je suis sur mes gardes. Encore une fois, les avertissements que j’ai entendu à droite et à gauche me reviennent à l’esprit: » surtout, prends le moins de photos possible, et essaye d’avoir l’air local, sinon on va te prendre pour un espion ». Pas de bol, tout le monde voit tout de suite que je suis un touriste, et malgré le pantalon enfilé à la hâte dans les toilettes pour faire »comme tout le monde », de nombreuses personnes me demandent »where are you from? ». Pour l’Iran, j’opte pour la réponse: »I am from Switzerland ». Ça changera un peu de ma rengaine habituelle.
Il est 11h du matin quand je commence à monter mon vélo à coté des tapis roulants crachant les derniers bagages. En deux minutes, le personnel de l’aéroport ainsi qu’un douanier viennent me saluer et me regarder monter mon vélo. Ces spectateurs ne sont pas comme en Inde, muets et inactifs. Ceux-ci me posent des questions, tentent de se faire comprendre malgré la barrière linguistique et leur présence n’est pas étouffante. Parfois aussi, ils mettent la main sur le vélo qui vacille sur sa bequille quand je visse mes écrous avec un peu trop de vigueur. Une femme d’une trentaine d’année parlant bien anglais fait la traduction pour ses compatriotes. Nous sympathisons et quand son mari arrive, il me propose de me déposer à Téhéran. J’accepte avec joie car l’aéroport se trouve à une bonne cinquantaine de kilomètre du centre-ville, et je suis attendu pour le déjeuner dans la capitale.
Musulmans pratiquants, Maryam et Jamal, ainsi que leur fils de cinq ans Mohamed, vivent à Téhéran, mais ont vécu quelques années au Canada précédemment. Jamal est professeur d’université et le couple parle parfaitement anglais. Le vélo accroché sur le toit de la voiture, nous roulons vers la capitale. Grâce à eux je peux prendre la température. Ils ont un franc parlé qui me surprend, surtout quand ils disent que le gouvernement est fou à lier. Ils ont été témoins aux premières loges des manifestations de 2009 contre le gouvernement animées principalement par des etudiants. Jamal me confie que trois ans après ces émeutes, plusieurs de ses élevés manquent encore à l’appel…
Quand nous arrivons dans le centre, ils me proposent de loger chez eux, mais je suis déjà attendu. Maryiam me gâte de tous les biscuits et sucreries présents dans la voiture, et Jamal me donne son numéro de téléphone pour le contacter en cas de soucis. À peine débarqué, les sacoches toujours giseantes sur le trottoir, un jeune homme s’avance, et me propose lui aussi son toit pour la durée de mon séjour à Téhéran.
Je suis attendu chez Madame Kazemi. Cette femme, je ne la connais pas, mais elle m’a gentillement proposé de m’heberger . Enfait, c’est grâce à mon petit cousin Oscar que j’ai quelqu’un qui m’attend à Téhéran. Pour faire simple, Madame Kazemi est la mère de la mère d’un camarade de classe d’Oscar qui, lui, vit au Havre. C’est donc cette première invitation que je vais honorer.
En cherchant la rue, puis l’immeuble, je constate une chose: les iraniens ne sont pas des as de l’orientation, ou tout du moins, il y a des lacunes quand il s’agit de donner une direction. Par la suite je constaterais que leur appréciation des distance est une des pire que j’ai rencontré dans ce voyage. Les sénégalais et les mauritaniens les battent à plates coutures dans ce domaine!
Il est déjà plus de 15h quand j’arrive chez Mme Kazemi, et je n’ai qu’une chose à faire: mettre mes pieds sous la table! Nous faisons connaissance autour des premiers mets iraniens que je déguste. Mme Kazemi a vécu de nombreuses années en France. Anesthésiste à la retraite, elle vit actuellement entre Paris et Téhéran. Avec son caractère et son goût pour l’art et la peinture, elle me rappelle ma grand-mère paternelle. Ainsi, grâce à Mme Kazemi, j’arrive en Iran en étant accueilli comme-ci j’arrivais chez moi!
Mes trois jours dans la capitale, je les passe à me mettre au diapason. Ce n’est pas très difficile. Comme je suis quasiment l’unique touriste du pays (je n’en rencontrerai que quatre en deux semaines), je suis sujet de toutes les attentions. On me renseigne, on m’aide à prendre le métro…etc.Je fais aussi la connaissance avec les Bazaars. Dans celui de Téhéran, ont peu s’y balader des heures sans passer au même endroit. Pas facile de chercher une boutique en particulier.
Une fois en phase avec le rythme de vie iranien (et avec les règles de circulation), je suis prêt à réceptionner le premier touriste rencontré en Perse:
Daniel
Daniel… mon beau-père, ce fou, ce fada, cet irresponsable qui me laisse aller en Iran alors que c’est si dangereux. Pis encore, il laisse sa famille et son boulot pour venir prendre le risque insensé de pédaler avec moi pendant une semaine. J’ai presque envie de lui remonter les bretelles à la sortie de l’avion, mais non, je suis content de retrouver mon beau-père et les paquets plein de chocolat, de gruyère et de roestis agissent en sa faveur.
Nous sommes fatigués tous les deux, mais super motivés. Lui, il a volé toute la nuit, ne dormant que deux heures. Pour ma part, j’ai quitté Téhéran la veille en fin d’apres-midi pour partir à la recherche de l’aéroport international distant de plus de 50km du centre-ville. Quasiment aucun panneau n’indiquait la direction à prendre, j’ai donc fait des allers et retours incessant sur les divers autoroutes sortant de la capitale. Quand finalement je trouve la bonne route, la nuit tombe, et sans phares opérationnels, je suis obligé de planter ma tente non loin du trafic. À 3h20, je remballe le tout pour être sur place quand Daniel arrive.
Pas de bol cette journée s’avèrera être l’une des plus dure de mon voyage. On s’échange les dernières nouvelles, moi celles de la route, lui celles de la maison qui sont toutes aussi excitantes! Quand tout est monté et qu’on se sent d’attaque, on met la machine en marche. Il est est 9h, et on met le cap à l’ouest, en plein vent de face… ce vent, si violent qu’à plein régime, nous dépassons difficilement les 11km/h. Baptême du feu donc pour Daniel qui se retrouve aussitôt face au pire ennemi du cycliste, véritable fléau qui en plus de nous crever physiquement porte un coup au moral. Pour en rajouter une couche, nous avons opté de contourner Téhéran en prenant plein de petites routes qui s’avèrent difficile à trouver. Ne pas savoir si on va dans la bonne direction avec ce vent de face rend cette journée extrêmement pénible moralement. Heureusement, on est heureux de rouler ensemble et en ce motivant mutuellement nous arrivons à avancer.
À mon départ, il y a presque 11 mois, une dizaine de copains m’avaient accompagnés jusqu’au premier campement. Nous avions bivouaqué près de Genève, puis mes amis sont rentrés en train. Daniel etait là, et il a continué a pedaler avec moi jusqu’au sud de Lyon. L’expérience avait été concluante et avait, au passage, réveillé l’âme d’aventurier de Daniel. 11 mois après, nous sommes bien heureux de renouveler l’expérience une nouvelle fois, dans un cadre bien plus exotique que le long du Rhône.
