Jour 28, 17 aout : Tiwanaku, la cité mystérieuse
Aujourd’hui, place à l’histoire! Un bus nous récupère au pied de l’hôtel. Nous partons pour les ruines de
Tiwanaku (ou Tiahuanaco), situées à 70 km de
La Paz. Le trajet, entre les festivités du quartier d’El Alto et les vues magnifiques sur la cordillère des Andes, passe à une vitesse folle.
Nous arrivons sur le site. Inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, ces ruines ne laissent pas ses visiteurs indifférents: certains, comme nous, tombent sous le charme de son mystère, d’autres n’y voient qu’un tas de pierres dépareillées.
Et je peux comprendre cette seconde réaction, car le site de
Tiwanaku en a vu de toutes les couleurs... Située dans l’Altiplano bolivien, la cité de
Tiwanaku semble perdue au beau milieu d’une plaine désertique, balayée par les vents... Rude...

Et l'Histoire a dispersé ses principaux trésors aux 4 coins du globe. L’or fut pillé par les espagnols ; des pierres et poteries furent brisées par des fanatiques religieux, qui les considéraient comme des idoles païennes. Certaines œuvres partirent dans les musées d’Europe. D’autres furent détruites par mégarde par les paysans qui travaillaient la terre. L’Église conserva quelques statues dont certaines furent vendues comme curiosités. Les plus gros blocs de pierre servirent à construire des édifices coloniaux et les villages avoisinants ou à stabiliser le terre-plein d’une ligne ferroviaire qui passe au-dessus du site. Ces ruines ont tellement été pillées que les informations qu’elles pouvaient livrer sur leurs bâtisseurs sont perdues à jamais. Heureusement, de récentes trouvailles ont été laissées sur le site ou sont exposées dans le musée adjacent.

A mesure que l’on visite ce site millénaire, une ambiance particulière se fait sentir : la richesse du passé et les énigmes qui l’entourent sont palpables. En effet, pour certains,
Tiwanaku aurait été créée par des extraterrestres. Pour d’autres, cette cité serait la ville la plus ancienne au monde...
A l’époque précolombienne, l’Altiplano qui entoure le
lac Titicaca a été le siège de l'histoire, de la culture et de l’évolution des civilisation andines. Les populations qui se développèrent près du lac apprirent à dominer et transformer le milieu naturel hostile de la région. Ses habitants savaient traiter les métaux, avaient d’excellentes connaissances en mathématiques, en astronomie et maîtrisaient parfaitement l’ingénierie hydraulique et l’agronomie. Mais les paysans de la région à l’époque étaient unanimes : ce ne sont pas eux qui l’ont construite,
Tiwanaku existait déjà depuis longtemps et ils ne l’ont jamais vue habitée...
La civilisation de
Tiwanaku, antérieure à la période Inca, daterait de 1500 avant J.C. A son apogée,
Tiwanaku (ou Tiahuanaco) comprenait plus de 20 000 habitants et s’étendait sur environ 2,6 km2, bien au-delà du
lac Titicaca. Mais aux environs de 1200 après JC, l'empire
Tiwanaku a subitement disparu. Crise interne, changement climatique ayant engendré des périodes de famine, guerre contre une autre civilisation ? Les archéologues et historiens travaillent toujours pour connaitre les raisons de leur brutale disparition.
Le site constitue la plus grande réalisation architecturale mégalithique de l’
Amérique du Sud pré inca et aurait été un grand centre cérémoniel. Il est divisé en plusieurs parties distinctes. A l’ouest de la partie principale, Putuni (El Palacio de los Sarcofagos) est en cours de fouilles. Derrière la double rangée de murs, les archéologues auraient découvert les fondations de maisons.
La pyramide, qui n’a pas fini également d’être l’objet de recherche, surplombe la cité.
Kalasasaya est le nom du temple principal du site. Il mesure 126 sur 117 mètres.
Le grand mur de ce temple, de 3 mètres de haut, constitué d’énormes blocs de grès rouge et d’andésite (roche volcanique), est impressionnant. Ces blocs sont parfaitement ajustés, les angles sont incroyablement droits et les pierres sont totalement lisses. Ainsi, la taille des pierres et leur ajustement si parfait sont autant d’énigmes pour les spécialistes...et les touristes...
Dans des entailles creusées dans la roche, était coulé du bronze qui, en durcissant, soudait les blocs entre eux.
Sur le temple, on peut admirer plusieurs monolithes, comme El Fraile (le prêtre) ou le très célèbre monolithe de ponce (l’oreille cassée pour les connaisseurs

