Et ce n'est pas la première fois que ça arrive faut pas croire, malheureusement pour les victimes de ce genre d'affaires.
salut Barbot, salut Flavia,
je sais que je deterre un sujet ancien
pour ceux qui douteraient encore de la véracité des faits,
j'ai trouvé sur ce site
www.anniesamui.com/
une histoire toute aussi hallucinante,
je me garderais de tout commentaire, l'auteur du récit le fait trés bien
Voilà comme je l’avais raconté aux visiteurs du forum de Samui-Info, les mésaventures de Philippe à Samui.
Célibataire de 35 ans Philippe était venu passer 3 semaines à
Samui avec son ami Christophe.. Installés dans un bungalow de Bophut ils avaient loué à mon ami Eric – le belge - des motos pour visiter l’île..
A peine de retour de
Surat Thani le 3 mars dernier, où il était venu me chercher, Eric apprend que Philippe avait eu un accident de moto devant le Tesco Lotus, un soir à minuit : il avait été « accroché » par un autre motard, et tous les deux étaient au Bandong Hospital, en mauvais état..
Si l’état de Philippe s’est vite amélioré après plusieurs opérations de ses 5 fractures, l’autre, un anglais résident à
Samui, est resté dans le coma et est toujours, aujourd’hui, inconscient à l’Hôpital gouvernemental de Nathon.
Dès que Philippe a repris conscience il a été quotidiennement harcelé par le staff de l’hôpital qui voulait être payé de ses soins et par la police qui prétendait que des témoins (que l’on a toujours pas vu ni apparemment interrogés officiellement) l’avaient déclaré responsable de l’accident ayant doublé un taxi au delà de la ligne jaune continue et heurté l’anglais qui roulait en sens inverse, ce que Philippe malgré le choc nie énergiquement ! La pression de la police a été très forte allant jusqu’à mettre des policiers en faction devant la chambre de Philippe lequel avec un pied mal en point, un bras et une épaule cassés aurait été bien en peine de quitter son lit de douleur a fortiori la
Thaïlande dans son état.
La police avait récupéré son passeport et menaçait de l’envoyer directement en prison à sa sortie de l’hôpital s’il ne s’acquittait pas non seulement de ses propres frais mais de ceux de son adversaire dans le coma, en vertu de la règle thaïlandaise qui exige que le moins abîmé paie pour l’autre..
Philippe n’avait, bien entendu, pas suffisamment d’argent pour s’acquitter de tout ça, il avait négligé de prendre une assurance de type assistance pour son voyage, quant aux motos elles ne sont pas du tout assurées en
Thaïlande : vu le nombre d’accidents dans le pays, les assureurs ne sont pas fous ! Pas de recours non plus avec sa carte visa – elle n’est pas internationale, et il ne voulait à aucun prix en parler à son père, sa seule famille, très âgé, malade et en maison de retraite..
J’ai accompagné Eric voir Philippe au tout début de mon séjour. Il y avait encore son ami Christophe qui veillait sur lui. Il était dans un triste état, le bras en compote, des «broches » partout, il avait un moral au plus bas devant cette situation inextricable, et surtout était très affligé de l’état de son « adversaire » même s’il doutait de sa propre culpabilité ! Avec Eric nous sommes allés voir le malheureux anglais : l’hôpital est ouvert à tous vents : on nous a simplement fait enfiler une vague blouse de protection pour rentrer en salle de réanimation : l’infirmière prenait son repas devant le lit où gisait le patient, des tuyaux partout, l’horreur ! J’ai mis plus d’une semaine à me remettre de ce spectacle.
Avant de rentrer en
France Christophe avait pris un avocat, été en contact avec l’ambassade et le consulat de
Bangkok et le consul honoraire de
Phuket.. Mais seul comptait l’argent nécessaire au règlement de l’affaire. Par bonheur Philippe a des amis en
France qui se sont mobilisés pour lui faire envoyer via l’ambassade la somme destinée à régler d’abord les frais du Bandong hospital – les siens et ceux de l’anglais et les frais « de justice » subséquents ! Le tout ayant été évalué par l’avocat à 1 million de bahts – 25 000 euros. Mais le tout était très long et compliqué à mettre en place.
On attendait cette somme quand je suis allé à
Bangkok au consulat et j’ai eu l’occasion d’en parler un peu au Consul, lui disant que Philippe était vraiment un type bien, et qu’il méritait l’assistance des autorités françaises.
