Salut Amigo
Allez alex lance encore une petite polémique lol; je pense pas que la question soit stupide; lis ca
maurice reste un endroit safe mais c pas tout rose quand même; on a tendance à rester sur l'image des cartes postales...
Veloma


le
Maurice: Quand le commerce de la mort fonctionne
Gilles Ribouet
27 Juin 2008
Port Louis — La Journée internationale contre l'abus des drogues, célébrée hier, doit avoir une résonance particulière à
Maurice. Le pays ne serait-il pas devenu, non seulement, un pôle de consommation mais aussi une plaque tournante de la drogue ? L'arrestation des boxeurs tanzaniens et celle d'un «baron» local témoignent de l'ampleur du problème.
Bon élève africain en matière économique,
Maurice est surtout le plus mauvais du continent en ce qui concerne la consommation de drogues.
Triste record pour
Maurice. L'île se hisse, en 2007, au second rang mondial des pays où la consommation d'héroïne par tête d'habitant est la plus forte - ex-aequo avec la
Russie, l'
Iran étant en tête du tableau. Bel effort, peut-on ironiser, si l'on tient compte du fait que
Maurice occupait la troisième place de ce classement peu envieux en 2006. S'il est établi que la population toxicomane dans le pays est importante et donc que l'héroïne s'est répandue considérablement, il ne faut pas perdre de vue que
Maurice est aussi devenue une petite plaque tournante. Le hub mauricien semblerait fonctionner mieux en ce qu'il s'agit du commerce des substances illicites.
Alain Labrousse, cofondateur de l'Observatoire géopolitique des drogues (OGD) en
France, rappelle, dans un article de Nicolas Santolaria paru en 2006 dans Technikart, que «dans les années 80, sur l'île
Maurice, une campagne d'éradication du cannabis a débouché sur une épidémie d'héroïne». Le terme «épidémie» est révélateur de l'ampleur du phénomène. C'est donc bien une forte proportion de la population qui est touchée par la dépendance à cette drogue qui s'injecte aujourd'hui principalement par voie intraveineuse.
Pour le travailleur social Ally Lazer, la situation à
Maurice est choquante. «On aurait pu comprendre que la consommation de gandia produite localement prend une telle ampleur, mais là, on parle d'héroïne, une drogue importée ! Au début des années 80, on a tiré la sonnette d'alarme mais on a crié dans un désert ! Il y a eu une communalisation de ce problème et du coup, les actions menées n'ont pas été les bonnes. Cette situation engendre l'insécurité. Le crime, le vol, les braquages sont liés au trafic de drogue», s'indigne-t-il. Ally Lazer et Imran Dhannoo, directeur du Centre Dr Idrice-Goomany, estiment la population toxicomane mauricienne à 22 000 personnes. La prévalence de la toxicomanie, notamment de l'héroïne, a atteint les 2 % en 2004, soit le plus important d'Afrique. Pour la même année, le second mauvais élève était le
Kenya avec une prévalence de 0, 4 % de la population. L'écart parle de lui-même.
Si l'héroïne a pu prendre une telle place à
Maurice, c'est que la demande locale est très forte suite à son apparition sur le marché depuis 1981, fait ressortir Imran Dhannoo. Poursuivant, il insiste sur «le rajeunissement des consommateurs de drogues, la féminisation de la toxicomanie et surtout, le rapport très net entre toxicomanie et propagation du virus du sida. Depuis 2002, c'est la consommation de drogues par voie intraveineuse qui est la principale cause de la propagation du virus du sida». Malgré les saisies, ce n'est, en vérité, qu'une infime partie de l'héroïne qui débarque à
Maurice qui est interceptée. Pour Ally Lazer, la demande mensuelle sur le marché local est de 57 kg, soit 684 kg en une année. En 2006, les autorités n'ont saisi qu'un peu plus de 8 kg d'héroïne Le travailleur social souligne également que «jamais il n'y a eu de pénurie, ou alors artificielle, pour faire monter les prix. Car s'il y avait une vraie pénurie, imaginez 22 000 toxicomanes en état de manque :
Maurice serait au bord d'une vraie révolution».
Pôle de consommation, essentiellement pour l'héroïne, le Subutex et le cannabis,
Maurice est néanmoins devenue un point de transit des drogues dans la région. En vérité, c'est l'ensemble de la sous-région qui s'anime de flux de drogues. Mais
Maurice constitue un poste avancé sur la route des narcotrafiquants. «Pont entre l'
Asie du Sud-Est et l'Afrique, l'île
Maurice est au croisement des trafics de drogue. (C'est pourquoi) on observe depuis 1982, une consommation croissante de brown sugar», note la journaliste Isabelle Nicou, dans son article Prévenir l'échec social à l'île
Maurice, paru en décembre 2001 dans la revue Peddro, consacré à l'enjeu drogue et sida.
