Comment choisir sa prochaine destination de voyage?
Après plusieurs hésitations : la
Sardaigne,
Malte,
Madagascar, mon choix se porte sur les
Philippines (les émissions Koh-lanta et
Pékin-express ne sont pas étrangères à ce choix)
MANILLE Dès la sortie de l'aéroport je suis saisie par une chaleur humide propre à ces pays d'Asie, j'adore!
Il est 19H, il fait déjà nuit depuis une heure lorsque je prends un taxi pour Friendly'Guesthouse dans le quartier Malate. «C'est la première fois que vous venez aux
Philippines? » « Oui, bien sûr ». A la fin de mon voyage je comprendrai mieux cette question saugrenue.
J'aperçois les premiers jeepneys, ces véhicules servant de mini-bus locaux où peuvent s'entasser des dizaines de personnes. Il est vrai que les philippins sont petits et menus, mais tout de même! Carrosseries rutilantes, châssis costauds, pneus à toute épreuve, pots d'échappement crachant leur fumée noire, chauffeurs expérimentés, ces engins participent au folklore du pays.
Deux jours de repos ici pendant lesquels je visiterai le quartier Intramuros, le Parc Rizal, le centre commercial Robinson, la Pagode et assisterai à des scènes de misère humaine se « jouant » sur les fameux trottoirs.
Première destination : los Alaminos, à six heures de bus vers le nord de Luzon. Dès la descente de bus je me sens agressée par les chauffeurs de motorcycles (ces taxis à trois roues pullulent partout et pour quelques pesos proposent leurs services) Je ne resterai qu'une nuit ici, la plage décrite dans le guide ressemble plutôt à une lagune nauséabonde et je ne ressens rien de positif dans ce lieu.
BAGUIO – BANAUE Le lendemain je me retrouve donc plus au nord à Baguio, ville située en altitude et grouillante de monde. Un petit tour au marché couvert où je peux admirer de beaux fruits et légumes, des chapelets de saucisses, des bouquets de fleurs, des oeufs durs rouges et blancs, avant de me diriger vers le lac central. Des familles entières s'entassent sur les pédalos multicolores. Ce spectacle me ressource et je commence à me laisser imbiber par le charme de la vie aux
Philippines.
A quelques kilomètres de là se trouvent les thermes d'Asni. Je décide d'aller y passer une journée et je ne serai pas déçue. Trempette dans un jacuzi naturel à 30°, baignade dans la piscine sous un soleil de plomb, promenade vers le lit de la rivière après passage sur un pont de singe aux lattes plus que pourries, visite du Resort Hotel, seul endroit où je peux me restaurer d'un poisson grillé.
Je quitte Baguio pour Bontoc situé à cinq heures d'une route très sinueuse serpentant dans des paysages de toute beauté où l'on aperçoit les premières terrasses bâties pour la culture du riz. Une halte à l'hôtel Churya me permet d'assister à une retraite aux flambeaux dès la tombée de la nuit. Tout ce petit monde joyeux se dirige en musique vers l'église du village.
De là, je prends un jeepney pour Batad afin de découvrir et admirer les terrasses de riz. Après une heure trente de marche dans un sentier accidenté où je croise touristes et locaux portant des gerbes de riz suspendues à un bambou, j'arrive à un restaurant surplombant la vallée et le petit village. Un adobo de poulet accompagné d'un coca me permet de reprendre des forces. La période n'est pas la meilleure pour profiter du vert fluo des jeunes pousses, en ce moment c'est plutôt la plantation dans les terrasses inondées d'eau. Le travail de labour est fait par les buffles tirant un soc en bois dirigé par un paysan marchant pieds-nus dans la boue jusqu'aux mollets. Quant aux miens, ils souffriront une semaine de cette dure randonnée et ne seront soulagés qu'après massages réalisés par des mains expertes. On trouve partout des masseuses et pour quelques pesos les tensions dans le dos dues aux longs transports et aux mauvaises routes s'évanouiront comme par enchantement.
