Hialle · 11 septembre 2008 à 17:21 · 132 photos 44 messages · 16 participants · 9 890 affichages | | | | À: Hialle · 19 septembre 2008 à 13:03 Message 21 de 44 · Page 2 de 3 · 4 158 affichages · Partager Merci pour ton récit qui me plonge dans cette région que je rêve de découvrir et j'attend la suite avec impatience. | | | À: Gizmo94 · 21 septembre 2008 à 10:18 Message 22 de 44 · Page 2 de 3 · 4 085 affichages · Partager Direction Lamayuru sur une route exceptionnelle, poussiéreuse et toujours en aussi mauvais état. Les montagnes défilent, jamais les mêmes. Parfois du rocher graisseux, parfois de gigantesques tas de cailloux qui dévalent régulièrement les pentes abruptes, d’autres fois du sable couleur d’or comme compacté et sculpté par le vent et l’eau. Les nuages font des ombres chinoises dessus et mettent en valeur le relief impressionnant. La route navigue entre des gorges très resserrées et des vallées plus larges, mais on a toujours la même inquiétude quand on croise un camion. A une demie heure de Lamayuru, arrêt obligatoire, le temps qu’un bulldozer déblaie la route d’énormes éboulis rouges. C’est tout un pan de montagne qui a dévalé et à voir le dessus, tout le reste ne demande qu’à descendre. Des tonnes de caillasse sont déversées dans le vide en contre bas vers la rivière avec des rochers gros comme des maisons qui par miracle passent entre les quelques poteaux électriques. Au bout d’une bonne demie heure, les files de voitures s’ébranlent pour passer dans le petit passage dégagé par les hommes.
On quitte la vallée de l’Indus pour la très étroite vallée encaissée de Sangeluma et la montée est vertigineuse. Nurbo est toujours un as du volant, prudent. Il négocie à merveille les croisements de véhicules et on se retrouve sur une voie surplombant des gorges fabuleuses. Soudain, on voit comme une apparition, des falaises couleur crème puis des cirques ravinés de la même couleur qui tranche et donne une clarté saisissante avec le coucher du soleil. Des sortes d’énormes meringues, ou comme des œufs à la neige sur lesquelles on aurait envie de monter, des gros tas d’argile tout arrondis.
Passé ces énormes monticules, Lamayuru, perché sur sa montagne. Sublime spectacle avec ses maisons encastrées dans la roche. Peu de touristes, beaucoup de ladakhis et surtout des « petits » vieux agitant leur moulin à prière. En sortant pour rejoindre la gompa, on se trouve au pied des falaises de tuff sur lesquelles quelques maisons essayent de tenir debout tant bien que mal. Epoustouflant, avec en arrière plan, cette montagne vestige d’un ancien lac, aux allures de meringues. La montée pour rejoindre le haut du village est raide, et la moitié des maisons est en piteux état. Dans la gompa, de nouveaux des trésors cachés et on suit un groupe de villageois à la queue leu-leu qui nous précède et se courbe devant tous les objets de leurs divinités. On tente de monter encore au dessus du village pour voir cette piste qui semble monter au ciel, ou simplement au col. C’est la route de Srinagar, encombrée de poids lourds multicolores roulant très doucement, klaxonnant à chaque virage. Les parois qui l’entourent ressemblent aux monticules qu’on obtient quand on fait couler de la main un mélange de sable fin et d’eau sur la plage ; quelque chose qui tient, mais qui est extrêmement friable et qui donne le sentiment qu’il sera emporté à la première pluie. Au pied de ces monticules, de curieuses maisons, à moitié troglodyte, qui se confondent avec cette espèce de terre qui les porte et qui les constitue. Cela ressemble à un village dans le sud de l’ Andalousie où l’on avait vu un violent orage emporter des tonnes de terre et lessiver les façades de ces maisons fragiles comme des châteaux de sable. Le soleil se couche doucement en faisant jouer la lumière sur Lamayuru, et après un rapide dîner, on redescend sous les étoiles et à la lumière de la lune dans le bas du village.
Impossible en repartant le lendemain de ne pas aller escalader ces meringues d’argile. Le soleil est chaud, bien accroché au ciel et leur donne une autre couleur que la veille. Il écrase ces mamelons, mais à les grimper, punaise qu’ils sont raides. On a l’impression de marcher sur une autre planète. Les gens du coin appellent ces « choses » des forces de la nature « terre lunaire » et ça ressemble bien à ça. Le dessus est très étrange, tout doux, tout en rondeur, avec des crevasses, des trous, des failles tous les trois pas, séparant de grosses protubérances bourrées de terriers de lapins. Rien ne pousse dessus et rien n’arrête la chaleur. Tout en grimpant le plus haut possible pour dominer la « chose », on imaginait un violent orage arrivant par surprise. Ce serait alors une véritable patinoire dangereuse à souhait et le moindre pas deviendrait impossible. Ne resterait plus pour descendre qu’attendre que ça sèche complètement. Coup de bol, il fait beau et on peut rejoindre Nurbo qui nous attendait, sans impatience, inquiet quand même. Il n’aime pas nous savoir partir sans trop connaître le chemin, mais il a fini par s’y habituer.
En cours de route, Nurbo vérifie la pression des pneus. Halte qui nous change des arrêts d’autoroute. Un pseudo garage avec un mécano qui a l’air d’être capable de réparer n’importe quel souci mécanique, et une minuscule boutique où on prend un thé brûlant. Un peu plus loin, deux femmes sont en train de laver des navets pour les vendre ensuite sur le marché. On papote un peu par geste, elle propose de nous les faire goûter crus ce que l’on refuse avec « délicatesse », et nous demande de les prendre en photo pour leur renvoyer ensuite. Ne reste plus qu’à leur poster.
Et la route défile de nouveau en sens inverse montrant le paysage sous un autre angle. Même arrêt que la veille, au même endroit pour cause de route « encombrée ». Les ladakhis repoussent inlassablement la montagne qui s’effrite et s’effondre sur la route. A coup de tractopelles et à dos d’homme, ils la dégagent, sachant qu’il faudra recommencer le lendemain. Et le défilé des voitures, des motos, des chevaux s’arrête ; attend ; observe ; et repart dans la pagaille. Tout le monde veut passer en même temps là où il n’y a de place que pour un seul véhicule. Nurbo, patient, se met sur le côté, attend que tout le monde y aille et quand il n’y a plus personne, reprend la route, tranquille, en chantant.
Arrêt impératif !
Gorges sur la route de Lamayuru.
Premier spectacle des meringues.
Lamayuru sur son rocher.
Jeu de lumière.
Ruelle de Lamayuru.
Route vers Srinagar.
Sommets omniprésents.
Châteaux de sable.
Maisons et roche mêlées.
Promenade lunaire.
Les laveuses de navets.
La route se dégage à dos d'homme.
