Fabricia · 6 juillet 2004 à 15:45 · 51 photos 52 messages · 16 participants · 16 843 affichages | | | | 6 juillet 2004 à 15:45 · Modifié le 27 avr. 2015 à 8:06 Message 1 de 52 · Page 1 de 3 · 9 836 affichages · Partager 1er voyage sur le sol indien -
Quelques mois n'ont pas été de trop pour préparer l'aventure... Des amis, jeunes ou moins jeunes, nous ont tellement parlé de l' Inde, ajoutant leurs récits à mes nombreuses lectures consacrées à l'histoire du sous-continent.
Un jeune couple d'amis, grands voyageurs, nous ont encouragés à partir seuls, en organisant par nous-mêmes tous nos déplacements avec la bible des routards et le Lonely Planet, indispensable. En quatre semaines, nous avions eu la prétention de voir le nord... et le sud ! C'est là que les copains éclatent de rire devant ce programme irréaliste : il faut revoir notre copie, trancher et alléger les étapes... On va se "limiter" au nord, plus une incursion à Katmandou, à ne pas manquer.
Départ prévu : octobre 1994... Quelques jours avant, une bombe éclate dans tous les médias : "Epidémie de peste en Inde du nord", déjà des centaines de morts dans le Gujarat (ouest), médecins "sans frontière" réquisitionnés pour porter secours aux toubibs indiens débordés par les ravages de la terrible maladie. Qu'allez vous faire? demandent nos proches... Nous partons, bien sûr ! Inch Allah ! Vol Nice- Londres, puis Boeing British Airways Londres- Delhi. Nous sommes encastrés dans cette énorme boîte à sardines, entre un sujet de Sa Majesté E. II et un bedonnant citoyen indien. Durant tout le voyage, une série de films débiles va faire la joie des passagers, qui poussent des rugissements de plaisir à la vue des comics diffusés en boucle. Aucun répit : l'équipage, indifférent, se replie dans le fond de l'avion...
Le cauchemar prend fin à l'atterrissage sur le sol de Delhi : le hall de l'aéroport grouille d'une foule bigarrée, colorée, odorante : parfums inconnus, mélange bizarre d'épices et de poussière. Un digne personnage coiffé d'un turban (un Sikh barbu de haute taille) émet un énorme rot sans avoir l'air le moins du monde confus... On s'extrait non sans peine des dizaines de chauffeurs de taxi qui veulent tous nous emmener vers leurs hôtels, plus extraordinaires et cheap que celui qu'on a déjà retenu... Mais nous avons choisi la formule "prepaid", et l'élu embarque nos bagages en toisant ses collègues déçus.
Une petite folie : l'hôtel "Imperial" dont le Routard disait, cette année-là, -confort d'un 5 étoiles pour un prix très raisonnable-... Le taxi quitte la grande avenue pour entrer dans le parc boisé et fleuri, une allée privée qui conduit au palace tout blanc : un superbe portier revêtu de lin blanc ouvre royalement la portière et nous souhaite la bienvenue : "Welcome, Sir" (et moi, je n'existe pas ?)...
Ce n'est pas une chambre, mais une suite, que l'agence Nouvelles Frontières nous a réservée (400 Frs pour 2 la nuit): meublée d'acajou, immense, une climatisation bourdonne et nous berce pendant quelques heures d'une sieste délicieuse.
Un calme étrange règne dans cet immense hall, lorsque nous redescendons dîner : deux serveurs se précipitent vers nous, une carte de plats exotiques inconnus... avec un lexique à l'usage des nouveaux venus.. L'arrivée bruyante d'un groupe de clients vient distraire le personnel : c'est une équipe de "médecins sans frontière" qui vient se refaire une santé dans l'espace paradisiaque de l'Imperial-Garden coffee-shop.
Quatre touristes français sortent de table en drapant un masque de tissu sur le nez et la bouche avant de quitter l'hôtel... "Because of the plague (la peste...)" !!! Ah bon ? On verra bien, demain est un autre jour...
Nuit exquise, petit déjeuner copieux dans les jardins, sous les parasols, pelouses d'épais gazon vert arrosées par des jardiniers appliqués. Il fait déjà chaud, le ciel est uniformément bleu, de grands oiseaux survolent nos têtes en surveillant nos assiettes. Soudain, un des "aigles" fonce en piqué sur une tartine qu'il emporte à grands coups d'ailes vers les toits des immeubles environnants. Les indiens aiment les animaux, tous les animaux : ils vivent en harmonie avec la nature, même en plein centre de cette mégapole.
