Bonjour,
Un petit extrait de mon carnet de randonnées aux
Cap Vert...
Rando Blues aux îles du Cap VertLe voyage de randonnées aux îles du
Cap Vert, c'est un voyage de rencontre où la musique et la danse ont une place essentielle.
Sur l'île de
Santo Antao, dans une nature volcanique, tourmentée et impressionnante, les montagnes noires et ocres, balayées par les alizés, sous un climat sahélien, quasi désertique, se déchirent en «ribeiras», profondes vallées où la moindre goutte d'eau recueillie est canalisée pour faire jaillir bananier, canne à sucre, igname et cocotier d'une mosaïque de terrasses ; oasis dans le désert, encerclé par le bleu de l'océan.
Néné, en jouant une Morna pleine d'émotions, nous raconte ses 6 enfants partis en Europe. Aïda qu'il n'a pas revue depuis 5 ans vit à
Amsterdam, et José à
Lisbonne lui envoie régulièrement un peu d'argent. «Saudade», une nostalgie, un sentiment dans la Morna qui exprime bien le vécu du capverdien : le désir de rester et la nécessité de partir.
L'ingratitude des îles, c'est un cruel manque d'eau. Quand Néné plante les grains de maïs sur les flancs des montagnes, ils germent, poussent avec les premières pluies de la mousson... les nuages passent, passent, ne s'arrêtent plus et les jours passent....sans une goutte d'eau.
La sécheresse s'installe et la récolte est compromise. Chaque année la même incertitude ; «Saudade, saudade...».
Néné espère un mandat de José et travaille pour le gouvernement à réparer les canaux et les chemins, à construire des barrages de rétention d'eau, ou à planter des milliers d'acacias sur les montagnes. Néné, avec des villageois, participe aux projets de lutte contre la désertification mis en place depuis l'indépendance en 1975 et qui sont financés par l'aide internationale. Néné a connu le temps ou les îliens, pour fuir les famines, s'engageaient pour le travail forcé dans les grandes plantations de café et de cacao de São Tomé. «Saudade, saudade...».
Le violon et les guitares se font plus rapides, le son devient joyeux, chaloupé, les regards se croisent et la danse entraîne les couples dans un collé-serré chavirant.
Tout le village est là : les anciens, les jeunes et les enfants rentrent dans le cercle de l'imaginaire capverdien, la musique et la danse. Liberté et refuge... les corps enlacés dans la sueur de la danse ; au rythme langoureux de la Coladeira ou déchaîné d'une Funana. Et les êtres oublient l'âpreté de la vie, se perdent dans l'autre et retrouvent l'humain, l'amour.
La «poncha » aidant, mes compagnons de voyage entrent dans la danse.
Les images de marche et les rencontres de la journée défilent : les recoins magiques de la vallée de Ribeira Alta, les hameaux aux toits de chaume, les terrasses de canne à sucre, l'infini océan bercé par l'alizé et les cimes déchiquetées s'élèvent dans le bleu de la nuit.
L'ivresse de la marche et de la danse sur les chemins créoles, Françoise la « ch'timi », Pierre, Josette la lyonnaise et bien d'autres voyageurs, l'ont découverte aux îles du
Cap Vert.
Muito obrigado et à bientôt Senhor Néné.
Yann Delord