Pendant ce temps Philippe, maintenant seul, n’ayant pas réglé encore l’hôpital, toujours harcelé par la police et ses problèmes d’argent, s’est vu transférer dans une chambre « annexe », sans climatisation ni télévision, pleine de moustiques d’araignées et il a même tué trois scorpions. Pour ses pansements il devait se rendre à l’hôpital. Quant à ses repas il devait les acheter cash à la cantine. Eric lui a prêté une télé et un lecteur de DVD afin qu’il ne devienne pas complètement fou d’ennui, d’angoisse et de solitude.. Si physiquement il allait mieux le moral était bien bas !
Enfin l’argent est arrivé, apporté par le consul honoraire de
Phuket accompagné d’un ami. Philippe a réglé l’hôpital, les deux factures ! 550.000 bahts. Mais la police restait ferme et n’a pas rendu le passeport pour autant car il devait « passer en jugement » : il risquait la prison, au moins le sursis, une amende.. Des négociations ont eu lieu avec « l’assistance » de l’avocat et la « partie adverse » les amis et l’avocat de l’anglais. Il fallait « prévoir » une somme pour la police (qui devait en principe « changer » le plan de l’accident pour « éviter le pire »), prévoir aussi les honoraires de l’avocat. Il est enfin libéré sous caution de 200.000 bahts payés à la police : il peut quitter l’hôpital. Sur l’insistance du consul le jugement a été prévu pour le 12 avril au lieu de la fin du mois et Philippe est parti avec le consul, sous sa « protection », à
Phuket en attendant. Il a pu se reposer et se détendre un peu. Visite à l’hôpital de
Phuket pour ses soins : on lui découvre deux autres fractures. Mais il va mieux, l’épaule va bien, son pied va mieux, il marche et son bras et sa main maintenant sont « à l’air libre »mais il y aura encore beaucoup de rééducation à faire en
France.
Il m’a téléphoné samedi : il rentrait pour être jugé le lundi de Pâques, veille de fête pour les thaïs – Sonkkran la fête de l’eau dure trois jours et commence le soir même !
Le moral était meilleur.. mais quelle appréhension ! Se faire juger dans un pays dont on ignore les lois et la langue car bien entendu aucun interprète n’est prévu. Quant à l’assistance de l’avocat, qui explique en anglais à quelqu’un qui le comprend mal, et que l’on soupçonne de collusion avec la police, elle est douteuse.
L’avocat l’appelle le dimanche et lui dit que pour accélérer la procédure du lendemain il fallait qu’il aille au commissariat de Nathon pour faire des « papiers ». J’ai proposé à Philippe de l’accompagner : la police avait déjà été apparemment impressionnée par les personnes qui étaient venues avec l’argent, il fallait qu’il n’apparaisse pas seul. Je vais le chercher à Chaweng et nous fonçons à Nathon. Le capitaine - un arrogant personnage, plutôt bien physiquement et absolument imbuvable - qui s’était occupé de son affaire nous voit mais nous ignore complètement et nous sommes pris en charge à l’étage par un officier de police à l’anglais balbutiant, qui essaie de remplir son carton avec l’identité de Philippe. Il lui a pris aussi ses empreintes, Philippe était blanc comme un linge : cauchemar pour lui qui n’avait jamais eu maille à partir avec la justice. Juste à coté, les cellules de détention où il y avait, dans une chaleur de four, un jeune thai et un « farang » perchés sur un même hamac, seul mobilier de la cellule.. Philippe s’y voyait déjà ! On avait aperçu à l’arrivée une jeune femme blanche devant les grilles.. on la reverra le lendemain tout au long de la journée, sans jamais oser la questionner..
Le tout avait pris un quart d’heure : vu le temps perdu le lendemain à attendre dans une chaleur de four on s’est posé la question : pourquoi le faire venir, seul, puisque l’avocat n’était pas là, pour quelques minutes si ce n’est pour faire monter la pression et approcher des détenus !
En tout cas c’était gagné ! Je raccompagne Philippe à Chaweng et je lui dis que j’allais l’accompagner le lendemain.. Je le soutiendrai et ferai au moins l’interprète. L’avocat lui avait dit de se rendre à Nathon le lundi à 8h30.
On se disait l’affaire sera vite expédiée, c’est Sonkkran le soir, ils voudront tous accélérer les choses !