Repus, harnachés de nos besaces, nous sortons de notre paradis pour découvrir la ville et ses habitants.. Argh !! Une nuée humaine fonce sur nous pour de multiples propositions : "Taxi, Sir ?" - "Come, please and see my shop" - "I am a good guide, I am studiant" - "Give me some coins for my collection" - "Roupies, roupies"..........Bain de foule, et quelle foule ! Nous sommes les deux seuls étrangers sur ce trottoir, les autres sont restés peureusement dans leur pays, peste oblige...Harcelés de tous côtés, sur cette longue avenue dont les pavements sont encombrés de motos, vélos, charrettes, mendiants, marchands, flâneurs, taxis et rickshaws. Ces étranges scooters à trois roues, noir et jaune, surmontés d'une caisse recouverte d'une capote, zigzaguent comme des auto-tamponneuses dans un magma de véhicules pétaradants, crachant d'âcres fumées bleues. Sous la capote, une banquette de moleskine crevée où peuvent prendre place deux ou trois clients, voire davantage. Pourquoi pas un rickshaw ? Emotion garantie : nous n'avons peur de rien, en avant pour le Red Fort dans le quartier Old- Delhi, notre premier rendez-vous avec l' Inde des Grands Moghols... | | |  ....... Quelquechose de différent sur l' Inde, j'aime bien ça...... ben oui, même moi j'ai lu, ça m'a permis durant un court moment d'être plongé au coeur d'une autre Inde visitée par une autre voyageuse avec un regard différent, et ça c'est cool comme dirait mon frère....... 
Merci Fabricia....... | | | fabricia, stp, j'attends la suite ! vite... dolma | | | Mmmmh, quel délice... L' Inde en plein comme on l'a connaît... Merci Fabricia, alors le fort Rouge? Tes impressions??? La suite!!! On veut la suite!!! | | | À: Dolma · 7 juillet 2004 à 11:50 · Modifié le 8 août 2008 à 10:08 Re: Inde, enfin! et Katmandou Message 5 de 52 · Page 1 de 3 · 9 782 affichages · Partager Delhi, 2 octobre 1994 Secoués comme des pruniers, brassés et balancés dans tous les sens, à moitié asphyxiés par les pots d'échappement des camions "TATA" et ceux des bus qui roulent comme des fous, on confie sa peau au conducteur du rickshaw qui se faufile habilement dans les monstrueux embouteillages, sans montrer le moindre signe d'énervement. A chaque carrefour, des "ralentisseurs" à trois hautes bosses réussissent à freiner les ardeurs des conducteurs, les rickshaws doivent rouler au pas, sinon l'engin reste bloqué entre deux "dos d'âne"... Je me demande encore comment nous sommes restés entiers après les kilomètres parcourus à travers les mégapoles indiennes à bord de ces bolides.
La première plongée en Inde est plutôt terrifiante, on se demande ce qu'on est venu faire ici, on est saisi de stupeur devant les multitudes humaines qui déambulent en rangs serrés. On se propulse lentement dans la foule intense qui remplit tous les espaces vides sur les trottoirs défoncés où on manque de trébucher à chaque pas. Il y a d'énormes trous sans protection dont on n'aperçoit pas le fond, dans lesquels on pourrait disparaître sans espoir de remonter un jour... Et tout cela dans les rues de la capitale, Delhi, qui, on le verra plus tard, est la plus civilisée de toutes les villes que nous traverserons par la suite!...
Si on veut aborder l' Inde "en douceur", c'est pourtant par Delhi qu'il faut commencer le voyage.
Sur les grandes avenues de New-Delhi, larges et moins délabrées, des vaches errantes mâchonnent tristement des sacs en plastique. Pas une touffe d'herbe à se mettre sous la dent, elles sont d'une maigreur extrême, mais ce sont des déesses sacrées, respectées et adulées par les indiens. Lorsqu'elles traversent une rue, tous les véhicules ralentissent, les contournent, freinent pour les laisser passer... "Si vous écrasez un (une)indien (ne), vous paierez une amende de 500 roupies... Si vous écrasez une vache, vous ferez au moins 6 mois de prison, montant d'une forte amende en plus..." Voilà qui refroidirait nos chauffards occidentaux !
L' Inde fête aujourd'hui, 2 octobre, la date anniversaire de son Héros, Mahatma Gandhi, né en 1869, la "Grande Ame" est vénérée à l'égal d'un dieu par tous en ce jour de fête officielle. De nombreuses manifestations se déroulent d'un bout à l'autre de Delhi, dans les rues obstruées par des défilés d'hommes venus de l'état voisin (Uttar Pradesh) qui expriment leurs revendications par d'immenses banderoles, accompagnés de trompettes et de cuivres, ces fanfares traditionnelles présentes à tous les grands événements. Cet état limitrophe de Delhi est l'un des plus pauvres de l' Inde et demande, depuis des années, son rattachement administratif à la capitale afin de bénéficier de meilleures conditions de vie...
Dans notre exploration de ce matin, une visite au lieu de crémation de Gandhi est prévue, mais notre chauffeur de rickshaw renonce à nous y conduire, il nous explique dans un sabir anglo-indien que la police a barré la grande avenue, et c'est très dangereux : "ils tirent au fusil sur les manifestants"... Nous restons dubitatifs devant son geste d'armer le fusil et ses "pan-pan" évocateurs...
Demain matin, sur la 1ère page du "Times of India" et " India To-day", quotidiens glissés chaque jour sous la porte de notre chambre, nous lirons en lettres énormes : "Hier, 2 octobre 1994, 40 personnes ont été tuées par la police indienne au cours des manifestations à Delhi !"... Diable, quelle férocité!!! Images attachées: | | | Voilà mon instant préféré : la lecture de cette aventure racontée avec un tel talent ! on pourrait pas en avoir un peu plus long la prochaine fois ?