La carotte pour nous faire avancer durant cette journée difficile, ce sont nos pauses-kebabs. Ici, ce qu’on appelle un kebab, c’est une brochette de viande hachée, de boeuf, d’agneau ou de poulet, que l’on sert avec une grosse portion de riz (avec du beurre) et accompagné d’une tomate grillé. C’est bon, et j’en mangerai au moins une par jour jusqu’en turquie
Finalement, en fin de journée, nous parvenons à notre objectif, Karaj, et trouvons un hôtel bien mérité. Le lendemain, rebelotte, vent de face, mais avec cette fois-ci un trafic plus intense. Heureusement c’est plat et on sait où on va. En fin de journée, éloignés de plus de 50km de notre objectif, nous décidons de faire signe à un pick-up de s’arrêter et de nous prendre jusqu’à Quazvin. Daniel est là pour 5 jours seulement, et on ne va pas les passer sur des voies rapides dans des paysages plats et quelconques. De plus, ce coup de pousse de 50km nous permet de visiter cette ville, ancienne capitale, et de s’étonner encore et toujours devant toutes ces jeunes femmes qui donnent tord à toutes les idées que nous nous faisions de la femme musulmane. Bon, tout reste relatif, et ce sont les jeunes femmes qui se mettent extraordinairement en valeur malgré leurs contraintes vestimentaires. Souvent celles ci se baladent avec leurs mères, cachées sous un chador étouffant et glauque. Les plus de cinquante ans semblent bien plus ancrées dans les traditions que la nouvelle génération. Les jeunes avec qui nous discutons, et ils sont nombreux tant le pays est jeune, nous affirment tous que le gouvernement est fou, et qu’ils aiment les États-Unis. Notre ami Payam nous dira »Islam is a very beautiful religion, they just destroy it… »
Au troisième jour de vélo avec Daniel, et après une nouvelle matinée harassante, nous découvrons avec joie que la route qui semblait s’en aller buter contre une chaîne de montagne, se joue d’elle en longeant une rivière qui la traverse de part en part pour aller se jeter dans la Mer Caspienne. Ainsi, ce n’est pas un col qui nous attend, mais une descente magique de 40km dans des paysages splendides. Le soir, nous allons serrer la pince à cette rivière en allant planter notre tente à quelques mètres d’elle.
Le lendemain, dernière étape avant l’arrivée à la Caspienne, nous prenons notre petit déj dans un restaurant de Manjil. Le taulier de l’établissement, Bashir, vient discuter avec nous et nous nous lançons dans un dialogue farsi-français du tonnerre qui marche à merveille car nous nous comprenons. Bashir est un ancien haltérophile et me fait penser à notre bon vieil ami menuisier de l’uni: Daniel Rod. Finalement, il nous offre tout ce que nous avons consommer! Un exemple parmi d’autre de la générosité iranienne.
Quand nous arrivons enfin à Rasht, le but de notre chevauchée commune de 300km, nous profitons de la dernière journée pour aller visiter un joli village perché, Masuleh, et d’aller tremper nos pieds dans la Mer Caspienne. Quand le soir arrive, Daniel prend un taxi qui le ramène à l’aéroport de Téhéran en seulement 5h.
En voyageant avec Daniel, j’ai découvert plusieurs choses, par exemple c’est un pro pour faire un sac. Il ne prend que l’essentiel et ne s’encombre d’aucun superflu. Il se prête aussi parfaitement au jeu du bivouac et ne ronchonne pas à cause d’une nuit trop humide ou de pâtes pas suffisamment al dente. Paradoxalement, durant ces quelques jours d’effort et de vie au plein air, j’ai l’impression que là, il se repose réellement. Par rapport aux vacances far niente dont on a l’habitude en famille, il est ici plus relax, prends les imprévus avec humour et sympatise avec toute personne qui vient lui serrer la main. Daniel, il est temps que tu rentres parce que si tu restes sur la route plus longtemps tu ne retourneras jamais dans la routine audi-boulot-dodo! En tout cas merci pour ces quelques jours en ta compagnie et quand tu iras faire ton tour du monde et que je serai à mon tour dans cette routine, je viendrais volontiers te rejoindre pour quelques kilometres!
Communication breakdown
De nouveau seul, en tête à tête avec mon biclou, je fais face à plusieurs ennuis techniques en quelque jours. La plupart d’entres eux arrivent un peu trop tard, car s’ils étaient arrivés quand Daniel était encore avec moi, il aurai été possible d’y remédier immédiatement en récupérant les pièces de son vélo. Ma roue avant crêve deux fois de suite, puis ma bequille se casse en deux et mon compteur décide de ne plus fonctionner. Les piles spéciales de ma balise Spot qui envoie ma position vers mon site internet sont à plat, mon chargeur Nokia se brise en deux, mon phare arrière est out et celui de devant nécessite une intervention chirurgicale pour le sauver. Mon téléphone portable rend l’âme et je dois le remplacer par un nokia plus ancien perdant ainsi de nombreux numéros (mais gagnant le jeu Snake!).
Il me faut cinq jours pour rejoindre Tabriz. Pendant ces cinq jours, je traverse des paysages somptueux, notamment entre Khal Khal et Miyaneh. Une matinée, je monte de plus de 1’000m. Quand mes jambes fatiguent, je mets en pratique ce que j’ai appris à faire en Asie du Sud-Est avec Benoît à savoir: je me fait tirer par des camions. Sur les 25km de montée, j’arrive à »rider » des camions sur un total de presque 5km. Comment faire? Quand je vois en contre-bas un camion qui toussotte et qui peine à avancer, je décide que celui-ci sera ma cible. Je continue à pédaler, ou parfois je m’arrête même pour l’attendre. Quand il est suffisament proche, je commence à pedaler à fond pour avoir plus ou moins sa vitesse quand il arrive près de moi et tente de trouver une prise à l’arrière de la remorque. Ensuite, le tout est de rester le plus longtemps accroché, et ce malgré les gaz d’échappement et les crampes dans les bras, pour changer de la monotonie de la montée. Les échanges avec le chauffeur se font via le rétro, et souvent, ils se marrent! Quand je lâche un camion par épuisement, celui-ci s’arrête pour me laisser revenir à lui. Pour lui faire honneur, je rempile pour 1km de crampes dans le bras gauche. Au final, on ne peut pas dire que j’économise des forces car l’effort que cela demande est intense, mais au moins mon biceps gauche aura la classe à mon retour à lausanne, et fera craquer toutes les filles du bord du lac.
Gawdaraq
Au risque de le répéter, les Iraniens sont les gens les plus accueillant que j’ai rencontré durant ce voyage. Le soir d’une longue étape sur la route de Tabriz, dans une campagne presque verte et sans avoir vu aucun minaret (contrairement à ce qu’on croit, les paysages n’en sont pas hérissés). Cette longue journée de pédalage sur un faux-plat ascendant de 80km et un vent de face arassant touche à sa fin quand une voiture s’arrête et deux hommes aux environs de la trentaine et parlant bien anglais en sortent. On discute 1 minute et demie et il me proposent d’aller dans leur village. Il faut juste faire demi tour sur 5km. J’hésite, revenir sur mes pas étant une des choses que je déteste le plus au monde après les choux fleurs et les brocolis. Finalement j’accepte, et suis la voiture sur plus de …12km! Ça me fâche énormément, je suis fatigué, j’ai faim, je suis donc de mauvaise humeur. Quand finalement nous arrivons, le calme revient et j’offre un visage plus sympathique. Je me laisse guider dans les rues de Gowdaraq jusqu’à la maison des parents par les deux frères Hassan et Saeid. Quand nous arrivons à la maison, toute la famille est là, les femmes, les frères les parents, des enfants du voisinage. Tout de suite on étend une couverture sur le sol, et on prend tous l’apéro: miel, pastèque, fromage, galette hyper-fines…etc. je discute un peu plus avec Hassan et Saeid. L’un est hygiéniste dentaire, l’autre est designer graphique à Téhéran. Ils profitent des jours fériés commémorant le 23e anniversaire de la disparition de Khomeini pour passer quelques instants dans la maison familiale. Aussitôt l’apéritif terminé, ils me proposent d’aller jouer au volley. Il est 19h, je suis HS, mais je me joins au groupe qui a rendez-vous au filet du village pour le tournoi du soir. Comme partout, il y a les stars, les Ronaldo de la manchette, il y a les pères de famille un peu gênés par les kilos en trop et les mauvais, comme moi. Après un match ou je touche 2x la balle, pour la mettre dans le filet, je décide de couvrir l’évènement en prenant quelques photos. De retour à la maison, je constate que les femmes ont tué le poulet éclaboussant légèrement mes affaires de viscères où je ne sais quoi. Ici, on retombe dans les traditions, les femmes de Téhéran mettent la main à la pâte à côté de la Mère, et c’est elles qui s’occupent de tout tandis que les hommes »m’entretiennent ». Je leur demande s’ils font leurs prières et s’ils vont à la mosquée tous les jours. »What?!?! We go there once a year maybe! ». Les pièces de la maison sont non meublées. Tout le monde vit sur des tapis perses, épais, magnifiques. A onze heure, alors que j’ai atteins un rythme de 47 baillements par minute le repas est servi et nous nous réunissons tous dans une des pièces, sur des tapis autour d’une nappe en plastique. Poulet, riz, frites maison, salade de tomate-concombre-oignon: c’est délicieux. Une fois le repas fini, je m’écroule sur une couche posée dans une des pièces. Hassan et Saeid viennent me border.