Développant ce point dans son article Drogues en
Afrique australe : les affaires continuent paru dans la Revue internationale des sciences sociales en 2001, Laurent Daniel écrit : «Sur la côte Est de l'
Afrique australe, les filières de l'héroïne se sont glissées sur les traces des réseaux de contrebande de l'or et de la méthaqualone qui relient l'Afrique à l'
Asie du Sud-Ouest via la péninsule arabique. De
Zanzibar à Durban, l'Afrique des comptoirs et des ports de l'océan Indien est exploitée par les narcotrafiquants. Ces derniers utilisent les "services" qu'offre l'
Afrique australe et bénéficient de ses "ports francs", qui servent de débouchés pour les marchandises exportées à partir de la région côtière orientale et de son arrière-pays [..] De ce fait, la
Tanzanie, le
Mozambique,
Maurice et, dans une moindre mesure, l'
Afrique du Sud, sont aujourd'hui des pays par lesquels transitent le haschich et l'héroïne venant du sous-continent indien. Par ailleurs, dans les trois premiers de ces pays, l'héroïne est devenue la drogue dont le trafic est le plus répandu et qui se vend dans la rue à un prix très modique.»
Une petite partie de l'héroïne qui arrive à
Maurice, surtout de l'
Asie du Sud, est réexpédiée vers l'Afrique. Mais ce sont surtout les prises, il y a deux ans, de cocaïne et de crack qui révèlent la situation stratégique de l'île sur la route des drogues dans la région. Bien entendu,
Maurice n'est pas comparable aux plaques tournantes ouest-africaines, comme le Nigeria ou le
Cap-Vert, mais la perméabilité des côtes notamment et les bonnes dessertes régionales font du pays un point de transit idéal pour les narcotrafiquants, malgré la lutte des autorités.
Non seulement pôle de consommation et donc destination finale du narcotrafic, mais aussi point de transit,
Maurice doit relever un défi herculéen. «En 25 ans sur le terrain, je pense qu'on est en passe de perdre la guerre contre le trafic de drogues», lâche, amer, Ally Lazer. L'insécurité gagne du terrain alors que la population toxicomane augmente. Les causes en sont multiples et les réponses, peut-être, insuffisantes. Attendons voir le prochain rapport de l'Office des Nations Unies sur les drogues et le crime pour juger du nouvel état des choses En espérant ne pas être, cette année, premier du classement.
Certains facteurs explicatifs Liens Pertinents
Pour Michel Koutouzis, anthropologue et cofondateur de l'Observatoire géopolitique des drogues, le système scolaire mauricien, élitiste et laissant sur le carreau plus de 30 % de jeunes au sortir du primaire, est l'un des facteurs explicatifs de la propagation des drogues dans la population mauricienne, surtout chez les jeunes adolescents. L'échec scolaire et le désoeuvrement social qui l'accompagne, sont des terreaux fertiles à la prise de drogues. En plus de cette cause liée à l'échec scolaire, il y en a «une autre, insoluble : c'est l'échec social tout court. C'est-à-dire la ségrégation par la pauvreté qui ne peut pas avoir de solution technique, là. Bien sûr, la consommation d'héroïne continue et touche en premier chef les communautés les plus exclues», explique Michel Koutouzis, dans une entrevue accordée au magazine «Peddro» en 2001. Le taux de croissance de la population toxicomane est considérable. Elle est passée de 18 000 personnes en 2004 à 22 000 aujourd'hui, selon les estimations des travailleurs sociaux et des professionnels des centres de traitement. «Le 'brown sugar' s'est d'abord diffusé dans les faubourgs des villes, Plaine-Verte, Cité La Cure ou Roche-Bois à
Port-Louis, ou encore à Trèfle ou Plaisance à Rose-Hill, et dans les autres périphéries de Quatre-Bornes ou
Curepipe», détaille Imran Dhannoo, le directeur du Centre Dr Idrice Goomany. La pauvreté, et surtout la ségrégation sociale liée, tendent à pousser plus facilement ces populations vulnérables vers les drogues. Le chômage, la pauvreté, l'échec scolaire, la ségrégation spatiale aussi et l'inégalité des chances, sont à l'origine d'un mal qu'il est nécessaire d'attaquer tant sous le prisme de la santé, que de l'accompagnement social, scolaire et économique.