Tout le monde passe. | | | À: Hialle · 21 septembre 2008 à 20:42 Message 23 de 44 · Page 2 de 3 · 4 058 affichages · Partager ... et à chacun de tes morceaux de carnet ladakhi... la magie et la beauté montent d'un cran... jusqu'où ??!!?? | | | À: Hialle · 22 septembre 2008 à 9:59 Message 24 de 44 · Page 2 de 3 · 4 031 affichages · Partager Grand merci pour ce voyage : je suis allée plusieurs fois au Ladakh et j'ai été envoutée par ce pays, la gentillesse de ses habitants. Malheureusement, je ne pourrais y retourner, ayant interdiction de séjourner au-dessus de 2000 mètres d'altitude depuis un accident cardiaque) ce voyage par procuration reactive l'émerveillement grâce à ce récit et les photos très évocatrices de l'ambiance de cette région de l' Inde. | | | À: Wapiti74 · 4 octobre 2008 à 23:43 Message 25 de 44 · Page 2 de 3 · 2 832 affichages · Partager On avait assez peu préparé ce voyage, mais dans les envies, il y avait ce petit village de Tar dont Chris nous avait parlé, niché dans sa montagne juste sous le col de Tar La, à quelques heures de marche de la route.
A l’embranchement du chemin, Nurbo nous dépose et avant d’attaquer la montée, on se prend une petite soupe de nouille au bord d’une rivière au bruit fracassant. Quelques chapatis tout chaud cuits sous nos yeux, mieux qu’un gâteau de pâtissier. Nurbo nous regarde partir avec un grand sourire. S’il y a bien un truc qu’il ne comprend pas, c’est pourquoi on va marcher comme ça pour aller dans des villages qu’on ne connaît pas. On a bien essayé de lui proposer de venir avec nous, mais la marche, c’est vraiment pas son truc et il préfère rester à l’ombre dans sa voiture en écoutant de la musique et piquer un p’tit roupillon.
On commence par franchir l’Indus qui dépote un maximum sur une passerelle un peu branlante. Ceux qui ont le vertige, s’abstenir. Sur le bord des rives, des hommes et des femmes travaillent à la consolidation des berges dans des conditions plutôt périlleuses. L’inspection du travail aurait du boulot dans ce pays. Comme dans tous les chantiers de routes au Ladakh (hyper nombreux), les ouvriers se logent à proximité sous des tentes relativement sommaires. Quand de loin on aperçoit de grandes voiles blanches en forme de parachute entourant un mât, c’est qu’il y a des travaux. Quelques feux par-ci par-là pour se faire la popote, et les journées semblent se dérouler en alternant travail, repas et sommeil avec ces pics permanents en toile de fond.
Le chemin pour Tar démarre relativement tranquille, sous des arbres longeant un torrent. La montée fait un peu idyllique. Une douce chaleur, l’ombre des arbres, l’eau qui court et de temps en temps, un homme qui fait la sieste au bord du chemin. On arrive à une sorte de grand plateau très vert, avec quelques chèvres, moutons et leur bergère ; et en fond de vallée une gorge très étroite dans laquelle on s’enfile. Les parois sont vertigineuses, les rochers nous arrivent aux pieds et la cascade fait un boucan d’enfer. Le chemin est hyper bien entretenu, pas très large, mais praticable et manifestement très emprunté. C’est le seul lien entre les gens du village et le reste du monde et on se demande si on arriverait à vivre là haut, loin de tout. Pas de médecin, pas de commerce, pas d’Internet (lol)... et coupé de tout les mois d’hiver.
Au bout de quelques heures, les premières terrasses de Tar apparaissent et on arrive sur le chantier d’une maison en construction. Cinq hommes y travaillent, empilant les briques en pisée avec un liant de terre, juste de la boue en fait. Ils nous accueillent avec de grands sourires et « Julle, julle » lancé avec force et nous font visiter les différentes pièces qui commencent à se dessiner. On rigole avec eux, on papote toujours par mime, on monte quelques « parpaing » de terre en respectant les niveaux et le fil directeur et ça les fait rire. Ici, la maçonnerie est un truc d’homme. Les femmes se contentent de leur apporter le mortier dans les bassines sur la tête.
Je ne sais pas si ces hommes ont eu peur qu’on monte mal les murs, toujours est-il que rapidement, l’un d’entre eux insiste pour qu’on le suive jusque chez lui pour nous offrir le thé. Il abandonne le chantier et ses compagnons et nous emmène au village dans sa maison à travers les terrasses de sampa (orge) et de matha (pois). La première chose que l’on voit, c’est son potager. Superbe ! Des choux, des carottes, des navets... alignés comme des soldats. Manifestement ce n’est ni les limaces ni les chenilles du chou qui les embêtent et on a une pointe d’envie en pensant à toutes ces bestioles qui adorent le climat béarnais et nos salades.
La maison est très simple, 2-3 pièces pour toute la famille et un toit terrasse pour faire sécher le foin. On rentre dans la pièce principale qui tient lieu de salle à manger, de salon et de cuisine. Tout est parfaitement ordonné. Le poêle trône au milieu faisant office de fourneau et de chauffage l’hiver, sur des étagères, parfaitement rangés, de grands récipients en cuivre pour conserver les aliments et des pots en fer blanc. Quelques photos, quelques ustensiles de cuisine et des coussins. Son anglais est limité, la discussion aussi ; on boit le « milk –tea » ensemble avec quelques biscuits et de la farine de sampa. La maison a un panneau solaire qui donne un peu d’énergie, et quand je lui montre ma lampe de poche à dynamo manuelle, il très intrigué et fait tourner la manette vivement ; ça le fait rire. Il semble heureux de nous accueillir, on se sent presque gênés. Perché au fond de sa montagne, il aurait eu davantage à offrir, il l’aurait fait. Alors il nous montre les photos de sa femme et de ses 3 enfants et nous propose d’aller les retrouver dans le champ où ils travaillent. C’est parti à travers le village pour rejoindre avant les champs le gros moulin à prières tout rouge qui trône sous son abri. Un vieillard tout ridé égraine son chapelet et relance régulièrement le moulin en psalmodiant. Sa femme arrive, puis une autre avec un enfant sur le dos, puis la sœur, les cousins, les cousines... et on se retrouve entouré de ce qui semble être une grande famille. Chacun semble avoir un lien de parenté avec son voisin. Toujours la même demande de séance de photos avec les adresses pour les renvoyer. Ce petit jeu est toujours sympa. Il y a ceux qui rient, ceux qui se tiennent au garde à vous, ceux qui se cachent, ceux qui veulent être devant... tout le monde rie.