Le lendemain, les deux frères se proposent pour m’aider à ratrapper les 12 km perdus la veille. Je m’accroche à la voiture grâce à la fenêtre arrière laissée ouverte et ensembles nous filons à 40km/h! Après de sincères remerciements, je reprends la route, sans voiture pour m’aider, en direction de Tabriz.
Tabriz
Sitôt seul, je tombe sur mes touristes n°2-3. Sophie et Barbara, bernoises à vélo, pedalant en pantalon et en voiles malgré la chaleur. Elles ne sont pas très bavardes, mais je sais d’elles qu’elles ont pour objectif la Mongolie. Cela fait trois mois qu’elles pédalent sur les même routes que je compte empreinter. Avant de nous séparer, je déchire les pages de mon guide don je n’ai plus besoin et qui pourront leur servir.
Encore une fois, je voulais m’arrêter avant la ville pour camper mais la force d’attraction a été la plus forte, j’arrive dans la »ville de Bouvier et Vernet » après une étape de 120km, une ultime montée vaincue à la force de mon bras gauche et une longue descente qui m’a literralement catapulté dans le centre ville.
Tabriz, tous ceux qui ont lu l’Usage du Monde, en sont familier. Dans les années cinquante, lors de son voyage en Fiat Topolino avec son ami peintre Vernet, Nicolas Bouvier a vécu plus de six mois dans cette ville. Pendant ma longue journée à parcourir la ville, je prends un plaisir immense à me perdre dans les dédales infinis du bazaar. Plus de dix kilomètres de galeries couvertes par des voûtes en briques rouge. Ce bazaar existe depuis un millénaire, et ces voûtes, conférant un côté intimiste en ce lieu où l’agitation règne en maître, datent du XVe siècle. En y allant tôt le matin, en ce jour férié qu’est le 3 juin, la plupart des boutiques sont fermées, et j’erre des heures dans ces allées calmes, peuplées uniquement de chats, véritables maîtres des lieux. Ensuite, je me rend à la Mosquée Bleue, construite en 1465 mais détruite lors d’un violent tremblement de terre en 1773. Bouvier, lui n’en a vu que des ruines, mais j’ai de la chance, la mosquée a été reconstruite et ses mosaïques bleues, couvrant toutes les paroies d’entant, partiellement reconstituées.
Le soir, alors que je cherche un endroit où manger, je tombe sur un autre cyclo au crâne rasé et à la barbichette pointue: Jean. En route pour l’Inde, il arrive droit de la Turquie qu’il a adoré. Heureux de pouvoir enfin parler un peu français, nous partageons le dîner puis le petit déjeuner du lendemain. Il me dit ce que je dois manger à tout prix quand je passerais la frontière turque.
Kandovan, Orumiyeh, finish en beauté
Je sors de Tabriz sur le tard, vers 11h. J’ai bien passé une heure à la poste pour acheter mes 30 timbres pour l’Europe. Difficile de se faire comprendre. Heureusement que Parisa, jeune employée, parlait anglais. On a bien discuté, et les employés m’ont traités de fou à nombreuses reprises quand Parisa leur à décrit mon périple! À 11h, je m’extirpe donc des tantacules de cette ville de plusieurs millions d’habitants et décide de faire un écart pour me rendre à Kandovan. Une trentaine de kilomètres à l’écart de ma route vers la Turquie, ce village est incroyable. Une érosion bizarre a taillé dans une sorte de conglomérat des formations rocheuses pointues qui ont été aménagées en maison troglodyte et qui sont toujours habitées. Après quelques kilomètres de montées sur la route qui y mène, je me rend compte que je suis de nouveau pris de diarrhée, et je sens que mes batteries se vident à vitesses grand V. Je mets fin au supplice en faisant les 25 derniers kilomètres (de montée) à bord d’un pick up. Après une balade de deux heures dans ses ruelles-escaliers, je remonte sur mon vélo, et grâce à la descente et au vent qui m’est favorable, bats mon record de vitesse: 72km/h!! Dans un paysage magnifique qui me rappelle les hauts plateaux boliviens, je tente de planter ma tente parmi les chardons, mais le vent qui est trop fort me force à me rabattre en contrebas.
Voyager en Iran sans faire du désert, c’est un comble! Heureusement, cette fin de parcours perse l’offre un désert auquel je ne me serais pas attendu: un désert de sel. Trente kilomètre à travers les reste d’un ancien lac, terres jaune ou blanche, buissons rares et éparses, terre inhospitalière mais magnifique. Avant de rejoindre les rives du Lac d’Orumiyeh, je passe mon 10’000km, point symbolique qui ne me laisse pas indifférent et qui porte un coup aussi à mon compteur car c’est peu après qu’il décidera d’arrêter de fonctionner. Au bord du lac, et tout au long de la traversée de la longue digue de 20km qui le coupe en deux, je m’émerveille devant ce paysage. Rives blanches, eau rouge, ciel bleu. La rive opposée semble n’être qu’à deux minutes de vélo tant l’air est clair. Il me faudra plus d’une heure pour l’atteindre. Le lac, véritable mélange entre la Mer Morte, tant il est salé, et la Mer d’Aral, car il est condamné a disparaître à cause de la déviation des cours d’eau qui l’alimente. C’est dans un paysage comme cela que je veux planter ma tente. De retour sur la terre ferme je rempli mes bouteilles d’eau et m’avance sur l’immense plage de sel, qui est si étendue à cause de la baisse du niveau de l’eau que je ne vois pas le lac. Après le repas, alors que le soleil disparaît progressivement derrière la mintagne, je me jette, euphorique, dans l’immensité de cette étendue en soufflant à perdre haleine dans mon harmonica. Plusieurs fois, j’ai l’impression d’avoir eté ramené en Bolivie. Uyuni Orumiyeh, même combat! Le lendemain, je ne fais pas le fier malgré le lever de soleil magique. En effet, une meute de gros chien entoure ma tente et aboie en ma direction pendant quelques minutes. Heureusement, ils semblent aussi euphoriques que moi la veille et son vite lassés de jouer les méchants et s’en retournent se courir après pour se croquer la queue. Profitant de cet instant de repris, je file.
