impressions pakistanaise et auberge rouge.
Difficiles à résumer... Il y en a tant de différentes et contradictoires...
D’abord on peut dire qu il y a trois Pakistan: Celui des montagnes: Gilgit, Chitral, Hunza...
Celui de la NWFP : Peshawr Rawalpindi, les pachtounes, bref l’
Inde de Kipling...
Et enfin celui de l’
Inde musulmane: Lahore, Multan, Karachi, le Penjab...On pourrait y rajouter un quatrième : Islamabad, qui aux dires des pakistanis, est à 15 kms du...Pakistan !
Ce qui frappe d’abord c’est l’accueil et la gentillesse des gens...
Et puis souvent on a l’impression de faire un voyage dans le temps et dans l’Empire des Indes britanniques : l’armée, les sultans, les escortes militaires, les innombrables tasses de thés avec les autorités... les énormes registres où parfois on trouve des noms tels que Mountbatten, Churchill, Jinnah, Montgommery...
Aussi les gares: à Lahore, la gare ressemble à un mélange de St Pancras Station avec la gare d’Harry Potter...
Mais il n'y a pas que ce côté carte postale rétro: il y a la misère grandissante, l’enfermement des riches dans des guettos sécurisés, la corruption et la féodalisation grandissante. Les assassinats et les petits attentats journaliers dont on ne parle pas, les target killings et parfois les assassinats de personnalités comme hier, le gouverneur du Penjab.
Il y a la religion omni-présente, les femmes omni-absentes.
Pour tenter de survivre dans ce monde très dur, le pakistanais devient de plus en plus égoïste et arrogant.
Car ici ce n’est pas facile tous les jours: les pénuries, les coupures de gaz, d’éléctricité, pas de chauffage ni d’eau chaude, les restrictions d’essence et les check-posts de la police et de l’armée qui rendent certains déplacement difficilles, par exemple dans l’enclave diplomatique qui est un véritable bunker...
Sinon les paysages sont vraiment grandioses et les voyages super-intéressants, même si c’est souvent très fatiguant et parfois pas marrant, souvent je me retrouve à 20 h au lit.
Sans éléctricité le soir, que faire...? De plus y a rien à faire tout à été fermé: les cinémas, les centres culturels, les cercles étrangers etc...Et le peu qui reste ferme au soleil couchant.
Les trains sont bourrés comme en
Inde (un peu moins quand même) et les bus de Peshawar et de certaines villes font penser à l’
Inde mais il paraît qu’en
Inde les bus sont on ne peut plus standard et qu'il n'y a qu'au Pakistan qu’on trouve ce genre de bus super-décorés... au point même que je me demande parfois comment le chauffeur voit-il encore la route ???
La grosse différence avec l’
Inde, c’est qu’ici il y a très peu de touristes et il est vrai aussi que parfois certaines aventures avec la police, l’armée et les Talibs (ou pseudo-Talibs) sont à la limite du glauque...
Par contre les pakistanis ont une vision romantique de l’
Inde, beaucoup plus que les occidentaux: presque aucun pakistani n’est jamais allé en
Inde et ils n'en ont que la vision d’avant 47 conjuguée à celle de Bollywood... Pour eux l’
Inde est toujours celle des Maharajas et du British Raj : pauvre et sous-développée. Par contre l’
Inde politique leur est très bien connue et est leur ennemie...
Il est vrai aussi qu'une bonne partie des problèmes actuels du pays remontent à la partition en 47 et à la résolution de Lahore en 40 et surtout par ce que Jinnah à refusé en bloc l’United Hindusthan...
Je pourrais continuer, je devrais continuer, mais j'ai trop froid que pour bien me concentrer...
L’Auberge Rouge pakisanaise.
Souvenez-vous du film
l’Auberge Rouge avec Fernandel : dans les années 1830, au sommet des Alpes, sur la route d’
Italie, un couple d’aubergistes infernaux détroussait les voyageurs descendus dans leur auberge, les assasinaient, les découpaient en morceaux et...les seravient en repas à leur clientèle. Histoire vraie...
Et bien, Ayubia et khanaspur, c’est un peu, toute proprtions gardées, la vallée infernale de la NWFP (North-West Frontier Province) ; l’Auberge Rouge locale, si on peut dire...
Ecoutez l’histoire d’un voyageur arrivant, par un soir de tempête de neige, dans un petit village au milieu d’une épaisse forêt remplie de singes et de tigres...
Le bus venant d’Abbottabad le dépose au lieu-dit Kosagali, vers 4 h de l’après-midi, sous un ciel lourd de menaces...
Le voyageur s’en va à pied, objectif Kanaspur ; L’auberge de jeunesse de Kanaspur, à 4 kms de là.
Avant d’aller plus loin, il faut préciser que Kanaspur est la plus ancienne auberge de jeunesse du Pakistan, inaugurée en 1951 par Lord Mounbatten dans une ancienne résidence gouvernementale qui à servi audit Lord de lieu
secret de tractations avec Jinnah et Nerhu lors des pourparlers de 46-47.
De Kosagali à Ayubia, 2 kms ; d’Ayubia à Kosagali encore deux autres kms...
Le temps devenant de plus en plus incertain, le voyageur demande des renseignements à Ayubia...mal lui en pris...il est reperé...
Les deux derniers kms, il les parcours dans la pénombre, en compagnie d’un jeune garçon du coin... sympa.
Arrivés au bout de la route, apparaît enfin ne bâtiment de l’auberge de jeunesse, plongée sous une épaisse couche de neige.
Le gardien, qui pourtant avait été prévu le matin de l’arrivée du voyageur n’était évidemment pas sur place...
C’est alors que le garçon propose au voyageur de venir dans sa chaumière...mais le repas à déja été servi et il y a déjà plus de 10 personnes dans l’unique pièce à se partager deux matelas...
