Retour vers le passé en Thaïlande, 22 ans après Philippes · 14 janvier 2007 à 18:53 · 35 photos 20 messages · 9 participants · 7 129 affichages | | | | 14 janvier 2007 à 18:53 Retour vers le passé en Thaïlande, 22 ans après Message 1 de 20 · 6 980 affichages · Partager Tit, tit, tit...La sonnerie de ma montre m'a fait sursauter.Il est 5h30. Encore à moitié endormi, ma main cherchait le bouton de lampe posée sur la table de nuit. Check out now, je tirais le veilleur de quart de son sommeil, derrière le comptoir.Sans un mot, il pianotait son clavier et ordonnait à son collègue, posté sur une chaise de l'autre côté de la salle, d'aller vérifier la chambre, certainement le bar.J'ai règlé la note avec le " khup khun khap" et direction la gare routière d'Ekkamai. A la gare, je me dirigeais vers le guichet qui faisait l'angle, au fond de la salle.La dame qui vendait les tickets, me regarda avec un petit sourire.Eh oui, hier, je suis venu me renseigner sur les horaires de bus pour Aranyaprathet.Elle essayait de me l'expliquer en thais et un peu en anglais pour que je comprenne que le bus n'est pas direct et il faut en changer à Sa Keov. Le bus pour Sa Keov est à 7h.Il n'y avait pas beaucoup de monde, quelques vieilles dames mâchaient en permanence du sla, cela donne la couleur rouge à leur bouche.Elles ont des visages hâlés et s'habillent comme des paysanes khmères.Pour profiter de belles vues, je m'installais à l'avant. A 7h pile, le bus se mettait en branle pour quitter la gare et s'engageait dans l'avenue Sukhumvit.La circulation était fluide, curieusement, Bangkok est réputé pour ses bouchons.Le chauffeur, concentré à piloter son bus, n'hésitait pas à avoir le pied lourd sur l'accélérateur. Les virages se succédaient tandis que les grands buildings s'éloignaient.Il faut avoir le coeur bien accroché si on veut voir comment conduire les thais, en tout cas le chauffeur du bus.Le dépassement se fait par le côté disponible.Le freinage brusque derrière un autre véhicule faisait monter ma tension  Eh ben, je ne suis pas venu en ici pour admirer de jolies infirmières thaies à l'hôpital, quoique... Sous le ciel ensoleillé, le bus traversait quelques villages dont les maisons ressemblaient à celles des khmers en province, mais plus modernes.Les paysages secs et rougis par la saison sèche se ressemblaient.Les rizières jaunies, déjà récoltées, et certaines brûlées donnaient un spectacle de déjà vu. 1er arrêt au bord de la route pour déposer 2 voyageurs.Le bus repartait.Il s'engageait dans la ville qui devait être Sa Keov, tournait à droite et s'arrêtait à la gare.C'était Sa Keov. Je demandais au chauffeur le bus pour Aran.Il me montrait le quai n°3 mais impossible de connaitre l'heure malgré mon anglais à la thaie.J'en suis descendu pour récupérer mon sac.Le bus repartait déjà, pas de temps à perdre.La gare était désert, pas un seul bus et j'en profitais pour aller me réfléchir dans la pièce réservée aux gentlemen. Soudain, j'ai entendu un bruit typique d'un bus.J'interrompis ma réflexion pour me précipiter vers le quai.For Aran?Le bagagiste secouait la tête affirmativement et prenait mon sac et le mettait dans la soute. Le bus était presque plein.10 mn après, le bus quitta le quai.Direction Aranyaprathet.