La sœur du maçon, Tsewang, insiste pour nous inviter chez elle boire le thé, alors on reprend des petits chemins enjambant les minuscules canaux d’irrigation, suivi d’une bande de gamins. Ella a 18 ans et a envie de parler avec ces touristes de passage. On marche moitié dans l’eau, moitié au sec jusqu’à sa maison devant laquelle sa mère fait la lessive. Elle foule au pied avec une énergie terrible une couverture dans une sorte de bassine creusée à même le sol au milieu du chemin et recouvert d’une bâche. Elle semble bien plus timide que sa fille.
La cuisine de la maison est plus spacieuse que la précédente, moins sommaire, mais avec les mêmes objets. Toujours ces grands pots en cuivre, alignés soigneusement derrière une vitre, et l’électricité solaire. Il y a même un téléphone ce qui finit pas nous étonner dans ce lieu. Le poêle, au centre de la pièce, magnifique, sur lequel elle met l’eau à chauffer pour le thé. Même rite que tout à l’heure, le thé, les biscuits et la farine de sampa qui donne un goût assez particulier.
Tsewang est étudiante en art à Leh et elle vient passer les deux mois de vacances à Tar. Elle n’a pas envie de venir y vivre plus tard et voudrait trouver un boulot dans le business. Son père est chauffeur de poids lourd sur la fameuse route Leh- Manali- Delhi et repensant à toutes ces carcasses de camions qu’on voit régulièrement dans les ravins, cela fait froid dans le dos. L’hiver, tout s’arrête, il n’y a plus grand monde qui travaillent, les cols sont pour la plupart fermés et les températures descendent couramment en dessous de -20°C. Les vents violents du Ladakhs créent d’énormes congères, c’est la paralysie quasi totale et les gens restent chez eux. Aucune maison n’a de chauffage si ce n’est le poêle dans la pièce principale et tout le monde y passe sa journée pendant ces longs mois. La mère est curieuse de savoir comment se passe l’hiver chez nous. Difficile de lui raconter que lorsque le chauffage donne une température inférieure à 17°C dans la maison, je me caille, et qu’il fait rarement moins de -5°C. La neige ? des quantités de gens sont heureux de la voir tomber dans les stations de ski.
Echange d’adresse, on se dit au revoir, contents de s’être croisés pour ce court instant de partage.
La descente sera rapide, la tête pleine d’images. Un vent très violent se lève, d’énormes bourrasques font balancer les arbres dangereusement, le ciel est noir. On retraverse les champs, l’odeur de la coriandre envahit l’air.
On retrouve Nurbo, notre super driver, assoupit dans la voiture qui nous attend. Un petit « black tea » avec lui et c’est reparti sur la route chaotique de Likhir.
| | | À: Hialle · 5 octobre 2008 à 9:50 Message 26 de 44 · Page 2 de 3 · 2 824 affichages · Partager Pasacale, j'ai bien hâte de faire un bout de route chaotique vers Likhir en compagnie de tes mots 
Dolma | | | À: Hialle · 5 octobre 2008 à 11:22 Message 27 de 44 · Page 2 de 3 · 2 820 affichages · Partager Hmmm ! Que de magnifiques rencontres si bien racontées ! On y est avec toi.   | | | À: Hialle · 5 octobre 2008 à 21:55 Message 28 de 44 · Page 2 de 3 · 2 806 affichages · Partager En voilà un voyage... prendre son temps, en voir moins peut-être mais le voir mieux, rencontrer le regard des gens, travailler et rire avec eux, faire un peu d'effort pour arriver au bout du chemin et au retour... savoir le partager... Merci Pascale ! | | | À: Mamina64 · 3 novembre 2008 à 18:37 Message 29 de 44 · Page 2 de 3 · 2 747 affichages · Partager Aujourd’hui, le temps est bien maussade. Le ciel est gris et la chaleur est partie. Une pluie fine est tombée toute la nuit et la neige a blanchi tous les sommets alentour. Le monastère de Likhir semble écrasé par ces masses énormes. Curieuse impression en plein juillet. En même temps, on est content de ne pas avoir emmené nos polaires pour rien, elles qui prenaient tant de place dans les sacs. Au moins, on les aura utilisées. On reprend la voiture, admirant une dernière fois cette petite vallée sous les nuages.
La route est toujours aussi merdique et on s’y habitue bien. Toujours le même sourire devant ces panneaux ladakhis encourageant les conducteurs à la plus grande prudence avec des messages on ne peut plus incitatifs. On file vers Sumdo, en longeant le Zanskar. Le passage est étroit et les eaux boueuses de la rivière sont particulièrement agitées. Les montagnes sont toujours aussi abruptes et il n’y a guère de place que pour le Zanskar et la route. La vallée est sombre, les couleurs dans les marrons gris, avec quelques taches vertes de temps en temps. Petit arrêt pour voir descendre des rafteurs dans les eaux tumultueuses. Franchement, on ne les envie pas. Il fait frais, une petite bruine arrose tout sur son passage, et le courant est violent, mais ils ont l’air contents dans leur coquille de noix au raz de l’eau.
Sumdo est un village minuscule qu’on voit à peine ; seulement quelques maisons en bord de route et une grande tente blanche faisant office de resto. Dans un virage en ressortant, une belle piste démarre et s’enfonce dans la montagne. On avait repéré sur la carte des villages blottis tout en haut, à quelques heures de marche, mais Nurbo était inquiet de nous laisser partir sans chemin très bien balisé. Longue discussion entre lui, une vieille femme et un muletier à laquelle il ne tient pas à ce qu’on participe. Toujours le même petit geste de la main l’air de dire : laissez, je m’en occupe. La femme dit que le village où on veut aller n’existe pas, le muletier dit qu’il est trop loin.
Finalement, malgré le temps plus que maussade, on décide de partir et empruntons la piste sans se rendre compte qu’un petit chemin part sur la droite, enjambant la rivière par un tout petit pont, et continue de l’autre côté de la rive. La montée est tranquille et régulière. Le bord du ruisseau est bordé d’arbres, mais plus on monte, plus curieusement il s’élargit. L’environnement est très minéral et encaissé. Au bout d’une heure, on voit au loin un nuage de poussière. Surprise, c’est juste un tractopelle qui est en train de tracer la piste sur laquelle nous sommes à flanc de montagne. Après, plus rien. Du coup, on se rend compte que le chemin à prendre est de l’autre côté de la rivière qui nous paraît infranchissable. Finalement, on finit par trouver une passerelle branlante qui nous emmène de l’autre côté, à quatre pattes. Une fois de plus, les gens sujets au vertige, s’abstenir. Si on avait correctement regardé la carte, ç’eut été facile de ne pas se planter, mais les cartes, sous la pluie, c’est moyen, alors on suit l’instinct.
Je rêvais doucement et silencieusement de ne pas trouver de pont pour franchir cette rivière. En face, pas d’alternative, monter à la verticale sur ce chemin raide, très raide et caillouteux pour aller dans les nuages. On doit se situer autour des 4200m et le souffle est court. C’est pas compliqué, il suffit d’aller doucement. De toute façon, aucun danger, j’allais pas courir.