L'ILE DE MINDORO Première traversée sur une banca vers Puerto Galera. Débarquement sur un plage de sable fin (white beach), l'eau est chaude, le ciel bleu et la nature généreuse. Je trouve l'endroit idéal pour passer quelques jours de repos après dix jours au rythme effréné : Mountain Beach à Talipanan. Plusieurs bungalows isolés par des arbustes fleuris et plantes exotiques. Des orchidées de toutes couleurs suspendues aux arbres dans des pots naturels de noix de coco. Je suis la seule touriste dans ce complexe et je commence à apprécier les plats proposés par le restaurant comme la caldereta, divers adobos et poissons à la sauce vinaigrée. Je paresse sur la plage et me laisse envahir par une joie indicible.
Je profite de cette halte pour aller à la découverte du coin. Je tombe sur un village typique fait de cabanes en bambou sur pilotis. La rencontre avec la responsable de ce lieu m'apprendra qu'il s'agit d'un village HLM. Les ruelles sont propres, partout des visages souriants d'enfants, des mamans s'affairant à la lessive ou aux repas, d'autres fabricant des objets en rotin qui seront vendus aux touristes par les maris.
A Puerto Galera je reprends une banca pour rejoindre Luzon et
Manille.
Les
Philippines s'étalent sur plus de quinze degrés de latitude, entre le 6ème et le 20ème Nord et comportent plus de sept mille îlots. Les déplacements se font en avion pour les principales îles ou en bateau pour la majorité. J'ai décidé de séjourner trois semaines sur l'île de Palawan.
L'ILE DE PALAWAN Puerto Princesa est le chef-lieu de l'île, à une heure trente de
Manille par les airs. A travers le hublot je peux admirer les îlots bordés de sable blanc et d'une eau turquoise, les forêts denses,
« Salamat po » Merci beaucoup. Les philippins parlent près de cent dialectes, la langue officielle est l'anglais mais le plus souvent ils utilisent le tagalog ou le taglish, mélange des deux. Leur vocabulaire comprend beaucoup de mots espagnols, héritage d'un lointain passé de colonisation. Magellan aurait péri dans une de ces îles. Plus récemment les
Philippines ont été le théâtre de violents combats entre les japonais et les américains.
Je loue les services d'un motorcycle pour visiter les alentours de la ville. Je fais l'impasse sur la ferme aux crocodiles et préfère aller voir le jardin aux papillons, le ranch et le parc d'attraction sur Baker's Hill.
SABANG Une excursion d'une journée à Sabang, réservée la veille parmi l'une des nombreuses agences de voyage, me permet de côtoyer les familles de philippins aisés venus passer quelques jours de vacances à Palawan. Ils ont profité d'un package promotion à un prix défiant toute concurrence. La guide, Mademoiselle OK (elle termine toutes ses phrases par OK) s'occupe de récupérer nos permis et de nous répartir sur les nombreux bateaux à quai. Gilets de sauvetage obligatoires. Chaque banca à moteur surfe sur les vagues pour atteindre au plus vite le lieu tant visité : la rivière souterraine. Des gerbes d'eau jaillissent de part et d'autre lorsque les bambous stabilisateurs frappent la mer. Nous accostons près d'une mangrove abondante et sommes priés de repérer dans la foule dense Mademoiselle OK. Des macaques sautent de branche en branche à la recherche de quelque nourriture interdite (ne pas nourrir les singes) La forêt doit pulluler de ces mêmes insectes rencontrés à Iguazu car un long cri strident ininterrompu nous enveloppe. L'entrée de la grotte se dessine et les roches granitiques se reflètent dans l'eau verte du lagon. Chaque groupe s'installe dans une barque à rame et commence l'exploration de la grotte. Pas d'éclairage si ce n'est une faible lampe torche qui suit les commentaires du batelier. Des milliers de chauve-souris sont accrochées aux parois. Stalagmites et tites forment des représentations imagées et le guide excelle pour nous les décrire une à une. La température est fraîche, l'air humide et seules les voix des guides résonnent dans cet antre.