La suite. | | | À: Philippes · 15 janvier 2007 à 6:00 Re: Retour vers le passé en Thaïlande, 22 ans après Message 2 de 20 · 6 906 affichages · Partager Vu son état, le bus devait avoir des heures de routes au compteur, mais il avançait vaillamment.Les arrêts étaient très fréquents, à la demande des clients.A l'intérieur, les gens regardaient le sketch diffusé sur l'unique téléviseur.Je n'ai rien compris. Le bus commença à ralentir à l'approche d'un barrage de contrôle.De mon siège, je pouvais voir un militaire contrôler, une à une, les voitures qui précèdaient le bus. Un militaire monta dans le bus et parla très fort en thai.Sa présence me donnait une sensation étrange que je ressentais à une certaine époque où ma vie ne valait même pas un clou.Maintenant que je ne risque plus rien, pourquoi ai-je peur?Il faut l'avoir vécu pour l'avoir compris.Se faire tirer par des soldats thais, dans les annéees 83 et 84, laisse forcément la trace. Il s'agit de contrôle d'identité puisque les thais lui montraient leurs cartes.J'ai extirpé mon passeport.Il le prenait, l'examinait et me le rendit rapidement sans mot dire.Mon coeur battait très fort.Il s'avançait vers l'arrière du bus.Quelques voyageurs en descendirent et le suivèrent vers un baraquement qui devait être le PC. Peut-être s'agissait-il des khmers illégaux qui venaient en Thailande louer leurs bras, contre quelques baths, pour faire des travaux que les thais n'en veulent même plus.Certaines tâches, comme les travaux dans les rizières, que les thais considèrent pénibles et mal payées sont faites par des khmers qui les trouvent mieux qu'au Cambodge.Et dans le sud de la France, aux alentours de Nîmes, la police a demantelé le réseau des thailandais illégaux qui bossaient dans culture la maraichère appartenant à des loatiens.Ils étaient logés dans des baraquements sans eau courante ni chauffage, avec un salaire que même les Rmistes français n'en veulent pas.Vous voyez le rapport.Certains vont dire que les conditions de vie paysane thaie sont dures, mais celles des khmères le sont encore pire  Terre expropriée par les gens de pouvoir, la loi n'existe que sur les papiers.Ces problèmes, les voyageurs ne les voir ni à Phnom Penh ni à Siem Reap. Le bus reprenait la route.Les panneaux signalaient la direction de la frontière.La dépose de voyageurs devenait plus fréquente.Le chauffeur effectuait des manoeuvres plusieurs fois pour changer de direction.Le bus entrait dans une gare où se trouvaient pas mal de tuk-tuk et de moto-taxis.Il s'arrêta et on annonça quelques mots en thai dont je retenais un seul " Aran ". Je suis descendu du bus et ai récupéré mon sac.Un chauffeur de tuk-tuk est venu me proposer son service.Kampoucha, Kampoucha!! May, may, lui répondis-je.Il fallait m'organiser, trouver d'abord un hôtel pour poser mon sac et après chercher un moyen pour aller voir l'endroit qui est le but de mon voyage : l'ex-camp de réfugiés khmers KHAO I DANG (KID).
La suite. | | | À: Philippes · 15 janvier 2007 à 19:36 Re: Retour vers le passé en Thaïlande, 22 ans après Message 3 de 20 · 6 834 affichages · Partager Je ne savais pas de quelle côté de la ville se situait l'ancien camp, ni la distance.J'ai acheté une carte de Thailande Michelin mais aucune localité environnante d'Aran ne porte le nom Khao I Dang.A l'époque où j'étais dans le camp, une sorte de prison à ciel ouvert, on entendait le nom de la ville sans la connaitre.De toute façon, tant de choses ont changé, plus de 20 ans après. Je me dirigeais vers une épicière de la gare routière.Elle devrait connaitre KID.Paï Khao I Dang!L'épicière me regarda d'un air étonné et me répondit en thai que je ne comprenais pas.J'ai essayé en anglais sans succès. Je lui répétais " KID, Kampoucha", avec des gestes pour lui faire comprendre ce que je voulais dire.Elle a fini par retenir le mot KID et appela un chauffeur de moto-taxi.Ils se parlaient en thai.Apparemment, le chauffeur connaissait le lieu car il me faisait signe que c'est loin et m'écrivait sur un bout de papier que la distance est environ 30km.Je commençais à discuter le prix de la course.Il voulait 600bath et y revenir