A lire ce témoignage très intéressant d'un guide qui se trouve à
Katmandou en ce moment qui nous informe sur la situation
Gilles Marcaud est guide, habitué du
Népal depuis des années. Il se trouve à
Kathmandu depuis le séïsme et envoit régulièrement des nouvelles sur la liste de diffusion des guides de haute montagne. Il m'a gentiment autorisé à publier un de ses textes datant d'hier. Parmi les multiples associations impliquées sur place, celle des Amis de Laprak, le village détruit de Sunar, qui a passé son diplôme de guide UIAGM à l'Ensa. Des nouvelles aussi sur le site de son agence. Une récolte de don est organisée par ses amis en
France. Il est possible d'envoyer un chèque à l'odre de l'association Les Amis de Laprak. Chez Jacqueline Touya, 8 rue Nicolet, 75018
Paris.
Les nouvelles de Gilles Marcaud :
Une semaine après le tremblement de terre, quelques informations pour répondre aux questions des uns et des autres.
Pour y voir clair, il faut différencier la situation de certains villages totalement détruits et la situation de la capitale.
A savoir que d'un point de vue strictement matériel,
Kathmandu a été épargné à 99.90%, très peu de maisons d'habitation ont été détruites ou gravement endommagées dans la capitale et ce sont bien évidemment les vieilles maisons Newar que l'on pouvaient encore voir ici et là qui ont le plus souffert.
A quelques très rares exceptions près, toutes les constructions de moins de 40 ans sont debout affichant seulement des lézardes et fissures plus ou moins importantes pour certaines d'entre elles.
Les bâtiments les plus touchés dans la capitale sont les temples, les monuments historiques, les anciens palais Rana souvent occupés par l'administration et les maisons traditionnelles Newar. Aucune infrastructure importante tels que les ponts ou les hôpitaux n'ont été mis à mal.
Sur les 75 districts du pays ce sont les districts à la périphérie de la capitale qui sont les plus meurtris;
Gorkha, Rasuwa, Nuwakot, Kabre, Sindupalchok. Ce sont aussi les plus peuplés, ceci expliquant cela.
Dans les districts cités plus hauts, certains villages sont entièrement détruits avec des pertes humaines importantes. On peut citer les villages de Barbak et de Laprak dans le district de
Gorkha, mais il y en a des dizaines (des centaines?) d'autres.
Les images que l'on a pu voir de campements dans les stades et dans les rues de
Kathmandu ne reflètent pas la destruction des habitations mais la crainte de répliques se combinant à bon nombres de croyances et de superstitions.
Ces campements sont en train de se vider et les gens de
Kathmandu rentrent dans leur maison.
Pour plus de la moitié de la population de la capitale qui n'est pas native de
Kathmandu, l'exode vers les villages s'est opéré immédiateme nt et pour ceux là aussi le retour dans
Kathmandu a commencé permettant le retour progressif à une activité économique normale.
Toutes les organisations internationales sont sur place alors que la presse commence à plier bagages.
Des dizaines de cargos de tous les pays ont déchargé plus de médicaments, de vivres et de matériel qu'il n'en arrivera à destination.
A ce sujet, les formalités de douane n'ont pas été assouplies et certaines ONG se plaignent d'attendre plus de 48 heures pour récupérer leur matériel.
Les gros moyens des ONG et autres organisations internationales sont en partie annihilés par tous les manquements des administrations nationales et locales sur lesquelles elles ne peuvent s'appuyer.
On vient de me dire que les réseaux locaux de la croix rouge pourtant présents dans tous les districts sont incapables de dresser un état des lieux des zones qu'ils ont en charge.
Depuis deux trois jours un nouveau départ vers les villages s'est opéré et il constitue l'aide qui semble être la plus efficace actuellement; les gens de
Kathmandu s'organisent par quartier, groupes ethniques ou origines géographiques pour faire parvenir dans leurs villages les produits de premières nécessités; médicaments, riz, huile, sucre, sel, mais aussi vêtements, couvertures et bâches pour constituer des abris de fortune.
Contrairement à ce que l'on a pu lire et bien que quelques trafics se soient inévitablement organisés, grâce à l'action humanitaire et aux réserves dont dispose la capitale préservée, il ne manque aucun produit de première nécessité ou d'urgence à
Kathmandu, la difficulté étant l'acheminement et la coordination des moyens.
Une pensée particulière pour notre collègue Sunar doublement touché par la destruction de son village dans lequel il est fortement impliqué et par la disparition de l'un de ses groupes (6 trekkers français et 5 accompagnants népalais) dans l'avalanche de Ghodatabela dans le
Langtang.