L'usage de l'ayahuasca, considérée comme une drogue en
France depuis 2005, explose depuis quelques années chez les touristes occidentaux. La
forêt amazonienne est un peu devenue ce que
Katmandou (
Népal) était pour les premiers hippies à l'aube des années 1970.
L'engouement est particulièrement net en
Amazonie péruvienne, « où une véritable filière économique s'est créée en quelques années, même s'il s'agit d'un tourisme non organisé », explique l'anthropologue et ethnologue Jean-Loup Amselle, auteur de Psychotropiques. La fièvre de l'ayahuasca en
forêt amazonienne.
Les campements se multiplient dans la jungle, à proximité de villes comme
Iquitos et
Pucallpa. Les prix varient de 50 à 150 euros la cérémonie, les réservations se font par Internet ou par téléphone.
Sur le site du centre Anaconda Cosmica (httpanacondacosmica.net), des séjours pouvant durer jusqu'à plusieurs mois sont proposés. « Dans ces lieux, la faune et la flore amazoniennes sont mises en scène, mais la proximité avec les villes permet aux touristes de bénéficier d'un confort et d'une sécurité qui les rassurent », juge M. Amselle.
Des chamans étrangers, pour la plupart originaires des
Etats-Unis, ont fondé une entreprise pour profiter de ce marché en essor. L'Américain Hamilton Souther, qui a fondé de Blue Morpho en 2002, propose des « tours chamaniques » d'une semaine pour 1 660 euros. Une affaire rentable, compte tenu de la disponibilité de la liane, qui existe en grande quantité dans la
forêt amazonienne, et des salaires relativement faibles des locaux.
Les guides touristiques, hôteliers et chauffeurs de mototaxi jouent les rabatteurs. «Des amis avec qui je voyageais au
Pérou ont eu l'idée de m'offrir un trip à l'ayahuasca pour mes 25 ans», témoigne Caroline, qui tient à garder l'anonymat. C'est son guide qui lui donne le contact du « meilleur chaman d'
Amazonie ».
Ce jour-là, ils sont dix-huit, dans le campement d'
Iquitos, à goûter au breuvage : «Le chaman a entonné des chants psychédéliques en nous tapant sur la tête. Puis j'ai commencé à vomir. C'était horrible !»
Depuis peu, l'ayahuasca s'exporte en Europe par le biais de mouvements religieux comme le Santo Daime. Mais « l'usage au titre d'objet de culte ne remet pas en question l'interdiction de sa consommation », affirme l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé.