A mon départ, je bloggais déjà depuis un an donc créer un blog de voyage était une continuité logique (j’avais alors déjà évacué les questions liées à l’intimité et à l’exhibitionnisme). J’ai alors rapidement défini une ligne éditoriale (blog thématique et non chronologique) sans en mesurer l’impact sur ma façon de voyager.
Je voulais ni d’un simple carnet de bord avec détails insipides sur mon quotidien ni d’une confession intime même si un tel voyage incitait à l’introspection. Aucun sponsor ou partenaire à satisfaire. Toutefois, j’espérais dépasser le cercle familial et amical.
Avant de spécifier les caractéristiques d’un blog de voyage, il faut, me semble-t-il, élargir la question à « pourquoi bloguer ? ». Pour élargir son réseau ? Partager ses passions ? Ses coups de gueule ? Ses coups de cœur ? Ses opinions ? Lancer des conversations ? Affiner des analyses ? Echanger des idées ? Assouvir son plaisir d’écrire ? Développer sa créativité ? Se faire remarquer ? Entretenir son égotisme ? Etre dans la place ? Appartenir à de nouvelles communautés ? S’inciter à rester en veille ?...
En voyage, notre centre de gravité se déplace, nos intérêts deviennent différents. Ainsi, entretenir une existence virtuelle peut paraître superflu pour ne pas dire superficiel. En outre,
lorsque voyage rime avec tourisme, seul le plaisir immédiat compte alors pourquoi s’emmerder à publier des notes le plus régulièrement possible !? Tous les blogueurs savent combien cette activité chronophage peut parfois devenir contraignante... alors en voyage, pourquoi se l’imposer ? Pour quelles raisons ?
Dans un premier temps, j’appréhendais beaucoup ce premier voyage en
Inde : je craignais de perdre pied, de trop me déconnecter, me perdre voire de ne plus vouloir rentrer alors animer un blog m’a paru être
une façon ludique de maintenir un lien avec la France et ainsi diminuer le choc du retour.
Puis, au-delà de mon plaisir d’écrire (surtout en voyage), comme je partais sans préparation ni objectif précis, blogguer pouvait
structurer mon voyage, lui donner un sens et atténuer l’aspect quête initiatique/personnelle, parfois non productive.
Lorsque je préparais mon voyage, j’ai multiplié les
sources d’informations : guides de voyage, forums spécialisés et blogs de voyage. Ces derniers avaient l’avantage d’être actualisés et surtout datés, reflétaient des avis non partisans, argumentés, dénués d’intérêts économiques et permettaient plus facilement de se projeter.
Par ailleurs,
les blogs de voyage démystifient et banalisent les voyages alors que paradoxalement leurs auteurs tendent à se positionner dans une communauté où appartient de grandes figures du monde de l’exploration, de la littérature de voyage et du grand reportage comme la pionnière Alexandra David-Neel, l’écrivain-voyageur Nicolas Bouvier et le journaliste Albert
Londres.
Prosélytes, les bloggueurs-voyageurs concourent à encourager et rassurer des candidats en partance et souvent prêchent pour des voyages moins traditionnels. Fantasmatiques et anxiolytiques, les blogs de voyage permettent aux lecteurs de s’identifier et aux auteurs de se singulariser. Ils personnifient les « aventuriers » et inscrivent leur expérience dans la durée.
Pendant le voyage, animer un blog m’incitait à m’interroger plus profondément sur les us et coutumes, à poser d’innombrables questions, à tenter de mieux comprendre des parcours individuels afin d’analyser et synthétiser des ressentis, des situations pour les partager avec un lectorat qui, en parallèle, m’aidait à prendre du recul en live grâce aux commentaires. Parfois, cela pouvait s’apparenter à une quête de sujet pour une note mais toujours avec un côté artisanal. Jamais, je n’ai joué à la journaliste. Par exemple, j’avais choisi de m’interdire de faire des recherches documentaires sur le net : tout ce que j’écrivais devait avoir été appris sur place, au gré de mes pérégrinations. C’est pourquoi, il m’arrivait de prolonger des conversations voire accepter des invitations juste pour alimenter le blog...
Peu à peu, il a pris une place centrale dans mon voyage particulièrement parce que je voyageais seule. Avec plus de préparation, de conscience et d’organisation, j’aurais pu poster quotidiennement des notes plus abouties.
Céline
sabkuchmilega.blogs-de-voyage.fr