). Aux différents solstices, le temple accueille encore des cérémonies qui se déroulent sur le site.
A l’angle du temple Kalasasaya, nous arrivons devant la célèbre porte de
Tiwanaku. La porte du Soleil 4 mètres de large et 3 mètres de haut. Taillée dans un seul bloc de roche volcanique (l'andésite), cette porte était, pour certains, utilisée pour des offrandes au soleil. Pour les chercheurs Européens, cette pierrereprésenterait un calendrier dont les 52 semaines seraient gravées sur le sommet. Sur la partie supérieure, le personnage sculpté est probablement le dieu soleil Viracocha.Il tient dans chacune de ses mains à 4 doigts un sceptre à tête d’oiseau. 32 hommes soleils et 16 hommes condors entourent ce dieu soleil.
Tout le monde est toutefois d’accord sur le fait que cette porte était à l’origine recouverte d’or. Connue du grand public, entre autres grâce à Tintin, cette porte est fracturée à plusieurs endroits. Les colons, trop gourmands, ont tenté de s’emparer de cette construction... et ont changé d’avis en cours de route : son poids est évalué à 10 tonnes. Mais, pour que leurs efforts ne soient pas vains, ils ont tout de même pris les plus belles pièces. On ne peut aujourd’hui que deviner les portes à charnières, sans doute en or, qui se trouvaient sur sa face arrière.
Par ailleurs, l’analyse pétrographique des blocs de la porte (et des édifices de
Tiwanaku) a révélé l’utilisation des matériaux suivants : tuf volcanique, calcaire, grès rouge, basalte, andésite. Or aucune des carrières qui surplombent le
lac Titicaca ne présente les caractères correspondant à ces types de pierres. Il faut s’éloigner à 70 ou à 300 kilomètres pour trouver les gisements qui auraient pu alimenter l’édification des ensembles de Tiahuanaco... Sans la roue, sans la métallurgie du fer, sans les bêtes de trait, les archéologues nous invitent à imaginer les convois d’hommes qui, en altitude, par des routes de montagnes transportèrent sur 300 kilomètres des mégalithes pesant des dizaines, voire même des centaines de tonnes (et il n’est pas certain qu’à l’heure actuelle, même notre matériel de pointe serait opérant pour cette tâche, étant donné la configuration du terrain). Le transport des matériaux est un problème qui attend d’être résolu...
A l’est du temple, un escalier descend dans le temple semi souterrain : une fosse acoustique en grès rouge de 26m sur 28 m, avec une cour rectangulaire.
Sur les murs, 172 têtes anthropomorphes sont sculptées dans la roche. Au centre, le Kon Tiki, un monolithe sur lequel le moindre centimètre de pierre est gravé minutieusement.
Selon le guide, les têtes incrustées dans les murs du temple représenteraient les chefs de guerre et les dignitaires de la civilisation pré-inca. Cependant, au milieu de ces têtes, des formes blanches, bien connues des ufologues, se distinguent parmi les sculptures. Selon certains, ils feraient aussi partie des bâtisseurs de cette civilisation...
Après une telle matinée, tout notre petit groupe de touristes se retrouvent dans un petit restaurant à l’extérieur de site afin de partager un déjeuner bien mérité.
A l’issue, notre bus nous dépose au musée du site. Dans ce lieu simple mais instructif, on découvre un peu plus l’histoire des civilisations andines. Le musée expose des crânes déformés (signe de noblesse), des momies, des poteries et des céramiques.
Nous admirons ensuite différentes sculptures dont l’énorme monolithe Bennett (nom de l’archéologue qui le découvrit en 1932 dans le temple souterrain de Kalasasaya).Celui-ci, taillé dans un seul bloc de pierre, mesure 7.30m de haut, 1.20m de large, et pèse 20 tonnes. Il serait une représentation de la Pachamama avec le calendrier agricole inscrit sur son flanc. Cette statue à figure humaine porte un masque cérémonial. A sa base a été sculpté un condor, animal mythique, symbole de la culture de
Tiwanaku.
Pour finir cette journée culturelle, nous allons visiter le site de Puma Punku. En Aymara, la langue des Incas,
Puma Punku signifie «la porte du Puma». Ce site est moins connu parce que "touristiquement" moins impressionnant que
Tiwanaku. Dans cette zone, près des traces d’anciens rivages, d’énormes blocs de pierre semblent disséminés ici et là tels des allumettes, si ce n’est qu’ils pèsent entre 100 et 150 tonnes.
A première vue, les immenses blocs semblent constituer un véritable puzzle. On se demande, évidemment, comment de tels blocs ont été extraits sans outils métalliques, transportés jusqu’au chantier et assemblés pour former les quais et jetées qui existaient jadis. Ceux-ci ont nécessité une mathématique ainsi qu’une planification trop avancée pour l’époque. Les archéologues avouent qu’ils ont une très grande difficulté à reconstituer le temple et que c’est presque mission impossible sans le plan d’origine. Mais encore plus étonnant : comment se sont-ils retrouvés dans un tel désordre ? Un terrible cataclysme géologique aurait-il renversé et éparpillé ces gigantesques monolithes ?
L’après-midi s’achève. La journée fut riche en émotions, mais aussi en mystères. Après sa visite,
Tiwanaku laisse plus de questions qu’il n’en apporte. Et c’est ce qui fait peut-être la beauté de ces lieux...
Pour finir cette journée, nous allons diner aux Luciernagas. Tenu par un hollandais expatrié et marié à une bolivienne, on a droit à un super accueil, comme à la maison. La cuisine est typique, sans chichis, un vrai plongeon dans la gastronomie bolivienne. On s’endort ravis de notre journée.