Amina... ala ka doubabou me.
ba tigi ala, fa tigi ala, den tigi ala, wari tigi ala, tché/mousso tigi ala, etc....
Bonsoir, Rythmenomade !
Merci pour ta réponse, et je m’excuse pour mon retard (les dernières 5 semaines, je n’étais pas sur ce forum). Par
me, tu parles de
mèn "écouter, entendre", non ?! Donc,
Ala ka dubabu mèn "Que Dieu exauce les bénédictions !"... Moi, je connais
Ala ka dubabu minè "Que Dieu accepte les bénédictions !". Bon, je crois que la sémantique entre les deux est plutôt minime... En tout cas, que Dieu les exauce et accepte, oui... !
Merci pour m’avoir présenté d’autres formules pour les bénédictions à faire au Tabaski ET au tournant de l‘année... Je ne le connaissais pas ; je n’ai jamais vécu le tournant de l’année au Mali mais ai plusieurs fois fêté le Tabaski, la dernière fois en 2009, et toujours au nord du Delta, dans une cour où l’on parle le fulfuldé : le
dutigi est Dogon, sa première femme aussi, originaire de Koro, sa co-épouse Peul. Le
dutigi et sa première femme maîtrisent le bambara, bien sûr (mais ne le pratiquent jamais ; leur communication se joue en dogon ou en fulfuldé), par contre, la co-épouse le fulfuldé exclusivement ; aussi les enfants, au nombre de quatre, apprennent le fulfuldé. La cour se trouve en plein milieu peul et presque tous les visiteurs (amis, voisins, clients) sont Peul. Aux écoles primaires du village, on enseigne en fulfuldé. Et même les Bozo au village ont tendance à préférer de plus en plus le fulfuldé à leur propre langue (tout sauf réjouissant !)... Encore une fois : MERCI !
Quant à l’orthographe, tu sais que tant qu’on s’occupe de langues européennes comme l’anglais, le français ou l’allemand, on est conscient du fait qu’il y a une grande différence entre "orthographe" et "transcription", entre langue écrite et langue parlée. Juste en français, et je crois, beaucoup plus qu’en allemand : en français, un certain nombre de lettres ne correspond à la retranscription d'aucun phonème. Elles ne sont pas audibles mais jouent un rôle essentiel à l’écrit car elles apportent l’indication du genre ou du nombre ; en concret, il n’y a pas de différence perceptible entre
pourri et
pourrie ou entre
frère et
frères. Pour ce qui est des verbes, on peut voir le même phénomène : le
s de
portes, portas, portais, porteras, porterais est une caractéristique de la 2e personne du singulier mais n’est jamais audible. La distinction entre le passé simple
portas et l'imparfait
portais est audible alors que la différence entre
portai et
portais n'est marquée qu'à l'écrit. De plus, certaines lettres qui apparaissent à l'écrit ne se prononcent pas à l'oral. On parle alors de lettres muettes. Elles n'ont aucune raison d’être si ce n’est l’évolution historique du mot. Nous connaissons bien le
e muet final sans qu’il n’ait comme fonction d'indiquer la forme féminine
(le foie), le
h, qui joue parfois un rôle dans les phénomènes de liaison et d'élision : le
h dit muet
(homme, histoire) et non dans le cas du
h dit aspiré
(hérisson). Les lettres muettes peuvent aussi se trouver au centre des mots :
(compte, scène), ou en finale de mot
(assez, banc, enfant, fonds, puis, poing, poids, temps, long, court, dont, petit, grand, haut, choix, vingt, cent, galop, plomb, puits, mois, mort). De plus, la transcription des phonèmes peut être transcrite par une ou plusieurs lettres, p.ex. le phonème /o/ est marqué par
o (
mot), par
au (
chaud) ou par
eau (
peau). Le
e ouvert peut être transcrit par
è (mère), e (mer), ê (crêpe), ë (Noël), ei (reine) ou encore
ai (faire). Et le phonèmes /ch/ peut être transcrit par
ch (
chanter), par
sh (
shorts), par
sc (
fascisme) et même par le trigramme
sch (
schisme). Etc. etc.