Jeudi 7 juin, 308e jour et 10’033km, je m’apprête à quitter l’Iran qui m’a tant surpris et tant apporté. A fond la caisse et en pleine forme, je mets le cap sur la Turquie. Je roule bien, en une heure je couvre 22km, mais soudain, c’est le drame. Je n’avance plus. Je suis à plat. Pas mes pneus, mais mon corps. Je tente de m’arrêter pour grignoter des choses sucrées: j’avance de 5km, puis cale à nouveau. Pourtant, moralement je me sens en pleine forme, et hormis ces maux d’intestin qui accompagnent ma coulante, j’ai l’impression d’aller bien. Tant bien que mal, je me traîne jusqu’à la route qui se dirige vers la Turquie. Seulement 50km au compteurs quand je jette l’eponge. Je décide de faire du stop jusqu’à la frontière pour l’éviter les derniers 40 kilomètres de montées et de descentes sans endroits à l’ombre pour me reposer.
Il doit etre 13h quand je pousse mon vélo dans le meli mélo de la douane de Sero-Esendere. Rien n’est indiqué en anglais, et j’ai l’impression qu’il n’y a que des civils qui n’en savent pas long sur la procédure que je dois suivre. Finalement, j’ai mes deux tampons dans mon passeport, et crevé comme pas possible, je fais mes premiers pas en Kurdistan turc. PKK, me voilà!
Pour les photos, c'est ici
Je visite voyageforum hyper souvent, mais je n'avais jamais consulté cette rubrique. Du coup, pour fêter ça j'ai décidé de poster à mon tour un post. L'année passée j'ai fait un voyage d'un an autour du monde en vélo, et du coup je vous mets à disposition le chapitre consacré à la traversée du nord de l'Iran qui m'a particulièrement marqué. J'espère que ça donnera envie à certaines personnes de se rendre dans ce superbe pays. Vous pouvez trouver le reste du texte sur mon site.
Chapitre 27: L’Iran, l’Axe du Bien?
»Mais t’es fou! L’Iran c’est plein de terroristes! Mais pourquoi tu vas la-bas, les filles, y’en a pas! Mais n’y va pas maintenant, Israël va les faire tous sauter d’un moment à l’autre! ».
…ou….
Femmes sur-maquillées, talons hauts, foulards multicolores posés à l’arrière du crâne, couples de jeunes amoureux qui se tiennent la main dans la rue, boutiques de sacs à main, de jeans moulants et de parfums. Et aussi, tous ces nez cachés d’un sparadra indiquant, quand ce n’est pas du bluff, qu’un chirurgien esthétique est passé par là.
Que faut-il croire? Faut-il renoncer à se rendre dans un pays comme l’Iran à cause d’informations généralisant les actions d’un gouvernement ou de quelques individus à l’ensemble d’un pays? Ces premiers commentaires, prononcés par des personnes qui fondent leur jugement sur quelques images vues à la télé m’agacent profondément. Cela m’agace encore plus quand je sais via mes rencontres avec des cyclos du monde entier que les iraniens sont les pros de l’accueil et de la bienveillance. L’Occident, notamment via les médias, fait tout ce qu’il peut pour faire passer l’Iran pour le Grand Satan, accentuant le clivage entre les pays musulmans et occidentaux. D’accord, il y a le spectre de l’Ayatollah Khomeini et les déclarations ultra-provocatrices du président Ahmdinedjad. Mais, un gouvernement, surtout quand il est constitué de fanatiques, est-il vraiment le reflet des nations qui le constituent?
Trois invitations en trois heures
En arrivant à Téhéran, je tente tant bien que mal de libérer mon esprit de tous ces prejugés. Je me »créé une objectivité ». Barbus fanatiques et femmes en burqa ou patriarches souriant m’invitant à boire le thé: on verra bien qui m’attendra à l’aéroport. Quand je débarque, ce n’est pas comme au Népal, où je sautait de joie à l’idée de faire tamponner mon passeport. Là, je suis sur mes gardes. Encore une fois, les avertissements que j’ai entendu à droite et à gauche me reviennent à l’esprit: » surtout, prends le moins de photos possible, et essaye d’avoir l’air local, sinon on va te prendre pour un espion ». Pas de bol, tout le monde voit tout de suite que je suis un touriste, et malgré le pantalon enfilé à la hâte dans les toilettes pour faire »comme tout le monde », de nombreuses personnes me demandent »where are you from? ». Pour l’Iran, j’opte pour la réponse: »I am from Switzerland ». Ça changera un peu de ma rengaine habituelle.
Il est 11h du matin quand je commence à monter mon vélo à coté des tapis roulants crachant les derniers bagages. En deux minutes, le personnel de l’aéroport ainsi qu’un douanier viennent me saluer et me regarder monter mon vélo. Ces spectateurs ne sont pas comme en Inde, muets et inactifs. Ceux-ci me posent des questions, tentent de se faire comprendre malgré la barrière linguistique et leur présence n’est pas étouffante. Parfois aussi, ils mettent la main sur le vélo qui vacille sur sa bequille quand je visse mes écrous avec un peu trop de vigueur. Une femme d’une trentaine d’année parlant bien anglais fait la traduction pour ses compatriotes. Nous sympathisons et quand son mari arrive, il me propose de me déposer à Téhéran. J’accepte avec joie car l’aéroport se trouve à une bonne cinquantaine de kilomètre du centre-ville, et je suis attendu pour le déjeuner dans la capitale.
Musulmans pratiquants, Maryam et Jamal, ainsi que leur fils de cinq ans Mohamed, vivent à Téhéran, mais ont vécu quelques années au Canada précédemment. Jamal est professeur d’université et le couple parle parfaitement anglais. Le vélo accroché sur le toit de la voiture, nous roulons vers la capitale. Grâce à eux je peux prendre la température. Ils ont un franc parlé qui me surprend, surtout quand ils disent que le gouvernement est fou à lier. Ils ont été témoins aux premières loges des manifestations de 2009 contre le gouvernement animées principalement par des etudiants. Jamal me confie que trois ans après ces émeutes, plusieurs de ses élevés manquent encore à l’appel…
Quand nous arrivons dans le centre, ils me proposent de loger chez eux, mais je suis déjà attendu. Maryiam me gâte de tous les biscuits et sucreries présents dans la voiture, et Jamal me donne son numéro de téléphone pour le contacter en cas de soucis. À peine débarqué, les sacoches toujours giseantes sur le trottoir, un jeune homme s’avance, et me propose lui aussi son toit pour la durée de mon séjour à Téhéran.
Je suis attendu chez Madame Kazemi. Cette femme, je ne la connais pas, mais elle m’a gentillement proposé de m’heberger . Enfait, c’est grâce à mon petit cousin Oscar que j’ai quelqu’un qui m’attend à Téhéran. Pour faire simple, Madame Kazemi est la mère de la mère d’un camarade de classe d’Oscar qui, lui, vit au Havre. C’est donc cette première invitation que je vais honorer.
En cherchant la rue, puis l’immeuble, je constate une chose: les iraniens ne sont pas des as de l’orientation, ou tout du moins, il y a des lacunes quand il s’agit de donner une direction. Par la suite je constaterais que leur appréciation des distance est une des pire que j’ai rencontré dans ce voyage. Les sénégalais et les mauritaniens les battent à plates coutures dans ce domaine!
Il est déjà plus de 15h quand j’arrive chez Mme Kazemi, et je n’ai qu’une chose à faire: mettre mes pieds sous la table! Nous faisons connaissance autour des premiers mets iraniens que je déguste. Mme Kazemi a vécu de nombreuses années en France. Anesthésiste à la retraite, elle vit actuellement entre Paris et Téhéran. Avec son caractère et son goût pour l’art et la peinture, elle me rappelle ma grand-mère paternelle. Ainsi, grâce à Mme Kazemi, j’arrive en Iran en étant accueilli comme-ci j’arrivais chez moi!