avant 13h.On s'est mis d'accord pour 400bath.L'épicière était très sympathique, elle acceptait que je laissais mon sac dans sa boutique. Je montais sur la bécane derrière le chauffeur.En sortant de la gare, le chauffeur tournait à gauche et accélérait sa moto.Je profitais pour regarder les 2 côtés de la route.Des maisons se succédaient.1er barrage filtrant sans contrôle.Je cherchais devant une montagne quelconque mais aucune.Le compteur indiquait 80km/h et parfois avec le pointe de 90km/h. 2ème barrage filtrant et toujours pas de contrôle.Alternées de rizières jaunies, des maisons s'espaçaient et de loin, apparaissait une silhouette dominante à gauche de la route.Le chauffeur maintenait sa vitesse.Au fur et à mesure que l'on s'avançait, la forme caractéristique de la montagne se précisait.Cette montagne allongée. La moto était presque à la perpendiculaire de la montagne et je ne voyais que des végétations.Pas un seul panneau pour signaler que c'était une ancien camp de réfugiés. J'ai demandé au chauffeur de s'arrêter à ce qui ressemblait aux petits restaurants, au bord de la route (photo n°1).En arrivant en face, une arcade en bois, avec inscription en thai et en anglais " Welcome, TUBTIMSIAM 08 PROJET " (photo n°2).Je suis entré pour prendre quelques photos de la montagne, le camp était méconnaissable car recouvert de végétations et donc plus de repère.Il y a un étang artificiel qui n'existait pas à l'époque. (photo n°3).La montagne et la végétation qui n'y était pas (photo n°4). Soudain, une voiture arriva et un couple en descendit.C'était des thais.L'homme en veste bleue thaie me regardait prendre des photos.Il s'avança vers moi et me parla en thai.Comprenant que je ne suis pas thai, il me parlait en anglais assez bien.Il me demandait ce que je faisais ici.Je lui ai dit que je suis venu voir l'ancien camp de réfugiés khmers et que j'y étais en 1983 et 1984. Je travaillais dans le camp, pendant quelques années, m'a-t-il dit.Et qu'y faisiez vous ? Je veillais sur la sécurité des réfugiés, m'a-t-il répondu.Tout d'un coup, j'ai cru oublier de respirer  Il faisait parti des policiers et militaires thais qui tiraient sur des réfugiés comme des lapins. (photo n°5).Je ne disais rien de ce que je pensais des gardiens du camp que l'on appelait, en thai, les CHHOR KOR.Ce n'était pas des tendres.Cela ne servirait à rien à remuer le mauvais passé avec un type que je n'ai jamais vu.Je profitais pour lui demander où se trouve l'entrée de l'ex-camp. L'entrée de l'ex-Khao I Dang est méconnaissable.Juste un simple portail, avec la piste défoncée.Une sensation très étrange était en moi.Des images du passé se défilaient.J'avais l'impression que c'était hier.Les pires moments, les désepoirs mais aussi de bons souvenirs.Tout se mélangeait. (photo n°6 / n°7 / n°8). Il fallait franchir ce portail et voir ce qui restait, après tant d'année.
La suite. Images attachées: | | | À: Philippes · 16 janvier 2007 à 16:14 Re: Retour vers le passé en Thaïlande, 22 ans après Message 4 de 20 · 6 802 affichages · Partager Récit plein d'humanité!
La suite s'il te plaît! | | | À: Philippes · 16 janvier 2007 à 18:29 Re: Retour vers le passé en Thaïlande, 22 ans après Message 5 de 20 · 6 791 affichages · Partager Salut Phil,
Supers temoignages dans les faits  !!!..Pat et moi l, avons lu attentivement..C, est vrai que nous n, avons pas trop eu le temps de parler de tout ca. Et puis ce n, etais pas le but. J, aurais bien aime te demander quelques precisions sur cette periode difficile et tristement historique..Pat a du te dire que sa famille on eu aussi tres peur par les bombardements sans etes vraiment inquietes par les KR...Mais bon, se sera peut etre pour la prochaine fois si on peut en parler tranquillement si tu le veux bien apres un bon repas que PEN et OUM nous prepareront..  Au fait, quand tu es parti du village ca a ete avec grand regret pour tout le monde...Pour la soiree du nouvel an et malgre ton absence Pat a fait un petit discourt en l, honneur de ta venue chez nous au village et malheureusement trop courte... Mais.SROUL SROUL.  .
et comme on dit.... << Phop kan maay na khrap >> !! 