C’est parti ! on monte, on monte... en voyant au loin la pelleteuse traçant sa route devenir de plus en plus petite. Ce qui est bien dans les montées, surtout quand elles sont aussi raides, c’est que le paysage change à vitesse grand V, et de nouveaux sommets apparaissent de minutes en minutes entre les nuages. Une heure après, une petite ferme où on aurait bien fait une pause. On a beau crier « julle, julle », personne. Alors on continue notre progression. Le cœur prend le rythme et s’emballe moins. Rien d’autre à dire que « bon dieu que c’est beau ». On se sent seul au monde à pouvoir jouir d’un tel spectacle. Le chemin débouche sur une sorte de promontoire avec mâts et drapeaux de pières. Autant la montée était très minérale, autant on se retrouve dans un petit jardin d’Eden. C’est vert à souhait.
En théorie, pour aller au village, on devrait filer sur la gauche en devers de la paroi. Le chemin en face semble aller nulle part, et c’est la grosse interrogation. Entre une carte et le terrain, c’est jamais pareil. S’il y a bien un truc que je n’aime pas, c’est marcher en devers sur un flanc de montagne avec le vide au dessous. Toujours la même pétoche. Louloute passe devant pour me montrer que cela ne glisse pas, mais évidemment, je n’avais pas voulu prendre mes grosses chaussures de montagne et je n’ose pas trop râler. Et le pire, c’est qu’il faudra faire la même chose en sens inverse. Nouvelle vallée sur la droite qui monte à un col, mais point de village. Sur la carte, il devrait être là ! Courageux, l’Homme part devant pour examiner le parcours, mais revient bredouille. Manifestement, il y a encore beaucoup de marche avant de rencontrer âme qui vive et le temps se gâte. Si la pluie se renforce, certains passages de l’aller deviendront dangereux. Il n’y a plus qu’à rebrousser chemin et rassurer Nurbo.
La descente est presque aussi rude et vertigineuse que la montée, à se demander comment on a fait. Les genoux et les cuisses souffrent.
On se retrouve devant la maison croisée à l’aller, mais là, deux splendides vieillards sont là, à l’abri de la pluie, à bricoler. Impossible de dire leur âge, ils ont au moins trois dents chacun. Ils nous proposent d’entrer chez eux, et après une certaine réserve polie, on rentre. Même si le temps est sombre à l’extérieur, nos yeux ont du mal à s’habituer à la pénombre intérieure. Une maison toute en terre, à leur image, le feu au milieu crachant sa fumée par un trou dans le toit après avoir tout enfumé, les ustensiles classiques de cuisine et toujours les mêmes pots en cuivre alignées soigneusement.
La femme jette quelques brindilles sur le feu et met de l’eau à chauffer. Elle nous offre deux grands verres de thé au lait chaud et sucré. Un régal, puis elle prépare des tasses avec un thé bien noir, dans lequel elle rajoute un gros morceau de beurre rance de yack... et nous les donne. Je goûte... finalement, c’est pas mauvais. Louloute goûte et me regarde. Il dit l’air de rien qu’il a l’impression de boire du roquefort liquide, et je lui réponds qu’il n’a pas le choix et qu’il est obligé de tout boire. Je roule une cigarette pour leur offrir, il l’a prend et l’allume aussitôt, tousse un peu, et se la garde pour la finir plus tard. Nos papi-mamie ont l’air tellement contents. Heureusement, on a toujours plein de petits cadeaux dans le sac pour ce type de rencontre. Notre papi sort de sa poche avec précaution un sac en tissu dans lequel il a des pierres du Zanskar, de beaux cristaux colorés et transparents comme de l’eau. Il veut nous les vendre, on lui achète sans même imaginer les marchander et aujourd’hui encore, je les regarde avec les yeux qui brillent en pensant à ce moment unique.
Ils ne parlent pas un mot d’anglais et on n’a pas pu vraiment discuter, mais on les imagine tous les deux l’hiver, entourés de neige et par des températures glaciales, coupés de tout. On imagine s’il y en a un des deux qui tombe malade. La femme commence à éplucher un chou en nous faisant comprendre qu’ils nous invitent à déjeuner, mais il est impossible de rester. Ces gens qui ont peu de choses voudraient le partager et on n’ose pas, et surtout, le temps est menaçant et il reste encore du chemin. A regret, on se quitte. Ils nous accompagnent sur le pas de la porte, et nous suivent du regard pendant la descente.
Rien que pour ces quelques instants, cela valait le voyage. Le retour se fait sous la pluie, un sourire béat aux lèvres. Le tractopelle continue imperturbablement sa piste dans la montagne, Nurbo est toujours là avec sa musique.....
| | | À: Hialle · 5 novembre 2008 à 14:05 Message 30 de 44 · Page 2 de 3 · 2 728 affichages · Partager Rien que pour ces quelques instants cela valait le voyage
Et moi je dis : rien que pour ces quelques grimpées, descentes, crapahutages, trouilles et vertiges, cela valait bien d'attendre 1 mois avant de te lire à nouveau Pascale  !
Nurbo est toujours là et... moi aussi, alors à bientôt pour d'autres aventures, ok ?
Dolma | | | À: Hialle · 9 novembre 2008 à 20:55 Message 31 de 44 · Page 2 de 3 · 2 654 affichages · Partager Merci de ta réponse, Patand, Aller au ladakh en hiver, là, j'admire. C'est intéressant de connaître cette région sous cet angle, tellement différente d'une saison à une autre. En ce moment, lorsque le mauvais temps réapparaît, je me demande souvent comment ça se passe là bas, où en sont les températures et comment se préparent'ils à passer l'hiver. Tu devrais faire un carnet sur ce voyage | | | À: Dolma · 10 novembre 2008 à 9:28 Message 32 de 44 · Page 2 de 3 · 2 642 affichages · Partager Merci Dolma pour ta gentillesse et tes mots. Une p'tite suite 
Avant de reprendre la route, petite soupe de nouille (pour réchauffer au moins l’intérieur du corps) dans un « resto » tenu par une femme et ses trois enfants. Une toile de tente accrochée à son mât, des planches sur un carton faisant office de table, deux bols et chacun une cuillère. Les enfants nous regardent avec curiosité, il ne doit pas y avoir d’heure de pointe au déjeuner ici, cela semble carrément désolé.Comme à l’habitude, Nurbo nous demande de voir les photos qu’on a prises en balade et les regarde avec une grande curiosité. Autant, il n’aime pas marcher et trouve inutile de monter dans ces montagnes, autant il adore regarder ce qu’on a pris. Il est toujours étonné.