Je pars avec ma jeep de Maenam à 7h, prend Philippe à 7h30 : nous fonçons à Nathon dans la fraîcheur relative du matin.. on a même le temps de boire un café en face du commissariat (le tribunal est à côté). A 8h30 on se montre au commissariat. Finalement l’avocat n’arrivera qu’à 9h45 débarquant du ferry. Il nous fera bien remarquer qu’il avait interrompu ses vacances pour cette affaire. Je me présente, « une amie de Philippe » et je glisse le mot ambassade pour enfoncer le clou. Tête de l’avocat, un peu déstabilisé. Il demande à Philippe les factures et les reçus de l’hôpital. Il est furieux que les factures ne soient que des photocopies : je lui explique que les originaux sont dans le coffre du consulat de
Phuket. Il m’engueule en me disant que dans toutes les cours de justice du monde on demandait les originaux ! Philippe se voit mal barré et commence à flipper !
On va devant le tribunal, sorte de long guichet, avec des bancs devant où sont assis des gens, des prévenus sans doute, dont certains avec des uniformes orange et marron de détenus avec des chaînes rouillées aux pieds, ce qui impressionne fortement Philippe – et moi avec ! parmi eux 2 farangs, l’air absent, aucun regard échangé avec nous qui les fixions pourtant intensément ! Rien ne se passe, on attend toujours dans la chaleur moite. L’avocat apparaît, disparaît et revient. Il nous explique au café du coin, qu’il doit présenter son rapport avec les documents au « prosecutor » et commence à parler « argent » avec Philippe. Celui-ci a sur lui dans diverses poches et enveloppes en tout 200.000 bahts, mais ne montre rien. J’explique vaguement que pour « payer » l’amende du juge on pensait prendre sur l’argent de la caution.
Il devient furieux et m’explique que l’amende du juge peut être de plus de 200.000 bahts « car il faut bien prévoir une « provision » pour les frais subséquents de l’anglais toujours en réanimation et qu’on ne peut pas toucher à la caution avant que le jugement ne soit exécuté entièrement c'est-à-dire l’amende payée.. Philippe manque de devenir fou : l’amende du juge au moment de la négociation avec le consul avait été évaluée à 20.000 bahts. Heureusement il fait appel par portable à un ami rencontré à
Phuket, un français vivant ici depuis 40 ans, parlant parfaitement le thaï et au courant des magouilles locales. Il le passe à l’avocat et pour finir la somme est « ramenée » à 100.000 bahts..On pouvait « payer » : l’avocat devait sans doute nous tester pour « savoir » de combien il disposait encore.. Cet épisode me tord les tripes et je manque vomir le petit déjeuner que je n’avais pas pris ! Ecœurée, furieuse, Philippe me calme et me dit que peu importait, il devait sortir de là ! On lui avait montré de loin ce qu’il risquait.
On repart au tribunal, devant le bureau du « prosecutor » où l’avocat rentre comme chez lui, s’installe, prend un café.. et ressort. Il est près de midi, l’avocat nous envoie manger, et rendez vous est pris pour 13h30.
On n’avait pas très faim et le repas pris au restaurant du port m’est resté longtemps sur l’estomac ! Philippe était assez pessimiste et j’avais l’impression de l’avoir « enfoncé » dans son affaire par mon interventionnisme déplacé !
L’avocat nous a fait traîner pendant des heures : sortant du bureau du prosecutor avec des papiers à signer, revenant avec nous au café faire signer des documents à un autre client qu’il nous a présenté comme « the godfather of
Samui » propriétaire de plein de « resorts ».. On avait compris de toutes façons qu’on était dans les mains de la mafia !
«Bon » moment pour l’avocat : quand Philippe lui a montré la grosse liasse de 100.000 bahts et qu’il a vu que d’autres poches étaient garnies aussi. Il est allé chercher des enveloppes et en a donné deux à Philippe : une pour la police : 30.000 bahts, l’autre pour le juge : 100.000 bahts. Et il a empoché le tout. Entre temps il était revenu de la Police avec de nouvelles exigences, histoire de mettre un peu plus la pression : pour rendre le passeport la police exigeait que l’ambassade de
France envoie un fax demandant que le passeport soit remis le soir à Philippe.
On essaie de joindre l’ambassade : pas de réponse : il est 14h 30 mais c’est le lundi de Pâques. On demande si un fax du Consul de
Phuket pouvait faire l’affaire : l’avocat dit oui.. Philippe appelle le Consul qui est dans sa voiture et qui lui confirme que l’ambassade est fermée jusqu’à vendredi, et qu’il fera le fax dès qu’il est chez lui.
