Je reprend, habilement hors de leur contexte, des phrases qui me donnent à réfléchir
J'y ai trouvé mon role de femme et ma verticalité d'etre humain
Verticalité, le terme est parfait.
L'être humain a besoin de se trouver une place dans un groupe, ainsi il acquiert une identité. L'individu finit par chérir l'ordre qui lui donne une place précise avec des droits et devoirs particuliers à son rang*. Il espère, lui-même, au travers de sa progéniture ou par la transmigration gravir les échelons de la hiérarchie. Il peut aussi tourner son regard vers le bas : même parmi les hors-castes il y a sous-castes.
* Vais-je me faire étriper par les féminites ? Il est souvent reproché aux femmes battues (il en existe en
Inde aussi, l'une a eu le courage de me le dire, son homme boit, et il en a beaucoup) de ne pas couper les ponts et d'éventuellement retourner vers ou accueillir à nouveau son tortionnaire. Comment le lui reprocher si une structure ne lui est pas offerte ou n'est pas assez accueillante ? La liberté, la notion que chacun en a s'il en a une précise, est difficile à acquérir, surtout quand on est seul(e).
Ce n'est pas pour rien que naturellement les immigrés se retrouvent entre eux et créent des communautés dans ou hors la ville. Ainsi la peur du rejet des autres s'atténue et l'individu peut se trouver une place.
Le pouvoir a compris tout celà qui en joue avec ruse. Il sait aussi que plus la hiérarchie est structurée plus l'individu
sans place est dangereux car récupérable par d'autres pouvoirs. Les crises économiques dans tous les pays du monde ont toujours créé des factions, nous avons eu notre lot en
France, les SA de Hitler savaient où recruter, le Shiv Sena (où êtes-vous Shiva-Ji ? Ne regardez pas surtout celà !) de Bal Thackeray à
Mumbai a pris le contrôle de la ville ainsi. Avec les mêmes méthodes dans tout pays, des points dans chaque quartier pour accueillir les laissés pour compte et les embrigader.
L'homme est un loup pour l'homme... surtout s'il a faim...
c'est que le peuple indiens semble denué d'agressivité justement. et ceci partout dans le monde.
Le rejet de l'autre existe partout. Présenter un look différent** des locaux n'est pas sans danger. Ainsi un ami japonais égaré dans la campagne de l'US profond entrant dans un bar... ainsi cet étranger noir de peau (peut-être français pur et dur, mais qu'importe !) voulant demander sa route dans un petit café de la campagne du Loiret... ainsi, en 1995, cet ami si gentil de 19 ans orignaire du
Kenya qui, par le sang indien qui coulait dans ses veines, offrait un look, indien certes mais bien peu kéralais, se faisant bousculer le soir sur les chemins sombre à
Kovalam, qui avait peur de sortir non accompagné.
Froid dans le dos.
* * Que serait notre 18ème sans toutes ces différences ?
Un peu de vécu ?
Seul la nuit, un piège vous est tendu, quatre hommes arrivent brusquement. Vous savez qu'il faut vous protéger (essayez de
sentir ces situations, ça peut servir). Vous vous mettez en boule par terre. Vous recevez les coups de pieds les bras bien autour de votre tête. Il faut rester lucide. Une acalmie, courons hors du village ! Sautons les barbelés, cachons-nous derrière ce buisson ! Les voitures commencent à tourner les phares éclairant la campagne. Les chiens aboient au loin. Mon dieu, pourvu qu'ils ne possèdent pas un chien ! Ouf, le silence. Trois jours sans pouvoir sourire ni parler. J'avais 20 ans, les cheveux longs. C'était en
Bretagne. J'aime la
Bretagne.
En
Inde, pendant les périodes d'élections je prend les rues calmes; quand les voitures tournent pour parler des derniers
évènements (
Ayodhya) je rentre discrètement. J'aime l'
Inde.
Cette naïveté que l'on perd ici en occident. " le rêve occidentale n'est qu'un leurre".
Non, il ne faut pas être naïf, il faut seulement l'être au bon moment et savoir alors en profiter à plein. Et là, j'aime les boliviens, les bretons, les indiens...