Pour avoir échangé avec des touristes tout au long de mon voyage, certains n'ont pas aimé cette visite, d'autres ont adoré.
EL NIDO Très tôt le matin je me fais conduire au terminal de bus de Puerto Princesa. Mon intention est de relier El Nido, au nord de l'île, en une seule traite. J'opte pour le premier bus en partance pour cette destination et assiste pendant deux heures aux préparatifs du chargement du jeepney pour Port Barton, stationné à côté de « mon » bus. Des caisses, bidons, sacs de riz, motos, s'entassent allègrement sur l'impériale.
Sept heures plus tard je découvre El Nido, petit nid douillet protégé par de hautes falaises noires. On se croirait dans la baie d'Along! Le trajet a été interminable, la route poussiéreuse et de mauvaise qualité par tronçons, sûrement à cause des dégâts occasionnés par les nombreux typhons. A côté de moi une fillette s'est endormie et sa tête repose sur ma poitrine. Aux multiples arrêts, des marchands de cacahuètes salées, gâteaux, bananes, boissons, montent et descendent au prochain arrêt, reprenant en sens inverse leur dur travail de vendeurs. Le bus n'est pas climatisé, l'air chaud circule au travers des fenêtres ouvertes et j'apprécie les petites serviettes achetées à un gamin avant le départ, elles me servent à éponger la sueur et surtout à me protéger de la poussière.
C'est donc fourbue, le dos cassé, que j'arrive au Together Pension. Ici l'électricité est rare. Beaucoup de coupures. Heureusement il existe des thermos d'eau bouillante mis gracieusement à la disposition des hôtes pour la toilette ou le café.
Le soir, lampe torche à la main, je me dirige vers la plage où sont situés les nombreux restaurants éclairés par des lampes à huile dégageant une odeur âcre. La marée monte et les vagues viennent fouetter les pieds des tables installées sur la plage. Les touristes sont nombreux ici, point de départ pour la plongée et l'exploration des îlots voisins.
Près de l'hôtel une centaine d'ouvriers s'affairent à couler une chape au deuxième étage d'un immeuble en construction. Un groupe remplit des sacs de ciment avec du sable, d'autres font la chaîne pour hisser ces charges jusqu'en haut. Une bétonnière tourne sans relâche jour et nuit. Des échafaudages en bambou soutiennent l'édifice et permettent l'accès aux étages supérieurs. Tout ce petit monde est jeune, souriant, chantant. A mon retour, une semaine plus tard, un nouvel étage a été construit. Le tourisme est une source de revenus important pour ces habitants vivant essentiellement de la pêche et de l'agriculture. Partout aux
Philippines le coq est présent et son chant fait partie du paysage sonore. Des combats de coqs (interdits) ont lieu tous les dimanches matin et des sommes importantes sont pariées. Juchés sur un poteau, attachés par une patte, ils sont choyés par les familles.
L'ILE DE BUSUANGA Après une traversée agitée de huit heures, la banca accoste à
Coron. Une visite rapide de la ville sans intérêt à mon avis si ce n'est une nuit passée au Coron Village Lodge, avant de prendre un jeepney pour
Maricaban, entre
San José et Decalachao. J'ai envie de me poser quelques jours dans un endroit tranquille, loin de toute agitation touristique. Je ne vais pas être déçue, je voulais de l'authentique, ces quatre jours passés là resteront les meilleurs de mon voyage. Logée et nourrie au Vicky's Lodge, j'ai vécu au même rythme qu'eux, partageant leur quotidien : lessive et toilette au puits municipal, jouant avec les petits enfants, échangeant avec d'autres lulas (grand-mères) sur la vie, le travail, la famille, la retraite... Ces gens extraordinaires et accueillants ne se rendent pas compte de leur richesse. Il est des endroits où j'aimerais vivre, celui-ci en est un. Loin de toute civilisation, sans électricité ou presque, sans voitures, sous les cocotiers, la chaleur, le farniente. Je me sens adoptée par ces humbles gens. J'assiste depuis ma terrasse au passage des trimarans remplis de plongeurs séjournant au Club Paradise ou à El Rio. Matin et soir les villageois partent et reviennent de ces mêmes clubs sur des bancas à moteur, contents de cette manne providentielle (les touristes). J'assisterai à des levers et couchers de soleil de toute beauté. Le temps s'est arrêté. Les crabes se jouent de la marée, les varans se faufilent entre les roches, des bans de poissons frétillent sous mes yeux émerveillés.