J'adore... dolma | | | À: Dolma · 7 juillet 2004 à 18:13 · Modifié le 8 août 2008 à 10:05 Re: Inde, enfin! et Katmandou Message 7 de 52 · Page 1 de 3 · 9 760 affichages · Partager DELHI, 2 octobre (suite)
Sur les chapeaux des trois roues de notre superbe carosse, nous arrivons enfin devant le Red Fort, murailles de pierres rouges crénelées édifiées le long de la rivière Yamuna. Dès qu'on pose le pied à terre, tous les petits marchands de cartes postales foncent sur nous en dépliant leurs marchandises.. Comment refuser, mais comment acheter à chacun d'entre eux des chapelets de cartes (toutes les mêmes) ? On fait des déçus, bien sûr.
Tout près, la grande mosquée Jama Masjid, éblouissante de majesté. Les tombeaux d'Humayun et Isa Khan, dans leurs parcs immenses, à l'écart de la ville, sont un hâvre de paix et de piété. Emerveillement, somptuosité, nombreux visiteurs indiens en ce jour de fête, pratiquement aucun occidental (la peste, toujours elle... dont on n'entend plus parler depuis qu'on est arrivé à Delhi).
Pause relaxante à l'ombre des palmiers de l'Imperial-Garden, sous l'oeil curieux des oiseaux habitués des clients. On aperçoit quelques vautours juchés sur les toits alentour, des merles effrontés se posent sur les tables pour picorer les reliefs de nourriture. Un couple de chiens très familiers appartient au gérant du palace, deux ou trois chats viennent faire connaissance avec nous.
L'après-midi est consacré aux tombeaux de Safdarjung, les jardins Sikander Lodi's, emmenés de force par le rickshaw du matin qui s'est pointé avec un grand sourire dès notre sortie de l'hôtel.
Un tour dans la galerie marchande de l'Imperial et ses vitrines scintillantes, joyaux, objets d'art, vaisselle précieuse, ivoires et cuivres, soies royales... et des saris de Benarès... Le marchand déploie les magnifiques tissus brodés d'or et de paillettes dont les élégantes indiennes raffolent : princesses ou pauvresses, toutes les femmes sont vêtues de cet élégant costume de couleurs vives, qui leur donne une allure de reine.
Mais le temps passe très vite et il nous faut préparer la suite du voyage : des billets d'avion pour aller à Katmandou. Une agence Travels Cook nous vend immédiatement deux places : les touristes ne se bousculent pas...
New-Delhi : il faudra plusieurs voyages pour bien la connaître. Le centre vital, c'est la Connaught Place, coeur des affaires internationales avec ses buildings ultra-modernes de verre et d'acier, où les grandes banques ont toutes leur siège. Il est interdit de photographier ces gratte-ciel, les gardiens armés de leur lathi (bâton de bambou solide et dissuasif) veillent comme des bouledogues et me prient de ranger mon Canon...
Après ce bain de luxe et de richesses, retour au Moyen-âge : Nizam-ud-Din, une cour des miracles au sud-est de la ville. C'est une enclave musulmane où sont édifiés des tombeaux de saints vénérés par tous les misérables estropiés, qui attendent, vautrés dans la poussière des ruelles, un improbable miracle ou, à défaut, une aumône pour soulager leurs souffrances. Nos regards apitoyés les réveillent : on n'échappe pas à la distribution de pièces et billets dans leurs mains ouvertes. Une petite fille en haillons qui court derrière nous en suppliant "roupies, roupies", arrache nos dernières pièces de monnaie.
Un pélerinage inévitable sous la protection du caïd religieux, qui nous demande d'ôter nos souliers impurs, nous guide à travers les dédales du sanctuaire parmi les tombes recouvertes d'offrandes. A la sortie, il faut signer le Livre d'Or où figurent de prestigieux paraphes apposés par les visiteurs précédents : "Alain Peyrefitte et Gérard Depardieu (!!!)" et don obligatoire de 100 roupies minimum...
Nos chaussures nous attendent sagement à la sortie : et les jardins d'Humayun offrent un abri aux touristes épuisés. On s'écroule sur un banc à l'ombre d'un gigantesque banyan, dont les énormes racines aériennes nous entourent de leurs colonnes végétales. Immédiatement me revient le souvenir d'un livre de Jean Clausel, "Indes", où il raconte : "Assis sous l'immense banyan, je compare ses racines plongeantes à d'énormes serpents lorsque je sens un frôlement sur mon bras... Horreur, c'est un vrai serpent qui s'est laissé tomber de la branche et disparaît dans l'ombre du taillis..."
Je ne quitte pas des yeux ce parasol inquiétant... Les serpents n'aiment pas les quartiers bruyants. Images attachées: | | | À: Parvat · 8 juillet 2004 à 12:00 · Modifié le 27 avr. 2015 à 8:03 Re: Inde, enfin! et Katmandou Message 8 de 52 · Page 1 de 3 · 9 743 affichages · Partager DELHI... et KATMANDOU
3ème soir - Infidélité à notre cantine de l'Imperial : nous nous régalons d'un délicieux repas au restau "El Arab", Connaught Place, adresse recommandée par notre bible de voyage, où l'on retrouve quelques frenchies venus se refaire une santé après les brûlants volcans de curry noyés de piment incendiaire. La cuisine indienne, c'est "quelques grains de riz sous une montagne de poudres ardentes"...
