Musicien, moine, peintre : les métamorphoses de Jamie Muir
James David "Jamie" Muir, batteur et percussionniste de talent, membre à court terme de King Crimson, qui a renoncé au monde de la musique pop et du show-biz pour se retirer dans un monastère bouddhiste en Écosse, avant de se consacrer presque entièrement à la peinture, est décédé l'année dernière à l'âge de 81 ans. Ses œuvres d'art ont récemment été présentées dans le cadre de deux expositions en Cornouailles et à Londres...
Né à
Édimbourg (
Écosse) en 1942, Jamie Muir fréquente le College of Art là-bas dans les années 60. Très tôt, il est intrigué par le jazz.
Installé ensuite à
Londres, Jamie Muir joue du jazz au trombone, avant de se tourner vers les percussions. Sous l’influence de batteurs américains comme Tony Williams, Kenny Clarke, et Milford Graves, et d’autres musiciens tels que Pharoah Sanders et Albert Ayler, il préfère s’en remettre à la
free music, autrement dit, à la pratique de l’improvisation. C’est à cette époque qu’il commence à rassembler un arsenal d’objets ménagers qu’il utilise plus tard avec sa batterie standard : des hochets, sifflets, klaxons, carillons, cloches, gongs, feuilles de métal, shakers, tambours et bouteilles en plastique.
Après une courte participation à un groupe multi-media, Jamie Muir travaille avec le choréographe Lindsay Kemp (comme aussi David Bowie), joue de la musique dans l’éphémère groupe de jazz-rock Sunship (avec le guitariste Allan Holdsworth, ex-Soft Machine), et s’implique alors dans l'ensemble dit The Music Improvisation Society, avec Derek Bailey, Hugh Davies et Evan Parker durant les années 1968-71. The Music Improvisation Society enregistre en 1971 un disque pour le label ECM (jamais réédité en CD, sauf au
Japon), et un disque posthume
(1968-71). Ces deux albums ont gagné une certaine réputation auprès des séides des musiques expérimentales et improvisées. Après cette expérience, Muir joue dans le groupe Pete Brown’s Battered Ornaments puis dans le groupe Boris avec Jamie Peters, Don Weller et l’ex-Colosseum Jim Roache et rejoint pour un temps Assagaï, une formation afro-rock comprenant des musiciens sud-africains et nigériens issus du groupe légendaire sud-africain Blue Notes (dont le batteur Louis Moholo, le saxophoniste Dudu Pukwana et le trompettiste/flûtiste Mongezi Feza).
Durant l’été 1972, Robert Fripp, leader et guitariste de King Crimson, à qui un journaliste du Melody Maker a suggéré de rencontrer ce percussionniste issu de la scène improvisée marginale anglaise, invite ainsi Jamie Muir à faire partie de la nouvelle formation de King Crimson qu'il est en train de monter : Robert Fripp (guitare, mellotron), David Cross (violon), John Wetton (basse), Bill Bruford (batterie) et Jamie Muir (percussions). «
King Crimson was the ideal for me because it was a rock band that had more than three brain cells. I was very much more an instrumental style of musician rather than being song-based and there weren’t many other bands that I would have been any good in. I was extremely pleased and I felt completely at home with Crimson. » Constitué, le nouveau groupe se rode sur scène de début octobre à la mi-décembre 1972 (voir les albums live de l'année 1972 dans la discographie en bas de message), avant d’enregistrer, début 1973, l’album
Larks’ Tongues in Aspic. Un album grandiose, un des meilleurs du groupe, un des meilleurs des années 70.
Néanmoins, après un concert au Marquee Club à
Londres, Jamie Muir quitte non seulement le groupe, mais aussi le monde de la musique, avec effet immédiat. Au cours des six mois que Muir passe au sein de King Crimson, sa présence bouleverse complètement la philosophie du groupe, assouplissant les règles notoirement strictes imposées par Fripp et repoussant les limites de l'improvisation. Et le mérite de Jamie Muir, bien à écouter sur l'album
Larks' Tongues in Aspic, est d'avoir introduit une touche d'anarchie dans la musique de Robert Fripp, habituellement si compacte, rationnelle et minutieusement structurée.
Muir retourne en
Écosse, au monastère de Samye Ling, près d'Eskdalemuir, dans le Dumfries-et-Galloway (au sud), pour y passer plusieurs années en tant que moine bouddhiste, les plaisirs de son ancienne vie ayant cédé la place à la retraite et à la méditation.
Muir revient à
Londres et à la musique dans les années 1980, jouant et enregistrant avec Derek Bailey et Evan Parker de la Music Improvisation Company, ainsi qu’avec Michael Giles, ancien membre de King Crimson également, sur la bande originale du film indépendant britannique
Ghost Dance (1983).
En 1990, Muir laisse toutefois la musique derrière lui et se consacre de plus en plus à la peinture, discipline qu’il conserve jusqu’à sa mort. Ses dernières années, il se met à explorer l'art numérique comme un autre moyen d'expression.
Ces derniers temps, il vit à Penzance, en
Cornouailles, où il s'éteint en février 2025.
Hery
Discographie :
A. Jamie Muir avec King Crimson :
• Larks’ Tongues In Aspic (1973)
• Larks’ Tongues In Aspic (The Complete Recordings) (2023, 4 cds)
• Cosmic Muir (1998,
Japan, unofficial release)
• The Beat Club
Bremen 1972 (1999)
• Live at the Zoom Club
Frankfurt,
Germany (October 13, 1972) (2002, 2 cds)
• Live in Guildford (November 13, 1972) (2003)
• Live in Newcastle (December 8, 1972) (2019, mono)
B. Jamie Muir et autres projets :
• The Music Improvisation Company : The Music Improvisation Company (1970)
• The Music Improvisation Company : 1968-1971 (1976)
• Derek Bailey / Jamie Muir : Dart Drug (1981)
• Michael Giles / Jamie Muir / David Cunningham : Ghost Dance (1996)
• Evan Parker / Jamie Muir / Paul Rodgers : The Ayes Have It (2001)
Liens :
www.jamiemuirart.com/
(King Crimson : "Larks' Tongues in Aspic")
(Michael Giles, Jamie Muir, David Cunningham)
Le musicien
Le peintre
Le groupe (d.g.à.d. : Muir Fripp Cross Bruford)