Mes trois jours dans la capitale, je les passe à me mettre au diapason. Ce n’est pas très difficile. Comme je suis quasiment l’unique touriste du pays (je n’en rencontrerai que quatre en deux semaines), je suis sujet de toutes les attentions. On me renseigne, on m’aide à prendre le métro…etc.Je fais aussi la connaissance avec les Bazaars. Dans celui de Téhéran, ont peu s’y balader des heures sans passer au même endroit. Pas facile de chercher une boutique en particulier.
Une fois en phase avec le rythme de vie iranien (et avec les règles de circulation), je suis prêt à réceptionner le premier touriste rencontré en Perse:
Daniel
Daniel… mon beau-père, ce fou, ce fada, cet irresponsable qui me laisse aller en Iran alors que c’est si dangereux. Pis encore, il laisse sa famille et son boulot pour venir prendre le risque insensé de pédaler avec moi pendant une semaine. J’ai presque envie de lui remonter les bretelles à la sortie de l’avion, mais non, je suis content de retrouver mon beau-père et les paquets plein de chocolat, de gruyère et de roestis agissent en sa faveur.
Nous sommes fatigués tous les deux, mais super motivés. Lui, il a volé toute la nuit, ne dormant que deux heures. Pour ma part, j’ai quitté Téhéran la veille en fin d’apres-midi pour partir à la recherche de l’aéroport international distant de plus de 50km du centre-ville. Quasiment aucun panneau n’indiquait la direction à prendre, j’ai donc fait des allers et retours incessant sur les divers autoroutes sortant de la capitale. Quand finalement je trouve la bonne route, la nuit tombe, et sans phares opérationnels, je suis obligé de planter ma tente non loin du trafic. À 3h20, je remballe le tout pour être sur place quand Daniel arrive.
Pas de bol cette journée s’avèrera être l’une des plus dure de mon voyage. On s’échange les dernières nouvelles, moi celles de la route, lui celles de la maison qui sont toutes aussi excitantes! Quand tout est monté et qu’on se sent d’attaque, on met la machine en marche. Il est est 9h, et on met le cap à l’ouest, en plein vent de face… ce vent, si violent qu’à plein régime, nous dépassons difficilement les 11km/h. Baptême du feu donc pour Daniel qui se retrouve aussitôt face au pire ennemi du cycliste, véritable fléau qui en plus de nous crever physiquement porte un coup au moral. Pour en rajouter une couche, nous avons opté de contourner Téhéran en prenant plein de petites routes qui s’avèrent difficile à trouver. Ne pas savoir si on va dans la bonne direction avec ce vent de face rend cette journée extrêmement pénible moralement. Heureusement, on est heureux de rouler ensemble et en ce motivant mutuellement nous arrivons à avancer.
À mon départ, il y a presque 11 mois, une dizaine de copains m’avaient accompagnés jusqu’au premier campement. Nous avions bivouaqué près de Genève, puis mes amis sont rentrés en train. Daniel etait là, et il a continué a pedaler avec moi jusqu’au sud de Lyon. L’expérience avait été concluante et avait, au passage, réveillé l’âme d’aventurier de Daniel. 11 mois après, nous sommes bien heureux de renouveler l’expérience une nouvelle fois, dans un cadre bien plus exotique que le long du Rhône.
La carotte pour nous faire avancer durant cette journée difficile, ce sont nos pauses-kebabs. Ici, ce qu’on appelle un kebab, c’est une brochette de viande hachée, de boeuf, d’agneau ou de poulet, que l’on sert avec une grosse portion de riz (avec du beurre) et accompagné d’une tomate grillé. C’est bon, et j’en mangerai au moins une par jour jusqu’en turquie
Finalement, en fin de journée, nous parvenons à notre objectif, Karaj, et trouvons un hôtel bien mérité. Le lendemain, rebelotte, vent de face, mais avec cette fois-ci un trafic plus intense. Heureusement c’est plat et on sait où on va. En fin de journée, éloignés de plus de 50km de notre objectif, nous décidons de faire signe à un pick-up de s’arrêter et de nous prendre jusqu’à Quazvin. Daniel est là pour 5 jours seulement, et on ne va pas les passer sur des voies rapides dans des paysages plats et quelconques. De plus, ce coup de pousse de 50km nous permet de visiter cette ville, ancienne capitale, et de s’étonner encore et toujours devant toutes ces jeunes femmes qui donnent tord à toutes les idées que nous nous faisions de la femme musulmane. Bon, tout reste relatif, et ce sont les jeunes femmes qui se mettent extraordinairement en valeur malgré leurs contraintes vestimentaires. Souvent celles ci se baladent avec leurs mères, cachées sous un chador étouffant et glauque. Les plus de cinquante ans semblent bien plus ancrées dans les traditions que la nouvelle génération. Les jeunes avec qui nous discutons, et ils sont nombreux tant le pays est jeune, nous affirment tous que le gouvernement est fou, et qu’ils aiment les États-Unis. Notre ami Payam nous dira »Islam is a very beautiful religion, they just destroy it… »
Au troisième jour de vélo avec Daniel, et après une nouvelle matinée harassante, nous découvrons avec joie que la route qui semblait s’en aller buter contre une chaîne de montagne, se joue d’elle en longeant une rivière qui la traverse de part en part pour aller se jeter dans la Mer Caspienne. Ainsi, ce n’est pas un col qui nous attend, mais une descente magique de 40km dans des paysages splendides. Le soir, nous allons serrer la pince à cette rivière en allant planter notre tente à quelques mètres d’elle.
Le lendemain, dernière étape avant l’arrivée à la Caspienne, nous prenons notre petit déj dans un restaurant de Manjil. Le taulier de l’établissement, Bashir, vient discuter avec nous et nous nous lançons dans un dialogue farsi-français du tonnerre qui marche à merveille car nous nous comprenons. Bashir est un ancien haltérophile et me fait penser à notre bon vieil ami menuisier de l’uni: Daniel Rod. Finalement, il nous offre tout ce que nous avons consommer! Un exemple parmi d’autre de la générosité iranienne.
Quand nous arrivons enfin à Rasht, le but de notre chevauchée commune de 300km, nous profitons de la dernière journée pour aller visiter un joli village perché, Masuleh, et d’aller tremper nos pieds dans la Mer Caspienne. Quand le soir arrive, Daniel prend un taxi qui le ramène à l’aéroport de Téhéran en seulement 5h.
En voyageant avec Daniel, j’ai découvert plusieurs choses, par exemple c’est un pro pour faire un sac. Il ne prend que l’essentiel et ne s’encombre d’aucun superflu. Il se prête aussi parfaitement au jeu du bivouac et ne ronchonne pas à cause d’une nuit trop humide ou de pâtes pas suffisamment al dente. Paradoxalement, durant ces quelques jours d’effort et de vie au plein air, j’ai l’impression que là, il se repose réellement. Par rapport aux vacances far niente dont on a l’habitude en famille, il est ici plus relax, prends les imprévus avec humour et sympatise avec toute personne qui vient lui serrer la main. Daniel, il est temps que tu rentres parce que si tu restes sur la route plus longtemps tu ne retourneras jamais dans la routine audi-boulot-dodo! En tout cas merci pour ces quelques jours en ta compagnie et quand tu iras faire ton tour du monde et que je serai à mon tour dans cette routine, je viendrais volontiers te rejoindre pour quelques kilometres!