Donc, il faut bien différencier ! La transcription est à définir comme étant un niveau de représentation graphique : représentation des phones, des phonèmes, ou représentation morphophonématique. Quant à l’orthographe, elle va généralement au-delà du simple inventaire de signes correspondant chacun plus ou moins à un son, pour représenter un aspect complexe de la langue, aspect qui comprend aussi bien une composante linguistique, cognitive etc. L’orthographe crée par conséquent un écart entre la langue parlée et la langue écrite. L’orthographe est, pour paraphraser Kenneth Pike (> son ouvrage
Phonemics. A Technique for Reducing Languages to Writing), la technique par laquelle on réduit une langue à l’écriture.
Dans le contexte bambara il faut dire qu’au Mali,
le bambara possède bel et bien une orthographe officielle. Elle a été officialisée aux fins de l’alphabétisation fonctionnelle par un décret en 1967, fixant l’alphabet pour la transcription des langues nationales. Pour le préciser : en 1966, sous l’égide de l’Unesco, s’est tenue à Bamako une réunion d’experts afin d’élaborer et d’unifier les alphabets de différentes langues africaines. Suite à cette conférence, au Mali, quatre langues considérées comme langues à fonction véhiculaire, ont été dotées d’un alphabet officiel par le décret du 26 mai 1967. Ce sont : le
bambara, le fulfuldé, le sonraï et le tamasheq. En bambara, la "standardisation" de l’alphabet est complète depuis les dernières réformes suvenues au Mali concernant les voyelles ouvertes
è et
ò ainsi que les nasales palatale
ny et vélaire
ng. Et cet alphabet actuel ne comprend aucun digraphe !!! (Note : j’utilise ici ces 4 anciens graphes parce que les actuels, tous des caractères phonétiques, ne passent pas sur ce forum). Cet ensemble de règles est titré
Règles d’Orthographe des Langues Nationales (Direction Nationale de L’Alphabétisation Fonctionnelle et de la Linguistique Appliquée (DNAFLA), 1983). Enfin, il est à noter que, dans les
Règles d’Orthographe, la graphie a été fixée mais les règles sont encore insuffisantes.
Donc, pour écrire en bambara, il faut bien utiliser l’orthographe bambara. En principe, c’est tout naturel. Mais quant au bambara ou à d‘autres langues africaines, c’est purement théorique, la réalité, la pratique, a un tout autre visage juste en Afrique dite francophone. Comment peut-on juger de la facilité d’utilisation d’un système d’écriture,
si le système demeure secondaire par rapport au français, la langue coloniale ?! Le baîllon de la francophonie, m...e !!! Cet autre visage se montre p.ex. en ce que la grande majorité des Malien (ne)s savent certes parler leurs langues mais pas du tout écrire. S’ils écrivent en bambara, ils utilisent l’orthographe française. Bizarre. C’est comme si j’écris français en utilisant l’orthographe allemande : alors je n’écris pas "Je vous remercie" mais "Schö wu römärsieh".
Le "meilleur" exemple à lire partout (y compris sur ce forum) et qui illustre la relation calamiteuse entre le bambara écrit et l‘orthographe française, c’est le lexème
mousso ou aussi la formule
i ni sou (on pourrait y ajouter d’autres exemples). Dans ce contexte, Dumestre parle de "bambara sauvage" :
1. En bambara, il n’existe pas la suite vocalique o-u. C’est français mais pas du tout bambara !!! Ce qu’est /ou/ en français est /u/ en bambara. Je t‘assure que tu ne trouveras jamais /ou/ dans un texte écrit en un bambara de bonne qualité. Et en haut, tu vois, j’ai bien sûr écrit
dubabu.
2. En bambara, il n’existe pas un redoublement consonantique entre deux frontières morphologiques (!!!), c.à.d. à l’intérieur d’un morphème. Certes, il y a bien un redoublement vocalique (
baara "travail",
duuru "cinq",
miiri "pensée",
joona "bientôt",
feere "vendre") mais on n’écrit aucunement une consonne redoublée, ni /ss/ ni /rr/ ni /tt/ ni...
Je suis associé à une organisation de laquelle je reçois périodiquement les newsletters écrits en anglais, français et bambara (comme il faut). Voici un newsletter de 2010...