A+ NTT | | | À: Notingtong · 17 janvier 2007 à 17:59 Re: Retour vers le passé en Thaïlande, 22 ans après Message 6 de 20 · 6 774 affichages · Partager Salut Alban Merci pour tes petits mots sympas.J'ai repris le boulot depuis lundi mais ma tête n'y est pas  Tant de bons souvenirs de ton village et la gentillesse de ses habitants  J'y retournerai et y passerai un peu plus de temps  Dis à Pen et Oum de me garder les PROHOK, j'en salive encore  Mes amitiés à tous. | | | À: Philippes · 17 janvier 2007 à 19:33 Re: Retour vers le passé en Thaïlande, 22 ans après Message 7 de 20 · 6 773 affichages · Partager La première fois que j'ai franchi ce passage, en autocar, c'était un passeport vers la liberté.C'était la seule. (photo n°9) Et je n'avais jamais imaginé le repasser dans l'autre sens.Les habitants du camp ne pouvaient y venir.Il y avait une barrière basculante et des factionnaires dans une guéritte.Juste à côté du passage, il y avait des bâtiments pour les autorités thaies, une sorte de QG qui régissaient le fonctionnement du camp.Il y avait aussi un centre de détention où étaient parqués des réfugiés illégaux venant du camp de Nang Samet, côté cambodgienne, ou bien des gens du camp qui se faisaient prendre, par des gardes thaies, lors des sorties ou des entrées du camp pour divers trafics afin d'améliorer le quotidien.Il fallait payer le droit de passage aux gardes qui fermaient les yeux et ramper, à travers les potagers et passer à travers les barbelés en priant le bon dieu pour ne pas tomber nez à nez avec les patrouilles mobiles, si non les mêmes gardes retournaient leurs vestes et si besoin était, ils tiraient à balle réelle.De temps en temps, il y avait des morts par balle.Version officielle : ce sont des fuyards ou des bandits. Si l'on se faisait prendre, direction le sinistre bâtiment de détention et puis direction le camp de DANG REK. Qui n'avait pas peur d'aller au camp de DANG REK? Les khmers rouges, bien sûr  Une fois dans le camp de DANG REK, la chance de s'en aller était très infime.Les périmètres du camp étaient bien minés.Les hommes étaient enrôlés, dans les unités combattantes khmères rouges, pour aller combattre contre l'armée vietnamienne bien équipées et contre l'armée gouvernementale du régime provietnamien de Heng Samrin. En plus des khmers rouges, la malaria y faisait ravage  Maintenant le centre de détention n'y est plus et un nouveau bâtiment dont je ne connais l'utilité y prend place. (photo n°10).A quelques mètres de là, quelques maisons et un grand terrain qui gommaient toute trace du passé (photo n°11). Un groupe d'ouvriers agricoles thais me regardaient, avec curiosité, prendre des photos.Le chauffeur du moto-taxi leur parla et ils hochaient la tête avec un air amical.Je pouvais deviner la conversation.Ils montraient au chauffeur un sentier, à traversl'épaisse végétation, peut être pour y aller encore plus loin. Il était presque 12h30.J'aurais voulu explorer ce que je pouvais mais il était l'heure.J'avais convenu avec le chauffeur (photo n°12) pour le retour à Aran vers 13h et aussi, ne pas abuser de la gentillesse de l'épicière qui accepta de garder le sac d'un type qu'elle n'a jamais vu. Retour à Aran avec un sentiment d'humilité.La vie était autrement.Elle était vécue, comprises et appréciée uniquement, par ceux qui en ont subi.
