Je ne connais pas encore la
Thailande (c'est pour mars 2008), mais je suis allé dans quelques autres pays asiatiques, ou le sourire est la norme.
Comme je suis psychologue, la question m'interesse.
Quelques reflexions :
Les pays pauvres, ou regne une grande insécurité sociale, ont souvent d'autres priorités que le traitement des problemes psy.
Il y a d'abord la lutte contre la mortalité infantile, les épidémies (SIDA etc...), et les conditions matérielles de vie qui priment.
En occident, la psychanalyse a d'abord été réservée à une élite au début du 20 eme siècle, et avec l'amélioration des conditions de vie, un public beaucoup plus large a pu y acceder (aujourd'hui, je travaille en banlieue, avec des familles défavorisées, dans le cadre d'un service social)
Accéder à un psy implique de pouvoir y consacrer un budget important, sauf dans les pays ou existe une forme de sécurité sociale ou de bons services publics (c'est à mon avis le cas en
Europe de l'ouest, mais pas forcément ailleurs)
D'un point de vue culturel, la culture occidentale d'aujourd'hui accorde une place importante au bien être individuel, on considère légitime que les gens aspirent a vivre bien, à s'épanouir.
Cette forme d'individualisme (je dis ca sans jugement moral) n'existe peut etre pas partout, notament dans des sociétés moins "libérales" ou les normes sociales sont beaucoup plus fortes.
Dans certaines cultures, avant d'etre un homme ou une femme épanoui(e), on doit parfois etre un bon chrétien/musulman.bouddhiste, un bon père de famille ou une bonne épouse, un bon ouvrier ou un bon patriote etc...
Il est possible que les aspirations individuelles (réussir sa vie) n'aient pas le même poids dans certains pays, ou c'est l'interet de la famille, de l'éthnie, de la classe sociale ou du pays qui priment.
Dans beaucoup d'endroits du monde, on ne penserait pas qu'une femme puisse divorcer parce qu'elle n'aime plus son mari. Encore moins qu'elle voit un psy parce qu'elle ne se sent pas heureuse dans son couple.
Lacan (le psychanalyste) a un jour dit que les japonais sont hermétiques à la psychanalyse, parce que leur culture ne leur permet pas de dire "non".
Pas de "non", c'est à dire pas de possibilité d'exprimer son individualité ou ses propres désirs, et donc pas d'analyse possible.
C'était dans les années 50, les choses ont bien changé depuis, il y a de nombreux psychanalystes au
Japon, et on voit que les aspirations personnelles ont pris une place importante chez les jeunes générations nippones.
Le rôle de la religion et de la famille est sans doute a prendre en compte, je ne sais pas si la cohésion sociale en
Thailande protege mieux les individus des alés de la vie qu'en Occident?
Il y a aussi un facteur important, certaines cultures ont un grand respect pour tout ce qui est mystique, ce qui peut expliquer qu'un "malade délirant" en
France soit considéré comme un visionnaire par exemple en Afrique.
Autre exemple: dites à votre psy en
France que vous etes ensorcelé, vous etes parti pour quelques mois de traitement lourd, alors qu'au
Maroc, on vous traite ça avec des rituels traditionnels tres efficaces.
Et puis, je ne parle pas pour la
Thailande en particulier, mais certains gouvernements n'ont pas un grand interet pour le bien etre de leur population, et les seules préoccupations psychiatriques sont d'enfermer les fous dangereux, non pas pour des raisons de santé, mais d'ordre public, ce qui peut expliquer que certains pays aient des services "psys" particulièrement discrets que les touristes ne voient jamais. (visiter un hopital psychiatrique en
Chine est une expérience sinistre d'apres un de mes collègues)
Le nationalisme peut aussi inciter un pays a se déclarer le pays le plus heureux du monde, et il n'y aura pas de chiffres fiables sur les suicides, dépressions etc.. dans le pays.
Maintenant, est ce que les Thailandais sont plus heureux ou plus équilibrés que les européens?
Je crois que ca serait tres dur de répondre, tellement les notions de bonheur ou d'équilibre personnel sont différentes d'un pays a l'autre.