On repart devant le tribunal, les bancs sont pleins : des immigrants clandestins, malheureux pêcheurs birmans qui sont emmenés en prison et seront après expulsés. On attend, Philippe craque en voyant les enchaînés toujours là. Il ira même jusqu’à leur filer un paquet de cigarettes tout neuf. On assiste au départ de ces pauvres malheureux : entassés sur la plate forme arrière d’un pick up, tenant leurs chaînes avec une ficelle pour ne pas tomber. Ils ont quand même fait monter la seule femme détenue devant.. Les 2 farangs sont toujours aussi « absents ».. pas un mot, je ne saurai jamais s’ils étaient européens ou pas.. drogués sans doute.
Les détenus partis, je m’installe sur un banc face au guichet d’où j’espère toujours que l’on va nous appeler. Derrière la vitre un jeune homme, très charmant, avec un beau regard vif et intense me fixe avec un sourire.. Pourtant je ne dois pas être très brillante : il est plus de quatre heures, je suis debout depuis 6 heures du matin et je n’ai guère dormi la nuit dernière de peur de pas me réveiller ! La chaleur a été épuisante toute la journée sans un minute de clim, et je suis retournée par cette affaire avec mon pauvre Philippe qui n’en mène pas large. Un jeune à uniforme vient me parler : vous êtes de l’ambassade ? sans réfléchir je dis oui, et le beau jeune homme du guichet me fait signe, je me lève et il me parle : « vous devez être en
Thaïlande depuis longtemps, vous vous tenez tellement bien ».. « non je suis ici de passage, mais je connais votre pays depuis longtemps et je l’aime ainsi que les thaîs..» ! Que dire, j’étais gênée et stupéfaite !
Plus grande a été ma stupéfaction : l’avocat nous appelle, le beau jeune homme derrière le guichet a en mains les papiers de Philippe. C’est « notre » juge !!! Il nous lit en thaï les conclusions que traduit l’avocat. « Vous avez eu un accident, vous avez été blessé ainsi qu’une autre personne ». Vous plaidez coupable ou non coupable ? Spontanément, sans réfléchir je dis « non coupable », au grand dam de l’avocat et de Philippe : c’était entendu qu’il devait plaider coupable pour finir cette histoire.. L’avocat parle et le juge repose la question : « coupable ! ». J’ai du faire une tête horrible, le juge ne me quittait pas des yeux ; il rend son verdict.. Vu que vous avez déjà payé les frais d’hôpital etc.. etc..., je vous condamne à 2000 bahts d’amende ! Je n’en crois pas mes oreilles. ! L’avocat semble stupéfait, le juge répète « 2000 bahts », et commence à parler en thaï à l’avocat, posant des questions sur moi, me complimentant à nouveau.. Philippe sort les 2000 bahts, le juge signe le jugement. C’est fini. On s’en va.. L’avocat complètement déstabilisé, et à notre grande stupéfaction, rend à Philippe son enveloppe contenant les 100.000 bahts et nous nous dirigeons vers la police. Nous sommes sidérés et fous de joie quand même !
Direction la Police. Il y a encore le passeport à récupérer. Le jugement est rendu, l’amende payée. En principe plus de problème. On va s’asseoir devant le bureau du capitaine, tête à claques.. On va comprendre que pour lui cette affaire n’est pas finie.. Fait-il du zèle ? Le juge était-il celui qui avait été prévu ? Pourquoi tout ce cinéma ? Le capitaine a-t-il eu son enveloppe de 30.000 bahts ? Je précise que je n’ai pas la prétention d’avoir « séduit » le juge !!!
Le capitaine feuillette nerveusement le passeport. Le fax du consul ne lui suffit pas. Il veut envoyer le passeport à l’ambassade, on lui dit qu’elle est fermée jusqu’à vendredi et que Philippe ne peut pas prendre l’avion pour
Bangkok sans passeport. Il décide donc de l’envoyer au consulat de
Phuket par EMS courrier rapide sachant pertinemment qu’avec Songkran tout est fermé à la poste ? que faire ? on s’en va. Philippe ira à
Phuket par bateau et bus, comme à l’aller et récupèrera son passeport.. Mais quand ?