En revenant de Sumdo, un truc étrange, Nurbo éteint le moteur de la voiture au milieu de la route, plate comme un œuf... enfin, sans côte. De toute façon, elle était déserte. Il ne met pas le frein à main, puisque c’est plat. Et là, la voiture se met à reculer toute seule jusqu’à un panneau marqué « Magnetic Mountain ». On sort de la voiture sceptique, et effectivement, alors que la pente avoisine les 0% absolu, la voiture bouge doucement mais sûrement. Nurbo est plié de rire devant nos têtes.
Le chemin du retour montre le paysage sous des angles différents et on se rend compte de l’emplacement de certaines routes, sans jamais de protection sur les bas côtés. Et on retrouve Leh, toujours aussi calme et paisible. On pensait partir dès le lendemain pour la vallée de la Nubra, mais la neige rend la montée difficile, ce sera pour après demain. Alors en attendant, vacances à Leh. C’est l’occasion de prendre le temps de prendre son temps et de discuter avec des voyageurs de passage. C’est ça qui est bien aussi dans ces lieux, croiser des gens aux destinée si différentes des notres, des gens qui sont partis de chez eux depuis plusieurs mois et qui ont maintenant d’autres repères. On bulle en buvant le thé sur les terrasses, et ça fait du bien.
Départ pour la Nubra à 10h30, le temps d’attendre que le permis soit délivré. Il faudra s’arrêter à 3 endroits différents dans Leh pour l’obtenir, on ne sait pas trop pourquoi. Les mystères de l’administration. Faut dire que cette région est celle la plus au nord de l’ Inde où un voyageur peut se rendre, enclavée entre la Chine et le Pakistan, sans frontières très précises.A 11h, ça y est, on attaque la montée, non sans une certaine angoisse. Vu nos petits problèmes d’acclimatation à 3500m, on se demande ce que va donner ce col à 5605m d’altitude, le plus haut du monde praticable en voiture, dixit les guides. Histoire de se rassurer, Louloute et moi prenons chacun un Diamox avant de partir, mais le conseil n’est certainement pas à suivre, c’était juste pour se rassurer. On ne sait pas si cela nous a fait du bien, mais en tout cas pas de mal.
La route s’élève tout de suite au dessus de Leh, elle est très raide. Les lacets se succèdent les uns après les autres. On commence par longer l’oasis, et le vert cède rapidement la place à cette couleur de roche marron, grise, noire. Très minéral. Plus on monte, plus la route se dégrade ; même si elle est perpétuellement en travaux, les éléments l’emportent. Entre le froid de l’hiver et la chaleur de l’été, elle ne résiste pas. A vol d’oiseau, on s’éloigne peu de Leh. On grimpe juste au dessus et on voit pendant très longtemps le paysage de la vallée qui rapetisse et de nouveaux sommets qui apparaissent.Petit arrêt à Southpulu à 4800m pour monter les permis et les passeports. Une fois de plus, Nurbo s’occupe de tout. Les toilettes sont en contre bas de la route. J’y vais le pas léger, ça descend un peu. Mais la remontée est nettement plus difficile. Les jambes sont molles et raides en même temps, les poumons commencent à chercher l’oxygène, les distances ne sont plus les mêmes. Il nous reste 800m à grimper, et je commence à imaginer plein de choses dans ma tête en voyant le paquet de cacahuète qui grossit à vue d’œil sur la banquette. Les yeux vont-ils sortir de leur orbite, les tympans vont-ils éclater, une rage de dents ne va-t-elle pas se déclancher, le cerveau va-t-il rester à sa place ? Autant de questions qui m’obsèdent de virages en virages. La route n’est plus une route, c’est de la piste à 150% avec le vide à 1m de la voiture. Les croisements deviennent de plus en plus délicats, surtout pour les camions et notre driver est hyper concentré. La neige s’approche, les nuages nous enveloppent, on a l’impression d’avoir le crâne très bien rempli, pour une fois, mais pas de douleur. Juste l’impression qu’on nous serre le crâne. Une chose étonnante, c’est qu’au fur et à mesure de l’ascension, j’ai les dents qui semblent se resserrer et des fourmis dans les lèvres comme après une anesthésie chez le dentiste. Cela s’en ira dans la descente.
Ça y est, on aperçoit le relais du sommet. On demande à Nurbo qui est en grande forme, de nous laisser à une centaine de mètres du col histoire de finir à pied. Nous sommes à Kardung La, le col carrossable le plus haut du monde. L’ambiance est particulière tout là haut, tout le monde semble euphorique. Les photos de groupes sont nombreuses devant les panneaux, et on fera bien pareil, touristes comme les autres. Une chose à savoir, les briquets indiens ne marchent pas à cette altitude, seuls fonctionnent les vieux « bic ». Une cigarette à cet endroit, c’est un peu de la provoc pour les poumons, mais elle est si bonne. Le passage ne ferme qu’une quinzaine de jours par an ce qui est étonnant compte tenu de la rudesse du climat, mais c’est sans compter sur les énormes bulldozers bien rangés qui doivent dégager la neige régulièrement et presque toute l’année.
La descente révèle un spectacle grandiose, une large vallée descend tranquillement... ou presque. Des carcasses de camions éparpillées témoignent du danger permanent. Des troupeaux de yacks et zos (croisement yack/vache) paissent les quelques brins d’herbe qui acceptent de pousser.A Northpulu, nouveaux contrôle des passeports. On se demande bien ce qu’on aurait pu faire entre les deux contrôles. Rejoindre des carabiniers pakistanais en reconnaissance dans le parc, ou entraîner au combat des résistants tibétains ? Toujours est-il que l’armée est omniprésente.
Vers 4500 m la verdure réapparaît le long des torrents, les champs deviennent verts pétards et jaune colza. En bout de vallée, le torrent s’enfonce dans une gorge et les massifs rocheux sont remplacés par du tuff et des montagnes plus ravinées. Enfin, on débouche sur la vallée de la Shyok. Emerveillement total, c’est un paysage fantastique et inattendu. Une grande étendue à fond plat, couverte de sable gris beige ; la rivière très large et laiteuse, le tout encadré de hauts massifs enneigés avec une grande perspective à l’Ouest et à l’Est qui lui donne un aspect majestueux et simplement extraordinaire. La lumière est très particulière, comme si elle était peinte. On ne cesse de s’émerveiller pendant les 25Km qui nous séparent de Diskit notamment quand on croise la vallée de la Nubra qui a la même allure, peut être un peu plus verte. De longues files de camions militaires et impossibles à doubler nous permettent de prendre un maximum de temps pour regarder ce paysage. On voit même un 4x4 toulousain. Quel chemin, putain-con !
La première chose que l’on voit de Diskit est son monastère accroché sur sa paroi au bord d’une profonde gorge, comme une tour de garde qui permet de surveiller la vallée donnant sur le Pakistan. Trouver une GH est facile, puis on monte au monastère. De toute façon, ici, on monte toujours et Nurbo est sans cesse étonné. « On peut y aller en voiture ». Ben non, on préfère à pied.