J'ai déjà goûté à ces plats redoutables qui m'ont brûlé les papilles : après quelques bouchées, nécrose des muqueuses garantie !
4ème jour - Il commence par un "Happy birthday" à mon mari préféré. On fêtera cela d'une façon originale en fin d'après-midi. Il faut absolument visiter le " National Museum", du plus haut intérêt, situé dans le quartier des ambassades, dans l'ancienne résidence des colons anglais, au milieu de larges espaces verts si chers aux sujets britanniques.
Il faut quitter notre bel Imperial, où nous nous sommes fait deux amis : les serveurs du Garden coffee-shop, tout étonnés par ces deux clients qui sont restés trois nuits dans ce paradis. D'habitude, les touristes ne s'y attardent pas, et se suivent dans l'anonymat des groupes. Nous avons discuté avec eux deux, échangé nos adresses, répondu à leurs questions sur notre vie en France. A leur tour, ils nous ont parlé de leurs vies respectives. L'un est hindou, l'autre musulman. Ils ont eu la chance de faire tous les deux des études de tourisme, à l'issue desquelles ils ont été engagés dans ce palace.
Ce sont deux amis, bien que l'un soit de religion hindoue et l'autre musulman. Le premier, marié, n'a que deux enfants : "Je veux leur donner une bonne éducation pour qu'ils vivent bien". L'autre, marié aussi, a une nombreuse progéniture, "six petits, selon la tradition familiale...". Il sait qu'il devra faire de nombreux sacrifices pour donner à chacun d'eux l'instruction indispensable pour émerger de la misère...
Adieux émus à Prachad et à Kumar... Valises embarquées dans un taxi, direction International airport, interminables formalités et nombreux questionnaires à compléter pour quitter le territoire indien. Une halte rafraîchissante dans le lounge de la Royal Nepal nous fait reprendre un peu de forces... pour la visite médicale obligatoire avant l'embarquement : le Népal se méfie de la "peste indienne" alors qu'il offre bien d'autres choléras et charmantes fièvres sur son territoire...
Exigences sanitaires satisfaites, nous voici installés dans l'Airbus, direction Katmandou, classe "caviar" (1ère). Il ne restait plus que ça : on aurait tort de se plaindre, car champagne et repas raffiné servis par les belles hôtesses en tenue népalaise traditionnelle, vont fêter l'anniversaire de mon mari.
Un riche lama tibétain en surplis violet se prélasse, lui aussi, dans cet espace privilégié (pas vraiment détaché des biens de ce monde, ce personnage dont le servant est parti se caser au fond de l'avion, classe "canigou")... Il fait nuit, malheureusement, lorsque nous survolons les Himalayas.
KATMANDOU - Népal -
Landing, débarquement et récupération des bagages, en prise avec de nombreux chauffeurs de taxi qui sautent sur les voyageurs à la sortie de l'aéroport de KTM. Trois individus se sont tassés sur le siège-avant de la vieille guimbarde qui nous conduit en ville, vers le Tibet-House retenu. Ces pieds nickelés aux faces de mongols rusés commencent à nous saoûler avec un "superbe hôtel", bien plus confortable que le nôtre, qui est complet, qui a brûlé la nuit dernière, etc... Restons fermes face à leur baratin de petits malins, sempiternelles histoires à dormir debout que tous les voyageurs connaissent par coeur.
Fini, le luxe impérial ! Très simple, le Tibet-house n'offre que l'essentiel : une chambre située dans une aile bétonnée, deux lits et un placard riquiqui, un vieux fauteuil incrusté dans une moquette râpée, une salle d'eau réduite à sa plus simple expression. Une nuit agitée car les fenêtres donnent sur une rue très bruyante : quand l'activité nocturne se calme enfin, c'est alors un concert d'aboiements incessants qui se déclenche jusqu'à l'aube, relayé par les roucoulements des pigeons installés sur le rebord de nos lucarnes...
Sous le soleil matinal, surprise : Katmandou est une merveilleuse petite ville qui sort à peine du moyen-âge. Eblouissement des tableaux vivants dans ces ruelles bordées de temples, vieilles maisons en bois, courettes pavées où dorment des dizaines de chiens galeux qui se reposent de leur chahut nocturne, vaches errantes, bagnoles d'un autre siècle, vélos, pousse-pousse, motos, ânes, chèvres, et une marée humaine qui déambule chargée de fardeaux monstrueux : on se déplace lentement au milieu de ce fouillis en pataugeant dans la bouillasse des dernières pluies. Un gringalet avance plié sous le poids d'une armoire (vide ou pleine ?)qu'il porte à travers la ville...
