Je croyais que le desert, c'etait seulement des dunes à perte de vue.
J'ai traversé des champs de cailloux, slalomé dans des palmeraies, grimpé des plateaux, recouvert les chaussures de terre, ecrasé une multitude de coquillages.
J'ai decouvert plein de noms magiques : oued, reg, erg, guelta, aklé, barkhane...
Je croyais que les dunes etaient monotones.
Non seulement elles sont tres belles, mais nous charment par leurs rondeurs, leurs hauteurs-modestes ou immenses-, leurs lignes plus ou moins courbes, leur couleurs du jaune pale au blanc en passant par l'ocre et le rouge.
Je croyais que les dunes n'etaient que du mineral de sable et de poussiere.
J'ai ete surprise par la végétation fragile et cependant resistante qui se niche ca et la pour ajouter une nouvelle couleur à la palette deja riche.
Je croyais que marcher sur les dunes etait facile.
J'ai beaucoup souffert le premier jour, grimper, glisser, s'enfoncer jusqu'au genou, se laisser tomber, soulever les chaussures de plus en plus lourde de ce sable pourtant si leger. Impression d'evoluer sur de la neige, tantot glacée, tantot poudreuse.
Ensuite l'experience d'où placer ses pas, la sagesse de suivre la trace plutot que de vouloir tracer la sienne, le bonheur de sentir le sable fin sous les pieds nus. Les longues cretes ont ete domptées avec plaisir et j'en redemande encore !
Je croyais que Theodore Monod exagerait quand dans "Meharée", il compare l'immensité des dunes à la mer, la meharée à un bateau et le puit à un port où l'on refait la provision d'eau et de nourriture.
Il n'avait pas tort.
J'ai surfé des vagues, traversé des oceans, eprouvé le plaisir d'arriver à bon port et trouver une halte sur la terre ferme mais pas subi de tempetes ni croisé de pirates ou corsaires.
Je croyais que le desert c'est que du ciel bleu et du soleil.
J'ai resisté contre le vent d'est suivant tant bien que mal le nord, j'ai pesté contre les nuages bas et gris qui gachent le paysage, j'ai ete surprise au milieu d'une nuit à la belle etoile par quelques gouttes de pluie.
J'ai connu dans la meme journee 13 degres à 8h et 45 degres à 13h.
Je croyais que le desert, c'etait peu de verdure.
J'ai vu des palmiers bien verts, des acacias bien piquants, des arbustes bien resitants, des arbres au lait blanc.
Je croyais que le desert, ce n'etait que des chameaux, des chevres et des hommes.
J'ai croisé un fennec en pleine course, senti une gerbille escalader mon pied, observé les oeuvres d'art des traces de scarabee, mangé du mouton, coiffé le bonnet d'âne et pesté contre toutes les mouches posées sur mon sac à dos.
J'ai echangé des "bonjour, ca va", "tu as quel age?", "tu as un bic", "tu me donnes tes lunettes" avec des gamins souriants et peu timides, refusé de nombreuses fois les objets artisanaux des femmes, accepté le fait que les hommes ne serrent pas la main des charmantes demoiselles.
Je croyais ne visiter que la Mauritanie.
J'ai marché sur la Lune, foulé la terre rouge de Mars, evolué dans les grands canyons, apercu la vallee du Nil et revé de John Wayne.
J'ai decouvert des villes riches en histoire, envahies par les dunes, assechees par le manque d'eau.
Ne Croyez pas les Deserts, Allez les Voir !
Mauritanie, decembre 2002