MYANMAR •
Les manifestations pourraient reprendre fin octobre The Irrawaddy a rencontré l'un des hommes les plus recherchés par le régime militaire birman. Ce bonze dénonce la propagande et les exactions du régime. Il annonce que les manifestations pourraient bientôt reprendre de plus belle ici
"Notre peuple vit dans la pauvreté. Comment les bonzes pourraient-ils se taire devant cette réalité ? Ils se trouvent dans une situation terrible. Mais nous continuons de lutter pour le ‘dhamma' [la justice]. Nous allons bientôt reprendre nos activités, peut-être à la fin du mois d'octobre? Le dhamma l'emportera sur l'‘ah-dhamma' [l'injustice]".
U Obhasa décrit sa nouvelle vie errante, les changements de refuge, parfois quotidiens. "Cela fait des semaines que je n'ai pas dormi. Notre futur, même proche, est incertain." Obhasa explique que de nombreux bonzes sont toujours portés disparus et qu'on ignore où ils se trouvent.
Une cinquantaine de religieuses ont été arrêtées pendant la répression militaire contre la "sangha" [communauté bouddhiste] de
Rangoon, qui a commencé le 26 septembre dernier. Selon lui, les informations faisant état de viols et d'abus sexuels commis par des soldats sur des religieuses sont crédibles. "Les soldats sont très brutaux", dit-il. A
Rangoon et ailleurs, les bonzes et les pagodes restent les cibles prioritaires du régime militaire. "Quand les soldats repèrent un bonze dans la rue, ils le suivent", explique Obhasa.
Ces derniers jours, la junte a diffusé dans les médias gouvernementaux des images de haut gradés venus exprimer leur soutien aux bonzes par toutes sortes d'offrandes. Mais c'est contraints et forcés qu'ils ont du accepter ces dons des militaires, explique Obhasa. Une sangha a d'ailleurs lancé un appel national incitant les bonzes à refuser les grâces venant de militaires, de leur famille ou de leurs partisans.
Obhasa dément les informations selon lesquelles un stock d'explosifs aurait été découvert dans une pagode de
Rangoon et dénonce une manœuvre du gouvernement visant à les discréditer. Il affirme que l'attaque menée dans la nuit du 26 septembre par les forces de sécurité contre la pagode de Ngwe Kyar Yan, dans le nord d'Okkalapa, près de
Rangoon, a entraîné la mort de 8 bonzes, laissant les couloirs et les chambres de la pagode ensanglantés.
Il espère également que l'envoyé spécial des Nations unies, Ibrahim Gambari, et la communauté internationale pourront faire pression sur la junte pour trouver un terrain d'entente avec le mouvement prodémocratique. Il s'est dit déçu par les positions de la
Chine et de l'
Inde. "Ils [la
Chine et l'
Inde] ne cherchent qu'à profiter du
Myanmar. Ils devraient aider le malheureux peuple birman à combattre pour la liberté."
Selon les organisations de défense des droits de l'homme, près de 3 000 personnes ont été arrêtées à la suite des manifestations qui ont éclaté dans tout le pays. Les prisonniers seraient répartis en trois catégories : le groupe A pour les chefs du mouvement, les proches du groupe Génération 88 ou de la Ligue nationale pour la démocratie [mouvement et parti d'opposition] ; le groupe B pour ceux qui ont pris part aux manifestations et le groupe C pour ceux qui ont soutenu les manifestants.
Wai Moe