Ani Sou,
Oui, Bamako a bien changé depuis 2012. Ma femme est malienne et vit là-bas.
Je m'y rends donc plusieurs fois par an.
Tous les touristes ont déserté le pays depuis longtemps. Comme toubabs, il n'y a plus que les militaires de la Minusma, les fonctionnaires de l'ONU, les employés des ONG et les quelques coopérants qui sont restés.
Quasiment tous les maquis ont fermés. Le restau-discothèque de Tiken Jah est désert.
Un jeune français avait ouvert dans le quartier de l'hippodrome un maquis très sympa appelé le Zira. Un des derniers lieux branchés de Bamako où l'on pouvait manger un petit plat en écoutant les musiciens le vendredi soir.
Puis, le gouvernement malien, trouvant les rues et trottoirs de Bamako trop encombrés de divers petits commerces, a décidé d'appliquer une politique appelée "déguerpissement".
Sans nuances ni préavis, toutes ces petites boutiques débordant sur la voie publique ont été rasées au bulldozzer, laissant à peine le temps à leurs propriétaires d'emmener leurs affaires.
Une manifestation pacifique a été organisée devant le parlement. La police malienne, mal formée au maintien de l'ordre, a tiré dans la foule. Bilan : quelques morts.
Notre bon vieux Zira, implanté sur une grande place et disposant pourtant d'une autorisation d'occupation du domaine public délivrée par la mairie (payante) n'a pas échappé au "déguerpissement".
Tout ceci n'a pourtant pas l'air de nuire au développement économique du pays qui connait un taux de croissance élevé. Les maisons poussent partout comme des champignons, des quartiers entiers sortent de terre et la spéculation immobilière va bon train. Le prix des terrains à Bamako atteint des sommets.
Reste que les inégalités sont énormes et la pauvreté est galopante. Dans le quartier du Fleuve où se trouvent les banques et les ambassades, c'est la cour des miracles.
Dernièrement, une femme portant un enfant m'a tendu la main. Je lui ai donné quelques pièces. Elle m'a chaleureusement remercié, puis elle est partie. Quand elle m'a tournée le dos, j'ai eu un choc. Son vêtement lui laissait le dos à l'air. Celui-ci était complètement à vif, dévoré par une maladie de peau galopante.
Bon, heureusement, dans l'ensemble, les maliens, à coup de débrouille et de solidarité, arrivent à s'en sortir pas trop mal et une classe moyenne commence à émerger.
Le dimanche, les rues en latérite se remplissent de barnums accueillant de grands mariages.
Ce qui permet aux musiciens de vivre et de continuer à pratiquer.
La vie en brousse reste paisible. Les parents de ma femme sont des agriculteurs modestes qui vivent dans un village à quatre heures de piste de Bamako. J'aime y séjourner, participer aux veillées le soir à la lueur des torches avec toute cette grande famille.
Quelque chose m'intrigue. Pourquoi as-tu ramené ton 4x4 Toyota en
France pour le vendre ?
D'habitude, plein de gens font l'inverse. Ce type de véhicule est très recherché au Mali et tu aurais pu en tirer un bon prix en t'épargnant la route et les frais qui vont avec.
Philippe