Bonjour Nawal,
Alors :
Les dessins sont réalisés au moyen d'un rapport d'échelle, tout simplement. Une corde devait être utilisée pour reporter les échelles. Avec cette technique tu peux passer du fois 1 au fois 250 (par exemple) sans problème et sans voir le dessin que tu réalises. De l'archéologie expérimentale a été réalisée dans la pampa de Nasca. L'objectif était de voir si cette technique était applicable dans ce contexte ; et elle l'est. Un motif (je ne me souviens plus lequel) a été reproduit sans problème.
Les motifs sont visualisés en traçant un sillon sur le sol ou bien en retournant des pierres.
Les sociétés Nasca sont animistes, ce qui est vérifiable sur nombres de leurs céramiques représentant tout un bestiaire de plantes et d'animaux, le plus souvent marins. De plus, l'organisation sociale serait apparemment clanique (trop long à détailler, mais cela est su d'après les résultats de nombreuses fouilles entreprises depuis des décennies sur les sites d'époque Nasca).
Les animaux de la pampa seraient donc les représentations animales de chaque clan, ou du moins de l'animal représentatif du clan (sorte d'animal totémique).
Un autre point, il est intéressant de remarquer qu'un très grand nombre de lignes/flèches convergent vers le centre cérémoniel de Cahuachi. Ce centre cérémoniel d'une antiquitéé d'environ 2000 ans est le plus grand de son époque en terre crue. Il a une superficie de 21 km2, ce qui est immense.
Ces dessins auraient donc une signification rituelle. Certains imaginent les différents clans en processions sur leurs motifs respectifs et convergent par la suite, en suivant les lignes, vers le centre cérémoniel. Pourquoi pas jusqu'à preuve du contraire ou d'une hypothèse plus solide...
Il y a encore l'hypothèse de Maria Reiche constistant à parler d'un calendrier agraire, mais bon...
Dans tous les cas, n'oublions pas non plus que tous les géoglyphes ne sont pas comtemporains.
Ces géoglyphes sont bien entendu en périls. Déjà, la panaméricaine les traverse et coupe en deux certains motifs...Ceci dit, le climat et la position géographique de la pampa étant ce qu'ils sont, très peu de vent vient les erroder. Ils sont aussi en péril à cause de la connerie touristique : certains vont se ballader dans la pampa...Ceci dit, de moins en moins, car l'amende est très très sévère et en plus, le risque est augmenté car on peut être accusé de tentative de pillage (les vestiges archéologiques tels que tissus, céramiques, sépultures,...sont présents en grand nombre) et là dessus, le
Pérou ne rigole pas.
Dans tous les cas, je me fais juste l'écho de l'hypothèse communément admise faute de mieux. Tout est à prendre au conditionnel et à remettre en question en fonction des futures découvertes. Il n'y a aucune certitude sur les sociétés Nasca, comme il n'y a aucune certitude et aucune évidence en archéologie. De plus, la côte sud du
Pérou et les civilisations y ayant élu domicile ne font pas partie de mon domaine de compétence qui lui, se situe plus au nord et dans les terres. Cependant, j'ai travaillé avec Giuseppe.
Il faut en plus ajouter que la connaissance des sociétés préhispaniques, en général, est extrêmement fragmentaire. Si l'on s'en tient aux définitions, c'est un continent où l'on ne peut pas faire d'histoire. L'histoire étant l'étude des textes et ces sociétés ne connaissant pas l'écriture, il n'y aurait donc pas la possibilité de faire d'histoire. Il faut exclure de cette notion le monde Maya (l'écriture est identifiée et en partie connue) ainsi que les Aztèques et les Incas qui ont bénéficié dans les dernières années de leur existence des écrits espagnols. Toutefois, cela implique de remettre en question la vision que nous avons de l'écriture : elle est certainement présente mais sous une forme que nous ne savons pas identifier. Pour le moment, seule l'archéologie (combinée à des études pluri-disciplinaires) permet d'écrire l'histoire de ces sociétés : la fouille en elle même, de part sa méthodologie, permet de lire chaque couche stratigraphique comme les pages d'un livre ; à la différence près que chaque "page" sera détruite. La fouille permet de lire la terre comme un livre, mais elle est destructrice.
Il est extrêmement difficile d'étudier ce continent car il y a encore environ 500 ans il était inconnu de tous. Rien que cette notion est difficilement concevable. Il nous est impossible d'imaginer le ressenti des espagnols quand ils ont mis le pied à
Cusco ou bien à Tenochtitlan (actuelle
Mexico city). Ils ont découvert un Nouveau Monde. A cela s'ajoute que ce Nouveau Monde n'était pas primitif mais bien au contraire avancé en de nombreux domaines. Les descriptions de Tenochtitlan faites par Cortez sont empreintes d'admirations. Pour étudier ces sociétés, il faut essayer de penser comme elles, ce qui est une difficulté énorme car nous n'avons que très peu de point de référence et, de plus, cela implique d'arriver à faire abstraction de notre culture et de notre éducation qui déforment notre vision et donc notre analyse. C'est un travail difficile, qui engendre parfois des erreurs d'interprétations. L'archéologie est une science mais elle est humaine car elle cherche à comprendre l'homme au travers de la compréhension de sa société et, de ce fait, doit tenir compte des imperfections (et elles sont nombreuses) de ce dernier ; qu'il soit "l'étudié" ou "l'étudiant". C'est un travail passionant.
PS : merci pour le compliment sur les photos mais, hélas, elles ne sont plus de bonne qualité car vieille et trainant dans une boite depuis x temps. J'espère aussi avoir été assez clair car je dois avouer qu' au réveil ce n'est pas toujours évident