Communication breakdown
De nouveau seul, en tête à tête avec mon biclou, je fais face à plusieurs ennuis techniques en quelque jours. La plupart d’entres eux arrivent un peu trop tard, car s’ils étaient arrivés quand Daniel était encore avec moi, il aurai été possible d’y remédier immédiatement en récupérant les pièces de son vélo. Ma roue avant crêve deux fois de suite, puis ma bequille se casse en deux et mon compteur décide de ne plus fonctionner. Les piles spéciales de ma balise Spot qui envoie ma position vers mon site internet sont à plat, mon chargeur Nokia se brise en deux, mon phare arrière est out et celui de devant nécessite une intervention chirurgicale pour le sauver. Mon téléphone portable rend l’âme et je dois le remplacer par un nokia plus ancien perdant ainsi de nombreux numéros (mais gagnant le jeu Snake!).
Il me faut cinq jours pour rejoindre Tabriz. Pendant ces cinq jours, je traverse des paysages somptueux, notamment entre Khal Khal et Miyaneh. Une matinée, je monte de plus de 1’000m. Quand mes jambes fatiguent, je mets en pratique ce que j’ai appris à faire en Asie du Sud-Est avec Benoît à savoir: je me fait tirer par des camions. Sur les 25km de montée, j’arrive à »rider » des camions sur un total de presque 5km. Comment faire? Quand je vois en contre-bas un camion qui toussotte et qui peine à avancer, je décide que celui-ci sera ma cible. Je continue à pédaler, ou parfois je m’arrête même pour l’attendre. Quand il est suffisament proche, je commence à pedaler à fond pour avoir plus ou moins sa vitesse quand il arrive près de moi et tente de trouver une prise à l’arrière de la remorque. Ensuite, le tout est de rester le plus longtemps accroché, et ce malgré les gaz d’échappement et les crampes dans les bras, pour changer de la monotonie de la montée. Les échanges avec le chauffeur se font via le rétro, et souvent, ils se marrent! Quand je lâche un camion par épuisement, celui-ci s’arrête pour me laisser revenir à lui. Pour lui faire honneur, je rempile pour 1km de crampes dans le bras gauche. Au final, on ne peut pas dire que j’économise des forces car l’effort que cela demande est intense, mais au moins mon biceps gauche aura la classe à mon retour à lausanne, et fera craquer toutes les filles du bord du lac.
Gawdaraq
Au risque de le répéter, les Iraniens sont les gens les plus accueillant que j’ai rencontré durant ce voyage. Le soir d’une longue étape sur la route de Tabriz, dans une campagne presque verte et sans avoir vu aucun minaret (contrairement à ce qu’on croit, les paysages n’en sont pas hérissés). Cette longue journée de pédalage sur un faux-plat ascendant de 80km et un vent de face arassant touche à sa fin quand une voiture s’arrête et deux hommes aux environs de la trentaine et parlant bien anglais en sortent. On discute 1 minute et demie et il me proposent d’aller dans leur village. Il faut juste faire demi tour sur 5km. J’hésite, revenir sur mes pas étant une des choses que je déteste le plus au monde après les choux fleurs et les brocolis. Finalement j’accepte, et suis la voiture sur plus de …12km! Ça me fâche énormément, je suis fatigué, j’ai faim, je suis donc de mauvaise humeur. Quand finalement nous arrivons, le calme revient et j’offre un visage plus sympathique. Je me laisse guider dans les rues de Gowdaraq jusqu’à la maison des parents par les deux frères Hassan et Saeid. Quand nous arrivons à la maison, toute la famille est là, les femmes, les frères les parents, des enfants du voisinage. Tout de suite on étend une couverture sur le sol, et on prend tous l’apéro: miel, pastèque, fromage, galette hyper-fines…etc. je discute un peu plus avec Hassan et Saeid. L’un est hygiéniste dentaire, l’autre est designer graphique à Téhéran. Ils profitent des jours fériés commémorant le 23e anniversaire de la disparition de Khomeini pour passer quelques instants dans la maison familiale. Aussitôt l’apéritif terminé, ils me proposent d’aller jouer au volley. Il est 19h, je suis HS, mais je me joins au groupe qui a rendez-vous au filet du village pour le tournoi du soir. Comme partout, il y a les stars, les Ronaldo de la manchette, il y a les pères de famille un peu gênés par les kilos en trop et les mauvais, comme moi. Après un match ou je touche 2x la balle, pour la mettre dans le filet, je décide de couvrir l’évènement en prenant quelques photos. De retour à la maison, je constate que les femmes ont tué le poulet éclaboussant légèrement mes affaires de viscères où je ne sais quoi. Ici, on retombe dans les traditions, les femmes de Téhéran mettent la main à la pâte à côté de la Mère, et c’est elles qui s’occupent de tout tandis que les hommes »m’entretiennent ». Je leur demande s’ils font leurs prières et s’ils vont à la mosquée tous les jours. »What?!?! We go there once a year maybe! ». Les pièces de la maison sont non meublées. Tout le monde vit sur des tapis perses, épais, magnifiques. A onze heure, alors que j’ai atteins un rythme de 47 baillements par minute le repas est servi et nous nous réunissons tous dans une des pièces, sur des tapis autour d’une nappe en plastique. Poulet, riz, frites maison, salade de tomate-concombre-oignon: c’est délicieux. Une fois le repas fini, je m’écroule sur une couche posée dans une des pièces. Hassan et Saeid viennent me border.
Le lendemain, les deux frères se proposent pour m’aider à ratrapper les 12 km perdus la veille. Je m’accroche à la voiture grâce à la fenêtre arrière laissée ouverte et ensembles nous filons à 40km/h! Après de sincères remerciements, je reprends la route, sans voiture pour m’aider, en direction de Tabriz.
Tabriz
Sitôt seul, je tombe sur mes touristes n°2-3. Sophie et Barbara, bernoises à vélo, pedalant en pantalon et en voiles malgré la chaleur. Elles ne sont pas très bavardes, mais je sais d’elles qu’elles ont pour objectif la Mongolie. Cela fait trois mois qu’elles pédalent sur les même routes que je compte empreinter. Avant de nous séparer, je déchire les pages de mon guide don je n’ai plus besoin et qui pourront leur servir.
Encore une fois, je voulais m’arrêter avant la ville pour camper mais la force d’attraction a été la plus forte, j’arrive dans la »ville de Bouvier et Vernet » après une étape de 120km, une ultime montée vaincue à la force de mon bras gauche et une longue descente qui m’a literralement catapulté dans le centre ville.
Tabriz, tous ceux qui ont lu l’Usage du Monde, en sont familier. Dans les années cinquante, lors de son voyage en Fiat Topolino avec son ami peintre Vernet, Nicolas Bouvier a vécu plus de six mois dans cette ville. Pendant ma longue journée à parcourir la ville, je prends un plaisir immense à me perdre dans les dédales infinis du bazaar. Plus de dix kilomètres de galeries couvertes par des voûtes en briques rouge. Ce bazaar existe depuis un millénaire, et ces voûtes, conférant un côté intimiste en ce lieu où l’agitation règne en maître, datent du XVe siècle. En y allant tôt le matin, en ce jour férié qu’est le 3 juin, la plupart des boutiques sont fermées, et j’erre des heures dans ces allées calmes, peuplées uniquement de chats, véritables maîtres des lieux. Ensuite, je me rend à la Mosquée Bleue, construite en 1465 mais détruite lors d’un violent tremblement de terre en 1773. Bouvier, lui n’en a vu que des ruines, mais j’ai de la chance, la mosquée a été reconstruite et ses mosaïques bleues, couvrant toutes les paroies d’entant, partiellement reconstituées.
