Cest probable que ca empire, alors guerre civile en vue ou pas ?
Une nouvelle journée de violence a commencé ce matin près de Suan Lum et sur Ratchaprarop, alors que celle d’hier a déjà fait 16 morts et 141 blessés. L’armée cherche à renforcer ses positions pour étouffer la manifestation, mais les rangs des Chemises rouges semblent gonfler inexorablement, entre les renforts venant de province et les policiers et militaires renégatsLe bilan des affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestants antigouvernementaux hier était passé à 16 morts et 141 blessés, ce matin, alors que débutait une nouvelle journée de violences avec des tirs entendus autour du marché de nuit de Suan Lum, près du parc Lumpini, et sur l’avenue Ratchaprarop, au nord du site de manifestation.
Après une journée de heurts déjà fournis durant laquelle les militaires ont tiré à balle réelle sur les manifestants, touchant au passage trois journalistes, les affrontements se sont poursuivis dans la nuit, alors que les soldats avaient resserré leurs positions autour du site de manifestation qui s’étend dans un périmètre compris entre les avenues Rama IV, Henri Dunant, Phaya Thai, Petchburi et Witthayu (Wireless road).Les soldats tentent d'avancer sur Ratchaprarop, proche du marché de Pratunam (Photo Pierre QUEFFELEC)
L'armée prise en étauNéanmoins, il semblerait que l’armée, qui cherche à étouffer la manifestation en bloquant l’approvisionnement et le passage de groupes de personnes, se trouve peu à peu prise en étau, alors que des renforts de Chemises rouges sont en route vers la capitale, et que la division au sein des forces de l’ordre s’exprime de plus en plus.
Hier soir, des heurts ont eu lieu à l’intersection de Din Deng, dans le dos des militaires postés sous la station de train (Airport Link) de Makkasan (avenue
Ayutthaya), qui bloquent l’accès à l’intersection de Rachaprasong 400 mètres plus loin.
Sur Rama IV, qui a été dans la journée d’hier le théâtre des affrontements les plus violents, les militaires tenaient le pont de l’amitié belgo-thaïe (Intersection de Rama IV et Witthayu/Sathorn), qui se trouve à l’angle du parc Lumpini, bloquant l’accès au site de manifestation par le sud-est.
Les soldats ont dû faire face à de nombreuses attaques sporadiques par des groupes mobiles de Chemises rouges qui se faufilent dans les dédales de ruelles adjacentes, tandis que trois rassemblements de plusieurs dizaines de personnes ponctuaient l’avenue de Rama IV en direction de l’est à intervalle de 500 mètres jusqu’au marché de Klong Toei.Des enfants jouent, insouciants, sur l'esplanade de Central World alors que les militaires se rapprochent du marché de Pratunam à quelques centaines de mètres de là (Photo Pierre QUEFFELEC)
Avec des soutiens de toutes parts, les Rouges sont toujours motivésHier, les manifestants étaient armés pour l’essentiel de lance-pierres, de sacs de sauce au piment, de cocktails molotov, et de fusées pyrotechniques. Mais des tirs auraient été entendus venant des deux côtés. De nombreux témoignages sur place font par ailleurs état de tirs entre militaires, certains soldats refusant de prendre part aux opérations de dispersion, ayant décidé de soutenir les Rouges.
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Ce sont des parents de Chemises rouges ou des Chemises rouges eux-mêmes, beaucoup ne peuvent obéir à des ordres visant à faire du mal aux manifestants", explique un homme d’une soixantaine d’années, qui habite la rue Sarasin.
Plusieurs groupes de personnes parmi lesquels des Chemises rouges mais aussi des riverains du quartier pauvre situé derrière le poste de police de Lumpini nous ont par ailleurs confiés en fin de soirée que des policiers eux aussi auraient tiré dans la journée sur les troupes gouvernementales. Ils nous diront aussi avoir vu les fameux Rangers, les hommes en noir, qui avaient attaqué les militaires le 10 avril et secouru plusieurs blessés Rouges. Selon les mêmes témoignages, les policiers postés dans le parc de Lumipini soutiendraient également le mouvement antigouvernemental.
L’armée compterait 20% de soldats pastèques (vert à l’extérieur et rouges à l’intérieur) et les effectifs de police soutiendraient à 80% le mouvement, selon une source proche des milieux diplomatiques.Un groupe vient d'apprendre la mort d'un de leur proche imputée par les gardes des leaders à des tirs venant de la ligne de métro aérien qui serpente tout le long du site de manifestations (Photo Pierre QUEFFELEC)
La colère monte chez des manifestants toujours plus motivésA Ratchaprasong, où les réseaux téléphonique, l'électricité et l'eau sont toujours coupées, la tension est montée en fin de journée, peu après 18h, lorsque quatre personnes ont été amenées d’urgence à l’hôpital du Quartier Général de la police, parmi lesquelles une femme touchée par balle en pleine tête, et qui sera finalement prononcée morte. "
Elle a été abattue par des tireurs postés sur la ligne de skytrain", crie un garde des leaders en tenue pare-balle, amenant la foule à lever les yeux dans un bref moment de panique.
Quelques minutes plus tard, des lacrymogènes verts, peu irritants, ont envahi le centre des leaders, faisant fuir la plupart des occupants, excepté le Docteur Weng qui se réfugiera sous la scène, entouré de deux gardes, un casque sur la tête et une serviette humide sur la bouche.
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C’est la guerre civile", nous lance en anglais une femme thaïlandaise d’une soixantaine d’année, alors que la fumée verte vient tout juste de se dissiper sous les tentes des leaders des Chemises Rouges. "
Ils utilisent des tactiques de terroristes", dit-elle, "
ils sont prêts à tout". Dans la soirée d'autres grenades lacrymogènes seront lancées sur le centre de presse, derrière la scène des leaders, faisant fuir les journalistes.Les gardes des leaders surgissent des tentes envahies par des fumées lacrymogènes provenant semble-t-il de grenades jetées depuis la ligne de métro aérien qui passe juste au-dessus du carrefour de Ratchaprasong (Photo Pierre QUEFFELEC)
Un peu plus loin, sous l’une des centaines de tentes qui abritent les manifestants, un petit groupe de provinciaux essaye désespérément de joindre deux femmes chefs de clan parties la veille en province pour ramener des renforts. "
L’une est allée à Korat, et l’autre à Khon Kaen, nous dit un vieil homme de originaire de Khon Kaen.
Elles sont maintenant l'une à Saraburi et l'autre à Nakhon Sawan, avec plusieurs dizaines de personnes, mais elles sont bloquées par les barrages, ils ne laissent pas passer les groupes. Mais elles vont trouver un moyen de passer par les petites routes", poursuit-il, l’air confiant. L’état d’urgence a été déclaré dans 15 autres provinces avant-hier, empêchant tout rassemblement [et mouvement] de groupes de plus de cinq personnes. "
Dans les trois prochains jours, beaucoup de Chemises rouges vont venir des provinces, dit-il,
comme moi, ils sont motivés pour venir ici soutenir [le mouvement]". "S’ils ne peuvent pas rentrer, reprend son voisin
, ce sera la guerre dans toutes les provinces".
Pierre QUEFFELEC (www.lepetitjournal.com/bangkok.html
) Samedi 15 mai 2010