Il fait soleil, mais il fait noir
Bangkok. Le soleil brille enfin après plusieurs jours de pluie monotone, mais pas pour tout le monde dans la capitale. La Cité des Anges abrite effectivement plusieurs aveugles. Ici pas de jolies cannes blanches, pas d'accompagnateurs professionnels, pas de chiens guides. Depuis que je suis en
Thaïlande, il me semble avoir repéré deux emplois "traditionnels" pour ces infortunés: chanteur et vendeur de billets de loterie.
La première catégorie me semble plus à plaindre. Avec un petit haut-parleur parfois suspendu à leur cou, il déambule dans les rues avec leur micro à la main. Un proche, sans doute, leur tient le bras, les amène du point A au point B, puis du point B au point C. L'aveugle s'arrête devant une foule de touristes qu'il ne voit pas, il chante fébrilement, espère entendre quelques sonorités de piécettes dans sa petite tasse de métal. Mais bon, on craint les arnaques, on se dit "Ce n'est probablement pas un vrai", on se conforte en pensant qu'un autre bon samaritain lui donnera certainement de l'argent.
La seconde catégorie me fait sourire. Ils ont leur planche avec tous leurs billets de loterie. Il sont assis, ils attendent, mais pas trop. Les Thaïlandais semblent en effet accorder quelques pouvoirs divinatoires aux aveugles. Obtenir de leur part un conseil sur le numéro gagnant n'est vraiment pas négligeable. Il faut comprendre que la loterie est le seul jeu d'argent permis en
Thaïlande. Interprétation des rêves, amulettes bénies, prières au temple: tout pour entretenir leur rêve d'argent.