Retour avec l’avocat au café du coin, car il y a encore l’histoire de la caution à régler. Pas clair, mais il apparaît que c’est l’avocat qui récupèrera la caution par virement à son compte vendredi. Il veut faire un virement sur un autre compte pour Philippe car il part en vacances jusqu’à lundi prochain. On s’entend sur celui du consul qui nous donne ses détails bancaires. Il déduira ses honoraires que mon brave Philippe augmente de 10.000 bahts (pour avoir si bien négocié ?). On dit au revoir à l’avocat et on repart vers Maenam, où on va passer à la maison, complètement épuisés par cette journée ! Eric est revenu de
Bangkok, et nous rejoint sur ma terrasse. On boit un coup et on raconte nos aventures. Le téléphone de Philippe sonne : c’est l’avocat. Philippe me passe le téléphone mais je ne comprends pas davantage. Il veut que Philippe retourne au commissariat mardi matin pour récupérer le passeport, mais il faut que le consul envoie un autre fax.. On ne comprend plus rien ! Pas d’explications ! Philippe appelle son copain qui parle thaï et lui donne le numéro de l’avocat. Le copain essaie en vain de le joindre mais il a coupé son téléphone à moins qu’il ne soit encore sur le ferry injoignable ?
Je ramène Philippe à Chaweng, la fête se prépare : heureusement je suis en voiture : les passants et les motards se font copieusement arroser avec des tuyaux d’arrosage et des seaux d’eau, certains contiennent aussi du plâtre !
Appel de Philippe dans la soirée : le copain franco thaï lui conseille de retourner au commissariat, de donner 10.000 bahts de plus au capitaine, et le consul fera le fax...
Il est dix heures ce matin : j’attends l’appel de Philippe.
Il est 11 heures : Philippe vient de m’appeler. Il a son passeport en mains. Il a donné 10.000 bahts de plus au capitaine.. et il a aperçu l’enveloppe des 30.000 remise à l’avocat. Affaire réglée ou presque.
Fin de l’histoire seulement quand le consul aura reçu le virement : je crains que ce ne soit long.. et pourtant Philippe doit retourner au plus vite en
France pour ses soins, et aussi rembourser ses amis qui l’ont si généreusement aidé, reprendre son travail et le courant de sa vie après un épisode qui vient de le marquer à jamais. Il doit aussi une fière chandelle au consul honoraire de
Phuket, qui a été là, si disponible pour lui en l’aida, t à chaque « épisode » de ses conseils et de son appui.
Le journal de Philippe
2 mars: il est minuit passé et je vais vers Bophut venant de Chaweng.. je suis devant le Tesco Lotus. Je roule tranquille. Du monde sur le côté de la route, un taxi devant moi klaxonne, et freine pour prendre des clients il se déporte vers la gauche, j’accélère un peu pour le doubler, je ne vois aucune lumière en face et pourtant le choc.. je tombe par terre au milieu de la route dans l’enchevêtrement des motos.. Des gens accourent me portent sur le côté gauche de la route, je peux voir l’autre motard gisant inanimé. J’ai mal partout, je ne peux pas bouger mais je suis conscient. Les flics arrivent – je vois pour la première fois le capitaine JARU qui suivra jusqu’au bout mon affaire - ainsi que l’ambulance qui me conduit au Bandon Hospital tout près de là.
3 mars : l’hôpital.. Première et unique question avant même de me faire les examens : « Have you insurance ? ». Je pars à la radio, mais je devrais attendre le soir à 9 heures pour être opéré par un chirurgien qui vient de
Bangkok par avion. On me donne un peu de morphine Mais à peine deux heures après l’accident, alors que je souffrais tout cassé que j’étais, je vois arriver la police : « vous êtes fautif, vous êtes en tort, nous avons 7 témoins qui jurent que vous rouliez à droite »..
Comment se fait-il alors, si j’étais à droite, que l’on m’ait transporté sur le côté gauche de la route ? Je suis certain de n’avoir pas dépassé la bande jaune, le taxi que je doublais était arrêté sur la piste des motos.. plus tard on me montrera un « plan » de l’accident où je suis complètement à droite : un faux grossier !
Le lendemain de l’opération visite de la police à nouveau : je signe un papier, en thaï, je suis dans les vaps.
