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Richard Lough
Andry Rajoelina, qui a pris la tête des autorités provisoires à
Madagascar, a fêté mercredi sa victoire et la démission du président Marc Ravalomanana par un grand rassemblement sur la place du 13-Mai, au coeur d'
Antananarivo.
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L'OPPOSITION MALGACHE VEUT FÊTER SA VICTOIRE Agrandir la photo
Au terme d'un bras de fer de près de deux mois avec l'opposition, Ravalomonana a remis mardi ses pouvoirs à l'armée, qui a ensuite investi Rajoelina, chef de l'opposition et maire de la capitale.
Rajoelina, un ancien disc-jockey âgé de 34 ans, s'est rendu mercredi auprès de ses partisans dans les rues de la capitale après avoir rencontré ses ministres pour fixer une stratégie d'action.
Au premier plan de ses priorités figurent la lutte contre la pauvreté dans l'île et la nécessité de rassurer la communauté internationale face aux conditions discutables de son arrivée au pouvoir. Il devra aussi s'assurer de la cohésion et de la fidélité de l'ensemble des forces armées.
"Nous allons assurer le retour à la normale, le rétablissement de la sécurité et avant tout la réconciliation nationale, qui est au coeur même de la démocratie", a-t-il lancé à des milliers de personnes rassemblées sur la place du 13-Mai.
Il a ajouté que son investiture officielle aurait lieu samedi prochain.
On ignore où se trouve l'ancien président, qui a quitté sa résidence officielle des faubourgs d'
Antananarivo, le palais d'Iavoloha, à une dizaine de kilomètres au sud de la capitale, où de nombreux militaires ont pris position.
Un journaliste de Reuters TV sur place a constaté que des vitres du palais avaient été brisées et des meubles détruits. Des inconnus ont essayé de forcer un coffre-fort avec un pied-de-biche. On ignore qui est responsable de ces déprédations - la garde présidentielle avant son départ, les soldats ralliés à l'opposition ou des civils.
Rajoelina avait mis en place depuis plusieurs jours un gouvernement parallèle.
Le week-end dernier, l'armée, traditionnellement neutre dans les conflits politiques de l'île, avait basculé dans son camp.
Depuis le début de la crise, plus de 135 personnes avaient trouvé la mort dans les affrontements.
Le secteur touristique, qui rapporte chaque année 390 millions de dollars, a souffert et les investisseurs étrangers, dans les mines et le pétrole, ne cachaient pas leur inquiétude de voir l'instabilité politique se prolonger.
"AMATEURISME"
Rajoelina a pris possession des locaux présidentiels dans la capitale et son entourage l'a présenté comme le leader d'une "autorité de transition". "Vous pouvez m'appeler président", a-t-il dit mardi soir à la chaîne de télévision française LCI.
Les ministères devaient rouvrir mercredi dans la capitale, et les barrages être levés dans le centre-ville.
Le nouvel homme fort de
Madagascar a promis de rédiger une nouvelle constitution pour aboutir à la "IVe République" et d'organiser des élections d'ici deux ans.
Aux termes de la constitution malgache, c'est le président de la chambre haute du parlement qui aurait dû assumer la transition après la démission du chef de l'Etat et organiser des élections dans les deux mois.
Mais les circonstances font de Rajoelina le président de facto de la Grande Ile - normalement le chef de l'Etat doit avoir au moins 40 ans, six ans de plus que Rajoelina.
A
Paris où il vit, Pierrot Rajaonarivelo, un ancien vice-Premier ministre du président Didier Ratsiraka aujourd'hui en exil, a jugé trop long le délai de deux ans pour organiser des élections.
"Pourquoi partir de cette idée de vingt-quatre mois ? Je suis derrière Rajoelina mais je pense qu'il y a là un peu d'amateurisme", a-t-il dit mardi soir à Reuters.
L'Union africaine (UA) avait exigé que la constitution soit "scrupuleusement" respectée mais le fait que l'armée ait remis le pouvoir à l'opposition pourrait atténuer ses critiques.
Le président sud-africain Kgalema Motlanthei, qui dirige la Communauté pour le développement de l'
Afrique
australe (SADC), a toutefois critiqué une initiative contraire à la constitution.
"L'
Afrique du Sud et la SADC n'approuveront jamais, dans aucun de ses Etats membres, un transfert de pouvoir anticonstitutionnel aux dépens d'un gouvernement démocratiquement élu", a-t-il dit.