Cet été, mon ami et moi avons fait le choix de partir dans le Ratanakiri pour faire un trek dans la jungle. L'agence Parrot Tour étant conseillée par notre guide, nous nous sommes donc dirigés vers eux.
Ils nous proposent plusieurs formules, dont une dans la jungle assez profonde, à 3h de moto de la ville, car parait il les voitures ne pouvaient pas passer en saison des pluies... on a pourtant vu un pick up de touristes d'une autre agence passer bien plus facilement que nous et nos deux roues.
Le premier jour se passe sans encombres, si ce n'est le manque de communication de notre guide qui se contente d'être convoyeur de touristes, rien de plus. Il parle pourtant bien anglais mais ne nous fait partager que très peu de choses... Le deuxième jour, nous marchons 5h à partir du village de minorités duquel nous sommes partis le matin. L'agence nous avait promis un "guide de la jungle" issu du village, mais seul en enfant de 12 ans se joint finalement à nous. Nous apprendrons plus tard que tous les hommes sont partis travailler dans les rizières, d'où le changement de programme, ce qui de mon point de vue aurait du entrainer l'annulation du trek ou la proposition d'une autre formule.
Vers 20h, après manger, la nuit tombée, notre guide nous propose d'aller faire une marche nocturne de 30/40 minutes. Nous acceptons avec joie, contents que l'on nous propose une activité un peu originale. Nous les suivons donc tous les deux, en caleçons et la clope au bec (pas nous, eux!).
Au bout de 20 minutes les pieds dans l'eau dans des passages oppressants sous des branches basses et au milieu de la broussaille (peu judicieux durant la nuit), nous faisons demi tour comme prévu pour regagner le camp. Mais très vite, nous nous rendons compte que nos guides se sont perdus. Nous faisons demi tour a plusieurs reprises et empruntons des zones très denses dans lesquelles nous avançons grâce à un vague débroussaillage à la machette au fur et a mesure de notre lente progression, passant sur des arbres couchés et glissants, évoluant dans des flaques d'eau croupies ou des cours d'eau boueux jusqu'en haut des cuisses. Le jeune garçon tombe deux fois, s'égratignant joliment.
Les fourmis nous attaquent, des sangsues se baladent sur nos pieds et jambes, des tiques s'accrochent également, et les heures passent... 1h, 2h, 3h, la frontale du guide n'a plus de jus, les nôtres faiblissent dangereusement. Et le guide ne nous parle toujours pas. Nous nous voyons passer la nuit dans la foret dense en attendant le lever du jour... dans 6h!
Nous finissons enfin par nous retrouver sur un chemin d'exploitation forestière, la progression y est plus facile et moins stressante, quand tout a coup, notre guide, qui a enlevé ses chaussures (normal pour marcher dans la jungle...), se fait piquer : deux petits trous sanglants apparaissent sur son pied... On pense tous a un serpent, mais il n'a pas pu identifier l'animal. Son pied gonfle, son anglais est de moins en moins compréhensible, il perd sa lucidité, pris par la peur. Il confie la mission de retrouver le chemin au jeune garçon. 4h après notre départ, nous retrouvons enfin notre camp pour passer la nuit dans nos hamacs, sans savoir ce qu'il va advenir de notre guide qui gémit de douleur.
Le lendemain matin vers 6h, il nous réveille par ses plaintes, mais il est bel et bien vivant! Nous reprenons rapidement la direction du village du jeune garçon. En fait, le guide s'est fait piquer par un gros scolopendre venimeux, et non par un serpent. Une accumulation d'erreurs de la part de l'agence et du guide nous ont fait passer proche de la catastrophe... La nuit, les animaux chassent et sont très agressifs comme nous l'avons vu avec les fourmis qui étaient toutes gentilles la journée. Le manque de visibilité et les endroits dans lesquels nous nous sommes engagés aurait pu nous faire tomber sur un nid de serpents ou d'araignées, et avoir des conséquences plus graves. La jungle est un milieu hostile auquel nous ne sommes pas adaptés, qui présentent des risque quoi qu'il arrive, qu'il faut essayer de minimiser grâce à une organisation professionnelle, ce qui était loin d'être le cas. Pour avoir déjà vadrouiller dans la forêt tropicale en
Amérique du Sud, nous étions bien conscients que la vie dans la jungle est loin du grand luxe, est synonyme de bébètes, de marche dans l'humidité et les ruisseaux, mais un certains nombres de conditions de sécurité doivent être respectées pour réduire les risques.
Le troisième jour, nous avons donc tracé au plus vite pour retrouver les motos. A peine démarré, notre guide noie son moteur dans le premier cours d'eau traversé, normal avec une mobylette dans la jungle en saison des pluies. Nous galérons trois heures pour essayer de la réparer avant de rentrer a l'agence sains et saufs mais éprouvés !
En plus de la carence au niveau sécuritaire, nous ne comprenons pas non plus la justification du prix de 275 dollars, sachant qu'il nous a fait sauter deux repas sur les 3 jours, qu'il a oublié d'acheter de la viande et que l'on a mangé que des légumes et du riz, que le prix de l'hébergement était nul puisque l'on a dormi deux nuits dans des hamacs dans la jungle, qu'il devait y en avoir pour 10/15 dollars d'essence grand max en moto, et que seul un guide au lieu de 2 prévus nous ont accompagné dans notre aventure.
Cerise sur le gâteau, nous découvrons le lendemain que le guide ne nous a pas rendu la frontale que nous lui avions prêtée.
En espérant qu'il ne s'agisse que d'un oubli...
Claire