Objectif premier de notre journée : trouver vite un autre hôtel plus agréable. Au bout d'une ruelle semée d'immondices répugnants, on découvre le hâvre de paix inimaginable si proche du cloaque : le "Mustang Hôtel" se cache au milieu d'un jardin fleuri, derrière une haute grille gardée par une sentinelle armée d'un vieux tromblon, qui nous salue et ouvre le portail. Accueil courtois du directeur, un homme distingué dont on saura, ce soir, qu'il est l'héritier du royaume du Mustang, cette province du Tibet envahie par les chinois. La famille princière s'est exilée ici, à Katmandou, et gère l'hôtel simple et impeccable qui va devenir notre home pour quelques jours... Images attachées: | | | merci fabricia, pour le récit, pour sa longueur (et en plus j'avais 2 textes à lire ce matin  ) et pour le charme des mots... j'attends la suite bien sûr !! dolma | | | À: Dolma · 10 juillet 2004 à 11:42 · Modifié le 7 août 2008 à 17:49 Re: Inde, enfin! et Katmandou Message 10 de 52 · Page 1 de 3 · 9 701 affichages · Partager Si je m'attarde un peu sur le choix de nos abris hôteliers, c'est qu'ils représentent une parenthèse réconfortante au retour de nos sorties au coeur de la vraie vie indienne. Dès qu'on met un pied au-dehors, on reçoit un choc brutal, confronté à la misère et à l'extrême pauvreté, dont on n'a pas idée tant qu'on ne l'a pas vécu...
Un jeune copain, routard "sac à dos", Frank, nous a raconté son premier voyage en Inde.. "Je suis arrivé au milieu de la nuit, épuisé, le chauffeur de rickshaw m'a trimballé jusqu'à un hôtel minable de Old Delhi, et je me suis écroulé sur une paillasse douteuse où j'ai dormi une douzaine d'heures, complètement abruti... A mon réveil, dès que je suis sorti sur le trottoir, j'ai été saisi à la gorge par les multitudes de passants qui se sont jetés sur moi, la main tendue... C'en était trop, je ne me suis pas senti capable de faire un pas de plus... Encore un peu de répit... Je suis rentré dans le hall en me disant - plus tard, dans quelques heures, il faudra bien que je m'y fasse..."
Moi non plus, je ne m'habituerai jamais au spectacle de ces campements de toile et de cartons, posés à même les trottoirs, où des ombres humaines se réfugient à la nuit tombée. Des familles entières sont arrivées dans la capitale de l' Inde fuyant les campagnes, croyant trouver l'eldorado qui les tirera de leur triste condition. C'est une illusion, ils s'aperçoivent très vite qu'ils n'ont vraiment plus rien, livrés à la mendicité et à la générosité, très rare, de leurs compatriotes. Je n'ai pas vu beaucoup d'indiens faire l'aumône à ces petits mendiants suppliants, qui ont vite repéré les quelques étrangers saisis de pitié et de culpabilité...
Ce soir, au "Mustang", un dîner tibétain nous est servi dans le jardin, par Tensing, un jeune serveur à l'allure de sherpa, qui est allié à la famille du propriétaire. Il se tord de rire en nous répondant en français, qu'il a décidé d'apprendre au contact des clients de passage, comme s'il nous faisait une bonne blague : "à botre serbice !" dès qu'on le remercie... Une atmosphère de sérénité et de chaleur règne dans cet hôtel, qui ressemble davantage à une maison d'hôte où les voyageurs sont reçus et servis comme des amis.
A côté de nous, un couple de jeunes français, installés ici depuis plusieurs semaines. Le garçon, d'origine savoyarde, est guide de trek, et sa douce compagne peint de jolies aquarelles inspirées de ses promenades aux environs de Katmandou. Durant les cinq jours passés ici, il arrivera plusieurs autres étrangers venus des quatre coins du monde pour escalader les pentes jusqu'au camp de base des 8000 m... Au retour d'un trek, un groupe s'est réfugié ici, pour se remettre de la mort de l'un d'eux, qui a succombé au "mal des montagnes"... On a réalisé en les voyant les risques majeurs que prennent certains marcheurs présumant trop de leurs forces.
Les hauts lieux de KTM se trouvent sur Durbar Square, coeur vivant de cette ville légendaire, profusion de temples, palais, pagodes, un kaléidoscope animé, bruyant, fascinant, où se côtoient le passé et le présent dans la poussière et les fumées de milliers de motos et scooters, qui sillonnent places et ruelles dans un mouvement perpétuel. A force de tourner et zigzaguer dans le labyrinthe des allées toutes pareilles, on s'est perdus... Malgré un sens de l'orientation digne de l'ancien fantassin qui partage ma vie, nous sommes déboussolés ! Il ne reste plus qu'un moyen pour nous remettre sur la bonne piste : un cyclopousse tracté par un joyeux népali qui voit là l'occasion de sa journée...
Pourtant, on s'était juré de ne jamais grimper dans ces engins qui nous font ressembler à des pachas paresseux. Mais l'homme nous prie d'accepter son aide, c'est son seul gagne-pain... et s'il n'a pas de client, c'est le désastre. Donc, assumons la honte et faisons-nous les plus légers possible... Debout sur les pédales, appuyant de tout son poids, il a vite fait de nous déposer en terrain connu...On lui donne le triple de la somme annoncée pour se dédouaner un peu...