A regrets, le lundi matin à trois heures je reprends le chemin de retour vers Coron. Le jeepney est rempli d'étudiants et de lulas allant faire leur marché, la piste est mauvaise et malgré les cahots je m'endors.
Il n'y a que trois traversées par semaine dans un sens ou dans l'autre, c'est donc un mardi matin que je reprends la direction d'El Nido sur le même bateau. Les îles défilent, offrant leurs denses forêts, leurs rivages plantés de cocotiers, bananiers et bungalows isolés. Les touristes fatigués s'endorment bercés par le roulis. Neuf heures plus tard nous apercevons enfin le petit village. Je rejoins ma pension où j'ai laissé en toute confiance la plupart de mes bagages. L'accueil est aussi chaleureux et je suis contente de flâner à nouveau dans les rues de la ville.
TAYTAY Le lendemain à 8 H je prends le bus Roro pour Taytay. Je vais faire le chemin du retour en petites étapes car il me reste du temps, mon vol pour
Manille est dans une semaine. Cette compagnie de bus est de meilleure qualité, plus rapide et climatisé, trop même à mon goût. Deux heures après je descends à Taytay, petite ville sans intérêt si ce n'est son fort datant du 17ème siècle et sa vieille église.
Je trouve un havre de paix sur la colline dominant le port : Casa Rosa Cottages. Les bungalows se répartissent sur un terrain en pente très bien aménagé, chaque habitation est délimitée par des haies de bougainvilliers, frangipaniers, cannas et autres arbustes offrant une générosité de fleurs tropicales. A la tombée de la nuit, seul le bruit croassant des geckos se fait entendre. Les échanges avec la gérante de l'hôtel m'apprennent beaucoup sur la vie aux
Philippines. Elle déplore la conduite des jeunes gens qui ne pensent qu'à s'amuser sans se soucier de contraception; elle critique la religion qui interdit le contrôle des naissances, les hommes paresseux et souvent alcooliques, la prostitution, le système de santé... Tout n'est pas facile aux
Philippines et il faut aussi regarder le verso de la carte postale idyllique!
PORT BARTON Ma nouvelle amie Lourdes me conseille d'aller à Port Barton, accessible en jeepney depuis Roxas. Deux heures de piste défoncée à travers la jungle (il a dû pleuvoir la veille) sont nécessaires pour atteindre cet endroit paradisiaque. La plage est magnifique, les hôtels nombreux et abordables (500 pesos chez Ayette's Cottages=. Il y a beaucoup de treks à faire dans les environs et notamment la rando vers les chutes d'eau de Pamoyan.
Des sapins de Noël faits de palmes, sacs plastiques, DVD, fleurs découpées dans des bouteilles d'eau, décorent les carrefours. Les petits commerces abondent, les restaurants proposent des plats typiques ou occidentaux; il règne ici une douceur de vivre incomparable et je ne suis pas étonnée d'y rencontrer des résidents européens attirés par le charme du lieu.
Mon voyage de cinq semaines (25 octobre-1er décembre 2012) va se terminer dans quelques jours et je sens déjà la nostalgie m'envahir.
C'est sûr, je reviendrai aux
Philippines visiter Bohol,
Cebu et autres îles paradisiaques, et lorsque le chauffeur de taxi me posera la question rituelle, je pourrai lui répondre : « No, it's the second time but not the last! » Salamat po
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