Une bonne demie heure de grimpette dans les cailloux et on arrive devant la maison d’un moine en pleine lecture d’un livre ancien, deux plaques rouges en bois qui enserrent des pages volantes. Il semble ravie d’avoir une petite pause et nous invite à prendre le thé. Kutche, originaire de Diskit, a 48 ans et vit au monastère depuis 35 ans dans sa petite maison composée de deux pièces. L’une pour la méditation et dormir, l’autre comme une cuisine. Après une bonne papote, il remonte jusqu’au gompa avec nous, portant le livre sacré sur l’épaule. Mais on ne verra pas l’endroit où il va le ranger, certainement tenu secret. Puis il nous emmène au temple des protecteurs, ouvert avec des clés grosses comme la main. Une ambiance très vivante et très cosy dans ce lieu, malgré une architecture assez quelconque. La rangée de fenêtre latérale avec vue sur la vallée donne une perspective spectaculaire. On restera longtemps à « traîner » dans les dédales de ce monastère, croisant des moines qui prient, d’autres qui tchatent, d’autres à leur téléphone portable, un autre qui s’installe pour la nuit sur une terrasse... la vie de tous les jours en somme. Rendez-vous est pris pour la puja, demain matin à 6h30.
De retour à la GH, dîner avec Nurbo. Il veut nous emmener le lendemain en voiture à la puja. « Si tu es réveillé, OK, si tu dors on te laisse dormir ». Je pensais qu’avec un peu de chance, il serait réveillé.On dîne tranquille tous les trois, essayant de regarder sur la carte les frontières compliquées de cette région entre l’ Inde, la Chine et le Pakistan. Jamais les mêmes d’une carte à une autre. Et pendant qu’on tente de comprendre, le patron de la GH change les ondes de la radio et met à fond un air d’opéra italien, Rossini ! Magie de l’instant, au bout du bout du monde !!!
Au resto.
Route à flanc de montagne.
Avec Nurbo au col.
On imagine le cerveau comme le paquet de cacahuètes.
Difficultés de croiser les camions.
Armée omniprésente.
Vallée de la Shyok
Monastère de Diksit.
Vers le Pakistan.
Drôle de lumière.
| | | À: Hialle · 10 novembre 2008 à 13:38 Message 33 de 44 · Page 2 de 3 · 2 623 affichages · Partager Merci Pascale pour ton partage toujours aussi riche et envoutant ! Ton carnet nous rappelle nos longs moments dans les monastères tibétains, côté népalais, en 1994.... et nous met l'eau à la bouche avant de nous y retrouver en mars 2009 ! cécile | | | À: Hialle · 11 novembre 2008 à 0:54 Message 34 de 44 · Page 2 de 3 · 2 598 affichages · Partager Ci joint le message de Patand tel qu'elle me l'a envoyé. Elle désire qu'il soit à la suite de ce carnet :
Bonjour Hialle, merci de m'avoir répondu. J'ai souvent penser à écrire sur mon voyage au Ladakh en hiver mais je ne saurais pas écrire aussi bien que toi. Bien sur lorsque je te lis, je retrouve tout ce que j'ai fait et vu sauf que c'était sous moins 20° minimum. J'ai rencontré des gens extraordinaires, particuliers, il m'est arrivée de drôles d'aventures avec des particuliers et des lamas ladakhys; j'ai vue et participée à une soirée d'une chamane des environs de Leh. C'était assez spécial. Ayant pris froid à la gorge, grelottante de fièvre, je suis allée voir un médecin traditionnel herboriste tibétain. Ca n'a pas marché sur moi. Finalement j'ai été consultée à l'hôpital de Leh et un médecin de médecine classique m'a donné un traitement qui a été bénéfique sur mon angine. Mais si je racontais tout ce que j'ai fait et connu on me prendrait pour une "spéciale" au mieux, une givrée certainement. Ce que je ne suis pas. Je suis ou plutôt j'étais une aventurière aux semelles de vent. Je voulais vivre à tout berzingue. Je me savais atteinte d'une maladie génétique orpheline non encore déclarée, alors j'ai voyagé à ma manière en prenant des risques parfois, en vivant tout ce que j'avais envie de vivre avec force de peur de ne jamais pouvoir le faire. J'ai bien fait. Depuis mon opération du coeur, cette maladie s'est déclarée il y a 10 ans. Elle m'a rattrapée et sévèrement. Je ne suis que souffrance et je lutte tous les jours pour trouver un sens à ma vie, pour continuer. Tu vois il est tard et je suis devant mon écran mais je parle de voyages avec toi et je vis, j'oublie. Merci. Amicalement. Patand | | | À: Hialle · 15 novembre 2008 à 14:32 Message 35 de 44 · Page 2 de 3 · 2 563 affichages · Partager ENCORE !!!!!!!!!!!!! | | | À: Hialle · 17 novembre 2008 à 11:17 Message 36 de 44 · Page 2 de 3 · 2 535 affichages · Partager Hello Pascale,
Un truc qui me perturbe en te lisant : ils sont donc si nombreux que ça les touristes tout là-haut ? Il y a donc tant de monde que ça ? Hum...
A bientôt pour la suite, il me plait bien Nurbo qui se demande bien ce que vous allez faire la-haut  !
Dolma | | | À: Dolma · 18 novembre 2008 à 0:05 Message 37 de 44 · Page 2 de 3 · 2 500 affichages · Partager Coucou Dolma,
en fait, tout est relatif. Certes, il y a du monde, mais ce n'est pas non plus le Mont Saint Michel au mois d'août. Cela reste très mesuré. On n'est plus habitué au Ladakh à avoir de grosses concentrations de touristes, tout du moins dans les endroits où nous sommes allés. Il y avait 50 personnes "à tout casser", et il y a de la place pour tout le monde. Et dans ces personnes, un bon nombre d'indiens.
Un groupe d'indiens qui fait tout un raid en Inde pour une sensibilisation à l'environnement.
| | | À: Dolma · 20 janvier 2009 à 16:57 Message 38 de 44 · Page 2 de 3 · 2 302 affichages · Partager Lever à 6h pour se diriger directement vers le gompa où se déroule la puja. Petit regard vers Nurbo... zut, il dort à poings fermés comme un bébé. On le laisse dormir et attaquons la montée, la tête encore dans le sac, sans café ni rien. Le démarrage est difficile et le soleil est bien plus matinal que nous, il fait déjà presque chaud. En fait, le rythme se prend rapidement. Curieusement, alors que c’est l’heure de la prière, le monastère est plein de vie. On retrouve notre moine d’hier en caleçon en train de balayer devant sa porte et ses voisins en pleine discussion.