La suite. Images attachées: | | | À: Philippes · 18 janvier 2007 à 4:06 Re: Retour vers le passé en Thaïlande, 22 ans après Message 8 de 20 · 6 765 affichages · Partager merci pour ce beau recit ! | | | À: Philippes · 19 janvier 2007 à 20:51 Re: Retour vers le passé en Thaïlande, 22 ans après Message 9 de 20 · 6 746 affichages · Partager Contrairement au camp de Khao I Dang, le camp de Nang Samet se trouvait sur le territoire khmer.Il n'y avait pas de barbelés pour enfermer les réfugiés.Par contre, il était sous contrôle des combattants de Son Sann que l'on appelait les PARA (parachutistes), à cause de leurs tenues de camouflage bien qu'ils n'aient jamais mis les pieds dans un avion.De temps en temps, ils partaient attaquer les vietnamiens et l'armée gouvernementale provietnamienne. Je n'ai aucune idée précise concernant la superficie du camp qui était très étendu.Les baraquements en bois étaient disséminés partout.En saison de pluie, les routes étaient couvertes de boues et en saison sèche de poussière rouge. Il y avait un marché dont les marchandises provenaient soit du trafics avec des thais, soit du Cambodge. Des organisations humanitaires tel que MSF, CICR... étaient présentes.Tous les jours, les gens venaient du Cambodge "occupé".Certains y restaient et d'autres n'avaient qu'une seule idée : rejoindre le camp de Khao I Dang, synonyme de la fin de galère. Dans le camp, pour avoir droit aux rations alimentaires des nations unies, il n'y avait que ça pour vivre si non il fallait se débrouiller, on devait s'inscrire auprès du chef de groupe qui rendait compte au chef de section qui rendait compte au chef du quartier...et finalement aux paras, ce qui signifiaient contribution pour la lutte contre l'occupation.Les handicapés de guerre étaient nombreux, les anciens combattants.Certains boîtaient avec leurs jambes artificielles, à cause des mines antipersonnelles et d'autres avec leurs jambes naturelles, mais avec un ou des deux bras en moins, si les bras existaient encore, on ne voyait plus de mains.Ils étaient laissés à leur triste sort. C'était un soir d'une saison sèche de 1983.Je ne me souviens plus du mois.Nous étions douze.Le départ était programmé à la tombée de la nuit pour tromper la surveillance des paras.Si l'on partait en direction du Cambodge pas trop de problèmes, mais si l'on prenait la direction du camp de Khao I Dang, alors là ce n'est plus la même chose.C'était un acte de traîtrise car on abandonnait la lutte.Le degré de sanction était variable et selon le bon humeur du commandant des paras du secteur.Des coups de bâton, une simulation d'exécution ou simplement une vraie exécution, souvent, pour le guide du groupe.Il fallait porter les marchandises du guide qui les vendait à KID, tel que le tabac, les poissons salés séchés (Treil khgneat), poissons fermentés (Pro Hok)... La marche était prévue pour toute la nuit.A vol d'oiseau, quelques heures suffisaient pour rallier KID, mais les soldats thais surveillaient la frontière, caractérisée par un canal.Les risques étaient énormes mais c'était la fatalité de la vie. A travers l'obscurité, seuls les bruits des feuilles mortes et des branchettes, écrasées par notre passage, trahissaient notre présence.Très souvent, on s'arrêtait pour écouter le silence de la nuit, seul moyen d'alerte.Le contour était long.Malgré le poid du sac, la peur de tomber sur des soldats thais était plus forte que la fatigue. A l'approche du canal matérialisant la frontière, toute la colonne s'immobilisa.L'adjoint du guide, avec sa grenade, parée à être dégoupillée, s'approcha lentement de la digue du canal où se trouvait une tranchée, avec un toit sommaire.Pas de garde.Il restait un moment immobile.Pas un bruit, c'était un bon signe.Il est revenu et notre colonne se mettait en marche pour franchir le canal. La largeur du canal faisait environ 3 à 4 mètres, avec de l'eau au fond.On s'y laissait glisser.J'avais l'eau jusqu'à la poitrine.Tout le monde s'avançait rapidement et grimpait le bord du canal pour en sortir. Toute la colonne s'arrêta de nouveau.Des lumières artificielles transperçaient l'obscurité.Le chant des coqs fusaient de la même direction.La forme imposante d'une montagne allongée se dressait devant.Il devait être très matinale.Il faisait froid.On arrivait à Khao I Dang. Le camp de Khao I Dang était ceinturé d'une route non goudronnée surlaquelle patrouillaient des soldats thais.Elle était bordée de barbelés, de chaque côté.De l'intérieur, les potagers séparaient la route de patrouille des baraquements.Le camp était immense.Il était divisé en bloc, en groupe puis en section.L'organisation du camp était évoquée plus haut. On se préparait à entrer dans le camp.Le guide connaissait plusieurs entrées aussi risquées, les unes que les autres mais on se fiait au destin.Il a choisi de passer par un petit égoût qui passait sous la route de patrouille.Chacun rampait avec son fardeau.Je passais en dernier. A peine, sortis-je de l'égoût, une voix khmère avec fort accent se fit entendre." Chop chop, bangn eil lov heuil!! " = Arrêtez-vous ou je tire!!.Pas de temps pour réfléchir, tout le monde se mettait à courir vers les baraquements, en ordre dispersé.Les potagers étaient parsemés de petites haies, ce qui gênait considérablement la course.J'ai trébuché.Je suis tombé par terre, je me suis essoufflé.Je n'en pouvais plus.Des balles sifflaient partout, j'ai cru que mon heure arrivait.La perspective d'être envoyé au camp de Dang Rek en décida autrement.J'ai largué mon sac de poissons séchés et me remettais à courir.Seul mon destin le dira. Presque deux ans plus tard, je quittais, officiellement, le camp de Khao I Dang, un jour de novembre 1984 pour le camp de transit de Phanat Nikhom. Le 13 décembre 1984, j'ai mis les pieds à Roissy Charles de Gaulle, en FRANCE.
