Je n’ai vu le film que très récemment et alors que tous mes amis m’avaient dit « c’est GENIAL », c’est le CHEF d’OUVRE de l’année etc... En même temps l’Académie des oscars leur a donné raison !
J’ai beaucoup aimé le film car on y retrouve l’
inde des bidonvilles et que la réalisation est très soignée. Ceci dit le film que j’ai le plus aimé récemment avec l’
Inde en toile de fond c’est « The
darjeeling limited » de Wes Anderson: chef d’œuvre !!!
Je me permets d’ajouter dans ce post parce que j’ai retrouvé un article paru dans l’édition du journal « le monde » du 31 janvier 2009 (par Sylvie Kauffmann) qui m’avait fortement interpelé :
« En
Inde, tout finit souvent par un procès, et les plus grands succès hollywoodiens ne sauraient faire exception à la règle, au contraire. C'est ainsi que Christian Colson, producteur du film
Slumdog Millionaire, Danny Boyle, son réalisateur, et la société de distribution Warner Bros viennent d'être informés par un tribunal de
Bombay qu'ils font l'objet d'une enquête judiciaire pour avoir
"heurté les sentiments des habitants des bidonvilles". La plainte a été déposée par un travailleur social, Nicholas Almeida, qui les accuse de
"fomenter, au sein de l'establishment capitaliste, la haine contre les pauvres des taudis".
Nicholas Almeida n'est pas seul dans sa croisade. Tapeshwar Vishwakarma, secrétaire général du comité d'action des habitants des bidonvilles, a choisi, lui, d'attaquer en diffamation deux compatriotes, deux grands noms de Bollywood, A. R. Rahman, compositeur de la bande-son du film, également connu sous le nom de "Mozart de Madras", et l'acteur Anil Kapoor, qui y tient l'un des principaux rôles, pour avoir appelé les Indiens des
"chiens" et les habitants des taudis des
"chiens de bidonville". Sans attendre l'issue de ces poursuites, les
"chiens" ont commencé à manifester devant certains cinémas et à brûler des effigies de Danny Boyle.
Slumdog Millionaire, sorti en
France le 14 janvier, raconte l'épopée d'un gamin des taudis de
Bombay qui, contre toute attente, triomphe dans l'émission "Qui veut gagner des millions ?". Paré de quatre Golden Globes et de dix nominations aux Oscars, considéré par le
Wall Street Journal comme le
"premier chef-d'oeuvre mondialisé du monde cinématographique", le film n'a été présenté sur les écrans indiens que le 22 janvier, mais la polémique a vite dépassé le combat des
"chiens". Dans ce pays où le cinéma est roi, il n'est guère un critique qui n'ait donné son avis, un aficionado qui n'alimente le débat sur Internet, un acteur qui parvienne à se tenir à l'écart. Un film britannique glorifiant la misère des taudis de
Bombay porté aux nues ? Pour certains, le choc est rude.
Certes, le
Gandhi de Richard Attenborough avait aussi enflammé Hollywood, qui lui attribua huit Oscars. Mais c'était une coproduction anglo-indienne, et, surtout, l'
Inde de 2009 n'est pas celle de 1982. Même touchée par la crise financière mondiale, l'
Inde du XXIe siècle a la croissance ambitieuse, une classe moyenne dynamique et un peloton de milliardaires de choc. Le héros bollywoodien est généralement beau, branché, riche ou en passe de le devenir. Et voilà Danny Boyle accusé de donner dans le
"poverty porn", le
"porno de la pauvreté". Le critique de cinéma Gautaman Bhaskaran déplore cette oeuvre
"qui rabaisse l'Inde pour flatter l'autosatisfaction du monde blanc".
"Ce film, c'est l'Inde vue par les Blancs, commente un internaute sur son site.
Le problème, c'est que si le film gagne un Oscars, aux yeux du monde cette Inde des Blancs devient l'Inde, la vraie." Le grand acteur Amitabh Bachchan laisse écrire sur son blog que le film
"provoque dégoût et douleur chez les nationalistes et les patriotes". Le magazine
Outlook India reproche à Danny Boyle
"son obsession de la merde" - déjà observée dans un autre de ses films,
Trainspotting - à propos d'une scène où l'enfant plonge dans les excréments pour aller arracher un autographe de son idole, Amitabh Bachchan, précisément :
"La tendance du jour, c'est de montrer le bas-ventre de l'Inde, l'Inde qui ne brille pas."D'ailleurs, comment expliquer autrement qu'une industrie aussi prolifique que Bollywood ne décroche jamais un Oscar ? Autrement dit, le même film réalisé par un Indien aurait-il eu autant de succès en Occident ? D'autres critiques se placent plus sagement sur le terrain esthétique.
Slumdog Millionaire, ce n'est ni
Los Olvidados, de Buñuel, ni
Cidade de Deus, le film brésilien sur la violence des favelas, disent-ils.
"Un film correct, pas un grand film", auquel le public indien fait pour l'instant un accueil prudent.
Intellectuel de
Bombay, homme de théâtre, acteur de cinéma à ses heures, Gerson da Cunha est profondément agacé par ce débat.
"Nous tolérons nos bidonvilles, nous les laissons proliférer, et il ne faudrait pas les montrer ? C'est ridicule ! Mais la réalité est cent fois pire que le film de Boyle !" S'il a un reproche à faire à
Slumdog Millionaire, c'est, au contraire, de ne pas dévoiler les ressorts politiques des bidonvilles,
"ce cancer" entretenu par les politiciens, qui y monnayent les voix. Quant au discours sur l'ingratitude de l'Occident à l'égard de
"nos grands cinéastes indiens", il le laisse froid : c'est vrai, à Cannes,
Venise,
Berlin, il n'y a pas de films indiens, mais ce n'est pas la faute des organisateurs.
"Il semble que nous manquions de talent et d'expertise", dit-il pudiquement. La vérité, accuse-t-il après un silence, c'est que
"le nationalisme et la montée de la droite hindoue sont très préoccupants". Alors, que les spectateurs préfèrent les rêves dorés de Bollywood, ça peut se comprendre.
Post-scriptum.Au nom de la liberté artistique, un tribunal de
New Delhi vient de rejeter l'interdiction de fumer à l'écran décrétée par le gouvernement en 2005.
"Un film doit refléter les réalités de la vie, et le tabac est une réalité de la vie", a déclaré le juge. En
Indonésie, la question ne se pose plus : le Conseil des oulémas, autorité religieuse musulmane, a interdit aux femmes enceintes et aux enfants de fumer, ainsi qu'aux hommes dans les lieux publics. »