On entre dans la salle de prière. Les rayons du soleil pénètrent par chacune des fenêtres et donne une lumière propre à la méditation. Une quinzaine de moine sont en ligne, se faisant face, et psalmodient sur un rythme très particulier, presque envoûtant. De façon régulière, un des moines hausse le ton comme pour relancer la prière et sa voix retombe au même niveau que celles des autres. Une vieille femme entre dans la salle, joint les mains, s’allonge au sol les bras écartés, se relève et recommence le même rituel plusieurs fois de suite. Puis elle va devant chaque petit autel pour joindre les mains, saluer et continue sa ronde.
Au bout d’un certain temps, la puja est interrompue par ce qui ressemble à un petit déjeuner. Difficile d’imaginer la même chose dans nos églises... distribution de café et croissant ! Ici, c’est plus simple, le thé est servi à tout le monde y compris Louloute et moi avec du beurre de yack et du lait, accompagné de sampa. Honnêtement, il est particulièrement difficile à avaler. Surtout, ne pas faire de grimace, mais il laisse un arrière goût assez « étrange ».
La collation terminée, les psalmodies reprennent avec toujours le même rythme, entrecoupées d’une voix qui s’élève au dessus des autres. Certains moines sont très concentrés dans leur méditation, mais devant nous, à quelques mètres, il y en a deux qui papotent, qui rigolent et cela semble ne gêner personne. A la fin, on s’éclipse discrètement. Un des moines nous propose de visiter la cuisine. Curieux, on pénètre dans la grande pièce sombre. Identique aux petites cuisines des ladakhis, le poêle avec son trou au dessus, les théières soigneusement alignées, les pots en cuivre, et des marmites... géantes pour faire la cuisine lors des grands repas communs.
Dernier regard sur cette vue extraordinaire, on quitte le monastère pour redescendre à la GH et retrouver Nurbo qui brique sa voiture et prendre enfin un vrai p’tit déj. Celui-là, on l’a trouvé vraiment succulent.
On poursuit un peu plus loin dans la vallée pour rejoindre Hunder, un village à 8 Km. Le paysage est des plus surprenant. Une grande étendue écrasée sous le soleil, pour moitié verte et marécageuse, et pour l’autre moitié un véritable désert de sable avec des dunes. On se croirait dans beaucoup d’autres endroits, mais pas dans l’Himalaya avec en fond d’écran les sommets du Tibet. Arrivé au bout de cette étendue, un troupeau de chameau attend tranquillement les quelques touristes de passage pour les emmener faire un tour dans ce désert.
On reviendra à Diskit à pied. Evidemment, le chemin est simple, il suffit d’aller toujours tout droit. Bien sûr, on se perdra pour déboucher sur des grillages ou des marécages peu profonds, vaseux à souhait qui nous laissent les jambes noires et puantes jusqu’aux genoux. Des chameaux sauvages flemmardent au loin, des zébus essayent de choper un peu d’herbes entre les épineux.
De temps en temps, les sommets sont cachés par les dunes de sables, et on se croirait au Sahara, drôle d’impression.
Enfin un ruisseau sans vase pour se rincer un peu. Un groupe d’hommes et femmes essayent de sortir de l’eau ce qui reste d’un pont en béton enfoui sous l’eau en faisant levier avec de grandes perches. Histoire de pas avoir l’air indifférent, on les aide. Mais même avec 15 personnes supplémentaires, on a du mal à imaginer pouvoir sortir un jour cet énorme truc. Un des indiens essaye de casser avec sa masse des morceaux de béton, rien à faire.
On abandonne et on se retrouve dans un quartier de Diskit, celui des élevages de poules. Nos élevages industriels n’ont rien à envier aux élevages ladakhis. Un nombre impressionnant de volatils dans une petite pièce aérés juste par une demie porte entrouverte, une poussière terrible mélangée de plumes, une chaleur étouffante.
Quelques minutes après, Nurbo nous rejoint pour siroter un petit thé sur une terrasse à l’ombre d’un parasol. Le soleil est haut et chauffe carrément bien, mais l’air est sec. Les chaussures et chaussettes sèchent en un clin d’œil.... On est bien ! La route continue pour aller à Sumur. Spectacle fascinant que de traverser ces immenses étendues de sable. Juste la route, et on arrive enfin dans la vallée de la Nubra en longeant la rivière qui ne sait plus par où passer et se ramifie en de multiples ruisseaux.
A Sumur, Nurbo nous « impose » une GH. « Si elle ne vous plait pas, on changera ». Il prend un petit chemin qui s’éloigne du village et s’arrête devant une petite ferme avec écrit sur un panneau de bois : Largail GH. Excellent choix. On est logés chez « l’habitant » et ils laissent l’été leurs chambres aux touristes de passage. C’est dans la chambre des parents qu’on nous installe. Des tapis, des coussins, des tables basses, des photos aux murs, le tout très colorés. Mon homme, fils de paysans, est heureux. Des vaches (trois), des champs de colzas et de légumes vendus sur le marché, du fourrage à ramasser... un ruisseau (génial pour la lessive) traverse le jardin. Le lieu est particulièrement calme et serein et le temps est superbe.
Les filles de la maison sont très souriantes et nous apportent le thé dès notre arrivée sous les abricotiers.
Balade l’après-midi vers Panamik et les sources d’eau chaudes (brûlantes), l’endroit le plus au nord permis aux touristes. Evidemment, on continue plus loin le chemin à pied, histoire de braver à peine l’interdit. Petit tout au monastère de Sumur, pas terrible de l’extérieur, et on revient à pied par le chemin des écoliers au village. Les chemins sont super bien entretenus, délimités par des murets en pierres sèches en excellent état.
La famille nous accueille de nouveau avec de grands sourires. Le père, la mère, le fils et sa femme avec leur petite fille de 9 mois.
A l’heure du dîner, ils nous invitent à entrer dans la grande pièce familiale pour manger une soupe de légume comme rarement on en a mangé. Un délice. En dessert, un thé.
Tout le monde est là, y compris la sœur de la mère avec son mari et leurs trois filles, venus passer une semaine de vacances. Elle, est instit à Leh, lui, militaire. Leur anglais est parfait et ils ont envie de discuter. Ils nous racontent les relations tendues avec le Pakistan voisin, la difficulté de vivre l’hiver ici quand tout est gelé, les problèmes de santé. Il n’y a pas de médecin à Sumur et il faut se rendre au dispensaire de Diskit. Toute une épopée quand un enfant est malade. Pour les accouchements, les femmes partent quelques jours avant la date prévue à l’hôpital. Mais seulement pour celles qui le peuvent. Les autres accouchent chez elles et parfois, cela finit mal. Dans la maison, il n’y a pas l’eau potable et on verra une des filles redescendre au village avec un jerrican sur le dos. Pour les études, quand les enfants en font, il faut aller au minimum jusque-là Leh et franchir le Kardung La. Une des filles étudient à Jamu, et quand elle part, c’est pour un an.