An balima Malidenw:
Anw ka kunnafoniw ni nafolo lasagonbaga ka waati bè a fè ka foori, o hukumu kònò kalata kura ka kan ka kè nyinan sanyèlèma nyògònye la. An ka sariya kòrò la, kunnafoniw ni nafolo lasagonbaga sukandi kalatali bè kè nyèmògò ni nyèmògò danka kalataw san sanyèlèmaw la. Kumamasurunya bolo ma, sariya ka fòta ye nin ye:
Sanyèlèma nyògònyew senfè, nyèmògò jòyòrò fèn o fèn mana lankolonya ka kan ka lafa. Mògò minnu bè jòyòrò nòfè b’i kan bò ni nganiya jira kuma ye min bè jènsèn an ka kibarusèbèn laban kònò sanyèlèma nyògònye nyèkòrò.
I n’a fò kibarusèbèn bòli tèna masòrò nyògònye nyèkòrò, a tun ka di an ye minnu bè jòyòrò nòfè b’i kan bò an ka jòba kan.
An ka sisan kunnafoniw ni nafolo lasagonbaga, [L.A.] ye baara kè dan tè min na, ale bè se ka don kalata in na tuguni.
An tun jigi bè a la ko an tògòla jòba tun bè sigi sen kan sani kalata kura cè, nka an ka jòbatigi bolo degunna laban in na, min na, a bèna wajibiya an ma tòndenw ka u kan lase an ma i n’a fò kalata tèmènen kèra cogo min na. Ni a bè bèn aw ma, an tun b’a fè bèè k’i ka kalata kunnafoni ci mògò kelen ma nyinan. Kunnafoni minnu bè tali kè kalata in kan bèna ci bèè ma jòba kan minnu bè jòyòrò in nòfè mana u kan bò tuma min nganiya jira kuma ye jòba kan.
Nin ye wele ye min bilalen don bèè ma, min b’a fè k’i kan bò. Fèn o fèn bè jòyòrò in nòfè, i k’i nganiya jira kuma bila an ka jòba kan ka bèn nowanburu kalo tile 5 ma.
Kasimu
Si tu veux, jette un coup d’oeil sur la version bambara de la
Déclaration des Droits de l’Homme :
Hadamaden josiraw dantigèkan, 1948
(à mon avis, il y a au moins une faute dedans). Si tu trouves dans ces deux textes un /ou/, une consonne redoublée (à l’intérieur d’un morphème), un /é/ ou un /tch/, je te donne 1.000 euros. La
Déclaration, le newsletter de Kassim et – si tu veux de plus –
Masadennin (Le petit Prince, en bambara) sont écrits
en orthographe bambara (comme il faut !!!).
En résumé, "femme" veut dire en bambara
muso, composé de phonèmes /m/, /u/, /s/ et /o/ mais pas du tout
mousso. Et en ce qui est
i ni sou, bien sûr, il y a le mot
sou en français, mais "Bonne nuit !" veut dire en bambara
i ni su. Rien d’autre.
Le bambara n’a pas besoin de l’orthographe française, il a une propre... Voilà !!!
Je me souviens d’un dialogue en privé, super amusant, avec une jeune Française sur ce forum. Même sujet. Je l’ai demandée pourquoi elle écrivait
furu "mariage" avec deux
r (elle voulait se marier avec un Malien). Elle : "Parce que j’éntends 2
r." Moi : "Ah bon, 2
r, donc vous écrivez
wari avec deux
r également." Elle : "Non, avec 1
r, j’entends 1 seul
r dans
wari." En tout cas, cette femme a des oreilles sensationnelles. Comparé à elle, un lynx est sourd... Moi : "Ah, vous écrivez exclusivement ce que vous entendez, non ?!" Elle : "Oui, en malien (sic !) et en français !" Après, je l’ai demandée pourquoi elle écrivait "Salut (Hery) !" sans entendre le
t. Mais elle n’a pas répondu... J’espère pourtant qu’elle et son darling malien forment un couple heureux, avec 1
r ou avec 2, c’est égal...
J’espère que l’année nouvelle a bien commencé pour toi...
Ko n bè somògòw fo !
VIVE LE BAMBARA !!! Traitons avec toute dignité cette magnifique langue et aussi le bozo, le maninka, le sonraï, le fulfuldé et toute langue parlée au Mali !!!
hgb (qui aime tant le bambara)