Les jours suivants, on retient un vieux clou à quatre roues et un moteur pour la Vallée. Le fameux temple de Swayambunath : le stupa surmonté d'une coupole blanche et son clocheton orné des yeux du Bouddha qui fixent imperturbablement l'horizon. Des pélerins innombrables s'attardent devant les moulins à prières qu'ils font tourner dans une ronde incessante. D'autres bipèdes, les fameux singes qui peuplent la colline et dont il faut se méfier : ils arrachent prestement des mains des visiteurs les sacs, appareils photos, lunettes, et grimpent avec leurs trophées sur les toits, en narguant leurs victimes... Partout, des vendeurs népalis ou tibétains ont disposé des bols en cuivre (les "bols chantants" qui émettent un son mélodieux lorsqu'on en frotte les bords avec un morceau de bois), des poëlons, des pots à thé, des moulins à prières miniatures, des images de Bouddha, des tissus à accrocher en signe de prières aux arbres des jardins... Marchands du temple...
Patan, Pashupatinah, Bodnath, Bhaktapur...toutes ces villes anciennes sont un enchantement, où nous restons des heures à errer dans les palais presque déserts, si évocateurs des siècles passés. Je mitraille toutes ces merveilles, prenant des photos sous tous les angles, quand j'entends une voix m'interroger : "Where do you come from ?" C'est un joyeux gamin juché tout en haut d'une pagode, qui éclate de rire quand je lui annonce ma patrie : "Ah, fronçaise, fauchée,... lâche moi les baskets !"... Je réalise alors qu'il a reçu des dizaines de réponses de certains compatriotes, exaspérés par les sollicitations pressantes des habitants... J'ai envie de me cacher dans un trou de souris... Comment ose-t-on dire qu'on est fauché quand on vient en "touriste" du bout du monde chez ces pauvres gens qui n'ont presque rien pour vivre?... Images attachées: | | |  ....... Génial, un vrai carnet de voyage authentique et plein des doutes et surprises qui assaillent le voyageur à la découverte de terres inconnues..... j'adore et suis fan, mais je ne suis pas surpris...... ça donne envie de réécrire soi même....
Mille mercis et mille bisous...... | | | Que dire d'autre que merci et encore merci ! tu nous fais partager ton voyage avec tant de vie et d'émotion... A bientôt pour la suite. Dolma | | | Merci, ca me replonge en terrain connu et adoré.... | | | J'ai pris beaucoup de plaisir à raconter les premières journées indiennes et népalaises restées si présentes dans ma mémoire. Ce forum m'a permis de leur donner l'occasion d'apparaître devant des lecteurs sympas, tels que toi, Marsu, Alan, Nawal, Parvat, et d'autres que je ne connais pas encore...
Merci à vous tous, avec qui je partage la passion des aventures lointaines.
A la semaine prochaine, pour la suite... Bon week-end, amitiés, | | | Oui, Alan avait raison en me conseillant de lire ton post...je n'avais jusqu'à aujourd'hui point pris le temps de lire ton carnet...Riche en vocabulaire, ton récit retranscrit à merveille tes ressentis, tes inquiétudes... Réellement transporté par tes mots dans ce pays si fascinant, unique, envoutant et terrifiant à la fois...je dois te remercier...
Amicalement
yann | | | À: Yann · 12 juillet 2004 à 11:39 · Modifié le 7 août 2008 à 17:28 Re: Inde, enfin! et Katmandou Message 16 de 52 · Page 1 de 3 · 9 526 affichages · Partager Déjà presque une semaine que nous sommes à Katmandou... Nous devons songer à poursuivre le voyage, prochaine escale, Bénarès ( Varanasi), sur les bords du Gange.
Une dernière promenade sur l'esplanade du Palais royal, à l'ombre des "arbres à bats" : durant le jour, de gros fruits noirs se balancent accrochés aux branches, et à la nuit tombée, ces grappes étranges se secouent, déploient leurs ailes et s'envolent dans un sombre nuage vers d'autres destinations. D'énormes chauves-souris comme on n'en avait encore jamais vues.
Accroupis sur le trottoir, quelques squelettes vivants aux doigts mutilés espèrent que les passants s'arrêteront et leur feront l'aumône : des lépreux au visage déformé, membres atrophiés... On glisse des billets pliés dans la poche de leur tunique. Un peu plus loin, un saddhou, immobile et pétrifié, les jambes enchevêtrées autour de son cou, dans une posture de méditation, attend lui aussi les espèces sonnantes et trébuchantes dans l'écuelle posée à ses côtés...
Tous les habitants de Katmandou ont fêté "Dashera" en famille, c'est le Noël népalais : hier soir, au Mustang, le prince héritier et les siens ont fait un dîner spécial et une distribution de jouets à leurs jeunes enfants. Le personnel était invité à partager les réjouissances avec les hôtes. Nous avons respecté leur intimité et sommes allés manger dans le quartier de Thamel, l'enclave touristique où se regroupent les agences de treks, les restaurants exotiques, une immense librairie, "Pilgrim's books", pâtisseries et salons de "chaï", boîtes à danser et à écouter toutes les musiques du monde...