On retrouve la chambre des parents avec plein d’images en tête et beaucoup d’interrogations. Et cette nuit fut une des plus douces.
Cuisine au monastère.
| | | À: Hialle · 21 janvier 2009 à 10:24 Message 39 de 44 · Page 2 de 3 · 2 285 affichages · Partager Voilà qui s'appelle faire l'éloge de la lenteur  ... Mais le chemin est si beau et les rencontres si précieuses que tu as bien raison de nous laisser du temps pour savourer ton carnet !
A bientôt Pascale..
Dolma | | | À: Dolma · 21 janvier 2009 à 18:34 Message 40 de 44 · Page 2 de 3 · 2 271 affichages · Partager Rien que pour te faire mentir, Dolma  , voilà la fin.
La meilleure nuit que nous ayons passée dans ce havre de paix. Pain, beurre tibétain, fromage blanc au petit déjeuner. Le ciel bleu profond présage d’une journée très chaude. Nous revenons sur Leh avec deux passagères de plus, la mère et sa fille Tensin Nordou qui ne porte ni le nom de son père ni celui de sa mère. Bizarre. Tensin repart pour Jamu où elle fait des études de géographie. 850 Km et 3 jours de bus à partir de Leh. Elle ne reviendra chez elle que dans un an, pour les prochaines vacances scolaires. La remontée du Kardung La se fait dans un paysage grandiose qu’on n’avait pu voir à l’aller, le temps étant trop maussade. On ne se lasse pas de ces sommets, pics et rochers. Le Ladakh est bien le pays des cols. Dans la montée, la mère est prise de forts maux de tête au fur et à mesure qu’on prend de l’altitude. Elle a sans doute aussi le mal des transports compte tenu de l’état de la route et de la conduite sportive que Nurbo nous inflige aujourd’hui. Autant il fut toujours un chauffeur calme et paisible, autant maintenant il ressemble au cheval qui sent l’écurie. La femme reste prostrée à l’arrière de la voiture, pâle, sans un mot, et demande régulièrement de s’arrêter. On n’est pas très tranquille, elle a l’air vraiment mal et les cachets qu’on lui donne font peu d’effet. Arrivé au col, on fait une bonne pause. Nurbo va boire son éternel black-tea, et on en profite pour grimper un peu plus haut histoire de défier l’altitude. Le spectacle est magique avec des sommets enneigés au nord et une très longue crête qui domine la plaine de l’Indus au sud. La tête et les poumons tiennent le coup mais on sent bien que les muscles n’ont pas leur dose d’oxygène. On est entouré d’une multitude de drapeaux à prière qui flottent au vent. La descente sur Leh sera rapide, entrecoupée d’arrêts réguliers pour la mère qui manifestement a l’estomac et les intestins bien dérangés. Une de ces petites pauses se situe juste au dessus d’un camion de lait qui a loupé son virage et qui s’est dispersé dans le ravin en amas de tôles éparses... la vie de tous les jours, la réalité de ces routes du Ladakh... On retrouve Leh. La mère et la fille sont contentes d’être arrivées et leurs joues ont retrouvé des couleurs. Nurbo nous dépose à la GH et on se fait nos adieux. Il a vraiment été extra. Dans ces cas là le plus difficile est de savoir quel est le « cadeau » correct à lui donner. On n’aura jamais la réponse si ce n’est celle de son sourire jusqu’aux oreilles. Petit resto face au pont fait de plaque de désensablement de l’armée où on déguste un massala au doux bruit des Royal Enfield monocylindre.
Le lendemain sera déjà notre dernière journée au Ladakh et comme souvent dans ces cas là, on a déjà la tête un peu partie, on traîne un peu sans but jusqu ‘au moment où on passe devant une boutique qui loue des motos. On n’a pas nos permis, mais le loueur s’en fiche totalement. Tant qu’on paye et qu’on ramène la moto entière, peu importe. Et nous voilà partis sur une Kawasaki Boxer pétaradante, sans casque ni permis, dans la campagne autour de Leh voir de plus près ces paysages qu’on devinait au fonds des vallées. Intense sentiment de liberté et de plénitude. Le soleil est chaud mais la « grande » vitesse de 50 km/h nous donne de l’air. Un peu anxieux au départ, un freinage pas vraiment franc, une circulation dans tous les sens où il faut s’imposer, on a l’impression de partir à l’aventure. Certes, l’aventure est petite, mais c’est tout comme. On va de villages en villages, prenant les routes au hasard, débouchant parfois sur de superbes vieux Gompas perdus sur leur colline, roulant à côté de troupeaux au galop. La route peut se finir parfois face à une rivière où le pont fut emporté par les eaux tumultueuses, où alors devant un panneau interdisant l’accès aux voyageurs sans permis. Il faut finir par rentrer, les fesses en bouillie. Ce fut notre dernière journée aux pays des cols, et le dernier repas fut pris sur une terrasse face au palais dominant la ville. Impossible de le quitter des yeux. Nous n’étions pas partis que déjà la nostalgie nous gagnait. Pourtant, notre route nous emmenait le lendemain vers Delhi, vers ce que j’imaginais depuis des années comme étant la « vraie » Inde, vers un rêve qui me tenaillait depuis toujours.
Le réveil nous sort du sommeil à 4h35 pour l’avion de 6h30 et des poussières. On retrouve ce petit aéroport qui tient plus du hangar qu’autre chose, ces militaires mitraillettes à la main et aux yeux inquisiteurs, le contrôle des bagages, enregistrement, puis de nouveau contrôle des bagages à main vidés intégralement, fouilles au corps, beaucoup de monde, beaucoup de bruit, ordre et contre-ordre... un vrai bordel. L’avion finit par décoller. En un seul regard, on retrouve tous ces kilomètres parcourus sur ces routes dangereuses, ces fonds de vallées, ces petits villages et ses sommets qui nous font passer nos Pyrénées pour des montagnettes presque ridicules. A peine partis qu’on regrette déjà ce pays, ses paysages et surtout ces gens qui nous ont ouverts leurs portes sans rien demander. Qu’est ce qu’on a préféré ? Tout. Avec un faible pour ce moment passé à l’abris de la pluie avec nos papi-mamie Zanskar et leur thé au beurre de yack, pour cet autre moment où on a parlé récolte à Alchi avec une famille, pour celui passé aussi à Tar où les gens savent ce que veut dire l’accueil et le sourire. D’accord, cela fait un peu niais de le dire, mais c’est pas grave. La rencontre avec ces façons de vivre et de réagir tellement aux antipodes des notre me laisse toujours pantoise. Ce qu’on n’a pas aimé ? Une chose... le mal de crâne. Comme s’il fallait passer par la douleur avant le plaisir... mais quel plaisir !
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