Après quelques jours mon état physique s’améliore un peu, mais j’ai droit aux visites quotidiennes de la responsable européenne de l’hôpital, une harpie d’ environ 40 ans, parlant couramment le thaï, peut être anglaise mais née en
Thaïlande qui n’arrête pas de me demander comment je vais payer l’hôpital pour moi et l’anglais, dans le coma en salle de réanimation. Elle me menace : si vous ne payez pas vous irez directement en prison à votre sortie de l’hôpital.. Il y a des témoins, vous êtes responsable, il faut payer..
La police enfonce le clou, me menace et me surveille. Parfois en uniforme dans la journée, parfois vers 11 heures du soir, en civil, ils s’installent, regardent ma télé, me piquent des cigarettes.. Ils restent une demi heure et s’en vont et reviendront pendant plusieurs jours.
J’avais sur moi au moment de l’accident 5000 bahts que je n’ai jamais retrouvés.. Qui m’a fait les poches ?
Je préviens l’ambassade de
France de ma situation : ils se renseignent auprès de l’hôpital. Je vois arriver, furieuse, la harpie de l’hôpital : surtout n’appeler pas votre ambassade, ça sera plus long, vous paierez davantage, vous serez jugé et vous irez en prison. Pour l’arrêter j’ai dû téléphoner devant elle au consulat prétendant que j’allais me débrouiller seul, alors que je leur disais le contraire : par bonheur elle ne comprenait pas le français..
Au bout d’une semaine je peux sortir de ma chambre, faire quelques pas, mais j’y renoncerai car aussitôt « elle » venait me bassiner avec ses factures et ses menaces.
Le confort de l’hôpital est très relatif, le matelas n’est qu’un tapis de gymnastique, je dors peu, mes côtes me font mal.. Quant à l’hygiène elle est plus qu’approximative.. Des dizaines de chats squattent l’hôpital, on les retrouve partout dans les couloirs et sur les chariots de soins au milieu des médicaments et des pansements. Heureusement les infirmières sont gentilles et le garçon de la cantine est sympa, il va m’acheter des cigarettes.
Des amis de l’anglais dans le coma – que je suis allé voir en réanimation – me rendent visite avec leur avocat : même chanson : la police dit que vous êtes responsable, notre ami vit ici et n’a pas d’assurance : vous devrez payer ou vous irez en prison.
Dix jours après l’accident je suis à peu près sur pieds, la harpie vient me voir et me dit que je suis attendu à la Police de Nathon. Elle m’emmène ainsi que ses factures au commissariat. Le capitaine JARU est là ainsi que les anglais et leur avocat. Mon avocat me dit de dire « I want to clear but no many money » soit « je veux payer mais je n’ai pas beaucoup d’argent ». L’avocat sait que l’argent va arriver car entre temps mes amis en
France sont venus à mon secours. Un bon copain va utiliser le fonds de roulement de sa société pour m’envoyer les sous. Ca prendra du temps car il faut qu’il soit en règle fiscalement pour cette opération, la Trésorerie pour l’étranger interviendra et l’ambassade me fera virer la somme dans une banque à
Samui.
L’hôpital ne veut plus de moi mais je dois rester à la disposition de la police et l’hôpital est prêt à me loger « gratuitement » en attendant. L’avocat se porte garant.J’attendrai donc dans « l’annexe », au lieu de la prison ! Maintenant que j’ai vu les cellules du commissariat cette chambre me paraît moins terrible qu’au début : cafards, moustiques, scorpions, pas de télé ni de clim.. aucun soin ni traitement non plus, je vais manger à la cantine et vais faire faire mes pansements à l’hôpital.
Les anglais partent avec leur avocat. Les affaires sérieuses commencent : mon avocat prend un papier et écrit : 1.500.000 bahts. Je sais que je ne peux pas les avoir : Je le lui dis. Il descend à 1.200.000 « comme ça je n’aurai pas à passer au Tribunal et risquer la prison ». Je propose 1 million : 500.000 pour l’hôpital en paiement des 2 factures, la répartition du reste ne m’est pas expliqué.. ça doit partir dans la nature !!. Ils vont « réfléchir » : le lendemain l’avocat m’appelle c’est OK pour un million.
