Salut Roger,
Il est vrai, comme tu le dis très bien que le poids de la tradition semble encore très lourd... Je suis d’accord avec toi quand tu parles de « parcours d’une combattante »... Ce que j’ai pu voir de la condition des femmes au
Cambodge ressemble en fait à ce qu’elles peuvent vivre dans bien d’autres pays mais avec une inégalité hommes/femmes bien plus visible et exacerbée. Quelques petites expériences :
Un ami Khmer m’a invité dans sa modeste demeure (une pièce de 10m2, avec pour seul meuble un lit) où il vit avec son épouse et ses deux enfants. Sa femme a préparé le repas mais n’a pas eu le droit de manger avec nous (les deux hommes). J’ai proposé qu’elle nous rejoigne mais j’ai bien senti qu’il ne fallait pas insister. J’ai donc respecté le choix de mes hôtes...
Une amie Khmère m’a avouer qu’elle a du menacer de se donner la mort pour éviter le mariage forcé. S’en est suivie une négociation avec sa mère qui l’a conjurée de préserver sa virginité jusqu’au mariage. Ce qu’elle a, m’a-t-elle dit, fait. Elle est aujourd’hui mariée avec l’homme qu’elle a choisi.
Cette même amie m’a raconté comment pouvaient fonctionner certains mariages. Par exemple, si elle me présente à une fille de son village en vue d’un mariage, moi homme blanc et prétendument riche, elle pourra au passage toucher une commission pour avoir joué les entremetteuses...

Un ami Khmer m’a un jour confié sa vision des femmes et des hommes que je vous livre de mémoire : la femme doit rester à la maison, s’occuper des enfants, de l’entretien des lieux et préparer les repas. L’homme, lui, a le droit de sortir et de papillonner si bon lui chante. (Ceci dit, c’est peut-être moins explicite chez nous mais qu’en est-il de l’inconscient collectif et des pratiques réelles ?)
La première impression que j’ai eue vis-à-vis des femmes au
Cambodge, c’est qu’en gros, il y avait deux catégories : les putes ou les vierges. (ces mots peuvent paraître brutaux mais j’exprime un ressenti... chers forumeurs, je ne cherche pas à polémiquer

et je sais très bien que la réalité est bien plus complexe). Cette représentation de la femme « sainte ou pute » me semble d’ailleurs véhiculée par les femmes elles-mêmes qui ont intériorisé le discours des hommes dominants. Pas de bol pour les femmes victimes de viol, veuves ou dont le père du/des gamin/s s’est fait la belle...
Une expat que j’ai rencontrée là-bas m’a affirmé que dans la haute société khmère, les femmes choisissent les maîtresses de leur mari. Elles savent pertinemment que tel soir, leur mari sera en compagnie de telle femme. Assez surprenant comme démarche... mais ça serait pour elles une façon de garder le pouvoir. On rejoint ici une vision selon laquelle le
Cambodge aurait été une société matriarcale, même si les anthropologues semblent aujourd’hui davantage d’accord pour parler de « matrilinéarité »... (quelques infos à ce sujet par ici :
books.google.fr/...snum=2&ct=result
)
Tout cela n’est pas simple... s’en sortir au
Cambodge ne me semble vraiment pas évident, et encore moins pour les femmes. Comment ne pas faire le lien avec le traumatisme connu par ce pays et le fait que ce peuple a été privé d’éducation (et comme toujours, surtout les femmes ! il faut savoir que selon l’Unesco, au niveau mondial, près de 65% des personnes illettrées/analphabètes sont des femmes. Belle inégalité non ? Mais surtout terrible injustice !) Petite expérience perso, encore... après j’arrête : promis ! L’amie Khmère dont je parlais plus haut parle très bien anglais, travaille, utilise quotidiennement un ordinateur, possède une adresse e-mail, etc... à sa demande, j’ai passé un peu de temps pour lui apprendre quelques phrases et notions de français, et elle a, je trouve, une faculté de mémorisation et d’apprentissage assez impressionnante. Quoi qu’il en soit, nous nous retrouvons à visionner une carte du monde sur google afin de voir où se situe la
France. Quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’elle n’avait jamais vu la carte du monde ! Scolarisée, bilingue, etc... Rencontrant des gens du monde entier dans le cadre professionnel mais n’ayant jamais vu une carte du monde... Je ne sais pas si c’est vrai mais il semblerait qu’à l’école, on ne se penche que sur l’histoire et la géographie du
Cambodge post-khmers rouges... no comment. Ce qui m’a le plus effaré dans cette histoire que vous trouverez peut-être anecdotique, c’est que toute ces informations sont à portée de clic ! Mais comment le savoir si vous n’avez pas été initié à cette démarche...
Les femmes au
Cambodge sont bien plus que jolies et souriantes... mais quelle place pourront-elles prendre pour le développement du pays ? Les expériences que tu sites, Roger, sont en tout cas encourageantes et je suis d’accord avec toi quand tu parles de vision positive... Je n’ai pas cherché ici à faire preuve de pessimisme, mais je voulais juste vous faire part d’expériences personnelles qui m’ont beaucoup marqué.
Allez Roger merci pour ce post et à la prochaine

Dom