On se met donc en quête de trouver une auberge ouverte...Le village ne comporte qu’une unique rue...en temps normal cela ne doit pas poser de problèmes, mais en pleine tempête de neige, dans le noir et entouré de loups, de singes et de tigres affamés...pas si façile.
Premièrement on entre au
Islamabad café , un boui-boui où il n’y a plus rien à manger...mais où les gens sont très chaleureux. Il me mettent en garde contre les gens de la vallée qu’ils trouvent mauvais...je n’y prends pas garde évidemment.
Plus loin, on trouve une cuisine ouverte, on s’installe autour du feu. Ambiance fausse. On mange des légumes et un pain, une tasse de thé. Les hommes parlent beaucoup, de religion, surtout...trop...Il sont suspicieux sur ce voyageur solitaire, qui arrive le soir, dans la tempête, et surtout qui n’est pas musulman...finalement ils disent qu il y a une chambre libre. Trop cher : il profitent de la situaton.Ils demandent 1200 roupies pour une chambre qui n’en vaut pas 100 et 100 roupies pour un repas qui en vaut 30...Je refuse ; le garçon tente de leur faire comprendre qu’ils ne doivent pas profiter de la situation et que c’est un devoir de l’Islam que de porter assistance aux personnes égarées...Surprise, un vieux bonhomme répond que cela ne s’applique pas aux Chrétiens et...nous met à la porte, dans la tempête.
Le garçon me dit d’attendre car il va aller voir son père et trouver une solution...
La tempete fait rage, il y a des éclairs maintenant...et comme je n’ai pas de feu, les cris des loups se rappochent... N’ayant plus de notion du temps, je pense que le jeune type s’est enfui lui aussi et ne veut pas m’aider... (plus tard, j’apprendrai qu’il s’est écoulé 10 minutes seulement.)
Pris de panique, je cours sur la route et je crie...une porte s’ouvre. Quelqu’un sort. Je lui explique la situation...Son anglais n’est pas bon mais il comprend qu’il y a un problème...Il m’emène de l’autre côté de la rue, dans une salle de restaurant ou il y a trois Penjabis en train de manger à la lueur d’une lampe à gaz. Nouvelle explication ; ils me disent de ne pas m’en faire : l’hôtel appartient à un de leurs amis de Lahore et je peux passer la nuit là (sans payer) avant de décider si je veux rester dans la vallée ou rentrer à Islamabad avec eux. Ce sont de riches Penjabis de Lahore venus voir la tempête de neige...
Nuit froide...Sans chauffage, ni éclairage...
Au petit matin ils s’en vont vers Islamabad, je descend vers Khanaspur...je veux le voir ce fameux hostel...
Chemin faisant, je rencontre un des types de l’
Islamabad Café...Je lui explique la situation...Il est au courant, il me dit qu il est sorti vers 10h du soir pour me chercher, mais qu’il a dû y renoncer car la tempête était trop violente...
On chemine ensemble, il est gardien dans un hotel fermé pour l’hiver...Il me propose, si il ne m’est pas possible de dormir à l’auberge, de passer la nuit chez lui...
Visite de l’hostel....Il ressamble à un cottage anglais abandonné...on entre. Pas d’eau, pas d’éléctricité et surtout tout est ensevli sous 50 cm de neige qui ne fondra qu’en mars...
On remonte vers Ayubia...Je dormirai chez Sohail : chez lui non plus, pas d’eau, pas d’éléctricité, mais au moins, m’imaginais-je, les hôtels et les restos ne sont pas loin... Erreur...Pas de nouriture disponible...Des bisquits, quelques naans et un petit fond de potée aux légumes...Il y a bien un hôtel en face qui a tout, mais ils refusent de servir si on ne prend pas une chambre...
L’après midi se passe...Décor fabuleux de carte postale, mais l’envers c’est...l’Auberge Rouge.
Le soir, on ne trouve rien à manger...Sohail me dit qu il reçoit des messages, lui disant de prendre garde à l’étranger et de ne pas l’héberger...
Lui aussi me dit que certains habitant de la vallée, les natifs, sont mauvais vis à vis des étrangers et qu’ils ne voient que le profit...et de fait, cette vallée sert de cour de récréation aux nantis d’Islamabad et de Lahore, pour qui 1000 roupies de plus ou de moins ne font pas la différence...
Sohail est un garçon de 19 ans qui à des problèmes avec sa famille : ses parents ont divorcés et se sont remariés, et comme souvent en Islam, ils ont chassés les enfants du premier marriage... C’est un garçon intelligent et serviable. Il aimerait quitter la vallée.
Nuit sans histoire, sans manger. (Sohail à bien tenté de faire des chapatis, mais le résultat n’étant pas...mangeable on s’est contenté de thé et de noisettes...)
Le matin, départ pour le carrefour à deux kms de là, dans un paysage féérique, puis bus pour Murrée et Islamabad...
Vallée maudite ??? qui sait...en tout cas il y plane une drôle d’ombre...
Le fantôme de Mountbatten et la malédiction de la Partition semblent avoir pris possession de cet endroit...
L’
Inde et le Kashemir divisé sont tout proches : Shimla, l’ancienne capitale d’été du Raj, symbole de l’échec des négociations entre Nerhu et Jinnah, est juste de l’autre coté de la montagne, côté indien...
Vallée maudite encore, digne d’un film d’épouvante, tous les ingrédients y sont : ail au dessus des fenêtres et des portes des maisons, gris gris en abondance, loups et tigres, méfiance et préjugés...
Voilà bien une aventure digne d’une nouvelle de Kipling et de la NWFP...Pourtant cela c’est passé dans la nuit du 14 au 15 janvier 2011...