Voilà pourquoi, je tiens tant à retourner à Khao I Dang. | | | À: Philippes · 20 janvier 2007 à 1:00 Re: Retour vers le passé en Thaïlande, 22 ans après Message 10 de 20 · 6 737 affichages · Partager le merci de mon precedent mesage semble bien mince aprés la lecture de tes recits !  lecture qui procure des emotions fortes et diverses, mais j'imagine que pour toi ce voyage à du être trés perturbant !
un melange de sentiments, du plus positif au plus negatif certainement ! et un retour au quotidien difficile !!!!!  
je te remercie de nous faire partager tes emotions a+ | | | À: Maruette · 20 janvier 2007 à 5:45 Re: Retour vers le passé en Thaïlande, 22 ans après Message 11 de 20 · 6 645 affichages · Partager Bonjour maruette Merci pour ton commentaire.J'essaie seulement de faire partager ce que j'ai vécu, à travers mon voyage. J'ai ressenti une très forte émotion, durant ma brève visite. Ce n'était facile, le quotidient de l'époque, en revanche, il y avait de vraie et solide amitié qui se créait. Je prendrai mon temps, lors de mon prochain voyage. Amicalement. | | | À: Philippes · 21 janvier 2007 à 18:26 Re: Retour vers le passé en Thaïlande, 22 ans après Message 12 de 20 · 6 623 affichages · Partager mon cher Philippes,
je suis, comment te dire, ému et ravi à la fois ; ému pour ce que j'ai lu et que j'ai connu, mais de l'autre coté en 83, et ravi d'avoir créer le post sur kao i dang, qui a intéressé pas mal de membres !
j'espère que nous aurons l'occasion de nous rencontrer un jour afin déchanger de vive voix, tes impressions et mes petits souvenirs, car il n'y a rien de comparable entre toi et moi!
je suis sur que tu as du te régaler a rencontrer certains membres de vf sur place et d'échanger avec eux ; et de ce que j'ai lu, ils ont été eux aussi ravi de cette rencontre !! amitié a toi sincère | | | À: Philippes · 22 janvier 2007 à 10:59 Re: Retour vers le passé en Thaïlande, 22 ans après Message 13 de 20 · 6 613 affichages · Partager Quel récit interessant!!! Merci de l'avoir partagé! | | | À: Philippes · 22 janvier 2007 à 11:24 Re: Retour vers le passé en Thaïlande, 22 ans après Message 14 de 20 · 6 610 affichages · Partager Bonjour philippes !
