Bonjour à tous (et toutes), rejoignons ce siècle un instant
Il faudra bientôt voter.. dans une semaine ! quelle galère ! comment classer des photos si disparates, comment faire le "bon choix", Mesdames, Messieurs ?...
Posons-nous quelques instants et tentons tout d'abord d'évacuer de nos synapses ce trop-plein de couleurs, de formes, d'arabesques et de scènes entremêlées. Oublions ces signaux de contact, laissons un peu de place au vide, quelques instants et n'ayons pas peur, il sera vite comblé, remplacé par de nouvelles formes, objets, visions, dès la prochaine respiration. Nous n'éprouverons même pas de manque.
WORLD STREET ART : l'art urbain.. il nous a été demandé de produire une image de ce world street art.. la
meilleure image possible.. puisqu'il s'agit d'un
concours.
Mais voilà une importante précision : "ces photos devront nous étonner,
traduire une incitation au voyage »...- pour ce qui est de l'étonnement, chacun est juge et maitre de sa propre sensibilité
- pour ce qui est d'inciter au voyage, comment faut-il le prendre ? stricto-sensu ou plus légèrement, de manière figurative ou au second degré ?
Observons les présentations des concurrents, par ordre alpha ou presque :
la photo de catherinegil-2 nous présente un galion, un vaisseau volant, mais aussi deux poubelles, qui sont là bien exactement prêtes à recevoir ces deux embarcations, si l'air ou l'eau viennent à manquer.. on croit distinguer la forteresse d'une île, château d'If oubien ile mystérieuse ?.. quel voyage proche ou lointain, réussi ou capoté nous suggère cette photo ? une île, prison !.. pour une autre évasion ?
ma propre photo - 2 n'est pas plus claire : le Tigh Neachtain's Galway's best traditional irish bar nous propose une halte, une pause pour un voyage.. qui semble bien imbibé d'alcool !
est-ce un bon ou un mauvais trip ? la harangue du bar dit "Embracing The Arts.
We are big advocates for arts and music and we live to celebrate the wonderful offerings from some of the best home grown talent there is !".. ambitieux (trop ?) programme ! est-ce suffisant d'ailleurs pour donner envie d'aller se mouiller à Galway ? Les sourires tranquilles des irlandais sous leurs parapluies ou raincoats ne sont séduisants que parce qu’ils sont nonchalamment esquissés. Se mouiller la bouche de bière, oui, mais pas les pieds dans l’eau claire. Il y en a suffisamment qui vient du ciel. Sous les flocs, évitons les flaques !
fabricia - 1 nous présente un monde merveilleux, dans lequel les dinosaures vaquent paisiblement à leur broutage incessant.. retrouverons-nous seuls le chemin de ces forêts luxuriantes, qui ont sans doute peuplé notre imagination d'enfant ? oubien devrons-nous constater qu'agent orange, cultures de palmiers à huile ou insectes plus malins que nous ont déjà réduit ces forêts primitives ?.. pourtant, ce pays d'antan nous attire, il est paisible et nous surprend. On ne s'y rend pas, on en rêve, au chaud sous la couette, comme on rêve de la rave-party de gizmo64-2, qui pourrait se dérouler sur Mars, Saturne ou Ibiza.
On n'a pas besoin d'y aller, on y est, par une fumeuse envie d'ailleurs.
jemaflor - 2 nous propose une ballade en traineau d'esquimau.. au soleil couchant et ce n'est qu'en restant quelques minutes sur cette image mordorée, embrasée, qu'on commence à ressentir la température glaciale qu'il doit faire dans cette contrée du grand Nord, entre 16h et midi le lendemain.. brrrrr.. irons-nous, boussole en main, affronter le blizzard plus de quelques heures ? le ciel est bleu, l'horizon tout rouge, mais la météo précaire.
le camion-poubelle itinérant de portobelo-1 nous incite t'il au voyage ? sans doute, mais un voyage brinquebalant, dans un teuf teuf à 25 km/h. Sa seconde photo - 2 nous invite à voyager avec plus de confort, mais les transhumances en auto sont fatigantes et toutes les deux heures, la pause s'imposera. le macdo goutera. ici l'autoroute est espace de voyage, il est vrai qu'elles sont presque partout dans le monde désormais, elles le nervurent, toutes presque identiques. un voyage tout en rond. dans le ron-ron des moteurs.. pour des marionnettes, comme d'ailleurs celles de xrctn - 3, marins en marinières, seul accueil sur le quai pour un bateau déjà lointain. faux départ. départ reporté.
ragamuffin - 1 nous propose une plongée sous-marine, version dents de la mer.. on peut croire d'entrée de jeu que l'enfant à terre ne pourra sauver le nageur déjà figé. la mer est immense, froide et meurtrière. ragamuffin dit vrai, il annonce la couleur. on voyagera en connaissance des risques encourus.
rawe - 1 nous parle de la femme, de toutes celles qui nous aveuglent et qui s'ébrouent au sortir de l'eau, comme des chiennes qui frétillent et se frottent en meutes, resplendissantes et heureuses, à l'énergie sans borne.. elles ont le sourire de celles qui se donneront tard ce soir, pour une poignée de pièces, puis dormiront comme des pierres et seront les premières levées pour faire passer le café odorant. ces femmes croquées sur toute la planète par Titouan Lamazou.
Où donc est cachée la plus belle photo, non pas celle qui reproduit le plus beau mural, mais celle qui nous donne envie de voyager ? Car toutes les autres (belles ou même très belles) photos de murals de ce concours ne nous transportent pas, elles nous montrent seulement : scène de vie, de rue, paysage, objets, animaux, oiseaux, constructions. Le Williamsburg bridge d’ambre216 – 1 est là fort judicieusement pour nous rappeler que la grande majorité des voyages est sévèrement guidée, balisée et qu’allers et retours se font dans des couloirs séparés. Il ne faudrait pas que les uns, sur le chemin du retour, disent aux seconds, en partance, que la destination est décevante. Les bourreaux et garde-chiourmes d’Auschwitz prenaient bien garde à cela et d’ailleurs, ceux des zonderncommandos qui osaient souffler subrepticement aux arrivants déboussolés « prenez la file de gauche... » étaient le plus souvent incompris.
À remettre vingt fois sur le métier mon ouvrage d’observation visuelle, je constate que gizmo64 1 – 2 et 3 prend un certaine avance, dans l’observation.. du sujet... et la poésie. Avance sur les autres compétiteurs autant que subtile philosophie ambulatoire. Sortons la tête, respirons, quittons les miasmes du quotidien, quittons notre chapeau-melon et mettons des couleurs dans nos cerveaux. Gizmo a ma préférence au bout du compte.. au bout du quai.
Regardons de plus près cette petite enfant noire agenouillée près de sa trottinette, véhicule idéal pour passer de notre galaxie à une autre, qui n’use que notre souffle et nos jambes, associons nos regards au sien, qui se mêle aux deux visages peints, animés de tranquille fixité. Voyageons avec ces yeux d’enfant, où qu’on soit, même en banlieue souvent grise, et parfois inondée de soleil.
L’art, au fond, est contestataire, et au début aussi. Georges Pompidou.
Et pardon si j’ai oublié quelque belle suggestion visuelle, dans ma promenade panoramique.