Nous faisons des adieux émus à notre pension Mustang, et promettons au directeur de recommander son hôtel à nos amis voyageurs...
Katmandou airport : notre avion se fait attendre longuement, c'est la fameuse "navette" qui va et vient entre le Népal et Delhi, et dépose son lot de passagers à Agra, Kadjuraho, Varanasi et revient les chercher, visites faites.
Près de nous, assis sur les bancs de la salle d'embarquement, on parle français... Intrigués, nous lions conversation avec deux compatriotes, père et fils, de retour du Tibet, et qui râlent (comme tous les français) contre ces deux heures d'attente. On va apprendre, très surpris, qu'ils vivent à St-Laurent du Var, à quelques dizaines de kilomètres de chez nous ! Ils sont montés dans l'avion avec deux lourdes valises, remplies de boîtes de conserves par crainte de crever de faim dans leur périple... Et qu'ils remportent, pleines, avec eux en France. Ils n'ont pas eu une seule seconde l'idée d'en faire don à des locaux plus démunis qu'eux...On fait profil bas devant tant d'égoisme !
C'est dans une obscurité complète que nous atterrissons dans la ville la plus sacrée de l' Inde, Bénarès rebaptisée Varanasi par les indiens (du nom des deux rivières, Varana et Asi, comme nous l'explique le chauffeur du taxi). Il a bien voulu nous amener à l'hôtel qu'on avait repéré dans un guide... Les tarifs affichés dans le hall nous font ressortir aussi vite. Faisons confiance au conducteur qui suggère un nouvel établissement, qui devrait nous convenir, selon lui. Bravo pour son intuition, "Ideal Tops" se révèle très agréable, tout à fait à notre goût ainsi qu'au budget prévu. Rendez-vous est pris avec le même taxi, demain dès l'aube, pour la découverte des rives du Gange, au lever du soleil, le grand spectacle rituel des dévotions chaque matin renouvelées... Image attachée: | | | A chaque fois c'est le même rituel : plaisir de lire le récit, déception d'arriver déjà à la fin et impatience d'attendre le prochain...
Mais les mots, les images, les émotions restent dans la mémoire, ça permet d'attendre le jour suivant.
Quels jolis textes !
Dolma | | | Namaste Fabricia,
Merci pour ces quelques impressions aux images si palpables...Je n’ai lu que Delhi pour ne pas me disperser... Je n’ai qu’une hâte, que le sablier coule plus vite pour que je puisse à mon tour découvrir tout cela...
Je t’embrasse bien amicalement
Phil | | | À: Phil64 · 14 juillet 2004 à 11:25 · Modifié le 8 août 2008 à 13:32 Re: Inde, enfin! et Katmandou Message 20 de 52 · Page 1 de 3 · 9 471 affichages · Partager Varanasi (Bénarès) rives du Gange - Khajuraho
Le taxi se propulse avec lenteur parmi la foule qui se dirige, elle aussi, vers le fleuve sacré. Les rues sont obstruées par une marée humaine qui s'écoule au milieu de toutes sortes de véhicules à moteur et à pédales. Des cortèges funèbres se suivent en direction du quai des crémations, porteurs chargés de litières fleuries où l'on devine des corps en quête d'éternité.
Nous voici enfin à bord d'une longue barque louée pour quelques heures, le vieil homme très digne rame doucement tandis qu'un guide bavard décrit les monuments édifiés sur la rive gauche du Gange. Même dilemme à chacune de nos visites : on aimerait découvrir seuls ces lieux dont on a lu tant de descriptions, mais l'insistance des préposés aux visites nous apitoie au point de céder, la plupart du temps, à leurs propositions d'accompagnement... Le voyageur étranger représente la seule manière de se faire un peu d'argent... Tout au long de nos voyages, nous supporterons ainsi la présence de ces gars dont on essaiera de comprendre les explications dans un anglais très approximatif...
Spectacle extraordinaire de milliers de pélerins se baignant dans les eaux magiques qui défile au rythme lent de notre barque, glissant doucement le long des ghats (escaliers de pierre) surpeuplés à cette heure matinale. Comme un film en couleurs, la promenade mythique nous transporte dans un autre monde, sur les flots aux pouvoirs surnaturels, vénérés par l' Inde tout entière. Il faut mourir à Varanasi pour être assuré du bonheur dans l'au-delà, échapper au cycle sans fin des renaissances et accéder au suprême délice, le Nirvana...
La foule bien vivante qui patauge dans l'eau se consacre à toutes sortes de dévotions, la toilette y est fort recommandée, femmes et hommes se savonnent soigneusement avant de plonger entièrement dans le saint liquide, dont ils vont boire quelques gorgées pour se purifier ! Car le Gange est pur, au sens divin du terme, malgré d'innombrables déchets qui flottent à la surface (cadavres de bébés, animaux crevés, immondices et mille rejets chimiques ainsi que les cendres des corps incinérés) : gigantesque bouillon de culture. On frémit d'horreur à l'idée de tremper, ne serait-ce qu'un orteil, dans cet ignoble chaudron.
