Jetés hors du
Laos, les Hmongs sont refoulés de
Thaïlande
ASIE. La pression monte sur ces réfugiés que le gouvernement de
Bangkok ne veut pas voir s'installer sur son territoire. Médecins sans frontières tente de s'interposer.
Arnaud Dubus, envoyé spécial à Huay Nam Khao
Lundi 2 juillet 2007
Pour atteindre la cabane de Lisu Vang, il faut serpenter un bon moment parmi les centaines de cahutes bâties à flanc de colline, à l'aide de lattes de bambou et de toile plastifiée, où vivent 8000 Hmongs qui ont fui le
Laos. Ce camp improvisé se situe à proximité immédiate du village thaïlandais de Huay Nam Khao, dans la province de Petchabun (nord de la
Thaïlande).
Trapu, le visage plat marqué par de hautes pommettes, cet homme de 28 ans n'est ni un ancien collaborateur de la
CIA américaine ni un Laotien pauvre venu chercher fortune dans un pays voisin plus développé. «Je suis né dans la jungle, sur le massif de Phu Bia. Je suis ignorant, car je ne suis jamais allé à l'école. On devait constamment se déplacer pour éviter les attaques des militaires laotiens. Je pense que mon père devait travailler avec la
CIA à l'époque de la guerre [ndlr: qui recruta beaucoup parmi les Hmongs lors du conflit au
Vietnam] mais je ne suis pas sûr. Mes parents ont été tués en 1980 lors d'une attaque de l'armée laotienne dans la jungle», explique-t-il. Lui-même, comme beaucoup de ses voisins, porte les marques de cette vie d'homme traqué: quatre cicatrices sur ses jambes.
En 2004, la pression de l'armée laotienne s'est faite plus forte. Lisu Vang a donc décidé de quitter, avec sa femme et ses quatre enfants, la zone spéciale de Saysomboon, dans le
Laos central, où se trouve le massif de Phu Bia. Pendant un mois, ils ont progressé à pied vers le
Mékong, contournant les villages laotiens et se nourrissant de gros tubercules qu'ils déterraient. Ils ont franchi clandestinement le fleuve, puis ont été conduits en minibus, par des passeurs spécialisés dans l'exfiltration des Hmongs, jusqu'à proximité du village de Huay Nam Khao.
Ce parcours a été celui de milliers de Hmongs du
Laos depuis 2003-2004. Pourquoi Huay Nam Khao, un village de 800 habitants au pied du massif de Khao Kor, à plusieurs centaines de kilomètres de la frontière avec le
Laos? Sans doute parce qu'il est peuplé de Hmongs thaïlandais [ndlr: ce groupe ethnique vit dans les deux pays], mais aussi parce qu'un général du royaume avait, semble-t-il, annoncé à l'époque que les Hmongs arrivant en
Thaïlande pouvaient se regrouper dans cette zone.
Tous ces réfugiés ont en commun le sentiment d'avoir été persécutés par le «
Laos communiste» et la conviction qu'ils seront abattus immédiatement s'ils sont renvoyés dans leur pays. A la lumière des précédents, le traitement qu'ils recevraient en cas de rapatriement ne serait pas des plus tendres. Après avoir longtemps laissé les nouveaux fuyards grossir la communauté de Huay Nam Khao, la police thaïlandaise a brutalement renvoyé au
Laos plusieurs dizaines de nouveaux arrivants. Lors du dernier «rapatriement» le 9 juin, plusieurs Hmongs ont tenté de se suicider en avalant de l'engrais chimique. «Selon nos informations, les Thaïlandais vont tous les renvoyer. Mais le feront-ils dans six mois ou dans six ans, par petits groupes ou en une seule fois? Nous l'ignorons», indique Gilles Isard, de MSF.
La
Thaïlande et le
Laos se sont, en effet, accordés en mai sur le principe d'un rapatriement de tous les Hmongs.
Bangkok, qui n'a pas signé la convention sur les réfugiés de 1951, refuse toute intervention du Haut-Commissariat des Nations unies. La
Thaïlande, qui co-investit dans des projets hydroélectriques au
Laos, tient à renforcer ses relations avec son voisin. Toujours victimes d'une guerre qui s'est achevée il y a plus de trente ans, les Hmongs sont ballottés au gré de ces enjeux qui les dépassent. Dans sa cahute de Huay Nam Khao, Lisu Vang résume sa situation en termes simples: «Je suis orphelin. Je ne veux pas être impliqué dans la politique. Tout ce que je demande, c'est de pouvoir vivre.»