Le soir, alors que je cherche un endroit où manger, je tombe sur un autre cyclo au crâne rasé et à la barbichette pointue: Jean. En route pour l’Inde, il arrive droit de la Turquie qu’il a adoré. Heureux de pouvoir enfin parler un peu français, nous partageons le dîner puis le petit déjeuner du lendemain. Il me dit ce que je dois manger à tout prix quand je passerais la frontière turque.
Kandovan, Orumiyeh, finish en beauté
Je sors de Tabriz sur le tard, vers 11h. J’ai bien passé une heure à la poste pour acheter mes 30 timbres pour l’Europe. Difficile de se faire comprendre. Heureusement que Parisa, jeune employée, parlait anglais. On a bien discuté, et les employés m’ont traités de fou à nombreuses reprises quand Parisa leur à décrit mon périple! À 11h, je m’extirpe donc des tantacules de cette ville de plusieurs millions d’habitants et décide de faire un écart pour me rendre à Kandovan. Une trentaine de kilomètres à l’écart de ma route vers la Turquie, ce village est incroyable. Une érosion bizarre a taillé dans une sorte de conglomérat des formations rocheuses pointues qui ont été aménagées en maison troglodyte et qui sont toujours habitées. Après quelques kilomètres de montées sur la route qui y mène, je me rend compte que je suis de nouveau pris de diarrhée, et je sens que mes batteries se vident à vitesses grand V. Je mets fin au supplice en faisant les 25 derniers kilomètres (de montée) à bord d’un pick up. Après une balade de deux heures dans ses ruelles-escaliers, je remonte sur mon vélo, et grâce à la descente et au vent qui m’est favorable, bats mon record de vitesse: 72km/h!! Dans un paysage magnifique qui me rappelle les hauts plateaux boliviens, je tente de planter ma tente parmi les chardons, mais le vent qui est trop fort me force à me rabattre en contrebas.
Voyager en Iran sans faire du désert, c’est un comble! Heureusement, cette fin de parcours perse l’offre un désert auquel je ne me serais pas attendu: un désert de sel. Trente kilomètre à travers les reste d’un ancien lac, terres jaune ou blanche, buissons rares et éparses, terre inhospitalière mais magnifique. Avant de rejoindre les rives du Lac d’Orumiyeh, je passe mon 10’000km, point symbolique qui ne me laisse pas indifférent et qui porte un coup aussi à mon compteur car c’est peu après qu’il décidera d’arrêter de fonctionner. Au bord du lac, et tout au long de la traversée de la longue digue de 20km qui le coupe en deux, je m’émerveille devant ce paysage. Rives blanches, eau rouge, ciel bleu. La rive opposée semble n’être qu’à deux minutes de vélo tant l’air est clair. Il me faudra plus d’une heure pour l’atteindre. Le lac, véritable mélange entre la Mer Morte, tant il est salé, et la Mer d’Aral, car il est condamné a disparaître à cause de la déviation des cours d’eau qui l’alimente. C’est dans un paysage comme cela que je veux planter ma tente. De retour sur la terre ferme je rempli mes bouteilles d’eau et m’avance sur l’immense plage de sel, qui est si étendue à cause de la baisse du niveau de l’eau que je ne vois pas le lac. Après le repas, alors que le soleil disparaît progressivement derrière la mintagne, je me jette, euphorique, dans l’immensité de cette étendue en soufflant à perdre haleine dans mon harmonica. Plusieurs fois, j’ai l’impression d’avoir eté ramené en Bolivie. Uyuni Orumiyeh, même combat! Le lendemain, je ne fais pas le fier malgré le lever de soleil magique. En effet, une meute de gros chien entoure ma tente et aboie en ma direction pendant quelques minutes. Heureusement, ils semblent aussi euphoriques que moi la veille et son vite lassés de jouer les méchants et s’en retournent se courir après pour se croquer la queue. Profitant de cet instant de repris, je file.
Jeudi 7 juin, 308e jour et 10’033km, je m’apprête à quitter l’Iran qui m’a tant surpris et tant apporté. A fond la caisse et en pleine forme, je mets le cap sur la Turquie. Je roule bien, en une heure je couvre 22km, mais soudain, c’est le drame. Je n’avance plus. Je suis à plat. Pas mes pneus, mais mon corps. Je tente de m’arrêter pour grignoter des choses sucrées: j’avance de 5km, puis cale à nouveau. Pourtant, moralement je me sens en pleine forme, et hormis ces maux d’intestin qui accompagnent ma coulante, j’ai l’impression d’aller bien. Tant bien que mal, je me traîne jusqu’à la route qui se dirige vers la Turquie. Seulement 50km au compteurs quand je jette l’eponge. Je décide de faire du stop jusqu’à la frontière pour l’éviter les derniers 40 kilomètres de montées et de descentes sans endroits à l’ombre pour me reposer.
Il doit etre 13h quand je pousse mon vélo dans le meli mélo de la douane de Sero-Esendere. Rien n’est indiqué en anglais, et j’ai l’impression qu’il n’y a que des civils qui n’en savent pas long sur la procédure que je dois suivre. Finalement, j’ai mes deux tampons dans mon passeport, et crevé comme pas possible, je fais mes premiers pas en Kurdistan turc. PKK, me voilà!
Pour les photos, c'est ici
Salut,
Comme vous tous, j'écoute RFI et je vien d'être assez surpris.
En effet, dans une interview, une responsable d'agence de voyage à déclaré que l'Iran était une destination confidentielle, on y trouvait peu de touristes, excepté quelques groupes.
Ceci s'expliquant en grande partie, d'après elle, par les difficultés à obtenir un visa. D'ailleurs, l'Iran, désirant s'ouvrir au tourisme, vient de permettre l'obtention aisée d'un visa à n'importe quel poste frontière.
Qu'en pensez-vous ?
Comme vous tous, j'écoute RFI et je vien d'être assez surpris.
En effet, dans une interview, une responsable d'agence de voyage à déclaré que l'Iran était une destination confidentielle, on y trouvait peu de touristes, excepté quelques groupes.
Ceci s'expliquant en grande partie, d'après elle, par les difficultés à obtenir un visa. D'ailleurs, l'Iran, désirant s'ouvrir au tourisme, vient de permettre l'obtention aisée d'un visa à n'importe quel poste frontière.
Qu'en pensez-vous ?
Bonjour,
Je pars faire un tour du monde fin Septembre. Je commence par la Turquie et je me pose pas mal de questions concernant la route jusqu'à l'Inde, notamment concernant les visas. En fait, ce que j'ai pu lire sur les différentes discutions (ça faire 2H que je lis et j'ai mal aux yeux :) ), c'est que pour le visa d'Iran, le mieux c'est de le faire à Trabzon, dans le nord de la Turquie. puis ensuite, pour traverser le Pakistan vers l'Inde, le mieux c'est à Zahedan (où l'on pourrait éventuellement avoir un visa pour l'Inde ET le Pakistan). Seulement, certaines de ces informations sont datés de 2010 et de plus, apparemment encore une fois, le Pakistan et beaucoup plus "safe" dans le nord. Donc soit on est escorté jusqu'à Lahore, soit on prend de gros risque. Comme je n'ai pas tellement envie de mourir, surtout pendant le début du voyage, je fais appel à vos témoignages et autres commentaires.