Merci beaucoup pour ton recit. j'ai souvent pensé à toi ces derniers temps. La discussion sur KID s'est prolongee pour moi avec des amis Khmers qui y ont vecu !La parole est encore difficile ! En substance, MR BEE me disait, tu sais tous les camps de refugies sont les memes: plus que de la faim on y souffre du manque de liberté, on y subit la loie du plus fort (racket, viols, tabassages etc...)... C'est le cas aujourd'hui pour les karens et j'ai vu que tu es intervenu sur ce post (j'etais d'accord avec ton message), Noe a bien raison, il est important de donner un peu de notre liberté de parole à ceux qui n'en n'ont aucune et meme si nous sommes sur un forum voyage ! Cordialement | | | Bonsoir Roger Je voudrais juste faire partager le vécu d'une période qui a marqué ma vie et celle des autres khmers, après être retourné voir ce qui était KID. Effectivement, tous les camps de réfugiés sont les mêmes : misère, faim....Et je ne souhaite à personne de vivre dans un camp, comme réfugié. Quant aux réfugiés karens, la solution à leur problème est aussi proche qu'un horizon  Amicalement | | | À: Philippes · 22 janvier 2007 à 22:20 · Modifié le 22 jan. 2007 à 22:42 Re: Retour vers le passé en Thaïlande, 22 ans après Message 16 de 20 · 6 576 affichages · Partager Merci Philippes pour ce beau récit! Je connais qques Cambodgiens qui etaient aussi dans KID mais ils n'ont pas eu la meme chance que toi.
Contrairement au camp de Khao I Dang, le camp de Nang Samet se trouvait sur le territoire khmer.
D'apres les dernieres infos que j'ai eu en 2004, Nong Samet ne faisait plus partie du territoire Khmer. D'ailleurs j'ai un projet d'aller revisiter qques camps Khmers: Nong Chan, Nong Samet (Rithy Sen), Ampil, Dang Rek... Mais pour l'instant, je n'ai pas trouvé un bon guide... | | | À: Philippes · 22 janvier 2007 à 23:26 Re: Retour vers le passé en Thaïlande, 22 ans après Message 17 de 20 · 6 564 affichages · Partager Juste un mot : RESPECT !!!
On se sent vraiment petit petit après cette lecture...... | | | À: Hok · 23 janvier 2007 à 18:46 Re: Retour vers le passé en Thaïlande, 22 ans après Message 18 de 20 · 6 545 affichages · Partager Bonsoir Hok C'est dommage pour l'histoire du camp de Nang Samet passé en territoire thai, pourtant je ne suis pas du tout chauvin  Effectivement, j'ai beaucoup de la chance et j'ai, aussi des amis, qui sont retournés au Cambodge, à la fermeture du camp  Pour ton projet de visite des anciens camps, je t'encourage à le faire et tu me diras quels sentiments tu éprouveras.Quant à moi, je ne peux me l'exprimer tellement l'émotion était si forte. Essaie d'aller sur place et pose des questions aux villageois âgés qui ont dû connaitre cette période. Amicalement. | | | À: Philippes · 23 janvier 2007 à 19:19 Re: Retour vers le passé en Thaïlande, 22 ans après Message 19 de 20 · 6 544 affichages · Partager De retour à Aran, J'ai pris une chambre dans un hôtel pour une nuit.L'après-midi était presque désert pourtant il ne faisait pas si chaud que cela.Je me baladais dans cette ville que j'avais, maintes fois, entendue.Elle n'était pas grande et n'avait pas de charme particulier.Certains commerçants me regardaient passer devant leurs boutiques.Au marché, il restait quelques stands de poissons, de légumes et des plats préparés.Tout cela me paraissait familier.Je devais passer un coup de fil à Alban, un français marié à une thaie surine, pour lui annoncer mon arrivée à Prasat dans l'après-midi du lendemain.Le soir, je refaisais le même circuit pour sentir le parfum des nourritures et apprécier l'animation nocturne.Je devais rentrer à l'hôtel pour me coucher tôt car, demain matin, une autre visite qui me tenait tant, m'attendait :le marché de RongKlua. (photo n°1)Le marché de RongKlua était à 5km, environ, d'Aranyaprathet.C'est un grand marché, situé à côtédu point de passage international, vers Poi Pet, au Cambodge.Tous les matins, très tôt, beaucoup de khmers viennent chercher des fruits, des légumes et d'autres marchandises pour les revendre au Cambodge (photo n°2/3/4).Les chariots étaient chargés tant que l'on peut. (photo n°5/6/7/8). On les tire, on les pousse.Certaines femmes, avec des moyens financiers limités, portaient leurs marchandises, accrochées aux extrémités d'un morceau de bambou élastique. (photo n°9). Le spectacle était impressionnant.Les uns triaient un tas de caisses de mangues, les autres négociaient les prix du gros.Et toutes les transactions que j'entendais étaient en khmer, même les marchands thais s'exprimaient dans le même langage. Beaucoup de khmers viennent de loin pour tenter leur chance, à Poi Pet.Ceux qui ont les moyens achètent leurs marchandises, côté thaie pour les revendre au Cambodge et ceux qui n'en ont pas louent leurs bras pour quelques bath.La misère et la richesse se cotoient.La circulation de ces marchandises engraissent largement les douaniers, les policiers...qui n'ont pas de scrupule à dépouiller encore plus les plus miséreux, sans distinction.Les abus sont souvent évoqués dans les journaux de langue khmère ( www.kohsantepheapdaily.com.kh ) mais sans suite.Les postes de ces fonctionnaires sont achetés, à coup de milliers de dollars US, il faut rentabiliser.Ce n'est pas nouveau.  Je voulais traverser la frontière mais le temps me pressait.Le bus pour Prasat était à 11h.Il fallait rentrer à Aran et direction à la gare routière.Apparemment, les thais de Prasat parlent le khmer, donc il faut aller les voir. Ce sera la prochaine fois pour Poi Pet.