Les indiens ont l'esprit large, des milliers de divinités sont honorées dans la plus grande liberté, et ils nous posent souvent la question : "Quel est votre Dieu ?". Il ne faut surtout pas répondre "aucun", comme on l'a fait la première fois : ils en sont tout retournés, - comment peut-on vivre sans croire à un Etre supérieur ? -
A quelques kilomètres de Varanasi, Sarnath est un haut lieu de culte bouddhiste. Là encore, des dévots en robe safran méditent, accroupis dans la prairie entourant l'immense stupa autour duquel déambule une longue file de pélerins. Il faut toujours contourner les temples dans le sens des aiguilles d'une montre, sous peine de sacrilège !
Vite, retournons dans notre abri provisoire, à l'hôtel si propre, si calme, après les émotions matinales... Ce qui va faire un des remords de ma vie de voyageuse me remplit encore de honte : je me suis trompée de numéro de téléphone intérieur, pensant avoir au fil le préposé à la "laundry" (service blanchisserie), l'employé me fait répéter deux ou trois fois ce que je désire, et raccroche... Cinq minutes après, un serveur frappe à la porte de notre chambre avec une théière et deux tasses... J'ai confondu "laundry" avec "room-service"... Je lui explique la méprise en refusant son plateau, comme une "memsahib" du temps de la colonisation... Qu'il me pardonne, où qu'il soit aujourd'hui...
Au fait, on a complètement oublié la peste, les journaux indiens ne parlent que de cas isolés dans le Gujarat, région particulièrement soumise à ce fléau après chaque mousson. Grâce aux nombreuses annulations des voyagistes, les troupeaux de touristes tant redoutés sont singulièrement réduits dans les hôtels, sur les sites, ainsi que sur les vols intérieurs. On ne rencontre que quelques couples, français, anglais, australiens ou scandinaves qui ont bravé l'affolement collectif. Une famille anglaise - maman, papa, et deux petits de 8 et 6 ans, nous suit dans notre périple. Nous les retrouvons souvent dans les mêmes hôtels ou dans nos promenades.
Khajuraho -
Les fameux temples, mondialement connus pour leurs sculptures coquines, attirent les touristes émoustillés. L'ensemble de ces admirables monuments est situé en pleine campagne. L'avion atterrit au milieu des champs cultivés, quelques hôtels sont édifiés de part et d'autre d'une petite route qui traverse le calme village. Outre le confort de l'hôtel Clarks Bundela, un palace tout neuf aux trois-quarts vide, on apprécie le silence et la solitude tout à fait exceptionnels en Inde. C'est une trêve bienvenue au milieu de notre frénétique voyage.
Une étape idyllique comme on en rêve, parmi les temples décorés de sculptures audacieuses représentant dieux et déesses enlacés, dont les attitudes érotiques évoquent le Kama-Soutra. Les étrangers écarquillent leurs yeux pour observer ces chefs d'oeuvre, immortalisant ces raretés sur caméra, afin de les exhiber aux copains dès leur retour. Les temples sont encadrés d'arbres centenaires qui ombragent délicieusement les charmants édifices de pierre ocre. Des jardiniers soignent les somptueux massifs de fleurs exotiques qui forment un écrin raffiné, à l'image d'un paradis terrestre.
Au coeur du village, un musée expose de nombreuses statuettes rassemblées sous des vitrines, à l'abri de possibles dégradations. Le gardien nous suit pas à pas, expliquant les détails de chaque objet, fier de démontrer son savoir aux quelques visiteurs venus jusqu'ici.
Dehors, la vie continue autour de ces sublimes antiquités, les habitants sont tous cultivateurs. Une intense activité règne dans les champs. Au soleil couchant, de longues files de paysans reviennent chargés d'énormes brassées de feuillages posés sur leur tête. Démarche altière des femmes vêtues de saris éblouissants qui défilent à l'horizon comme des mirages sur fond de ciel irisé...
Sourires des nombreux enfants qui viennent vers nous, les plus grands ont souvent des bébés dans les bras ou posés dans des paniers en équilibre sur leur tête... Tout ce petit monde s'approche et pose les habituelles questions : "Where do you come from ? - What is your name ? How old are you ? Do you have children ?" On distribue à chacun bonbons et roupies qu'ils empochent avec un grand sourire, leurs yeux de diamant noir nous disent merci (il semble que ce mot ne soit jamais prononcé dans les diverses langues indiennes, mais les regards sont suffisamment éloquents).
Ici, rien de comparable à ce que nous avons vu dans les grandes villes : il n'y a ni mendiants, ni rabatteurs, ni estropiés pour fondre sur les voyageurs et leur arracher pitié et aumônes, au grand jeu de la misère. Pourtant, l'endroit n'est pas riche, mais les conditions de vie sont beaucoup moins dramatiques à la campagne. On a souvent honte d'être aussi privilégiés en face de ces millions de pauvres en marge de la société. Que faire ? Nos gestes de générosité sont une goutte d'eau dans leur dénuement, et pourtant, Mère Térésa dit : "L'océan est fait de milliards de gouttes d'eau." Images attachées: | Carnets similaires sur l'Inde: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 5 929 visiteurs en ligne depuis une heure! |