Merci d'avance Pierre
P.S.: Je ne suis pas contre l'achat d'un billet d'avion si c'est vraiment nécessaire mais effectivement, si je peux l'éviter, c'est aussi bien ! :p
Je pars faire un tour du monde fin Septembre. Je commence par la Turquie et je me pose pas mal de questions concernant la route jusqu'à l'Inde, notamment concernant les visas. En fait, ce que j'ai pu lire sur les différentes discutions (ça faire 2H que je lis et j'ai mal aux yeux :) ), c'est que pour le visa d'Iran, le mieux c'est de le faire à Trabzon, dans le nord de la Turquie. puis ensuite, pour traverser le Pakistan vers l'Inde, le mieux c'est à Zahedan (où l'on pourrait éventuellement avoir un visa pour l'Inde ET le Pakistan). Seulement, certaines de ces informations sont datés de 2010 et de plus, apparemment encore une fois, le Pakistan et beaucoup plus "safe" dans le nord. Donc soit on est escorté jusqu'à Lahore, soit on prend de gros risque. Comme je n'ai pas tellement envie de mourir, surtout pendant le début du voyage, je fais appel à vos témoignages et autres commentaires.
Merci d'avance Pierre
P.S.: Je ne suis pas contre l'achat d'un billet d'avion si c'est vraiment nécessaire mais effectivement, si je peux l'éviter, c'est aussi bien ! :p
Est-il possible d'obtenir un visa pour l'Iran à l'aéroport de Téhéran ?
Est-il possible de prolonger ce visa sur place ?
Merci
1. Du rêve à la réalité
Je savais que je prenais un gros risque en allant passer deux semaines de vacances en Iran. On m'avait prévenu. J'allais faire une colossale ânerie, risquer bêtement ma vie, partir pour un pays totalitaire où je ne pourrais m'attirer que des problèmes, subir des bombardements américains ou les radiations d'un programme nucléaire totalement incontrôlé, ou pire, revenir avec un menton à la pilosité bien plus garnie qu'à mon arrivée.
Je savais bien entendu que ce n'étaient que des sornettes et que je ne risquais absolument rien de ce point de vue. Je ne me suis évidemment pas trompé. Mais le risque était ailleurs et je le savais avant même de partir. Je savais déjà que je laisserais une partie de moi là-bas, une partie de ma tête et de mon coeur. Quelques heures après en être revenu, il est certainement trop tôt pour dresser un bilan psychologique de l'auteur de ces lignes, mais je peux d'ores et déjà affirmer qu'il y aura toujours une petite part d'Iran en moi. C'est un pays qui ne déçoit pas et que l'on n'oublie pas.
Je suis allé en Iran avec un tas d'a priori positifs, certains justifiés, d'autres non. C'est bien le propre des a priori, même si on a tendance à affubler ce genre de sentiment bien banal d'une connotation trop souvent négative.
Cela faisait en effet très longtemps que je rêvais d'y aller, et plus longtemps encore que j'essayais vainement d'en apprendre la superbe langue, le farsi. Toutes mes tentatives s'étaient soldées par un échec, par manque de temps, d'aide et, avouons-le, de motivation et de talent. C'est en partie pour cela que je repoussais sans cesse mon départ. Je ne voulais pas rater ce voyage, et voulais donc mettre toutes les chances de mon côté. Quelle ânerie! Avec le recul, je ne comprends décidemment pas pourquoi j'ai tant attendu, ce pays ayant longtemps été en tête de mes priorités de voyage.
Et puis l'actualité internationale a fini par rattraper mes rêves. Les nuages menaçants de la guerre étaient encore loin, mais on pouvait déjà sentir les premières gouttes d'un malheur qui, je l'espère, restera à l'état de menace fantôme. Craignant le pire à moyen terme, j'ai donc décidé de mettre toutes mes mauvaises excuses en sourdine et de réserver un billet d'avion pour Téhéran, tant qu'il était encore temps. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies avait posé à l'Iran un ultimatum expirant le 29 avril. Mon avion était prévu pour atterrir le 30 au matin à Téhéran. Cela a fait grincer quelques dents autour de moi, mais il était hors de question de faire machine arrière.
(à suivre)
Je savais que je prenais un gros risque en allant passer deux semaines de vacances en Iran. On m'avait prévenu. J'allais faire une colossale ânerie, risquer bêtement ma vie, partir pour un pays totalitaire où je ne pourrais m'attirer que des problèmes, subir des bombardements américains ou les radiations d'un programme nucléaire totalement incontrôlé, ou pire, revenir avec un menton à la pilosité bien plus garnie qu'à mon arrivée.
Je savais bien entendu que ce n'étaient que des sornettes et que je ne risquais absolument rien de ce point de vue. Je ne me suis évidemment pas trompé. Mais le risque était ailleurs et je le savais avant même de partir. Je savais déjà que je laisserais une partie de moi là-bas, une partie de ma tête et de mon coeur. Quelques heures après en être revenu, il est certainement trop tôt pour dresser un bilan psychologique de l'auteur de ces lignes, mais je peux d'ores et déjà affirmer qu'il y aura toujours une petite part d'Iran en moi. C'est un pays qui ne déçoit pas et que l'on n'oublie pas.
Je suis allé en Iran avec un tas d'a priori positifs, certains justifiés, d'autres non. C'est bien le propre des a priori, même si on a tendance à affubler ce genre de sentiment bien banal d'une connotation trop souvent négative.
Cela faisait en effet très longtemps que je rêvais d'y aller, et plus longtemps encore que j'essayais vainement d'en apprendre la superbe langue, le farsi. Toutes mes tentatives s'étaient soldées par un échec, par manque de temps, d'aide et, avouons-le, de motivation et de talent. C'est en partie pour cela que je repoussais sans cesse mon départ. Je ne voulais pas rater ce voyage, et voulais donc mettre toutes les chances de mon côté. Quelle ânerie! Avec le recul, je ne comprends décidemment pas pourquoi j'ai tant attendu, ce pays ayant longtemps été en tête de mes priorités de voyage.
Et puis l'actualité internationale a fini par rattraper mes rêves. Les nuages menaçants de la guerre étaient encore loin, mais on pouvait déjà sentir les premières gouttes d'un malheur qui, je l'espère, restera à l'état de menace fantôme. Craignant le pire à moyen terme, j'ai donc décidé de mettre toutes mes mauvaises excuses en sourdine et de réserver un billet d'avion pour Téhéran, tant qu'il était encore temps. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies avait posé à l'Iran un ultimatum expirant le 29 avril. Mon avion était prévu pour atterrir le 30 au matin à Téhéran. Cela a fait grincer quelques dents autour de moi, mais il était hors de question de faire machine arrière.
(à suivre)
Mohsen Namjoo est un jeune (malgré ses cheveux gris) musicien iranien censuré. Sa musique porte sur les thèmes qui intéressent les jeunes iraniens
d'aujourd'hui: la recherche de la liberté, la démocratie, les préoccupations économiques, les droits de la femme, l'obligation de porter le voile etc.
http://www.youtube.com/watch?v=uql56sjrmWw
Il n'a plus le droit d'entrer en Iran.
C'est donc important de l'encourrager.
Sa musique n'a rien de "contestataire violent", et il est souvent (à juste titre) considéré comme le Bob Dylan iranien.
Je ne sais pas si c'est permis sur VF de mettre un vidéo You Tube mais ce que veut Mohsen Namjoo, c'est que sa musique soit diffusée partout🙂
http://www.youtube.com/watch?v=uql56sjrmWw
Il n'a plus le droit d'entrer en Iran.
C'est donc important de l'encourrager.
Sa musique n'a rien de "contestataire violent", et il est souvent (à juste titre) considéré comme le Bob Dylan iranien.
Je ne sais pas si c'est permis sur VF de mettre un vidéo You Tube mais ce que veut Mohsen Namjoo, c'est que sa musique soit diffusée partout🙂