La suite. Images attachées: | | | À: Philippes · 31 janvier 2007 à 19:29 Re: Retour vers le passé en Thaïlande, 22 ans après Message 20 de 20 · 6 481 affichages · Partager Le bus s'arrêta à la gare routière de Prasat.J'ai récupéré mon sac et cherché un téléphone publique pour appeler Alban. Environ 20 minutes plus tard, un pick-up arriva.Un homme de type occidental d'une quarantaine d'année, tête rasée, trapu avec le pantalon de camouflage, en descenda.C'était Alban, français expatrié depuis des années, en Thailande.Il a décidé de s'établir, avec sa femme, une thaie surine, au Srok Samut, à 10 km de Prasat. C'est un village paisible dont les habitants parlent le khmer surin, c'est à dire le khmer avec un fort accent thai. A l'arrivée au village, au détour d'une rue, quelques hommes s'attablaient autour d'une table en bambou, d'un modeste troquet.Ils interpelaient Alban qui s'rrêta.En voyant ma présence, l'un d'eux me tendait un petit verre rempli d'un liquide transparent.J'ai vidé le verre d'un coup sec, pour leur faire honneur.J'avais l'impression d'avoir une boule de feu dans mon estomac et la langue tétanisée.C'était l'alcool de riz local et il était seulement 15h30.Nous continuions notre chemin, malgré leur invitation.Ce serait une erreur monumentale de vouloir y rester.Cela me rappelait les russes, avec leur Vodka, à Vladivostok...!!!!D'après Alban, c'est tous les jours comme ça. A Ban Naa Cottage, chez Alban et Pat, j'ai posé mon sac dans le bungalow en bois (photo n°1 et 2).Alban me proposait d'aller voir le coucher du soleil dans ses rizières (photo n° 4/5/6/7/8/9).Les payasages étaient magnifiques.L'odeur des foins, les chants des grillons et la couleur rouge pâle du soleil s'apprêtant à disparaître à l'horizon me rappelaient le Cambodge qui n'était pas loin. Le lendemain, je commençais à explorer le village.Premier arrêt devant une maison d'où provenait une odeur qui ne m'était absolument pas inconnue.Talan en khmer et de même en khmer surin.C'est une façon de cuire du riz gluant, préparé de manière différente, sucré ou salé, dans du bambou et posé sur la braise (photo n° 10/11). Les gens étaient curieux, voyant que je parlais khmer, ils me posaient des questions.L'ambiance était très sympathique (photo n°12).Certains me questionnaient sur des périodes sombres du Cambodge car le grondements des canons se faisaient entendre jusque là et ils étaient au courant de la guerre mais pas les souffrances. La vie du village suivait son cours, les activités de routine, telle la sortie des buffles (photo n°14), le battage de paddy par la machine (photo n°13). Après avoir passé 4 jours d'immersion dans la douceur de ce village, c'était avec regret que je devais prendre congé d'Alban et Pat ainsi que certains villageois mais j'y reviendrai. Images attachées: | Carnets similaires sur la Thaïlande: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 14 067 visiteurs en ligne depuis une heure! |