L’argent arrive 12 jours après à
Koh Samui : 25.000 euros empruntés à mon ami, soit 1.200.000 bahts. Le consul honoraire de
Phuket est venu en personne avec son ami Alain. Je suis très touché. Pour récupérer l’argent à la Banque du Siam, je n’ai que la photocopie de mon passeport : on tente quand même le coup, je « m’échappe » dans la voiture du consul qui laisse Alain à la réception pour recevoir mon avocat. Le consul aura beau montrer sa carte, on revient sans les sous. Mais surprise l’avocat est là avec le passeport ! miracle ! enfin miracle tout relatif, il savait que je récupérais de l’argent aujourd’hui et que j’aurai besoin de mon passeport.. On repart, récupérons l’argent. Il ne faut surtout pas que mon avocat sache combien j’ai récupéré. L’hôpital présente sa facture : 750.000 bahts. Depuis ma première négociation la facture de l’anglais avait bien sur augmentée. Il y avait aussi la facture de ma nourriture et le téléphone. Le consul « négocie ».. la harpie est furieuse et ne veut pas des 550.000 bahts qu’il lui propose. Elle finira par accepter après intervention d’un supérieur venu superviser l’affaire. Cependant je n’obtiendrai pour moi que la facture minimum : il aurait fallu payer 100.000 bahts de plus pour le rapport médical complet !
Direction la Police de Nathon, on a rendez vous dans un bar : le consul et son ami, mon avocat et moi. Le capitaine arrive. Le consul va prendre la négociation en mains : c’est un homme de terrain qui connaît les histoires tordues et ne s’en laisse pas compter ! On s’assoit, on commande à boire, Alain ouvre son portefeuille d’où tombent par mégarde deux cartes de visite.. Coup d’œil dessus de l’avocat et du flic.. changement d’ambiance. Ils ne veulent plus d’argent, il faut que je passe en jugement et ils gardent mon passeport. Ils veulent bien me « libérer » en attendant le jugement sous le versement d’une caution de 200.000 bahts. On paye et l’avocat me fait un reçu manuscrit. La date du jugement est aussitôt négociée, ils veulent la fin du mois d’avril, on arrive à s’entendre sur le 12 au matin. Je vais pouvoir en attendant, partir avec le consul à
Phuket, me remettre de ces émotions.
Décryptage de cette réunion bizarre : les cartes de visites étaient l’une du FBI-Police de
Bangkok, l’autre d’un Général de la Police nationale de
Thaïlande ! Voyant ça les deux compères, ne sachant pas qui étaient mes accompagnateurs, ont pris peur. La corruption est officiellement combattue et s’il se faisait prendre le beau capitaine se serait retrouvé à la frontière birmane ou malaise ! alors qu’il prend des cours à
Bangkok pour passer colonel !
A
Phuket j’ai rencontré plein de gens sympas : les belges chez qui je logeais dans un bungalow, Richard un français dont la famille était au
Vietnam, qui vit ici depuis 40 ans et qui parle thaï couramment. A
Phuket il s’occupe de la publication d’un journal pour expatriés. Il a appelé mon avocat et lui a dit en thaï que j’avais été accompagné par le consul et un représentant de la commission européenne. Je devenais important !
J’ai fait faire un chek-up à l’hôpital de
Phuket : autre chose que celui de Chaweng ! ils m’ont trouvé deux autres fractures et m’ont refait des bandages plus confortables..
J’ai aussi croisé un cobra noir, qui s’est enfui. Je pense que certains officiels du pays sont plus dangereux que c, e reptile.
De retour à
Koh Samui pour le jugement.. Je préfère cette île à
Phuket malgré les mauvais souvenirs..
Et puis tout s’est bien terminé.. Je vais essayer de trouver une place d’avion pour
Phuket où m’attend le consul et le « passage à l’immigration » pour expliquer le dépassement de visa, et payer bien sûr.. et puis l’avion pour la
France.
Mais je sais que je reviendrai !--
J’ai écrit ces textes il y a longtemps – avril 2004 - et je l’avais envoyé à beaucoup d’internautes fréquentant le site de « Samui-Info ». Philippe parti, je n’ai plus eu de nouvelle. Je me disais qu’il avait besoin d’oublier cette sordide histoire et je ne lui en ai pas voulu.. Il y a quelques mois, presque un an après, j’ai reçu un coup de fil d’un inconnu, un ami de Philippe, qui m’a glacée d’horreur. Il me disait que dès son retour, Philippe a eu une sorte de commotion cérébrale, qu’il était depuis lors hospitalisé en Bretagne, qu’il pouvait à peine parler, bouger.. J’étais bouleversée, atterrée. J’ai dû me tromper en prenant le numéro de ce garçon que je devais rappeler, je n’ai jamais pu le joindre.Si jamais quelqu’un qui le connaît lit ceci, j’aimerais vraiment avoir des nouvelles..